LA MER QU’ON VOIT DANSER

C’est fou, c’est puissant, chaque année depuis un de mi-siècle, c’est comme un rite. Oui, devoir : « aller à la mer ». Ado, lisant « Moby Dick », roman de Melville où un vieux pécheur de baleine, jambe amputée, poursuivra jusqu’à en mourir noyé, cette baleine « albinos » qu’il croit avoir reconnu— ado donc, j’y avais capté une idée de la mer : un danger, un péril. Maria, sœur aînée de maman, « veuve en moyens », allait à la mer, on pensait : du monde chanceux, des parents riches.

Plus tard, j’ai fini— jeune papa— par y aller. À Provincetown au Cap Cod d’abord. Huit heures de route en coccinelle toute neuve ! Ô la belle découverte mieux que séduisante. Voir « L’infini ». Tant d’espace en air et en eau. À perte de vue. « Que d’eau, que d’eau » ! On y reçoit d’étranges décharges énergétiques palpables, non ? Alors, à jamais, la piqûre était prise. Assez, fini que de ne regarder les belles photos de tante Maria avec cousine Madeleine, toutes heureuses à Old Orchard, Maine, s’ébrouant dans la houle géante. Nous en étions jaloux. Mes enfants jeunes, ce sera ce parc populaire, Old Orchard. Un temps au nord, dans Pine Wood, où l’on croisait la famille Tisseyre, Michèle l’animatrice et Pierre, mon premier éditeur. Un temps on louait de vieux logis (les gens déménageaient à Saco pour l’été) au sud, à WestWood. Plage moins bruyante. Ô cher vieux Old Orchard, où « les rues parlaient français ».

Puis ce sera, quelques étés, dans le New Jersey —10 heures d’auto dans le temps— pour des plages aux eaux bien plus chaude. À Margate Beach, rivage voisin d’Atlantic City-Les- Casinos ! Aussi, le Wildwood plus au sud où de jeunes crieurs du Baltimore, annonçaient sur les plages : « Philadelphia’s Daily News ». Vraie tanière de « radiocanadiens », viendra la mode Wells Beach et le retour au Maine. Une bien jolie presqu’île à deux rues seulement et où, curiosité, de nombreux phoques s’époumonaient chaque matin dans la lagune. Il y eut Kennebunk Beach puis Cap May, chic et discrète villégiature tout au bord de l’immense Chesapeake Bay.

Enfin, très longtemps, et aujourd’hui, au nord du site populaire du Hampton Beach (au New Hampshire) : « elle » ! La favorite, la noble et vieille station balnéaire —« victorienne » d’allure ici et là, notre chère Ogunquit. J’ai signé un roman (un polar) sur son dos, vraie carte du lieu : « Une Duchesse (du Carnaval de Québec trouvée assassinée) à Ogunquit ».

Eh oui, on y retourne justement. Ogunquit s’enorgueillit d’avoir hébergé la danseuse Isadora Ducan, les peintres Picasso, Matisse, le « Roméo-Usa », Rudolf Valentino, la vedette May West, j’en passe ? De vieilles photos les montrent si vous allez petit-déjeuner rue du pont sur la rivière éponyme. Là où des pêcheurs espèrent chaque jour. Donc, ça y est, juin revenu, cela nous a repris encore à Raymonde et moi. « On y va, oui ? » Toujours « oui. ». Ogunquit, un p’tit cinq heures de volant. Désormais, pour les bons souvenirs, des amis, parents, soudain rencontrés. Nos restos bien aimés. Surtout la fougueuse vague et ses frises blanches immaculées, les brises océanes. Sans cesse la rumeur rugissante de cette plage d’une largeur folle à marée base. Le soir, nos promenades jusqu’à Perkin’s Cove, mini-port à 30 minutes de marche. Ses boutiques d’artisans, ses fruits de mer partout, la petite foule qui baguenaude : fainéantise légère, heureuse des vacanciers quoi. Au port de Wells, dans un marais odoriférant, offre des homards frais à bon marché dans une grange rustique. Hâte !

Valises bouclées, chantonnant « partons la mer est belle » nous partons (un pèlerinage béni). Parce que maintenant, il y a pas que tante Maria qui a un peu de sous pour aller humer le bon air salin, les vapeurs d’iode, entendre mouettes et goélands, admirer ces espaces infinis où, en clignant les yeux, on imagine, fous, juste en face !, les rivages de la mère-patrie, bretons et normands !

Ö LAC !

