THÉÂTRE, Ô CHER THÉÂTRE !

Comme tant d’autres aspirants— aspirant-quoi ?— dans ma cour, enfant, je montais des « séances ». Ah, se déguiser, improviser, mimer la vie par des clowneries ! Un virus car devenu jeune homme, j’écrivais pour le « Téléthéâtre » e Radio-Canada, 1- « La mort dans l’âme » sur un jeune drogué (François Tassé si bon), 2- «  Blues pour un homme averti » sur un « bum » mythomane (Jacques Godin si parfait), 3- « Tuez le veau gras » sur un « revenu de Paris » tout tiraillé (excellent Benoît Girard).

Bon. Je reviens d’examiner « sur qui » on écrit maintenant. J’ai vu.
1- « Avec Norm » sur un aliéné total ( Benoït McGinnis fantastique).
2- « Ce samedi, il pleuvait » sur quatre banlieusards amochés.
3- « La Fureur… », avec sept belles érotomanes en cages, incarnant sept Nelly Arcan, une « écrivante » surdouée, trouvée pendue, hélas.

Quand c’est bon, il n’y a rien pour battre cela, le théâtre. Tant pis pour ceux qui n’y vont jamais. Vrai aussi: quand c’est « plate » sur scène, rien de pire. Un navet sur film est moins assommant qu’une pièce ratée.

À la fin de cette « Fureur. au théâtre « Go » dimanche, sentir un terrible embarras. C’est un « show » de la brillante Marie Brassard. Terrifiante sa « cérémonie des adieux » à sept autels vitrés. Un hommage lugubre renversant en sept appartements cloisonnés, sept « cases » d’une BD funèbre pour illustrer l’obsession du « paraître » « jeune et sexy ». Voyez la part hallucinante jouée par la « disloquées » Sophie Cadieux parlant par saccades, comme électrocutée. Inoubliable !

Aller rue Chabot coin Everett, dans ma « Petite patrie », et voir se débattre ce quatuor familial tordue de St-Bruno-banlieue, oh ! Sinistres récitations revanchardes écrites par une surdouée, Annick Lefebvre. C’était un samedi soir et cette bizarre démonstration s’intitulait « Ce samedi, il pleuvait… » !

Il ne pleuvait pas ! Et allons d’abord manger. Oh ! là, à l’ombre de ma bonne vieille église italienne « Madonna della difesa » rue Dante, coin Henri-Julien. Mon bonheur de replonger dans ce quartier de mon enfance. Même rue pour faire halte à la « très » fréquentée « Pizzeria Machin ». Endroit vivant, bruyant et avec un bon chef. Raymonde et moi avons connu ce genre « resto pop », répandu en Italie, à Grosseto, en 1980, on se rapprochait de Rome. Lieu sans chichi, convivial, familial, service à bousculades, des mets servis en criant et sous un éclairage puissant. Ici c’est « apporter votre vin ». Avec « dépanneur » l’autre bord de la rue.

Après, dur pour l’estomac, rue Chabot, aux Zécuries (sic), quatre banlieusards (papa maman et les jumeaux) qui se collent à un immense tableau noir pour, avec des craies de plâtre, se tracer en contours,, comme font en « scène de crime » les policiers ! Théâtre mortifère qui lutte pour vivre. J’ai donc vu « sur qui » on rédige en 2013, par ici : trois textes captivants et je le redis, quand c’est bon au théâtre il n’y a rien pour battre ça,

DEUX MORTS TRÈS DIFFÉRENTES

Qui cogne ainsi à ma porte ces jours-ci ? Qui vient troubler la paix des vieillards tranquilles comme moi. Elle, avec sa sale gueule. Elle, la sordide camargue. Elle, et sa grande faucille de merde ! La mort. Elle, avec son lugubre drapeau noir, sa tête de crâne nue, ses os croisés. La putain-pirate des existences. Chaque fois qu’elle vient roder dans nos parages, on se hérisse et on la maudit quand on sait bien qu’elle est la loi. La loi même de la vie. Mais mourir si jeune dans le cas de cette mignonne névrosée, la petite Isabelle Fortier venue de Lac Mégantic, alias Nelly (nom de pouliche !) Arcan. Se pendre ? Se tuer ? Geste fatal, à mon avis, d’un égoïsme total. Lourd mystère pour les gens dans mon genre. Si contents, un matin, d’une modeste fleur sauvage, mauve dense, poussée dans la nuit. Ou du vivant bruissement d’une jolie mésange énervée.   

   Pourquoi se tuer ? Se taire et compatir, songer à la peine douloureuse des parents. Se tuer dans son chic appartement du Plateau Mont-Royal, tout à l’ouest, côté portugais. Cette jeune fille des Cantons de l’Est, montée en métropole, étudiante en littérature à l’Uqam de jour, call-girl sordide par les soirs, —déjà des besoins pour le bien paraître ?—qui racontera sa chute dans un roman dit d’autofiction, où elle fait des signaux un peu  incestueux à son manquant. Ce récit-roman, narré avec un bon talent, va vite s’attirer les voyeurs. De France et de Navarre. Et a fait d’abord s’ouvrir (par l’impudeur, le risque) les portes d’un éditeur parisien prestigieux. Très grand succès de librairie. « Putain » québécoise authentique, hen, alors « Tout le monde monde » en parlera. Ensuite ? Hum… ça roulera moins fort pour les deux autres pontes, « Folle », « À ciel ouvert ». Un troisième ouvrage (« Paradis… ») sortira chez un éditeur d’ici. Sujet : « suicide ». Avec le vieillissement, un sujet de hantise chez elle, disaient des amis attristés. Adieu Paris-prestige? Est-ce la cruelle loi du monde des autosconfessionné(e)s ? Oui.

     Peu après, encore elle, la mort. Avec sa faux brandie. Toujours, souvent au moins,  comme modus operandi, le satané cancer. Adieu Falardeau ! Le venu de St-Henri, le cinéaste d’occasion, madame Roy ? Il vivait un échec sans le dire, ayant tant voulu humilier et puis changer le pauv’ con, l’assimilé, l’américanisé (genre à La Presse, du Hugo Dumas ou Marc Cassivi). Son clown Elvis Gratton, si exagéré, ne faisait honte qu’à lui-même et le Québécois dominé ne s’identifia pas à lui, pas du tout, observant rassuré « pire que lui ». Échec donc. Mais il est mort en nous laissant de bons films. Certains très forts.Alors on tentera volontiers de gommer ce trio de films niais, stériles. Adieu donc insipide Gratton ! Faladeau s’en va. Pour longtemps. On a mal (mais pas le fédérat stipendié Alain Dubuc) d’apprendre que ce mal embouché et courageux cinéaste ne viendra plus nous stimuler. Même en sacrant comme un charretier, lui, un ex-élève des Sulpiciens, hon ! Sa parole de feu, sa langue sans les préciosités des lâches, des peureux, nous excitait. Si rare qu’on l’invitait partout. Les hypocrites et les timorés polis du pays sont soulagés. C’est une vaine attitude car Pierre Falardeau a fait naître par son exemple de franc-parleur et de franc-tireur, des tas de patriotes jeunes. Héritage précieux.

UNE VILLE, LA NUIT

       Ma tristesse. Une belle jeune femme, douée pour écrire, éditée au Seuil à Paris, Isabelle Fortier, venant de Lac Mégantic en Estrie, s’enlève la vie ! Tristesse infinie. Couché, j’écoutais le défilé des interminables trains de marchandise derrière ma rue tout au nord d’Outremont. Sorte d’halètement à cadence trop régulière. Dans leurs châteaux du nord, Chemin Ste-Caherine,  les grands bourgeois n’entendent pas ça. Que la chouette au chic cimetière dans leur voisinage chéri, les chanceux.

       J’était rentré dans Outremont, revenant emballé (et moins riche, c’est cher !) du très fou « concert de mots » (au Monument National). Récital surréaliste de Fabrice Lucchini. Cet acteur parisien, inspiré, lit Baudelaire, ou Rimbaud —n’importe quel auteur— de façon lumineuse. Hypnotisant Lucchini ! Lecteur surdoué de paroles chantées, criées, susurrées, jetées, crachées. Toujours envoûtant, ce bonhomme. À la fin, fracassante ovation, unanimité totale. Le comédien danse, s’incline, se redresse et parade autour de sa salle comblée. 

