VIVE CLAUDE-HENRI GRIGNON !

         Même si je déplore le Grignon du virage-à-droite qui, vieux,  s’ajustait au bleu Tardivel en reniant les rouges audacieux, les Asselin, Fournier qu’il avait tant aimé. Lisez « Olivar Asselin, le pamphlétaire maudit », récit captivant exhumé -aux éditions Trois-Pistoles- par son neveu, Pïerre Grignon. Le prolifique feuilletoniste « très » confortablement installé  prit peur face aux progrès collectifs. Prit la défense du cléricalisme étouffant, vantant le « Law and order »  ! Chez un ex-grognard fabuleux, c’est triste. Pourtant j’admire l’ex-bougon avant qu’il défroque en réactionnaire.

      Admiration car je n’en reviendrai jamais de ce destin de fils-de-docteur-de-village qui s’enflamme, collégien, pour la littérature. Pour les grands penseurs de son époque. En ce tems-là c’était, ici,  un vaste désert intellectuel…sauf justement des Asselin, des Fournier. À Montréal comme à Québec, c’était le règne de l’obéissance aveugle, des calculs sordides aux silences prudents. La totale soumission. Ce pauvre temps du jeune Claude-Henri fut celui des colonisés cocus contents. De 1850, avec nos patriotes étouffés dans l’Œuf, jusqu’en 1950, régiments de bons paroissiens frileux. Très peu de libres, vrais, citoyens. Tous les nôtres étaient chloroformés dans une religiosité -loin de la vraie foi- faite de piéticailleries et de dévotionnettes. Eh bien, un jeune homme de Sainte Adèle, orphelin de mère, veut et va riposter, ira au bord de la révolte, prendra de grands risques. Lisez son livre d’hommages à « son cher » Asselin qui, trop souvent, lui sert de tréteau à lui-même.

 UN JEUNE HOMME LIBRE ! 

        Épisode sombre ? Comme pour Gabrielle Roy, Grignon doit supporter certain membre de sa famille dérangeant. Cette solidarité familiale lui fera faire un faux-pas grave et le petit employé du gouvernement qu’il fut devra séjourner derrière les barreaux de la prison de Bordeaux. Bref épisode triste. Il est cependant renversant de constater le phénomène : un simple villageois des Laurentides, presque autodidacte avec son cours classique interrompu, va se transformer en rédacteur vitupérant, oh combien ! Il va composer, éditer et distribuer, tout seul, un magazine (plaquette mensuelle) rempli d’idées nouvelles -celles de son temps- cela avec un art de l’apostrophe fort courageux. Rue Morin, en haut de la côte éponyme, un homme libre reçoit des revues françaises d’avant-garde, les analyse, les décortique, les commente avec louanges ou blâmes. On lit ce « Valdombre », son surnom, avec des commentaires acides, des échos, des chroniques. Ce jeune autodidacte enthousiaste, vivant chichement dans un modeste village, espère que tous les Canadiens-français des années 1930 vont le lire, s’abonner. Que nenni, évidemment ! Alors, le jeune marié va en baver, tiendra pension, fera des élevages, va se débattre quoi.

        Les textes tumultueux du fringant Valdombre, mythique patronyme, c’est vraiment hors du commun; je n’en reviendrai jamais. Ce fameux personnage « des années folles », d’avant la guerre de 39-45, vécut ici, à trois portes de chez moi ! Ma satisfaction de voir son nom accolé à une biblio, à des rues, à un parc ou à un projet de centre culturel. Un pionnier en polémiques et méritant ! Après ? Ah « après »… l’échec de sa revue engagée, il y aura la lutte pour vivre. Combat comme pour n’importe quel jeune créateur, fille ou garçon de maintenant. Pamphlétaire sans grand public, Grignon décide qu’il fera un roman. Ce sera « Un homme et son péché », que j’ai relu, qui est bien fait, bref, mené solidement. Un avaricieux vicieux, à l’usufruit honteux et qui manipulera les villageois. Le court récit obtiendra un fort succès. Deviendra une « histoire-à-suivre…à n’en plus finir, cela avec la fidélité d’audiences énormes à la radio et puis à la télé.

 

DOUZAINES DE SILHOUETTES COCASSSES

       Désormais le vociférateur va se calmer et Claude-Henri Grignon ne manquera plus jamais de rien. Dorénavant, ce nouveau Grignon, un temps écolier buissonnier puis vagabond, jeune bohémien montréalais —cassé comme un clou– romantique désespéré, va vivre en paix. Ce romancier se meut en scripteur de dialogues et va  allonger sa bonne veine. La popularité du sinistre héros, Séraphin, sera immense. Grignon va étirer sa bonne sauce, sa ménagerie humaine ira se multipliant en rejetons cocasses. N’empêche que l’adèlois  devra concocter mile et mille péripéties, cela année après année. Distrait ? Frileux ? Craintif de brasser l’ordre des choses, il se fera pépère et conservateur.

      En France occupé chez des auteurs surdoués, ce sera bien pire avec les Drieu de La Rochelle, Brasillach ou le génial Ferdinand Céline. Ici aussi, un certain confort conduira à des reniements. L’ex-Lion du nord  se métamorphosera en défenseur du duplessiste qui agonisait. Il l’avait combattu. Antisyndical, anti-libéral, anti-progrès social Grignon s’en prendra à notre -si nécessaire- Révolution tranquille. Aussi à notre normal nationalisme et, à la fin, à l’indispensable réformateur René Lévesque, que Grignon à la télé -stipendié en 1962 par l’Union nationale- peindra en « un  ennemi du peuple » !

      Avant de trépasser, avec tristesse, on a pu le voir délirer chez Fernand Séguin pris de quérulence. Paranoïaque, il déclara que, hors du studio, des agents de la RCMP le suivaient ! Nous, jeunes écrivains, on en eut de la peine. Tout cela dit -sénilité courante ?- il n’en reste pas moins que Grignon a droit à ses monuments actuels car il a su divertir une nation entière décennie après décennie, à partir d’un fourbe personnage, ce Séraphin, le mal nommé, plutôt archange-du-mal qu’un ange séraphique, c’était Lucifer à Sainte Adèle ! Claude-Henri Grignon a su entourer son vilain d’une panoplie savoureuse, collection imposante de silhouettes colorées grouillantes, gens d’un Sainte Adèle d’antan que camperont des douzaines de nos bons talents dramatiques. Ça n’est pas rien, les jaloux, essayez-vous.

