Le mardi 8 janvier 2002

Le mardi 8 janvier 2002
1-
Installé devant le vieux modèle d’ordinateur, Chemin Bates, je veux continuer en « Journées nettes » craignant tout de même…des ratés. On verra. Suis allé d’abord à j.et c. au sous-sol du Manoir. Il y a là quelques boutiques de commodités pour les « pensionnaires » de l’énorme complexe. Un salon de coiffure où je vois toujours de très vieilles dames installées pour se faire, se refaire, une beauté…capillaire. Au de-là de « l’âge des frivolités »‘, constater chaque fois que j’y passe l’éternel souci du « bien paraître » qui accable la gent féminine. La pharmacienne vietnamienne est là, enfermée, sans lumière du jour, attendant sans cesse toute cette clientèle du vaste Manoir, où les petits et grands maux corporels doivent se multiplier. Coin infirmerie, désert le plus souvent. La garde… lit. Coin banquier…pour dépôts et calculs finaux des rentes (ces FEERS) et quoi encore ? Mon dépanneur, venu d’Afrique du nord visiblement ‹ô minorités visibles, on vous voit !‹ toujours affable semble étudier, amusé, le comportement vacillant de ses vieilles et vieux qui ramassent, très lentement, les denrées nécessaires pour…survivre.
Aile et moi, à l’occasion, faisons de vagues plans pour ce…quatrième âge… qui viendra un jour. Où aller s’installer ? Dans quelle immense cages-à-vieux ? On tente d’oublier le fait le plus souvent possible. Aile a toujour en mémoire, odieuse, la fin des jours de sa maman, à « Marie-Rollet », à Rosemont. Les tracas inévitables quand on perd son souffle, sa vitalité, ses souvenirs eux-mêmes…La déchéance…Brr… Aile, sombre, agacée, énervée par cette échéance-santé qu’elle maudit d’avance. Moi, toujours « tête heurteuse », je m’imagine volontiers encore bien vigoureux à cent ans.
Le soleil, ce mardi, se débat avec un ciel blanchi à la chasux vive, translucide par rares endroits, voulant régner dans l’air froid de la saison. Hier soir, bouffe chez mon cher Piccola, rue Saint-Laurent. Toujours nos calmars grillés avec pâtes aux tomates. Les petits pains huilés et à l’ail dans le panier, une tradition chez « Piccola ». En sortant, en face, une bannière géante tire les regards sur l’église Saint-Jean de la Croix, on y lit, bien iconoclaste : « L’ÉGLISE EN CONDOS », venez voir ! Ô mores, ô tempores ! L »église en condios, formule païenne en diable ! Qui l’eût cru ? Près du marché Jean-Talon, petit parc joli juste en face de cette église-en-condos, la métamorphose « appartementale » aura lieu rapidement, n’en pas douter.
Trouvé à la Piccola le « ICI » de la semaine. Toujours brillant ce Robert Lévesque qui y tient chronique. C’est un fou intéressant. Il étale sans cesse sa culture, qui est solide, et ça fait étrange dans ce petit « canard », donné comme « Voir ». Denise Bombardier qui l’a croisé rue Bernard, dit-il, lui aurait crié: « Ordure ! » Allusion à cette critique anti-Tremblay, celle d’un roman que le Lévesque avouait ‹incroyable !‹ n’avoir pas lu. Un fou ? Un drôle de zigue, captivant à lire, se chassant lui-même, il y a un ou deux ans, du prestigueux « Le Devoir » en tripotant méchamment, de nuit, ses ordinateurs. Lévesque écrit dans « Ici »: « Quand la mort nous débarassera-t-elle de cette détestable Bombardier ? » Puis Il cite ‹il cite beaucoup‹ Cioran:  » Je tue le temps et le temps me tue, alors on est à l’aise entre assassins. » Vous voyez le genre de pensées qu’entretient ce gaillard, un sosie de Quasimodo. Tremblay rétorquait ainsi à la vacherie lévesquienne à CBF-FM, chez Homier-Roy: »C’est un suicidaire, ce R.L., il n’y a qu’à attendre. » Ma foi…
2-
J’ai lu hier soir un bonne partie de « Mystérieux Mozart » de Sollers. (Plon, éditeur.) Que de citations ! Sollers a devant lui les sept volumes de la correspondance du génie allemand. Aussi ses biographies. De plus, il a fait une sorte de pèlerinage en Autriche, dans les pas de Mozart. C’est un bouquin vivant, allègre mais il faut s’y connaître en musique pour bien suivre les méandres de sa pensée, les connections ébouriffantes qu’il fait en érudit inspiré. entre la vie et les oeuvres d’Amadéus. Solers fait des allusions estimables au célèbre film de Corman: »Amadéus », que j’aimerais bien revoir. Livre parfois confus par tant d’éclairs d’érudition musicale, car Sollers s’y connaît en musique. Il en reste pas moins que je tournais les pages. Cela, c’est la marque indiscutable, finale, d’un livre de talent. Je le terminerai et avec plaisir. J’apprends sur ce petit garçon trimbalé d’abord par papa Léopold, musicien lui-même et tout fier de son enfant-prodige, qui deviendra un fabuleux compositeur avant…1791, de crever dans la misère, sa cote baissant à mesure qu’il ose complexifier, louanger des forces occultes (il était franc-maçon), vanter les mérites de l’amour libre sur « argent et pouvoir », ses ouvrages critiqués par l’établissement viennois, sont devenus, aujourd’hui, bien consacrés dans l’univers entier, vraiment sur tous les continents.