      Salle remplie de bons bourgeois bien cultivés. J’étais bien. Ma compagne aussi. Mes voisins d’allée de même. On y est si satisfaits, si proches des Valéry, Hugo, Lafontaine, fantômes aux divers génies, tas de citations emmêlées, la jouissance.

      Et alors on veut croire à un solide avenir national, espérer des temps encore bien meilleurs, on se dit qu’il ne se peut pas qu’avec de telles foules d’amateurs de littérature, rue Saint-Laurent, saluant bien bas ce déclamateur inouï, brillant cabotin,  bouffon très éclatant et, ici, si bien accepté, non, il ne se peut pas que notre destin soit plus ou moins fichu. Ou fragile. Non et non. Vive Québec, îlot francophone qui étonne le monde entier ( dans Le Nouvel Obsevateur de cette semaine, autre témoignage sur ce fait renversant de résistance en cet océan de 300 millions d’anglos). Nous vivrons longtemps malgré nos trop nombreux assimilés et aliénés !

      On s’est comme arraché de cette rencontre prodigieuse. Les réverbères combattent la nuit, la rue Saint-Laurent luisante de pluie tombée se forge des reflets colorés. Il faut rentrer pour écouter les battements réguliers des trains Chemin Bates ! Voici donc la vie réelle avec ses passants énervés.    

        Tantôt, au Monument, on regardait à gauche et à droite, les amants des verbes poétiques, on examinait ces figures rougies d’un plaisir rare, ces silhouettes qui trépignaient d’aise, remplies d’enthousiasme, ce monde ouvert, généreux…oui…il était bien là, notre monde québécois français, rieur avec intelligence, présent tout autour et jusque dans les balcons. Puis, soudain, dehors, de jeunes visages pauvres et tristes. Deux maigres garçons, édentés, s’offrent pour laver le pare-brise, jeunes silhouettes sinistres dans la nuit. Pourtant, tantôt, que de visages heureux, ces mines épanouies, gloussantes ! Cette bruissante compréhension du Lucchini en diseur émérite, excité génial, notre foule nerveuse, craintive d’en échapper une bribe. Bonne humeur d’entendre tant d’intelligence des mots », tant d’esprit offert, à subtilité langagière avec l’éclat fréquent, tonnerre d’orage, une tempête d’applaudissements nourris !    

       Mais, maintenant, filant vers Outremont, aux portes des bars, des discos, mal cachés dans de vulgaires portiques commerciaux, sous des enseignes anglomanes, des ados, garçons aux yeux éteints, filles écourtichées, jeunesses maquillées tristement, vêtus bruyamment. Ils fument, guettent le flux des autos pressées. L’autre Québec ? Allons dormir au son des convois de  fret !

UN RÊVE QUÉBÉCOIS: PUBLIER À PARIS

Nelly Arcand (Putain et Folle) publie ses déboires avec son éditeur parisien. Il lui refuse mordicus « gougoune », « débarbouillette », veut lui imposer « une cuite » pour « prendre un coup » et « haut débit » pour « haute vitesse », etc. La Nelly chiale, en est enragée même. Voilà qu’elle admet que 80% (je dirais 90 %) de ses romans imprimés en France se font expédier dare dare pour la vente au Québec. On  le savait. Même chose pour un Godbout. Et d’autres aussi. C’est le rêve bien connu des écrivains d’ici : « La France chose, hum ! Paris chose ! »,  la consécration « littéraire » souhaitée.       Tant d’autres rêvent, eux, à New York, un bien plus grand marché. De là tous ces prénoms in english dans de récents romans québécois et ces titres « americans ». Un  colonialisme navrant, non ? Tout récemment, des écrivains hors-France réunis braillaient et plaidaient lamentablement  : « Assez du parisianisme ! Place à la reconnaissance des écrivains francophones hors-Paris ». Ils protestaient contre le silence, la négligence envers leurs ouvrages. La non-notoriété automatique si vous écrivez loin de Paris, loin de la France. Mais oui, il y a une réalité incontournable, il y a un fait très têtu,  pas moyen d’échapper à cela : la France est un pays « bien peuplé », 55 millions d’habitants ! Gros marché. Il y a une force incontournable : Paris est la capitale des écrivains qui écrivent en français. « L’établissement » littéraire néglige les bouquins écrits hors ses « illustres murs ». Rien à faire et ça ne changera jamais.

J’avoue bien franchement, pas moins complexé que quiconque, avoir tenté parfois de me faire publier là-bas. Mais je suis un inconnu total en France, hors un petit cercle québécophile, même si je suis un des écrivains parmi les mieux connus au Québec. Une réalité irréfutable. J’ai donc appris la futilité de ce rêve : on m’aurait imprimé là-bas mais mes livres auraient été « chippés », illico, ici. Claude-Henri Grinon  écrivait jadis dans un de ses pamphlets -Valdombre, le lion du nord-« Si Louis Hémond du très célèbre « Maria Chapdelaine » avait été non un Français mais un Québécois, son fameux roman aurait été ignoré totalement en France. » Vérité cruelle, hélas !

C’est un sujet sur lequel j’aime revenir. Mais il y a des exceptions à cette règle fatale : un succès inouï se forme en ce moment pour un essai de Normand Baillargeon : « Petit cours d’autodéfense intellectuelle ». Le « rêve » se concrétise pour un des nôtres mais on va attendre longtemps avant que cela se reproduise. Vous voulez gager ?

Coup d’épée dans l’eau donc que ce regroupement de braillards ? Oui. Tenez, naguère l’éditeur Robert Laffont fit de frénétiques et risibles tentatives. Efforts qui furent vains, hélas. Ni « La corde au Cou », ni « La petite patrie », immense succès ici, ni « La sablière » (pourtant prix France-Québec) ne purent obtenir la moindre visibilité, la plus petite promotion à Paris. Pour mon « Rimbaud, mon beau salaud », très louangé ici, un respecté critique des Nouvelles littéraires, Cornevin, s’agita fort en sa faveur à Paris. Vainement encore. Il n’y a « de bon bec » que chez les Français de France. Les succès des célèbres étatsuniens, eux, gagnent sans cesse le gros lot publicitaire, c’est un autre colonialisme bien connu.

Que je vous raconte, c’est si comique et si humiliant : une bonne année, feu Roger Lemelin se démena follement pour un peu de reconnaissance à Paris. Membre « honoraire » du Prix Goncourt, mon Lemelin invita aux frais de La Presse où il trôna un temps, tout le gang parisianiste. Où ? Au très chic Ritz-Hôtel  de Montréal. Imaginez la facture ! Malins, les Français agitèrent des hochets et on vantait un Roger Fournier, puis un André Langevin, surtout un Hubert Aquin, « Neige noire », édité avec permission de Tisseyre, par, mais oui !, Les éditions La Presse. Les fiers voyageurs firent donc naître des espoirs et nos petits potentats « du milieu » s’agenouillèrent volontiers.

Je fus l’un des auteurs « indigènes » invités  au faste banquet du Ritz. À la table garnie de la célèbre « Sole de Douvres », le met officiel Goncourt », avec quelques rares protestataires -devant tant de lècheculisme, on décida carrément de dénoncer les flagorneurs à « voyage payé ».

Aquin ne gagna pas à ce « raid » lemelinesque et loufoque. Utile de dire que dans La Presse on nous fustigea le lendemain en nous traitant de « sauvages », de mal élevés ». Cette farce tourna donc court et un Français-de-France remporta le prix cette année-là, c’était prévu. Notre aplatventriste Roger Lemelin en fut quitte -gros-jean-comme-devant- pour ses énormes frais.

En somme Paris restera fermé et longtemps aux « autres ». Nelly Arcan devra corriger, pour Le Seuil, sa copie québécoise originale et insupportable.

LE RÊVE PARISIEN ?

