ALLER AUX VUES ?

 

 

Joie folle, enfant, que nos premiers films montrés au sous-sol de notre église. Quelle évasion ! Bonheur d’aaller à quinze ans, une première fois, au « vrai » cinéma du coin de ma rue, le Château.

Dans notre vaste région de collines, aucun cinéma à partir de Lafontaine, Saint Hyppolite…  Ni à Ste Agathe, ni à St-Sauveur ? Pas un seul grand écran. Rien. Ici, nous sommes chanceux, il y a Tom Farmanian, il y a ses salles de Sainte Adèle ! Quel bonheur pour les cinéphiles. Certes, Tom doit afficher les gros succès populaires. Il a ses frais, tant de factures et de taxes à payer mais, cinéphile lui-même, il offre aussi les meilleurs productions du moment.

Le cinéma Pine est une des bonnes raisons d’aimer vivre par ici. Remercions Tom —qui a été honoré avec justice récemment— son travail acharné nous permet, comme les citadins de la métropole du Québec, de voir le cinéma dont « on parle ». J’y ai vu « L’artiste », gadget très vide —en muet et en noir et blanc et je fais partie de cette minorité (sans doute !) qui a viscéralement détesté ce « navet » (selon notre couple). Mais les p’tits vieux du jury des Prix Oscars, eux, ont été flattés de cet hommage venant des frenchmen voulant saluer (sans scénario structuré) les pionniers d’Hollywood.

Dimanche, au lieu d’aller me balader sur le lac Rond au beau soleil, on a été voir vu le film iranien qui a battu « Monsieur Lazhard ». Je n’ai rien d’un chauvin (aller vérifier) : « La séparation » est un très long et très bavard et très ennuyeux face à face —bien film et bien joué cependant. Un paquet de fieffés menteurs empêtrés dans une querelle bien bête et qui n’en finit pas. L’impression que « La séparation » dure six heures !

Il n’en reste pas moins que malgré des déceptions,  et c’est fatal, nous avons la chance de voir les films « dont on parle ». C’est important. Chaque fois que nous descendons la Côte-Morin pour y aller, on a l’impression, de vacances, l’été, d’aller au ciné Ogunquit dans le Maine, ou en Floride jadis !

Hélas, on me dit que les jeunes visionnent sur le « tout petit » écran de leur ordinateur, connecté souvent au « petit écran » de leur télé, un cinéma, me dit-on, aux centaines de choix. Mais il n’y a rien d’aussi festif que de se rendre à une salle noire, se retrouver solitaires mais solidaires avec les autres. Non ? Hélas, comme la peinture, la musique qui se fait, où la littérature (je le sais trop !) et la danse donc, les créateurs sont méprisés par cette jeunesse rivée à l’ordi. Voilà une masturbation, oui, un onanisme via le web sur le net. On a dit que l’arrivée de la télévision (automne 1952) avait tué les artistes de variété, les cabarets, etc. On peut dire que la venue de l’ordinateur tue aussi. Pourquoi se priver de ces réunions humains où ça tousse, ça remue, ça s’émeut, ça grouille, ça mange du maïs ou de la réglisse, ça vit ensemble, c’est un grand tort. Ne grave erreur. Disons même une forme de déshumanisation —une de plus. De grâce, un effort villageois des alentours, allez au cinéma  Pine. Ceci n’est pas une pause « publicitaire », c’est un appel en faveur d’un minimum de vie grégaire, de vie humaine normale pour une existence un peu communautaire.

Tenez, allez vite voir « POLISSE », un vrai petit chef d’œuvre de madame Maïween qui est aussi excellente actrice dans son film. Un captivant récit sur des faits vécus dans Paris. Récits fascinants avec des jeunes gendarmes, tous excellents acteurs des deux sexes. Voyez une jeunesse vivante ! Merci Tom !

 

 

Il était une fois…

Je ne suis pas tout à fait, à Sainte Adèle,  «un enfant du pays » même c’est par ici que j’ai habité le plus longtemps dans mon existence. Désormais, j’en sus venu à aimer cette contrée de collines et de brefs vallons. D’une sorte d’affection…absolument immense ! Oui, immense. Aussi je reconnais que c’est un très vif plaisir de rencontrer pour jaser du passé d’ici des « vieux de la vielle » et des « vieilles du vieux ».

Chez mon coiffeur émérite (hum, facile avec si peu de poils sur le coco !), Racette, l’autre midi, une rencontre inopinéee, un certain  Jacques Patry.  C’est un sosie du comédien Claude Blanchard et il a aussi sa bonhomie, sa faconde. On sent chez Patry, comme chez le célèbre cabaretier Blanchard, un « fun vert » à ..causer. C’est ainsi qu’en ce jour de tonte et de taille de barbe, j’ai eu la chance de recevoir de M. Patry, deux imprimés. Un :  « L’histoire de Sainte Adèle », rédigée parcimonieusement —un vrai notaire !— par un bon et brave prêtre. Qui verse volontiers sans l’écriture euphorique et  catholique. De l’hagiographie, ce qu veut dire « tout le monde il est beau, tout le monde il est bon ».

