Le lundi 31 décembre 2001

1-
Oh le beau lundi matin! Que de clarté, que de beauté! Hier soir, bonne bouffe aux moules, rien de lourd, pourtant la nuit dernière, un cauchemar curieux!
Ce rêve noir :
La compagne de mon fils, Lynn, semble avoir la garde d’un poupon. Elle l’a confié à un voisin. Je vais examiner la pièce voisine où se trouve ce gardien du bébé, un voisin de Lynn ? C’ est un type louche. Il ressemble à l’éditeur Brûlé, crane rasé. C’est fou Je rencontre en vain, il ne parle pas, sourit par en dessous, bonhomme aux manières suaves et au regard oblique
Je préviens alors Lynn que ce bébé devrait lui être retiré rapidement. Elle a des doutes sur mes frayeurs. Et résiste.
Des voisins, punks, sont enragés de mes suspicions et me font des menaces voilées. L’un ressemble à l’acteur Guildor Roy, l’autre au chanteur Paul Piché. Moqueries et gestes triviaux à mon endroit.
Je continue, alarmé, de prévenir Lynn au sujet du bébé en danger. Un poupon aux allures misérables, je l’avais noté! Résistance de Lynn encore. Me juge catastrophiste!
Nous voilà en voiture.
On roule, je ne sais vers quoi, vers où ? La discussion se poursuit au sujet du bébé en péril. Inutile.
Les types louches me réapparaissent et sont encore plus menaçants! Ils nous croisent à une station d’essence. On poursuit notre voyage Bizarre impression d’ une excursion codée, dont la signification, la destinée, m’échappe.
Soudain, une voiture de policiers nous fait signe de stopper. Un agent à la portière prévient Lynn :  » Il y a eu un accident. Ils sont tous morts, ma pauvre petite madame! Vous venez de perdre votre famille.  » Stupeur de tous. Raymonde pleure à chaudes larmes.
Lynn sort de l’auto comme assommée, et tombe au sol, comme inanimée. Je sors en larmes, je veux la prendre, la ramasser mais elle est devenue une poupée de chiffon. Inerte. Toute molle. Semble être transformée en une naine! Irréelle quoi. Ma stupeur! Je me réveille en sursaut.
Fin.
Eh b’en! Pourquoi donc ne pouvais-je l’étreindre contre moi pour la consoler ?
Je vais noter ce cauchemar dans mon bureau car je sais qu’on oublie souvent un rêve au réveil. Je retourne au lit. Crainte d’un signe prémonitoire, merde!
Je téléphone à Lynn ce matin pour lui parler de ce songe bizarre et de lui recommander de monter ici, demain, Jour de l’An, en conduisant avec prudence. Elle rit et promet. Daniel aussi.
2-
Hier soir, dimanche, embarras à la télé : un vieux film d’Hollywood de Mankievitz (ortho ?) avec Gielgud, James Masson ‹jouant Brutus, intime et poignardeur de César qui dira avant de crever :  » Tu quoque filii ? « ‹ et un Marlon Brando tout jeune. Shakespeare à l’affiche, rien de moins!
 » Julius César « , rien de moins.
On y va mais c’est, comment dire  » hollywoodien « . Et il y a après une demi heure, une émission spéciale sur André Malraux à TV-5.
Pauvre Bill, pauvre William, il s’est fait battre chez nous par le Malraux. Surprise!
C’est Bernard Pivot, pourtant retraité, qui mène ce spécial-Malraux. Le biographe de Malraux, Lacouture, est à une des fauteuils. Seul, il sera critique pour le Grand homme, rappelant le congédiement brutal par Malraux, ministre de la culture gaullien, de J.-L. Barrault qui s’était rangé avec ferveur avec les jeunes révoltés en mai 1968. Indiquant aussi que Malraux au pouvoir, bien-aimé du Général, avait été sage, et trop timide, n’exigeant pas grand chose en fin de compte pour oser intégrer la culture aux domaines importants, dont celui de l’éducation. Certes, il a loué ces Maisons de la culture instaurés par lui.
Tous les autres sont tombé dans l’hagiographie unanime :  » Malraux. Quel personnage étonnant, parfait. Foglia exagère en publiant, samedi matin :  » Malraux un monstrueux sale con « !
Ouow, les moteurs!
On a pu voir quelques extraits des discours frénétiques de ce personnage hors du commun. Fascinants.
Pris par  » La maladie de Tourette « , Malraux avait des tics, un débit saccadé. Cela le conduisait à ce style  » inspiré « , quasi-névrotique.
Voilà donc un jeune autodidacte ‹il avait pas même son diplôme de secondaire 5‹, et jeune romancier respecté des transformer en un étonnant  » missionnaire de l’art universel « . Sa mémoire phénoménale, jointe à sa capacité de faire des liens étonnants entre l’art de tous les siècles, fit de Malraux un expert mondial en symboliques iconographiques, absolument déroutant et bien souvent merveilleux.
Souvenir : vers 1965, grande réunion, dans l’auditorium, profs et élèves. Sur la tribune, le ministre Malraux est à mes côtés à cet Institut des arts appliqués où, contractuel, j’enseigne l’histoire de l’art moderne.
Le voilà, généreux, qui dit :
 » Mes amis, j’annonce, très officiellement, que, désormais, toutes nos collections nationales de tapisserie seront mises à votre entière disposition, ici, à Montréal.  » Me voilà offusqué car nous appelions sans cesse nos jeunes à la création originale, au design contemporain. Quoi ? Ce vieux schnock offrait des antiques modèles à copier pour l’inspiration de nos élèves. Je veux donc rétorquer et je le dis à mon directeur, J.-M. Gauvreau, mais ce denier me fait comprendre, et raidement, que je devais me taire face à l’auguste visiteur.
Je me tais et je ronge mon frein.
