Le jeudi 7 février2002

Le jeudi 7 février2002
1-
Soleil revenu par ici. Sorte de joie chaque fois évidemment. Reviens de voir mardi soir, à l’Espace Go, un fort bon spectacle.
« Juste la fin du monde » par Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Bernard (Pierre) et de Serge Denoncourt…qui joue aussi le héros de ce texte. Un jeune homme, la trentaine, revient chez lui après une absence de 10 ans. Malaise terrible. Pour la mère, la jeune sœur et surtout son frère cadet. Joué, ce dernier, de façon fantastique par Luc Picard. Quand c’est bon au théâtre il n’y a rien, aucun autre médium, pour égaler la joie, le plaisir éprouvé !
Après le spectacle longue et fertile jasette dans le boudoir du Go avec Monique Miller (amie d’Aile depuis sa « Madame Félix », à balafre, de « Montréal P.Q. » (de V.-L. B.), qu’a tant aimé réaliser ma chère Aile.
Monique joue (excellement) la maman du héros, déçue de cette longue absence mais toute polie, incapable de reproches, défaite, ravagée d’angoisse…Elle sent la mort…Car le héros est atteint d’une maladie mortelle (on imagine ce maudit Sida dont l’auteur allait être frappé. Il mourut peu après la rédaction de ce « Juste la fin… ». Il est venu l’annoncer. Il ne le fera pas, englué, enterré par le bavardage des siens ! Anne Dorval joue bien la belle-soeur empêtrée et embarassée et Julie McClemens brille en petite sœur ravagée d’inquiétude sur son sort à elle. Personne , ai fond, ne veut savoir pourquoi ce retour de l’ « Enfant prodigue ».
Au bar, un certain Philippe, m’offre le café et refuse que je le paie me disant : « Je suis si content de vous savoir ici, je vous admire beaucoup. » On en reste bouche bée. Je ne le questionne pas. Lit-il mes J.N » ? Me suivait-il à la radio pop ?
Ce Denoncourt que j’avais trop vite jugé un peu…frais (rencontré dans le hall du Quat-Sous pour « Je suis une mouette.. ») est très affable et, surprise, admet comme moi, avoir détesté le Pessoa-show. Il me dit : « C’était interdit de ne pas avoir aimé ! » Nous rigolons. Mais il est d’un abord très chaleureux ce Denoncourt ! Monique me dira : « Toi aussi tu l’as cru snob ? c’est à cause de sa timidité. Je lui dis : « Souvent les timides intimident ! »
2-
Je sors (ce matin) d’un drôle de rêve. Je suis dans une chambre miteuse d’un petit hôtel de Manhattan. Je dois me trouver un boulot. Je marche dans des rues étroites, sombres, encombrées de détritus. Tas de gravats le long de vieux murs de briques sales. Ruelles sinistres ici et là. Je débouche enfin sur Broadway ! Je vois l’écriteau. Magasins vétustes. Une enseigne : « Euron Works Display. » J’y entre. Il le faut, C’est comme prévu. Pour un job. Un petit bonhomme ridé, courbé, au gros nez en poire rouge, m’explique l’ouvrage. Une mezzanine de son magasin à déblayer de brocanteries inutiles. Il y en a jusqu’au plafond. Devoir vite faire place nette ! Afin que je puisse m’y installer dit-il. « Dépêchez-vous, le temps c’est de l’argent ». Mon rêve soudain change de phase. Me voici au même lieu, avec ma fille Éliane et mon gendre Marco. Je tente de les guider, mêmes rues et ruelles de New-York. Cependant, plus d’ombres louches, pas de ciel noir, soleil aveuglant cette fois. Le magasin de « vieilleries » est toujours là. Je raconte à mes jeunes mon job d’étalagiste bousculé. Ils sont inquiets. Je me réveille.
Oh grand Shakespeare…de quoi donc est fait un rêve ? Un cauchemar? Au réveil, je tente de dénouer les symboles. Un : hier, début de lecture de ce livre de Schmidt (?) sur un Adolph Hitler jeune aspirant-peintre à Vienne. J’ai abandonné vite, voyant une sorte de fausse histoire, je déteste « l’Histoire romancée ». Ces fabrications de dialogues faux surtout. Ça débute : si Hitler n’avait pas été refusé, jeune, à l’école des beaux-arts…Et voilà l’auteur inventant des scènes, des propos, les « dires » d’ un personnage… faux. Ah non ! Pas ma tasse de thé. Dans mon rêve…il y avait cette ambiance du jeune homme qui cherche un moyen de survivre tout comme ce Adolf de Schmidt jeune étudiant viennois, orphelin, mal pris, faisant un placard peint pour un boucher afin de survire… J’étais un homme démuni, perdu, en phase 1, dans ce « Works Display » de Manhattan.
Deux : il y a aussi du texte de mon livre à sortir bientôt : « Écrire ». J’y parle de ce métier d’étalagiste pratiqué, jeune sans avenir clair, cherchant à…survivre. Et quoi encore ? Évidemment, le fait d’avoir revu Manhattan saccagé par les kamikazes récemment à un reportage de RDI. Ainsi, un rêve se construit de matériaux divers, emmêlement bizarre, non. C’est un domaine, rêver, qui me captive. J’ai un peu lu là-dessus. Et je voudrais lire davantage.
2-
Hier, à l’heure de l’avant-soupe, une fois encore (comme « pour la fessée permise » ) chez moi, ici, les camions de TVA ! Antenne et satellite encore. Une fois de plus en « duplex » avec Bruneau du canal 10. Cette fois, on veut m’entendre polémiquer à propos du téléphone portable, le « cellulaire ». Aile qui a en horreur ceux qui parlotent à ces appareils pendant qu’ils conduisent leur véhicule, est ravie et souhaite —pour une fois— que je…fesse !
Ils montent de Montréal, viennent brancher micro, caméra, pour quoi…un cinq minutes à peine. Mystère ! Claude, le caméraman, dit : « Sont « séraphins » à TVA mais pour le monde des infos, ils veulent battre le dangereux Mongrain de TQS et dépensent sans compter! » Bon, bon. J’ai fessé disant : « Ceux qui conduisent téléphone au cou, donc distraits, sont des dangereux, ils fonctionnent avec « facultés affaiblies » comme pour l’alcool. Mon vis à vis, le « workalolic » reporter, Richard Desmarais, rétorque : « Claude ne roule plus en calèche, j’espère. Le « cellulaire », c’est le progrès. » Je réplique : « Le progrès j’en suis, bravo, mais faut le civiliser, le réglementer. » On roule en auto (progrès net) mais, en ville, à 50 km. Pas à 70 ou 100 km. Accord du Desmarais pour une réglementation là-dessus. Mon Dieu, moi, pour le « law and order », moi ? Tout récemment, quatre touristes québécois s’en allaient au soleil floridien et une automobiliste, téléphone au menton, frappe… Mort des retraités !
2-
Ce matin, sonnerie du téléphone —« On vous sonne et, comme laquais, nous accourons », Guitry. À 8h. Aile, réveillée, va décrocher. Offre de recherchiste pour, en studio à midi,
débattre la question « vieillards au volant », une plaie ! Quel piège ! Je ne suis plus jeune du tout. Je refuse. Crainte de passer pour le polémiqueur-de-service, disponible en tout temps. Un Spring-Jack surgissant ! Si on veut m’accorder une tribune régulière, ça oui. Mais sporadiquement, jouer le grogneur, non !Je refuse de descendre à Télémétropole. Oh ! À 9 h., l’animatrice Jocelyne Cazin, en personne au bout du fil ! Elle revient à la charge : « Vous êtes bon, je vous admire tant, venez… » Non, le vieux corbeau flatté n’ouvrira pas le bec !
3-
Fléau. La récupération ? 1972 : des rockers d’ici, « Offenbach », passent pour des crottés nocifs. Pas d’ouverture en salles respectables. Frustrations. Idée amusante : « si on allait faire nos bruitages musicaux à l’auguste Oratoire Saint-Joseph ? » Les pieux clercs de Sainte-Croix, pas fous, se disent : « Ouen, ça ferait parler de nous chez les jeunes bougalous ! Nos temples de piété sont si déserts. On accepte la provocation réfléchie.
Saint-Joseph du Mont-Royal, charpentier emblématique, va recevoir les jeunes drilles chevelus, barbus et bruyants ! Des « réacs » ces chers Offenback (?) ou bien prétention sauce « Bach », on exigea des curés complaisants une messe ancienne, en latin ! Il y a un mot pour ces manèges : Récupération ! Jerry Boulet est mort depuis. Le reste du groupe, ô nostalgie, retourne à « Saint-Joseph- priez-pour-nous » dimanche prochain !
Récupération d’adversaires. « Joins them if you can’t beat them ». Je me souviens, nous les « jeunes-gens en colère », les enragés de Parti-Pris, soudain aimable et faste invitation à aller cracher notre venin anti-élitiste, où ?… à la chic Université Laval. Récupération encore ! Me souvenir du grand savant Dansereau tout admiratif à un lancement.
Parenthèse pour Mémoire : Dansereau fut directeur du Jardin Botanique de New-York (!) et, au même moment, Wilfrid Pelletier était le directeur de leur orchestre symphonique au Metropolitan Opera de New-York également ! Mais oui, m’sieur le rapporteur Durham, nos gens sans histoire, sans esprit, ignares —les Québécois— sont très capables.
N’empêche ces antipodes soudain réunies, toujours le coup des dames-patronesses qui invitent à leur luxueux garden-party des saltimbanques —en 1950, les jeunes du TNM chez les Papachristidis millionnaires. C’est si inusité, si exotique, my dear, oser côtoyer des bohémiens-voyous ! Frissons dans les visons !
4-
Vu hier « Il parle avec les loups » Asile et moi comme envoûtés. Toujours le vieux rêve de l’éden perdu. Quel charmant documentaire de l’ONF sur ce gaillard, Réjean Pageau, en haut de Amos, qui a installé une « ferme » de loups, de cerfs, d’orignaux etc. Le naturalisme comme source de vraie vie. Illusions ? Sans doute. Aile et moi ravis, comme bienheureux de ce visionnement de gens qui vivent comme aux temps premiers de la colonisation…
Le grand bonheur de voir ça ! Ce film sur l’homme barbu, ventru, Pageau avec ses loups « désauvagisés » partiellement, c’est quoi ? Du Walt Dysney ? Oui, oui. Images bien romantiques si on veut, nous soupirons : ah allez vivre loin des villes, au bord d’un bois, loin de la cité, à l’abri des …hommes! Hon ! Ah ! Oh ! Voilà la vérité lâchée peut-être : nous fuir ? « Détestons-nous les uns les autres ». L’évangile des anarchos- ermites.
Beaucoup de ces sauvages (j’en ai rencontrés) sont des
a-sociaux. Ils sont des individualistes, égotistes même. Et c’es facile. Être social est moins pas facile ! J’en ai connu de ces sauvageonnes et de ces sauvageons —haineux, superbes prétentieux souvent, parfois réfugiés dans l’alcool à flot— qui n’avaient qu’une idée : « l’homme n’est qu’un loup pour l’homme. » Des jeunes se font démoraliser par ces sentences niaises.
C’est faux !
La plupart du temps, il y a dans le cœur de l’humain un sain et normal besoin d’aimer l’autre, d’apprivoiser l’autre, d’échanger avec l’autre. Le différent. Ainsi s’est écrit l’histoire de la femme et de l’homme : « autre » si différent. Hors des murailles de la misanthropie, on voit bien l’amour. Malmené ? Ça arrive. C’est une autre histoire.
« Un », rester « un », est plate. « Un » est solitaire. Ne s’épanouit guère. « Un » n’est que « semblable », narcisse lassé, miroir ennuyeux. Ce « même » est triste. De là peut-être l’adoption (étatsunienne ?) du terme « gay »pour nommer les « mêmes », les « semblables » réunis. Malgré eux si on croit comme je le crois qu’ il s’agit non pas de libre orientation mais de commande génétique. Pas plus qu’on choisit ses yeux bruns ou ses cheveux blonds.
Tendance sexualisée non choisie. Inscrite au fond des gênes. Une gaieté factice —avec défilé ostentatoire par réaction— des « mêmes », de ceux qui se tiennent ensemble —ghetto, village— vu l’antique et cruel rejet des « autres ».
L’animateur de télé, Daniel Pinard, avait-il raison d’opiner publiquement; « S’il y avait eu une pilule contre cette orientation (vers le même, le pareil, le semblable) je l’aurais prise ». On a reproché, beaucoup, cette franchise chez Pinard.
L’autre soir, aux « Franc-Tireurs » de T.Q., un membre d’un couple de deux homos approuvait Pinard. Répétait la même chose. On pense avec raison :trop difficile, la condition homosexuelle ? Sans doute.
Il y a autre chose, en creux. Une sorte de répulsion malgré l’attraction d’ordre génitale) oui, une répulsion à être deux « mêmes », deux « pareils », deux « semblables ».
La diversité semble une loi incrusté dans l’esprit des humains.
Fin de ma philo-du-dimanche comme mon père était potier- du-dimanche à partir d’un bonhomme qui apprivoise des loups.
Terminons : c’est magnifique ce petit paradis dans l’arrière-pays d’ Amos… mais personne ne veut quitter une once de ses conforts.
5-
On entend dire, les reportages commencent sur les J.,O. : « des perches chaudes ». En deux mots ! On parlait de celles du lac au pays des J.O. d’hiver. Nous disions « perchaudes ». Mystère ! Les truites meurent dans l’eau trop salée mais pas ces « perches chaudes » de l’Utah. Eaux mille fois (!) plus salées que l’océan. Notre surprise.
Émigration : en Angleterre, gazette d’à matin, inquiétude normale, on se questionne sur le mur entre nouveaux arrivants et indigènes. Désormais, obligation de passer un test auprès de émigrants après un certain temps de séjour. Hon ! Quoi ? Oui, vérifier si l’émigrant est déjà un peu, un tout petit peu…anglais. Test aux questions banales, faciles.
Faire cela au Québec et ce serait le tollé : « Sales racistes de Québécois va ! »
Ainsi, je lis qu’on payer mieux que certains nouveaux venus puissent mieux conserver langue d’origine, us, coutume, traditions…racines. L’entretien des ghettos ? Nuisance à l’intégration qui est pourtant indispensable à l’épanouissement des enfants des émigrants. Mais si nous parlons de nos racines à nous —à mieux arroser, de nos traditions —à mieux protéger, de nos us et coutumes, ce sera encore le tollé, le même : « Sales racistes de Québécois va ! »
Ce monde, hum, c’est cela le racisme inverti. Se mépriser. Tous les autres sont fascinants, nous autres, on vaut pas grand chose ! Oui, racisme inverti. À la mode dans les médias actuels. Exemple précis ? Dimanche, le « cahier livres » de La Presse :place à un Juif, à une Espagnole, à un Grec…(traduits chez des éditeurs parisiens). Espace à nos créateurs ? Le reste, des miettes. Racisme inverti.
6-
À Paris, Jospin (gauche) , muet, voit le retour d’exil doré (Shuller, père) d’un témoin important dans les affaires de favoritisme du temps de Chirac. Son silence ? Les mêmes sales horreurs, dégradantes en favoritisme « pot-de-vines » du temps de son cher Mittérand. Juppé (droite), inquiet du Shuller (trahi, c’est dramatique en diable, par son fils gâté-pourri), l’ouvre et gueule à Jospin (gauche) : « Vous remuez de la merde ! »
Oh, l’aveu candide ! Peut importe qui la brasse, il y a donc de la merde à remuer ? Elle est donc vraie. Venant d’où, mise là par qui ? La France, pays politique fascinant. La presse déchaînée. Des deux bords. Ici presse d’un seul bord. À droite toute !
7-
Nos théâtreux à l’Odéon de Paris en ce moment. Avec, un vieux truc efficace de Paul Berval en 1949, le mélange du joual avec le français pointu, l’accent de Paris. On riait au « Beu qui rit ».
Étudiants. Avec le Ducharme (« L’hiver de force ») même bonne vieille recette. La directrice du TNM, Pintal,, avoue, candide :
« À Montréal, on riait quand ça parlait parisien (est donc ridicule), là-bas, ils vont rire quand ça va parler en joual (est donc ridicule).
En tournée aussi (Pretit Odéon), cette Marie Brassard jouant un coiffeur homo qui fantasme en s’imaginant général d’armée. J’en ai parlé un renversant morceau de bravoure. Avec, en prime , masturbation sur scène. À Paris, ils vont apprécier l’audace. Performance , performance…ais-je un gueule de performer ? Qui, osera, la première, s’arracher de l’entrecuisse, sur scène, sa serviette sanitare et… la manger ! Craignez-rien, ca va venir ! C’est la bataille de l’insignifiant c’est à dire de l’exagéré, de l’outrancier. « Vous allez venir au théâtre ou bin on va dire pourquoi ! » Parfois je m’ennuie d’un bon Claudel comme celui vu à la si belle chapelle du vieux Séminaire : « L’annonce faite à Marie. Moi colonisée ? Non, il y a « Au cœur de la rose » de Pierre Perrault, au Rideau-Vert, le Lévesque à René-Homier Roy en fut sur le cul tant il a apprécié. Ira-t-on en tournée payée par notre argent public ?
8-
Rendez-vous d’importance pour moi : j’ai hâte à demain à 20 h., à la petite Salle Fernand-Séguin de la Cinémathéque québécoise. Aile me dit : « Je te préviens, un soir, nous étions trois à la cinémathèque pour voir un beau vieux documentaire sur Gabrielle Roy. » Eh ! Combien viendront voir, vendredi soir, demain, boulevard de Maisonneuve, mon « Blues pour un homme averti»? Une efficace réalisation de Paul Blouin, un ensemble de jazz, celui Slide Hampton (en 1964, on pouvait avoir du jazz de New-York pas cher !), mon héros si bien joué par Jacques Godin ?
J’y serai seul peut-être? Tant pis. J’ai aimé « mes » acteurs, je veux les revoir. J’espère que nous serons au moins cinq, Aile et moi et trois lecteurs de mes J.N. À demain soir donc ?

