DU COQ À… L’ÂME !

C’est l’aube, pas « l’aurore aux doigts de rose » du poète, non, verte ce matin-là. Cinq heure du matin, le store levé, je vois un ciel chartreuse ! Dôme, coupole, bocal, aquarium géant. Puis ce ciel devient de la grenadine et, enfin, de citronnade. Je turlutte : « here comme the sun ».

Voici l’automne. Je vois souvent —au milieu de ma rue— un écureuil d’un blond rare ! Qui se sauve, de qui, de quoi ? Jamais vu dans mes parages tant de blondeur. La veille, étonné devant le téléviseur : voir surgir dans une savane africaine un lion à chevelure… noire ! Lui donnant une allure effrayante. Coq à l’âne : mon sorbier porte tant de fruits qu’il en penche, aller lui poser un tuteur, il va choir ma foi ! Au pied de l’escalier, le mahonia, plus un seul bleuet sauvage, déjà. La voracité des mésanges, des pics. C’est l’automne. Voilà que repasse ce blondinet étonnant. Coursant toujours.

J’ai pu mettre de l’ordre dans ma hiérarchie des poètes de France grâce à « La poésie pour les nuls », un 500 pages signé   (par J.-J Julaud, First, éditeur). Bonheur de relire les premiers venus : Rutebeuf, Villon et Ronsard. Défilent. Rimbaud et Verlaine et Paul Éluard, Robert Desnos, idoles de mon adolescence. J’ai vu aussi mourir le chanteur Jean Ferrat, l’an dernier (par Robert Bolleret, L’Archipel, éditeur) * Cet enfant de Versailles s’exilera en Ardèche, il y sera maire-adjoint, il adorait sa petite patrie adoptive, son village, ses parties de pétanque (et de poker), ses indispensables muses, Christine et puis Colette. Mort des suites d’une profonde dépression à 72  ans. Une biographie qui m’a raconté un orphelin, en 1942, son papa est déporté —juif— en Allemagne. Ferrat débutera en modeste ménestrel à Paris au temps des Félix Leclerc, Brel, Ferré, Brassens. Jean Ferrat mit ses musiques sur les mots du « plus grand poète français du vingtième siècle », Louis Aragon. Celui de « La femme est l’avenir du monde ». Aragon avait tant raison. Ferrat « au bout de son âge », resté un révolté déclare : « En fin de compte, il n’y a d’essentiel, dans cette vie, que l’amour ». Si vrai; j’ai cette chance d’aimer toujours et je la souhaite à tous. Mais ne vous plaignez pas les « sans amour profond »  si vous avez mis le cap, jeune, sur autre chose. L’argent, le succès à tout prix, la gloriole. Ou quoi encore de trivial.

Je suis plongé dans « le récit de vie » de la petite sœur de Fidel Castro ! Juanita Castro rédigea à Miami : « Fidel et Raül, mes frères » (Plon, éditeur), une charge féroce contre son grand frère, vaillant libérateur du dictateur Batista à Cuba puis  métamorphosé en despote tyrannique. Qui fera jeter en prison les esprits libres.

Lire, ma passion et voir courir cet écureuil à poils blonds. Depuis trop de jours un froid novembrien; va-t-en pas cher bel été. C’est l’automne, déjà deux de mes érables se sont maquillés, beaux fards de jaune et de rouge. Ma Donalda marmotte trottine ramassant des je-ne-sais-quoi, En vue des neiges à venir ? Mes gentils canards restent cachés, plus aucun rat musqué sous mon quai, plus de mouffette sous mon perron. Sur mon radeau, un goéland dépose un crapet-soleil. Mort. Tout sec, pour attirer une « goélande » ?

« Que la montagne est belle » chantait Ferrat pêcheur de truites et d’écrevisses, toute la montagne va se travestir. Beau carnaval. Fuit encore ce blond marathonien, de quel croisement génétique peut bien venir son pelage caramel ? Tiens, Lise Payette se lamente —Denise Bombardier, virée de TVA et de la radio-Arcand, le fera-t-elle ?— « on n’engage plus les vieux », dit Lise.  C’est mon cas en radio télé et je sais pourquoi, mes oreilles malentendantes. Rivard chantait : « Ne riez pas de l’homme qui a peur »; jeunes gens ne riez pas des demi-sourds et ne riez pas des vieux qu’on jette,  ça vous arrivera. Je ne courre plus le cachet, je chronique en joie aux Pays d’en Haut et je lis; ce bel « Album Miron », illustre  poète de Sainte Agathe, une centaine de photos dont lui en frère religieux enseignant !