      Vive donc ce Grignon-là ! Il fut l’inlassable inventeur d’une télégénique et cinématographique faune villageoise laurentienne  absolument inouïe !

MON DAVID À DOS D’ÉLÉPHANT ?

Ceux qui ont lu -ou qui liront- mon dernier bouquin de récits « Des branches de jasmin » seront-ils si surpris du fait ? L’aîné de mes cinq jeunes « mousquetaires », David, assiste à l’arrivée dans toutes nos librairies de son premier recueil de « mots ». Sa plaquette d’une écriture surréaliste se titre d’un seul mot, « L’éléphant », éditée chez L’Hexagone.

De mon gang d’ex-gamins, David est le seul « homme de lettres », il est fou des mots, ce qui me réjouit évidemment.

Cet enfant que je bourrais de contes et légendes, d’inventions loufoques, dont je garnissais la fantasmagorie de loups, d’hyènes, de mandragores et autres plantes reptiliennes… eh bien, voilà qu’il me sort un éléphant ! À son tour il invente. Librement. Devenu jeune adulte, quoi, le voilà donc, mon David, sur le dos de « sa » bête ? Un éléphant ! En hardi cornac ? Cela,  dans des indes imaginaires, voyez une écriture libre, très libre. Rien à voir -vous verrez bien- avec la prose « petite semaine », celle d’un ex-pute, d’une ex-escorte à ministre, et tout le reste.


Lisez-moi ça ! Cela vous fera une récréation. Poétique. Si bienvenue quand les manchettes à faits divers de « page trois », ou aux rougeurs  irakiennes, ou à économies-en-vrilles énervent. Un éléphant hors des actualités plates, ça fait du bien, c’est un peu d’ivoire aux dents pour nous défendre; chantez chorales  « qu’un éléphant, ça trompe, ça trompe énormément ! »

David Jasmin-Barrière offre donc un « tout premier » (traducteur de métier, il travaille à son premier roman) bel et bref album d’images. Mon David en jeune équarisseur de verbes, en iconographe émerveillé qui veut émerveiller. Images sans crayons ni pinceaux. Juste ses mot pissés, sortis, crachés, éjectés de son carquois, mots légers ou lourds, c’est David en chasseur enfantin d’étranges métaphores, David en jeune polisseur de simples galets trouvés. Qu’il métamorphose en diamants pour rire sur la piste du cirque de vivre.

Bienvenue et mes saluts au nouveau venu dans l’heureuse galère des écritures libres.

Ton grand-père, Claude

[lien vers le communiqué de presse de l’Hexagone]


CEUX QUI M’AIMENT…
[article hors site, -pour L’Express d’Outremont et La Vallée des Laurentides]

D’habitude en matière de sentiments intimes -si on est pas Michèle Richard ou qui encore ? – on se retient. On fait attention. Le ridicule, la vanité, une pudeur, n’est-ce pas ? Je parle de quoi là ? Je parle de ces moments dans nos vies où soudain l’émotion vous submerge. Vous secoue et vous enveloppe. Eh bien foin de cette réserve qui m’est naturelle pour cette fois et je me laisserai aller.

Il y a quoi ? Il y a que je suis ému. Très ému. Je viens d’apercevoir, sortant de chez l’imprimeur, « L’Éléphant », une bien jolie plaquette de poésie signée par David Jasmin-Barrière qui est l’aîné de mes cinq petits « mousquetaires », vous savez ces enfants-chevaliers tant aimés, que j’ai raconté dans mon bouquin de grand père délinquant.

David ? Son recueil tout neuf, chez L’Hexagone, me dit carrément qu’il y aura donc une autre bonhomme dans ma lignée qui veut bien du « fou métier » d’écrivain. Ici, ça n’est pas la France, encore moins Paris, chaque auteur d’ici -québécois qui publie de la littérature-  signifie que la nation grandit. Que le pays se sort davantage d’un passé chétif. Car, comme pour une majorité des nôtres, Josaphat, mon grand-père -l’arrière grand-père de mon David- était un cultivateur analphabète et signait son nom d’un X.

Il y a de tout cela dans mes émotions face à ce bref livre tout neuf « L’Éléphant » de David. Il y a aussi que je suis toujours bouleversé devant le premier bouquin de quelqu’un. Je sais trop les espoirs et je sais trop les déceptions. Il s’agit -publier- de jouer un jeu bien anachronique. Dans un casino vide, désert de pas perdus. Un jeu avec des cartes illusoires, celles des rêves, des mensonges arrangés, des mythes nouveaux-nés, il n’y a ni perdant ni gagnant.

Celle, ou celui, qui écrit de la littérature -et qui publie- s’embarque dans un drôle de bateau, aux voiles inventées, aux mats de cocagne toujours, à la poupe qui se prend pour une proue, flotte de Titanics sans glace menaçante vraiment. Poésie, vaisseau délicat, obsolète, peu désiré, dans des quais désertés, un port ruiné, aux escales ravagées, en des croisières qu’il faut bien nommer solitude. Elle, ou il, s’en va voguer sur des eaux dédaignées par les foules. Il s’en fiche. Il aime ce métier qu n’en est pas un.

Chaque fois, toujours,  j’y vois un personne folle et merveilleuse à la fois, agissant contre toutes les modes, les us et coutumes populaires, Mais oui, diable !, pourquoi ne pas rédiger du téléroman-de-Margot, ne pas tenter d’inventer un jeu vidéo bang-bang ou bien  chier une toune bien rock and rock man aux niaises rimes de mirliton, ou encore scénariser une pub payante bien démago-à-gogo  ?

Non, voici quelqu’un de détraqué, ma foi, mon David ou un autre… Ils croient à l’écriture -c’est une vocation, cela ne s’enseigne pas- ils croient aux mots bien assemblés, au verbe bien ajusté, à la parole bien libre, aux images originales, aux métaphores vives, aux insolites mélanges des proses bousculées  ? Le jeune écrivain fait encore confiance à l’antique médium, grimoires modernes que l’on imprime désormais à la cadence-vitesse-2008.