Ce matin, à la radio de Bazzo, soudain, cette chanson si légère qui me fascine tant, avec ses notes de piano fraîches comme gouttes de pluie, notes claires qui dansent, qui volètent… »la mer du nord en hiver »… « la mer du nord en hiver »… Le cher Souchon ! Vite, zapette et je hausse le son: « La mer du nord en hiver »…ta tara, ta, tatata… c’est si joli, de nouveau, mon coeur en joie. C’est peu, c’est tout. Une « tite » toune, bien éloignée d’un opéra de Mozart. N’empêche Sollers me donne l’envie d’acheter des cassettes -Mozart: « L’enlèvement au sérail », « Les noces de Figaro », « Cosi fan tutte », « Don Giovanni », « La flûte enchantée ». Je le ferai ? J’en ai assez, et depuis longtemps, de rester un quasi ignare en ce domaine de la « Grande musique ». Chez moi, enfant, rien en musique « sérieuse », comme pour la littérature. Aucun livre à lire… que des annales pieuses, abonnements de papa-le-pieux.
Coup de fil de la productrice, Ghislaine Amyot, de Vendôme (où se trame mon projet sur l’histoire de l’art d’ici ). Oh, on va me dire: « Oui, venez, on fait votre cher Marc-Aurèle Fortin, le Canal Historia marche ! Venez vite. ! » Mais non, c’est plutôt :  » Méfiez-vous d’un « virus », Claude. N’ouvrez pas tous les courriels, ces jours-ci, jetez à la « poubelle » tous les « envois » concernant « Vendôme ». Virus méchant !  » Courriel, poubelle, envoi, virus: vocabulaire d’aujourd’hui.
3-
Ma grande soeur, Marcelle, au téléphone, très énervée à préparer l’anniversaire, le 19 qui vient, de Marielle. Réunion du clan pas facile à faire. Niaises disputes sur amies, nièces, neveux à joindre à la tribu….Voyant son désarroi… je décide de prendre l’affaire en main. Aile fronce les sourcils. Bon. Pas la fin du monde. Gros paquet de coups de fil, en somme. Quoi chère Aile, confiance, j’y arriverai. Trouver du temps donc pour organiser cette rencontre festive. Louer à la « Piccola » tiens ? Je verrai. Et les cadeaux… l’argent à ramasser… ? Oh la la ! Molière: qu’allais-je faire dans cette galère ?
Lysiane Gagnon, ce matin (« La presse ») fustige le « couple royal », à Ottawa, Clarkson et Saul, pour leur audace, leur franc-parler ‹ »déplacé » selon la Gagnon‹ sur W. Busch, sur les Croisades catholiques, bien plus meurtrières que celle de ces odieux intégristes musulmans, et, re-bang: sur les vendeurs d’armes en Occident ‹Canada compris ?‹qui collaborent aux chamailles sanglantes du Tiers-monde dont, évidemment, l’Afghanistan…Etc.
La Lysiane commande: fermez donc vos clapets, ne dévoilez pas vos opinions, vous êtes en « représentation officielle ! » Belle mentalité. C’était au chef rouge, Chrétien, de ne pas nommer des intellos à des postes niais. Il devait savoir que certaines personnes restent des « esprits libres », qu’importe le costume de parade, les rubans et les médailes.