J’étais trop jeune pour admettre, comme le disait si justement Malraux, que rien ne se pense de rien, que rien ne se crée de rien, que ces images patrimoniales pouvaient allumer des idées novatrices.
Oui, de la télé qui nous captive. Si rare, si rare hélas!
3-
Ce n’est pas aux USA, ni ici, nulle part, qu’on pourrait entendre ‹comme à cette émission sur Malraux ‹ un vieux routier  » emeritus  » en culture, un courtier en art, un certain M. Renaud, proclamer que l’utopie, oui, l’utopie, doit être mise au dessus de tout dans une vie, montrée comme une valeur primordiale!
Le voir se faire applaudir très fort par un auditoire enthousiasmé de ces propos, c’est réconfortant pour l’avenir de ce pays.
C’est aussi cela, la France.
Ce matin, dans Le Devoir, le sociologue-toujours-prêtre, Grand’maison de Saint-Jérôme, rejoignait les propos du Malraux cherchant dans les créations antiques comme modernes, des mains imprimées des grottes jusqu’à Picasso, l’immuable, le transcendant, la mort comme signe obsessif. Ce chanoine théologien  » se méfie  » des religions, dit-il. Oh!
Il constate aussi la confusion actuelle, l’absence de valeurs, de repères, il a étudié la perte de sens de nos existences de consuméristes, ici, le manque de discernement, l’absence du sacré, des notions de  » bien et de mal « . De là, dit-il, tant de suicides de jeunes. Il a raison.
Quoi faire ?
Dernier jour de cette année, aujourd’hui.
Quoi faire ?
Ah, ce sentiment d’impuissance chez les inquiets comme moi! Changer dès 2002, oui, oui, mais comment? Agir, collaborer à un renouvellement des mentalités. Au moins autour de soi. De quelle façon ? Ne pas vraiment vouloir jouer un rôle de chef, de  » pasteur « , d’entraîneur, voilà le hic.
Manquer de générosité ? Le lot commun, non ? Trop aimer ses conforts. Trop préserver son petit bonheur. Eh oui, ce fut si difficile d’avoir gagné un peu de sérénité, alors, pas grande envie de plonger dans le désarroi généralisé et tenter de se transformer en réformiste actif, militant.
Voire politique.
Ainsi, sur la place publique, plein de politiciens rapetissés volontairement et qui ne font que gérer une sorte de stabilité économique. Peuple, vous nous donnez tant en taxes, nos vous rendrons cela en services essentielles : machines administratives en éducation, machines bureaucratiques en santé. Le restant pour soutenir les jobs en subventionnant les entrepreneurs audacieux.
C’est comme cela partout dans les pays industrialisés.
4-
Étrange : je viens de terminer ce  » Écrire « , pour la collection de V.-L. B., et je condamne le Salon du livre de Montréal où nous sommes  » les pauvres  » de cette place publique (à part Sogides et Seuil-Boréal). Ce matin, dans une lettre ouverte audacieuse à  » La Presse « , le riche éditeur ‹surtout de manuels scolaires‹ Marc-Aimé Guérin (aux librairies du même nom) explique à la directrice u Salon de Montréal, Francine Bois, avec une franchise rare chez ces industriels du commerce du livre, qu’il a fait de l’argent cette année mais qu’il en ferait bien davantage en novembre prochain si le Salon de Montréal imitait le Salon de Paris : c’est à dire, espace minime aux éditeurs étrangers. Il demande aux médias de ne parler alors que des  » produits-livres québécois. Comme fait Paris. Il achève par :  » en 2002, une première dans l’histoire du Québec, un Salon du livre limité aux Québécois!
Hum!
Comment réussir à renverser ce colonialisme enraciné à Montréal depuis si longtemps ?
5-
Promenade rituelle aujourd’hui, malgré le soleil enfui ?  » Non, dit Aile, trop de préparatifs pour fêter le nouvel an, demain!  »
Bon, bon, j’irai seul. Aile refuse mon aide.  » Tu pourrais me nuire plus qu’autre chose!  » Je me souviens alors de ma Germaine de mère :  » Allez-vous en de dedans mes jambes! Tenez-vous loin de la cuisine, attendez au salon, je vous ferai signe  » Toujours donc ce  » domaine  » réservé ? Pourtant, samedi soir, rue Clark, c’est l’homme, le mâle incapable, Jean-Guy Sabourin, qui régnait aux fourneaux, sa compagne Diane, bien contente de converser librement avec nous. Un sentiment curieux m’habite : je suis, je reste, de la vielle engeance encombrante aux femmes, celle qui est impotente en cuisinerie des fêtes!
Bébé ? Soudain, plus tôt, je sors de la cave un boîte de guirlandes dorées et, avec ma brocheuse, je les épingle aux quatre coins de la maison. Cela pour ajouter à l’ambiance de mon sapin de Noël fait de trois branches de cèdre avec lumières et oiseaux blancs aux ailes de coton.
Bébé ?
Aile alors :  » Bon, on profite que j’étais au supermarché pour répandre partout des miettes de dorure ? Va falloir re-sortir mon aspirateur ?  »
Maudit, les femmes
Avant d’éteindre le clavier, je regarde sur mon babillard de liège cette photo  » courriellisée  » par un correspondant, celle d’un taudis de Ville Jacques-Cartier du temps de mon conte de Noël à CKAC. La misère ? L’envoyeur m’écrivait :  » Nous étions heureux dans cette bicoque tout de même  » Pas de lumières de Noël, pas de guirlandes dorées, pas de cadeaux rien pourtant, sans doute.
Le bonheur c’ est quoi, ce sera quoi pour 2002 ? De l’amour. Rien que cela, la chaleur de l’amour. Ne jamais l’oublier.