C’est ce qui me bouleverse, cette confiance absurde -partant héroïque- dans le livre de littérature. Alors, cette fois, je le dis, je regarde L’Éléphant, coloré pachyderme qui nous nargue comme un rhinocéros d’Ionesco ou un hippopotame anonyme. Nouvelle publication et, oui, je suis ému. Il n’y a pas si longtemps il me semble, ce David, dans un champ d’Ahuntsic, me disait qu’il voulait aller combattre les vilain snipers à Sarajevo. Il avait dix ans. Jadis, il tremblait quand je lui racontait la mandragore maudite au milieu des palétuviers. Il avait 7 ans. Il se bouchait les oreilles quand j’imitais la hyène ricanante la nuit… Déjà ?  c’est son tour maintenant ? C’est lui le nouveau conteur et il sort de son chapeau, un éléphant !

Un film disait : « Ceux qui m’aiment prendront le train », je dis ingénument « ceux qui m’aiment » prendront l’éléphant. Si parmi mes lecteurs, certains m’aiment et apprécient vraiment ma petite littérature, je les prie intensément d’aller chez le libraire pour se procurer « L’éléphant » de David Jasmin-Barrière.

Je sais bien que ce ne sera pas beaucoup mais, bon, David-le-cornac – traducteur de métier qui travaille à un roman- en serait un p’tit brin encouragé. Merci là, merci !

DES FABRIQUANTS D’HOMOPHOBIE ?

     L’art -la littérature surtout- souffre de I’indifférence des gens et alors certains ont très souvent recours aux marginaux pour attirer l’attention du monde. Aux sujets tabous. Réels ou apparents. Pour se gagner de l’audience, on voit des créateurs désespérés faire appel à des personnages, à des situations, que l’on dit «extravagants ». L’inceste, par exemple. Il est encore un bon moyen de titiller les foules amorphes. L’art n’est pas souvent au rendez-vous, hélas. C’est voyeurisme sur exhibitionnisme. Ces auteurs « guidounes », bateleurs de bas de gamme, n’hésitent jamais à farcir leurs histoires de caractères bizarres. « Le monde va venir ou b’en on va dire pourquoi ».

Tel semble le moto de ces soi-disant audacieux en scénarios divers. On pousse « son » histoire aux limites  du supportable. On sait que « Les monstres attirent la foule » selon l’adage connu. Le cirque ancien exposait volontiers des infirmes invraisemblables. En 2008, il ne reste aux exploiteurs avides que la bestialité. Ça viendra, voulez-vous parier ? Dernier tabou à faire tomber. Faut que « les caisses » sonnent, pas vrai ?

Tout le monde ne peut rédiger avec subtilité sur l’homosexualité, par exemple, tout le monde ne possède par les dons d’une Marguerite Yourcenar qui signait « Les mémoires d’Hadrien » à propos d’un César homophile. N’est pas André Gide -« Coriolan »- qui veut non plus. Alors on verra au feuilleton radio-canadien, titré  « Tout sur moi », un jeune pompier embrasser à pleine bouche l’un des héros de la série. Brusque trait d’une affection subite et cela au beau milieu d’une station aux portes pliantes grandes ouvertes ! Voilà qu’ensuite -petite gène à retardement- une personne en poste à la SRC conseille, assez pertinemment je trouve, de stopper la production de « Tout sur moi ».

Vite on verra s’organiser des protestations qui viennent à n’en pas douter de ceux qui confondent censure et dévergondage visuel aux frais du public. J’affirme que des producteurs, réalisateurs, scripteurs font un jeu -qu’ils ignorent- liberticide. Ce sont des fabriquants d’homophobie dans ce cas de « Tout sur moi ». Exagérant les paramètres du tolérable, ils font surgir tôt ou tard les censeurs énervés, les archi prudents. En fin de compte, leur zèle, leur goût d’attirer la foule à n’importe quel prix, conduit aux lois du genre C-10. Ces imbéciles friands d’images osées, prosélytes de vaines tentatives d’agrandir une permissivité futile nuiront à la moderne liberté. Ces écrivaillons à gros sabots, épaulés par les montreurs-du-cirque, seront responsables des contraintes à venir. L’homosexuel fut trop longtemps, un sujet invisible, un sujet de cachette niais. Mais, excès contraire, en introduisant à la mode actuelle, partout, l’homosexualité -effrontément, grossièrement illustrée- on nuit carrément à une cause normale. Provocation infantile.

Pour faire monter « l’indice d’écoute » qui stagne, ou pour grossir la file au cinéma, des scripteurs nous encombrent d’ivrognesses pitoyables, de jeunes putains  droguées, de vicieux « hors-normes », de loques humaines en tous genres. Pas fou, le bon public, le bon peuple, refusera bientôt cet indigeste  gavage intéressé.

Je suis de ceux qui croient au bon sens, au jugement sain de nos contemporains. Je fuis et je renie le mépris -pas d’autre mot- de ces attrapeurs grotesques. Surgissent des émissions, du théâtre, des films sans cette complaisance morbide, ces portraits abusifs  à la mode et ils qui connaissent des succès populaires. Je songe autant à « Le Ring » qu’à « Le scaphandre… ». Redisons-le, les créateurs détraqués, mondains désaxés, sont les assassins de la vraie liberté.

BONJOUR LA POLICE ?

Entendez-vous l’hypocrisie qui crie ? Entendez-vous les protestations niaises ? « Ottawa va voter une loi C.10, la vilaine censure à nos portes, la police des idées, c’est effrayant, terrible ! » Non mais…Quelle bande de singes criards, ce gang de faux innocents. Je l’ai déjà écrit : la licence folle amène, tôt ou tard,  les flics.

Des jumeaux ? Un réalisateur voyeuriste obsédé qui s’acoquine avec exhibitionniste obsédé, cela l’argent des économies des travailleurs, ça peut donner un « Bordeline ». Film complaisant, statique, simpliste. Redondante illustration d’une mignonne psychosée, étudiante en littérature à l’Uqam, qui « agace » son prof mal marié. Oui, les créateurs détraqués attirent la censure, les déboussolés, la police. Face aux infantiles niaiseries -à pipi-caca-foutre- c’est la montée des réactionnaires. Le « réac » confondra érotisme sain avec les excès de ces marchands. Même chose pour le film à couteaux, à fusils pour fleuve d’hémoglobines avec carcasses humaines mises en coffre d’automobile.