Je guette ce vif blondinet; où courre-t-il, après quoi, après qui ? Son ombre. Les actualités ? Rapport de l’ex-policier, Duchesneau et voici un deuxième « Massacre à la Polytechnique ». Des futurs ingénieurs y deviennent parfois d’affreux corrompus-à-collusions, à politiciens à graisser. Est-ce en vain, leurs cours d’éthique ? Ça pue. Plutôt revoir l’aube chartreuse, puis grenadine,… puis citronnade.

 

*ces livres, gratuits, sont à la biblio toute neuve pas loin du Marché Métro.

 

Il était une fois…

Je ne suis pas tout à fait, à Sainte Adèle,  «un enfant du pays » même c’est par ici que j’ai habité le plus longtemps dans mon existence. Désormais, j’en sus venu à aimer cette contrée de collines et de brefs vallons. D’une sorte d’affection…absolument immense ! Oui, immense. Aussi je reconnais que c’est un très vif plaisir de rencontrer pour jaser du passé d’ici des « vieux de la vielle » et des « vieilles du vieux ».

Chez mon coiffeur émérite (hum, facile avec si peu de poils sur le coco !), Racette, l’autre midi, une rencontre inopinéee, un certain  Jacques Patry.  C’est un sosie du comédien Claude Blanchard et il a aussi sa bonhomie, sa faconde. On sent chez Patry, comme chez le célèbre cabaretier Blanchard, un « fun vert » à ..causer. C’est ainsi qu’en ce jour de tonte et de taille de barbe, j’ai eu la chance de recevoir de M. Patry, deux imprimés. Un :  « L’histoire de Sainte Adèle », rédigée parcimonieusement —un vrai notaire !— par un bon et brave prêtre. Qui verse volontiers sans l’écriture euphorique et  catholique. De l’hagiographie, ce qu veut dire « tout le monde il est beau, tout le monde il est bon ».

C’est, disons, candide, propagandiste et, ma foi, un tantinet embarrassant. Il évoque, par exemple,  le fameux caractère acariâtre et emporté du Curé « politicien » Labelle mais comme en s’excusant d’oser le révéler. Je souriais souvent.

Il n’y avait donc dans ces laborieux et durs commencements de nos villages laurentidiens (sic) que des âmes pieuses, toutes dévouées aux autres, des travailleurs au zèle incommensurable ! Bref, de très exemplaires « bons catholiques » selon l’expression de jadis.  C’est un livre d’avant nos progrès, notre modernité, nos conforts (et nos désordres certes ) avec ce que tout cela peu comporté d’aveuglement. Silence de convenance donc sur les graves misères, qui furent sans doute réelles, et qui sont évoqués rapidement (comme en passant et avec lyrisme) ici et là. L’auteur en soutane —il écrit dans un bon style, ancien et très correct— tente de gommer le plus possible les labeurs surhumains —agriculture maigre, foresterie harassante car sans engins modernes— de nos premiers colons du Nord. N’empêche on lit ce court 150 pages —allez à la biblio— avec grand contentement. Merci M. Patry ! On imagine que partout dans le monde, à toutes les époques, les débuts d’un village, d’une colonie, voire d’un simple hameau devait exiger tous ces sacrifices parfois extravagants. Souvent,  épouvantables.

Le deuxième bouquin est un album. Que des photographies du village, plusieurs captivantes, essentielles mais, hélas  beaucoup d’autres plus banales et, ici et là, carrément insignifiantes. Choix trop mince ou amateurisme ? Comment savoir. Cet album —avec de trop rares photos hors du commun— a été imprimé et publié il y a quelques années seulement et pourtant il n’a rien de bien moderne dans sa confection. Les « légendes » explicatives sous les clichés anciens sont écrites sans grand talent, ici et là, parfois même accablantes d’ineptie, racoleurs à l’occasion.

Je suis reconnaissant à ce voisin du Barbier des sportifs, Chemin Pierre-Péladeau, de ses deux prêts. J’en suis sorti heureux. De cette monographie surtout, de l’album un peu moins. Cette littérature bon enfant m’a fait me souvenir de ces pieux livres de « prix de fin d’année »,  à l’école ou au collège. Un stock bien censuré et bien autorisé par ce haut clergé qui accordait —en latin du Vatican— et pas toujours, l’imprimatur. Ce « nihil obstat », qu’on voit en page de garde dans « L’histoire de Sainte Adèle ». Alias : droit d’imprimer sans se faire excommunier !

LA GROSSE FEMME D’À COTÉ EST ENCEINTE

À côté ? Oui, pas bien loin, à Oka, en Basses Laurentides.