le jeudi 20 décembre 2001

1-
Première vraie neige hier soir, tard. Lumières clignotantes dans la rue. Par la fenêtre, je vois armada miniature; déneigement déjà ? Je vois une masse métallique sombre stationné au bord du trottoir, charrue fixé, ronronnement du moteur, grondement sourd, grosse bête qui va bondir, des phares, des clignotants jaunes et rouges, sur les côtés, sur le toit, lumignons dans la nuit. C’est joli, reflets dans mes cèdres saupoudrés d’ouate. Me sens comme Truffaut dans « Close encounter… » fasciné, ébahi. Grand bébé, vieil enfant !
2-
Aile se lamente hier: « Noël: un commercial à n’en plus finir ». Vrai. On s’adapte en rechignant.
Les cadeaux ? Mon Dieu, à qui, et quoi offrir ? Je fais des chèques depuis des années. Ainsi, leurs choix, de l’argent quoi, aux deux enfants et aux cinq petits enfants. Facile ? Oui, paresse? je sais bien. L’idéal ? Y réfléchir, questionner subtilement, observer amoureusement et puis surprendre. Mais c’ est plus compliqué. Oui, paresse. J’ai un peu honte.
Aile et moi, une vieille entente de jadis, jamais de ces cadeaux rituels aux Fêtes. Non.
Le cadeau puisque « chaque jour » est une fête, un Noël, vrai pour des amoureux: Aile, elle-même, le plus beau des cadeaux. Pareil pour elle. C’est Aile qui le dit.
Que d’elles, que d’Ailes hein ?
3-
Lu en attendant d’entrer au magasin de « l’école des chefs » ‹poulet farci, canard, tourtière‹ « À ce soir » de Laure Adler, vue au canal TV 5 au « Cercle de minuit ». Fini de le lire vers 20 h, après souper. Laure a perdu un petit garçon, Rémi, vraiment tout jeune, deux ans ?. Une sorte de pneumonie fatale, mystérieuse. À ce soir raconte le douloureux souvenir de cet été effrayant où elle et son compagnon de vie vont et viennent sans cesse à l’hôpital pédiatrique à Paris. Un livre certes émouvant mais mince. Un faux 250 pages, c’est gonflé. Pages blanches, espaces larges. Raymonde a pleuré en le lisant avant moi. J’ai été touché , le sujet est si triste: la mort d’un enfant. Pas bouleversé. Adler y est sobre, c’est bien, trop pudique…pas de générosité, dirais-je. Elle file tout droit, dans ses larmes, sa détresse et nous accorde bien peu d’informations. Sur son travail, sur elle, sur « lui », sur l’enfant condamné, la gardienne, etc. C’et écrit avec art cependant, avec des trouvailles littéraires bien amenées. On y trouve aussi des infos terribles ‹ses crises de fureur face à ce désordre hospitalier, oh !‹ sur le monde médical. Oh mon Dieu, c’est donc partout pareil , les urgences…lentes, les médecins froids, pressés, distraits…Misère !
4-
Un père Noël du Complexe Desjardins raconte à « Montréal, ce soir » les gens pressés, les parents à la course, le temps qui court, vole…Un vieux bonhomme étonnant. Je questionne Aile: « Toi, tu y as cru longtemps au bonhomme de Coca-cola ? » Sa réponse: « Non, un jour, veille de Noël, je dépose ma poupée au pied du sapin et je dis à ma mère, « je veux que le Père Noël sache bien que j’en ai déjà une, que j’en veux pas deux, qu’il doit m’apporter autre chose ». Ma mère dit:  » Voyons, inutile, il le sait bien, il sait tout ». Alors j’ai compris que c’était impossible cette mémoire pour des millions d’enfants dans le monde, que ma mère mentait. Et j’ai cessé ainsi d’y croire. J’avais quatre ans ? »
Elle me questionne et je découvre que chez nous, pas de bonhomme Noël, il n’existait pas. On n’en parlait même pas. C’est bien, non ? Mon père ne parlait que du petit Jésus et installait sa crèche compliqué dans la fenêtre du salon où il n’y avait jamais de sapin. Que cette crèche élaborée. Comme je le raconterai demain matin à CKAC, il y avait l’énorme sapin décoré chez mémeille Jasmin la riche veuve. Une splendeur à nos yeux, son sapin.
5-
On a viré le gras tribun démagogue, André Arthur, à Québec, pour le remplacer par l’ex-mairesse de Sainte-Foy. Dans la rue, un très jeune questionné m’étonne agréablement à la télé hier: « Le monde des médias me surprendra toujours et je veux pas trop m’en approcher pour pas troubler ma quiétude ». Paf ! De même, d’une seule « fripe ». Soudaine belle espérance en la jeunesse d’ici s’ils sont nombreux de cette farine.
6-
L’auteure de « Putain », Nelly Arcand, un pseudo, veut faire machine arrière subitement ! La Presse de ce matin publie son long plaidoyer très pro domo : « je ne suis pas ce que l’on pense ».
Quelle connerie. Elle a écrit sa confession-analyse au « je », elle a minaudé aux interviews, genre: c’est moi et c’est pas moi. » Voilà qu’elle tente à cette heure de passer pour innocente de son écrit. Franchement !  » Je suis pas putain », clame-t-elle et une photo énorme la montre, nombril à l’air, faisant le jeu de ce qu’elle condamne:  » la marchandisation du corps féminin. Paradoxe, contradiction, trop tard pour sortir d’une confusion qu’elle a entretenue bien commercialement. Nelly est-elle sotte ?