Le samedi 2 février2002

Le samedi 2 février2002
Le voilà de retour, bien revenu, fendant, crispant, cet hiver que je n’aime pas. Installé ce matin avec JCCC (journaux, cafés, croissants, cigarettes), je dis à Aile : «On gèle maudit ! C’est le frette en règle ! » Jusqu’ici c’était bien. Je songe au sud…à cette plage de la Costa norte en République dominicaine. Il y a un an, exactement, nous volions vers ces plages, ce soleil en plein hiver, non, pas ce soleil (nous l’avons ici et bien radieux aujourd’hui) , cette chaleur. Mais… l’avion… Aile craint ce genre de véhicule, depuis toujours… depuis le 11 septembre, davantage encore.
Avec ce soleil resplendissant partout dans le ciel laurentien, impossible à midi et demi de ne pas aller marcher. Sur le lac, ici, la municipalité offre une longue ronde patinoire et un cercle de neige tapée autour du lac, pour les promeneurs. Aussi, une piste pour les …fondeurs (!). Le vent nous giffle. Il faut rabaisser sa capuche (Aile), sa tuque (moi). C’est cinglant. Des chiens fois, heureux courent devant la laisse tombée. De enfants ajustent leurs patins, assis sur des bancs. Atmosphère classique, tableaux de Cornélius Krieghoff.
Hier soir, cinéma-maison. Déjà on peut louer le récent Woody Allen. C’est fort amusant, rempli de répliques d’un drôle fantastique. « Le scorpion de jade » fait voir « l’acteur-Allen » vraiment, et non plus cette sorte « d’alter égo » devenu un peu lassant. Avec ce « Scorpion de jade » Woody Allen tient une bonne histoire, un scénario bien construit, et s’y jette avec un plaisir évident. Le voilà donc en enquêteur (sur les vols) d’une grosse compagnie d’assurances. Il serait un as, le meilleur. Mais… soudain —jouet innocent d’un hypnotiseur-bandit— ce sera lui le voleur…Oh que de rigolades ! Aile et moi très ravis de ce film se déroulant dans les années 1950 à New-York.
C’est fou, une ombre sur mon plaisir. Incapable d’oublier que ce talentueux cinéaste est, a été, un pornocrate quasi-pédophile. On sait cette histoire sinistre : les photos salaces prises avec sa grande fille adoptive et le scandale qui en résultait. C’est fou, je n’arriverai jamais à séparer l’ouvrage (de talent dans ce cas) d’un créateur d’avec sa vie. Ces faits accablants, m’empêche désormais d’admirer inconditionnellement l’auteur de tant de bons films.
Hier soir, après ce désopilant « Scorpion… », au lit, je veux poursuivre ma lecture de « Parfum de cèdre » de MacDonald et Aile me dit : « Finis d’abord ton « Massoud l’Afghan » et « Soie » aussi. On doit rendre ce deux livres bientôt à la biblio. Le « Parfum » , lui, est à nous. » Alors je quitte la campagne du Cap Breton et je retourne dans ce pays de déserts, de montagnes, de grottes, ce pays de malheur, décrit par le cinéaste-journaliste Chrisophe de Ponfilly. Il part, sac au dos, caméscope en bandoulière, rencontrer ce « chef de guerre » avant qu’il soit tué.
Ponfilly fait bien voir la pauvreté partout mais aussi une sorte de « comique involontaire » avec ces tirailleurs en réseaux qui luttent maintenant contre certains des leurs, les « fous de Dieu ».
Le taleb (talibans au singulier) n’est plus l’allié d’hier qui collaborait à chasser les intrus communistes. Il est devenu, aux yeux de Massoud et de ses troupes nordiques l’ennemi. Guerre civile ? Oui.
Cela se déroule en 1997, donc quatre ans avant le 11 septembre à Manhattan et cette « guerre aux terroristes » de W. Bush. Massoud n’y gagnera rien puisqu’il fut assassiné. Au moment où j’écris ceci, c’est la rencontre et l’auteur admire encore davantage ce démocrate afghan menacé, qui se terre comme va se terrer Ben Laden, l’exilé arabe venu joindre les fanatiques et devenir la figure emblématique de la pureté islamique, coranique. Je m’instruit. Un livre va mille fois plus loin qu’un reportage de télé bien entendu. Je suis là-bas, je vois tout, les détails d’une existence en une contrée dévastée où l’on rit encore, où l’ on se débat pour rire un peu, où l’on vit malgré la misère environnante, avec des restes avares. L’Afghan, dit Ponfilly, ressemble aux latins. Il aime bien rigoler, ricaner, se moquer des gens en place à Kaboul, capitale envahie par les forces obscurantistes, caricaturer ces fascistes anti-femmes, il est un individualiste, un amoureux de la vie qui voit grandir cette obscurité talibane répandue par des extrémistes farouches qui coupent des mains, qui fouettent, qui pendent qui interdisent radio, télé, musique…
J’ai fini par m’endormir le livre au fond des mains…La fatigue seulement… Salut Morphée !
2-
Il faut bien écouter, lire, les critiques. Faire confiance à qui ? Il y a tant de spectacles, de films, de livres ! Aile et moi s’il y a unanimité « pour » ou « contre » on décide d’y aller …ou non. Parfois, il y a mystère. Exemple : ce « Blast » au « Quat’Sous ». Paul Toutant à la SRC: « Une cochonnerie imbuvable, une violence gratuite, un spectacle assommant et vide. » Cela dans se mots à lui mas c’est clair, un navet à fuir. Et bang ! Sonia Sarfati, le lendemain, dans « La presse » juge que c’est un fameux de bon spectacle.
Eh ! Antipodes d’appréciation. Si on sait lire, on découvrir par le résumé de Sarfati qu’il s’agit d’une jeune femme assaillie dans une chambre de motel par deux « chiens ». Un bandit et puis un militaire. La femme : une proie, une victime innocente. Les deux hommes : deux bêtes immondes. Deux enragés, deux fous furieux. Ouen ! L’auteure, une britannique, se suicidera et n’écrira plus jamais donc. L’impression (preé-papiers, photos, extraits montrés) qui s’incruste : un autre crachat verbal, une violente dénonciation de la violence par…la violence !Sauce démago. Exhibitionnisme profitable. Cuisine aux hémoglobines alléchante. C’est fréquent. Crainte du sempiternel sensationnalisme. Suffit ! On ira pas.
Le journaliste Yves Boisvert a repris avec un fort bon talent la barre pour ces reportages sur des procès connus, au Canal D. Hier soir, avant « Le scorpion » si rigolo d’Allen, c’était l’évocation en images du fameux procès fait à Rozon. Le caïd de l’humour, gérant, manager de Trenet, fondateur d’un Musée de l’humour et d’une école, accusé d’agression sexuelle. Une toute jeune croupière, à l’hôtel resto d’Yvon Deschamps lors d’une fête des humoristes, s’avise d’aller rendre visite à la chambre de Rozon en fin de partie ! Déjà cela…Voilà que Rozon, fêtard normal, forcément éméché —on sort d’une fête arrosée— va peloter sa jeune visiteuse et l’inviter au lit. Il se débat et s’enfuit et…portera plainte à la police. L’émission a fait voir un sordide dérapage dans les médias. Une connivence ave le zèle loufoque de la loi police. Bon, en appel, Rozon obtiendra l’absolution de sa…gaillardise mâle. Il fallait bien illustrer que « connu pas connu » la police est la même pour tous. C’est faux. En effet, le plus souvent, une « notoriété » y goûte. C’est idiot, c’est ainsi. Je me souviens, voulant m’expliquer —petits-fils en retard pour l’école après un lunch à l’horaire mal calculé— à propos d’un « virage à gauche » interdit : « Monsieur Jasmin, je regrette, connu pas connu, j’ai pas à écouter vos explications ! » Une certaine agressivité. Le flic qui doit se dire : « Ces cons « connus », y pensent-y qui peuvent tout se permettre ? » Les enfants arrivèrent en retard à leur école, le policier prenant tout son temps pour rédiger sa contravention après être allé, lentement, vérifier sur son ordinateur…voir si ce « con connu » serait pas recherché par Interpol.
C’est la vie. J’avoue qu’il pourrait y avoir aussi des avantages. Un soir, à l’hôtel de Tadoussac, longue file et une hôtesse qui dit : « Venez monsieur Jasmin, suivez-moi je vais vous dénicher une table. » J’avais protesté et refusé l’inégalité, lui expliquant que je tenais à garder ma place dans la file…comme tout le monde. C’est juste pour dire… « juste pour rire »… les menottes passées à Rozon…une imbécillité judiciaire !
3-
Je jette un regard morne et glacial en ce samedi matin à un joyeux et bel encart publicitaire pour les « Jeux » à Salt Lake city. Ceux qui, comme Aile et moi, ont vu le reportage télévisé jeudi dernier sur les Mormons (80 % de la population de l’Utah) de « L’Église de Jésus-Christ des derniers saints des derniers jours » en garde un goût aigre. Cet appel festif général en une contrée contrôlée par de tels arriérés au masculinisme éhonté sonne faux en diable ! Comment allons-nous faire pour oublier qu’il y a là des enfants blessés gravement, endoctrinés lamentablement, des femmes transformées en « pondeuses effrénées », des cas de viols, d’abus sexuel, d’inceste, de naissances de malformés, le tout toléré, installé béatement au nom d’une religion d’aliénés mentaux religieux ? Comment ?
Une amie commune, célibataire pas endurcie, Marie-Josée, part lundi matin comme scripte officiel. Ce midi, au téléphone, petite cérémonie du « bon voyage à Salt Lake ». Aile lui dit : « Que je te vois pas te laisser ensorceler par un de ces loufoques machos ? » On rit pour pas pleurer des fois !
Ce film « Opération Cobra » (titre correct, adéquat) que je voulais aller voir ? Hum ! Critiques néfastes maintenant. On joue tout croche : mi-vérité, mi- fiction. Mensonges déguisés en vérités, saloperie ! Il y aurait « emberlificotage » du public. Personne ne saurait plus ce qui est improvisé et ce qui est arrangé en cours de tournage. Ce genre me pue au nez. Ainsi pour ce « Blair Project ». L’on vous dit : « on invente rien, tout est vrai ». Et, en vérité, tout est arrangé avec les gars des vues (ils sont trois à la réalisation, subventionné avec notre argent public encore). C’est tromper les spectateurs. C’est de la fausse représentation, Démagogique ! Comme c’est triste et malheureux de si jeunes cinéastes, déjà, en manipulateurs. J’avais bien entendu à la radio leurs bafouillages et leurs malaise vendredi en revenant du canal Vox de Vidéotron. Et quel exemple vicieux pour ces jeunes garçons entraînés dans cette fourberie !
Eh misère humaine !
4-
« Moulin rouge » est un film idiot. Quelques plans séduisent sur le plan scénographique, danses entraînantes sur musique pop et rock, chansons légères. Mais c’est une sinistre caricature du Paris de 1890. Une romance convenue d’un cucul fini avec Nicole Kidman et Ewan MacGregor. Voilà que ce film s’attire des éloges. Qu’aux USA il risque de devenir un fim-culte. C’est à s’arracher les cheveux…qui me restent. On se questionne Aile et moi. Sommes-nous des idiots ? Peut-être pas… C’est qu’à partir de l’imagerie célèbre de Toulouse-Lautrec, s’amenaient les gros clichés, les stéréotypes connus Moulin Rouge c’est un Paris tout faux, imaginaire. Un Moulin rouge bassement caricaturé. Faux comme de la…marde, je l’ai dis !
Dans « Time », des éloges. S’en foutre. Certains amerloques le visionnent 15 fois, 26 fois ! » « Fim de l’année » proclame « National Board Review » ! Mais, Dieu merci, « USA today » lui fiche : une « tite » étoile et demi ! Enfin, un peu de jugement !
Son cinéaste australien, Baz Luhrmann, en est fier et… dérouté. Il dit, mystère, s’être « laissé influencé par les comédies musicales de l’Inde ». Eh b’en ! Il prépare maintenant « sa » version de « La Bohème » sur Broadway. Seigneur ! Est-ce qu’il sait ce qu’il a fait ?
Le cabaret « historique » de Pigalle en est tout dévisagé et à jamais Lautrec se vire dans son tombeau… face à cette version filmique aux « folies bergères » américanisées.