Un certain David Homel, Québécois d’origine étatsunienne, déclare dans Le Monde de Paris que nos écrits littéraires « ne sont pas exportables : « trop familiaux, trop tournés vers nous-mêmes, trop provinciaux. » Des protestations fusent. Michel Tremblay, dramaturge, illustrant avec nostalgie son petit monde familial, le fait-il mentir, lui qui est joué dans le monde ? Pour obtenir Paris n’y a qu’à ne plus nous illustrer ? Évidence, Gilles Courtemanche racontant « sa piscine à Kigali » au moment du génocide, trouve un public immense. Yan Martel livre son expédition sur mer de l’Inde jusqu’à la côte mexicaine, succès mondial. Jean Barbe —« La fabrication d’un monstre »— a, lui aussi, arrangé un excellent roman se déroulant en Bosnie. Sur ce même sujet, Homel a signé un fort bon roman. Pour être lu à Paris, et ailleurs, faut-il exiler ses personnages, se déraciner, se mondialiser, « s’exotiser » ? Vaste question !

Ce rêve de Paris ? Une vieille affaire. Louis Fréchette jadis, Gaston Miron plus tard, affirmèrent que pour être lu à Paris, il aurait fallu que l’on adopte la langue iroquoise et que l’on soit traduit ! Un auteur belge (Simenon), ou de Suisse romande, ou Marocain (Ben Jaloum), tous s’installent carrément à Paris et deviennent des auteurs parisiens. Ah oui, rêver de Paris ? Comme des écrivains Canadians rêvent de Londres, ou de New York. Colonisation intellectuelle ? Oui. Cette « fatale attraction » conduit chanteurs, chanteuses, acteurs, actrices, dramaturges (Corneille, Lemay, Croze, Louis Jacques, etc, etc.) à la recherche fébrile d’une consécration extérieure, parisienne si possible.

Nous avons su le ridicule farouche combat d’un Lemelin, avec Alain Stanké en porte-queue, d’un Thériault, jouant chez Grasset « le sauvage », s’auto-sabotant, d’un Victor–Lévy Beaulieu chez Flammrion, et, vu son talent, ce fut hélas vainement. En 1960, Robert Laffont voulait, avec « La Corde au cou », me parrainer disant :« Seulement si vous venez vous installer à Paris, Jasmin. Autrement, non ! ». En 1980, l’éditeur feu-Yves Dubé, tenta aussi vainement de me faire reconnaître à Paris lors de « La Sablière, Mario ». Quand je publierai « Rimbaud, mon beau salaud », sujet bien peu québécois, je pus lire quelques louanges imprimées à Paris. Mais je décidais d’être reconnu ici, dans mon pays et au diable le « rêve parisien ». M’exiler ? Non, jamais !

À son tour, le jeune chroniqueur Cassivi commenta « L’affaire-Homel ». Il dénonça « un complexe d’infériorité » (!) chez nos écrivains pour expliquer ce tollé anti- Homel. Il ira jusqu’à faire allusion à nos nombreux analphabètes comme cause de l’indifférence de Paris à notre égard ! J’ai préféré son allusion aux milliers de romans publiés chaque année à Paris. En effet, être réaliste c’est comprendre qu’il y a une montagne d’aspirants à cette reconnaissance parisienne. Un hymalaya de romans nouveaux à chaque septembre, mois de la rentrée littéraire. Alors plein de Nelly Arcand qui se jettent dans la semi-non-fiction, plus ou moins « cochonnes » et l’on voit défiler chez des Thierry Ardisson une fraction infime de ces coureurs de notoriété.

Ici même avec désormais plus de 50 éditeurs —il y en avait cinq en 1960 !—, avec tous ces jeunes mieux instruits, des douzaines de bons romans se publient au Québec chaque année. Qui les lit ? Et plein de refus, de manuscrits rejetés, injustement souvent sans doute. Le peloton des élus est très mince, de ceux qui parviennent à un lectorat mieux que confidentiel. C’est que, de nos jours, les bonnes zistoires pleuvent. À la télé aux canaux multiples et à jet continu ! Et aux cinémas. La ration (le besoin ?) de fiction (de divertissement ?), est vite et efficacement comblé en 2006 ! L’époque des illustres feuilletonistes populaires —Dumas, Balzac, Hugo, Zola, etc— est à jamais révolue.

Ici, d’excellents romans —j’en lis— restent peu lus et donc peu publicisés forcément. Plein d’écrivains au fond en sont rendus à pondre des zistoires en espérant le cinéma ou la télé. Eh oui, ils font imprimés en fait des « scénarios » en devenir, moi comme les autres. Ils sont tout disposés à adapter eux-mêmes leurs récit. Le livre comme « projet visuel » quoi ! Le cher Homel aurait mieux fait de se taire car il n’en va pas autrement au cœur de Paris. Comme à Londres, à Rome, à New York, allons. Dans le monde occidental, partout, des paquets de manuscrits gisent au fond des caisses chez tous les éditeurs. Ici? Même situation cher David, en chiffres proportionnels. Le fait têtu est là : le monde actuel lit de moins en moins… des romans. On lit plus que jamais…sur Internet. Les gens, cher Homel, ne lisent pas des romans à Montréal comme à Paris. Est-ce trop simple ?

M’SIEUR ! DES Z’HISTOIRES SI—OU-PLA ! / (LA FICTION)

Un correspondant, ayant lu les récentes plaintes du monde littéraire plutôt exsangue me tance : « Oh vous, les écrivains braillards, stop !, ça suffit ! On n’a plus besoin de tant de romans : des histoires, on en trouve ailleurs, partout ». Il a cru que j’allais l’engueuler. Non, non. Il a raison dans un sens. Au temps des « veudettes » littéraires très lues, de Zola en Balzac, de Dumas en Hugo, de vastes publics se jetaient avidement sur leurs romans publiés souvent en (longs) feuilletons —payés au mot— dans les gazettes populaires. C’était au temps où il n’y avait pas même de radio-romans, ni tous ces cinémas, aucun de ces nombreux canaux de télé, ou encore ces magasins « vidéo », à 4 piastres la bien bonne histoire en images soignées ! Oui, voilà une réalité incontournable : chacun, désormais, trouve sa ration de fiction —en tous genres— au coin de la rue quand ce n’est pas chez soi, dans son propre salon, assis devant l’écran aux offres si variées.
Des romans forts, très forts, ou alors très chargés d’éléments exotiques, ont parfois de grands succès. Ce sont des exceptions. Et même si le lecteur devine que l’on va conduire bientôt cette forte histoire au cinéma ou en mini-série à la télé, il veut bien débourser chez son libraire et être « le » premier à lire cet ouvrage. Il y a des… phénomènes (?) qui font qu’on peut voir des queues au kiosque de certains publiants. Au récent Salon du livre, il y avait petites foules pour les confessions de l’abusée sexuelle Nathalie Simard, les aveux d’un Jacques Demers, analphabète à succès, ou ceux d’une franche lesbienne, ex-maîtresse de geôle de la meurtrière Homolka. C’est des « z’histoires » qui cognent , ça meussieu ! La pub du Salon disait : « venez rencontrer 1,400 auteurs. »! Il y avait donc, Place Bonaventure, 1,390 plumitifs sans emploi, la plume aux doigts pour pas grand monde, sinon pour dédicacer leur ouvrage à quelques amis et parents.
Il y a, c’est vrai, tant de fiction offerte au ciné et à la télé. Il y a maintenant une mode : le bonhomme Alexandre Jardin joue donc la drôle de carte de narrer sans honte sa famille de fous, de désaxés. Eh ! « On va me lire ou bien on va voir pourquoi ». Voici la mode dite de l’autofiction, des stripteases affriolants. Francine Noël ose raconter sa mère bizarre : « La femme de ma vie », un fort bon livre. Robert Lalonde, lui, un père incestueux. Un récit fascinant. Un Louis Caron déclame qu’il fut masqué et que cette fois, avec « Tête heureuse », il fonce visage nu dans le vrai ! Bon : En avant pour les vérités ! Bonnes ou pas bonnes à dire. Le Jardin névrosé, reniant quasiment ses anciennes pontes, fonce donc dans cette mode. Il y a que les littéraires s’énervent : la fiction, ailleurs, hors les librairies, écrans voleurs, a chassé sur leurs terres. On en a vu des vertes —avec Nelly Arcan— et des pas mûres avec certains bouquins d’une impudeur totale : ceux de la psychosée Catherine Millet et ses baises sauvages dans les parkings souterrains, ceux de la pathétique Christine Angot et ses aveux sordides. Tout dire désormais ? « Oui, oui, si-ou-pla », fait le voyeur excité, jamais rassasié. Le public ne se lassera jamais d’une littérature de bonne foire. À vos plumes les impudiques !
Une mode autre s’installe aussi: le maudit « roman historique ». On brouille les cartes. C’est un peu vrai, un peu faux. C’est l’emmêlement de faits connus avec plein de dialogues inventés. On fait parler des morts comme on veut. On brode. On mélange. L’auteur y est « en personne » à ces échanges verbaux imaginaires. Pouah ! Je déteste ce genre, je l’ai dit. Je fuis ces faux manuels d’histoire déguisés en romans. Quoi ? On n’a pas confiance au personnage historique (Madame Papineau, Madame Cartier…) ?, on lui colle de la fiction. On a pas confiance en ses dons de créateur libre, on ne fait pas donc un vrai roman, on joue la carte « mi-vraie, mi-faux », on y jette des demi-vérités. Sans document, on invente une Hélène de Champlain fictive ! Quelle féministe va raconter Madame Jean Lesage, madame Robert Bourassa, Madame…dans 50 ans, André Boisclair ? On saupoudrera du réel et du chiqué. On a pas confiance aux lecteurs surtout car qui veut lire une vraie biographie sérieuse ? À moins de vouloir tout savoir sur la triste chute d’un René Lévesque ! À une émission du dimanche de Radio-Canada, —avec un Raymond Cloutier en animateur fragile et insécure me guettant agressivement— j’ai cogné sur ce genre qui m’agace tant, j’ai parlé de mercantilisme et d’écriture vénale. Je n’en démordrai jamais.
Bon, c’est bien compris : fin des belles z’histoires, un roman québécois trouve 500 —parfois 1,000— lecteurs sur tant de millions d’habitants ici ! On me dit que ça ne va pas mieux ailleurs dans tout l’Occident. Bon. Vive le cinéma et vive la bonne télé. Dans ces lieux on investit pas 2,000$ pour mettre au monde une histoire, vous le savez bien, on y verse des millions et des millions de dollars. Cela donne des « z’histoires » en couleurs, en costumes, en vives lumières, en effets sonores bichonnés électroniquement, sophistiqués en effets spéciaux. Bonjour « Harry Potter » et bienvenue « Da Vinci Code » ! Alors pourquoi publier de la fiction encore ? Ma réponse : « j’aime ça ». C’est assez répondre, non ? Avec public ou sans, le plaisir à ses droits.