7-
Paraît que « Tourism », prochain film de Lepage illustrera le monde des « corps » en vacances dans des « clubs ». Ah ! La sauce-Ouellebec (« Plateforme ») s’allongerait donc partout. On verra bien. Vision toute autre ? Je viens de lire « Hauts lieux de pèlerinage »(Flammarion), plein d’ilustrations qui vont de ce fameux Saint-Jacques de Compostelle (à la mode ces temps-ci dans le milieu des artistes) jusqu’à Fatima, Lourdes, Notre-Dame de la Salette, etc. etc. Images étonnantes, texte niais et fade (Martineaud et Moreau). Papa aurait aimé lire et voir ces reliques, vieux os, crânes, « le nombril de Jésus », oui, oui, le c¦ur du curé d’Ars et autres facéties d’une religiosité imbuvable. Un monde carnavalesque stupéfiant. Un commerce à indulgences éc¦urant. L’exploitation des infirmes, des malades, des désespérés. Laure Adler raconte dans son « À ce soir », son recours aux dévotionnettes et même aux médiums, sorciers,
pratiques occultes, etc. Un très bon passage de son livre . Elle en a honte mais elle dit bien qu’en état de désespérance, tout devient un secours plausible. Tristesse. Et je dis à Aile: »tu sais, toi gravement condamnée , ma foi (!), moi aussi, j’irai à Fatima, à Lourdes. La confiance, la foi totale, sincère, peut faire changer un métabolisme et, parfois, guérir, non ? » Elle reste songeuse ! Le livre raconte aussi Rome aux 365 églises-à-reliques, Jérusalem aux « lieux » évangéliques sur-exploités, pour touristes chrétiens ! Curieux: plein de vierges Noires (Éthiopiennes ?) dans maints lieux de… pérégrination. Marie en négresse ! Bizarre non ? Renan, Taine, d’autres laïcistes affirmaient: « l’ouvrage du démon ces piéticailleries ! » Les réformistes protestèrent aussi, bien sûr face à tous ces papes complaisants du « marketing » primaire religieux. « Le nombril de Jésus » Non mais…! On a parlé jadis de son « saint prépuce » !
8-
Je ne cesse pas de lire, livres et revues françaises, sur les dangers du racisme., J’y voyais une sorte d’obsession. Je prends conscience maintenant (autres livres lus) que l’élite ‹écrivains, intellos, journalistes, profs‹ française a très mauvaise conscience, une lourde honte collective, face aux tolérances de l’antisémitisme ardent de (pères et grands-pères) la France d' »avant » et de « durant » l’occupation des Allemands nazis. C’est de cela, de ce poids accablant sur la conscience nationale, qu’elle parle sans cesse au fond. Idem sans doute, en pire, en Allemagne.
9-
Mon tit-Paul Buissonneau, vieux stentor toujours énergique, hier avec Claude Charron à Canal Historia, que je regarde très souvent Paul raconte La Roulotte des parcs à ses débuts et dit de moi: « Eh oui, Claude était mal pris, jeune chômeur…il est venu m’aider aux costumes, aux décors… ». Eupéhmisme: son théâtre ambulant m’a aidé de mille façons. C’était une « école » de vie, de générosité, d’initiation au monde réel, ces enfants-en-ville, l’été, privés de rêves, d’images.
10-
Minou Pétrowsky, mère de Nathalie, à Cbf-fm, démolissait complètement le film « Le Seigneur de anneaux ». À l’entendre, m »explique Aile, c’est un navet, que des bagarres, des effets agressifs, des truquages infographiés , des décors-maquettes trop visibles, bref un film stupides, des guerroyages sans fin. Eh b’en, cela avec une fortune colossale. Les ados du type de mon petit-fils, Simon, amateur de moyennâgeries chevaleresques vont-ils, eux, mieux apprécier. Je le questionnerai au Jour de l’an.
11-
Christiane Charette à sa dernière performance…patate, le vide, l’échec ! Embrouilami avec le « cantiqueux » sympa Desjardins… Platitudes soporifiques avec l’acteur exilé à New-York, Lothaire Bluteau tot mélamgé, confus à l’extrême, et « song in english » avec un Comeau sérénadeur venu de Bathurt au New-Brunswick… Une heure plate. Hélas. Toute la saison, Charette a su faire voir des mélanges d’invités formidables. Dommage pour hier soir, un adieu ennuyeux !
Quand je bloc-note sur télé, comme ici, ça me rappelle tant de topos livrés à CKAC, à CJMS si longtemps, et à CKVL à la fin, où je devais forcément regarder tant d’émissions que… je ne voulais pas voir. S’imposait naturellement cette revue des « populaires ». J’en avais mal au ventre parfois devant ma télé. En bout de piste, virage et ce fut la série « La moutarde me monte au nez » avec Marcotte et du plaisir, des farces et des coups de gueule, très ad lib !
C’était, il me semble , dans une autre vie tout cela !
12-
Descôteaux ce matin dans Le Dev qu’il dirige: « Esprit libre et Droite, ça ne va pas ». Bien raison.
John Saul, la queue-de-veau de la Vice-Reine actuelle, à Ottawa-colonie, publie des propos contre Bush, contre les USA, peuplé d’ impérialistes plutôt responsables de la haine musulmane…Oh, oh ! L’éditorialiste recommande à Chrétien, qui défend un peu la liberté d’écrire de sa queue-de-veau, de se porter aussi à la défense des journaux de Can West, du gang-Asper de Winnipeg, mais…dit-il, ce sont des « amis » ¿entendre puschers de fonds électoraux‹du parti libéral fédéral. Oh !
13-
Foglia et moi ? Comme on dit « sa moyenne au bâton » est fameuse. Je le lis, comme tant d’autres. Il ennuie rarement. Je l’envie, je ne suis pas jaloux. J’ai déjà eu ce bonheur de chroniquer librement au Journal de Montréal (1971-1976), un fonne vert ! Ce matin: l’anglais aux écoles mieux appris quand plus éduqué. Vrai. Et bang ministre Legault ! Mon cher magasin Baggio, en « petite Italie », j’en cause dans « Enfant de Villeray », ferme ses portes. Comme Foglia, j’y achetais mes vélos et ceux de mes enfants. Ce sera une boutique de linge. Eh !