C’est, disons, candide, propagandiste et, ma foi, un tantinet embarrassant. Il évoque, par exemple,  le fameux caractère acariâtre et emporté du Curé « politicien » Labelle mais comme en s’excusant d’oser le révéler. Je souriais souvent.

Il n’y avait donc dans ces laborieux et durs commencements de nos villages laurentidiens (sic) que des âmes pieuses, toutes dévouées aux autres, des travailleurs au zèle incommensurable ! Bref, de très exemplaires « bons catholiques » selon l’expression de jadis.  C’est un livre d’avant nos progrès, notre modernité, nos conforts (et nos désordres certes ) avec ce que tout cela peu comporté d’aveuglement. Silence de convenance donc sur les graves misères, qui furent sans doute réelles, et qui sont évoqués rapidement (comme en passant et avec lyrisme) ici et là. L’auteur en soutane —il écrit dans un bon style, ancien et très correct— tente de gommer le plus possible les labeurs surhumains —agriculture maigre, foresterie harassante car sans engins modernes— de nos premiers colons du Nord. N’empêche on lit ce court 150 pages —allez à la biblio— avec grand contentement. Merci M. Patry ! On imagine que partout dans le monde, à toutes les époques, les débuts d’un village, d’une colonie, voire d’un simple hameau devait exiger tous ces sacrifices parfois extravagants. Souvent,  épouvantables.

Le deuxième bouquin est un album. Que des photographies du village, plusieurs captivantes, essentielles mais, hélas  beaucoup d’autres plus banales et, ici et là, carrément insignifiantes. Choix trop mince ou amateurisme ? Comment savoir. Cet album —avec de trop rares photos hors du commun— a été imprimé et publié il y a quelques années seulement et pourtant il n’a rien de bien moderne dans sa confection. Les « légendes » explicatives sous les clichés anciens sont écrites sans grand talent, ici et là, parfois même accablantes d’ineptie, racoleurs à l’occasion.

Je suis reconnaissant à ce voisin du Barbier des sportifs, Chemin Pierre-Péladeau, de ses deux prêts. J’en suis sorti heureux. De cette monographie surtout, de l’album un peu moins. Cette littérature bon enfant m’a fait me souvenir de ces pieux livres de « prix de fin d’année »,  à l’école ou au collège. Un stock bien censuré et bien autorisé par ce haut clergé qui accordait —en latin du Vatican— et pas toujours, l’imprimatur. Ce « nihil obstat », qu’on voit en page de garde dans « L’histoire de Sainte Adèle ». Alias : droit d’imprimer sans se faire excommunier !

LETTRE OUVERTE À CHRISTINE (MINISTRE À QUÉBEC)

Vite un changement à la Place Bonaventure pour ce « Salon du livre ». Une foire commerciale banale. Une tricherie : avec l’argent public ce « Salon annuel » vole nos libraires. L’inamovible directrice, madame Blois, une excellente organisatrice, devrait changer la formule désormais et organiser un « salon de la littérature ». Le salon du livre est une nullité pour le monde littéraire et les subventions de Christine St Pierre participent à une entreprise avant tout commerciale. Ce n’est pas le rôle de l’État. Place au changement pour novembre 2011. C’est urgent. Changeons les « vieilles » règles de ce « vieux » Salon. Il ne profite qu’aux livres « à succès », livres qui n’ont aucun besoin du Salon.Les associations d’écrivains, de libraires, d’éditeurs doivent s’unir et faire cesser cette foire cheap d’un mercantilisme primaire.

« Le Salon du ivre » prive nos libraires de revenus essentiels à chaque début d’époque des Fêtes. Les best-sellers, biographies de vedettes, livres de recettes en cuisine ou en santé, les « hits » de Paris ou, traduits, de New York,  font sonner les caisses, Place Bonaventure. Mais on y invite un millier d’écrivains (ou presque) pour les abandonner. On y voit cinq ou six très longues files d’acheteurs, on y voit neuf cents quatre vingt écrivains ignorés, laissés à eux-mêmes dans des kiosques déserts.

Ce Salon est devenu un business subventionné. Les écrivains véritables ont besoin d’un vrai salon littéraire. Qui attirera moins de foules, et puis après ? Un Salon utile aux écrivains s’impose, consacré à la  littérature, celle d’ici et de partout dans le monde. Futile d’éclairer les déjà très éclairés, paresseux cela de sur- publiciser les « gloriolés » du moment : ces confessions d’une vieille chanteuse, récits des forfaits de la mafia, la bio d’un hockeyeur retraité, d’un célèbre ex-politicien. On pourrait constituer un assez bon public. Avec des animateurs, des metteurs-en-scène, des comédiennes et des comédiens du théâtre, de la télé, du cinéma pour rendre captivantes leurs performances, évidemment reliées aux poèmes, romans, récits, etc. Ainsi fin du vol des libraires. Qui voudra m’appuyer, éditeurs, auteurs, libraires ? Et un public assez cultivé pour apprécier les littératures du monde francophone. L’État n’a pas d’affaires… dans les magasins ! Je serais disposé à travailler bénévolement à un  tel vrai salon du livre. Je vais guetter les réactions.