Le vendredi 1er février2002

Le vendredi 1er février2002
1-
Grande excitation partout, les médias cherchent sans cesse de l’excitation ! Imaginez-vous donc il va tomber 7 pouces de neige ! Il en est tombé hier, jeudi, quelques centimètres seulement ! Une certaine déception…L’humain veut de l’action ou j’sais pas quoi…! D’où vient mon indifférence totale face à cette fausse agitation.? Déçus, hier soir, les animateurs radios et télés : « Demain, c’est demain (aujourd’hui quoi) que ça va tomber ! Sortez pelles et balais, citoyens ! Vous allez voir ça !… » Non mais… Il sera midi et…rien ne tombe ! Ah je ris…Ici en tous cas, pas un flocon ! Que cette faible lueur au ciel, cette pâleur hivernale au firmament ! Suspense niais ? C’est cela vivre en un pays confortable, faire partie du Groupe des 7, être riches ? Ailleurs, c’est une autre sorte de suspense : « Mangerons-nous un peu aujourd’hui ? » « Notre enfant va-t-il mourir aujourd’hui ? »
Hier soir, j’ai feuilleté un drôle de livre (reçu par la poste) écrit par Jocelyne Delage : « La vie de son papa ». Touchant mais trop long, trop méticuleux, l’ouvrage d’une recherchiste, Pointilleuse. Vain labeur hélas !
La pauvre fille fait imprimer tout, les potins les plus niais sortis de vieux « Radiomonde » des années 30, 40 etc. Un livre épais. Un livre inutile. Elle aurait dû éliminer les futilités (de toute carrière) résumer la vie de ce vaillant gastronome (un pionnier), dévoué aux intérêts de l’hôtellerie d’ici. Gérard Delage fut une sorte d’érudit sympa… Bien que je déteste les jeux de mot, les calembours (« la fiente des sots »).
Tout de même le personnage Gérard Delage —inventeur et animateur de « jeux questionnaires » longtemps aux débuts de la télé— sorte d’amusant et parfois fort brillant causeur à la faconde joviale, gourmet, amateur de bons vins, n’était pas banal. Né à Nominingue, collégien à Saint-Hyacinthe, étudiant en droit plus tard, il touchera à la radio, acteur en « radio savon roman », chez Robert Choquette et Cie, puis, animant, présidant même longtemps, la naissante « Union des artistes », il va se spécialiser dans les arts de la table !
Il est mort en 1991. Les photos de ce livre racontent mieux sa vie. Le texte trop touffu, trop rempli d’éphémérides sans signifiance importante, ne se lit pas bien. Pas du tout. Ce « florilège à Delage » est raté, il fera les délices des intimes, c’est tout. Une monographie familiale quoi. Hélas, je dirais, car il y a eu de ces trop rares hommes dans un Québec encore bien « habitant » qui aimaient la culture, aimait les arts, aimait (Delage) la bonne bouffe, les bons vins. Ils étaient un tout petit groupe, venaient « des gens du peuple » et, étonnamment, firent des mains et des pieds pour améliorer, ici, la qualité de vivre. Ce n’est pas rien dans un pays dominé au temps de Delage par le clergé qui craignait tant « les délices, les plaisirs »…. Delage aurait mérité une histoire, une vraie, captivante, pas ce lourd fatras, ce pavé de notices insignifiantes (à la lettre).
J’ai terminé le court roman « Le liseur » de Flinch. Un texte fort. Grand plaisir de lecture. Satisfaction totale. C’est rare. L’auteur raconte avec sensibilité l’existence du très jeune homme (15 ans) séduit par une « vieille » de 30 ans, j’en ai parlé. Il a honte de sa vieille maîtresse, une simple billettiste dans les trams de sa ville. Il l’évite, se cache d’elle, à la piscine publique. Ailleurs aussi. Cette « honte d’Hanna » l’habite comme une traîtrise lui fait mal. Or, elle va soudainement se sauver de son très jeune amant. Mystère. Des années plus tard, l’initié toujours comme envoûté par son amante, la revoit, dans une cour (il étudie le droit) en accusée lors d’un procès de gardiennes d’un camp nazi ! Il en sera perturbé. Je ne raconterai pas la suite. C’est excellent.
En cours de lecture, vu le sujet, me revient en mémoire…une traîtrise à moi. Anita G. Je l’aimais. Elle aussi. Nous nous plaisions. Elle étudiait la céramique elle aussi. C’était une enfant de la guerre. Émigrante si mignonne :beaux cheveux blonds, yeux… de cobalt ! Un soir de ciné-club, assis à ses côtés, je découvre, stupéfait, qu’Anita a un numéro tatoué sur son avant-bras ! Ma peur niaise. Je tournais le dos à…peut-être, une belle histoire d’amour. Bêtise adolescente ? Cette Anita avait-elle été la proie sexuelle des terribles SS ? J’avais dix huit ans ? Elle aussi. Je la fuyais. Trop de distance entre « le petit chanceux de Villeray » et cette jolie fille sortie miraculeusement de l’enfer nazi, de l’horreur…
Comme dans « Le liseur », une honte imbécile ! Je ne suis pas fier de moi sur cette histoire de 1949, pas du tout. Si honte que c’est la première fois que je la raconte par écrit. Mort, au « paradis promis », elle sera là, Anita G., elle me tournera le dos, avec raison, et moi, élu (?), j’aurai encore honte de ma peur et de mon mépris idiot. De ma fuite de tit-cul « canayen-frança ».
2-
Autre sujet de honte mais où, cette fois, je n’y suis pour rien. Hier soir, sur RDI. « Grand reportage » raconte les « mormons », ces arriérés mentaux d’une secte imbécile (60% de la population de l’Utah, 80% à Salt Lake City). Ces odieux polygames de l’Utah, au large de Salt Lake City, c’était à vomir. Ce Tom, par exemple, ses cinq jeunes femmes (épousées à 13 ou 14 ans !), pauvres victimes niaises d’un gros con fini. La trâlée d’enfants, innocents sacrifiés à ce genre de macho décadent.
Ah oui, à vomir. On regarde cela et les cheveux se dressent. En 2002 ? Au cœur des États-Unis ? On croit rêver ! Que fait l’autorité constituée. Rien. Réponse du documentaire : « Que voulez-vous, aucun juge n’est libre, presque tout le monde là-bas a des parents, des grands-parents, polygames, peut-on condamner sa propre famille? » Eh b’en oui ! Il faudrait mettre un cran d’arrêt définitif à ces « camps de lesbianisme sublimé » (mon verdict !), à cette secte dangereuse avec mariages consanguins, des rejetons infirmes, des mongols en quantité…Destin écœurant et involontaire pour ces enfants innocents. Pour une fois, on souhaiterait la police, le FBI, les troupes fédérales en Utah ! Il y aurait de la casse, c’est certain, de lourds dégâts au sein de ces clans de folie pure, mais ce serait la fin, le point final, à c es pratiques odieusement misogynes de ces dégénérés fabuleux.
Incroyable que les dirigeants des Jeux Olympiques acceptèrent de célébrer en une contrée de mâles malades sexuels ! Inacceptable. Cette riche, très riche, « église des derniers saints des derniers jours « (ouf !), fondée par un bonhomme Smith aux trente épouses (30 !) va profiter d’une visibilité grandiose et tenter ainsi de faire croire que « tout va bien » à Salt Lake City malgré l’eschatologique vision des mormons démoniaques (ils attendent pour bientôt la fin du monde et font des loufoques compilations généalogiques à cette fin !), malgré ces illuminés qui prêchent, répandent, pas trop féministes, qu’il faut revenir à Abraham, à Moïse, à Jésus, tous polygames bien entendu, ‘it’s in The Book’. Oui, Jésus en polygame à trâlée d’enfants (!) et Dieu? Lui aussi ! Yahvé, comme les autres mâles bestiaux de Salt Lake City, Dieu en pacha servi par des jeunes filles subjuguées, dominateur de misérables subornées.
L’émission a parlé de pédophilie, de viols, d’incestes, d’enfants battus et/ou abusés, et le reste de la racaille puritaine invertie !Un reportage accablant. Cela ne se passe pas en Afghanistan (où des suicidaires fanatisés espèrent le harem de vierges !) ou dans un pays aux confins du monde civilisé. C’est tout proche d’ici et en 2002 et, tous, bientôt, on va y aller voir avec les milliers de kodaks nous montrant les jeunes, chics et beaux athlètes de l’univers dans des arénas proprets, en cachant soigneusement cette misère totale, cette plaie ignoble de Salt Lake City !
Oh les tromperies irresponsables de la télé et des J.O. !
Oh mon Dieu !
À la toute fin, ce gros baveux de Tom, on nous le dit, il n’a pas su tricoter adroitement car il doit divorcer (en loi ) de chacune de ses fillettes abusées pour contracter (sauver la face) chaque une énième nouvelle union…eh b’en, il a reçu une peine de cinq ans de prison. Quoi ? Il a fraudé le B.S. ? Il devra payer 78,000 $ mais sa troupe des cinq « séparées » —à la caméra, elles se disaient comblées, épanouies, heureuses et… pas trop jalouses— reste unie et sous ses ordres.
3-
Vu chez Arcand les quatre femmes, emblématiques victimes du Crime organisé. Elles se scandalisent que (nous) l’État crache du notre argent public pour défendre ces commerçants de drogues, ces scélérats les motards (en Mercedes ?) criminalisés alors qu’elles reçoivent des pitances pour les séquelles des actes endurés lors d’attaque diverses. Le public, nombreux chez Arcand, apprenait la folie furieuse des lois : aveugles, sourdes et muettes. « Dura lex, sed lex » ?, oui « ça fait dur » Madame drapée aux yeux bandés à la balance égalitariste !
Ce soir-là, face à Martineau (qui a su mener son questionnaire solidement, il faut le souligner)un certain Claude Robinson. Dessinateur et scénariste d’un conte (« Robinson Curiosité ») pour animation.
Le barbu affirme —revenant avec promesses d’Hollywood euphorique— s’être fait voler toutes ses idées. Cela par ses ex-associés, promoteurs zélés, chez CINAR, la compagnie énorme qui nous suçait des fonds publics avec des « faux noms ». Robinson mène une lutte judiciaire seul sur son île de déception cruelle, démuni. Il espère un jour … quoi ? Recevoir le magot mérité ? Mais ce Cinar (coté à la Bourse) a fait une sorte de faillite, ses deux patrons, un couple, oui oui, furent congédiés (!) de leur propre firme vu qu’ils cachaient des profits dans des asiles bermudiens.
Les nouveaux doivent se dire, eux, innocents ! Eh ! Il y a aussi des jobs à garder, alors l’avocasserie gouvernementale (Procureurs de la Couronne !) se traîne les pieds. Le barbu est épuisé ! À suivre ? Hum…Les jobs, les jobs…
Je l’ai dit, je suis abonné à cette vieille revue nationaliste : « L’Action nationale » Cela se nommait jadis « L’Action française », en hommage à celle de France. De ce côté-là, catholicarde et conservatrice, on versa dans la xénophobie et le racisme virulent, le pape à Rome finit par l’interdire aux catholiques. Coup funeste, coup fatal. Changement de nom. En 2002, la revue est moderne désormais. On y lit des articles solides et, oui, modernes. Mon père, décrocheur du collège Sainte-Thérèse, y travailla comme petit commis, en face du théâtre cinéma Saint-Denis, vers 1920. L’abbé Groulx était « le » patron.
Vadeboncoeur —un nationaliste progressiste de gauche, il y en a plein et j’en suis— y signe un papier terrible illustrant comment les gouvernements désormais ne gouvernent plus. Les machines transnationales, avec ses complices le FMI et l’OMC, sont aux commandes partout en Occident, dit-il. La vérité, hélas ! Aucun élu, et tout le pouvoir ! En ce moment à New-York caucus des politiciens désarmés avec ces magnats financiers, à Porto Allegre, au même moment, grand caucus des sociaux-démocrates. Pas trop de police au Brésil. La police partout dans Manhattan, ah ! Comment ça se fait donc ? Le peule menacerait cette élite des non-élus réunie à New-York et aussi nos « valets élus » ?
4-
Je vais me mettre à la rédaction d’une lettre ouverte. Oui. Ma monomanie qui me reprend malgré le défouloir journal ? Bon. Contre qui Jasmin cette fois ? Je vais m’adresser au monde entier. Eh b’en, on vise haut, on voit grand ? Oui. Je vais écrire au nom de…Mahomet. D’Allah lui-même, ce « Allah ou Akbar» écœuré de ses fidèles fous furieux ! Une idée quoi. J’imaginerai un Mahomet absolument furieux contre… ses propres zélateurs ! Il va vraiment tempêter, fulminer, fustiger …ces « fous de lui ». Ce texte m’est venu en tête en visionnant ce terrible bon docudrame fait par des Français, à propos du « Vol 93 », l’avion détournée et « re-détournée » par quelques courageux passagers américains, le 11 septembre. Une histoire fatale, un récit horrible.
Reconnaissant, j’ai fabriqué un diplôme d’honneur aux feutres de couleurs pour les profs et élèves de l’école hôtelière d’ici. Un parchemin pour rire. C’est que ce « Paris Brest » était si bon…et les fruits de mer à la sauce je-sais-pas-quoi, et le foie de veau, et l’agneau, et le chocolat maison, et le reste, alouette ! Nous nous régalons et à prix modéré. Quelle veine d’avoir cette école à deux coins de rue !
Dans « Voir » Grenier nous apprend ceci : le comprimé d’ecstasy son coûte : 50 cents, prix de vente ? 40$ Ça c’est du profit chers « dealers » !
Je reviens —hier midi— de Vidéotron, rue Viger, canal VOX. Rencontre avec Serge Laprade qui, vétéran, revient au talk-show. Un autre. Moins que 15 minutes pour jaser sur mon dernier bouquin —illustré de photos que l’on fait voir à la caméra,. Ce « Je vous dis merci », Laprade semble l’avoir beaucoup aimé. Tribune téléphonique à la fin. Une dame me questionne « comment je fais pour avoir une si bonne philosophie de la vie. » Je reste embarrassé et ai répondu « Ma mère a su… ». Oui mais j’aurais dû répondre plutôt ceci : « Il faut s’estimer avant tout ». Un (ou une) jeune qui a une bonne estime de lui se conduira toujours « comme du monde ». Il ne va pas se droguer, ni rien. Il faut s’aimer pour pouvoir se tenir debout et ne pas se laisser enliser dans les conneries qui font « placebo » à l’insupportable mépris de soi-même. Tant d’enfants, élevés sans affection, —milieu riche ou pauvres— sont incapables, ne trouvent pas de raison, sont sans motivation, perdus, gâtés et abandonnés à eux-mêmes, bref, ne peuvent s’aimer. Socrate a parlé !
5-
Hier soir, vu « Un gars, une fille ». Encore l’ouvrage d’un obsédé sexuel, Guy Lepage et ses scripteurs nombreux ! À une heure où les enfants ne sont pas au dodo ! La SRC s’en contrefout ! Il n’y a plus de responsable nulle part. Dommage ! La « fille », bonne actrice, obligée de jouer l’obsédée sexuelle vendeuse de gadgets cochons, pénis de plastique, godemichés, vibrateurs, films de cul…Etc. C’est très triste. Débilitant. On en a, Asile et moi, une sorte de…haut le cœur. Rien de plus triste, de plus sinistre même que les pornographes. Connaissant un peu Lepage, un jeune homme cynique mais sain (en apparence), j’en arrive à croire qu’il se fait obsédé sexuel pour attirer la foule. Un salaud, démagogique auteur méprisant les téléspectateurs ? Ce serait pire encore, tiens, j’aime mieux croire qu’il est vraiment un pathologique obsédé.
À la fin d’Un gars… vol, vandalisme à la maison et bon, efficace et, hélas, bref sketch.
Avons regardé à ARTV « Le pélican » de Strindberg, traduction d’Adamov et adaptation (!) de René Dionne, musique de Léveillée, réalisation de Carrier. Une pièce aux bons ressorts dramatiques, à l’intrigue excitante mais…qui se cantonne dans un… surpace (?) énervant et vain. Serge Turgeon en vicieux exploiteur des femmes, fille ou mère, Gadouas Junior et Dorothée Berryman en enfants accablés par une mère avare et dénaturée, fort bien rendue par Marjolaine Hébert. Il manquait un…un je-ne-sais-quoi… Aile et moi, au générique de la fin, déçus.
J‘avais lu du Hervé Guibert. « À l’ami qui… » où le bavard pédé osait révéler que le célèbre Foucault (son ami) pratiquait des perversités sexuelles d’un masochisme scatologique défrisant ! Un tel cerveau si détraqué faisait réfléchir entre « jugement sain et intelligence froide ». Cela ne va pas du tout « de pair ». Hélas !
L’on publie « Le mausolée des amants’ un journal intime (Ah !) si j’ai bien compris. Pierre Thibeault, comme il croit nécessaire, recense son livre sans communiquer le moindrement de jugement…moral. C’est la mode actuelle et c’est la grand’ peur de passer pour moraliste. Une pitié. Il se laisse épouser par une Christine assez maso merci, lui flanquer son Sida, à ses deux gamins aussi…Thibault apprécie, semble-t-il, la sexualité crue, omniprésente. Une dimension de vie à sens unique quoi ! Il dit « morbide » mais « pas de complaisance ». Eh oui ! Dix ans après sa mort (du Sida) la Cristine toute dévouée (Mormonne, je dirais) s’autorise comme prévu à publier le…torchon : « Journal sur le mausolée ». Guibert : Zola le dégoûte (« L’œuvre ») et il se sent déshonoré de sa propre écriture. C’est fin, non ? Qui a envie de se plonger dans ce sinistre désarroi ? Pas moi. Tous les Thibault de cette terre littéraire déboussolée, oui.
Le même Thibault pose des questions utiles cette fois sur ce gala qui se prépare pour le mobde du livre. Quatre éditeurs reconnus a viennent de déclarer : non, gala vain et idiot ! Donnez, Ministre Diane Lemieux, cet argent du gala pour faire éditer davantage de nos manuscrits. Oh !
Le 23 avril, il y aurait 28 prix. Il y a plus de mille (1,000) livres à faire lire ! P. T. demande : « comment ? Lire 3 livres et demi par jour d’ici avril !» Donc, pas de crédibilité aucune pour ce gala des auteurs ? Eh ! Hélas, il termine par une basse allusion à Marie Laberge…Pourquoi donc ? Le succès enrage certains ! Curieux cette manie au Québec !
Éric Grenier (dans « Voir » toujours) jase sur le 12 millions de Coutu- pharmacien —et « magasinier général » de tous les coins de rue— offert généreusement pour faire avancer « la science des médicaments ». Un « juge et partie », demande Grenier ? Gros applaudissements du mécène…hum… désinteressé, en médias ! Avec justesse Grenier écrit que, face au 60 millions d’argent public, celui des contribuables, offert par la ministre Marois pour ce même bâtiment universitaire, c’est le silence compact. On fête pas la générosité des travailleurs taxés, du peuple. Belle connerie en effet !
Je vais lire sur « un chef de guerre », cette dénomination étrange. Sur le fameux Massouf, Afghanistan du nord, anti-soviétique envahisseur tué. Hâte de savoir s’il mérite tant l‘admiration de Bernard-Henri Lévy.
Marielle, ma quasi-jumelle, m’expédie une jolie carte pour me remercier de l’organisation de son anniversaire à la Piccola le 19 dernier. Aussi une lettre. Je lui ai rédigé aussitôt une réplique. Ma lettre mensuelle. Elle craint beaucoup avec ces « J.N » ici. Elle me dit : « Claude, fais bien attention, la vie privée … c’est privé. ». Wengne ! B’en oui…je le sais !
Entendu chez Bazzo sans Bazzo (est b’en souvent malade la brillante grande slaque, non ?) une entrevue avec trois cinéastes à propos d’un docudrame : « Le cobra magique » ou un titre du genre. C’est à « L’ex-centris », rue Saint-Laurent. Ils ont embrigadé une bande d’ados pour se faire la guerre. Du « paint-ball ». Mon petit-fils, Simon, en fut friand un temps. Il y alla deux ou trois fois. C’est cher ce camping sauvage et encadré à la fois . Et cela m’inquiétait. Or, l’un des trois gars affirme au micro de CBF-FM : « On a vite vu, constaté, comment l’obéissance, l’armée, l’encadrement organisé, (« notre scénario en somme » ) peut mener vite des jeunes au fascisme ! Ils perdent volontiers toute identité. Notre film illustre cela aussi même si nous savons bien que l’instinct, le besoin viscéral, de combattre, de batailler, est au coeur même du jeune mâle ! »
Oh oh ! Aïe ! Ma crainte est entière de nouveau. Je vais en jaser avec mon fils, le père de ce Simon. Vu, justement, hier soir, bout de film sur l’entraînement de jeunes cadets —qui iront en Afghanistan bientôt— de notre armée. Tous disaient candidement : « On a lâché nos études trop tôt. On avait pas d’avenir. Ça nous a fait un job quoi… » Les cris cons, les marches au pas, le masochisme accepté, les plus vieux en dominateurs gueulards, sadiques contentés, des jeunes automates, machines humaines décervelées, oui, hélas…Ce milieu en est donc resté à une sorte d’ esclavagisme bien puant. L’attirail vicieux de l’ obéissance aveugle…
Frissons chez Aile et moi devant le petit écran ! Gauche , droite, gauche…Une deux…Trois quatre…Quelles idioties navrantes, que de « caporal Lortie » aliénés, cinglés se font mâchouiller la cervelle… J’irai vite voir ce « Cobra… ». Et avec mon fils si je peux. Avant de partir civiliser les méchants Arabes intégristes ! Ce mot… intégriste…tiens ! J’ai peur.
Au coin de Bélanger et Saint-Denis, en face du Rivoli, il y avait un petit garçon de mon âge qui brillait dans ses études. Il fut admis comme moi, au Grasset des sévères Sulpiciens. Il est devenu un savant en matière de criminalité, je lis, mercredi matin, un savant « papier’» de ce Jean-Paul Brodeur. Il cause d’aide juridique…et de motards criminalisés. Il a grandi en science et en sagesse, c’est une sommité désormais. Hélas, il ne sait pas encore bien vulgariser ses études sérieuses. J’ai eu du mal à le suivre. C’était plus une simple flânerie aux vitrines du « Rivoli Sweet ».
Ça viendra tit-pit Brodeur, (tit-cul Jasmin, hon !) un jour, oui ?
À Brossard blâme sur des policiers qui ont laissé travailler des cameramen pendant qu’ils faisaient une besogne…descente dans…un bordel brossardien. On reproche aux agents d’avoir risqué que l’on voit bien les clients débauchés du lupanar !
Pis après ? Maudite justice tatillonne. Tu vas chez les putains…on peut les filmer prises à leurs pièges mercantiles…mais pas les clients ? Allons-donc…cette « légalité » à formulaires, à codes gonflés, à règlements variés, fait froid dans le dos.
Pas de machos bien mâles, caméra, stop ! Femmes bien mal prises car ceux qui n’aiment que les femmes-damnées, les pauvres salopes, caméra, oui, filmez ces prostituées, pas de gêne.
Certains ne respectent que la « femme-vierge ou la femme-maman », « la mère de mes petits », dit Kid Macho le con !
La femme-putain, ça c’est pour le plaisir, payée comptant, content ! On voit le jeu de ces braves clients. Kodak, arrière !
Si la femme est une truie, une cochonne, c’est la femme des joies physiques. La veille chanson chez les mâles tordus : t’as vu la danseuse à poil, ça c’est de la peau hein Farnand ? »
Reste qu’ à brutaliser un peu peut-être ? Qui, c’est pas Putain chic Nelly Arcand, call-girl snob pour enrager papa parti….pour messieurs délicats et fortunés !
Pas de kodak de ce côté huppé du monde ! Les exploitées volontaires… qui n’ont jamais mis les pieds en fac de lettres, elles, bienvenue les caméras…Épargnez les clients SVP. Policiers Linda DeLaplante et Pierre Bergeron, SVP, du monde respectable ces clients de motel louche ! 100 tomates la chienne, c’est pas des pinottes en partouze brossardienne , la paix à ces petits crésus en pantalonnade collective ! « Échange » de bons procédés, messieurs les avocats de ces vils maquereaux !Saviez pas ça ? Même le bozo lubrique ont droit à la discrétion. Société de droits, SVP. Ignominie !
Vive les caméras partout ? Si vous avez rien à cacher. Moi ? Rien. Honnêtement . Alors ? Quoi ? Quoi ? Je devrais avoir honte, gauchiste-à-la-Monique-Simard, caviar-et-fourrures, genre madame la féministe Cocue-Sartre-de-Bavoir. Car il faut te crier des « gros noms » si tu oses admettre dans nos rues (et nos motels) les caméras —cachées ou pas cachées. Le crack d’Attak, l’autre Jasmin, fulminerait…celui qui est à Porto Allegre en ce moment. Je l’entend gauchir à la radio, j’ai baissé mon Mozart opératique un peu… Ce Jasmin aurait honte de me lire ici, il dirait : mauvais gauchiste cousin de la fesse gauche !
M. Mignault du « Comité de déontologie policière », vous venez donc, en somme, de décréter : Partouzes à 100 dollars ou non, on verra plus rien à l’avenir dans nos quotidiens, braves citoyens encourageurs du vice ! Revenez à Bordel-Brossard-Motel-Ville ! On verra juste, c’est juste, seulement les belles guidounes, employées payées par des hommes invisibles . Amateurs de mamans-putains !
Eh bien moi, je dis :des caméras partout messieurs les hypocrites. La démocratie partout. Le génial ethnologue, anthropologue, le jésuite (si détesté par le Vatican qu’il l’expédiera en exil), Teillard de Chardin, lui, oui, lui, l’avait prédit : « Nous vivrons tous un jour dans des maisons de verre ».
Mettez-en même dans les bureaux des députés et des ministres qui se font offrir (hier, aujourd’hui demain, dans tous les partis) des valises avec des demi millions de piastres. Et qui n’appellent pas la police. Pas fous. On sait jamais si le fric venait à manquer, hein mon bon monsieur Royer, pas vrai sire Chevrotine joliettin ?
Déjà que plein de quidams qui s’en installent volontiers au-dessus de leur ordinateur. Petit œil crasse va ? La vie sera donc un reality-show, à Brossard, au petit motel-bordel, comme au Château Frontenac ? Eh oui ! Encore plus de kodaks à la cour-toute-neuve des bandits à Mom Boucher. Oui. Le peuple veut voir. Tout. Société fourbe qui dit « non à la caméra » pour pouvoir jouer en paix ses jeux de grands frustrés, de magouilleurs, de profiteurs.
Bon, voyons, du calme mon vieux, du calme. Bon. Je me tais.
Je m’emporte comme ça des fois, ne craignez rien…je sens de bonnes odeurs qui m’attendrissent et puis le ciel est tout noir à présent, et la neige se devine à peine sur le lac Rond…et j’ai faim…
On vit pas de caméras partout Monsieur Teillard de Chardin, pas vrai, vieux génie mort ?