Il livre ensuite un témoignage d’un écolier de Vaudreuil à la fidèle mémoire pour un prof hors du commun. Toujours fascinant cette gratitude (voir m a part de reconnaissance avec ce « Je vous dis merci », frais arrivé en librairie ! Oui, plogue ! Des profs oublient l’influence déterminante qu’ils peuvent avoir sur des jeunes…quand ils sont capables. Enfin Foglia parle musique rock de sa jeunesse et l’actuelle, avec un bon punch. Important le lunch final, comme le « spin » de départ quand tu débutes un papier publié.. la ligne de départ » d’une chronique.
14-
Lysiane Gagnon signe un billet impressionnant. J’ai connu le sujet abordé. Le centre d’accueil, les préposés débordés. Les « vieux » abandonnés. Quand la Gagnon lâche un peu sa hargne, sa haine même, du nationalisme d’ici, cet ex-compagne du patriote D’Allemagne, mariée à un bon « bloke » maintenant, montre du c¦ur et pas seulement de l’intelligence. Terrible narration ce matin, effrayante même ! Elle dit qu’ils sont 7 pour 56 vieux dans ce genre de centre de dés-acceuil ! Les bonnes s¦urs, qui étaient sans famille, libres donc, géraient sans doute avec autrement plus de compassion ces « lieux des adieux ». Le boss, si ça va mal, si un visiteur ose se scandaliser (comme à « Notre-Dame de Lourdes »), b’en, il engage un avocat et vlan: ohé ! le râleur: plus de droit de visite ! Ça vient de finir, explique Gagnon de La Presse. Honte !
15-
Pauvre Larose et son rapport timide par bouts, un peu plus audacieux pas d’autres, il vient de recvoir « le baiser de la mort ». De quelle bouche ? Le sénateur, rouge bourassiste longtemps et viré au bleu mulronéen, Jean-Claude Rivest l’embrasse tendrement de ses grosses babines « fédérates », il avance que son son rapport sur l’état du français, est une merveille ! Oh la la !
Suffit pour aujourd’hui, départ pour Monrial, pour être tôt à CKAC et y lire mon conte de Noël.
La neige fine tombe toujours sur les Laurentides. Le ciel comme le sol est de même blancheur. Grands draps étendus dans l’espace, lessive savonneuse quand l’hiver fait: « coucou ! j’y suis, j’y reste. Québécois à vos tuques et à vos pelles ! À ma brosse à neige, la Volks semble une meringue immangeable. Salut !

Jeudi, 13 décembre 2001

Jeudi, 13 décembre 2001

Hier, heure du souper, patatras !, André Dubois, producteur m’annonce au téléphone :  » C’est non !  » Fin d’un rêve. Le  » pilote  » vidéo avec ma narration de la vie de Krieghoff est refusé au canal ARTV par Jacinthe Brisebois (brise coeur va !). Déception grave ? Oui et non. D’une part, regret de devoir abandonner ce projet captivant mais! Délivrance aussi. Je n’aurai plus à fouiller les biblios, rassembler des images, rédiger la synopsis de ma narration (un gros boulot !) , trouver d’autres sujets. J’étais fin prêt cependant à raconter la vie de Marc-Aurèle Fortin que j’aime tant. Donc libération ? Oui. Retraiter, retraiter. Raymonde qui me glisse, voyant mon visage abattu :  » Écoute, lâche donc un peu. Laissons la place aux jeunes nouveaux venus. Tu pense pas ?  » Ma surprise ! Quoi ? je suis un vieux fini ? Au fond, elle a sans doute raison. Et elle déteste ‹cela lui fait si mal‹ me voir en déçu. Je sens que je vais finir en me jetant dans mes aquarelles folichons, dans la cave. À la cave pépère, à la cave !
Hier, mercredi, un peu de soleil, et puis le gris décembrien. Aujourd’hui :gris compact partout au ciel. Brume totale, je ne vois plus rien sur le lac. Que du gris laiteux. Plus d’horizon. Image un peu triste dans ma fenêtre, un jeudi fantomatique. Courriel : Georges-Hébert Germain, mon brillant questionneur pour Biographie, m’offre ses  » retailles  » d’interviews pour mes archives. J’accepte évidemment. Du stock pour mon  » ramasseur d’épaves archivistiques  » Jacques Prince, le dévoué gardien de mes papiers intimes, rue Holt, à la B.N.
Des lecteurs se diront : jasmin ne cause pas des actualités du Proche-Orient. Tour d’ivoire ? Non. Je ne rate pas les nouvelles, oh non. Étonnante constatation le matin : depuis que je suis plongé dans ce  » journal  » de Cocteau, je parcours nos deux quotidiens d’une main leste, sans y prendre grand intérêt ! Je l’avoue volontiers : la lecture  » cocteauienne  » des faits et gestes des intellos et des artistes de Paris me fascinent totalement. Les actualités me semblent fades. Je constate ma passion pour la vie littéraire (même de ces années de guerre), je vois bien que c’est la seule grande attraction de mon existence.
Lire sur Gide, Sartre, Claudel, Mauriac (que Cocteau fustige avec ardeur, culpabilisé par ses activités alors que Paris est sous la botte allemande) me captive mille fois plus que ce Ben Laden cerné, que cet Israël aux prises avec les désespérés (terroristes donc forcément ) Palestiniens. Devrais-je en avoir honte. Sais pas. Je n’y peux rien. J’achève la brique de 600 pages, c’est les alliés dans Paris, les émeutes, les  » collabos  » pourchassés (ce qui l’énerve, lui fait horreur, vu les précipitations ), c’est le Général De Gaule au balcon de l’hôtel de ville (de Paris). Cocteau va passer au tribunal  » d’épuration « . On lui reproche sa grande amitié pour le sculpteur berlinois, vivant à Paris, Breckner, un ami intime de Hitler.