Cette grosse dame est aussi la plus belle femme de nos cantons et se nomme Francine Allard. Elle fut la fille, à Verdun,  d’un modeste vendeur —magasin-de-fer. Douée, la jeune Francine alla à des cours de chant, de danse, de théâtre, de beaux-arts, allouwette ! Une gamine polyvalente quoi. Il y a un toubib, Michel Cardin, qui a bien de la chance, sa ronde blonde est enceinte en effet. Et que Michel Tremblay se le tienne pour dit.

Dans un joli boisé d’Oka, Francine façonne de jolies choses  inutiles et peint des images surréelles parfois bien lumineuses. Un jour elle surgit sur mon I-Mac en se disant une fan de mes livres. J’ai pas perdu une minute et l’ai nommé « présidente » de mon fan club; il y a deux membres, Francine et moi. De nos échanges, l’éditeur Triptyque de la rue Rachel en sortit un bouquet d’entretiens, il y a cinq ans, « Interdit d’ennuyer ».

Une nouvelle exclusive ? Voilà que débordée de tant d’activités et pourtant jeune grand-maman dévouée, Francine Allard souhaite un modeste « salon du livre » par chez elle, à Oka, paresse ? Bien, les énergiques compulsifs sont aussi des fainéants, j’en sais un bout là-dessus et c’est un mystère.  Le souvent émouvant jeune Beauchemin, auteur de Saint Anne des Lacs, en serait son président. Je lui ai dit que j’irais à La Trappe (le lieu de l’expo)  volontiers cet automne (car elle a gagné un « oui » de Québec) si on y entendait de la musique grégorienne, si on y allume des cierges, si on y sert une liqueur abbatiale et si on y offre du fromage de moines comme, jadis, celui des Trappistes (déménagés dans Lanaudière). Celui si bon, qui puait à mort !

Ma belle grosse toutoune (elle a publié « La reine des toutounes », un grand succès chez Alain Stanké il y a longtemps ), j’y viens, est vraiment vraiment enceinte. Comme on disait, « par dessus les yeux ». Son Michel a-t-il trop butiné cette jeune mémère d’une gracieuse petite Amélie ? Mais non. Francine d’Oka est enceinte d’écritures, d’ouvrages divers à venir. Elle n’est pas du genre  « grande auteure » constipée « au livre aux dix ans », que non !

Écoutez bien ça, non seulement poursuit-elle sa populaire saga de « La couturière », mais, cet automne, Francine Allard  va mordre à vif son vieux papa le quincaillier, où ?,  chez Victor-le-Matamore son éditeur barbu de Trois-Pistoles. Titre aimable : «  Écrire pour faire damner mon père ». Et c’est pas fini, chantait une beauté : éditions de poèmes chez Art Le Sabord, en 2012, chez Marcel Broquet de Saint-Sauveur, sortiront d’autres tomes de ses « Petits ours… », livres-jeunesse, aussi un CD enfantin chez Planète Rebelle pour la jeunesse, enfin, cette année aussi, un roman se situant rue Saint-Urbain à la vieille École des Beaux-arts ( c’est un site qui n’est pas la propriété du québéphobe enragé, le très doué raciste juif —francophobe menteur— Mordecaï Richler.)

Qu’en dites-vous ? Ça c’est « enceinte » en livres. Pis pas à peu près, dit le populo. En attendant ces nouveautés, Francine Allard d’Oka en maigrira gravement ma foi du bon yeu, elle va partir bientôt pour lire de ses écrits au fond et au bord de la Bourgogne ( le pays originaire de ma chère Colette) puis elle sera présente au prestigieux Salon du livre de Paris…. Enfin, Francine d’Oka finira par relaxer aux Îles de la Madeleine à la fin du printemps. Ouf !

La pauvre Nana, la grosse femme du Plateau à Montréal, ne sortait guère de sa rue Fabre, elle. Les temps changent.

 

LETTRE OUVERTE À CHRISTINE (MINISTRE À QUÉBEC)

Vite un changement à la Place Bonaventure pour ce « Salon du livre ». Une foire commerciale banale. Une tricherie : avec l’argent public ce « Salon annuel » vole nos libraires. L’inamovible directrice, madame Blois, une excellente organisatrice, devrait changer la formule désormais et organiser un « salon de la littérature ». Le salon du livre est une nullité pour le monde littéraire et les subventions de Christine St Pierre participent à une entreprise avant tout commerciale. Ce n’est pas le rôle de l’État. Place au changement pour novembre 2011. C’est urgent. Changeons les « vieilles » règles de ce « vieux » Salon. Il ne profite qu’aux livres « à succès », livres qui n’ont aucun besoin du Salon.Les associations d’écrivains, de libraires, d’éditeurs doivent s’unir et faire cesser cette foire cheap d’un mercantilisme primaire.