Le dimanche 27 janvier 2002

Le dimanche 27 janvier 2002
1-
Hier la beauté solaire nordique, ce matin, à « bloody sunday » tout bêtement blanc, pas un seul trou dans le couvercle céleste. Tant pis ! Ayant revu la jeune beauté de Daniel Gadouas dans « Un dimanche… » à ARTV, j’ai eu souvenance amère d’un projet. D’abord dire que j’avais souhaité le jeune Gadouas pour incarner mon « alter ego » de La petite patrie. En suggérant l’acteur au réalisateur, ce dernier refusait net : « On a eu du mal avec lui, récemment, il a fallu le refroidir dans une toilette de studio tant il était barbouillé de drogue ». Ma déception. C’était en 1974. Certes Vincent Bilodeau, choisi par Florent Forget, me fit une réincarnation adolescente bien parfaite.
Plus tard, vers 1979, avec la promesse fallacieuse des dirigeants de la SRC du temps (J.-M. Dugas et J.-C. Rinfret), je songeais à une dramatique que je voulais rédiger et réaliser moi-même sur Rimbaud et Verlaine. Le « boss » Rinfret me disant « Oui, mon Claude, on va te laisser faire une réalisation », je voyais un duo singulier : Jean-Louis Millette en Paul Verlaine envoûté, comme on sait, par son jeune et génial compagnon de rimes et, lui, oui, lui, Daniel Gadouas, en Arthur Rimbaud impétueux, iconoclaste et… fou. Je préparais avec enthousiasme le scénario et…vint la remise « aux calendes grecques » bien connue. Hélas, oui, mon projet « tomba en quenouille » , sombra dans « l’abîme du rêve » (Nelligan) vu le manque de parole du boss. Ma déception encore !
C’est dire comment ce jeune Gadouas, qui avait ce côté, cet aspect, fiévreux et romantique de Daniel Gadouas, son papa, hélas suicidé par défenestration, m’inspirait fort !
2-
On imagine pas comment écrire ainsi un journal sur Internet change un tas de choses. La certitude d’être lu à mesure qu’un ouvrage se fait… effet bizarre, je vous jure ! Rien à voir avec le fait de rédiger un livre dans la solitude, pour un lectorat inconnu, encore à venir. Ça change tout. Je suis excité certes par cette neuve réalité. Une première ! La centaine (ou 200 ?) de lecteurs fidèles fait que je les sens comme au-dessus de mon épaule. J’ai des envies de dialoguer. Je me retiens de ne pas interpeller ces gens qui voient le livre sec faire à mesure. J’en suis comme… gêné. Je dois oublier que l’on pourrait intervenir, m’expédier un courriel pour commenter, à chaud, l’itinéraire « in progress » de ces « Journées nettes ». Je me sens comme en danger. C’est fou.
Quand sera publié en livre ce journal « spécial » est-ce j’aurai biffé, changé, censuré des choses ? Je ne le sais pas encore. Devrais-je couper des éphémérides ayant perdu du sens ? Le manuscrit sera-t-il trop lourd, trop épais ? L’éditeur voudra-t-il tout prendre dans six mois, en fin de juin, pour un bouquin à paraÎtre en septembre (ou octobre) de 2002 ? On verra « dans le temps comme dans le temps » disait Ovila Légaré du « Survenant ».
J’ai très hâte de voir dans les librairies, en avril, ce « Écrire » que je viens de terminer. Avant-hier, Beaulieu l’exige pour sa série, j’ai envoyé à Trois-Pistoles un dessin (Don Quichotte et le Sancho) et une page manuscrite. J’ai mis six ou sept textes lyriques au beau milieu de ce bilan sur le métier (!) d’écrire…qui n’en est pas un, bien entendu comme je le répète dans « Écrire ». C’est aussi une manifeste, un pamphlet par bien des côtés. Il y a que, en dehors du portrait de l’écrivain « raté », j’ai voulu y semer un peu de « littérature » en cours de cette confession très prosaïque, très « factuelle », aux aveux francs. J’en suis si fier, si content.
J’ai mis du temps à répondre à l’invitation de Beaulieu et soudain, bang, ça m’a pris, ça m’ a emporté, je me suis vidé le cœur et je vais encore, me faire un tas d’adversaires !
3-
Aile et moi avons regardé, à la télé, le troisième et dernier tome sur l’écrivain new-yorkais, Norman Mailer, intitulé « le désenchanté ». Mailer en ouverture : « C’est pas comme écrire un livre. Vous voyez, je parle ici pour la télé, ça ne donnera rien d’important. On va regarder, tout de suite après, une autre émission, on va oublier aussitôt tout ce que je dis maintenant » Lucidité valable ! Mailer : « Aimer, c’est quoi ? Suis-je prêt à donner ma vie pour cet autre ? C’est la seule vraie question. Suis-je disposé à mourir pour lui ? » Aile et moi, nous nous regardons, gênés. Mailer qui dit parfois de niaiseries, qui est contradictoire a de ces moments forts ! Revenu de l’action politique, vieilli, Mailer cherche des veines, comme il dit : »L’écrivain est une sorte de mineur et si un filon s’épuise, il cherche ailleurs. » Il crache des sentences définitives sur Johnson, Nixon, sur Reagan, des « crachats » vraiment. Et il n’a pas tort. Il donne un verdict terrible sur la popularité de Ronald Reagan : « Les gens l’aimaient, il était nul mais si gentil, aucune idée solide, du charme (je songeais au charmant Brian Mulroney copain comme cochon avec ce Ronald-duck). La nation ne voulait que cela, « être charmée ». Il a parlé de l’immense bavure des Américains en Somalie, un Vietnam bref, et ce sera, deux jours plus tard pour gommer cela —et aussi le scandale « l’argent sale du trafic des armes » versé aux « Contras » du Nicaragua— l’invasion niaise de la Grenade (1983), une farce, dira Mailer. « Uncle Sam » enfin vengé de ce maudit Vietnam. Les réjouissances candides partout pour avoir pu chasser déménager un millier de pauvres ouvriers cubains « communistes » ! « On a gagné une guerre ! » Une « joke » ricane Norman Mailer. La guerre au Koweït, elle, lavera vraiment dans l’imaginaire américain la honteuse défaite du Vietnam. Un besoin urgent !
Plus tard, Mailer va creuser le filon « condamnés à mort ». Il va publier sur Gilmore…qui sera gracié et qui en sera révolté, qui insistera pour être exécuté comme… on le lui avait promis ! Mailer, interloqué, ira le confesser. Gilmore l’insistant sera exécuté le 17 janvier 1977. Et puis ce sera un autre livre, sur Abbott, autre condamné à mort (Random House, éditeur) sur qui Mailer va écrire combattant sans cesse la barbarie de la peine de mort. Ce dernier, lui aussi, sera gracié. Sortie de son pénitencier. Et puis, l’horreur : Abbott va tuer un homme (poignard) quelques semaine après sa libération ! Mon Mailer sur le cul ! La culpabilité alors. Cela fit couler beaucoup d’encre à l’époque et Mailer dit : « Arès cela, les exécutions capitales montèrent en flèche aux USA ». Ah oui, le « désenchanté ». Surprise d’Aile et moi en l’entendant proclamer : « Il n’y a qu’une vraie mort dans la vie et c’est la mort de l’âme. Des gens meurent avant de mourir. Quand votre âme est morte, c’est déjà la fin ! La mort qui viendra ensuite, ce n’est plus rien. » Chapeau ! C’est tellement vrai ! Il a affirmé que les USA qu’il aime, dit-il, comme on aime sa femme dans un mariage en crise (!), c’est « place à l’exportation de nos produits », point final. Un monde de spéculateurs. Dit aussi qu’il y a trois problèmes graves : les drogues, les Noirs et la pauvreté. Il craint une récession car, dit-il, le sort des Noirs et des pauvres sera effroyable si on revivait les années de la grande Crise de 1929-1939.
Il a dit que, jeune, il a lu Marx, dès 1949, et que cela l’a aidé à comprendre que toute société repose sur une structure et qu’il faut bien la connaître (« le Capital ») si on veut changer les choses. Il est allé en URSS en 1984 et a saisi que, partout, la misère est le lot des petites gens…
Mailer fit une parenthèse sur l’assassin de Kennedy (il a écrit sur lui comme sur Marylin Monroe) qui s’était déjà volontairement exilé au « paradis promis » des travailleurs,
l’URSS, y avait travaillé, avait compris que « l’ouvrier non-spécialisé » est un perdu, un diffamé, un exploité, un no-body, en URSS comme aux USA et que cela avait armé son bras meurtrier. Cer tueur de Dallas voulait se signaler, il refusait d’être un « rien ». Mailer à Moscou découvre le mensonge USA. MOSCOU n’avait rien d’un danger grave, n’était pas un monstre dut tout. L’URSS, déjà, était ruiné, à cause de la guerre aux armements aux USA. « Cette fédération n’ avait pas du tout les moyens de rivaliser avec l’industrie capitaliste de l’armement. C’était un « tiers-monde », pas du tout le Satan que Washington voulait faire accroire aux candides citoyens. De là l’écroulement, l’essoufflement, l’écrasement final en janvier 1990.
En fin d’émission, Mailer répète que l’écrivain cherche à comprendre. Puis à faire comprendre. Ce qu’il croit qu’il a compris, Ne veut que cela : la compréhension, seulement et toujours cela. Bien d’accord. À la toute fin, Mailer crachera sur « l’étiquette » que l’on s’empresse de coller à un auteur. Débat terrifiant ensuite pour la décoller ! Oh oui ! Voir ce « vieil homme et la mer », sur sa plage de Provincetown, au bout du Cap Cod, revenu de tout, amer et serein à la fois, donnait un choc. Je lirai son « Harlot’s gost », démoli férocement par « Time » et Cie, un « nauvrage navrant » a-t-on dit. Curieux de voir ça, un nauvrage littéraire !
Mon ami et voisin, l’anarcho Jodoin, qui refuse de regarder la télé, manque ainsi des émissions captivantes, (signé Richard Copans, ces trois émissions sur Mailer et l’Amérique)le pôvre ami et voisin ! C’est con, je le lui ai dit mais il s’obstine dans sa bouderie.
4-
En ais-je parlé ? Avoir relu l’été de 1994 dans ce « Un été trop court » (Publicor, éditeur ), ce journal intime de quatre mois d’été. Quel plaisir de revivre un temps enfui, recherche de ce temps perdu ! On devrait, tous, rédiger du journal. Aile fort stimulée quand je lui remémorais des faits de cette année lointaine …lointaine ! Il y a quoi, sept ans ?, pourtant que d’oublis.
Sa maman qui sombrait dans la démence d’un âge avancé, les larmes d’aile désespérée en cet été, les pluies diluviennes, incessantes, l’inondation du terrain, la plantation des pins nains. Notre motel, le 218 du Norseman, à Ogunquit, avec de la porte-fenêtre de la chambre, ses crépuscules mirifiques sur la rivière Ogunquit, ses aurores rouges comme sang sur l’océan à nos pieds. Le beau voyage alors ! L’oublie d’une maman, Yvonne, qui coulait dans les pertes de mémoire atroces.
Avons pris trois livres à la biblio du village. Un sur un chef de guerre (anti-soviétique) décédé, Massoud d’Afghanistan, un sur Bernard Landry par Vastel et un tome du journal (Ah ! du journal, me délices !) de ce frère mariste « devenu un réactionnaire fini » publie Martel dans le cahier « Livres » de La Presse ce matin.
Je l’avais lu et l’ai donc pris en vain. Vrai que ce Jean-Paul Desbiens est devenu un frileux, conservateur éhonté, mais il a de la jasette et de l’esprit. Et de la culture. Et j’avais aimé glaner de ses facéties où il s’enrage contre le progrès et la culture actuelle, les us et coutumes d’un monde qu’il craint, qu’il fustige aussi. J’aime bien lire des gens qui sont aux antipodes de mes sentiments et opinions, je trouve cela stimulant. Et puis le célèbre Frère Untel a de vraies bonnes raisons, ici et là, de s’enrager.
Le fameux petit frère mariste, amateur de bon gin, un temps exilé en Suisse par son église très énervée de ses « insolences », fut nommé Grand Pacha, chef édito à La Presse, à la fin des années ’60 et ce sera une aventure curieuse. Durant la Crise d’octobre, il est devenu comme cinglé. Il avait publié : « Il faut fermer le monde ». Aussi : « On est pas des « beus » pour chier en marchant ! » Il fut censuré par les proprios de la « Power Corp. » Vers la fin, il semblait hésiter à condamner les terroristes… il fit rapidement ses valises dans une sorte d’hébétude bizarre. Il fait allusion, ici et là, dans son journal, pétillant par longs passages, à ces vieilles chicanes…. avec tant de monde. Martel est cruel : « un réac fini ? » M ais non, Desbiens est plutôt un nostalgique des années du bon vieux temps catholique québécois, en cela, qui n’est pas nostalgique de sa jeunesse perdue ? Martel ? J’en douterais. Beaucoup.
5-
Hier, samedi, à Télé Québec, encore deux bons films et sans les putains de chiennes de maudites de décervelantes de dégueulasses d’infantilisantes de gnochonnes de criardes de mécréantes d’insupportables de…publicités ! Ouf ! Ça fait du bien.
Deux films de Claude Miller. D’abord « La classe de neige » de Carrère. Un récit haletant, terrifiant, bien mené. Celui d’un garçon dominé par son père incestueux, un malade pathétique, pédophile. Ce père inquiétant a rendu son enfant paranoïaque. Quel bon récit filmique de Miller.
Ensuite, T.Q. offrait, toujours de Miller : « La chambre des sorcières », vu au cinéma, que j’ai pris grand plaisir à revoir. Une histoire en apparence banale :une étudiante (30 ans) —amante d’un homme marié— en anthropologie qui doit se faire hospitaliser pour les nerfs, ses migraines et ses coliques monstrueuses. Anne Brochet ( la jeune fille dans « Cyrano » avec un Depardieu inoubliable) joue fort bien cette chercheuses de signification chez les Africains primitifs et, à l’hôpital, la voilà avec des soignants exilés d’Afrique. C’est subtil et très brillant. Sa science la rejoint en effet. Sorcellerie en chambrée (à trois) ? On voit une poule noire, des singes, des bébés criards, tout vire en un cauchemar qui l’accable. Qui la trend encore plus névrosée. On y voit, voisine de lit, une vieille dame inquiétante comme ce gourou dans le « Juliette des esprits » de Fellini. Cette vieille Éléonore, sorcière de nuit dans la pouponnière, renverse ! Une sorte de folle avec plein de sous-entendus, d’allusions. Vraiment un film bien fait. Cette « Chambre… », je le reverrais encore C’est tout dire. Le neurologue impuissant est brillamment interprété par le québécois doué Yves Jacques.
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Hier au souper —­agneau d’Australie, d’Aile aussi, rouge et rose, yum!— ma compagne s’épanche : « à Hull, fillette, j’avais deux bonnes amies fidèles, les petites Rochon, il y a eu déménagement et aucun adieu, rien, pas un geste, pas un mot, pas « d’au revoir». Longtemps après j’y repensais parfois et je ne comprenais pas comment on peut en arriver à se séparer de telles camarades sans un signe, sans rien. Ça me fait quelque chose ces façons de faire de ce temps-là. »
Et c’est si vrai. Les enfants suivaient docilement les parents et il n’y avait, hélas, pas d’espace pour l’expression des sentiments. « Ensuite, il y a comme une petite blessure », dit Aile. « Que sont-elles devenues ? Je ne sais pas. Je n’ai plus rien su d’elles. »
J’ai raconté à CKAC, pour la Saint Valentin de l’an 2001, une coupure de cette sorte. La petite Carrière que j’aimais tant et un matin… les rideaux partis aux fenêtres, leur porte d’entrée entrebâillée, plus personne. Le proprio qui me dit : « Cherche-la plus, attends-la pas, ce matin les Carrière sont déménagés en vitesse et je sais pas où ! »
Soudain, Aile : « Bon, assez jasé et je veux pas voir ça dans ton journal, hein ? » Je n’ai rien promis. Je ne comprends pas, je ne comprendrai jamais pourquoi, si souvent, les gens veulent garder pour eux des choses aussi simples, aussi belles, aussi attendrissantes surtout et qui ne sont pas des secrets personnels. Il va de soi qu’il y a des intimités qui ne se répètent pas mais…là, ce souvenir de petites amies perdues…
À ce propos —coupures d’amitiés et Saint Valentin— si Guy Lachance, réalisateur à CKAC chez Arcand, m’invite encore pour un conte, j’ai le choix : il y a la boiteuse sur son balcon, la jeune juive au bras marqué d’un numéro nazi, ou la jeune beauté sourde et muette en visite au musée naturaliste des Sourds, rue Saint-Laurent. J’avais aussi songé à ce jeune oncle, Fernand P. qui voulait me « matcher » à une petite guidoune du Faubourg à mélasse. Je verrai.
7-
Ça jase partout du procès qui va se faire en grandes pompes pour John Linch, cet étonnant jeune américain caché parmi les terribles talibans « fous de Dieu », d’Allah, pardon ! Divorce, le père, un avocat bourgeois de la Californie, décidant d’assumer son homosexualité ! Et bang ! conversion de John à l’islamisme radical. Exil. La mère, une photographe, venait de se convertir au bouddhisme, elle !
Oubliant la magouille des dirigeants et souteneurs de W. Bush, dans l’empire « Enron », qui se sauvaient avec la caisse avant de déclarer faillite, de ruiner les milliers d’actionnaires ordinaires, ce sera le « show Linch ». Une pertinente diversion, genre « foire O.J. Simpson » et ça arrangera le Président Bush, cette cohue, cette ruée aux écrans de télé.
Ce matin, « La presse » du dimanche, entrevue de ma collègue romancière, Monique Larue. On lit qu’enseigner la littérature française (à Edouard Montpetit ou ailleurs ) quand la jeunesse n’en a que pour les images et le rock anglophone n’a rien d’une sinécure. On l’imagine en effet. On lit aussi à propos de la mort récente du célèbre sociologue Pierre Bourdieu que ce dernier était « un chef de secte » et « dominateur » avec ça ! Eh b’en ! Le captivant Robitaille de Paris en profite pour parler de Jean-Paul Sartre « stalinien pendant 25 ans », de Sollers « maoïste zélé », de Foucault « pro-Komeiny-intégriste », ajoutant en citant Gluckmann, qu’il y a des Socrate :ceux qui questionnent sans enrégimenter et des Platon, se voulant conseiller du prince au pouvoir. Bravo ! Il oppose à un Althusser du genre Platon zélé à un Edgar Morin plutôt, lui, sage socratiste (sic).
La vérité.
J’ai croisé le fameux sociologue en studio dans le temps. En effet, un homme sage, rieur, ne se prenant pas pour un autre, curieux des détails techniques de cette télé d’ici, bavardant volontiers avec le décorateur que j’étais. Edgar Morin rentrait d’un séjour prestigieux, californien, où il avait été bien reçu et avait hâte de revoir Paris après le Mai’68. Robitaille fait aussi des liens perspicaces entre un Bourdieu, en 1995, à 65 ans, jouant l’ouvriérisme vindicatif chez les grévistes du transport et Sartre, vieillard à demi aveugle, en 1969, chez Renault en grève, grimpé sur un tonneau pour ses prédications maoïstes.
Fini ces intellos dominateurs, les guides autoproclamés du populo ? On dit que c’est le temps du scepticisme, du doute. Les nouveaux philosophes (Sartre, énervé d’une relève qu’il n’avait pas couvé, disait d’eux :des agents de la CIA !) sont plus prudents. Bernard-Henri Lévy reste celui qui est tenté par un rôle de gourou du peuple. Le seul peut-être. Norman Mailer, j’y reviens, a fini par dire ayant compris la vanité des « combatifs par l’écriture » : « J’ai compris tard qu’un intello, un écrivain, ne peut guère influencer la vie courante ». C’est le rôle des politiques quand ils osent avoir des politiques et pas seulement des opinions faciles pour joindre la faveur des sondages. Bourdieu a tout de même publié : »Les chiens de garde », une charge anti-médias percutante, un brûlot qu’on dit terrible, que je cherche à me procurer.
8-
Pierre Vennat, ce dimanche, parle de Lemelin qu a fait connaître « sa pente douce », de Beaulieu et son « Trois Pistoles » illustré, de moi et mon cher Villeray-Petite patrie. Il oublie Tremblay qui a su raconter son Plateau des années ’50 et ’60. En effet, un des rôles de la littérature est d’illustrer ses lieux d’origines. Plusieurs le font mais tant d’autres sont comme déracinés, on ne sait trop d’où coulent leurs sources, ils sont même fiers d’être comme sans origines précises —ils viennent de nulle part ! Un choix certes. À mes yeux une bizarrerie et fréquente !
Un jour, quelqu’un m’avait soufflé : si tu avais été, jeune, abandonné, malheureux comme les pierres, enfant triste, délaissé, jamais stimulé, perdu même, tu ne raconterais pas tant ton enfance, ta jeunesse. Je m’étais dit :ouais, vrai sans doute ! Il faut avoir obtenu au moins un peu de bonheur, jeune, pour vouloir tant se souvenir.
Le téléphone sonne : un certain Chapdelaine. Il a étudié à L’École du Meuble lui aussi, devenant ébéniste. Il habitait mon coin, jeune, il vit maintenant à Grande Vallée en Gaspésie et il m’invite à y aller le visiter. Il compose des poèmes, il a « composé » sa maison avec beaucoup de bois d’épave. Un logis en… »drift wood !Il ne lit pas J.N. car il n’a pas encore l’ordinateur, m’explique-t-il. Jasette ad lib. Il a bien connu mon jeune camarade Roland Devault. Un de mes héros impétueux dans « Enfant de Villeray », livre qu’il vient de lire avec, évidemment, beaucoup d’émotion, affirme-t-il, étant du quartier.
Un livre fait cela parfois : une sorte d’union de pensée formidable. Nous raccrochons après vingt minutes. Cela va lui coûter cher…de tant se souvenir !
Un certain Jacques Gélinas avance que la globalisation mènera au totalitarisme. Bigre ! Ça se peut. Tiens : ce chercheur dit aussi que l’argent à blanchir jouit de la complicité de tout le système en place. Jacques Gélinas, haut-fonctionnaire retraité mais resté actif, fonde trois choses : L’État, les grandes compagnies (transnationales) —les deux sont de mèche ces temps-ci face à la globalisation— et enfin, les consommateurs (nous).
Il n’y a plus de… « citoyens » déplore-t-il, pour les États et les entreteneurs géants. Il n’y a que des consommateurs ! Gélinas déclare que les élites sont sans aucune morale, qu’il y a défaitisme, abandon. Les gouvernements se taisent aussi, la peur de l’économie contrôlée par les gigantesques machines commerciales. Il n’a plus confiance qu’en ce mouvement naissant, qui débutait à Seattle, qui a fait son grabuge au Sommet de Québec…et qui continue. Il veut que cela grandisse, il compte sur ce réveil des citoyens, la seule vaste planche de salut.
Enfin, « La presse » parle de « Le liseur » un livre qui obtenait une audience fantastique…Son auteur, un Allemand, assure que jamais l’Allemand ne pourra arracher la page noire du nazisme. Que les jeunes tentent pourtant d’effacer ce souvenir odieux, atroce, dont ils ne sont pas responsables mais qu’il n’y aura jamais, jamais, rien à faire. J’y pense très souvent. En effet, comment charger des Allemands nés… disons en 1980 ou 1990, des méfaits intolérables commis par les grands parents, complices ou témoins muets ?
Quelle chance nous avons, au fond, de n’avoir été que des enfants, les descendants de modestes colons —abusés par les envoyés de la monarchie versaillaise souvent— s’installant en cultivateurs pour la plupart dans les parages du fleuve Saint-Laurent sans déloger ou chasser les indigènes puisqu’ils étaient, pour le plus grand nombre, des nomades, chasseurs et cueilleurs. Nous n’avons jamais participé activement à aucune guerre grave. C’est une chance. Je me demande ce que je serais si j’étais un Allemand. Je les plains. Le nazisme a imposé une tache noire indélébile, pour des siècles à venir, sur ce pays. Les grands musiciens et les philosophes de cette nation, eux-mêmes, en sont éclaboussés. Il faudrait que je lise… « Le liseur ». L’étudiant allemand tombant amoureux d’une employé de tramway plus vieille que lui, analphabète et qui, il va le découvrir, trempa dans le nazisme…Faut que je déniche ce livre. Voilà ce que fait de bons « papiers » du cahier Livres.
Je tiens à terminer cette Journée…nettoyée avec ceci qui est grave : « Le langage pédagogique est l’opposé absolu du littéraire… il ne peut engendrer aucune compétence langagière. » C’est le héros du dernier roman de Monique Larue, je l’ai dit plus haut, prof de littérature dans un cégep qui parle par sa bouche. Ça donne à réfléchir sur tous ces cours de création littéraire, ces ateliers spécialisés, ces séances offertes par des auteurs connus. Dans mon « Écrire » qui va vers un imprimeur bientôt, je fulmine contre ces arnaqueurs, je fustige ces attrapeurs de nigauds. Pour écrire, c’est tout simple, il faut prendre un crayon ou un stylo, et du papier. Ou un clavier. Oubliez les Marc Fisher, Arlette Cousture ou Réjean Tremblay ou Dominique Demers…oubliez ça. Ne gaspillez pas vos sous.