Ah oui, un journal (été de 1944) épatant quand on observe cette chamaille effarante, l’anarchie totale, dans la France enfin délivrée.
Revoir en pensé, avant-hier, au soleil notre marche sur l’ex-chemin de fer. Les cascades grondantes. Les arbres nus. Les sommets mauves et gris. Vers 17 h., sommes allés, comme depuis deux semaines (découverte tardive !) fureter à ce drôle de  » magasin  » de l’Institut hôtelière (école publique, ici) où l’on offre, pour pas cher, les  » travaux  » culinaires, frais  » du jour « , des étudiants. Des journées nulles. D’autres excitantes quand  » le devoir  » du jour est une bonne cuisine, un peu grasse, à la française souvent. Canard, poulet, poisson, boeuf, porc, pâtes fraîches, foie gras, creton, pâtisseries, etc.
Raymonde inquiète de ce service, à deux rues pas de chez nous, presque gratuit, parfois délicieux, et à bon marché. Une sorte de honte insolite.
Bizarre. Comme si on allait lui arracher son pouvoir, son devoir ?, de préparer notre bouffe quotidienne. Je ne fais que les petits-déjeuners et les sandwiches du midi.  » LE  » vieux rôle féminin. Je lui dis :  » Allons, sois tranquille, tu n’as pas fait assez de repas depuis toutes ces années ? Non ?  » Elle en convient et pourtant, elle semble hésiter à se servir à ce comptoir à l’occasion formidable, y va comme à contrecoeur. Je me moque de cette  » perte de contrôle  » de la ménagère.
Avons visionné avant-hier soir, un film se déroulant de nos jours à Marseille :  » La vie facile « . Titre ironique. Une vie effrayante. Une mère, marié à un paresseux, chômeur permanent, aux prises avec sa très jeune fille, mère célibataire inconséquente, abonnée à la  » coke « . Pour l’empêcher de continuer à se prostituer, cette jeune mère qui travaille à la poissonnerie du port, lui achète sa drogue. Ira jusqu’à lui faire les injections réclamées, la  » maman  » à la dérive devenant une  » accro  » tremblante. C’est affreux. Vision cauchemardesque. À la fin, finale troublante, la mère épuisée, ruinée, endettée, lui administrera une overdose. Mort ! Débarras !Terrible vie ! On ira au dodo l’âme assombrie.
Mon fils, Daniel, me dit souvent qu’il évite, lui, le  » heavy « , les sujets assommants. Saine réaction, refus du réel ? Je peux le comprendre. Pourtant nous tenons, nous deux, à voir, constater, ces illustrations des déchéances humaines, sachant que ces histoire sont plausibles et qu’il voir toute le réalités bien en face. On se trompe ?
Hier, à la télé,  » La Traviata  » à ARTV. Filmé en direct de sites réels ‹Ambassade d’Italie,  » hameau  » de Marie-Antoinette à Versailles (visité en 1981), le Petit palais, chambre à l’Île Saint-Louis‹ bref, pas de décors peinturlurés. Orchestre avec Zubin Metha, ex-chef montréalais avant Charles Dutoit. Bon spectacle.
J’aime Verdi. Avons la cassette de  » La Traviata  » de Zeffirelli. Supérieur, à mon avis, son traitement visuel.
Cette histoire mélo, cul-cul : la courtisane (call-girl mondaine) tombée amoureuse d’un fils de famille. Oh ! Le papa, noble et digne, qui s’oppose. Le sacrifice accepté de la putain de luxe. Elle quitte Alfredo. Larmes. Beaux chants lyriques. Humiliation de la  » guidoune  » du jet-set par un fiston se méprenant. Grand aria ! À la fin, musique maestro !,  » l’escorte  » à l’agonie qui retrouve ce fils à papa, repenti, s’excusant. Trop tard ! Chant de douleur. Elle meurt. Rideau ! Belle musique ancienne, oh oui ! J’arrive donc pas à aimer le bruit actuel, la musique rock, l’Afrique défigurée, le jazz grossier des tintamarres à la mode.
J’achèverai de lire ( finir le Cocteau d’abord) de l’autobiographie de Simonne ( deux n) Monet-Chartrand, que j’ai un peu connue jadis à Radio-Canada. Beaucoup de correspondance ‹des lettres amoureuses et pleines aussi de reproche fondés‹ avec ce Michel Grande Gueule, toujours absent, hélas. Qui bourlingue pour syndicats et coopératives à installer. Grosse famille. Misère même pour cette fille de juge. Cette ex-bourgeoise qui tente de comprendre le monde ordinaire. De passages importants. Des chocs. Une existence difficile.  » Ma vie comme rivière « , tome je-sais pas- quoi, illustre un temps mauvais. Craques et piques fréquentes de madame Chartrand face aux duplessistes roublards, aux curés bien cons. Capable aussi d’autocritique. J’en étais sorti avec cette question : un père de famille, tout  » preacher  » de gauche soit-il, a-t-il le droit d’espérer aider son prochain tout en oubliant, en négligeant gravement, les siens ? Oh !
Ce matin même, à la radio bazzoienne, ce Chartrand, veuf, gueule encore. Il dit :  » 43 % des gens d’ici vivent dans la pauvreté.  » Eh ! Puis, j’ouvre le journal :  » le Québec, moins généreux du Canada pour l’aide aux pauvres « . B’en !Évidemment 43 % ne donnent pas, ils attendent de l’aide. Statistiques toujours connes ! Même lecture : on va nommer un poète de l’État ! Oui, oui ! À 500 dollars par semaine à Ottawa ! Je rêve ?