« Le Salon du ivre » prive nos libraires de revenus essentiels à chaque début d’époque des Fêtes. Les best-sellers, biographies de vedettes, livres de recettes en cuisine ou en santé, les « hits » de Paris ou, traduits, de New York,  font sonner les caisses, Place Bonaventure. Mais on y invite un millier d’écrivains (ou presque) pour les abandonner. On y voit cinq ou six très longues files d’acheteurs, on y voit neuf cents quatre vingt écrivains ignorés, laissés à eux-mêmes dans des kiosques déserts.

Ce Salon est devenu un business subventionné. Les écrivains véritables ont besoin d’un vrai salon littéraire. Qui attirera moins de foules, et puis après ? Un Salon utile aux écrivains s’impose, consacré à la  littérature, celle d’ici et de partout dans le monde. Futile d’éclairer les déjà très éclairés, paresseux cela de sur- publiciser les « gloriolés » du moment : ces confessions d’une vieille chanteuse, récits des forfaits de la mafia, la bio d’un hockeyeur retraité, d’un célèbre ex-politicien. On pourrait constituer un assez bon public. Avec des animateurs, des metteurs-en-scène, des comédiennes et des comédiens du théâtre, de la télé, du cinéma pour rendre captivantes leurs performances, évidemment reliées aux poèmes, romans, récits, etc. Ainsi fin du vol des libraires. Qui voudra m’appuyer, éditeurs, auteurs, libraires ? Et un public assez cultivé pour apprécier les littératures du monde francophone. L’État n’a pas d’affaires… dans les magasins ! Je serais disposé à travailler bénévolement à un  tel vrai salon du livre. Je vais guetter les réactions.

LE SANG COULE…

Pour une distraction, depuis longtemps, plein de gens lisent du roman policier, des « polars ». Quand j’étais plus jeune du prolifique (six par année !) Georges Simenon et son sympathique et goguenard et brillant « inspecteur Maigret », si placide. Dans les années 1980, j’en ai publié cinq ou six avec mon Maigret à moi, Charles Asselin. Mon premier ? « Le crucifié du Sommet Bleu ». Un genre (le polar)  qui m’a vite ennuyé. Au départ, il faut installer et calculer tout le plan du récit (la fin surtout !). Ouash, moi qui aime bien me surprendre en cours de création.

À  ma chère bibio de Sainte Adèle, rue Morin, la grosse part du budget « achats-de-livres » va à ces histoires de sang et de fics. écrits par des dames souvent désormais. Livres à succès et, donc, fréquentes demandes des lectrices (et lecteurs) d’ici. Frouch !, tout le gros du fric public est investi dans cette sorte de…littérature (hum!). Romans traduits souvent de l’american-english.

Parfois donc j’ai besoin de distraction et, récemment,  me voilà plongé dans du Mankell. Avec son Maigret : l’inspecteur Wallender (vu à la télé ). Aussi, l’an dernier,  plongeon dans les célèbres « Milinénium », avec une punk délabrée adjointe de l’enquêteur. Et voilà que, tout dernièrement, plongée dans le fameux Ellory. Un populaire auteur de polars sophistiqués. Je sors de « Les anonymes », sa récente ponte. Oh la la  ! Ellory s’englue dans cette mode infâme du « complot ». Genre du Bergeron-échevin qui croit que les tours du World Trade Center à Manhattan furent bombardés par des provocateurs américains ! Afin de pouvoir attaquer davantage les musulmans intégristes ! Vous voyez le genre niais, une connerie rare qui amena le cinéaste Oliver Stone à illustrer un autre « complot-CIA » pour faire assassiner JFK (le titre de son film).

Dans « Les anonymes » Ellory déclare : « Il y a que deux fléaux au monde : la puissance de la CIA  et l’argent du Vatican à Rome. » Tel quel ! Ce Robert Miller, Maigret de Washington, traque un tueur en série. Le Jonh R., un agent de la CIA démissionnaire, pris de remords car il a assassiné une cinquantaine de gauchistes communisants (au Nicaragua, à Cuba, au Mexique, en Asie, en Europe de l’Est).  Ce tueur d’État, culpabilisé tue à Washngton de ses anciens compagnons. Une soupane folle, une poutine ridicule. B’en, ça se vend comme pains chauds. Le lectorat serait friand de ces récits à « complots ». Les anonymes » donc, une histoire bien pleine d’invraisemblances et qui se lit malgré tout. La recette ? Des détails piquants, rebondissements et fortes surprises…Bref, on tourne les pages. À la fin, on est déçu gravement. Bof, on y gagne un happy end à la rose sauce Walt Disney. Très cul-cul—la-praline. Le talent des Ellory ? Un don pour tricoter du gros suspense sordide en forçant le réel et on s’en fout, on lit. Un don ? Oui. Une distraction ! Et passe à la caisse, tripoteur des vérités, tu l’as bien mérité va.