Le jeudi 17 janvier 2002

Le jeudi 17 janvier 2002
1- Ouf ! L’avare de Molière, paniqué, crie : « ma cassette, ma cassette ! », je criais « mon journal, mon journal ! » Ça y est, le texte final a été envoyé, hier, à Trois-Pistoles où une Katleen dévouée, efficace, veille à la bonne marche des éditions victolévybeaulienne ! Ô corrections maudites, ô ordinateur maudit qui autorise sans cesse le peaufinage…!
Bon : matin à ciel opale pour le grand net…nettoyage des jours enfuis. Hier à l’heure où Aile part examiner les mets du jour à l’école des petits chefs, deux camions de télé s’installent, les roues sur le trottoir, devant la maison. TVA veut, par satellite, savoir pourquoi le romancier autorise la fessée aux enfants.
Réflecteur dans le salon, parasol réfléchissant, gros kodak, on tourne ! Pierre Bruneau vous m’ entendez ? Tantôt, à j. et c., les deux sœurs de la rue Morin : « Hier soir, on vous a vu aux nouvelles du canal 10, bravo ! On est d’accord, il y a es enfants qui doivent être fessés ! » Bon, offrez-moi un livre et je ferai mille et une nuances. À la télé c’est toujours, faites ça vite, vous avez trois minutes. Résumons : l’enfant-roi ? Nous suivions les préceptes des Neil, Montessori et le célèbre docteur Spock. À la veille de mourir, Spock, notre guide, déclare; « J’ai fait erreur. Les enfants sous le laxisme total, ne s’épanouissent guère, deviennent des déboussolés. Il faut davantage de discipline. » Eh b’ en ! Ma génération écœuré de son virage.
Aussi , désormais, ma méfiance des psys. J’écoute davantage les sociologues car ils travaillent sur le terrain des faits, des compilations, des observations ponctuelles. Les enfants fessés et aimés s’épanouiraient mieux que les non-fessés mais pas vraiment aimés. La grande loi bénéfique : aimer ses enfants et quelques bonnes tapes sur les fesses si ces chers petits deviennent hystériques pour un jouet ou un cornet de glace refusé.
2-
Accrochez-vous, revue des derniers jours :
pas de place et temps pour raconter ma séduction d’une fillette dans le couloir de l’école des petits chefs. On n’ ouvre le portes qu’à 17 h, pas une minute avant. Attente en ligne. La jolie fillette s’ennuie. Va et viens, examine les grands patients. Elle compte les « atttendeurs ». Je l’aide. Elle rit. Elle a six ans. Se trompe, s’excuse en pouffant. Recommence. Je la questionne. Oui, elle sait ses chiffres. Elle compte très vite, jusqu’à vingt cinq, toute essoufflée mais si fière. Ses yeux brillent. . Les grand parents rigolent. Les lettres ? Oui, défilé à toute vitesse de l’alphabet. Nous parlons dessin, couleurs, ses images préférées…les portes du magasin s’ouvrent, et là voilà qui me suivra comme un bon toutou entre les vitrines. Elle me questionne sur mes choix. Je joue l’ignare en cuisine. Elle ri, se moque, me conseille. Six ans ! Quand je dois partir, triste pour rire, elle me tend la main. J’avais une nouvelle petite amie. Les merveilleux enfants, quand on s’intéresse un petit peu à eux, deviennent chaleureux, drôles,
émouvants dans leur naturelle propension à se monter fins pis intelligents.
De toutes ces années passées à amuser mes cinq petits-fils, je ne retiens que deux phrases : « Regarde-moi, regarde-moi ! » et « On est capables ! » Besoin vital, absolu, de grandir et de prouver que l’on devient quelqu’un d’intéressant.
3-
Samedi dernier, halte du « véellbiste » manuscrit à peaufiner, j’ai lu le premier roman d’Amélie Nothomb, petite bourgeoise belge, fille de diplomate, exilée au Japon longtemps, se délectant en studio de télé de fruits pourris, yeux sombres clignotants en face d’un Marc Labrèche, amusante par ses propos insolites. « L’hygiène de l’assassin », raconte les ultimes interviews de reporters déroutés face à un très obèse « Prix Nobel de littérature » qui est atteint d’un cancer rare et en phase terminale. Il avouera avoir assassiné, adolescent, sa cousine adorée. Sujet noir mais prose guillerette, un contraste fascinant. On tourne les pages et vite, la fin, hélas, s’enlise. Pas trop grave, on a eu du plaisir « pendant »…
4-
Gazette de vendredi : Petite bombe : faire comme on fait, à Paris, où les éditeurs québécois n’ont qu’un petit coin tout modeste. Notre « Salon du livre » en novembre 2002, devrait installer les gros éditeurs de Paris… dans un petit coin. Qui ose dire cela ? Un éditeur culotté, Aimé Guérin. Une idée farfelu ? Non, en finir avec le colonialisme d’ici. Ce « Salon… », très subventionné par notre argent public, a-t-il tant besoin du fric des géants parisiens. Le fameux trio de crésus-du-livre :« Galligrasseuil ». Place Bonaventure, chaque année, ils occupent, à prix fort n’en doutons pas, les meilleurs emplacements, tapis, lumières réglées, kiosques d’acajou ! Une fatalité ? Silence compacte, une gêne ?, à l’appel public de Guérin !
5-
Ce bandit, admirable (!) Stéphane Labrie, s’échappant de son fourgon —prouesse rare—se fait coffrer : il était chez sa petite amie dans Hochelaga ! Suivez la femme ! Ma déception. Mon tiraillement… moral. Eh oui, face à ces lascars désespérés réussissant de tels évasions spectaculaires. Romantisme douteux. Certes, certes ! « Quelle âme est sans défaut », mon vieux Rimbaud ?
Le dramaturge surdoué, Berthold Brecht : « Quoi est pus grave, le hold up d’une banque ou la fondation d’une banque ? » Oh le vilain marxiste !
Âme sans défaut ? TVA, hier soir, mercredi, face à face, l’ami Arcand le populaire « psy-radio », l’unijambiste barbu Mailloux, déclare : « Non, moi je serais incapable d’obéir, de supporter une femme comme patron ! »
Oh la la ! Aile a bondi de son fauteuil. Misogynie crasse chez un docteur en médecine psychiatrique ? En 2002 ? Décorateur de télé, j’ai eu à obéir souvent aux diktats de réalisatrices. Douées, tout va bien. Connes, non. Il y a des femmes connes et des intelligentes, bonhomme Mailloux, pépère ancien va !
6-
Avant-hier, mon fils, Daniel, ex-prof devenu inventeur de jeux de société, publie (Le Devoir et La Presse) une lettre ouverte condamnant toutes les gloses religieuses, sources de conflits armés si souvent. Ma fierté. C’est bien envoyé, bien rédigé. Aile est questionnée : « T’as lu Daniel ? C’est bien fait, hein ? » Réponse « ailée », née en mai comme mon fils : « Que veux-tu, c’est ça, les taureaux ! » Je rugis : « Et nous, scorpions ? On est quoi, des « pas bons » ? » On rit.
7-
Épouse du Yves Michaud au bord de la dépression, dit-il, en entendant les accusations de racisme antisémite d’un prof de Mc Gill, Marc Angenot. Procès à ce Angenot, pour diffamation, en marche !Depuis « l’infernal geste » des nazis, l’holocauste effroyable en Allemagne catholique et protestante, le moindre mot de travers sur les juifs et c’est la mort de votre réputation. Payons —pour des siècles et des siècles— chrétiens de toutes les sauces ! Payons les conséquences de ce meurtre collectif, le plus écœurant de toute l’histoire universelle. À Outremont, en septembre 1988, dans l’hebdo local, j’avertissais —amicalement— que les juifs intégristes, secte hassidim, devraient s’intégrer un petit peu à la majorité qui les entourait, nous, les « goys » ou aller s’installer en ghetto, comme les Hammisch de la Pennsylvanie ! Oh merde ! Ce ne fut pas long —la Ouimet de La Presse, le Cauchon du Devoir— que l’on me collait l’étiquette infamante : Jasmin Antisémite ! Encore aujourd’hui, on me taquine ou, carrément, on me soupçonne. Parfois pour blaguer, parfois avec… ce doute derrière la tête… Je n’en suis pas mort mais il n’existe pas de décapant pour cette sorte de tache. Dieu merci, ceux qui me connaissent bien savent que j’aime et que j’admire les juifs et… que je ne me prive pas de les blâmer —des juifs le font aussi— pour trop de colonies envahissantes en Palestine; un esprit libre, c’est comme ça.
8-
Le vendredi 11, à TVA, m’amusent ces « gérants d’estrade » farfelus, le pédant-Larocque, le « je suis partout » Michel Vastel et Léger-le-sondeur : ils disent, doctes et sagaces clairvoyants, ce que devraient faire les chefs péquistes. Ils savent, eux ! Se cherchent-ils des jobs de conseillers stipendiés ? On dirait.
À propos d’itinérance, des sans abri ? Ce même vendredi, Rioux, (correspondant à Paris) cite feu Foucault : « Foin de la république du bien, et son souci bourgeois de mettre en bon ordre le monde de la misère ». Vérité embarrassante ? Il y a plus embarrassant : feu Guibert, ami du grand homme, révélait la scatologie —les bains d’excréments en Californie !— dudit Foucault ! Un esprit si brillant aux prises, dans sa vie privée, avec un vice répugnant. Dans le temps, une lecture ravageuse du grand penseur !
9-
Quoi : stock de pseudodéphrine… ça mange quoi en hiver. Scandale, en réseau pharmacologique, c’est, les médicaments, une industrie gigantesque, un lobby tout puissant, ici comme aux USA, comme partout. Favoritisme, « patronage » éhonté ! Alphonso G. s’en va au Danemark pour nous représenter ! En bon macaroni —ce que Chrétien n’est pas— l’Alphonso doit payer pour ses vantardises, son manque de discrétion, ses allures de « parrain » goguenard. Les Chrétiens et Cie, plus « white-anglo-protestant » d’allure, vont continuer les tripotages politicien. Leçon pour tous à Ottawa comme à Québec : « favorisez vos bons copains mais arrangez-vous donc pour qu’on n’en parle pas publiquement.
10-
Déception vive de ce trois heures de télé, sur ARTV, :un Picasso réduit. Une bande sonore infect. Du dumping ? Une vie bien mal racontée. L’épisode du Picasso viré en dévoué stalinien, devenant une simple anecdote. Oh non ! Le terrible naufrage au large de Rimouski : notre Titanic à nous. Récit mal narré encore une fois, canal Historia. Quand on en sait plus long que les documentaristes, ces documents visuels sont menteurs, ou rapetisseurs, sont « poudre aux yeux » mais pour celui qui ne sait rien sur Picasso ou sur ce paquebot noyé, c’est « la » vérité. Je veux dire ici que les livres informent tellement mieux que cette télé toujours pressée. Coq à l’âne, un bon film fait cela : je pense souvent à l’acteur Crowe incarnant le Nobel Nash, malade mental de génie. J’entendais, enfant , le génie et la folie, mon petit gars, ça se touche ! Je pensais qu’on disait une… ânerie. Aussi tant de contes, tant de films, montraient de ces savants fous, des Frankenstein, des docteurs Mabuse, Cagliari, Jeckill, je remerciais le ciel, candide, de n’être pas un génie. Un fou. Ce film ave Crowe se mérite deux étoiles, celui ave Brad Pitt dans le fabuleux vol de trois casinos de Las Vegas, que j’ai vu comme un simple divertissement, trois étoiles ! Injustice !
L’heure du lunch, ciel tamisé par une neige légère. C’est beau. Pause pour du jambon frais cloué d’épices.
J.N.
SUITE-biss :le jeudi 17 janvier 2002
1-
Je continue à…nettoyer mes journées de cette mi-janvier.
Quatorze heure de l’après-midi, même jeudi et, oh ! la belle beauté par la fenêtre ! Une neige qui compte ! Descente des flocons comme au ralenti : « Regardez-moi bien tomber les humains ! » Pas vu cela depuis si longtemps avec cet hiver exceptionnel, que l’on nous dit « un phénomène depuis le début du siècle dernier ». Dehors, grande douceur, agréable de sortir. Les directeurs de centres de ski doivent se frotter les mains de contentement.
2-
Dimanche dernier, cahiers littéraires des quotidiens favoris sur la table. On comprendra que, pour un auteur, c’est le régal anticipé. Souvent, la déception. Le café fume peu. Le réchaud, c’est pas vargeux ! La cigarette, elle, fume. Maudit poison bien aimé, dont on arrive pas, ni Aile ni moi, à nous débarrasser. Lutte vaine depuis des mois. Essais dérisoires : on tient une semaine puis…rechute dans le vice du tabagisme. « Quand est-ce que ça débutait cette sale manie, Aile ? Réponse :« J’ai seize ans, j’entre comme sténodactylo au Service commercial » de Radio-Canada, ex-hôtel Ford, boulevard Dorchester. Je m’achète une cigarette à la fois, payée à des « grandes »… qui semblent tellement heureuses de fumer ! L’exemple, tu vois ! « Je serai une grande moi aussi, il n’y a qu’ à fumer. S’intégrer à un groupe complètement quoi. Bête. Et toi ? »
Je répond : « Moi, oublie-le pas, il y a plein de paquets dans la cave chez nous, où se trouve la gargote de papa. De toutes les marques. Je me sers. Petit voleur, va. Offrir des cigarettes aux petits copains, un geste pour avoir encore plus d’amis. Et rien à payer. J’ai treize ans, je crois. Fumer en cachette un peu partout. Comme tu disais : imiter les grands. Fumer comme les acteurs au cinéma. Devenir vite un homme urgent ! » Connerie de cette époque. On savait pas trop rien sur tabac et santé, faut dire. C’était valorisant, publicités partout. On changeait de marque de temps en temps. Mystère. Des Buckingham, Turrets, Winchester,
Philip Morris, longtemps. Des Gauloises, des Gitanes, pour faire l’européen ? Des Exports, Matinée, Benson and Hedge, Players Maintenant des More, longues, elles durent plus longtemps, il me semble. Hon !
3-
Ces cahiers donc. Comme j’aimerais lire sur la jeune auteur du « Ravissement » que j’ai tant aimé. Ou sur ce jeune Senécal qui m’intrigue. Mais non, cahier « Lectures », comme si souvent, pleine page, illustrée d’une photo énorme, sur un parisien, Benoit Duteurtre.
À Paris, n’est-ce pas, ce dimanche, on consacre à un écrivain du Québec le même espace ! Hum ! Satané colonialisme des médias snobs d’ici ! Ce Duteurtre, questionné, dit qu’il est allé plusieurs fois à New-York avant de se décider à venir nous voir. Bien aimable. Oh, cette fascination totale pour les USA en France.
Chacun son colonialisme quoi. Un groupe d’ici (Les jardiniers…?) aurait mis en musique son texte :« Sometimes I’m happy ». Autre mode du colonisé, l’english, pardon l’american way of thinking and writting ! Coups de pied au cul, oui, qui se perdent.
4-
Nous perdons, créateurs, tous nos droits 50 ans après la mort. Ou 70 ans, dans certains domaines. Je lis que reste à jamais :le droit moral. Interdiction de déformer, de « dévisager » l’ouvrage d’un mort. Procès possibles. On voit ça :pour Hergé et « Tintin », pour Jules Verne, fdes descendants lointains font des crises. Luc Plamondon a-t-il trahi le « Notre-Dame » de Hugo ? Il est mieux de se guetter ? Pas de danger avec Charles Perrault ? L.P. prépare une « Cendrillon », alias « Cindy », à a mode américaine ? La fille bafouée se fait « lifter », modernisée, mais ce Perrault pigeait chez Grimm… qui pigeait où, lui ? Molière pigeait souvent en Espagne : Don Juan. Corneille et « Le Cid ». Reste un fait : des metteurs en scène tripotent, raccourcissent, déplacent des scènes, changent des pièces. Le Pierre Perrault au Rideau Vert ? J’ai lu que Marleau y a fait des coupes. Silence partout ! Le « droit moral » qui s’en soucie au fond ?
La soupe est servie, ça sent les poireaux, je vais descendre en vitesse.