LE SANG COULE…

Pour une distraction, depuis longtemps, plein de gens lisent du roman policier, des « polars ». Quand j’étais plus jeune du prolifique (six par année !) Georges Simenon et son sympathique et goguenard et brillant « inspecteur Maigret », si placide. Dans les années 1980, j’en ai publié cinq ou six avec mon Maigret à moi, Charles Asselin. Mon premier ? « Le crucifié du Sommet Bleu ». Un genre (le polar)  qui m’a vite ennuyé. Au départ, il faut installer et calculer tout le plan du récit (la fin surtout !). Ouash, moi qui aime bien me surprendre en cours de création.

À  ma chère bibio de Sainte Adèle, rue Morin, la grosse part du budget « achats-de-livres » va à ces histoires de sang et de fics. écrits par des dames souvent désormais. Livres à succès et, donc, fréquentes demandes des lectrices (et lecteurs) d’ici. Frouch !, tout le gros du fric public est investi dans cette sorte de…littérature (hum!). Romans traduits souvent de l’american-english.

Parfois donc j’ai besoin de distraction et, récemment,  me voilà plongé dans du Mankell. Avec son Maigret : l’inspecteur Wallender (vu à la télé ). Aussi, l’an dernier,  plongeon dans les célèbres « Milinénium », avec une punk délabrée adjointe de l’enquêteur. Et voilà que, tout dernièrement, plongée dans le fameux Ellory. Un populaire auteur de polars sophistiqués. Je sors de « Les anonymes », sa récente ponte. Oh la la  ! Ellory s’englue dans cette mode infâme du « complot ». Genre du Bergeron-échevin qui croit que les tours du World Trade Center à Manhattan furent bombardés par des provocateurs américains ! Afin de pouvoir attaquer davantage les musulmans intégristes ! Vous voyez le genre niais, une connerie rare qui amena le cinéaste Oliver Stone à illustrer un autre « complot-CIA » pour faire assassiner JFK (le titre de son film).

Dans « Les anonymes » Ellory déclare : « Il y a que deux fléaux au monde : la puissance de la CIA  et l’argent du Vatican à Rome. » Tel quel ! Ce Robert Miller, Maigret de Washington, traque un tueur en série. Le Jonh R., un agent de la CIA démissionnaire, pris de remords car il a assassiné une cinquantaine de gauchistes communisants (au Nicaragua, à Cuba, au Mexique, en Asie, en Europe de l’Est).  Ce tueur d’État, culpabilisé tue à Washngton de ses anciens compagnons. Une soupane folle, une poutine ridicule. B’en, ça se vend comme pains chauds. Le lectorat serait friand de ces récits à « complots ». Les anonymes » donc, une histoire bien pleine d’invraisemblances et qui se lit malgré tout. La recette ? Des détails piquants, rebondissements et fortes surprises…Bref, on tourne les pages. À la fin, on est déçu gravement. Bof, on y gagne un happy end à la rose sauce Walt Disney. Très cul-cul—la-praline. Le talent des Ellory ? Un don pour tricoter du gros suspense sordide en forçant le réel et on s’en fout, on lit. Un don ? Oui. Une distraction ! Et passe à la caisse, tripoteur des vérités, tu l’as bien mérité va.

MARS ET VOIR FILER L’EAU VIVE !

Voici le printemps dans dix jours, voici venir le temps des fontes totales et dernières. Sans être obsédé d’ondinisme, avouer le plaisir à prendre d’aller voir l’eau filer, rugir ici, gémir là, courir à toue épouvante, se déchaîner. Aller voir les folles ,le excitées cascades en aval du Lac Raymond, celles Chemin du Mont Sauvage, au bord de la 117,  ou derrière une jolie berge plus au nord, échevelé, folles.

Quelle chance nous avons par ici. Pas loin, proche de la Cabane à Eddy, grimper un peu, deux minutes,  et découvrir ces flots rageurs, toute cette eau énervée. Le bonheur non ? Marcher à l’ouest de Mont Rolland et admirer les fous remous si vivants dans la Doncaster. Ou bien, rouer à l’est, y revoir les flots inouïs, panaches fantastiques, fluides du déchaînement  proche de l’ex-usine Roland. Les oreilles bien remplies des vacarmes des fons, bruits de la délivrance finale. L’eau comme cri de liberté !

Oui, quelle chance. Tant d’endroits sur cette terre où les gens n’ont aucune chance de voir les eaux printanières s’écrier « vive la vie vive » et se jeter, les chevelures blanches dans l’air sur des lits de rochers inégaux. J’aime. Certes il y a l’inestimable Chute Montmorency (plus haut que le Niagara, mais oui) juste à l’est de Québec. Site désormais fort bien aménagé —avec pont, passerelle, parc, escalier— beauté rare qui fut peinte tant de fois par notre premier vrai artiste québécois, l’exilé allemand surdoué Cornélius Krieghoff !