LE BONHEUR…

C’est quoi le bonheur ? Souvent peu de choses. Des simples. Des chaudes. Voir, rue Morin,  un enfant courir au milieu du parc des Familles. Qui tombe. Des parents accourent. Le bambin se redresse et éclate de rire : « Avez-vous eu peur, oui ? » C’est peu, ce gros chat tout gris et bien rond qui traverse une rue  près des ex-côtes de ski 40-80, comme s’il était « the king of the word ». Ralentir, devoir stopper et laisser passer le minou, non mais… Je riais.

Le bonheur c’est, samedi en fin d’après-midi, tous ces piétons qui déambulent lentement rue du Chantecler. Le rivage luisait à nous aveugler, argent vif, du mercure en fusion ! À la terrasse du Luau, ce jeune couple qui s’enlace de leurs quatre …jambes ! Mains pressés, fronts collés. Leurs beaux sourires. « Tu penses que je m’en aperçoit pas ». En face, à Del Forno, deux vieilles dames très dignes se soutiennent en quittant le parking. Pas loin, au carrefour, derniers rayons couchés de l’Astre sur les parasols enlignés chez « Dino’s ». Oh : « Je vous entends jaser… »,  oh oui cher Vigneault !

Le bonheur c’est mon plein cône de molle glace au chocolat au coin du boulevard, ma Raymonde se régale de l’érable succulent, elle. Et Stéphanie, la patronne (qui aime me lire ici, dit-elle) nous raconte un bon bout, un long brin de sa vie. La chaleur humaine.

Le bonheur, c’était cette petite foule estivale, jacassante, bruyante, épanouie,  au parvis du théâtre d’été d’ici. C’était de m’acheter pour 50 cennes un tas de livres usagés à l’Ouvroir dans cette rue remodelée derrière chez mon quincaillier,  Théoret. C’est André, émérite jardinier, qui examine de folles herbes importunes et puis, mécontent,  qui court prendre un sécateur. C’est ma Donalda, imprudente,  qui reste figée au milieu du terrain semblant admirer la fausse vive bataille de mes deux canards « crotteurs » de radeau.

C’est le vent ce matin-là, c’est la pluie fine et soudaine, l’autre midi, c’est le clocher joyeux du midi qui sonne, c’est ma vieille belle voisine, Hélène (une enfant d’ici et d’il y a très longtemps) qui juge l’eau « bonne ». Et s’y baigne. Le bonheur de la revoir et je lui chante « l’Hélène » du « pâtre grec ». Elle sourit. Une maîtresse d’école en long congé, Marie, sourit. Le bonheur : la grosse famille-canard qui repasse, flotte d’ailes, de têtes de linotte, de becs et de pattes invisible MAIS TRÈS… ramantes. La mamma, ALTIÈRE, QUELLE CLASSE !, ferme la marche comme toujours et, SOUVENT, les compte, belle ribambelle. Le bonheur c’est le cris joyeux des écoliers à la plage. C’est le bel ado sur son scooter rouge qui ralentit et qui ose entamer une neuve causerie avec cette mignonne brunette qui joue l’effarouchée…quelques instants. Le bonheur, c’est la vie ici et là si tu ouvres bien les yeux et cesse de te regarder le nombril.

LE SOMMEIL DES TRUITES !

Il faisait beau soleil et voici donc un colibri, si vif, si hélico, qui fonce sur notre oiseau de bois émaillé rouge acheté « une piasse » chez Dolarama ! Il affronte ce leurre et puis, déçu, il fuit. On rit. Voulait-il s’accoupler à un cardinal de bois ? Hon ! Celui de Québec, l’insensible Ouelette, en aurait sorti sa bulle ! Puis voici que ma Raymonde rentrant de son Hyperclub de Piedmont, me répète tout le mal dit sur le dos de la marmotte. « Un vilaine rongeuse de graines en semis, très nuisible. » Bof, on n’a pas de potager ! Je descend trois marches voulant apercevoir ma grosse Donalda, rien. Faire un ménage dans mon tas de vieilles planches et l’en déloger. Non, j’y suis trop attaché. Fou hen ?