Ne craignez rien, je ne citerai pas tout le poème de Lamartine. Ou de Musset ? Ma mémoire ! Bon, bienvenue ô (au) lac car oui, ça y est, le Rond s’est enfin dégagé de sa glace. Et puis les verts bourgeons bourgeonnent dans nos arbres et, ce midi, filant au nord, une flopée énorme de canards —huards, sarcelles, bernaches— ma méconnaissance naturaliste… ? On revient du sud (Maine) où, le long des plages, un vent froid soufflait sauvagement. Oui Ferland : « on gèle au sud, on sue au nord car, à Ste Ad, samedi, la chaleur torride !
Vendredi matin, à Ogunquit, nous petit-déjeunons au Huckleberry dans Beach Road. Un restaurant vieillot, plafond gaufré, lampes torchères, mobilier ancien à loges cuirettées, plancher de mini carreaux émaillés et plein de photos antiques aux murs époque du Rudolf Valentino, du Picasso, du Matisse, de la Gloria Swanson, tous touristes du Ogunquit d’antan. Quand s‘organisaient de célèbres courses d’autos, des régates partant de l’Anse à Perkin, à coté.
Une jolie dame qui lit Pays d’En Haut m’aborde : « Vous ! Pouvez-vous me dire ce qu’Ogunquit a de spécial pour que j’y revienne depuis 40 ans ! » Ma Raymonde trouve, lui répond : « C’est pareil pour nous, notre quarantième visite à nous aussi, c’est l’attraction des souvenirs. La force des sites familiers. Le pouvoir de la mémoire des lieux aimés. » Vrai. Plaisir curieux de revoir Wells Beach, joli bourg à jolis chalets, ou Portsmouth, ses quais. Portland, ses cafés, son musée. Les Outlets à aubaines de Kittery. Revoir en pensée René Lévesque à son cher motel Dolphin avec Yves Michaud, au poker au dessus des falaises sous les cascades bruissantes du merveilleux sentier Marginal Way. Ou Robert Bourassa et sa famille (et les bouncers !) à son cher motel Aspinquid fait de bardeaux noircis.
Début mai donc et pas de homard, c’est fermé chez Fisherman’s ou chez Lords. Chez Jacquie’s aussi. Nous reste, au dessus des barques du mini port, le classique rustre Barnacle and Billie’s. Reste aussi à admirer le vaste océan. Un jeudi matin, on est ébloui par l’infini des eaux et ses verts tendres au rivage, plus loin, vert dense comme vitre de bouteille ! Oh ! Et puis, la rivière gonflée de marée en bleus graves, si sombres. Marcher, marcher sur le sable tapé revoir ces vives frises qui rampes, moutonneuses, toutes immaculées au soleil. Héroïques surfers au large mais hélas ce vent du nord, brrr !
Un mercredi soir dans le noir du rond-point des tramways, assis à un banc, digérant les fameuses pâtes du Roberto’s, Shore Road, observer un fragile noir horizon, un phare clignotant, un ciel de lune et plein d’étoiles. Un peu plus tard, à l’est, des bleus de velours vus de la longue galerie du Norseman :la beauté ! Le lendemain, mercredi, en plein jour, étonnant ciel de roses et de jaunes, tout ce village 19 ième siècle sous une lumière romantique, faire les boutiques, nos yeux ravis. Retour donc et, samedi, ici, chaleur du nord (!). Rentrés au pays et ce sera donc le lac fluide, débarrassé, les bourgeons, de premiers oiseaux et ce flot de canards qui crient le retour du doux temps ! Vive la mer, vive les Laurentides.

DOUCE TERRE

 

 

Écoliers, nous apprenions : « Aucune terre n’est si douce que la terre où nous sommes nés ». Il y avait des chansons où « les petits mousses » pleuraient leur patrie perdue de vue. Où des matelots « à long cours » étaient tristes sans bon sens. On chantait, la larme à l’oeil : « Un Canadien errant… », chialeur : «  Vas dire à mes amis que je m’ennuie d’eux ! »

Je suis de ces générations, né en 1930, bien sédentaires. Le voyage était un luxe. Sans bourse, point de séjour à Paris ! Le sort de la majorité. À vingt cinq ans, je me croyais bien loin sur un joli cap nommé « Cod » au large de Boston ! Chante mon Dubois : « Le monde a changé tit-loup ! » Oh oui.

Voyez-moi au soleil, au bord du Rond, dimanche, avec un de mes cinq petits-fils, Gabriel. Lui, à vingt-cinq ans, il a bourlingué déjà pas mal : aux Fêtes, il était en Guadeloupe et là, en long congé de prof (il enseigne la musique), il me revient… d’Hawaï !

On a jasé, b’en, lui surtout ! Des beaux flots turquoises polynésiens, des montagnes aux lourdes frondaisons tropicales, des volcans, des vagues énormes de l’océan pacifique, des longues plages de sable blanc : « oui papi, comme du sucre en poudre ». Écolier, ce fils de ma fille, avait vécu, en France, (les échanges d’écoliers) sur une ferme moderne dans le Bordelais. Il y a pris, jeune, les bonnes manières de s’adapter, de s’intégrer.   « Tu sais, papi, ce fut alors « l’initiation » pour apprendre à vivre loin des siens, loin de son chez soi ».