DES NOUVELLES DE MAURICE ?

Vous en aurez bientôt des nouvelles de Maurice car, après avoir drainé en ville presque deux cent millions de notre argent public pour sa « grande » bibliothèque, « grande » Lise Bissonnette va se plonger dans les lettres de Maurice. Sand son nom de famile. Avez-vous hâte de lire ça vous ? Rien à propos de littérature québécoise ! D’une…disons, Germaine Guèvremont ! « Si-tellement-moins » attirante ? Cher Montréal « mégalopolis » et ses dévoués servites, venus parfois d’Abitibi ! Imaginez le bonheur : l’État aurait mis quelques millions de piastres en bonne part pour les livres des écrivains vivants, jeunes et moins jeunes, et cela dans toutes les biblios publiques dans chacune de nos 9 provinces québécoises ! Il serait resté une centaine de millions de « belles piastres » pour la-jolie-patente-à-persiennes (de bouleau), rue Berri.
Bon, trêve de regrets, ce qui est fait est fait. Aussi je vous donne des nouvelles, non pas du fiston de madame Sand, mais d’histoires inventées ici. Par des gens d’ici. Chauvinisme ? Allons ! Regardez aux USA, ou en France, vous verrez la normalité (ils ne sont ni aliénés ni colonisés) qu’il y a à s’intéresser aux livres qui nous illustrent. J’y vais : achetez, louez ou empruntez l’étonnant et excitant récit (Alto éditeur) d’un certain Nicolas Dickner venu du Bas-du-fleuve. Titre bref :« Nikolski ». Le nom d’une ancienne boussole ! Un titre de roman adéquat, emblématique, car les personnages de Nicolas Dickner sont perdus. Cette belle Joyce-Suzie, orpheline désaxée, exilée au marché Jean-Talon de son cégep de Sept-îles et cet autre orphelin, fougueux Noah, au papa faufilé en îles du Pacifique-nord, à la maman en roulotte qui dérive dans les plaines du far west sont des itinérants. Récit à vif, rieur, léger. C’est un conte de dix ans. Bourlinguage à deux destins absolument fous, récit abracadabrant qui nous donne à voir une littérature d’ici neuve. À lire.
Des nouvelles de Martyne maintenant ? Rondeau son nom de famille. Voici avec son « Ultimes battements d’eau » ( XYZ éditeur), une prose comme obligée chez les débutantes depuis quelques années. Rien à voir avec « LE SURVENANT » (fort bon film d’Éric Canuel, soit dit en passant) ou « SÉRAPHIN ». Oh non ! Ces « Ultimes battements d’eau » sont le récit inchoatif, quasi psalmodié, où le jus cru des expressions coule à flot, dévaste. Un discours intime ravageur, corps qui brûle. Amour comme voile en lambeaux au mat creux d’une existence funeste. Ces actuelles « zistoires » de sexe, de sueurs, de sang, de sperme, se ressemblent. Voir dame Bismuth, ou Audrey Benoit, ou Nelly Arcan. Martyne Rondeau, venue de Lanaudière, sortie savante de l’Uqàm, enseignante savante en cégep est devenue experte en « lettres ». Elle finira de nous épater bientôt, cessera de nous éblouir, décidera (ou non ) d’écrire sur… les autres, sur nous, pauvres de nous ? Ses talents y feraient florès avec un « survenant » du 21e siècle ! Superbe car elle écrit bien mais l’égocentrisme lasse en fin de compte. Chère Martyne (avec un y grec !), plusieurs passage de vos « Ultimes battements… » prouvent hors de tout doute vos dons. Ils émeuvent. Composez désormais en vous éloignant de votre nombril (malmené par un jeune tyran), abandonnez une sorte de…quoi donc ?, de malodorant égotiste comme dans ego-trip. J’en ai parlé ici, un Jean Barbe (auteur de « Comment devenir un monstre »), lui, a su raconter avec un art étonnant un « monstre naïf ». Comme on dit « un peintre naïf ») Un bon gaillard garçon initié jeune à la cuisine, installé de force dans ces Balkans en guerres ethniques et qui va jouer de ses couteaux sur… des humains. Réussite horrible totale. Barbe prouve nos jeunes écrivains capables de narrer efficacement sur « loin, hors du territoire national ». C’est excellent et il vient de se mériter un prix. Cela ne sert à rien, il le constatera, mais fait plaisir.
Maintenant je me prépare à lire « L’homme-café » de François Désalliers (Québec-Amérique éditeur) et puis, de Louise Desjardins, « So long » (stupide manie parisienne des titres à l’américaine !). Pendant que Dame-grande-Lise commentera le Maurice-à-maman-George et qu’un Lucien Bouchard, autorisateur du grand local, re-redécouvrira ses classiques-Galimard, notre littérature vivante, elle, celle qui se fait, qui se débat, qui nous appelle « au secours », reste sur les tablettes de nos libraires et de nos bibliothécaires ! Viendra-t-il (comme pour nos bons films) le normal intérêt —sinon l’engouement— pour ces jeunes filles et gars qui nous composent des livres sur hic et nunc ? La vie vraie de notre littérature l’exige. Sinon, avec ou sans 176 millions de dollars, « l’art qui se fait » crève et Lord Durham aurait dit vrai : « une nation sans culture ». Tenez, je suis plongé dans « La mort au corps » (Tryptique éditeur), eh bon yeu de symonac de tabarnac de « famille-je-vous-hais » ! C’est effrayant ! Trop vrai ? Mal au cœur du début de ce « La mort au corps ». Désespérantes visions d’un gamin trop lucide, pas chez George Sand, ici, boulevard Léger, boulevard Lacordaire en un Montéal-Nord à bungalows. À sous-sol « fini ». L’enfance enterrée dans la cave. Le garage de poupa, sa tondeuse, ses « Passe-moi donc le tournevis ! » Un paternel défroqué, une maman ex-infirmière, thérapeute commercial inquiétante ! Ce jeune Éric McComer fait peur avec de nouveaux cris, un nouveau joual et ce nord-est d’hier, pas le « monrial-mort » de V.-L. B. Je lis, subjugué, je vous en reparle. Merde, lisez Québécois, je vous en prie.