« Hier encore » (Aznavour) le vieux chat jaune-orange, bien assis, fixait ce coin secret du siffleux-terrassier derrière de vieilles persiennes remisées. Ma Donalda y allait aux toasts ! La terre volait sur un temps riche. Agrandissement ? Naissances ? On voit rien encore. Mais j’ai bien vu, une première !, un papillon d’un beige enluminé de symétriques ornements gothiques (oui, oui) se poser sur un garde-fou et, oui,  choir sur le côté ! S’immobiliser « penché » les pattes en l’air. Quoi ça ? Trop gavé ? Il pulsait fortement. Papillon ivre-mort ? Je l’observais et calculai : ses grandes ailes, ce serait comme si nous supportions, attachés à notre dos, des voiles de 40 ou 50 pieds de haut ! Alors, épuisement ou trop de sucs bus ?

L’ami Jacques Allard m’autorise à me baigner chez lui. Il possède un coquet spa-auberge, le Excelsior, passé le grand domaine skiable du Chantecler. L’une de ses piscines s’orne d’un immense arbuste, sorte d’admirable palétuvier avec ses branches feuillues décorant la serre tout autour du bain et qui  fait ma joie. En rentrant de nage, avant-hier, la Rivière aux Mulets venant frôler la 117, se montra d’un bleu à la clarté totale. Mon étonnement ! Un bleu bien loin de ce gris-brun de la Nord. Rivière encore vue en voiture quand nous sommes rentrés du Val David « d’en arrière ». À l’ouest. Nous apprenons que ce chemin qui aboutit, via le Mont Sauvage, à un carrefour adèlois, était la très ancienne route. On y découvre toute une campagne comme secrète et y nichent ici et là de rares vieilles belles maisons. Et des « modernes », bien moins jolies.

Arrivage d’écureuils ces temps-ci. On avait cru les avoir tous déportés l’an dernier avec la cage de Maurice-Voisin. Non. Gare à la douzaine de nos jolies jardinières suspendues ! Quoi faire ?  Emprunter de nouveau le malin appareil-à-trappes avec nouvelles « déportations » sauce acadienne ? Triste. Ah, chaque fin de mai ou début de juin selon les climats, voir ma « tendre fidèle », mettre ses gants fleuris, réunir ses outils et ses bouquets de Botanix, inventer ses arrangements floraux, la joie pour moi !

Vente du pédalo et achat à Saint-Agathe d’un canot-chaloupe. Pour pêcher. Poids ? 48 livres ! Mise à l’eau et soudain surgit un couple de fiers canards. On dirait qu’ils ne nous voient pas ! Allure d’indépendance totale, c’est ça la belle souveraineté, amis lecteurs. Ça  se promène le cou (très) en l’air, la mine noble, non mais… On nous a dit (des gens-grenouilles) qu’un grand nombre d’énormes paresseuses truites roupillaient au fond du lac. Au pied de l’hôtel du lieu et pas loin des condos de la Villa Major. À nous deux les paresseuses ! J’aime l’été.

La fille « orignale » !

Ce mardi-là, je suis allé jeter un œil dans un sombre enclos, j’ai vu la rangée de guetteurs: ô, gagner un lot au jeu de vidéo-poker ! Magasin aux illusions avec « bandits manchots », chassés jadis, installés par l’État pour vider les poches des « croyants » du fatum grec ! Je venais du Calumet, à côté, pour acheter ma pitance-actualités. J’y allais déjà à vingt ans et je ne permettrai à personne de dire que c’est le plus bel âge. J’aimais ce bel hebdo « Arts et spectacles », made in Paris, France. Je grimpe toujours, à pied : magasins ou ex-restos « à louer » souvent. Au 31 Morin vivait le docteur Rochon et sa fille Pauline, l’âme du Centre d’Art, mon employeur. Un peu plus haut, le « Citrus », modeste bistrot à terrasse « très » parfait pour  une bouffe originale, J’y étais hier ! Où il y a le parc Aubert, S’AGITAIT la Grosse Madame et son caboulot du coin. Démoli. Ce bout de la rue Morin avait des airs de far wesT. Il n’en reste que la maison de briques du « El Forno ». En face l’épicerie-boucherie Blondin, pas loin, un petit hôtel, « Le Chateauguay », disparu. En dessous, son pub d’où je voyais parfois sortir mon camarade Grignon, capot de chat au vent, marmottant au vent du nord de 1950 !

Suffit les souvenirs, je rentre et coup de fil du Jean-Paul Voisin : « Y a un orignal sur ta grève, va voir ! » Vite, je cherche l’appareil-photo, puis les jumelles et quand je descend l’escalier, trop tard. Vrai yatch-à-moteur la bête accoste déjà en face, au rivage du Chantecler. Des témoins abondent. Voisine Ouellet : « Il descendait à l’épouvante dans la rue, comme revenant de l’église ! » Pieux animal ? Messe basse ? Maurice Voisin :  « J’allais porter mon sac de déchets et paf !, face à face, c’était une femelle ! » Oh, une fugueuse des bois du Sommet Bleu ? Ado délinquante ? Le calme revenu…à midi, encore ce petit bonheur, au ciel du village, d’entendre sonner nos cloches, l’air vibrant, rue Lesage. «  C’est l’Angélus », ma mère chantait toujours.