Gabriel garde des souvenirs très heureux des guadeloupéens : « Oh oui, un monde très chaleureux, perpétuels sourires, incessantes salutations partout, offres spontanés de soutien. Que j’ai aimé cette île française. » Il me raconte les expéditions dans la nature tropicale, serpents, tortues, oiseaux, etc., aussi ces perpétuels cris des « coqs-à-combat », les déroutantes expressions en leur créole à eux, la bonne bouffe de ces « français exilés ». Bref, du dépaysement pas mal plus marquant que moi à Provincetown, Mass, en 1960.

Ainsi, je le sais bien, les nouvelles générations se remuent, déménagent à « avion-que-veux-tu » sur le globe. Comme jamais. Un voyageur me disait : «  Aujourd’hui, tu te rends n’importe où dans le monde, vraiment n’importe où, en Islande ou au Laos, et tu peux être certain de croiser un Québécois ! »

Est-ce dans notre ADN avec tant d,Ancêtres explorateurs ?

J’entend parler d’aubaines formidables via le web, de jeunesses qui consultent certain sites de la Toile où on déniche, semble-t-il, des « sauts de puce » (de ville à ville) offerts à vraiment très bon marché. Des billets d’avion à des prix incroyablement bas. Les temps changent, tit-Loup, oui. David, grand frère de Gabriel (et l’autre écrivain de la tribu ), boursier, a séjourné longuement d’abord à Cristobal (Mexique du sud) et puis à Bogotà (Colombie), —il baragouine l’espagnol. Quant à mon Laurent, « l’enfant du milieu », tiens, il rentre de Cuba !

J’avais 50 ans (1980) , moi, quand j’ai traversé l’Atlantique pour la première fois !

Quant aux deux fils de mon fils, Thomas, se trouve en Thaïlande au moment où j’écris mon billet. Là ? Là où se déroula cette lugubre histoire de deux québécoises empoisonnées, aïe, Thomas, touche pas aux cocktails ! Enfin, quoi dire « des voyages de « Gulliver-Simon », Simon, l’aîné ? Tout jeune représentant pour une machine belge (anti-pollution) Simon Jasmin trotte et est en train, ma foi, de faire le tour du monde, du Qatar à l’Argentine, du Brésil au Koweït. Un jour il est à Berlin, un autre il est en Italie ! Je le fais sourire quand je lui dis que ce « cinq heures de route » —Ogunquit-Maine— m’a fatigué !

LA MER RESPIRE VOUS SAVEZ

Ma chanceuse de fille me parle de beaux gros homards à très bon marché. Où ? À Cap Lumière, son camping chéri acadien. Éliane au téléphone : « Papa, ici, plein de homards vraiment pas cher, dans le 5 tomates, achetés frais péchés au quai de Richibucto. » Je lui révélais qu’au Maine, on crache 20 piastres (viande à chien) pour une bestiole à pincettes d’une livre et quart ! L’an prochain j’irai manger à ce Cap Lumière au pays de ma chère Sagouine.

Portrait d’Ogunquit ? Ce village « nouvelle Angleterre » était déjà populaire il y a longtemps. L’adonis Rudolf Valentino le fréquentait. Et Mary Pickford. Et Mae West. Cette station balnéaire —à la plage fascinante— eut la visite de fameux artistes dont Picasso et Matisse. S’y tenait une course automobile prestigieuse et de vieilles photos au HuckelBerry, (resto « style 1920 ») sur Beach Road illustrent ce lieu en vogue. À Ogunquit, plage inouïe qui, au rythme des marées, s’allonge sur plus de deux milles pieds ! Que de promenades dans l’air salin et iodé sur tout ce sable bien tapé, hypnotisé par la vue à la périphérie bleue embrassant des cieux infinis et cette mer au vert illimité et tout ce sable aux cent beiges sous les flots de parasols multicolores. Des vers de Rimbaud chantant « des plages de foules en joie » me hantaient. À Ogunquit on croise de nos compatriotes dans tous les coins, bien loin du Old Orchard commercial à motels entassés.

Vers 1988, j’ai publié (biblio publique) « Une Duchesse à Ogunquit » pour raconter et le crime d’une duchesse (de carnaval) et aussi pour décrire ce pimpant village. Dont ce célèbre Marginal Way, sentier écolo qui surplombe de jolies falaises et qui prend fin à Perkin’s Cove, lagune remplie de baraques d’artisans, aussi mini-port aux barques-à-homards dansantes.