Ça parle de Cohen ou de Houston ? Non mais ! Je rêve ? On dit que cet Orphée étatisé rédigerait de belles compositions pour les événements marquants. Exemples donnés : un autre  » 11 septembre à New-York « , la visite d’un Nelson Mendela Etc.
Voyez ­vous Hugo, Baudelaire, Apollinaire, Rimbaud ou Verlaine en poètes officiels, à Paris, écrivant pour chanter le augustes visiteurs étrangers ? Ou bien Nelligan, Miron, Brault ?
Paraît qu’aux Usa, ils ont cela, un poète d’État. Sacré monde, je vous le dis !
Aujourd’Hui, jour de guignolée chez tous les médias réunis. Concert rare. Hier soir, Raymonde, grand coeur, toujours généreuse, me dit :  » Pis ? Nous deux ? Quoi faire ? Un sac, un panier ? Où aller le porter ?  » Je dis rien. Ma mère, sa crainte affreuse de la St Vincent de Paul. De la charité publique. Même si on manquait de tout parfois. Son orgueil. Sa fierté. Elle fricassait les restes des restes plutôt que d’aller mendier à un comptoir paroissial. Je lis aussi :  » Faudrait mettre, ce matin, dans nos paniers aux pauvres une bouteille de vin, pas seulement et toujours les victuailles de base !  » Je suis très songeur ! Est-ce que je tiens de ma mère ? Chaque fois que j’entends parler, par exemple, d’enfants qui n’ont rien pour le lunch du midi à l’école-garderie, je n’ai pas envie de courir avec un beau petit panier, pas du toit, non, j’ enrage et je fulmine, je gueule contre nos gouvernants et leurs dépenses à la con. Je jure que je suis prêt à payer davantage de taxes, et en impôts, pour soulager ces miséreux. Les plus taxés du continent nord-américain, nous, sont écoeurés de l’Impuissance endémique gouvernemental. Et puis je lis que le Européens, les Français en particulier n’aiment pas donner à des oeuvres charité, qu’ils exigent plutôt meilleur partage des richesses organisé par l’État. Ah, je (nous ?) suis européen. L’article affirme que chez les anglo-saxons, aux États-Unis surtout, le mécénat privé y est florissant. Mentalité autre ! Que des richards donnent volontiers à des Fondations caritatives et souvent refusent d’aider les proches, des parents mal pris !
L’écrivain Ferron, lui, parlait souvent du devoir sacré d’  » établir  » ses enfants. Mentalité européenne ? Si on veut. Riche ‹ les années de  » téléroman « ‹ j’ai épargné pour  » établir  » mes deux enfants. Oui, un devoir messieurs les radins, les pingres, les égoïstes.
Dérives des extrémistes des deux côtés des barricades :nous apprenons ce matin que deux  » Étatsuniens  » ( faut plus écrire Américains, nous sommes de trois amériques. Tous, des Américains), deux juifs, préparaient des attentats aux explosifs contre des Étatsuniens d’origine arabe, en Californie. Guerre de l’oeil pour oeil;, dent pour dent, bien judaïque. Mais quoi en commun entre ces juifs californiens, confortables, et ces déplacés en Palestine miséreuse ? Eh !
Raymonde revient du marché et a loué encore un film recommandé, trois étoile et demi ! Une histoire bizarre sur un travesti allemand, chanteuse de cabaret. Pour ce soir. De plus en plus, notre harassement total devant les incessante publicités criardes. La télé harcelante et si grossière, si racoleuse, si démagogique, Radio-Canada comme Télé Québec.
Pour vous en débarrasser :louer des films. Moins de quatre piastres pour la paix. Bonne solution. Je supporte de plus en plus mal ces criages de produits divers pour consuméristes compulsifs et névrosés qui aiment bien, eux, ces marchands à toute heure du jour. Bêtise. Mépris encouragé par les détenteurs ‹temporaires‹ de nos ondes qui sont publiques. À quand un vrai bureau de surveillance, pas ce CRTC mollasson. Les pubs avant et à la fin d’une émission, jamais pendant. Surtout jamais avoir le droit de coupailler un film. Seul Télé Québec a du respect pour le cinéma. On en voit de ces gueulantes mercantiles jusque sur les canaux spécialisés, au début, hypocrites, moins mais maintenant de plus en plus, Canal D, Historia, ARTV même. L’horreur du magasin général grand ouvert dans la demeure privée des citoyens ‹qui vont payer plus cher les camelotes publicisés, car ces annonces font grimper les prix forcément. Insupportable !
La noirceur. Je monte écornifler les  » devoirs  » des élèves en cuisine !

LE PROFESSEUR LAROSE EN VISIONNAIRE

Monsieur l’éditeur,
Dans son mémoire à la CEGSALAF que préside un autre M. Larose, au nom de l’UNEQ et publié dans Le Devoir du lundi 26 mars, le professeur Larose dit d’abord qu’il est pour la vertu et contre le vice. Original ! Il fustige par exemple  » le populisme démagogique  » des  » linguistes nationalistes  » et des enseignants en faveur du joual. Ensuite, son mémoire veut nous entraîner dans un domaine disons enchanté! Féerique ! Il écrit :  » nous sommes des Anglais  » (sic),  » des Américains aussi  » (sic) et que nous devrions enseigner et produire des textes (télévision, cinéma compris) sur le passé glorieux de pionniers ne craignant pas de naviguer jusqu’au fond de cette Amérique sauvage ! Il dédaigne nos audacieux républicains québécois, ‹les Patriotes, de 1830-1838 ‹ il dit :  » glorieux mais patibulaire « .