« L’économie en reprise », titre Le Devoir centenaire. Vrai ?  Preuve : j’ai pu vite vendre mon pédalo et j’ai acheté une toute légère chaloupe au Susuki de Ste Agathe, 48 livres ! Puis, des coussins au Rona de Gaston Miron, un grand drapeau chez Canadian Tires et… à notre Rona-Riopel… oui, oui, une scie à chaîne. Pas pour moi. Un soudain besoin de madame, allez-vous me croire ? Ma tendre et si douce Raymonde veut émonder des tas d’anciens bosquets de chèvrefeuilles  mourants. Oh, ça va être un Massacre à la tronçonneuse, je le crains, chers lecteurs. Je songe à ma vaillante mère, pour couper un petit brin du peuplier de la cour, maman appelait à grands cris son mari, mon père.

Les temps changent et c’est ainsi qu’une  jeune « fille orignale » se garroche vers l’église ! Mécréante, impie, elle fait la nique au curé pour débouler toute une rue pavé et puis nargue mon voisin (qui a rénové la maison du Notaire Potiron (oui !), Maurice Lagacé. Puis, la « fille » court se faufiler entre nos haies et,  rut maudit,  va plonger dans le lac Rond pour, sans doute, rejoindre au Loup-Garou de l’ouest, un de ces « p’tits maudits boms ». Ce ceux qui défient le sermon inhumain des cardinaux cathos, sauce Ouellette.

Eh,bin bon !

SMOKE MEAT, TYMBALES ET CADEAUX

Il y a peu, ces beaux jours en guise d’été indien en retard. La rue Bernard pleine de dîneurs aux tables de ses terrasses. Bonheur des yeux. On y alla, Raymonde et moi, un midi, pour le croque-monsieur de la Moulerie, un autre midi, pour le cher smoked meat de Lester, ses cornichons à l’aneth. Invités à souper à Mont-Royal sur Simcoe Circle chez l’ex-cynique, grand sec d’Orléans, André Dubois, mon amoureuse cherche un présent à offrir à Mimi divine cook. Elle file vers ce magasin de cadeaux pas loin de chez Lester. Que d’offres cocasses là ! Un lieu féerique. Un caverne d’Ali Baba ?

Le soleil donc. Partout. Courses…au marché si varié des Cinq-Saisons puis à la banque. Aussi à cet autre magasin-à-cadeaux, sosie du Mille-Feuilles de la Laurier, une papeterie inouïe côté sud de Bernard. Encore là, vaste choix aux rayons garnis d’inventions légères pour cadeaux divers. Dont un des  jeux de société de mon designer de fils, Daniel.  Des tablettes débordantes aux joyeuses inutilités bien agréables. Embarras du choix toujours et toujours, dehors, ce soleil d’été étonnant !

Qui va là, square Madeleine-Ferron ? Est-ce bien mon Tit-Louis, lui qui était avec nous tous au 42 Avenue des Pins en 1948, l’annexe de l’École du Meuble. Où il tambourinait sans cesse. Sur tout et sur tous. En maniaque fervent des rythmes. Eh bien, prévisible, Louis deviendra « le » célèbre timbalier —éméritus— de l’OSM. Louis Charbonneau, aujourd’hui retraité, a gardé même visage et même sourires. Je passerai acheter magazines et journaux chez l’aimable maghrébin-québécois en sous-sol du Manoir d’Outremont. Je donnerai de mes livres à Claude, la bibliothécaire du lieu et aussi on petit-déjeunera avec mon cher beauf’ Jacques, tous ravis de ce répit à jours chauds.

Outremont comme un village. Lieu familier où l’on est bien, d’où nous vient ce bon petit bonheur ? Urbi bene ibi patria, disait les pages roses du Larousse : où on est bien, là est la patrie. Ah nos petites patries en cours de vie ! Je me suis souvenu —vacances d’antan— les si belles longues blanches plages du New Jersey, jusqu’au Cap May, et, pourtant, au retour, le contentement très profond de retrouver sa petite géographie familière. Aller à Paris, métropole si fourmillante visuellement, si riche en décors historiques et puis, au retour, éprouver le bon grand bonheur de retrouver son monde, ses vues, ses familiers contours du quartier où l’on vit, adopté. Même chose si tu vas à Londres, tu as vu les berceaux de tant d’histoires nous concernant souvent tant de monuments célèbres mais, revenu chez toi, c’est la très grande satisfaction. À Rome aussi, tu peux voir les antiques sites du temps d’un vaste Empire disparu, des trésors architecturaux fabuleux, et, revenu at home, tu te sens si bien, si heureux.