J’ai vu un jour, célèbre dans l’univers, la cataracte sublime du Niagara. Sorte de plaque tectonique fracturée et visible ! Installé sous ses trombes, le visiter, parmi les touristes du monde entier, c’est d’un effet absolument hors de l’ordinaire, vrai ! Vous êtes vivant dans une littérature insensées, du Jules Verne ! C’est un spectacle que l’on n’oublie plus.

Mais vous saurez rêver encore en regardant dans les yeux ces cascades autour d’ici. Elles nous sont intimes, sont nos familières, nos proches quoi, nos  jeunes partenaires, nos voisins délinquants et sauvageons, qui stimulent nos sens. Allez y voir, essayer, vous verrez, il y a contagion. Ça s’attrape ! Oui,  cela se communique, on s’en va ensuite avec, en soi, une charge positive, une dynamo neuve qui s’est greffée à nous,

vous le constaterez avec joie. C’est « si pas loin », la Rivière à Simon ou la rivière aux Mulets, la Doncaster ou La Nord, pas vrai ? Debout paresseux, allez vous y asseoir, quinze,  vingt ou trente  minutes ! Une médecine gratuite efficace ! J’y puise chaque fois une énergie supplémentaire.

Ce plaisir vient de loin : de « l’eau-de-pâques » quand mon pieux papa me réveillait aux aurores et que nous partions en tram avec 4 fioles vides pour aller cueillir l’eau vive sous le Pont Viau, au bout de la rue Saint-Denis au rivage de la Des Prairies; j’aimais déjà l’eau qui court débarrassée des glaces enfin.

DEUX MORTS TRÈS DIFFÉRENTES

Qui cogne ainsi à ma porte ces jours-ci ? Qui vient troubler la paix des vieillards tranquilles comme moi. Elle, avec sa sale gueule. Elle, la sordide camargue. Elle, et sa grande faucille de merde ! La mort. Elle, avec son lugubre drapeau noir, sa tête de crâne nue, ses os croisés. La putain-pirate des existences. Chaque fois qu’elle vient roder dans nos parages, on se hérisse et on la maudit quand on sait bien qu’elle est la loi. La loi même de la vie. Mais mourir si jeune dans le cas de cette mignonne névrosée, la petite Isabelle Fortier venue de Lac Mégantic, alias Nelly (nom de pouliche !) Arcan. Se pendre ? Se tuer ? Geste fatal, à mon avis, d’un égoïsme total. Lourd mystère pour les gens dans mon genre. Si contents, un matin, d’une modeste fleur sauvage, mauve dense, poussée dans la nuit. Ou du vivant bruissement d’une jolie mésange énervée.   

   Pourquoi se tuer ? Se taire et compatir, songer à la peine douloureuse des parents. Se tuer dans son chic appartement du Plateau Mont-Royal, tout à l’ouest, côté portugais. Cette jeune fille des Cantons de l’Est, montée en métropole, étudiante en littérature à l’Uqam de jour, call-girl sordide par les soirs, —déjà des besoins pour le bien paraître ?—qui racontera sa chute dans un roman dit d’autofiction, où elle fait des signaux un peu  incestueux à son manquant. Ce récit-roman, narré avec un bon talent, va vite s’attirer les voyeurs. De France et de Navarre. Et a fait d’abord s’ouvrir (par l’impudeur, le risque) les portes d’un éditeur parisien prestigieux. Très grand succès de librairie. « Putain » québécoise authentique, hen, alors « Tout le monde monde » en parlera. Ensuite ? Hum… ça roulera moins fort pour les deux autres pontes, « Folle », « À ciel ouvert ». Un troisième ouvrage (« Paradis… ») sortira chez un éditeur d’ici. Sujet : « suicide ». Avec le vieillissement, un sujet de hantise chez elle, disaient des amis attristés. Adieu Paris-prestige? Est-ce la cruelle loi du monde des autosconfessionné(e)s ? Oui.

     Peu après, encore elle, la mort. Avec sa faux brandie. Toujours, souvent au moins,  comme modus operandi, le satané cancer. Adieu Falardeau ! Le venu de St-Henri, le cinéaste d’occasion, madame Roy ? Il vivait un échec sans le dire, ayant tant voulu humilier et puis changer le pauv’ con, l’assimilé, l’américanisé (genre à La Presse, du Hugo Dumas ou Marc Cassivi). Son clown Elvis Gratton, si exagéré, ne faisait honte qu’à lui-même et le Québécois dominé ne s’identifia pas à lui, pas du tout, observant rassuré « pire que lui ». Échec donc. Mais il est mort en nous laissant de bons films. Certains très forts.Alors on tentera volontiers de gommer ce trio de films niais, stériles. Adieu donc insipide Gratton ! Faladeau s’en va. Pour longtemps. On a mal (mais pas le fédérat stipendié Alain Dubuc) d’apprendre que ce mal embouché et courageux cinéaste ne viendra plus nous stimuler. Même en sacrant comme un charretier, lui, un ex-élève des Sulpiciens, hon ! Sa parole de feu, sa langue sans les préciosités des lâches, des peureux, nous excitait. Si rare qu’on l’invitait partout. Les hypocrites et les timorés polis du pays sont soulagés. C’est une vaine attitude car Pierre Falardeau a fait naître par son exemple de franc-parleur et de franc-tireur, des tas de patriotes jeunes. Héritage précieux.