Il faut le voir pour le croire. Tous les soirs, une cohue humaine défile comme en liesse entre cafés, restos, un cinéma, magasin de glaces, de « toffee », des boutiques, une multitude bruyante sur Shore Road, des deux cotés du carrefour, là où la Route No.1, rencontre les autres chemins et, oui, oui, où il n’y a aucun feu de circulation ! Courtoisie obligatoire ! Sur le quai de Wells le bon homard. Cher. Au sud, vers Kittery, il y a —comme jadis rue Amherst à Montréal « La grange à Séraphin »— « The Barn », où on se régale —à bon marché— de gargantuesques pièces de viande rouge.

Un midi, une compatriote : « ‘Coutez donc vous, là, êtes-vous celui qu’on pense que vous êtes, mes amies pis moi ? » J’ai acquiescé. Dans l’écume du rivage, des gamins jouent d’adresse sur des planches de bois, des ados sur des planches de plastique dans l’écume du large. Sur la plage —après cinq heures— de jeunes surfmen s’ébrouent. Les goélands quittent le toit du Norseman (sorte de « motel-paquebot » échoué), les sand-pipers s’étourdissent. Deux Hemingway installent une canne géante avec sardine en appât. Je verrai, tour à tour, la sortie frétillante de deux grosses prises. « C’est du 20 livres, ça m’sieur ! », me dit un loustic épaté.

Du matin au soir, de jolis bus rouges, déguisés en tramways, font des navettes incessantes. Partout un peuple estival, jeunesses et vieillesses mêlées, font voir le bonheur de l’été. Revenu, je m’ennuie déjà de la respiration océane. Car la mer respire et l’entendre m’est une joie.

 

 

 

ALLER AUX VUES ?

 

 

Joie folle, enfant, que nos premiers films montrés au sous-sol de notre église. Quelle évasion ! Bonheur d’aaller à quinze ans, une première fois, au « vrai » cinéma du coin de ma rue, le Château.

Dans notre vaste région de collines, aucun cinéma à partir de Lafontaine, Saint Hyppolite…  Ni à Ste Agathe, ni à St-Sauveur ? Pas un seul grand écran. Rien. Ici, nous sommes chanceux, il y a Tom Farmanian, il y a ses salles de Sainte Adèle ! Quel bonheur pour les cinéphiles. Certes, Tom doit afficher les gros succès populaires. Il a ses frais, tant de factures et de taxes à payer mais, cinéphile lui-même, il offre aussi les meilleurs productions du moment.

Le cinéma Pine est une des bonnes raisons d’aimer vivre par ici. Remercions Tom —qui a été honoré avec justice récemment— son travail acharné nous permet, comme les citadins de la métropole du Québec, de voir le cinéma dont « on parle ». J’y ai vu « L’artiste », gadget très vide —en muet et en noir et blanc et je fais partie de cette minorité (sans doute !) qui a viscéralement détesté ce « navet » (selon notre couple). Mais les p’tits vieux du jury des Prix Oscars, eux, ont été flattés de cet hommage venant des frenchmen voulant saluer (sans scénario structuré) les pionniers d’Hollywood.

Dimanche, au lieu d’aller me balader sur le lac Rond au beau soleil, on a été voir vu le film iranien qui a battu « Monsieur Lazhard ». Je n’ai rien d’un chauvin (aller vérifier) : « La séparation » est un très long et très bavard et très ennuyeux face à face —bien film et bien joué cependant. Un paquet de fieffés menteurs empêtrés dans une querelle bien bête et qui n’en finit pas. L’impression que « La séparation » dure six heures !

Il n’en reste pas moins que malgré des déceptions,  et c’est fatal, nous avons la chance de voir les films « dont on parle ». C’est important. Chaque fois que nous descendons la Côte-Morin pour y aller, on a l’impression, de vacances, l’été, d’aller au ciné Ogunquit dans le Maine, ou en Floride jadis !

Hélas, on me dit que les jeunes visionnent sur le « tout petit » écran de leur ordinateur, connecté souvent au « petit écran » de leur télé, un cinéma, me dit-on, aux centaines de choix. Mais il n’y a rien d’aussi festif que de se rendre à une salle noire, se retrouver solitaires mais solidaires avec les autres. Non ? Hélas, comme la peinture, la musique qui se fait, où la littérature (je le sais trop !) et la danse donc, les créateurs sont méprisés par cette jeunesse rivée à l’ordi. Voilà une masturbation, oui, un onanisme via le web sur le net. On a dit que l’arrivée de la télévision (automne 1952) avait tué les artistes de variété, les cabarets, etc. On peut dire que la venue de l’ordinateur tue aussi. Pourquoi se priver de ces réunions humains où ça tousse, ça remue, ça s’émeut, ça grouille, ça mange du maïs ou de la réglisse, ça vit ensemble, c’est un grand tort. Ne grave erreur. Disons même une forme de déshumanisation —une de plus. De grâce, un effort villageois des alentours, allez au cinéma  Pine. Ceci n’est pas une pause « publicitaire », c’est un appel en faveur d’un minimum de vie grégaire, de vie humaine normale pour une existence un peu communautaire.