Ces séquelles d’amériquétaineries en vue du record au guichet « du week-end », peuvent se faire mais avec le fric de ces commerçants, pas avec nos impôts et nos taxes. Une intelligente Loi-10 pourrait-elle régler la question ? Sinon ? Sinon, à force de puériles démonstrations pornos-avec un « s » car la violence gratuite est une porno-, fatalement ce sera la venue d’un horible vrai Ministère de la peur. Tel que décrit par Arthur Koestler. Qui nuirait totalement à la vraie liberté. Je le ré-affirme : sont liberticides ces connards qui ont comme seul talent d’exciter le petit-bourgeois. Un jour ils ricanent avec leurs images de déréliction et, un autre jour ils se voilent la face : « Maman, voilà les flics, la loi C-10 ! »

Je me rase en écoutant brailler tout ces chroniqueurs, critiques, décadents qui applaudissent complaisamment les markettés « exprès pour » scandaliser. Face à C-10, ces pleureuses en leur cortège hypocrite chialent  :  « C’est-y assez effrayant, le gouvernement veut régir les moeurs ! » Qui tue la liberté ? Eux, ces publicistes en violence et en porno, ces artistes pathétiques qui confondent déliquescence et sujets courageux. Tel l’excellent « Le Ring ». Ces libidineux frustré sèment les graines de la répression et des néos-cons nerveux vont en profiter. Pour museler nos épivardés, ils feront taire les courageux qui cherchent à repousser vraiment les frontières de la création.

Au Québec, plein de réalisateurs-producteurs, vieux  voyous incultes, jouent volontiers les bums-de-la-pellicule et cela avec les subventions de l’État. Donc avec le fric des travailleurs. En médias, c’est le docile chorus à esprits soi-disant forts qui louange dérives et dérapages. La servitudes des complices combinée à la niaise peur de passer pour moralisateurs. Je suis moraliste, et fier de l’être, jamais moralisateur. Tant ignorent la différence. Le « bon sens », comme le « bon jugement », est entreposé au rayons des objets perdus, résultat actuel : l’ombre de la censure s’agrandit. Ça pourrait finir par -puritanisme compensateur-  vouloir « cacher ce sein…», comme dans un Molière ?

Voilà le risque. Bien le savoir : les assassins de la liberté sont ces libertaires sans boussole aucune qui versent des larmes de crocodile à la « paradeanti-censure ». On me permettra de refuser de me mettre en rang à ce défilé. Contre ces zélotes commerçants du pipi-caca-foutre, voici mon modeste avis : Oui, il y menace avec cette loi C-10 mais il est  trop tard les geignards, taisez-vous les irresponsables, les p’tits cochons bornés qui servez à dresser cette sorte de  bûcher.

À cause de votre imbécile amoralité tous azimuts, juste pour le box office, eh bien oui, vous avez amené les policiers au Parlement, chez M. Harper. Hélas pour les talents capables, eux,  de défendre les vraies libertés. Ayez la décence de vous la fermer, surtout, la décence de fabriquer votre pacotille à cul-que-veux-tu avec vos propres sous. Téléfilm et autres subventionneurs ne doivent plus à collaborer, encore moins promotionner, financièrement vos navets, même s’il sont populaires auprès d’un peuple enniaisé que l’on  méprise, qu’on abuse, dont on profite .

POUR VICTOR-LE-MATAMORE

Ami, de quoi t’as l’air là ? Veux-tu bien te calmer un peu. Voilà-t-y pas que les gazettes m’apprennent que tu jettes ton nouveau livre (La grande tribu) au feu après avoir invité des reporters au bord de la bavette de ton pouèle à bois ! Non mais…

Aussi, je lis que, dans deux mois -le premier mai-, tu vas en jeter un bon paquet d’autres. Deviens-tu pyromane ? Faut respirer par le nez mon petit camarade. Tu files un mauvais coton. Des articles de ton Trois-Pistoles natal -à propos de cet incendie littéraire- racontent vaguement tes griefs, les motifs de ton enragement. Tu as mis des lunettes noires, trop noires. Pas trop sûr d’avoir tout bien compris. Tu crains quoi ? Une sorte d’écrasement général ? Une démission sociale, culturelle, et politique. Pourquoi ça diable. Je vois poindre, moi, mille bons signes de santé su tous ces plans.

Tu as annoncé orbi et urbi que tu te retires de la vie publique aussi pour raison de santé. Là, je deviens inquiet et sérieusement je ne veux pas que la maladie s‘installe chez toi, dans ton cher petit paradis basdufleuvien. Je me fiche un peu de tes chats, chiens, poules et chèvres et même de ton agneau pascal, je ne me fiche pas du tout de l’auteur des Grands-pères et du Rêve québécois, ni, à la télé, de celui de Race de monde et de L’héritage ou de Montréal, P.Q.

J’ai cru comprendre que tu es découragé de « tout le peuple ». Là, mon veux, tu files vraiment un mauvais coton Victor. Il y a dix, vingt, cent raisons, au contraire, de garder espoir. Je suis très confiant face à l’avenir, Même face à l’avenir prochain du Québec. Sois tranquille, je ne te parlerai pas de Céline Dion, ni du Cirque du soleil ou de Bombardier et de Quebecor. Je te parle de fameux récents bons spectacles vus à La Licorne et au GO, de formidables nouveaux romans, dont « La sœur de Judith » que je viens de terminer, de films québécois forts, extrêmement bien faits, dont « Continental », oui, il n’y a absolument rien, mais vraiment rien de décourageant du côté qui nous intéresse tous les deux : la culture vivante, la culture qui se fait et va se faire. La vie culturelle est ces temps-ci fort dynamique et offerte par « ceux qui viennent », par les jeunes créateurs québécois -filles et garçons- qui commencent à étaler les fruit de leurs dons bien solides.

Allons, faut te secouer mon cher Victor. Du cran et bon courage. L’hiver est long, c’est certain. Mais le printemps s’en vient, est à nos portes. Et tes belles bêtes vont pouvoir courir dans ton pré que ce sera pas long. Tiens le coup, allons ! Je te vois mal en un Yvon Deschamps qui, un mauvais moment, prévoyait notre disparition. Ou en un Jacques Godbout pas moins fataliste. Foutaises et fadaises. Évite ces oiseaux de malheur, t’es d’une autre trempe, non ? Tes écrits le prouvent. Ton imagination si fertile, si généreuse, dément cette mauvaise passe de noirceur que tu traverses, ta funeste lecture d’un réel bien mal perçu. Bon repos, cher Vic. La jeunesse du Québec actuel a besoin d’aînés confiants, lucides mais optimises aussi. Les prédicateurs de désespoir (Nancy Huston a bien raison) sont nuisibles, sont de stériles éteignoirs. On en a bien assez dans notre petite patrie, non ? Victor, nous avons un devoir d’espérance face à nos cadets qui, aujourd’hui même, sont penchés à leurs établis, chevalets, écritoires et autres « planches » de création.