Le jeudi 10 janvier 2002

Le jeudi 10 janvier 2002
1-
Hier, un mercredi (sans J.N.) avec problèmes sur ma vieille machine « Mac ». Oh la la ! Arrivais pas à expédier des J.N., celui du 7 ou du 8 janvier ! Des appels SOS à Daniel et Marco, le fils et le gendre, si habiles, eux, en « ordinations ». Et Aile chez le toubib et à Notre-Dame… « Rien de grave », dit-elle à son retour d’hôpital où elle a croisé un Michel Chartrand, tout sage, en ligne avec tout le monde dans un couloir. On ramasse les victuailles et on remonte à Ste. Ad. Bouffe au St-Hubert « barbàqueue ». La bonne soupe poulet-riz…yum !
Vu le « Bureau-au-si-beau-bureau », « Le Point », avec un monsieur Roy, spécialiste de l’Islam. Conversation éclairante. Clichés « musulmans » mis aux vidanges un après l’autre. Au matin, « in » Le Dev., lu ce Patrick Declerc, un savant psychanalyste ex-Canadien vivant à Paris —longtemps— parmi, oui, au milieu les SDF, itinérants. Encore le cassage des stéréotypes. Parfait ! Je viens de retrouver ce bonhomme dans un article du dernier « Nouvel Obs » acheté au dépanneur sous Le Manoir. P.D. dit : « des fous volontaires. Oui. Une folie. » Il publie un livre sur la question. J’y reviendrai. Il dit que les clochards (clochardes) refusent toute forme de vie sociétale. Leur libre choix. Comme on est loin des sincères (!) démagogues (maire Tremblay et Cie) qui veulent absolument les encadrer, les ramener…à nous !
2-
Ma « voisine » d’en face, de biais si vous voulez, Chemin Bates, est la femme de mon fils. Lynn travaille comme relationniste pour les publications de Quebecor. Quand je ramène j. et c. au Phénix, je passe souvent la saluer. Mardi matin, elle est de belle humeur. On pique une jasette. Elle craint un déménagement. Projet de regroupement à la Maison mère, rue Saint-Jacques, en face de la Tour de la Bourse. Elle dit : « ce sera le métro obligatoire alors, pas de place pour stationner dans ce bas de la ville ! »
Son boss », Simard, n’était pas à son bureau, voisin de celui de Lynn. Ce Simard fut mon éditeur, le monde est donc petit, pour un conte-jeunesse :« Partir à l’aventure, loin… » et de deux autres livres : « Un été trop court », journal d’une saison (l’été de 1994) et un essai sur le mode « fantasy », l’horreur : « La nuit, tous les singes sont gris. »
J’avais cru, candidement, vu leur puissante machine concentrationnaire, à des moyens publicitaires énormes ! Mais non…rien ou pas grand chose en promotion dans leurs revues, journaux etc. Chaque « cabane » de Péladeau tient à garder sa liberté, n’est-ce pas, cela devient l’envers du « productif », les dirigeants se méfient même de leurs produits annexes ! Et puis, on le sait : la familiarité engendre du mépris ! Résultat pour mes trois publications ? « Mévente ». On a mis en charpie mes livres. Je m’envolai alors chez un autre voisin, rue Ducharme, Jacques Lanctôt.
3-
Attendant Aile à ses tests médicaux, j’ai visionné cette Biographie du Canal D : « Claude jasmin, touche à tout », un jack-of-all- trade » ? Je revois mon fils affirmant que… « Mon père ne m’épanche pas facilement, il se garde bien de se confier en profondeur… » Je reste songeur !
L’image que l’on projette sur autrui, sur ses enfants même, est en dehors de votre contrôle.
Il est vrai que j’ai une sorte de curieuse pudeur…surtout envers mes descendants. La crainte de les charger du poids de mes…anxiétés ? Peut-être. Je me suis souvenu d’un vague camarade d’Aile à la SRC, qui, subitement, nous confiait ses problèmes intimes : divorce, délicat partage…etc. Je l’avais vite interrompu à la grande stupeur d’Aile. Explication exigée après son départ : « Bien…Je craignais qu’il regrette, après ses confidences, de s’être livré trop crûment. » Eh oui ! Folie ? Je ne sais trop.
4-
Ce mardi soir, le restau encore. Ma chère « Moulerie », (sauce roquefort ou sauce indienne, miam !) rue Bernard. Rencontre d’une comédienne, madame Martineau, qui « tient salon » à Outremont ! Littérature, musique, chant, poésie etc. Elle me remercie de l’avoir installée dans le livre « Outremont » , l’an dernier. Me menace d’une invitation à son « salon ». Brrr… Je n’ai rien d’un salonnard, moi !
Jeune, l’insulte courante pour tous ces redresseurs de jeunes personnalités en friche, nous : « Maudit achalant, pas de morale hein ! » ou « Fais pas ton moraliste, okay ? » Nous confondions deux mots : moraliste et moralisateur. Il arrive qu’on me fasse le fameux reproche. Eh bien oui, je suis moraliste et très fier de l’être. Ça fait enrager tous ce monde libertaire, désaxé, mou, flou, pour qui , il n’y a de bon que « liberté à gogo ! » Deux grand auteurs, d’une nature pédéraste pourtant, étaient des moralistes solides, André Gide et Henri de Montherlant. Ils avaient leur échelle de valeurs, des critères, des balises. S’il faut haïr les moralisateurs qui se répandent en interdictions futiles, qui ont davantage de peurs idiotes que des valeurs essentielles, il faut soutenir les moralistes.
Je parle de cela car j’ai envoyé encore des messages à mes jeunes mousquetaires, les cinq petits-fils. Je ne cesse de leur recommander « l’estime de soi ». Quand on a de l’estime pour soi on se conduit bien. Les dérives de tant de jeunes viennent, à mon avis, de ce bafouement de soi-même. Je dis à ces adolescents :
« Vous êtes uniques. Vraiment des êtres uniques. Comme tout le monde certes mais trop de monde l’oublie etc c’est alors le glissement vers des modes néfastes, ils deviennent des suiveurs en chutes funestes, drogue etc. Jeune je m’aimais, je m’aime, et je me suis conduit comme quelqu’un qui s’aime, qui croit en lui. J’ai toujours fui à toute vitesse, d’instinct, les « essais » niais juste pour être à la mode, porno, échangisme, communes naïves,
alcools à satiété, expériences « juste pour voir ».
Vous devriez, lecteurs, voir la tête des jeunes quand, aux écoles, je dis : « Soyez différents, ne vous habillez pas tous de la même façon, fondez votre jeune personnalité hors des rangs, ayez le courage de ne pas être moutonnier, combattez ce « grégaire » si rassurant, évitez de vous fondre dans la masse ordinaire des écoliers. Oh oui, leurs têtes alors !
5-
Aile me chicane souvent. Parfois avec raison. Je suis d’un naturel salissant, sauvage, d’une « bohème » malcommode. Elle se fâche fort à l’occasion, en devient moins … Aile —ou ange— que démone. Une diablesse ! Et c’est les altercations comme dans tous les couples où l’on ne peut rouler sempiternellement en douceur. La diablesse, la satane en colère contre son « petit maudit cochon », en a comme des cornes sous sa jolie frange de cheveux, invisibles aux étrangers, un pied de bouc, de biche ?, hon ! un « crow bar »? La tempête passe, je fais des promesses : « ça ne se reproduira plus, je respecterai nappes, tapis, meubles… »
La tempête me fait me réfugier dans la lecture de cet « Été top court », cet été de 1994. J’écris pour moi ? Mas foi, oui, j’aime bien, après presque une décennie, revoir, revivre nos éphémérides. Calmée, Aile écoute, toute souriante, mon rapport des faits et gestes —et pensées— de notre couple voyageant au Saguenay cet été-là, puis nous dorant la peau en lisant au soleil d’août au bord de l’Atlantique du Maine, à Ogunquit. Je recommande à tout le monde de rédiger ainsi des calepins de mémoires. C’est fort divertissant à déchiffrer plus tard, il faut me croire, essayez. Quand je voudrai, je relirai, amusé, étonné parfois, le temps qui filait, de septembre 1987 à février 1988 (« Pour tout vous dire », chez Guérin) ou bien les jours qui passaient de mars 1988 à décembre de cette année-là (« Pour ne rien vous cacher », chez Leméac).
Dés 1984, un an après la mort tragique de la première épouse, bizarre, je publiais, chez Leméac, cinq romans policier. Cinq fois, l’assassin du polar était une femme ! Oui, curieux ! Un psy qui me lit dira-t-il : « Hum, c’est clair, tentative inconsciente de déculpabilisation ? » Eh !
6-
Ce matin, jeudi, ciel uniformément gris. Temps doux hier, mercredi à Montréal et encore aujourd’hui. Hier soir tombait une neige toute molle, fondante. Aile ravie de cet hiver qui ne vient pas vraiment. Cette vieille maison centenaire nous fait des factures en chauffage mirobolantes, époustouflantes…alors…
Actualités du matin : ce terminus où tournoyaient les tramways de ma jeunesse, rue de Fleurimont (disparue, rayée de la carte !) vaut dans les 20 millions de dollars ! Québec, l’acheteur, veut un méga hôpital. À quoi s’opposent certains dont un fameux gynécologue (celui d’Aile). Ce lieu était aussi proche de notre grande frayeur :L’École de réforme (devenu école de théâtre) . Menace de nos parents quand on cassait des carreaux : « on va vois faire renfermer à l’école de réforme ! ». Lieu aussi, plus tard, lieu de regroupement des manufactures de lingerie où mes sœurs ont sué, bossé, où des juifs hassidim —discrets, cachés—faisaient de l’argent; les ordres aux midinettes venant de petits-boss, de sous-patrons, les contremaîtresses honnies par mes sœurs. Pas loin encore, l’hôpital des enfants, Sainte-Justine (déménagée Côte Sainte-Catherine) où l’on m’opérait pour une appendicite à 13 ans, premier séjour hors foyer, éprouvant. Ce CHUM donc où virevolteront, au lieu des trams, des civières par centaines !
Le réalisateur Laforce, sur la piste du « Petit train du nord », nous en contait une bonne : un jour il fait la connaissance de l’acteur Gilles Renaud. Pas vraiment un inconnu ! Sa tante, « vieille fille » midinette, (c’est le lien de ce coq à l’âne !) assise à sa machine à coudre pendant vingt ans face à une autre « catherine-ouvrière » racontait en détails la vie de son cher neveu, le petit Laforce. Et vice-versa. Cette autre tante était celle de l’acteur Renaud ! À Rosemont, à la maison : tout se savait de l’un ou de l’autre sans, évidemment, qu’ils se connaissent !
Étonnant, quand, vieillis, le réalisateur et le comédien travaillèrent ensemble, ils savaient tout l’un de l’autre par ces commérages des deux « ma-tante », trente ans durant !
Cui, cui, cui, cette histoire, cocasse non ?, est finie !
7-
Plein de civières de nouveau dans les couloirs des « Urgences ». La ministre Harel passerait à la Santé, le Trudel, jugé « chancelant », dehors. Aïe ! Ce jeu (bien peu musical) de la chaise honteuse ! Quoi encore ? Le ministre Gagliano soupçonné de nouveau de favoritisme, d’ingérence grave. La farce. Le bon peuple n’est pas dupe et sait fort bien qu’en ces milieux politiques le favoritisme est florissant et cela depuis la nuit des temps, dans tous les échelons de tous les partis « politichiens » quand ils arrivent au pouvoir… ou qu’ils s’y maintiennent.
Qui croit-on étonner ? Allons, c’est connu comme « Barrabas dans la passion ». Un cas éclate au grand jour et voilà les graves « informateurs » patentés, hypocrites, qui crachent manchettes et commentaires, jouent les scandalisés. Combien de journalistes à bons contacts se font vite nommer relationnistes, chefs de cabinet, directeurs de bureau dès l’élection terminée ! Hen ? Oui, une farce. « Tu penses qu’on s’en aperçoit pas », chantait Vigneault ?
Mon Dieu, je me sens depuis ces J.N. comme en 1989 quand j’arrivais pour cinq ans, à la radio de CJMS, avec mon « débater » Arcand, pour gueuler sur les actualités. Je ramassais, découpais, empilait les nouvelles chaque jour. J’aimais ça ! J’aime encore ça et ça se voit hein ?
8-
Je lis des déclarations d’un ex-ministre de l’Éducation qui se fit mettre à la porte pour Jospin quand des foules descendirent dans la rue, contre sa réforme globale. Ce Allègre, à Paris, éclate : deux forces énormes bloquaient mon travail de rénovation :les bureaucrates du ministère en question et les bureaucrates des syndicats installés. Il aurait préféré sonder la population par référendum. Je dis à Aile pour illustrer la vérité d’Allègre : « Tu t’es présentée et tu as été élue, tu es ministre de la culture, mettons. Te voilà dans ton neuf bureau. Aussitôt, sous-ministres, directeurs de ceci et de cela, t’entourent. Eux, ils savent tout. Eux, ils sont informés des dossiers. Pas toi. Eux vont te dire quoi faire, quoi dire, comment manœuvrer, pas vrai ? Et toi, tu deviens quoi ? Tes projets, tes promesses, tes idées neuves , ton envie de changer les choses…Les « permanents », bien installés, inamovibles, vont t’expliquer le réel, comment on peut contourner leurs semblables, la hiérarchie syndicale bien bureaucratisée, elle aussi, qui déteste le moindre changement. Et tu te tairais ? Oui ou non ? À moins d’être forte, indépendante d’esprit en diable, fonceuse…
Aile réfléchit longuement.
9-
Enfant, il y avait deux abbés pédophiles dans Sainte-Cécile, l’un, aux petits garçons, l’abbé B., —le jeune frère d’un ami l’apprit à ses dépens— l’autre aux petites filles, l’abbé F. —une de mes sœurs dut le combattre. Des parents portaient plainte sur plainte chez le curé. C’est long mais ils finirent par partir. On parlait d’une « prison des prêtres » ! Je n’en revenais pas ! Dans le Nord ! Légende urbaine ? Rome vient de recommander, urbi et orbi, que l’on ramène les cas de pédophilie au Vatican. Quoi ? On a plus confiance aux évêques depuis le silence écœurant d’un évêque de France, qui a reçu une peine de prison pour son « cover-up » scandaleux. Voila qu’ici, nos évêques refusent cette loi… écrite en latin. Un code ? Apostat, hérésie ! Non, Rome s’incline : « Vrai que la justice chez vous est bien menée. » Envie de rire…en latin de servant de messe !
Appel de Trois-Pistoles tantôt : V.-L. B. Ne pas oublier mon dessin, la age manuscrite et trouver le titre définitif et envoyer copie avec espaces larges pour les corrections, etc. Le titre ? Ce sera : « ÉCRIRE POUR L’ARGENT ET LA GLOIRE. » Ça fait pas trop littéraire, hein ? Une provocation encore tit-Claude ? Non, jeune, naïf, je croyais vraiment devenir et riche et plein de gloire. J’y songe, n’étais-je pas « cocu » de Beaulieu ? Quand, la nuit souvent, il téléphonait ses longs tiraillements scripturaires pour « L’héritage » ou pour « Montréal P.Q. ». Des heures enlevées à ma compagne quand je l’attendais au lit ! Oui, il me « cocufiait » ma foi du bon yeu ! Aile rit quand je le lui ai dit cela tantôt.
Un soir d’été, on aperçoit le V.-L. B. , éthylique en ce temps-là, écrasé dans l’escalier de son chef et copain, Jean Salvy, rue Hutchison près de chez nous. On fit un détour, craignant une longue diatribe larmoyante. C’était son temps déraisonnable comme il est agréable désormais cde jaser avec l’auteur guéri.
10-
Brume dans le port de Yarmouth, un midi d’été, au bout de la en Nouvelle –Écosse. Aile et moi attendions le bateau pour nous rendre aux USA, à Bar Harbor. Ce matin, l’on parle de pêcheurs de ce port qui vendent aux amerloques complices, sans l’avouer au fisc maudit, des tonnes de homard. Hon ! Souvenir : traversée en bac donc et la pluie qui tombe. À Bas Harbor, aucun motel libre. Nous filons vers Bangor où je souhaite piquer une jase avec Stephen King —il y habite— que nous lisons souvent Aile et moi. Or, à Bangor deux autoroutes sont comme en parallèles et nous y tournons sans arriver à en sortir, malgré les échangeurs, les bretelles…Ah oui, l’horreur ! Oui, du Stephen King vécu dans cette la nuit orageuse. Cette épopée inusitée m’a toujours étonné ! On a fini, tard, trouvant une issue par hasard, par nous réfugier dans un motel, le lendemain, soleil et nous filions vers Mount-Desert voir le site de la grande Yourcenar. L’effrayant King ? Non, on en voulait plus, échaudé par la mésaventure de me plus pouvoir nous dégager des autoroutes emmêlées.
11-
Lire ou regarder ? Choix fait. Offre de seize (oui 16) épisodes de télé sur l’histoire complète des Britanniques. Non !Trop c’est trop. Esclavage ! La lecture, c’est mieux. Nous avons plus appris sur les pays d’Afrique « en chamailles » en lisant le formidable « Ébène » de Capuscinsky que de regarder seize émissions sur ce sujet. J’en suis sûr. Cependant il y a lecture et lecture : je tentais depuis deux jours de lire avec profit une sorte de manuel un brin scolaire sur la science. Merde ! Je me suis senti de nouveau ce collégien quand je ne pigeais rien en mathématiques. Pourtant pas un livre pour initiés ! Ce blocage me déçoit gravement. Aile au souper : : « T’en fais une tête ! Qu’est-ce t’as? Tu sembles abattu ! » Je lui raconte et ajoute : « Comment ont fait tes deux frères ? L’un si doué en chimie, l’autre docteur en physique nucléaire ? » La démoniaque Aile : « Ah, que veux-tu, c’est des Boucher ! Pas bouchés. En rien ! » Pourquoi n’ais-je pas un esprit capable de saisir les choses scientifiques ? Suis-je borné, suis-je intelligent ? J’en doutais hier soir. Heureusement, je cause et Aile ne cesse d’émettre des « Eh maudit que t’es brillant ! » Consolation.
12-
Nath Pétro, ce matin, chronique sur la laideur. Johanne de Bellefeuille cherche désespérément des gens laids pur un « spécial » de télé. Comme dit une chanson : « Gaston… y a le téléphon et y a personne qui répond… » J’avais songé, jadis, à un concours anti-Lise Payette : « Le plus laid homme du Québec. »
Certes, on aurait récompensé le plus laid et, à la fois, le plus charmant. Cela existe si souvent. Je me retiens (hélas ?) de rédiger sur les avantages d’avoir un bon, un beau physique. Avantagé comme je le fus, jeune, je saurais de quoi je parle. Des facilités indéniables pour ceux qui sont plaisants à regarder. J’avais constaté, jeune, les injustices faites à ceux qui sont vraiment pas jolis à voir. Deux mondes terribles, au fond des choses. Un sujet moins léger qu’on croit, plus métaphysique qu’on croit, vous savez. Je songe à l’acteur Lepage, pas avantagé du tout physiquement et qui a su séduire la plus joie actrice de années ’80, Louise Laparée. Ah, il y a le charme, vous voyez bien. Si un laideron et courageux lecteur veut se manifester, à Johanne la désespérée, qu’il compose le (450) 670-3384.
Je lis les « lettres ouvertes’ il y a de fameuses. C’est rare. Ce matin, Claude Poulin, prof de cégep retraité qui maudit Norman Lester et son célèbre « Livre noir… » écrit : « ce sont des Québécois incapables d’accepter le fait que la présence anglaise fut un facteur essentiel (sic) de leur survie (sic) en Amérique,anglophobie… »
Tabarnak, ces cornichons enseignaient à nos enfants ! Je sacre parfois quand je suis révolté. Quel ignare et quel toupet d’ignorer, lui, un prof d’histoire, que l’Anglais conquérant nous laissait des privilèges (religion et langue) dans la mesure où il craignait notre ralliement aux indépendantistes du sud. Les Américains rôdaient à nos frontières souvent. C’était leur grande frousse et nos maîtres imposés regrettèrent tant leur générosité « calculée » que, par la suite, ils ne cessèrent plus de tenter de nous diluer, de nous noyer, de nous faire disparaître : forcing avec l’Ontario, 1841, dilution avec les provinces, 1867, etc. etc. Eh oui, ces caves myopes, enseignaient ! Heureusement ces Poulin, fédérats bornés, maintenant retraités, ne peuvent plus tromper les jeunesses. Nuisance au rancart !
12-
Des clés pour le bonheur ? Il y en a. Ah le bonheur, hein ! Boris Cyrulnik, que j’ai peu lu, est un psy « éthologue », publie et livre une longue entrevue captivante sur le sujet dans le dernier « Nouvel Observateur », no. 1939, première semaine de janvier. Je vous en re-jaserai un peu plus tard dans J.N. En attendant comme c’est intéressant d’en apprendre sur des plus jeunes que soi, Montréalais.