Tenez, allez vite voir « POLISSE », un vrai petit chef d’œuvre de madame Maïween qui est aussi excellente actrice dans son film. Un captivant récit sur des faits vécus dans Paris. Récits fascinants avec des jeunes gendarmes, tous excellents acteurs des deux sexes. Voyez une jeunesse vivante ! Merci Tom !

 

 

Ô LAC ! (Lamartine)

Se baigner jusqu’en octobre ? L’eau moins froide qu’à Ogunquit en juillet. Un canard plonge et replonge, mais toujours le bec vide, son œil comme désespéré. Ô lac, merci de tes eaux « bonnes ». Parmi mes lecteurs, André Hébert (une ex-Grande Voix de Radio-Can) qui me lance : « Toi et tes chères petites bêtes ! », me dit avoir préféré ma dénonciation d’un Radio-Canada censeur, abolisseur de promotions. Mais quoi, j’aime le défilé canardien, j’aime mon spectaculaire sorbier qui ploie, j’aime mes sittelles et mésanges en farouches videurs du mahonia.

Bon. Parlons des actualités. Des innocents ignorent des réalités géopolitiques? Soit le « fond des choses » du courageux Duchesneau. Ou une Syrie en sang ( où on tortura Omar Khadr) . Plaignons les rebelles abattus comme pigeons piégés. Silence complice à l’ONU ? À Tripoli ( ou à Syrte) l’on collabore avec les dissidents. La Syrie ? Rien. Europe, USA, Chine et Russie attendent, le Canada harpérisé ne bouge pas.

C’est quoi ce refus d’appuyer ce printemps arabe syrien ? En Tunisie, en Égypte, en Libye aussi : tout l’Occident appuie les dissidents. Pas en Syrie ? Là, c’est good business as usual ! Qui mène le monde ? Réponse : les magnats du commerce. Pas nos élus. Au pays du dictateur Assad, il y a SHELL, Hollande et Angleterre, il y a TOTAL, la France), aussi le Québec, Sire Paul  Desmarais y est un important actionnaire. Le Canada ? Il y SUNCOR, son beau grand projet gazier là-bas.

Ô lac innocent qui m’offre ta douce houle.. Qui mène le monde ? Qui ménage le tyran despotique nommé Assad ? « Tout d’un coup que le despote gagnerait ? » On s’incline devant ce « refus de secourir »,  pas par respect, par envie de vomir. Écoeuré, on peut préférer admirer les pics-à-tête-noire, en gais froufrous dans les chèvrefeuilles. Magouilles de nos ambassadeurs à la solde des spéculateurs, peu importe le sang versé, nos « domestiques » ne nous représentent pas, citoyens. Ils sont au service des spéculateurs-boursicateurs. Des cupides Suncor, Total et Shell. De tant d’autres compagnies. Le Assad crie «« feu » à ses miliciens.

Voyez notre Charest à dépenses somptuaires revenant de Chine. Pour nous représenter, peuple ? Non. Pour soutenir nos entrepreneurs qui n’ont nul besoin d’un tel pitre. La gent des « avides » possède en Chine depuis longtemps réseaux, et contacts, allons ! Ô lac… cher Lamartine. Mais que ta beauté ne nous empêche pas de voir clair. En ce marécage syrien, un exceptionnel Robert Ford ( diplomate étatsunien) a osé dénoncer sur le puissant réseau ABC le Assad. Est-ce que M. Prudence-Obama et Mad. Calcul-Clinton vont le rappeler ? Ici, notre Davidson-ambassadeur ne pipe pas mot se fichant des syriens désarmés mitraillés. Pourquoi alors voler au secours des libyens (avec du fric des avoirs gelés du Kadhafi fuyard) ? La hâte de voir la réouverture des puits ? Ah, le pétrole !

Et moi, « pauvre petit moi » ( Marc Favreau) me plonger dans le lac, nourrir de croûtons ce canard affamé ?

FORTES FEMMES EN CANOT !

Dans mon canot, aviron en mains, je fais le tour du lac Je me sens bien bourgeois quand je me compare à tant de nos ancêtres, intrépides canoteurs. À notre bibliothèque, un livre renversant : « Elles ont fait l’Amérique » par Bouchard et Lévesque (Lux éditeur). Ce bouquin raconte les renversantes aventures de femmes pionnières dont les prouesses sont oubliées par l’histoire officielle.