Pas vrai ?

Claude Jasmin

(30)

MON VOISIN GROGNARD !

Chaque fois que je passe devant sa porte, à quatre de la mienne, je pense à lui. Ce Grignon, ex-maire, a mis « sur la carte » mon village d’adoption et l’excellent film de Binamé,  -condensé du téléroman- a bien illustré le Sainte Adèle de 1890-1900. Mon célèbre voisin, mort en fin d’années 1960, a offert « sa » longue version de L’Avare de Molière. Pierre Grignon, ex-maire lui aussi, promène une conférence sur son fameux « mon oncle ». Captivante causerie illustrée avec des archives-photos familiales. Claude-Henri, «le fils d’un gros docteur », décrocheur de collèges, farouche autodidacte lettré mérite cette reconnaissance.

J’entendais parler, jeune, de ce Valdombre, autoproclamé « Le lion du Nord ». Pierre Grignon m’a offert des exemplaires de ces brûlots. J’ai découvert un personnage pas piqué des vers. Rencontre -posthume- d’un adèlois hors du commun lisant des intellectuels de Paris, les commentant pour les fustiger ou les louanger. Malgré un brin d’anarchiste, ce « fils de » (père médecin et Agent des terres) se fera placé bureaucrate et y sera un… voleur ! Voleur d’occasion pour secourir un des siens mal pris. Ce sera Bordeaux ! Sorti de prison, rencontrant son « modèle », Olivar Asselin, il va fonder ici, rue Morin, « son » mensuel, revue dans laquelle il signe tous les articles ! Un sacré bœuf à plume.

UN VILLAGEOIS TRÈS ÉTONNANT

Ce neveu Pierre vient de faire éditer un manuscrit caché et retrouvé :  « Le pamphlétaire  maudit », Éditions Trois-Pistoles. Texte qui se veut un portrait d’Olivar Asselin, mais « le lion » ne parle que de lui ! Autour du « bon bourgeois conservateur » -que le feuilletoniste était devenu-, on lui déconseillait la publication. C’est fait. La couverture montre fait une photo laurentienne d’un champêtre disparu, rue Morin, son dactylo sur son balcon, le lac Rond pas loin. Homme de son époque, il fait voir de l’antisémitisme, un machisme éhonté, bref, un conservatisme de la pire espèce.1930. Ressemblance avec nos « anciens », partisans de l’immobilisme. Quand va pointer le moindre progrès, la moindre tentative de secouer le joug clérical, Grignon s’indigne de tout, de l’instruction gratuite comme du dangereux (!) vote des femmes !

Néanmoins, c’est phénoménale : il fut un villageois cultivé étonnant tout entouré de beaucoup d’illettrés quand le Québec était une morne plaine peuplé d’anti-intellectuels primaires.

RÉPUGNANCE BIZARRE  À L’ARGENT !

« Le pamphlétaire maudit » offre une vision inédite du géniteur de l’haïssable Séraphin. Jeune homme frais marié, il s’y montre en misérable pitoyable, en perpétuel « quêteux » de jobs du « govern’ment » qu’il méprise. Son logis, rue Morin, sera même changé en modeste « maison de chambres » ! Le vindicatif en arrache pour joindre les deux bouts, alors, selon les gages offerts, il se fera anti-Libéraux ou anti-Duplessistes,. Va venir son salut. « Grande gueule » girouette mais à petit public confidentiel, il va composer un roman. Ce sera « Un homme et son péché ». Un fort succès. L’on sait la suite : d’abord la radio et la fin des modestes chambreurs. Puis, en 1954, viendra la télé, les meilleurs cachets. Et des décennies « d’auto-exploitation », pas d’autre mot.

On frémit en lisant certains passages du Valdombre (son pseudo). Des écrits d’un ultra-conservateur louangeant des us et coutumes passéistes, prédicateur de « La ville est dégradante » ou de l’illusionniste « retour salvateur à la terre ». Avec la femme voulue en servante docile. Enfin, bizarre, une répugnance viscérale de l’argent ! Tableau d’un Québec vanté, pourtant dominé par les valets « en soutanes »  de l’Establishment anglo, notre Haut-clergé se chargeant, durant un siècle, de 1850-1950, de nous garder dans la soumission à nos bons maîtres.

Tout de même fascinant par sa flamboyance verbeuse, ses enthousiasmes littéraires. Ce « grognard  » maniait une prose piquante avec des métaphores aux allégories bien trempées. Ce voisin que j’apercevais, en 1950, vêtu de chat sauvage, sortant du pub du coin de la rue Chantecler, a donc été un drôle de pistolet dans notre pays d’en haut, un haut-parleur étonnant. L’argent gagné (viande-à-chien) fit taire le railleur et râleur. Un temps Rouge, vire-capot (de chat), puis Bleu, en 1960, Grignon se méfia de notre nécessaire Révolution tranquille. Stipendié (?), il fit campagne pour Daniel Johnson. Ce sera le silence littéraire au grenier de sa rue Morin car l’ex-jeune-révolté rallongeait sans fin ses « belles z’histoires »,  mourut ainsi un romancier doué. claudejasmin.com 

UN CINÉASTE VIEUX-JEU : ARCAND ?

Sur le cul, je suis ! Sortant contenté du visionnement de « L’Âge des ténèbres », tout de même je n’en revenais pas. En 2007 recommander « le retour à la terre » ? C’est l’abbé Groulx et « vieux lions du Nord » prédicateurs,  de jadis qui vont se trémousser de joie en leurs tombeaux : « Ce cinéaste affirme qu’on avait bien raison, canadiens français retournez à l’agriculture. Nostalgie de nos racines « d’habitant » revenant à la mode ? L’Arcand, venu d’un village (Sainte-Catherine de Fossembault, je crois ), regretterait son exil, son enfance ?       L’excellent acteur, Marc Labrèche, à la fin du film, est montré, calmé enfin, en train de peler des pommes de che-nous, collaborant aux confitures « bios ». On songe aux hippies des années 1960, aux trips souvent foireux à « tomates de Marceau ». Ce bureaucrate cocufié quittera son épouse surmenée -excellente Sylvie Léonard- et ses enfants ingrats pour vivre au grand air sain de la campagne.  Ce Jean-Marc dépressif, y a vu sa guérison : quitter la bruyante cité, sa grosse maison hypothéquée, l’autoroute bondée et le train de banlieue, le métro saturé. Il va vivre proche du fleuve,  à la  campagne dans le « camp » de son « popa » et jouir enfin de la vraie vie !