Larose en a assez (et l’UNEQ aussi sans doute) du rapetissement historique. Diable ! Avons-nous vraiment perdu en 1760, nous sommes-nous fait coloniser par Londres, colons abandonnés par la France et puis ensuite, assimiler, oui ou non ?, en Manitoba comme en Ontario et ailleurs ? L’auteur du mémoire de l’UNEQ souhaite une sorte de révisionnisme de notre histoire. Il sombre alors dans un néo-messianisme aussi illusoire que celui des  » curés  » du dix-neuvième siècle qui voulaient le triomphe canadien français catholique d’un océan à l’ autre. Une fierté artificielle, négationniste de la réalité historique des nôtres. Et cette farce combattrait le créole et améliorait la langue parlée et écrite? Franchement Larose !

Poèmes et romans en joual voulaient illustrer avec lucidité dans  » quel trou nous étions tombé collectivement  » (dixit Réjean Ducharme). Ses auteurs (dont je fus avec mon  » Pleure pas Germaine « ) ne disaient jamais :  » Voilà la langue qu’il faut continuer de parler.  » Jamais ! Ce créole est devenu populaire (Yvon Deschamps, Charlebois et Cie.) par le simple fait qu’il  » sonnait  » avec force les accords profonds de notre pauvreté sociale. C’est une erreur de croire que les médias l’ auraient aidé à se répandre, le joual était là, partout, dans toutes nos rues. Larose vante sans état d’âme l’écrasement impérialiste, métropolitain, fédéraliste, des autres langues en France. Pourquoi pas alors adopter une langue mondiale, on sait bien laquelle serait élue, n’est-ce pas ? Suivez mon regard. Quoi ?  » Nous sommes anglais et américains « , répéterait-il. Défaitisme ou inconscience ? Je ne savais pas que mon union était d’accord avec la loi du plus fort.

Le prof Larose prétend que la louange des conquêtes, jusq’au Mississipi, ramènerait les enfants de nos émigrants dans notre giron. Je doute fort que le jeune Roumain, Sri Lankais ou Vietnamien soit sensible à ce  » péplum  » historique hollywoodien, cette brève saga d’avant la défaite des Plaines d’Abraham. Ces héros (La Salle, La Vérendrye, Marquette et Jolliet) laisseraient de glace le petit Québécois d’origine cambodgienne ou paskitanoise. Enfin, le dénonciateur de notre noirceur, Larose, avance que ceux  » qui ont fini anglophones  » ‹ses mots‹ ne sont pas des traîtres. Bien. Il dit et écrit à l’autre Larose :  » Ils ont eu leurs raisons.  » C’est court pour dire qu’ils ont été assimilés par la francophobie ambiante. Une réalité qui l’embarrasse. Bref cette sorte de bon-ententisme ‹ »nous sommes aussi des anglais « , s’exclame le rédacteur mandaté par l’UNEQ‹ pue son pacifisme délétère. Et s’écrier, comme il le fait, que  » notre Ministère de l’éducation démolit la loi 101  » relève de la fanfaronnade. Que notre union d’écrivains québécois endosse pareille forfaiture est d’une navrante tristesse. Notre président, Bruno Roy, devrait maintenant s’en expliquer s’il ne veut pas que le farfelu visionnaire poursuive sur sa lancée surréaliste folichonne.

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Claude Jasmin Sainte-Adèle

26 Mars 2001

MICHAUD:LA CAUSE AVANT TOUT!

Objet : MICHAUD:LA CAUSE AVANT TOUT!
M. l’éditeur,
J’ai voulu conseiller Yves Michaud en début de querelle. M. Rény de Mercier, me fit part, au téléphone, qu’Yves était, dans son salon, en grande discussion avec Jacques Parizeau, qu’il me rappellerait. Il n’en fit rien, hélas. Ce que je voulais lui dire? Ceci: »Prudence! Silence! Surtout ne pas envenimer la querelle débutante, ce qui ferait bien l’affaire de tous les John Charest et autres ennemis de notre cause sacrée, l’indépendance.
Plusieurs commentateurs ont cité mon nom en exemple dans ce genre de conflit au P.Q.
Justement. Candidat à l’investiture péquiste dans Outremont, en 1994, découvrant que la centrale du P.Q., alors rue Saint-Hubet, se questionnait sur l’utilité (le danger?) du candidat-Jasmin, j’avais donné ma démission. M. Parizeau joua le grand inquisiteur et plastronna aux « téléjournaux » qu’il m’avait « jeté », que mes idées ne convenaient pas avec l’idéologie du parti.
Des militants en colère firent parasdce aux assemblée publiques d’Outremont, clamant que j’étais « leur meilleur ». Des dizaines de demandes d’ interviews firent « rougir » mon répondeur téléphonique mais je refusai toute rencontre avec les médias. Je gardai un silence total et je m’enfuis… dans mes terres. Je savais trop bien que l’on voulait jeter de l’huile sur le feu. La cause sacrée passait devant ma frustration et les accusations folichonnes. Yves Michaud devrait se taire, s’éloigner au plus vite des troublions intéressés à semer la pagaille chez les indépendantistes.
Le « vox populi » (on l’a bien vu dans les tribunes publiques à la radio comme dans la presse) est de son côté. Cela devrait le consoler et puis, diantre! on ne meurt pas d’un blâme unanime de l’assemblée des élus orchestré par deux énervés de la « rectitude politique ». Il n’a qu’à dire qu’il s’est exprimé maladroitement et qu’il retire ses propos. Il le fera s’il a vraiment à coeur notre combat politique pour l’indépendance. Tout le monde comprendra qu’il pense ce qu’il pense (avec raison à mon avis). Ce qui a été dit a été dit. Nos adversaires vont rager de voir ce feu s’éteindre quand ils croyaient tenir enfin un bon filon (tison!) de dispute grave parmi les indépendantistes.
Qu’il m’imite, ne tombe pas plus longtemps dans le piège des fédéralistes sauce John Charest.
Claude Jasmin
Sainte-Adèle