LA MORT ET LA FOLIE

LA MORT
Enfin la voir mieux. Qui ? Quoi ? La mort. On la voit si peu, si mal, on veut tant oublier ce fait inéluctable, cacher sans cesse le vrai —ce réel : notre fin— aux enfants. C’est fou, cette nuit ou à l’aube, j’étais mourant dans ce songe, ma fille me voyait mais mal, d’un côté d’une rue encombrée. Un accident ? J’étais adossé, blessé, sur un pan de mur. Je lui faisais des gestes et elle tentait, au soleil, de mieux me voir. Je grimaçais, je tentais vainement de la bénir. De la bénir ? Au réveil, je sais bien d’où vient ce rêve en images angoissantes. De deux sources, la toute récente et horrible collision, en plein soleil aveuglant, de mon gendre et aussi, à la télé, il y a quelques jours, ce pape qui remue bien mal à son balcon. Un pape en crise fatale.
Il me restera surtout cela, cette séquence (si vraie, dans le gigantesque, pléthorique album romain de la mort de ce Jean-Paul 2.) Ce Polonais-pape qui tentait une bénédiction « urbi et orbi » et qui, impuissant, souffrant, affolé, essayant de résister, se touchant le front, se cachant dans sa main, la bouche toute tordue. La mort en direct ! L’agonie, montrée, offerte, publique, sur un bacon quoi. La mort à l’ouvrage ! Il me restera donc ces images stupéfiantes : les efforts pénibles une fois que l’on se trouve dans les bras même de l’ultime Faucheuse ! Je sais, je sens que l’on doit parler d’elle mieux, plus souvent, l’accepter cette inévitable fatalité. Abolir ce tabou actuel où l’on nie, dissimule, masque la fin de la vie. Ne plus craindre de dire à l’enfant que c’est la loi même de la vie, qu’au bout du chemin elle sera là et lui aussi. Cette terrible issue, cette fatalité qui, dans un songe, vous prévient : elle vous empêchera —que vous soyez simple loustic ou… pape, de bénir une dernière fois votre enfant !
LA FOLIE
Durant l’agonie du saint voyageur exemplaire, je lisais « Folle » de madame Arcand. Un nom de cachette, un « pseudo » répète-elle dans son bien triste récit. Récit… non-fiction donc ? Certes la jeune auteure a sans doute tricoté des « fions » de son invention. Sinistre description d’un rejet, d’une « déception d’amour », comme on disait jadis. Cette Nelly Arcand a un bon talent pour raconter, son premier bouquin, « Putain », l’affirmait clairement. Avec ce genre de livres, nous sommes éloignés du questionnement spirituel sur la mort. « Folle », de sauce mode- ouellebecquienne, c’est la complaisance dans pipi-cul-caca-merde-sperme-voyeurisme et onanisme. La « folle », ayant cessé de se prostituer, accrochée à la cocaïne, tombe amoureuse hélas d’un beau jeune reporter, un Parisien, exilé au Québec. Un arrogant encore plus égocentrique que la jeune ex-pute qui, célébré par le succès de son « Putain », étudie à l’Uqam le confus psy Lacan !, voyage jusqu’à Prague, eh ! L’auteure parle-t-elle si souvent de névrose par ignorance du terme plus grave : la psychose ? L’héroïne (on espèrerait un roman, pas un récit, tant c’est accablant !) admire son malheureux masturbateur compulsif, tolère son vice au bord de la pédophilie, incessante activité fébrile via son ordinateur à sites pornos.
On a le droit en littérature, de décrire tout, même le plaisir (maladif ?) d’entendre haleter en cadences les laiderons impuissants à séduire et qui se masturbent dans le noir au cinéma L’Amour de la rue Saint-Laurent, c’est deux ou trois impressionnants passages de « Folle ». Aucun sujet n’est mauvais en soi. Tout propos peut former de la littérature solide. Nelly Arcand, douée, rend bien parfois le gouffre de sa dérive à « chair triste ». Ah ! une morale dans cette débauche ?, chez ces dominateurs psychosés, sans cesse à la recherche de proies nouvelles. L’ex-putain, jolie, mignardant à la télé, est donc (récit) une jolie québécoise, ex-putain-escorte, qui n’a aucun instinct. Elle aime ce sire décadent plus jeune qu’elle ! À 30 ans, elle est si vieille (!) pour ces suborneurs virtuels de Lolita. Rejetée donc par ce « pédo » à filles-enfants, Nelly Arcand rôde autour de lui, parc Lafontaine, et elle planifie son… suicide. Une mort niaise qui n’a rien à voir avec le pathétique débat (à son balcon) d’un pape désespéré de mourir, lui.
Fin de « Folle », Seuil éditeur. L’insignifiance ? À la lettre. Je ne verserais rien en librairie pour lire une déchéance de cochonne sotte, ma biblio publique sert à épargner l’obole à la déréliction. Il y a quoi ? La curiosité? Le voyeurisme? Le dicton vrai : « les monstres attirent les foules ». Et ces accidents en voie publique. C’est laid à regarder et c’est infiniment triste. Besoin de reluquer l’horreur chez l’autre. Se rassurer au fond : « Moi au moins je ne suis ni putain d’abord, ni folle ensuite ». Plaignons les parents, proches ou lointains, de cette confessée volontaire, pitoyable. Et enrichie. À quel prix ? Celui d’un effeuillage tragique. Célébrée aussi. À quelle condition ? Putasser encore et toujours, le « vite déshabille-toi et couche-toi là ». Arcand en déboussolée qui se plaint, râleuse, Nelly Arcand récite, n’imagine rien ?, accepte complaisamment d’étaler sa propre et intime déliquescence.
Je crains en effet son suicide.

Ah ! Être détective !