La comique fable filmique (on rit très souvent) de Denys Arcand est claire, elle étonne. Cette solution est une échappatoire très romantique en 2007. En son refuge idéalisé, -est-ce le peintre Cézanne retourné en Provence, refusant Paris et les appuis de Zola ?- oui, en sa retraite pastorale, il respire enfin. L’on voit, scène familiale finale, la riche épouse abandonnée, ses filles, qui lui apportent du linge propre. Et ses livres. Imperturbable le héros apaisé ira admirer calmement le bucolique paysage, l’horizon fluvial. Fin.

En résumé, un film étonnant. Comme tout le monde, le cinéaste, historien de formation, est encombré, embarrassé par les temps actuels. Ces inévitables téléphones portables -« ô cellulaires ! »- aux oreilles de tant de monde, ses deux rejetons, en sous-sol luxueux à écran large, vissés aux écrans plats pour des jeux vidéos, ces désormais « femmes-au-travail », ambitieuses comme des « hommes », ce maudit routinier job « steady » à sécurité sociale garantie, où s’épanouissent les tabous dont le très maudit tabagisme… tout cela est « la dure réalité d’aujourd’hui. Pour les petits bourgeois désormais instruits, diplômés. C’est la « dégénération » -oh ! cette chanson passéiste !- survenue depuis que les petits-enfants des agriculteurs vont aux universités.  « Maudits progrès » dit le film d’Arcand ? Ténèbres maléfiques ? La critique sophistiquée de Paris a mal pris cette accusation… globale.

En somme ce film pose : « Comment échapper à notre risible, matérialiste civilisation urbaine ? » La réponse d’Arcand : « La campagne ! » Certains jugent, comme moi, que c’est bien court. Arcand aurait-il pu trouver une plus moderne « sortie de secours » pour son héros bafoué ? À cette femme qui gagne plus d’argent que lui, il dira : « Je pourrais te tuer » ! Elle en est stupéfiée. Mais quoi à part l’assassinat ? Un simple divorce ? Un nouvel amour qui l’aurait sorti de sa misère sexuelle, sorti de son cabanon au fond de la cour, derrière sa jolie piscine « pas payée », où, dira-t-il, il va se masturber tel un ado attardé avec des revues porno ? Au bout de sa brillante démonstration en images, toute peuplée de fantasmes éculés, à belles « femmes énamourées », soumises et masochistes, c’est le vide qui surgit. Au bout du pèlerinage visuelle filmé avec un professionnalisme épatant, car Arcand est surdoué, c’est le vide. C’est cette tragique impasse qui enragera tous les  jeunes Cassivi de la presse. Ce néantisme va choquer tous ceux qui réussissent à vivre bien content, bien satisfaits du modus vivendi de 2007.

Le terrifiant diagnostic arcandien est valable, bien mené d’une lucidité justifiée. Mais comme du temps de ce brave Molière, il s’en trouvera pour condamner cette vision. Les avares, les puritains, les précieux ridicules, les donjuanistes, et autres victimes de turpitudes courantes vont s’écrier : éteignez, assez, insupportable, foin du moraliste (jamais moralisateur Arcand). Plusieurs diront : « C’est un cynique » . Allons, on voit bien pire, au théâtre, en littérature, à même la télé parfois. Son lourd constat d’échec ne dérangera que les abrutis.

« ET MOI, ET MOI ? » (air connu)

Ça parle au yable ! Un sénateur riche et puissant, lit-on dans nos gazettes, invite à un repas privé le député et chef de l’opposition, le jeune Mario Dumont. Et moi, et moi ? Jamais de ces alléchantes invitations ? Pourquoi donc ? M. le fier sénateur veut sonder « les reins » de son homme encore inconnu. Méfiance ? Et mes reins à moi ? De la schnoute ? C’est bin pour dire hein ? Un écrivain, bof, on lui donnera des médailles un jour ou l’autre. Mais pas de ces oiseaux à notre table ! Oh non ? On se souviendra de la ruée des « puissants », discrets et pressés, un midi, vers un club privé afin de rencontrer ce jeune nouvel élu ! Hélas, un reporter de télé les montra, comme honteux, embarrassés, chapeaux baissés, filant vers leur caucus « secret ». Tout cela pour vous parler des « importants ». D’un monde à part. ET qui veille sur leurs intérêts : « Qu’est-ce que ce nouvel arrivage politique va faire ? Nuire aux entrepreneurs trop entreprenants ? Faut savoir, alors, allons bouffer en chic club privé et questionnons un homme qui pourrait bien se retrouver aux commandes de l’État. »

Pis toi mon petit bonhomme, silence, il y a la démocratie et tu iras poser ton « X » en urne (de carton). Ma mère et mon père me parlaient « des gros », de ceux qui mènent. Je sentais comme un mystère. Quoi ? Il y avait donc des citoyens au dessus des autres ? Évidemment, nous savions, même enfants, qu’il y avait une classe sociale au dessus de nous, les riches. Cependant l’on s’imaginait que tous étaient égaux, et pas seulement devant la loi mais comme électeurs. Mensonge. Avec l’âge, l’innovent gamin, apprendra. Qu’il y a, non seulement le favoritisme (nommé jadis patronage), mais des cercles où la sélection va de pair avec le pouvoir. Qu’il y a « des » pouvoirs. Qu’il y a la caste dite des démarcheurs, mieux connu sous le nom de « lobby ». Même un efficace tribun populiste comme René Lévesque devait mettre en marche des rencontres « au sommet », en hôtels chics, avec buffets luxuriants, où l’on essaya de réunir les intérêts « des gros » avec ceux des travailleurs.