À un bout du lac, j’observe le parc, sa jolie plage, à l’autre bout, un rivage préservée où le lac prend sa source. Je chantonne en hommage à ces découvreuses « Envoyons de l’avant nos gens… » Lisez ce livre fascinant, lisez sur cette Mina qui canote en baie sauvage d’Ungava. Qui explora le Labrador, y fit des cartes, des photos et publia des récits au pays des Naskapis. Retraitée d’aventures, Mina (Benson-Hubbard)  ira faire des conférences, à Londres, Paris, Rome. Elle  sera une vraie « coqueluche » pour des auditoires étonnés. En canot, en kayak, vêtue de peaux de caribou, Mina étudie les Esquimaux (les Inuits désormais). Vieillie, cette « hors du commun » discutera avec les Bernard Shaw, Henry James et un jeune colonel nommé Winston Churchill ! Notre savant Jacques Rousseau, épaté, s’en fera une confidente.

Pas moins renversante : Esther (Wheelwhrigt). Vers 1705-10, des Abénakis attaquent ces lieux où l’on va en vacanciers : Ogunquit, Kennebunk, York et c’est à Wells qu’Esther se fait enlever. Mode de prendre des otages Blancs pour exiger des rançons. Élevée en forêt du Maine parmi les « sauvages », canoteuse sur les rivières, elle est une indigène —au visage enduit de boue contre les moustiques. Conduite à Bécancour pour transiger, Vaudreuil acceptera de payer. Fusils, couteaux et rhum. Plus 40 écus. Esther sera conduite au pensionnat des Ursulines, le papa Whellwrigt est introuvable. Instruite, brillante, cette sauvageonne deviendra la directrice des Ursulines ! Lors de la défaite de 1760, Esther —une anglaise— sera le chouchou des Anglais. Ils accepteront de reconstruire le couvent qu’ils venaient de bombarder.

Il y a Elisabeth, devenue Isabelle, une Montour, une métis farouche, fameuse en canot canoteuse elle aussi. Elle est un  « truchement » fameux , une interprète, car elle parle plusieurs langues amérindiennes. Cette Montour ira explorer aux Grands Lacs, la région de Chicago, Détroit, villes pas encore fondées. Elle rencontrera le chef Pontiac, héros de la Grande Paix amérindienne de 1701, aussi le fameux Radisson. Aussi un jeune officier du nom de George Washington ! Madame Montour, dite la « Mal engueulée », fut une « coureuse des bois » respectée. Devenue très vieille, on la voit encore canoter, monter à cheval, se tenant très droite, devenue aveugle mais pouvant encore guider jusqu’en Ohio,  —terres vierges encore.

Hélas, pas l’espace pour Susan Laflèche-Picotte qui finira dans le show business avec Buffalo Bill. Ni pour Marie Dorion, refaisant l’expédition de Lewis et Clark, amie du célèbre Toussaint Charbonneau, fondant en Californie du nord, un village de Québécois ! Ni pour Émilie Fortin, Saguenayienne, unique « chercheuse d’or » au Yukon ! Ni pour cette Marie-Anne Gaboury, qui canotera de Lachine —où on met vingt canots à l’eau— naviguant l’Outaouais, les lacs, jusqu’au Manitoba pas encore fondé. Sans parler —partie de Sept-Iles et canotant dans la baie d’Hudson— de cette Maude (Maloney-Watt), dite « La mère Castor », nourriture des Cris. Femmes, vous devez lire ce livre ?

La marmotte du Manoir

Ma vue de la galerie est un jardin de…couleurs, Nelligan: du blanc et du mauve, ô lilas !. Pas loin, taches d’orangé clair, sorbier fleur !, et puis du rose, bosquet de chèvrefeuille,  sous ma rampe, mille miniparasols jaunes, le  mahonia, au sol, paquets bleus de forget-me-not ! Tout ça pour quoi ?, pour quinze brefs jours ? Hélas ! Revenant d’une soirée théâtreuse ( à cause de Raymonde, folle des scènes !), en visite chez Claude, l’aimable bibliothécaire du « Manoir d’Outremont », que vois-je par les fenêtres de la salle à petit-déjeuner ? Elle, oui, ma Donalda. Là, en ville, ma grosse marmotte dodue qui trottinait vers un boardwalk du jardin ! Non, je me trompais, elle a les yeux noirs, la mienne, à Ste Ad, a les yeux gris ! Ouf !

Mais, un matin récent, urgence, me voilà en ambulancier d’occasion et je conduis à Ste Agathe ma mie —un accès d’asthme ! Consultation efficace. Remède. Fin. Ouf!, elle va mieux. L’attendant au parvis, il y avait là, un rocher noir, une pierre lugubre, sombre anthracite et qui bouge ! Qui a des ailes qui se lèvent : c’est un immense corbeau parké dans le parking et qui me nargue, gros comme un veau, qui s’immobilise, paquet de suie sale, il m’observe de son louche regard, quand je m’en approche. Un duel en vue ? Un jeu vidéo ? Hitchcock au secours ! Je fonce sur le big-shot et enfin il ouvre ses parachutes de charbon, s’envole loin de l’hôpital. vers le nord-ouest.