Le dimanche 3 février2002

Le dimanche 3 février2002
1-
Souvent, mon J.N. rédigé, c’est l’heure de la soupe. Ce sera aussi le temps de nous parler, Aile et moi, achevant le demi-litre de rouge rituel. Hier, samedi, la conversation bifurque sur les grands parents paternels d’Aile. Ah oui, nous avions jasé sur Centre d’accueil et la man malmenée dans ces mouroirs où les soins à fournir sont négligés, amoindris, réduits pour cause de budget, les moyens offerts étant ce qu’ils sont : minimes. Dure et longue épreuve pour Aile que ce long séjour (1980-1990)de notre Yvonne…Belle-maman (!) fut longtemps ma copiste dévouée (1970 à 1980) et j’ai souffert autant qu’Aile en assistant à sa fin si triste.
Jadis, les vieux restaient souvent chez leurs enfants. Jusqu’à la mort. Embarras divers certes pour ces enfants en parents déjà vieillis eux-mêmes…devoir veiller ainsi sur les parents diminués et en fin d’existence.
Longtemps, du vivant de ma première femme, nous avons gardé sa mère vieillissante. Pas vraiment un embarras, elle avait ses quartiers dans un entresol confortable, au Vieux-Bordeaux. Ensuite, malade plus sérieusement, il avait fallu la faire hospitaliser rue Bois-de-Blologne chez des religieuses hospitalières.
Désormais, les « vieux » finissent loin des êtres chers. Fatalité, loi inévitable en ces temps des « deux » qui travaillent à l’extérieur. Solitude affreuse. Alors… ? ah oui, Aile me parlait de ses « vieux » à Lotbinière d’où venait son père. Son grand père, mort chez sa fille, la tante Marthe, à Québec, était un être mutique. Et analphabète comme tant d’hommes de sa génération. « Un pensionnaire encombrant et triste au fond ». Elle poursuit :« Ma grand mère écrivait si bien. J’ai encore de ses lettres. Comme elle devait être frustrée de vivre auprès de cet homme muet et sans instruction. » Vérité fréquente. Des filles bien mieux instruites que les gars de ce temps (années 1900) qui contractaient mariage…Comme obligatoirement. Lui, ce grand-papa Calixte, était pilote sur le Saint-Laurent. Souvent absent donc . Nous étions allés en pèlerinage à Lotbinière. Nous rôdions au pays des B. La maison à colonnes de bois, la longue galerie, y était toujours dans ce joli village des bords du Saint-Laurent. Une vieille femme passe et je la questionne : « Auriez-vous connu, par hasard, Calixte B. ? » Et l’aïeule ausitôt : « Comment donc, et comment si je l’ai connu, le Câlisse ! Il était si bel homme. Oh la la ! Les filles en rêvaient, toutes. » Je dis alors à Aile : « Tu vois, ta grand mère qui écrivait si bien…eh bien, elle a sombré dans les affres de la séduction du beau marin, le Calixte ! » Ah, la beauté…
Deux mots nos amusent : d’abord la « jarnigoine ». La grand-mère en avait. Cela voulait dire « du bon jugement ». Aussi, la « margoulette ». Les femmes de cette époque se faisaient aller davantage la margoulette que les homes. Probable ! Deux mots : je les aime tant.
Notre jasette s’allongeait avec «des «Mon Dieu, que la vie devait être rofffe « Aile me parle alors de son papa mort jeune, à 64 ans, seul à l’Hôpital de la Merci, boulevard Gouin. Cancer de la gorge. « Je l’ai négligé, je ne pensais qu’à moi. Je le regette tant, Claude ! »Voilà que ma tendre compagne pleure. Mon malaise chaque fois.
Et puis, j’ ai mal aussi. Avoir négligé d’amener ici, au lac, ma vieille mère et mon vieux papa. Négligence sotte. Égocentrisme. J’en ai mal au cœur. À mon tour, je me fais des reproches…de ma dureté. Aile aussi a mal…pour ce père si vite en allé, si seul. Pour sa mère aussi, disparue à jamais, qui aimait tant venir séjourner ici. Séance d’attendrissement et de culpabilité. Les jeunes ignorent, pris comme nous par seulement leur vie à eux, ce qu’ils vont ressentir un jour sur ce chapitre, les atroces regrets qu’ils éprouveront…trop tard !. Quand Aile pleure, je ne sais plus où me mettre.
Soudain, encore ce : « T’es pas obligé, t’as pas besoin de mettre ça dans ton journal, tu sais. » Encore ma surprise !
2-
Un dimanche sombre. Ce matin en allant à J et C un petit soleil de pacotille, un petit disque d’argent mat ridicule qui me fait un signal : « Je suis là, je suis là, mais j’arrive pas à défoncer cet amas de blancheur opaque. » Pauvre lui ! Petit disque loufoque empêtré dans le froid hivernal. Que février se sauve vite, que mars, plus clément vienne au plus tôt. Chaque fois qu’on marcher, c’est un effort…Mais oui ! J’entends Aile : « on sort pas. Il fait trop froid. On reste en dedans » J’approuve. La santé ? Danger ! On le sait.
Enfin vu à Historia hier soir : « Le dernier empereur » du cinéaste Bertolucci. Grosse réputations jadis. En effet, nous découvrons un fameux de bon film. L’histoire (1905) de ce petit enfant sacré, à trois ans (!), « Empereur de Chine ». Qui devra vivre enfermé, interné avec serviteurs, miliciens dressés par le Grand Chambellan fourbe, avec domestiques empanachés, dans la superbe « Cité interdite » de Pékin. Empereur « ado » révolté, empêtré, écœuré et qui devra fuir en exil. Qui finira en s’alliant aux méchants Japonais (1930) envahisseurs de toute l’Asie pour avoir tant voulu redevenir Empereur en Mandchourie.
Ce sera 1945, la bombe atomique. Tchang Kai hek allié à Mao pour un temps. Les Russes alliés aux « marcheurs » de Mao qui s’empare de lui. Fin de son rêve. Long séjour en camp de ré-éducation communiste. À la fin, libéré après vingt ans (1967, la Révolution culturelle ignoble) il ira visiter, pauvre gueux, hère démuni, son ancien palais, sa magnifique « prison » doré, le palais de sa jeunesse quoi. …La foule des touristes qui s’amènera avec « guide à suivre »… Ah oui, un excellent récit filmique.
À T.Q. on offrait à la même heure, sans les marchands criards des pubs assommantes, les deux longs films de Berri adaptant des écrits de mon cher Marcel Pagnol avec feu Yves Montand. Films vus il y a pas très longtemps.
« Le dernier empereur » m’a fait me souvenir de mon oncle missionnaire en Mandchourie justement. Je découvre, tard, que ces curés catholiques étaient sans doute tolérés et même encouragés. Des « collabos » des sales Nippons fascistes ? Après tout avec leurs cliniques, écoles, etc., ils faisaient un boulot qui aidait —objectivement— l’occupant japonais. Ça de moins au budget des envahisseurs ! Mais, à la fin, mon oncle Ernest se retrouva dans un affreux camp de concentration de Davao aux Philippines. Il deviendra un maigre « sac d’os », se privant pour aider les à survivre les autres prisonniers du camp. Découverte une fois de plus que pendant que mon oncle nous écrivait de longues lettres sur les malheurs terribles de ses ouailles chinoises, il y avait cette classe de protégés. Élite des nantis, vus dans le film de Bercolucci, cette cour dérisoire, tout ce luxe pour une infime partie du peuple chinois. Je me suis surpris à dire, durant le visionnement, à Aile : « Mao a bien fait d’écraser à jamais cette race de monde, cette infime frange de profiteurs. Bravo ! » Je voulais oublier les malheurs nouveaux, ce Mao dictateur, ploutocrate divinisé, ses folies de mégalo pédophile, ses vices, sa bureaucratie infâme qui, elle aussi, gens d’un nouveau palais à hiérarchie immonde pendant que les foules trimaient dans la misère noire… Oui, mais oui, avant comme après Mao le « timonier » de mes deux… c’était « le peuple on s’en sacre ! »
3-
Après le faste autour de ce jeune du « denier empereur », on va aux actualités françaises, TV-5, qu’est-ce qu’on voit ? Ce même damné cirque de la jet set. Ce carnaval écœurant en 2002 ! Mariage royal, hier, en Hollande avec pleins de foutus porte-médailles enrubannés. Ouash ! Quand finira-t-on en Europe de nettoyer ces vestiges monarchistes d’une vacuité ignoble ? Cette lie de la terre, ce gaspillage d’argent public qui se continue dans des pays européens pourtant démocratiues ! J’enrage de voir se perpétuer ces fainéants de « sang bleu ». Au plus tôt, le feu…le feu là-dedans !
Une fois de plus, je lis ce matin un Stanley Péan piquer vicieusement Denise Bombardier. De l’acharnement ma foi du bon yeu ! Il lui reproche maintenant sa série de télé aux confidences portant, souvent mesurés, à propos des amours, des anciennes liaisons amoureuses des célébrités d’ici. D’où peut venir cette haine chez tant de chroniqueurs face à Denise B. Mystère ! On engraisse ainsi une mode niaise : cette femme délurée au verbe tranchant, il faut lui rabattre le caquet ! Pourquoi ? Il y a pire comme questionneuse de télé, non ? Oui, un mystère ! Mais quand mon Péan s’attaque à ce Fisher et ses livres de « cours de rédaction », ses bons conseils aux aspirants-auteurs, alors là, j’applaudis à fond. Arnaque vaine !
Mes cahiers « livres » au Devoir comme à la Presse sont encore ornés d’hommages aux… autres ! Juif, Espagnol, Grec…Mode du cosmopolitisme et de l’internationalisme, ces dirigeants en médias-livres sont victimes du « racisme inverti »; le racisme inverti fait mépriser les littérateurs québécois. Oui l’envers du racisme ordinaire : on ne dit plus « les étrangers sont méchants et pas bons » , on dit « les nôtres aucun intérêt, pas de talent au Québec » ! Inversion néfaste !Une misère de samedi en samedi, de dimanche en dimanche.
J’ ai acheté Le Figaro ce matin. Tout le numéro en hommage à (200 ans) Victor Hugo. Anniversaire, ici, montré en images nombreuses et où je vois les beaux dessins, les aquarelles, les lavis d’encres (jaune, noire, violette) de Victor Hugo qui avait un talent fort pour peindre des images mystérieuses. Tachistes. Modernes. Et, pour mieux savoir qui fut ce Bourdieu, le sociologue décédé récemment, j’ai aussi acheté Le nouvel observateur. Aile s’en est emparé et je lui dit : « Oh, la gauchiste lit cela et moi, droitiste, je garde Le Figaro. » Elle rit .
Je veux m’acheter des encres de couleurs après avoir revu (nous avions vu, en 1980, un peu de son talent au Musée Hugo de la belle Place des Vosges à Paris) les belles illustrations de Totor Hugo. Aile me dit : « Essaie donc maintenant au lieu de faire tes taches et de former tes dessins par la suite, de faire le contraire : tu dessines d’abord et puis tu colores après ! »
Ma foi, bonne idée, je vais m’y mettre car mes barbouillages sur de vieux journaux…ben, j’en suis moins certain que jamais ! Cela a donné des « papiers » peinturlurés assez…moches, je crois.
Un mot pigé dans Le figaro du temps de Hugo : le « lécheculisme » ! Oh ! Je m’en servirai, promis.

le jeudi 3 janvier 2002

le jeudi 3 janvier 2002
1-
Ça y est : mes J.N. peuvent vraiment débuter maintenant. 2002. Les quinze jours de J.N., en décembre, ont servi de… rampe de lancement. C’était pour l’an neuf que je voulais noter au jour le jour mes éphémérides. Projet : sa rédaction éditée en livre, début de 2003. Je relirais alors le journal fait ici et je pourrais en tirer la substantifique moelle ? J’avais lu cela —ce « savoir faire » d’un diariste—, et je trouvai ça plein de bon sens. En somme, au bout d’une année, faire la relecture —la revue— de cette masse écrite ici et la tamiser, la filtrer, en dégager les points forts. Espérer y trouver des pépites— non pas d’or— de vie. L’or du temps ! On verra bien.
Ce matin, un jeudi de beau ciel en bleu et blanc comme notre drapeau national. Troisième jour donc de l’année novelle. Dès ce matin, comme partout ailleurs sans doute, la reprise de la routine quotidienne : d’abord, lecture des quotidiens, cette drogue, et café sur café, autre drogue. Je n’en bois pus que le matin de ce « nectar des poètes », comme on disait au temps de Balzac qui en était, lui, complètement intoxiqué, et du fort, du très noir chez l’auteur de « Germinal » Sur son lit de mort , Balzac aurait dit : « Je meurs de 250 000 tasses de café! »
2-
Lundi soir, attente du jour un. L’actualité ? Par un biais étonnant, à la télé, une émission sur les Croisades. Un grand mot regretté de Bush jr. Le documentaire raconte la peur du Grand chef de Byzance. Les Turcs, venus de l’Asie centrale, s’installaient en ce qui deviendra la Turquie. Le chef des « christianistes » s’énerve, panique pour la chrétienté menacée et fait appel au pape Urbain pour obtenir quelques bribes de guerroyeurs vaticanesques. Le pape , en ce temps-là, menait son affaire comme tout chef d’état avec armée et autres ressources bien laïques ! C’est au château-forteresse-abbaye de Cluny que niche la place forte des catholiques. Cluny ira beaucoup plus loin que le désir de renfort de Byzance Ce sera le prêche fou : « On a mal lu les évangiles. Le Christ permet de tuer, jamais un autre chrétien, mais les infidèles, les impies (entendez les Turcs), cela oui, mais oui, le Christ autorise les assassinats. »
Début de la dizaine d’horribles foires d’empoigne écœurantes : les Croisades ! Ces « chevaliers » moins valeureux que pirates. Des foires qui ont foiré justement. Beaucoup de sang, des pillages dégueulasses ! Plus tard, les masses de reliques folichonnes à marchander : dont ce « nombril du Christ, et quoi encore ? Le bois « de la véritable croix de Jésus » formerait des douzaines de potences sacrées !» Puis, ce sera l’odieux commerce des indulgences pour raison de construction du Vatican.
Tous les dimanches matins, au collège, c’était l’étude obligatoire de l’Histoire de l’Église, pas un mot sur ces turpitudes chez messieurs les Sulpiciens. Oh, les mensonges ignobles qu’on nous a conté ! Tromperie indigne sur des jeunes cerveaux malléables. Devrions-nous exiger des excuses? Cette mode des pardons à la chaîne, pouah ! C’est vain. Le mal a été commis. Inexpiable. Que les vieillards en soutane crèvent avec les remords. S’ils en ont, ces vieux fous !
3-
Je lis que le grand dramaturge catho, Paul Claudel, avait des actions dans des industries de guerre allemandes (nazis), durant le conflit, qu’il n’avait pas respecté sa promesse d’aider sa fille illégitime —tiens, tiens, tout à fait comme notre René Lévesque ! De là, j’y reviens, à traiter de tels brillants prosateurs de « sales cons monstrueux » comme Foglia le fait…Ouow ! C’est triste, ça empêche pas l’inspiration tout à fait hors du commun.
Cette télé, si assommante partout, à cause principalement des publicités tonitruante que je ne supporte plus. Il n’en reste pas moins que…Que j’hésitais —dans « les aveilles » du grand premier jour— entre revoir le monologueur Deschamps, ou visiter San Francisco, ou observer (sur 3 chaînes !) cette « Bottine souriante » (on les sort aux Fêtes seulement !) ou passer en revue le jour 11 septembre fatidique… L’ on vogue d’un canal l’autre…Deschamps toujours coriace, faux-innocent cruel et provocateur, c’était bon mais…j’éteins (les maudites pubs !)
4- et décide de lire un livre qui traîne sous la table à café. « L’histoire des forgerons » (un album « Time Life », illustré grossièrement hélas ) ses débuts (tiens, en Afghanistan !) ses découvertes inouïes, ses trouvailles renversantes, ses bijoux fabuleux, ses inventions guerrières. L’or et l’argent d’abord. Puis, dans l’ordre ce sera l’âge du cuivre, puis celui du bronze, enfin du fer !
À la fin, je me suis senti un peu plus intelligent.
Avec la télé, c’est moins fréquent , nous sommes d’accord ? Cet album faisait son tour de tous les continents. L’art des fontes savantes, des fours à sarbacanes, des coulages délicats par le procédé de « la cire perdu », en Chine comme en Arabie, et, à la fin de ce « voyage en métaux fondus », relire les pillages monstrueux des extraordinaires « métallurgistes », vraiment surdoués, chez les Aztèques, Mayas et Incas, par ces horribles conquistadors venus d’Espagne fait froid dans le dos.
5-
Agapes réussies quand s’amena tous les chers miens au soir du « JOUR UN ». Raymonde, bedaine sur son poêle, chassant « l’intrus » sans cesse, moi, a su contenter les onze becs avides.
Au dessert café, échange rituelle de petits cadeaux, symboliques puisque nous avons tout, bourgeois installés confortablement. Gabriel, benjamin de ma fille, tourne autour de nous avec un caméscope tout neuf. Images furtives dont celles du papi qui raconte des histoires comiques. Rappel, c’ était inévitable, du tragique 11 septembre à Manhattan : « Moi, j’étais en voiture… J’étais à me cours… J’étais à lire mon journal… » Etc.
Les souhaits volaient… et, bien entendu, les bonnes résolutions, hum !
6-
Lendemain de la fête, mercredi matin, ayant reçu tout un bloc d’albums-à-photos, nous voilà, Aile et moi, à dresser des piles de photos. Les amis, un album. Les familles, un autre, « nous deux » encore un. Enfin un album pour des photos de voyage, des îles de la Madeleine à Porto Plata, l’hiver dernier. Que de « moments de vie ». Que de témoins du temps qui file. « Mon Dieu, que j’étais jeune, une fois ! » s’exclamait Emmanuelle Riva dans le film de Duras-Renais « Hiroshima, mon amour ». Si vrai ! Nostalgie qui nous saisit alors ! Un certain silence s’installe tout à coup. Malaise. La loi impétueuse de la vieillesse qui nous dit, la cruelle : « Voyez, comme vous étiez beaux et jeunes, un temps ! » Salope !
J’ai terminé enfin ce roman, « Aliss », du jeune Patrick Senécal. J’aime lire la ponte des cadets. Un monde nous sépare.
Chez Senécal, en début, que d’hommages…aux amis, aux conseillers (!), aux chers parents, aux réviseurs, etc. À la fin, que de « sources » indiquées. À Kundera, à Jean Racine, à Anaïs Nin, à Sade, à Nietzsche…et à Lewis Carroll, auteur du célèbre « Alice… ». Oui, un monde. Dans notre temps (oui, pépère on t’écoute !), foin de tous ces remerciements. Nous écrivions, vierges, innocents, pionniers, nous avons, candides, le sentiment d’écrire sans cesse les premiers livres de la terre de Québec.
De nos jours, ces romanciers ont fait de longues études littéraires, connaissent les ouvrages des « illustres », s’en inspirent volontiers. Font des sortes d’interminables Paraphrases. Ainsi son « Aliss » n’est pas seulement un salut àl’ « Alice » de Carroll, mais aussi à Sade, le marquis malade d’ imageries d’une sexualité pathologique et sanguinolente. J’ai détesté son roman pourtant farci habilement de trouvailles solides, de « lignes » drôles, d’image fortes aussi. Son idée d’une sorte de voyage « initiatique » par une jeune fille venue de banlieue ( Brossard), décrocheuse, se retrouvant via une station mystérieuse du métro (cela est fameux !) dans une sorte de cité maudite est efficace au début. bonne. Hélas, ce n’est que « drogues et sexualité pervertie ».Cela fait convenu désormais. Pas de monstres, pas d’animaux mythiques, ni paysages surréels, pas de secrets, de tabous, de codes mystérieux. Pas de symbolique un peu surréaliste. Rien. Rien que les drogues (Macro, Micro et Royale, gélules habituelles !) et des partouses « ouellebecquiennes !
Des piqueries, des danses à 10 piastres, de l’échangisme aux piments usés à la corde (que de pénis et de vulves en l’air !), voyeurisme improbable, « adolescentisme » assommant ! Ce n’est que jus, liquide, un « ondinisme » infantile ! Obsession de l’ auteur ! Fantasme à sens unique ! Il y a une pègre classique, et les déviations d’un sadisme rebattu.
La fugueuse découvre quoi ? Le mal ? La fin d’ »Aliss », très moraliste, le soutient en toute bonne conscience ! Elle a jeté sa gourme mais va se marier, sera heureuse, et aura …deux enfants, un garçon, une fille ! À Québec en Haut , avec un type de bonne famille.
Et « cui cui cui », mon histoire est finie, disait Maman Fon Fon !. L’auteur, lui aussi, a jeté son sac d’ordures scripturaires, et, page de la fin, le jeune auteur écrit : « Merci papa, merci maman !». On croit rêver ! C’est bien long, un roman plein que l’on bourre de pages dialoguées longuettes… devenant ainsi, davantage qu’un roman, un scénario de télévision érotico-porno. Le livre aurait pu se passer de 50% de son volume. Déception. L’idée du jeune Senécal, je le redis, était excellente. On l’a assez dit : aucun texte n’est innocent : on éjecte, on projette, ce que l’on est. Hélas !
7-
Comme tout le monde ou presque, guet des émissions de fin d’année :
Tiraillement…Il y a et L’INFOMAN à la SRC (je j’estimais modérément) et Marc Labrèche à TVA. Valse-zapette comme il se doit. Le forcené moqueur, Infoman, a gagné : il y en avait des fortes ! Chez le Grand Blond, quelques bons moment. Plus tard :chez Bureau qui a un si beau bureau, conversation mal menée avec des humoristes. Plutôt ennuyeuse machine. Bureau est toujours comme… mal à l’aise avec les gens du monde des arts et spectacles. Je ne sais à quoi cela tient ! Avec des écrivains, il fut souvent bon (Paul Auster entre autres) avant de devenir un « homme d’infos ». Certes il fait précieux de « prime abordage » et un tantinet 18 e siècle mais il est cultivé, bien articulé dans ses topos, structuré dans ses questionnements. C’est toute autre chose qu’un Bernard Derome, par exemple, dressé avec —avant tout— lecture de papiers rédigés part d’autres. Bureau est très capable de formuler ses pensées et de jouer son propre jeu. Autre génération. Autre façon de faire au fond dont Derome et Cie ne sont pas responsables. Foin de « La fureur » , émission-jeunesse (?), on va au dodo avant minuit, il fallait être en forme pour la réception des miens pour le Jour Un, le lendemain.
Oh, oh :ça sonne en bas, voici Laforce, retraité de la SRC et devenu prof à Grasset et à Saint-Hyacinthe; c’est un départ ! En route pour une marche de santé de Val Morin à Saint-Adèle par la piste cyclable et skiable…Vive le froid ! Hum…