Jeunes, on les observait, héros du cinéma et on rêvais :ah ! être détective (ou bien espion) ! Toute une littérature exploite cette veine du limier aux trousses des « méchants ». Cher polar ! J’en signai cinq dont mon « Alice vous fait dire bonsoir », pas cher en poche ( BQ, éditeur). Il est en librairies ces temp-ci. Plogue ? Oui. Mon « meilleur », décrétait Martel (La Presse). Mon détective traquant la juive Alice, découvrait (comme moi à cette époque) les « Juifs d’Outremont ». Là, je pars en voyage à Boston —lire c’est voyager— pour visiter le « Shutter island » de Dennis Lehane (celui de « Mystic River »).
Je sors du dernier Fred Vargas « Sous les vents de Neptune ». Aussi du dernier Jean-Guy Noël : «Un homme est un homme ». Le roman policier est un divertissement mais il peut aussi être un étonnant baromètre du temps actuel. Ce Vargas m’a assommé avec son détective parisien traquant un juge corrompu et corrupteur (voir si ça a du bon sens hein ? hum !) qui doit aller en mission au Québec. À Hull ! Long défilé de répliques en un joual douteux car Fred Vargas ignore notre argot. On éclate de rire face à ses erreurs langagières. Hélas, son juge-tueur-en-série —qui tue au trident tel Neptune !— n’est qu’une vaseuse supputation et vous serez noyés dans une sauce intello aux quatre éléments (bonjour Gaston Bachelard !) : air, eau, terre et feu. Imbuvable poutine où nos fics jacassent en un patois imaginé « bin niaiseux ».
Mais le Noël d’ « Un homme est un homme » !
J’ai sans cesse tourné les pages. Très captivé. On ne doit pas raconter l’intrigue d’un polar mais sachez qu’il s’agit d’un monde familier aux lecteurs de la page-3 des quotidiens. Sachez qu’on y voit une monoparentale (baby boomer) écervelée qui a (mal) élevé sa fille (avortée trois fois). Une étudiante en… danse moderne ! et qui se prostitue pour le « kick ». Un soir, la putain-étudiante (lisez ça, Nelly Arcan) rencontrera, coin St-Laurent et Ste-Catherine, un réfugié Algérien fréquenteur de discos pour oublier son mal payé, éreintant boulot rue Chabanel-aux-manufactures. Il sue pour faire venir sa jeune épouse et ses enfants en Algérie. Cette nuit-là, fatale rencontre avec la jeune danseuse désaxée. La mort.
« Un homme est un homme » —aucun écrit n’est innocent M. Noël— m’a fait un utile tableau des us et coutumes de certains jeunes contemporains, un instructif « guide » pour le vieil homme que je suis. Ce détective a été castré (lire pour en savoir davantage), le jeune avocat est sur « l’assistance judiciaire », la mère mal « accotée » gîte dans la rue… Antonine-Maillet ( Cout’ donc, Maman-Sagouine est-y morte ?), le plaideur à Ville Mont-Royal, le funeste appartement (sang obligatoire en polar ) niche dans le bloc baptisé « Le Colisée », rue Sherbrooke. Fuite au Lac des Castors, vues du belvédère, bref, on suit les protagonistes dans une géographie facilement repérable. Il y a aussi un perroquet bavard. Ajouterais-je « Et une souris verte ? » Non. « Et une corneille », en épieur étonnant. Je m’instruisais sur « la culture » (!) d’un monde plus jeune que le mien qui fut taxé bien vite de pudibond, de puritain. À lire donc, ce « Un homme est un homme » (Libre-Expression éditeur), il fait réfléchir. C’est cela aussi un bon polar. Vous y verrez de ces folles « mômans » épivardées de 50 ans, de ces jeunes « popâs » qui ont « levé les feutres » lâchement, de ces jeunes cégépiennes mentalement délabrées. Adieu aux valeurs, aux critères, à une éthique-de-vie ! Adieu les responsabilités, fuyons le réel ! La vie « rock and roll » répandue, illustrée ad nauseam aux récentes Fêtes nationales télévisées, le sinistre festival : « Québec-Molson-Labatt-Dry-Blue, Draught », celui des pubs-lierres.
J’ai donc lu une chasse à l’homme (obligatoire en polar ) avec vue imprenable sur le délabrement moral actuel, telle cette fellation pulsative —calculée pour rendre môman-haïe jalouse— par belle-fille avec beau-papa haï (autre baby boomer) sous une table de son restaurant ! Voyez-vous bien la teneur morale ? Y ai vu une murale aux teintes sinistres. La désolante fresque des existences sans culture réelle. À l’amoralisme hédoniste fatal. Y ai décelé la misère de l’inculture actuelle. « Un homme est un homme » est un portrait implacable à propos d’un certain Québec déliquescent. Bon, je pars donc pour « Shutter Island » ! Que j’aime lire, vous ?

Journal – 19 Décembre 2002

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oui, comme chaque année, énervement quand s’achève une année, quand se pointe une nouvelle année, bêtise, oui, peut-être, car, au fond des choses, bien savoir qu’on ne changera pas, qu’on reste semblable, vouloir, tellement vouloir, une mue, être différent, nos faisons pitié avec ce désir de transformation alors que l’on traîne avec soi les mêmes valeurs, les mêmes habitudes, les mêmes tendances, foie, je me dis : s’en aller, vivre ailleurs, autrement, couper, oh, mais couper fait mal, comment accepter une distanciation qui fait peur, la vérité, ne pas vouloir changer vraiment, on aime bien ses petites affaites, pas vrai, la routine triomphe, je me secoue, faux que je n’arriverai pas à changer, à évoluer, le créateur, dans tous les domaines, souhaite un neuf projet, un travail qui le fera creuser une niche nouvelle, je lis la vie d’un auteur reconnu, je le vois s’instruire et puis tenter de faire sa marque, Raymond Queneau, le papa de «Zazie dans le métro », éducation de petit normand catholique, famille bourgeoise, monte à Paris, décroche un diplôme d’université et puis décide qu’il sera écrivain, il va d’abord, dans la vingtaine, se coller au pape André Breton et puis prendra ses distances, son refus permanent d’embrigadement, trois premiers romans assez (trop ?) hermétiques, à trente ans il va vagabonder, journalisme, employé-lecteur chez Gallimard (jusqu’à sa mort en 1976), Queneau n’aura pas les succès de son camarade Prévert, lui, Prévert, moins cérébral, Queneau entiché de notions mathématiques, aussi curieux de parapsychologie, par exemple, il demande une rencontre avec la stigmatisée, Thérèse Neumann, étudie minutieusement l’art des fous, s’égare dans des chemins d’un « encyclopédisme » flagrant, oh la la, je songeais sans cesse aux nôtres, même époque, un univers les sépare, Queneau nage dans des eaux intellectuelles savantes, ici, un Roger Lemelin tente de s’élever avec des moyens d’une modestie totale, une Gabrielle Roy rédige des articles commandés, un Yves Thériault joue le cow-boy à une radio des Maritimes, oui, un monde entre ces écrivains de France et les nôtres

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j’observe de ma fenêtre des véhicules sur le lac, comme chaque année, l’on trace trois grands anneaux, l’un pour les patineurs, l’un pour les skieurs de fond, le dernier, le plus large pour les promeneurs, viendront des bancs de reps, viendra le week-end et de pas trop d’utilisateurs de ces aires pour résidents et visiteurs, voici donc l’hiver installé sérieusement, une centaine de jours avec la blancheur, déjà je m’ennuie des feuilles et des fleurs, fou cela, hier rue Lesage, écouter deux golfeurs pépiant joyeusement sur leurs projets d’exil pour bientôt en France du sud, volée de bonnes adresses, pour délicieux restaus, sites fameux sur la côte d’azur, grands bourgeois qui vont fuir notre hiver, j’aurais les moyens de les imiter désormais, je questionne, « oublier ça, la France et les belles plages chaudes, c’est deux choses », me dit mon voisin, compris mais je refuse la Floride et on ne va à Cuba ou en Guadeloupe pour deux mois, je resterai ici une fois de plus,

je vois bien que je ne serai jamais un « snow bird » évitant l’hiver québécois, Aile qui me dit : « va-y, reprend le ski alpin, je resterai à t’attendre, toi en ski ou devant ton clavier, ça changera quoi », justement, tout car, à mon clavier, nous sommes ensemble tout de même, sous le même toit, non ?, oui, oui, les bons juges, « dépendance affective », mais oui, un couple uni fait cela, et si Aile insiste, je m’entends lui dire : « non, pas de ski alpin, non, à mon âge, s’il fallait que je me casse une patte, les ennuis, le lit d’hôpital, les soins de réparation, non, non », je ne m’ennuie jamais, accompagner Raymond Queneau jusqu’à son tombeau, et puis ce sera un autre, pondre ces images pour le Jacob, éditeur beauceron, à un moment donné, plonger radicalement, tout janvier ?, dans la rédaction de mon « éxilé », guetter des méls sur mon i-Mac bleu, y répondre, au fond voyager sans cesse par la lecture, être étonné si souvent par « les actualités », journaux, radio, télé, voilà comment va se vivre cette fin de décembre et le début de 2003, une vague honte, bien savoir que je resterai le même, chasser cette envie, ridicule ?, d’un « je » devenant « un autre », eh oui, au diable cette anxiété, en fin de compte bien comprendre —et mal accepter— que le temps coule, puissant fleuve indifférent à nos desiderata folichons

3-

le « couac » de ce mois m’encadre —pour me citer— parlant dans mon « À cœur de jour », affectueusement, de cet hebdo d’iconoclastes enragés; mon beaulieu hier au téléphone : « claude, pas encore un seul article pour recenser ton journal, bizarre ça » !, non, et aucun « pré-papier » dans les gros quotidiens, suis habitué, « l’annuel jasmin » ce n’est pas de la nouvelle littéraire, ça m’apprendra à tant publier; beaulieu, répondant à mes reproches « aucune pub », me dira : « fini le devoir et compagnie mais j’ai mis des annonces dans toutes nos revues littéraires », eh b’en !, bien servi, moi justement le fuyard de ce maigre monde littéraire à lectorat confidentiel , ensuite, à sa demande, ai trouvé le titre du tome deux pour le « salon du livre de québec » au printemps : « tuer le temps », et, en exergue, il y aura de jean genêt : « Je tue le temps et le temps me tue, nous sommes entre assassins », me reste l’interview dans cet « accès laurentides » de samedi qui vient, aussi, dans « l’express d’outremont », me voilà donc « écrivain de quartier, de région » !, ça m’amuse, l’hebdo de Prévost voudrait un « deux pages », « la vallée » a voulu un conte de noël; retour à la case départ quoi quand je tentais de me faire imprimer dans « le progrès de villeray » à dix-neuf ans