UNE VILLE, LA NUIT

       Ma tristesse. Une belle jeune femme, douée pour écrire, éditée au Seuil à Paris, Isabelle Fortier, venant de Lac Mégantic en Estrie, s’enlève la vie ! Tristesse infinie. Couché, j’écoutais le défilé des interminables trains de marchandise derrière ma rue tout au nord d’Outremont. Sorte d’halètement à cadence trop régulière. Dans leurs châteaux du nord, Chemin Ste-Caherine,  les grands bourgeois n’entendent pas ça. Que la chouette au chic cimetière dans leur voisinage chéri, les chanceux.

       J’était rentré dans Outremont, revenant emballé (et moins riche, c’est cher !) du très fou « concert de mots » (au Monument National). Récital surréaliste de Fabrice Lucchini. Cet acteur parisien, inspiré, lit Baudelaire, ou Rimbaud —n’importe quel auteur— de façon lumineuse. Hypnotisant Lucchini ! Lecteur surdoué de paroles chantées, criées, susurrées, jetées, crachées. Toujours envoûtant, ce bonhomme. À la fin, fracassante ovation, unanimité totale. Le comédien danse, s’incline, se redresse et parade autour de sa salle comblée. 

      Salle remplie de bons bourgeois bien cultivés. J’étais bien. Ma compagne aussi. Mes voisins d’allée de même. On y est si satisfaits, si proches des Valéry, Hugo, Lafontaine, fantômes aux divers génies, tas de citations emmêlées, la jouissance.

      Et alors on veut croire à un solide avenir national, espérer des temps encore bien meilleurs, on se dit qu’il ne se peut pas qu’avec de telles foules d’amateurs de littérature, rue Saint-Laurent, saluant bien bas ce déclamateur inouï, brillant cabotin,  bouffon très éclatant et, ici, si bien accepté, non, il ne se peut pas que notre destin soit plus ou moins fichu. Ou fragile. Non et non. Vive Québec, îlot francophone qui étonne le monde entier ( dans Le Nouvel Obsevateur de cette semaine, autre témoignage sur ce fait renversant de résistance en cet océan de 300 millions d’anglos). Nous vivrons longtemps malgré nos trop nombreux assimilés et aliénés !

      On s’est comme arraché de cette rencontre prodigieuse. Les réverbères combattent la nuit, la rue Saint-Laurent luisante de pluie tombée se forge des reflets colorés. Il faut rentrer pour écouter les battements réguliers des trains Chemin Bates ! Voici donc la vie réelle avec ses passants énervés.    

        Tantôt, au Monument, on regardait à gauche et à droite, les amants des verbes poétiques, on examinait ces figures rougies d’un plaisir rare, ces silhouettes qui trépignaient d’aise, remplies d’enthousiasme, ce monde ouvert, généreux…oui…il était bien là, notre monde québécois français, rieur avec intelligence, présent tout autour et jusque dans les balcons. Puis, soudain, dehors, de jeunes visages pauvres et tristes. Deux maigres garçons, édentés, s’offrent pour laver le pare-brise, jeunes silhouettes sinistres dans la nuit. Pourtant, tantôt, que de visages heureux, ces mines épanouies, gloussantes ! Cette bruissante compréhension du Lucchini en diseur émérite, excité génial, notre foule nerveuse, craintive d’en échapper une bribe. Bonne humeur d’entendre tant d’intelligence des mots », tant d’esprit offert, à subtilité langagière avec l’éclat fréquent, tonnerre d’orage, une tempête d’applaudissements nourris !    

       Mais, maintenant, filant vers Outremont, aux portes des bars, des discos, mal cachés dans de vulgaires portiques commerciaux, sous des enseignes anglomanes, des ados, garçons aux yeux éteints, filles écourtichées, jeunesses maquillées tristement, vêtus bruyamment. Ils fument, guettent le flux des autos pressées. L’autre Québec ? Allons dormir au son des convois de  fret !

AH QUE L’HIVER (air de Vigneault) !

Des experts en physique l’affirment, nous avons par ici (régions boréales)  la plus belle lumière du monde. Bien. À cause des neiges, de la réverbération, sans doute. Est-ce assez pour nos détourner des « si invitants » suds ?

Hum…Nous avons donc la plus fameuse des luminosités, je veux bien,  mais… pas « la chaleur ».  Ne pas confondre. Chez mon camarade exilé à Key West, Tremblay, ils ont cela la chaleur mais, l’ignore-t-il, une lumière bien ordinaire. Oh, ouengne ! Quoi, que préférez-vous, lumière ou chaleur ?

Retraité d’un boulot quotidien (scénographe) pour gagner ma vie (la littérature hen…), me voilà en proie à… la fuite ! Au sud évidemment. Ce sera, dès 1986, les séjours d’hiver en Floride d’abord. Grand plaisir de rouler sur la fameuse 95. Petites plaisantes découvertes en chemin. Enlever du linge à mesure. Arrête à Philadelphie, puis à Washington. Fouiner en Caroline (les deux), niaiser en Georgie, visiter la jolie veille Savannah !