Quel bouquet mirifique dehors. Bon. Je rentre retrouver ma « tousseuse ». Qui me dit, regarde encore, notre famille canardière qui surgit sur le quai ! Qui disparaît, reparaît !

Coup de fil : mort de mon voisin, le gras juge B. Qui nous saluait à peine. Adieu « votre- honneur » ! Mort de Léveillée, venu de la petite patrie, rue Drolet et De Castelnau. Un coup au coeur.

Être vieux, handicapé mais recevoir l’aide d’un fils. Merci Daniel. Venu de son lac Doré (Val David) au Rond, dix minutes. Voir au radeau, au quai, à une haie, à la chaloupe et au mobilier de jardin. Juin bien installé et cette jambe droite comme ankylosée, zut !

Marielle, ma documentaliste de Rosemont-la-neuve, ma sœur, qui  dit « non à Ogunquit », cette saison. Oh ! Devoir refuser la mer où l’attendait Nicole, mon autre révérende sœur. M’expliquant « Peau fragilisée et fini le soleil et la plage ».

Pour mes lecteurs de « Branches de Jasmin » attachés à mes cinq ex-gamins : le jeune prof de musique, Gabriel, part pour le Neptune d’Ogunquit, Simon est parti mission  commerciale… loin, au Qatar ! Sédentaire, mon Laurent défie le monde des pixels et autres effets électro-magnétiques (un monde que j’ignore) au carrefour Angus, rue Rachel. Le « littéraire » David, écrit à Bogotà, en Colombie où la vie coûte si peu ! Enfin, l’étudiant Thomas en vacances, via-les-aubaines-internet, voltige de Berlin à Rome, de Barcelogne à Louvain-la-neuve ! « Et moi pauvre de moi… » comme chantait feu Bécaud, je convalescence, pénible sort, fait du vélo-sur-place et du tapis-marchant au gym du centre commercial…avec quatre écrans de télé au dessus du visage ! À plaindre non ?

Il y a mon bonheur et plaisir, cette chronique et…la lente ponte d’un neuf roman («  La mante juive ») qui veut narrer un bien mauvais souvenir de jeunesse quand je me suis sauvé peureusement d’Anita K., une si jolie jeune juive sauvée miraculeusement des fours crématoires… réfugié à mon « École du Meuble ». Parution en décembre, probable, si… mon petit camarade Claude Léveillée n’insiste pas pour m’avoir à ses côtés au Paradis promis ! Eh !

MOURIR À SAINTE ADÈLE, P.Q.

Il y a des chansons sur mon village : « Dans l’train pour Sainte-Adèle, tchou, tchou » du géant Félix. Celle de Ferland, « P.Q. ». Et d’autres encore. Jeune, ce lieu était comme mythique. Avec la radio, et la télé plus tard, le prolifique  Grignon, le premier, contribua fortement à « mettre sur la carte » ce village laurentidien (*) entre Saint Jérôme et Saint Agathe, juste au nord du dynamique Saint-Sauveur. Ceux qui estiment ma prose à La Vallée voudront sans doute me retrouver avec ma vie racontée quand j’étais petit garçon et puis gamin intrépide aux (hélas !) mauvais coups flagrants, enfin en adolescent romantique comme nous le sommes tous à cet âge, tourmenté par un avenir imprécis.

Ces fidèles croisés dans nos rues et qui me disent apprécier mon écriture voudront (chez un Renaud-Bray par exemple) se procurer « Enfant de Villeray ». Livre de poche pas cher frais sorti des presses. Ilustré de 25 portraits (parents et gens du quartier) dessinés de ma blanche main ». « Toute enfance est un roman », a-t-on écrit. « Enfant de Villeray » est mon autobiographie. Ma jeunesse. À la dernière page, c’est septembre 1951, je dis adieu à Villeray et à ma mère qui a les yeux pleins d’eau sur le balcon de la rue Saint-Denis. Je pars pour Sainte Adèle.