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ce soir, notre joyeuse « bande des six » à la bonne bouffe d’avant noël chez france-la-veuve dans son île des sœur, demain matin, lecture de mon conte-rituel pour paul arcand à ckac, l’après-midi, party des fêtes avec les équipes de « tous les matins », samedi nous fêterons mon marcogendre en « tout neuf cinquantenaire » —déjà?— c’était hier, il me semble, que le soupirant de ma fille, à bordeaux —un chemin de fer du cpr séparait les deux tourtereaux— frais diplômé de « concordia university », debout dans ma vieille camaro rouge rouillée, arrosait en rigolant le plancher de cette bagnole vendue pas cher; mercredi prochain, repas « du grand jour » —« alla collette »— à duvernay de laval, chez le frérot d’Aile, et, enfin, au jour de l’an nouveau, la tribu en entier chez mon fils, à ahuntsic…et puis fin des agapes rituelles, je serai attablé pour en finir avec cet « exilé », ou non, ce sera la mise en marche d’un autre paquet de jours, douze mois, 365 jours, et pour noël 2003, je me lamenterai de nouveau : comment muer, changer, devenir « un autre », connerie ?

5-

le ciel est bien gris en ce jeudi de l’avent, à la radio, le midi et quinze, chroniqueurs et auditeurs jasent, funeste impression d’un bavardage vain, est-ce je deviens blasé, pas mon genre pourtant, mille et mille opinions déferlent partout, la loi immuable de la démocratie certes, pourtant la hantise d’une vaste inutilité, je devine trop bien, derrière ceux qui défendent des idées, des lots énormes de citoyens seulement accaparés par les petits devoirs du temps des fêtes : quoi donner en cadeau ?, et j’imagine la faramineuse foule aux comptoirs dans tous les centres commerciaux, carte de crédit en l’air, cherchant l’objet qui fera plaisir; m’émouvoir au fond de tant de quêtes sympathiques, candides, oui, vouloir rester léger, désirer être en sympathie avec la population qui oublie volontiers de vastes continents —afrique, inde, amérique du sud, amérique centrale— remplis de démunis qui n’ont pas nos loisirs, nos moyens de dépenser; en finir parfois, j’en rêve, avec cette maudite mauvaise conscience, des intellectuels, des écre-vices dans mon genre, ah oui, comment redevenir un enfant, bien égocentrique, très innocent, cet enfant que j’ai tété, si content de voir seulement les ampoules électriques si colorées dans le parterre de monsieur le notaire, de monsieur le docteur, voisins riches rue saint-denis …, s’exciter d’entrer à l’église paroissiale, à minuit, oh à minuit !, d’entendre le père de claude léveillée, maître chante à sainte-cécile, rue de castelnau, dans son jubé, s’époumonant d’un « minuit chrétiens… »; non, c’est terminé l’innocence, ne reste que la nostalgie, ne restent que des souvenirs, le mains vides ?, les mains pleine aussi de la lucidité qui nous encombre mais, oui, on le sait bien qu’elle est utile, il faut s’indigner du sort, du très mauvais sort, des autres, ailleurs, et, trop souvent, dans nos alentours, hier encore, raflant trois bonnes tourtières de l’école hôtelière, 4.50$, j’ai vu un dame, vêtue modestement, répondant à une « riche », un peu gênée : « non, j’en prends pas, sont trop chers, ma fille, des tourtières, elle m’a promis de m’en faire en masse », je l’ai vu, au milieu de nos voitures, qui rentrait chez elle, à pied, son petit sac pressé dans ses bras; j’ai revu en pensée les excellents décors adèlois du film « séraphin » : on a bien respecté le site —j’ai vu une monographie avec photos du village de jadis— l’église, que je revois, rue Lesage, en pierres, était une modeste petite chapelle de bois, et les pionnières faisaient leurs tourtières, pas de chic comptoir pour les paresseux dans notre genre, pas d’anneaux de glace vive et bien entretenue sur le lac Rond en 1880

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pierre samuel chaleureux sur courriel : « en 1960 vos m’aviez dédicacé « la corde au cou », au premier salon du livre, avec Godin, Major (« parti-pris »), vous représentiez pour moi un grand bol d’air frais, comme les « automatistes » avant vous… »,

il ajoute : « maintenant la vague est haute et les nageurs tellement prudents », je lui parle de la relève, d’un jeune parenteau (chez le bigot) par exemple; mon fleurdelisé tout rataplan sur la rive du lac, pas le moindre vent, un temps d’arrêt, d’attente, hier, mes petits-fils au téléphone, je ne décèle plus l’excitation du temps d’avant noël quand ils étaient plus jeunes, des voix d’homme désormais, des propos calmes, raisonnables, terminé les « papi, on a tellement hâte aux cadeaux, d’ouvrir tes gros « bas de noël » suspendues hauts, cloués aux chambranles de nos chambres »,quoi, resterons-nous toute notre vie comme inconsolables, accrochés maladivement à nos enfances, à ces temps de joie niaise ?, non, non, il ne faut pas, il faut parvenir à cette joie « gionesque » et qu’elle demeure; comment garder sa joie quand Aille téléphone chez son frère pour mieux avoir comment évolue un sale cancer accroché après la belle-sœur Fernande, qui se débat, se défend se fait soigner —chimio et radiothérapie— « c’est le cancer le mieux maîtrisable disent mes docteurs », soulagement un peu, pas de joie, oh non, juste l’espoir, fernande viendra-t-elle à duvernay ?, guy lachance de ckac : « claude, faut couper dans ton conte pour vendredi matin, beaucoup trop long », je coupe, toujours trop long les écrivains, tassez-vous entre les pubs

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aile part pour son centre d’entraînement physique dans l’ancien hôtel « le totem », cette épaule qui l’a fait souffrir, en venir à bout, à son retour, encore devoir garnir le petit frigo portable et en voiture vers cette « île aux nonnes », margot larin-chenard, ancêtre guillerette, m’expédie une longue fameuse lettre remplie de souvenirs étonnants, je lui téléphone : « oui, un jour, je passerai à votre centre d’asbestos, rue simoneau, oui, on jasera sur l’époque des aïeux », un peu sourde comme moi, on se chevauche dans nos propos, et on en rit, voilà que mon fils, travailleur autonome, accepte d’aller bosser quelques jours par semaine chez publicor, pour de la « fabrication de livres », explique-t-il, il a misé trop bas dans une « offre d’achat » pour un chalet bon marché au lac marois, l’affaire lui échappe, semble pas vraiment déçu; un courriel étatsunien du « burlington art centre » : mon père mort mis sur un site web d’artisans émérites là-bas, comme « valeureux céramiste primitif », papa pas vraiment mort donc, je serais disposé à « donner » (disons contre crédit d’impôts ) toutes les céramiques du paternel, édouard jasmin, au musée de trois rivières mais…on me dit qu’il est fermé faute de fonds publics, ah !; je garde pas loin un terrible témoignage —paru le 30 novembre— de sébastien hotte, le fils aîné du tueur Jocelyn, ex-agent de la rcmp, il dit : « il était resté avec ma mère pour protéger les enfants, nous… j’avais l’impression de parler à un jeune enfant, j’avais peur qu’il se suicide tant mon père déprimait… maintenant, nous vivons une tragédie », non, je n’arrive pas à jeter cette coupure, le romancier ramasse et garde ainsi des bouts de vérité tragique, au cas où… non, je viens de le mettre à la poubelle, c’est fini le genre romancier dramatique, je dois pas l’oublier, il n’y aura plus jamais de « corde au cou » dans mes projets, j’ai vieilli…