Joie d’enter à Daytona, première plage de sable vraiment chaud. Revoir l’antique St Augustine, premier bourg bâti des États-Unis, du temps des Espagnols. Vouloir voir partir une fusée, certaines années. Enfin, installation à North Miami, à Bal Harbour, à Sunny Isles. À Hollywood ? Non ! Trop c’est trop.

Cela, cette petite migration temporaire, dura quoi, 10 ans, 15 ans ? On découvre la futilité de cette opération-soleil. L’hiver, en fin de compte, passe presqu’aussi (presque !) vite que l’été. Gaspillage.

Nous voici en début de février, un mois qui file assez vite, puis ce sera mars, avec un soleil plus chaud et toujours  notre lumière « la plus formidable de notre univers » ! Viendra avril et la solide délivrance du froid. Et des bourgeons aux arbres. Nous avons, Raymonde et moi, cessé de protester « maudit frette noère », de brailler, et nous avons cessé de nous sauver. En République Dominicaine ou à Cuba, que de vaines illusions ! La Florida, on l’avait vu, on en avait fait le tour, de Naples à Tampa et Clearwater, côté golf du Mexique,  de South Beach « en rénovation » jusque chez Céline et René, côté Atlantique. Ô Worth Avenue, ô dépenses mondaines !

Oui, nous restons ici désormais. Pourtant, cet hiver, avec tant de neiges tombées et tant de jours d’un temps ultra « arctique », nous voilà à parler de nouveau fuite hivernale. Eh oui « la misère des riches », bon, okay, disons des « pets bourgeois ben nantis ». Au prochain hiver, nous songeons à « cent jours » à Carcassonne, à Perpignan. Ou bien pénates posées à Saint-Raphaël !  Pouvoir rester tout à fait des francophones quoi ! Télés, radios, revues et journaux. Livres. Et avoir le train ultra rapide pas trop loin. Chanter : « Revoir Paris » ! Mais… on me parle du fléau terrible, nommé le  mistral. Aller vivre l’hiver à Menton alors,  proche de Nice et Monaco. Ou bien où ? Aidez-nous !

À moins que : décembre 2009 qui s’amène et nous voilà ben calmes tous les deux, patients, endurants… Et puis janvier 2010 qui viendra, tolérable. Attente.. dans notre « plus fantastique luminosité du monde ». Et puis, paf !, qui va là ?  février qui file, comme maintenant, on se retrouvera en mars, et on guettera avril. En réalité, on ne sait plus trop quoi faire. Aidez-nous !

Vrai que l’hiver passe relativement très « assez vite », vrai que certains jours froids on en bave et on maudit le ciel québécois ! Vrai aussi qu’ici, bien, on a nos affaires, habitudes, us et coutumes, on a nos petites choses, les occasions de bon théâtre (voir Christiane Pasquier l’autre soir au Go , oh !) et de films solides (ces écoliers Noirs perdus, à Paris, oh !), de bons repas rares (chez Esmeralda !). Et quoi encore ? Il y a les parents, les amis. Tudieu, est-ce croyable ? La vieille baderne de Louis de Ratisbonne avait donc raison : « Aucune terre n’est si douce que la terre où nous sommes nés ». Croisant de nos migrants, j’ai mal pour eux parfois : en être venus à accepter -pas toujours volontairement- le total déracinement. Aïe ! On y pense pas assez. Le génial Dostoïevski parlait : « Être devenu apatride, le pire des malheurs ! »

Bon, frette pas frette : je reste icitte !

PAUL OU YVES EN VIEIL ORPHÉE

Suivez-moi, c’est un dimanche de décembre, avec du froid donc, engraisser d’abor le parking-voleur et j’arrive sur Saint-Laurent.

Cet antique chemin radoteur d’enseignes aux vitrines vulgaires, gargotes pour étudiants, pour les cassés d’un roman de Renaud. « Salut à toi dame bêtise », chantait l’autre, « toi dont le règne est infini ! » Les bistrottiers de ce gris dimanche rôdent d’un comptoir l’autre, comme mon Céline-le-fuyard « d’un château, l’autre ». Plein de bourlingueurs façon Blaise –l’illustre manchot– Cendrars. Ce dimanche récent donc, moi l’échappé adélois, je zieute les promeneurs hagards reluquant des affiches.

Les voyez-vous, regardez bien, certains loustics descendent entendre de la poésie lue, où, dans la cave chez Gallimard. Au portique, un Bozo -ou Ti-Coune ?- quête borborygmant des « Sales-culs-ronds-de-bourgeois ! » Héliotropes frustrés fuyons le bitume d’un brun mat, ce désensoleillement. Refuge à la cave en ce dimanche dos-de-rat, descendre au sous-bassement gallimardien pour… de la lumière, entendre les voix des fous et des folles, leurs flots de mots en images. Merci et salut Martine-belle-voix, les autres déclamateurs. Mots de musiques. J’écoutais ces narrateurs de l’inénarrable, mon bonheur. La logique sur le cul, souffrez les concierges du raisonnable, les gardiens des banales frilosités.