Ainsi au vaste domaine du puissant magnat Paul Desmarais, dans les hauts de Saint-Irénée, il y a eu, et il y a encore, de fastes fêtes. Co-patron d’une immense compagnie commerciale en pétrole français, Desmarais recevra même un président (M. Chirac) ou tout autre grand ministre important. Vous pouvez bien gagner le Nobel de littérature, c’est futile, il n’y aura pas d’invitation à ces plantureuses agapes dans les immenses jardins de l’oligarque en Charlevoix. C’est en un tel party aux allures monarchistes que se traitent « les affaires ». Ces oligarques détiennent d’immenses influences et sont capables de pressions inouïes. Liberté ? Aux ordres, la presse comme les politiciens. Avez-vu ? Sarko élu, vacancier choyé sur un super-yatch de richard autour de Malte ? Il y a pas bien longtemps on a vu, à Venise « sioupla », un caucus festif d’un milliardaire (boss de Vivendi), y étaient présents les grands patrons en médias : radio, télé, presse. Le gratin en communications… et donc manipulations. La liberté des journalistes ? Ouen. Desmarais, proprio de La Presse (et de tant d’autres canards) choisit « son » homme de confiance, le directeur. Ensuite ce dernier choisit « son » éditorialiste. Ce dernier contrôle les chefs de pupitre. Voyez-vous la chaîne ?

Quoi faire ? Allez emprunter à votre biblio un tout récent bref ouvrage instructif : « Comment les riches détruisent… » de Hervé Kempf. L’auteur parle de l’égocentrisme le plus souvent a-social des « crésus » de la planète. Il révèle que « le mal » de la surconsommation (engendrant pollutions et gaspillages) est ancien. Qu’il vient du deuxième instinct -après celui, fondamental, de « conserver la vie »- l’instinct d’imitation. UNE ENVIE HUMAINE irrépressible : copier le riche, source de tous nos maux. Kempf dit qu’en 1899 (!) T.Veblen publiait « Théorie de la classe des loisirs », un ouvrage débusquant cette « racine » de nos dérives. Kempf souligne aussi un autre livre. Écrit bien avant le bouquin sur ce même sujet « Le don » de notre sociologue Jacques T. Godbout. « Essai sur le don » par Marcel Mauss (1923). Ces deux auteurs pointient le coupable : nous. Toi, lecteur. Moi. Notre manie de vouloir copier le riche du palier juste au-dessus. Adepte, mais piteux, de « la simplicité volontaire », je résiste au cellulaire, à la télé numérique, HD, etc. et parfois je succombe, l’ordi à haute vitesse). Reste mon sujet : les rencontres, les sordides et intéressés « pré-arrangements », les accords clandestins entre élus-du-peuple et les « gras-durs ». Surveillez bien, du fond de votre cour, vos chers élus s’embarquant avec limo et chauffeur pour un party privé. Ces dîners en beaux jardins défont illico votre pauvre petit bulletin démocratique, hélas !

S’ASSEOIR AU SALON ?

         Devoir, -ô promo obligée !-, s’asseoir au salon. Du livre. Devant tout le monde. Expérience difficile. Les badauds défilent. On vous jette un regard de travers. Il y a en ce salon de Québec tant de livres. Tant d’offres ! Certains curieux s’approchent de votre kiosque. Un parmi des centaines ! Malaise. De part et d’autre. Quoi dire ? Quoi faire ? Jouer, bon enfant,  le « peddler » en romans  ? Gênant souvent. Autour de vous, tant d’inconnus, de méconnus, tant de plumes aux doigts…et  inutilisés !

    La caisse muette. L’éditeur soucieux. Ce livre nouveau sera-t-il un succès ou un échec ? Il y a petite foule chez les « populaires » : madame Bertrand ou Dominique Michel, le « cuisinier de télé » aux recettes neuves, le biographe d’un très célèbre, la saga sentimentale… tome 2, tome 3…et il y a votre roman nouveau, la littérature quoi…

     Dans tant de kiosques, plein de jeunes pondeurs doués…restant sans public. Injustement souvent. Quoi faire ? Rien. C’est la foire. Les promeneurs passent, circulent, ne avant trop où regarder… Centaines de jolies couvertures aux couleurs attrayantes… ils défilent, indifférents à toutes ces angoisses. « Mon livre va-t-il fonctionner ? » L’anxiété des créateurs. Allées pleines de monde, d’ « accros » aux livres,  un samedi, un dimanche, ils viennent « voir » les stocks nouveaux. Hésitent ? Budget limité. Vous posez. Vous souriez. Se sentir une bête de cirque souvent.

       Si vous avez eu la chance d’avoir été « vu » à « Tout le monde  parle »,  là, oui, on vient nombreux pour commenter votre passage : « Très bon, bravo, oh non, trop rieur, trop rigolo, trop méchant, pas assez parlé du contenu de votre livre, vous m’avez fait honte, vous avez été courageux, chapeau … » Au collège, nous apprenions : « Tot sensus quot capita »,  autant d’opinions que de têtes », quoi !

      Autour de vous, des cris, des rires, des enfants qui se tiraillent, des bébés qui pleurent, des « ancêtres » qui grimacent, « trop de monde », des ados qui draguent, des apprentis-auteurs cherchant des appuis des encouragements. Ne pas savoir quoi dire : « Courage », un jour, un éditeur vous dira « oui ». Continuez. Persistez ! Tenez bon ! Oui, la foire. Dehors la belle ville de Québec qui s’ensoleille. Prendre le temps…d’une pointe de pizza. Jouer le clown, et ne pas se prendre au sérieux. Rester « naturel ». L’universitaire cherche un essai savant, se sent encombré par tant d’histoires populaires, trop de récits légers ! Soupirs ! L’hurluberlu avide, nerveux, ses envies de rencontrer des oreilles ouvertes et qui vous narre sa vie !

      S’asseoir docilement au salon du livre et guetter de nouveaux fidèles. Embarrassé souvent par ce voisin de kiosque qui ne voit pas un seul curieux à son comptoir. Avoir trop bien connu ce…désert ! Bien savoir  qu’il est long le chemin de la reconnaissance minimum. Envie de consoler. Comment faire ? Quoi dire pour encourager cet amoureux d’écrire. Qui n’arrive pas, jamais, à se constituer le moindre public ? La foire. Avec ses lois. Place aux livres populaires seulement  ! S’asseoir au salon…vide ! Vide de monde. Le poète illuminé qui ne saisit pas cette affreuse solitude ! Quoi lui dire ? Le malaise permanent. Le vieil habitué de ces « salons » que vous êtes, vu votre grand âge, qui a une envie de jouer, à forte voix, le baratineur. Bateleur en place publique ! Pour faire rire quatre badauds ! SE retenir : passer pour un vilain  cabotin quand vous voulez passer pour un rigolo. Un léger.