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fou, je repense encore au roman de dame sissie (!) labrèche, titre « la brèche », symbole du vagin, je n’en reviens toujours pas de cette histoire de copulations frénétiques et bien molles à la fois, entre un gras Tchékie et une (sic) Kikie; l’étrange relation tordue entre l’étudiante en lettres et ce vieux prof « à grosse bedaine », est-il souvent spécifié, l’épouse cocufiée montrée, évidemment, en grosse conne vache aux chairs étirées… un récit de désaxée totale, un appel clair au voyeurisme le pus grossier; aventure sinistre d’une groupie bien sotte et qui dit avoir vécu avec deux folles, sa mère et sa grand mère, dans les punaises et les coquerelles, qui, pourtant, fait une savante thèse à l’université tout de même; comment y croire, une jeune auteure qui pimente en masse, un « putain » numéro deux, tome deux, sauce nelly arcand; mode curieuse où des pages et des pages distillent des images de génitalité furibonde, les coulis de bave, du sang menstruel bien entendu, ce duo mal assorti se démène en sauces gluantes : pas de pénétration, jamais, ah ?, infantilisme du vieux prof de 56 ans ?, jus de vulve, sperme sur les joues; on se questionne : un besoin de quoi au juste, un goût de « commerce littéraire », j’en ai bien peur, la littérature à hauteur du « suçons-nous les uns les autres », puis ça veut un enfant, l’incroyable désir de l’hallucinée et, en finale, séquence classique, banale et prévisible, tentative de suicide de la jeune tordue; franchement, lire deviendrait « voyeuriser » le malheur sexuel d’un vieux con abuseur et dominateur avec sa masochiste enchaînée, pouah, ça pue fort, croyez-moi, et boréal décrétait : « bon à tirer », ah oui, c’est bonjour « le commerce du livre », le plus triste : cette « labrèche » a du talent, ici et là, de très bonnes lignes avec du style étonnant, quelle erreur de viser seulement à hauteur du cul, quelle tristesse et quel mépris des lecteurs, quelle manque de confiance en soi

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ah, un vent d’ouest s’est levé, mon drapeau lève, la météo annonce de la pluie, consternation imaginable des proprios de centres de ski par ici, bon, j’avais voulu du journal plus trépidant, j’y arrive mal, le talent, le talent, en arriver à échapper aux éphémérides ordinaires de la vie ordinaire, non, impossible, comment s’empêcher de parler de ce bush-père vu à historia hier soir, un président mal servi quand l’économie s’écroule, un bonhomme qui a retenu son cheval et fait finir vite la guerre du koweit, refusant de traquer le saddam hussein, assez de morts, aurait-il dit, éviter de commenter de trop ce film ancien, de Tati, qui vieillit bien mal; « les vacances de m’sieur hulot » en une suite de séquences bien soporifiques, hier à artv, notre bien-aimé cinéma vénéré, maintenant du cinéma d’amateur très ténu, fragile, les choses aimées qui se métamorphosent en choses méprisables, aile et moi étonnés, « on trouvait ça si fort, jeunes », mais oui, tout change, ainsi, le passé sous examen, j’achève « le livre noir du canada » du vaillant normand lester, long chapitre instructif sur le racisme effroyable des anglais d’ici, la haine des japonais, même avant la guerre, horrible, découverte utile : ces canadians détestaient viscéralement les Juifs, les japonais, les canadiens-français, les chinois, vraiment des racistes pitoyables, les faits abondes, les vérifications bien montrées par lester, c’est pour tant des nôtres une révélation, quoi, « ces gens-là », m’sieur brel, nous dépeignaient en racistes fascistes maladifs mais ils furent, eux, pires que tout, il faudrait faire lire cet indispensable « manuel scolaire » impitoyable chez nos écoliers, pourquoi, pour qu’ils sachent démasquer nos accusateurs, pour qu’ils apprennent les sources de la francophobie ambiante, ils sont si nombreux les oublieux, les sucrés qui disent « il faut s’entendre, ils furent bons envers nous, ils nous tant apporté, toutes ces fadaises que répandent les zouaves du bon ententisme « coast to coast », une bible rare ce livre noir…

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la bonne mémoire ce n’est pas la haine, c’est du « je me souviens » essentiel, c’est bien savoir les racines de nos malheurs, la mémoire c’est le sang de la vie, de l’histoire, henry miller acceptait le cri du parisien : « la mission de l’homme sur terre est de se souvenir »; trop de monde vit sans cette mémoire utile, ils vivent au jour le jour, ils sont des épaves, des bois morts qui flottent sur la mer trop tranquille des endormis, victimes sottes des événements, refusent de avoir d’où nous venons et ne savent donc pas où ils vont, se laissent dériver, n’ont aucun sens à donner à leur existence, ils vont en aveugles, « dodo, métro, boulot », c’est un devoir qu’il faut se donner —si on les aime vraiment nos concitoyens manipulés— ils n’aimeront pas cela au début, un devoir : les réveiller, chante l’acadien déporté, zacharie richard —qui dormait lui aussi, il le disait l’autre soir chez christiane charrette— chante maintenant avec lui, pauvre anesthésié d’ici : « réveille, réveille » ! ça n’empêchera pas la joie, ça n’empêche pas le bonheur, non, non, savoir n’assombrit pas, se souvenir ne tend pas nécessairement triste, allons, au contraire, c’est un tremplin formidable, pour refuser les manigances des fédérats, pour retrousser les manches et , désormais, vouloir toute notre liberté, ainsi, l’autre soir, au film de binamé, revoyant l’exploitation des politiciens retors sur les misérables villageois adélois, on se disait, je me disais, c’est le passé mais plus jamais… à jamais prendre la défense des nôtres, ne plus jamais laisser dire des inepties sur les nôtres, nous n’étions pas des racistes —s’il y avait un noyau de désaxés— encore moins des fascistes, nous ne sommes pas, collectivement, des caves, c’est faux, c’est du racisme inverti les bobards de diffamateurs intéressés, racistes, ces assertions sordides des Esther Delisle, des Francis, des PitBull Johnson, des Mauditkakailles Richler et cie, il y a parmi nous plein de citoyens, mieux informés, décidés à vivre debout, en cette fin d’année, j’y crois plus que jamais et je ris de ces urgentissimes dadais qui baissent les bras; des nations durent attendrent des centaines d’années avant leur liberté, ici, après 50 ans de luttes, on en voit qui se découragent, allons, je suis certain, très sûr, qu’un jour viendra où nous l’aurons notre état français, c’est écrit c’est si normal, inévitable partout sur la planète, comique d’entendre, autour de john charest ou du mario-adq, que « c’est assez le vœu de la souveraineté », au RIN, jadis, c’était pas même 10 % mais en 1980, c’était 50% des nôtres votant « oui », en 1995, c’était 60% des nôtres, pourquoi cette rengaine répandue : « l’indépendance, les gens ne veulent plus en entendre parler » ? du « whisfull thinking » dit-on aux USA, celui de nos adversaires —dont les « saboteurs », pas d’autre qualificatif pour les députés libéraux à Ottawa— une propagande entretenue par nos bons maîtres et leurs valets stipendiés….maintenant, accrocher un sourire à ma face, pas difficile, je suis d’un tempérament joyeux, et m’en aller fêter chez la chère France, demain matin livrer à ckac un autre petit pan de mon passé dans villeray et voir mon tit-paul arcand, goguenard, qui va m’écouter raconter un orphelin, rue christophe-colomb, hélas jamais revu… maintenant, je la connais, aile va sortir mon « beau linge », mon veston noir comme en cachemire, ma cravate et ma chemise comme en or, un vrai p’tit roi mage, elle va me sourire —j’aime ses si beaux yeux quand elle me sourit— me dira : « parle pas trop ce soir, écoute les autres, pas de farces trop crues, ne bois pas trop »; je l’aime, c’est vraiment un ange gardien incomparable vous savez…

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Dimanche soir, le 5 janvier, Jasmin sera interviewé à « PARLEZ_MOI DES FEMMES » par Denise Bombardier à Radio-22h.30 à la SRC. Mais avant ça:

Vendredi 20 décembre à CKAC, Jasmin et son conte de Noël (vous en recevrez le texte la veille!

Mardi le 24 décembre, le matin de la veille de Noël, vers 11h et 45 à « TOUS LES MATINS », Claude Jasmin, devant quelques enfants en studio, racontera un conte de Noël: « Le dragon de Noël ». On pourra ainsi voir à l’oeuvre, à chaud,ce « papi raconteur » tel qu’il le fut dans la chambre de ses petits-fils de 1985 à 1995. Ne pas rater cet exercice d’impro !