Au sous-sol de Gallimard

J’étais donc assis en cave librairienne, rue Saint-Laurent, pour aussi entendre un rejeton mien, le David qui publie à l’Hexagone. Il a bien fait. J’étais fier. Mon petit-fils agrandi secouait L’Éléphant -son titre- par la trompe, par les grandes oreilles, par les défenses d’un ivoire interdit de commerce.

Le beau défilé hexagonal, jeunes et vieux, filles et garçons.

Danielle Fournier, marraine éditrice pour Ville Marie littérature, ordonnait sa circulation, sans sifflet, sans brassard, épatée la première. Soudain, vont m’apparaître deux habitants rares.

Est-ce que « Le défaut des ruines… » ( Roland  Giguère) reste l’oubli ? Mais je n’avais pas oublié ces fantômes de ma jeunesse, sentinelles ridées comme moi, grimpées aux barricades des mots. Yves et Paul, navigateurs, lisant leur poésie quai d’espoirs. Jadis, au port, au bout de la main, se balançaient côte à côte, le bateau ivre et le vaisseau d’or. Je revoyais, après un demi-siècle, Préfontaine et Chamberland, deux avironneurs increvables, restés Orpheus sur le fleuve Achéron.

Fin des litanies laïques, escalier, nous retrouver à l’étage pour le verre de rouge. Longtemps jacasseur aux micros radiocanadiens, Yves « pré-fontaine » signait en 1959 le tout premier appel pour un vital rassemblement pour l’Indépendance à Shawbridge en Laurentides. Serrage de nos vieilles pinces et je songeais à Gilles Constantineau, poète disparu, camarade du Grasset. Ô capitaine, que de rêveurs jadis d’Outremont à Hochelaga (André Major) ou Villeray (Pierre Perrault), avaleurs d’élixirs bon marché chez Vito sur Côte des Neiges. Pleure François Villon, il a tant vanté devant nos portes.

Qui, dans cave, lisait aussi à voix bien posée ? Cet afficheur-hurleur, Paul Chamberland, connu en 1965 au sombre logis du lumineux Maheu, tué, à Outremont-sur-tracks, là où se fondait  Parti Pris, revue gauchiste militante.

De vos rangs clairsemés, dur devoir de durer (merci Paul Éluard) témoignez tous en faveur de la folie scripturaire, appuyons ceux qui se fichent bien du succès populaire. Isolés  batailleurs en verbe insolite, solidaires d’univers inédits. Avec Yves et Paul, causons de notre passé bohémien, Félix, avec le chapeau bas à la main. Avons juré et cru qu’une jeunesse va continuer, que la poésie québécoise ne va pas mourir. J’en lis chaque fois que je fais démarrer mon moteur à proses. Jeune David frondeur, tous les autres, continuez vos tricots de mots hors commerce, votre dentelle inouïe, traçante d’infini, piège des hasards crus, des chaos surprenants. Bizarres physiciens, prêtres sans théologie vérifiable, sismographes de fragiles intuitions, nous vous lirons. Écrivez pour les aveugles du jour, pour les sourds et les paralysés du méchant destin. Les handicapés des mauvais sorts. Nous redescendrons aux catacombes des libraires, chez Olivieri, chez Monet rue Salaberry; rue Saint-Laurent en 1900, Émile Nelligan criait au dessinateur Gill sa hantise de la folie, sur la vieille main, devant le marché hongrois, les foutoirs Juifs. Allez aux caveaux, braves orphées, sous l’hiver blanc, dimanches clairs ou sombres, on écoute.

SUR L’ÉLÉPHANT DE DAVID JASMIN-BARRIÈRE

NOTES D’ANALYSE DU PAPI :

Sans aucune objectivé !

Salut David,

Ici ton vieil homme qu’on dit « encore vert » ! Ma Raymonde a lu ton ÉLÉPHANT et, dimanche,  ne saura trop quoi t’en dire. Tu dois la comprendre, autodidacte, jadis modeste  secrétaire, elle a pu grimper jusqu’à «  réalisateur de télé »  à force du poignet…et de talent certes. Elle n’a pas eu donc comme toi, (comme moi) la chance d’être initiée aux textes modernes. N’a pas lu les Aragon, Char, Éluard (mon préféré) ou nos poètes modernes d’ici, les Giguère, Brault, Lapointe,etc.

Mais m’a dit être «  impressionnée » du fait de cette publication chez L’HEXAGONE, la maison d’édition de tant de « grands » poètes d’ici.  Quant à moi : j’ai (de nouveau, j’avais lu ton brouillon)  apprécié. J’ai bien vu ton travail, la révision (correcteur chez VLM-Littérature ?) , ton peaufinage. J’ai senti un labeur solide avec cette finale version actuellement publiée.

EXEMPLES : Acte 1, : ton : «  une grêle fumante mitraille les passants »… J’aime ça. C’est du fort !

Ou encore : «  Je roule sur des rails aux étiquettes en mouvement ». J’aime beaucoup.