Est-ce que je vais y mourir, l’âge est arrivé pour me poser la question. Quand je songe à 1951, je revois l’époque des jobs d’étudiant. En milieu modeste, les ados cherchent des emplois d’été. Je serai « planteur » dans un bowling, puis emballeur dans un marché Steinberg rue Saint-Hubert. À coté du ciné PLaza où le remuant Norman Bratway (né dans ce coin !) enregistre « Belles et bommes ». Avant Sainte Adèle pour organiser mon atelier-écurie, j’aurai appris, rue Clark,  à démonter les parapluies (Brophey Umbrella), rue De la Gauchetière, à assembler des sandales de plastique ( Smith’s shoes). Je fus refusé chez KIK COLA rue Villeray, mais interrompant monsieur Laroche, directeur d’un Business College voisin, qui causait avec monsieur Lapierre, gérant chez « Seven Up », j’obtiendrai son « oui » et j’allai corder des caisses par rangés de douze de haut ! Hasard ? Quand « Seven up » fermera, c’est feu M.Laniel, mon voisin de Sainte-Adèle qui ouvrira là son « Laniel’s amusement. »; un Jean Coutu actuellement. Les fils de richards, comme Elliott Trudeu, ne s’éreintent pas trop, font du canotage derrière Morin Heights, ou villégiaturent à Ogunquit.

Je recommande aux parents ces jobs d’été, le jeune y découvre la vie du plus grand nombre, l’existence rude de la majorité. À seize ans, à dix-huit ans, j’ai pu m’humaniser et comprendre le terrifiant réalisme du populo. En fabriquant des « fudsicles », sorbets variés,  chez Lowney’s, usine devenue une jolie bibliothèque rue Lajeunesse, à Ahuntsic. Ou en fabriquant, rue William, des bustes de papier-maché pour les vitrines de la PLaza. Sainte Adèle, son centre d’art, allait me délivrer de ces pénibles emplois. Je rêvais. Même Picasso aurait honte de ses céramiques made in Vallauris. Je rêvais beaucoup à la fin de mon enfance dans Villeray (Michel Brûlé, éditeur).

* j’écris « laurentidien » désormas car « laurentien » s’est toujours appliqué à tous les habitants de toutes les vallées du fleuve Saint-Laurent; cela de Gaspé à Gatineau, n’est-ce pas ?

C.J.

JASETTE AVEC UNE CANE !

Je descends au lac, découverte d’une grasse cane installée au quai de Maurice-Voisin. D’habitude elle navigue dans mes alentours entourée de ses canetons. Qui garde les enfants ? M’apercevant, elle allonge son cou d’un beau brun saturé. Une « sarcelle canelle » ? « Non, Cloclo, me dira Raymonde à on manuel, impossible par ici. C’est un fuligule. Ou un colvert femelle ».

Le regard de ma cane, l’air de dire « D’où sors-tu, toi? » « Bof, dis-je, je reviens d’un studio de radio où l’animateur a dit grand bien de mon bouquin « Le rire de Jésus. (À la radio-SRC, dimanche à 14 h.)  La mère cane me fixe, en veut plus : « Ah, déplaisante nouvelle, Gabriel-petit-fils en route pour Venise, se fait voler son sac-à-dos. En plein Genève. » La brunette cane indifférente remue du derrière. Ce même jour, cris d’orfraie de Raymonde au salon. J’accours. Un loup ou un lion laurentidien ? Non. Une mini- souris, qui fuit à la cuisine, lui léchait une cheville ! C’est une énième visite de souris, alors course chez Théorêt et achat de trappes.

Mais… si légère, cette croque-fromage, qu’elle avalera sa ration la nuit venue sans déclencher le fatal ressort. J’ai raconté ça aussi à madame Cane.

Le lendemain, vendredi, anniversaire de ma bru, Lynn et fête au joli « Jardin de Lee » de St-Sauveur. Je revivais un de ces vendredis soirs bien saintsauveurois avec, dans l’air, de cette vitalité froufroutante. Ambiance du « pier » à Old POrchard en 1960, de Provincetown en 1965, de Perkin’s Cove d’Ogunquit en juin dernier. St-Sauveur : la rue Saint-Denis-en-bas. Heureux trépigneurs sur tant de terrasses résonnantes de jaseries caquetantes.

J’aime bien. Je songeai aussi à mon coin de rue Bélanger, animé par deux cinémas aux marquises remuantes d’ampoules, aux très achalandés restos « Château Sweets », « Rivoli Sweets », leurs bars-fontaines à miroirs, loges de cuir rouge, rampes et patères de laiton cuivre doré. Je racontai St-Sauveur à ma cane solitaire. Ma surprise d’y rencontrer Simon Jasmin, fils de Lynn, tout frais rentré d’études à Louvain-la-Neuve. Mais, merde !,  voilà ma belle Pauline-Voisine sur le dos. L’ambulance pour la métropole rue Morin. Opérée en cardiologie. Elle, la plus belle fille du notaire Lalancette, rue Parc Lafontaine. Convalescente, je lui porterai du chocolat « belge », cadeau du Simon. Halte ! Ma cane déplie ses fines cannes et puis ses ailes. À l’eau canard et fin de ma jasette !