Ma parole, le vieux poète, Louis de Ratisbonne avait donc raison ? On lisait : «  Nulle terre n’est si douce que la terre où nos sommes nés ». Faut le croire ? Et mon grand Dostoïevski, exilé un temps, qui déclarait « qu’il n’y avait pas pire malheur que d’être apatride ». Vrai aussi ? Mon fier camarade, Dany La ferrière —Prix Médicis à la boutonnière— ne cesse-t-il pas de gratter son grave bobo haïtien ? La fuite. Enfin, le soir restant chaud, on s’attable au «plus que parfait » Petit Italien et on a vu Martineau-l’excellent-tireur-fou (et franc) en actualités qui minaudait avec une belle enfant, pas loin, Pierre-Karl Péladeau, lui aussi avec une jolie fillette, et tous les passants, rue Bernard, souriaient à cette inattendue pause d’avant les neige

« ALEXIS, VIANDE À CHIEN ! »

      Dans la saga « à n’en plus finir » de Grignon, Alexis symbolisait la liberté. Le beau gars qui plaisait à l’épouse « vendue » par son père. Un autre Alexis, auteur et acteur, élevé en petit bourgeois « bien propre sur lui » dans Outremont, élève d’une école (Querbes) avant-gardiste, tournera moins mal. Je lisais une entrevue de Nat Pétrowski et j’en apprenais. Sur le fils Alexis,  pas sur mon Tit-Louis, son papa, camarade radiocanadien des années soixante.

     Alexis Martin, surdoué pondeur de « Matroni et moi », une excellente pièce, moins bien sur film), s’ installa dans la maison de sa jeunesse. Il hésiterait à nettoyer le tombeau du papa mort. Qu’il fasse vte le ménage pour mener à bien son premier bouquin. Il racontera et son père -un des reporters emeritus de la SRC- et les débuts de la Révo tranquille, a-t-il confié à Nathalie. J’ai très hâte de lire cette biographie.

      N’est-il pas étonnant que les changements libérateurs au Québec aient eu comme vigoureuse source (des débâcles) un corporation d’Ottawa ? À vocation fédéralisante ? Le fier Pet (d’Outremont lui aussi ) voyait notre normal nationalisme comme la pire « plaie d’Égypte ». Il criait, hystérique et plus menaçant que mille Harper) : « On va mettre la clé dans cette boîte qui est un nid de séparatistes ! » Un nid ? Euphémisme !  On peut le dire maintenant qu’on a vidé Radio-Canada de ses employés, que tout le monde ou presque est « à la pige ». Et donc fragilisé, « dehors » les syndicats ! Admettons-le camarades :le  Réseau français de Radio-Canada n’état pas « un nid » mais un foyer sur actif de méchants nationalistes. La bête noire de Pet. Duplessis sa marotte était les « méchants » communisssses ». Deux frères au fond. 

      Alexis Martin, en racontant le brillant journaliste Louis Martin, son père, en viendra forcément à raconter l’arrivée des années soixante et son beau cortège de libération dans mille domaines. Voilà donc l’Alexis, ex-gamin choyé, qui va se passionner pour le théâtre. Une existence de risques. Il va se lier et s’associer Robert Gravel qui fut un fameux animateur (fondateur de la LNI). Gravel n’a pas connu, comme Alexis, l’école branchée d’Outremont, il venait d’Hochelaga-Maisonneuve et y installer un théâtre très québécois.Quand Alexis, jeune angoissé, se réfugiait dans les livres du grand Tolstoï, Gravel s’adonnait à ses chers « jeux-de-société » et jonglera à sa future dramaturgie qui sera étonnante. J’ai vu toutes ces pièces (pour nous identifier) dans son ex-caserne de pompiers… loin d’Outremont,  où officie Alexis désormais… « officie » parfois en exotismes assez loin de l’identitaire.

     Le Radio-Canada du journaliste Louis Martin fut de la fondation de nos luttes de libération. Tout autour,  quelques collabos couards mais aussi des résistants clandestins. Certains imprudents furent jetés. Comme un Gérald Godin un Louis Bourdon, un Norman Lester récemment. Paradoxalement cette radio-télé publique, (mal) guetté par l’État fédéral a fait naître le Québec moderne actuel. ET, comme d’autres, Pet fut cocufié.