Le lundi 31 décembre 2001

1-
Oh le beau lundi matin! Que de clarté, que de beauté! Hier soir, bonne bouffe aux moules, rien de lourd, pourtant la nuit dernière, un cauchemar curieux!
Ce rêve noir :
La compagne de mon fils, Lynn, semble avoir la garde d’un poupon. Elle l’a confié à un voisin. Je vais examiner la pièce voisine où se trouve ce gardien du bébé, un voisin de Lynn ? C’ est un type louche. Il ressemble à l’éditeur Brûlé, crane rasé. C’est fou Je rencontre en vain, il ne parle pas, sourit par en dessous, bonhomme aux manières suaves et au regard oblique
Je préviens alors Lynn que ce bébé devrait lui être retiré rapidement. Elle a des doutes sur mes frayeurs. Et résiste.
Des voisins, punks, sont enragés de mes suspicions et me font des menaces voilées. L’un ressemble à l’acteur Guildor Roy, l’autre au chanteur Paul Piché. Moqueries et gestes triviaux à mon endroit.
Je continue, alarmé, de prévenir Lynn au sujet du bébé en danger. Un poupon aux allures misérables, je l’avais noté! Résistance de Lynn encore. Me juge catastrophiste!
Nous voilà en voiture.
On roule, je ne sais vers quoi, vers où ? La discussion se poursuit au sujet du bébé en péril. Inutile.
Les types louches me réapparaissent et sont encore plus menaçants! Ils nous croisent à une station d’essence. On poursuit notre voyage Bizarre impression d’ une excursion codée, dont la signification, la destinée, m’échappe.
Soudain, une voiture de policiers nous fait signe de stopper. Un agent à la portière prévient Lynn :  » Il y a eu un accident. Ils sont tous morts, ma pauvre petite madame! Vous venez de perdre votre famille.  » Stupeur de tous. Raymonde pleure à chaudes larmes.
Lynn sort de l’auto comme assommée, et tombe au sol, comme inanimée. Je sors en larmes, je veux la prendre, la ramasser mais elle est devenue une poupée de chiffon. Inerte. Toute molle. Semble être transformée en une naine! Irréelle quoi. Ma stupeur! Je me réveille en sursaut.
Fin.
Eh b’en! Pourquoi donc ne pouvais-je l’étreindre contre moi pour la consoler ?
Je vais noter ce cauchemar dans mon bureau car je sais qu’on oublie souvent un rêve au réveil. Je retourne au lit. Crainte d’un signe prémonitoire, merde!
Je téléphone à Lynn ce matin pour lui parler de ce songe bizarre et de lui recommander de monter ici, demain, Jour de l’An, en conduisant avec prudence. Elle rit et promet. Daniel aussi.
2-
Hier soir, dimanche, embarras à la télé : un vieux film d’Hollywood de Mankievitz (ortho ?) avec Gielgud, James Masson ‹jouant Brutus, intime et poignardeur de César qui dira avant de crever :  » Tu quoque filii ? « ‹ et un Marlon Brando tout jeune. Shakespeare à l’affiche, rien de moins!
 » Julius César « , rien de moins.
On y va mais c’est, comment dire  » hollywoodien « . Et il y a après une demi heure, une émission spéciale sur André Malraux à TV-5.
Pauvre Bill, pauvre William, il s’est fait battre chez nous par le Malraux. Surprise!
C’est Bernard Pivot, pourtant retraité, qui mène ce spécial-Malraux. Le biographe de Malraux, Lacouture, est à une des fauteuils. Seul, il sera critique pour le Grand homme, rappelant le congédiement brutal par Malraux, ministre de la culture gaullien, de J.-L. Barrault qui s’était rangé avec ferveur avec les jeunes révoltés en mai 1968. Indiquant aussi que Malraux au pouvoir, bien-aimé du Général, avait été sage, et trop timide, n’exigeant pas grand chose en fin de compte pour oser intégrer la culture aux domaines importants, dont celui de l’éducation. Certes, il a loué ces Maisons de la culture instaurés par lui.
Tous les autres sont tombé dans l’hagiographie unanime :  » Malraux. Quel personnage étonnant, parfait. Foglia exagère en publiant, samedi matin :  » Malraux un monstrueux sale con « !
Ouow, les moteurs!
On a pu voir quelques extraits des discours frénétiques de ce personnage hors du commun. Fascinants.
Pris par  » La maladie de Tourette « , Malraux avait des tics, un débit saccadé. Cela le conduisait à ce style  » inspiré « , quasi-névrotique.
Voilà donc un jeune autodidacte ‹il avait pas même son diplôme de secondaire 5‹, et jeune romancier respecté des transformer en un étonnant  » missionnaire de l’art universel « . Sa mémoire phénoménale, jointe à sa capacité de faire des liens étonnants entre l’art de tous les siècles, fit de Malraux un expert mondial en symboliques iconographiques, absolument déroutant et bien souvent merveilleux.
Souvenir : vers 1965, grande réunion, dans l’auditorium, profs et élèves. Sur la tribune, le ministre Malraux est à mes côtés à cet Institut des arts appliqués où, contractuel, j’enseigne l’histoire de l’art moderne.
Le voilà, généreux, qui dit :
 » Mes amis, j’annonce, très officiellement, que, désormais, toutes nos collections nationales de tapisserie seront mises à votre entière disposition, ici, à Montréal.  » Me voilà offusqué car nous appelions sans cesse nos jeunes à la création originale, au design contemporain. Quoi ? Ce vieux schnock offrait des antiques modèles à copier pour l’inspiration de nos élèves. Je veux donc rétorquer et je le dis à mon directeur, J.-M. Gauvreau, mais ce denier me fait comprendre, et raidement, que je devais me taire face à l’auguste visiteur.
Je me tais et je ronge mon frein.
J’étais trop jeune pour admettre, comme le disait si justement Malraux, que rien ne se pense de rien, que rien ne se crée de rien, que ces images patrimoniales pouvaient allumer des idées novatrices.
Oui, de la télé qui nous captive. Si rare, si rare hélas!
3-
Ce n’est pas aux USA, ni ici, nulle part, qu’on pourrait entendre ‹comme à cette émission sur Malraux ‹ un vieux routier  » emeritus  » en culture, un courtier en art, un certain M. Renaud, proclamer que l’utopie, oui, l’utopie, doit être mise au dessus de tout dans une vie, montrée comme une valeur primordiale!
Le voir se faire applaudir très fort par un auditoire enthousiasmé de ces propos, c’est réconfortant pour l’avenir de ce pays.
C’est aussi cela, la France.
Ce matin, dans Le Devoir, le sociologue-toujours-prêtre, Grand’maison de Saint-Jérôme, rejoignait les propos du Malraux cherchant dans les créations antiques comme modernes, des mains imprimées des grottes jusqu’à Picasso, l’immuable, le transcendant, la mort comme signe obsessif. Ce chanoine théologien  » se méfie  » des religions, dit-il. Oh!
Il constate aussi la confusion actuelle, l’absence de valeurs, de repères, il a étudié la perte de sens de nos existences de consuméristes, ici, le manque de discernement, l’absence du sacré, des notions de  » bien et de mal « . De là, dit-il, tant de suicides de jeunes. Il a raison.
Quoi faire ?
Dernier jour de cette année, aujourd’hui.
Quoi faire ?
Ah, ce sentiment d’impuissance chez les inquiets comme moi! Changer dès 2002, oui, oui, mais comment? Agir, collaborer à un renouvellement des mentalités. Au moins autour de soi. De quelle façon ? Ne pas vraiment vouloir jouer un rôle de chef, de  » pasteur « , d’entraîneur, voilà le hic.
Manquer de générosité ? Le lot commun, non ? Trop aimer ses conforts. Trop préserver son petit bonheur. Eh oui, ce fut si difficile d’avoir gagné un peu de sérénité, alors, pas grande envie de plonger dans le désarroi généralisé et tenter de se transformer en réformiste actif, militant.
Voire politique.
Ainsi, sur la place publique, plein de politiciens rapetissés volontairement et qui ne font que gérer une sorte de stabilité économique. Peuple, vous nous donnez tant en taxes, nos vous rendrons cela en services essentielles : machines administratives en éducation, machines bureaucratiques en santé. Le restant pour soutenir les jobs en subventionnant les entrepreneurs audacieux.
C’est comme cela partout dans les pays industrialisés.
4-
Étrange : je viens de terminer ce  » Écrire « , pour la collection de V.-L. B., et je condamne le Salon du livre de Montréal où nous sommes  » les pauvres  » de cette place publique (à part Sogides et Seuil-Boréal). Ce matin, dans une lettre ouverte audacieuse à  » La Presse « , le riche éditeur ‹surtout de manuels scolaires‹ Marc-Aimé Guérin (aux librairies du même nom) explique à la directrice u Salon de Montréal, Francine Bois, avec une franchise rare chez ces industriels du commerce du livre, qu’il a fait de l’argent cette année mais qu’il en ferait bien davantage en novembre prochain si le Salon de Montréal imitait le Salon de Paris : c’est à dire, espace minime aux éditeurs étrangers. Il demande aux médias de ne parler alors que des  » produits-livres québécois. Comme fait Paris. Il achève par :  » en 2002, une première dans l’histoire du Québec, un Salon du livre limité aux Québécois!
Hum!
Comment réussir à renverser ce colonialisme enraciné à Montréal depuis si longtemps ?
5-
Promenade rituelle aujourd’hui, malgré le soleil enfui ?  » Non, dit Aile, trop de préparatifs pour fêter le nouvel an, demain!  »
Bon, bon, j’irai seul. Aile refuse mon aide.  » Tu pourrais me nuire plus qu’autre chose!  » Je me souviens alors de ma Germaine de mère :  » Allez-vous en de dedans mes jambes! Tenez-vous loin de la cuisine, attendez au salon, je vous ferai signe  » Toujours donc ce  » domaine  » réservé ? Pourtant, samedi soir, rue Clark, c’est l’homme, le mâle incapable, Jean-Guy Sabourin, qui régnait aux fourneaux, sa compagne Diane, bien contente de converser librement avec nous. Un sentiment curieux m’habite : je suis, je reste, de la vielle engeance encombrante aux femmes, celle qui est impotente en cuisinerie des fêtes!
Bébé ? Soudain, plus tôt, je sors de la cave un boîte de guirlandes dorées et, avec ma brocheuse, je les épingle aux quatre coins de la maison. Cela pour ajouter à l’ambiance de mon sapin de Noël fait de trois branches de cèdre avec lumières et oiseaux blancs aux ailes de coton.
Bébé ?
Aile alors :  » Bon, on profite que j’étais au supermarché pour répandre partout des miettes de dorure ? Va falloir re-sortir mon aspirateur ?  »
Maudit, les femmes
Avant d’éteindre le clavier, je regarde sur mon babillard de liège cette photo  » courriellisée  » par un correspondant, celle d’un taudis de Ville Jacques-Cartier du temps de mon conte de Noël à CKAC. La misère ? L’envoyeur m’écrivait :  » Nous étions heureux dans cette bicoque tout de même  » Pas de lumières de Noël, pas de guirlandes dorées, pas de cadeaux rien pourtant, sans doute.
Le bonheur c’ est quoi, ce sera quoi pour 2002 ? De l’amour. Rien que cela, la chaleur de l’amour. Ne jamais l’oublier.

Le mercredi 26 décembre 2001

Le mercredi 26 décembre 2001
Conte de Noël 1-
Tant pis pour mon Daniel, je redeviens bavard.
Ce matin, étrange spectacle dehors, ici. Rare. Soleil éclatant, invisible à notre table du p’tit déj. (allô Paris !) Tout brille en ce lendemain de Noël, blanc éclatant partout au sol mais et un ciel presque noir ! Nuit là-haut en plein jour !Effet magnifique ! Ce ciel de vendredi Saint (dire d’enfance !) à trois heures et la terre (le lac) lumineuse pourtant !
Hier soir, à Saint-François au bord de la Mille-Îles, bonne bouffe traditionnelle de F. Avec canneberges véritables, mon délice, pas de cette gelée industrielle ! Le Jacques, frère cadet d’Aile me montre, de collection, un bloc d’ambre. Résine pétrifiée que j’aime tant. J’en cache ma pauvre petite bague achetée à Porto-Plata l’hiver dernier. On y voit des moustique dans sa plaque, morts il y a un million d’années ? Il a reçu un album de photos, affiches, archives, manuscrits de chansons, magnifique album, sur son adoré Georges Brassens. Il compte les jours avant sa retraite de prof (chimie, physique) au secondaire à Terrebonne. Il s’exclame :  » je ferai mentir tous ceux qui s’inquiètent avec des  » que feras-tu ? « . L’épouse semble se sortir d’un cancer, bénin mais qui fut inquiétant.
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Chez  » frère Jacques « , chaude vieille (125 ans !) maison de campagne où habitait le Jolicoeur des buanderies de jadis. Pierre, l’autre frère d’Aile, reprend sa litanie contre les bureaucrates du ministre Legault, son grand boss; Pierre est maintenant directeur des études au Cégep Saint-Laurent ! Il se plaint :  » Formulaires boulimiques, paperasses de surveillance tatillonnes, ordres contradictoires. « ,
Son fils, Claude, nous parle de son expérience au Kosovo, il y a un an ou deux. Visite effrayante. Quand je lui parle de la terrible série télévisée  » Warriors « , il dit :  » C’est fini maintenant l’impuissance de nos soldats. Ils ont changé la règle. S’il y a barrage, un coup de fusil dans un jambe comme avertissement , si résistance, une deuxième balle et c’est la mort !  » Il dit cela calmement !
La jolie Sophie, étudiante-raccrocheuse, fille de nos hôtes dira très calmement :  » Nous avons rompu récemment mon chum pis moi.  » Deux jeunes personnes, Claude et elle, en célibataires ! Les autres enfants ne sont pas de la fête. Appel téléphonique soudain, c’est le Pierre-Luc de Colette et Pierre. Pour deux mille  » tomates « , il se fait dorer la couenne au bord de la Caraïbe ! Il tonne heureux :  » Oh, la beauté du site, soleil luisant, plage de sable blanc, eau turquoise, bouffe extraordinaire  » Le petit salaud ! Raymonde et moi ‹ » famille je vous aime « ‹ refusons volontairement ce genre d’exil. Un  » Sept-Jours, magazine  » people « , traîne : Serge Turgeon y déclare qu’il veut amener au théâtre d’avant-garde son  » Rideau Vert  » et annonce du même souffle  » Au c’ur de la rose  » de Pierre Perrault (notre Lorca) bientôt à son affiche. Eh ! L’ex-directeur de l’Union des artistes,  » commentateur de presse  » longtemps à TVA le matin (il se levait aux aurores !) se sort tant bien que mal de 2000, d’une  » guigne  » horrible. Diabétique, le c’ur a flanché, opération, puis les jambes opération, puis les yeux (presque aveugle !), opération, puis un anévrisme, il a failli demeurer  » légume « . Oui, la guigne !
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Article  » post 11 septembre  » dans  » l’Actualité « , opinons de  » penseurs « , spécifie la revue. Ce mot me fait toujours sourire. Qui n’est pas un penseur ? Ubald Proulx, mon  » habitant  » de Saint-Joseph du Lac, emblématique et utilisé souvent dans mes proses, était un penseur autodidacte redoutable.
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Le magazine  » L’Actualité  » parle des Cris ( neuf tribus à faire s’accorder !) au bord d’une entente finale avec Québec. J’ai visité, avec l’équipe de CJMS, Chisasibi en 1993. Vision dantesque ! Des maisons modernes, préfabriquées, pour les Cris  » déménagés de force  » en vue des grands barrages. Magasin général en foutoir. Des tentes dans chaque cour en souvenir des temps anciens. Pour trois milliards cinq cent millions de notre argent public : la paix, la fin des diffamations des Cris, le partage promis de profits (mines, forêts, hydroélectricité), le signataire cri, Ted Moses, aura à combattre l;es nostalgiques en faveur de cette entente globale. Bonne chance ! Le sociologue Simard dit qu’ il peut être tragique de perdre ses vieux ennemis, parfois et devenir autonomes peut être terrifiant  » Oh, cette vérité affreuse !
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Lundi soir, avons observé le vieux pape polonais à sa messe de  » ménuit  » à Rome. Va-t-il mourir bientôt rêvent les adversaires de son conservatisme sur tant de points ? Il n’en a plus pour longtemps, il est clair que les cathos devront guetter las  » tite  » fumée vaticane sous peu et espérer voir notre ClaudeTurcotte devenir le premier pape canadien français. Quoi, quoi, le Québec n’était-il pas, il y a peu,  » L’Himalaya du catholicisme « , paroles du célèbre Paul Claudel ?
La famille de ma fille Éliane, devenue des  » protestants  » vers 1980, ‹au grand  » dam  » de mon père ultramontain‹ est allé avec la famille de mon fils Daniel , des non-pratiquants, à la messe de  » ménuit  » boulevard Gouin, pas loin de leurs demeures, à la vénérable église de la Visitation, classée  » monument national « .
Aile dit :  » C’ est ça, notre religion maintenant, l’église au baptême, à Noël chaque année et à la mort ! « . Eh oui ! Rituels nostalgiques. Les enfants, au réveillon, très heureux des cadeaux reçus paraît-il. Avec jeux électroniques du dernier cri. Fini le beau petit traîneau rouge, les patins C’est un fauteuil et un écran désormais ! Promesse de dos courbés et souffrants pour plus tard ? Je le crains.
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Toujours étonné de cet amour du cosmopolitisme : une vieille juive de Provence, enfant internée en Allemagne nazie durant la guerre, parle à la télé :  » Sortie de cet enfer, je m’installai à Paris. J’adore l’anonymat des grandes villes.  » (!) Pourquoi donc cet amour de l’anonymat chez tant de monde. A-sociabilité ? Elle ajoutera :  » J’aime tellement rencontrer, dans les rues de Paris, des Chinois, des Arabes, des Juifs, des Arméniens, des Japonais Etc.  » Non mais…Curieux ! Des rencontres anonymes, artificielles ? Tant des nôtres, ici, parlent ainsi. Moi aussi, je l’ avoue, j’aime bien croiser des gens d’ailleurs, émigrés qui, souvent, vivotent, en arrachent,  » en bavent  » littéralement souvent.
D’où nous vient cet amour niais, imbécile, stérile, infructueux, si superficiel ? Peur cde quoi au fond ? De nous retrouver ensemble, entre nous ? Mépris de nous-mêmes ? Méfiance des nôtres ?
Sentiment de voyager, d’être des  » touristes chez soi  » sans avoir à partir, à aller reconnaître  » les autres « , nos frères humains, chez eux, avec périls, menaces, une fragilité inavouable face aux us et coutumes, cultures des autres  » les découvrant chez eux  » ?
Faut voir les voyageurs, serrant leur chère sacoche à  » chèques de voyageur  » sur leur poitrine, guettant leurs appareils photos de prix, quand ils y vont voir les  » autres  » dans tant de pays.
Cette philo-cosmopolitisme, une sécurité parmi  » nos pauvres  » ? Sommes-nous tous de sales « dames patronnesses  » confortables ? Je cherche une réponse.
Oh la déception en visionnant  » MOULIN ROUGE « , la veille de Noël ! Certes on s’attendait à un  » musical  » sauce USA. Un Montmartre de carton-pâte. Mais non, on a eu droit à une sirupeuse histoire d’un romantisme  » cucul la praline « . Un Toulouse-Lautrec inexistant, hélas. Plein d’emprunts divers dont à  » La Traviata  » : tousse, tousse, sang aux lèvres et meurt en chantant la belle courtisane, Satine son nom, et pleure en chantant l’amoureux transi qui décide, oh !, d’écrire un roman de sa mésaventure au  » Moulin Rouge « . Fin. Ouengne ! Je le recommanderai à personne.
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Bizarre, avant Noël, envie de relire la vie étrange de cette fameuse stigmatisée, voyante et mystique,  » Marthe Robin  » (c’est le titre du livre ) par le philosophe et psychanalyste catholique, Guiton. Influence persistante de mon père, grand amateur de faits paranormaux chez nos saints, les seuls qui le captivaient à fond. Cette re-lecture diffère de la précédente. J’ai noté partout mes réticences. Je suis un terrible barbouilleur de livres. Évidemment je reste tout médusé par cette Marthe Robin qui ne mangeait pas, jamais, rien, à part une hostie tous les jeudis, et cela durant des décennies. Elle est morte, vieille, dans sa chambre noire ‹elle supportait pas la moindre lumière, en 1980. Marthe Robin années ne dormait pas, elle était paralysée dans son lit et recevait des gens du peuple et des  » importants « , cardinaux, évèques, philosophes, athées et savant farouches, des chercheurs de secrets métaphysiques, etc. Guiton fait son apologie, c’est certain mais se pose des questions très scientifiques et n’arrive pas à se consoler que des savants aient négligé d’étudier sa chère Marthe, point sur lequel je tombe d’accord.
J’ai toujours aimé lire de ces cas extravagants, religieux ou pas. Oui, influence du père quand ce dernier, tout excité par les phénomènes irrationnels, raconte à un enfant, moi, les mystères du Curé d’Ars, des Catherine Emmerich et Neumann, deux stigmatisées allemandes des années 1800, de ce Padre Pio, capable de bilocation, et quoi encore au domaine des mystiques ?
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Il y aurait EDWIG maintenant ? Pas l’héroïne du film dont j’ai parlé, non, c’est cette  » chouette des neiges  » dans les Harry Potter. Une nouvelle vogue, publie-t-on. Ce hibou (?) blanc si mignon est le symbole, côté  » blason ornithologique « , pour le Québec, l’Harfang des neiges, si impressionnant. Edwig ? Des enfants maintenant veulent un Edwig dans les pet-shops comme on veut un serin, un perroquet. Embarras chez les animaliers de Londres et d’ailleurs !
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Avis important !
Pour ceux qui m’apprécient.
À la cinémathèque de la rue Maisonneuve, angle Henri-Julien, deux dates à retenir : le jeudi soir qui vient, 7 janvier à 19h.
À l’affiche de la cinémathèque : Mon  » Blues pour un homme averti « . Paul Blouin en a fait une dramatique étonnante avec un Jacques Godin jeune (1964) dans une forme rare.
Un  » bomme « , tueur pédophile, mythomane, s’imagine un père  » manquant « .
Et, un mois plus tard, soit le mardi soir le 12 février, à 19 h. Mon  » Tuez le veau gras  » avec Benoît Girard, jeune (1965), dirigé par Louis-Georges Carrier.
Un  » retour de Paris, diplômé  » en sociologue syndicaliste, trahira les siens et se vendra aux crapules de sa petite ville.
Dans ces deux téléthéâtres ‹ouvrages collectifs dont je suis très fier‹ on verra, tiens, deux avatars de mon cher Ubald Proulx. L’un (dans  » Blues  » ) incarné par Paul Hébert,  » robineux sage, l’autre (dans  » Tuez « ) par Georges Groulx, conseiller déchu et renié.
J’y serai évidemment. On pourra me questionner après le visionnement si on veut.
À part la précieuse cinémathèque (dont je suis membre) on habite pas tous la région métropolitaine j’ai hâte qu’un jour le canal ARTTV programme ces deux dramatiques de télé Mais quand ?