      Des heures et des heures à examiner, mine de tien,  la faune des liseurs en tous genres. Et puis, soudain, un admirateur qui s’approche : il a tout lu, tous  vos livres. Il veut de vos mots sur la page de garde. Il dit qu’il vous aime. La chaleur enfin ! Une âme sœur ? Rare ! Vous voilà consolé de tant de temps à passer la plume-à-dédicaces en l’air. Enfin, un vrai amateur de vos proses. Il en sait, oui, oui,  plus long que vous sur vos propres récits, sur vos ouvrages… d’autofiction ou non. Pour cette jeune fille si attentive à vos projets, pour ce garçon si curieux de vos personnages, vous voilà regrettant moins le voyage à Québec, les longues heures au kiosque.

      Ces fidèles rares font que vous vous dites : « je reviendrai. » Je dira « oui » au prochain Salon du livre. L’écrivain est seul, c’est un métier de solitaire et il a découvert, en chair et en os, un vrai lecteur. Le bonheur ! Vous quitterez Québec un dimanche soir le cœur plus léger. Dans l’autocar sur la 20, vous reverrez en pensée cette personne précieuse qui vous a confié, les yeux brillants : « J’aime tout ce que vous écrivez, Merci ! »                                                             

    

« TIT-CLAUDE DANS FOSSE AUX LIONS »

   Je suis un vieux gamin. Je ne vieillis pas. Ne riez pas, c’est encombrant parfois ce trait de caractère. On peut gaffer, bêtement. Que je vous raconte ma visite à ce grand « studio 42 » de Guy-A. Lepage. Tu t’amènes là un jeudi soir comme un « artisse » avec un veston chic sur l’épaule. Offre d’une loge avec ton nom imprimé sur la porte. Oh ! Avant la séance de maquillage  —« oui, je vais vous mettre un peu de mascara sur vos cils ! »— un lobby et une longue table remplie de victuailles. Du café fort. Personne ne fait attention à vous. Plein de monde attentif, calepins ouverts, qui surveille un écran. Rédacteurs, recherchistes, adjoints. J’y vois Lenormand qui jase. Enfin, un régisseur se pointe : « Venez, c’est votre tour ». Frissons. Peur et hâte d’en finir au fond.

  Lepage était venu me voir une minute durant une pause commercial : « Je sais que tu peux causer une heure sur une seule question, retiens-toi car j’ai, pour toi, une cinquantaine de questions, okay ? » Oui, compris, pas de « cassette » et soyons spontanée. Coulisses. Murmures. Un cri : « Silence partout ! » Public silencieux. Lepage, goguenard sans cesse,  présente le vieux gamin  : « Il est ceci et cela et… « un vieux fatiquant ». Bang ! J’y fonce. Oublier que deux millions d’yeux vont vous  regarder, éviter ainsi le trac. Signal du régisseur qui vous tenait le coude, faut affronter. Trop brève présentation de mon nouveau roman « Chinoiseries », c’est le jeu. Lepage tient ses cartons et bombarde. Pas le temps de réfléchir. Faut rétorquer du tac au tac. Danger ! Je le sais. Tenter de jouer la toujours bonne carte de l’humour. Ne pas se prendre au sérieux. Entendre rire et l’animateur et la petite foule en studio, ouf !

    Turcotte-le-fou, sympa, cherche piques et craques. Le jeu ça aussi. Un risque : tenter de le moquer en « provincial » et ça marche. Un jeu étrange, un ping-pong pour ne pas ennuyer le public. Vite, votre présence n’a bientôt plus rien à voir, hélas, avec votre nouveau roman. Bof !, mon horreur des « plugs ». Voici « la question qui tue » ,  je ne meurs pas du tout. Ça devient amusant. Mais oui, voilà le « vieux gamin » heureux. Et voilà que j’oublierai…quoi donc ?, la politesse et les bonnes manières. On ne se refait pas. Parler « vrai » et risquer de blesser. Hélas, derniers invités, Brière et Martin « pluggant » un spectacle pour illustrer un texte « fondateur de l’indouïste », disent-ils. Confus un peu, alors me voilà, bien effronté, jouant le ronfleur et puis émettant des doutes sur la pertinence de cette démarche. Gamin va !

     J’ai regretté cette facétie et tenté, un peu tard, de me reprendre. Le lendemain : avalanche de courriels. Des mécontents. Avec raison. Cela pour dire qu’on ne change guère : mes farces écolier, collégien. « Tit-Claude » envoyé souvent chez le préfet à Grasset, un jour mis à la porte du collège ! Mon barbier à Sainte–Adèle : « Paraît que Lepage invite au resto après le show ceux qu’il a apprécié seulement ». Oui, il m’a invité. Au Continental ! Trop fatigué. Minuit et demi, je roule « at home ». Voici les dieux punisseurs de l’insolent : coin Avenue du Parc cet Côte Sainte-Catherine, feu rouge et…panique !, plus de freins ! Aucun ! Sueurs froides. Je rentre dans une bagnole devant moi. Maudit feu rouge, un formidable bang ! Ouf !, rien de cassé des deux côtés. Que des pare-chocs démolis ! Amis lecteurs : voyez-vous la manchette : L’écrivain Jasmin tué Avenue du Parc en rentrant de « Tout le monde en parle ». Quelle perte « nationale » hein ? Même Martin et Brière désolés, non ? Et mes contempteurs aux anges ?

     Retour en studio : ça grouille dans tous les recoins, il y a une dizaine de caméras (oui dix !), on ne les voit pas ! Imaginez le labeur des monteurs. Chez vous, le dimanche, vous regardez les moments choisis. Verdict : pourquoi avoir coupé ceci ? Et cela ? Ce  moment quand vous parliez d’un passage bientôt à la télé de Pékin, à l’émission  Tou’l’mond’enpa’le » avec un Guy Hong Lepag’Hing ? Tant de rires en studio ! Aussi, pourquoi n’avoir pas coupé cette effronterie ? Lepage, avec raison, est seul maître de son jeu télévisé. Oui, se sentir dans la fosse aux lions, ne pas avoir suivi les conseils de mes beauf’ : « Va pas là, Claude, danger, pense aux Gendron, Mailloux, Proulx, Guy Fourmier ! » Marie-Pierre Barathon, dévouée relationniste à « Ville-Marie littérature » qui m’entendrait dire : « Non merci ! », quand des tas de créateurs en tous genres souhaitent tant cette visibilité herzienne du dimanche soir. Non ? Et puis quoi ? Allez au diable les dieux maudits, je ne suis pas mort.