Ou : «  …que l’aube aux pattes de canard me transforme en escargot », formidable imagerie !

J’ai estimé plein de passages de L’Éléphant

dont : scène 4 : «  …funambule sur sept orteils de lin ».

scène 5 : «  dans d’immenses canaux…poussant des bacs d’orangers. »

Et : « L’éléphant devant moi, chauve, sauf de violence et de haine ».

ET : «  Je vaux une poignée de porte, une clé et une serrure.. Extra, savoureux, choc, inattendu.

Sans oublier, Scène : 6 : « Les guêpes du génie de la lampe vrillent à travers la forêt », chapeau mon gars !

AUSSI : « les murs polymorphes se métamorphosent en aiguilles à tricoter, en machine à coudre,  en chemise blanche, en jeans et en cravate orangé… » », brillant!

Tu dois ben savoir que les gens en sont aux  Baudelaire, Verlaine…etc. Tu dois savoir qu’il n’y a qu’un public minoritaire pour apprécier (même en 2008) cette façon moderne de rassembler mots et images.

De là ton audace méritoire certes. Tu es déjà en 2025 ?

Ton : « Lorsque j’ai compris que les mystères viennent et puis s’en vont », oh la la, tu as ce don de t’envoler mais aussi d’atterrir en sol dur, présent et très réel. Bien.

Un Borduas ou un Claude Gauvreau, d’autres aussi,  auraient apprécié de tes luminosités écrites. Mais…ici et maintenant, il n’y aura pas foule, tu le devines je suppose.

DU BON STOCK, ACTE 2 : « Assis sur une chaise indigo, l’ambiance est grenat », ah que j’estime ton sens des teintes, on sent que la couleur t’importe.  Ondes ou particules élémentaires ? Fort.

Et cela : « Je n’a pas mangé ni bu depuis le toit du temple », que je goûte cela , oh oui !

Ainsi de : « L’étendue saharienne barbeau, outremer et malachite est porteuse de couleurs » Ouasch… Que c’est frappé à mon goût !

Et ton : «  Du sommet orange laisse une traînée, il se présente : Pomacanthus Annularis »

De l’inouï, ici, et du mystère, bravo !

TON : …La moustache, moteur à quatre temps, propulse sur des vagues…Salvator Dali… » , surprenant, captivant.

Comme ce : » Les oiseaux ne chantent plus, la voûte pâlit à vue d’œil », ainsi il y a des moments de réalisme fort.

VOIR  TON MARITIME: «  La brise d’un paquebot transatlantique que casse des icebergs

(et) Il porte des bijoux qu’il a obtenu des struthioniformes se perchant… «

(Et) ils rient de leurs dentiers javellisés… » Oh ! vraiment,  tu as du jus mon cher David et un Goliath « ancien » prosateur sera sur le cul face à ce David à fronde dans la vallée juive de l’Élah. Tu continues : « Son cerveau est verrouillé par un cadenas oxydé et des algues prolifèrent dans l’aquarium de ses cellules trop grises. »

Ta liberté totale fera sans doute que ce roman (auquel tu bosses ) contiendra cette folie des mots -et des images- même dans un récit dit  réaliste.

Tu le peux. Tu le dois.  Tu auras ainsi une petite musique bien à toi.

ENFIN,  VIVE TON « Mes chemises pleuvent de l’argile précuite » OU : « j’ai poignardé les marchands de sable… des champignons ont poussé sur mes biceps ».

OU ACTE 3 : «  À mauvais chat mauvais rat. Je l’ai lu sur Wikipédia », oh, voilà des manières renversantes ces notes ultra réalistes dans un enjeu ultra poétique. Chapeau ! comme : « redescend en vrille, en vis de pierre, en phare d’Alexandrie, en piano à queue »,aïe ! j’adore ça.

ET :« deux organes de la vision Kmers jouent au football », bien bon !

Et page 35, ta liste loufoque,  opérations chirurgicales que tu énumères, excellent :  l’excrèse, l’hémostase, l’insufflation, Cocasse, étonnant !

Lire ce « l‘insécurité d’un tambour l’emporte sur la course » ou bien : «  il émet des barrissements mystiques …et perd ses feuilles tout en floraison (l’Éléphant)…un avion survole la lac rond (*oh, est-ce Ste Adèle ?)…où… y chasser la grenouille (Ah ! souvenir de Ste-Adèle ?)

OH je lis : « cinq enfants frisés blonds droits

(*j’ai songé à mes 5 gamins chers)

Et à nos feux à Ahuntsic en 1998 lisant ton: «  des bûches sèches, animées parle papier journal froissé… »

ENFIN DAVID, ce «  L’Éléphant boursoufflant  ..spécifique la navigation des allumettes… OU CE : « nous nos éclairons de courage », c’est très beau cela, bien parfait) AUSSI TES : « …des abeilles fabriquent déjà du miel dans mon cadavre », (image étonnante et forte)

Bon. Bref, c’est du bon, du très bon. Pas pour la foule, pour un public d’élite hélas, initié évidemment.

Saluts, ton papi, Claude