Je me sens bien: et Mario Roy et Pierre Folglia ce matin, opinent dans mon sens (voir une J.N. récente) à propos des sans-abri, itinérants montréalais. Qu’on leur fiche la paix, ce sont des anarchos qui refuseront toujours tout de notre société organisée, par exemple, même les règlements légers des centres d’accueil.
Folie donc, maitre cucul et coco, Tremblay, de vouloir stabiliser des instables…pour un bref ou un long temps. Comme de vouloir traquer des terroristes (souvent suicidaires). Nous lisons, ce matin, un premier bilan de cette guerre à des « ombres ». Une dépense colossale pour le budget des USA ! Lisez bien: Neuf cent quatre vingt dix neuf millions de dollars. Us. Un milliard tantôt ! Bombes sur les intégristes de tout poil pour dénicher quelques leaders, « fous de Dieu » qui, c’est probable, ne savaient pas grand chose de précis de l’équipage sordide entraîné en grand secret pour attaquer les deux tours de World Trade Center dans Manhattan, le 11 septembre.
Ma riposte à moi. Ma guerre aux kamikazes ! Simple. « Ah si j’étais le roi ! », dit une comptine. Au lendemain de l’horrible tuerie, aurait débutée, vaste et discrète à la fois, une gigantesque opération d’infiltration des milieux musulmans louches ‹connus déjà et à découvrir‹ ceux du fanatisme islamique, intégriste. Une opération forcément secrète. Avec, partout, des agents secrets. Stipendiés généreusement. Ce qui ne coûte tout de même pas « un milliard de dollars ». L’argent ? Payer des arabes-espions et des « balances » ? Mais oui. Le fric n’est pas seulement le « nerf de la guerre », il est celui de l’espionnage, de l’information productive, efficace. Des agents secrets donc, en bien plus grand nombre, et leurs « stools », indicateurs, collabos indispensables en ces sinistres matières.
Attention: engagement massif d’agents d’origine arabe, parlant la langue des « fous » du « Allah ou akbar », oui, en quantité, la plus grande possible. Il ne manque pas d’araboïdes sur cette planète, musulmans non-pratiquants comme nous ne pratiquons plus, majoritairement, le catholiscisme. Des Arabes de toutes les teintes qui n’ont ni foi vive en Mahomet ‹monté à cheval au paradis des vierges‹, ni aucun intéret dans cette dérive religieuse fanatique.
Facile d’engager et d’entraîner de tels gens, on en trouve par centaines de milliers dans toutes les mégapoles du monde. Et il n’en faudrait pas, pas du tout, des centaines de milliers. On n’apprend rien sur des planqués machiavéliques, en déployant les fantastiques et ruineuses forces armées d’avant-garde sur un pays misérable aux tribus en chicanes. Allons donc ! Le forcené, le (ou les) terroriste illuminé, à l’esprit tordu, peut se terrer en Indonésie comme aux Phillipines, à Los Angeles comme à…Montréal. Ce serait mon plan si je m’installais au Pentagone, une CIA momentanément très agrandie.
J’ai dit et, ô Seigneur, s’il fallait qu’à Washington, un sbire important lise tout ceci ? Et tombe d’acord ! Voyez-vous cela ? Appel d’urgence: je dois prendre immédiatement l’avion pour Washington ! Moi, pris à organiser l’affaire. Et ces Journées nettes, hein? Faudrait suspendre mes écritures quasi-quotidiennes. De grâce, n’envoyez pas une copie de mon (sobre et) intelligent plan au « bureau oval » de la Maison blanche. Laisez les industriels américains en armement continuer à se frotter les mains, à s’enrichir comme jamais. Eux, sans les guerres, ils se lamentent.
W. Bush a fait beaucoup pour ranimer cette sale industrie et on le lui rendra aux prochaines élections. En attendant, à Washington, coupons les protections sociales, le partage des richesses avec les démunis, les malchanceux, les mal-instruits ! Mon plan ne ferait rien pour les usines de mort. Il ferait dépenser moins de centaines de millions des taxes des travaileurs américains. N’empêche si un Secrétaire à la défense, ou un « sous-queuquechose » important, m’approuvait subitement, par miracle. Une colombe ? Coup de fil:  » Misteur Jazzmine ? Here « Double You » ! Génious, your plan. Come here, fast… » Plus de journal ni demain, ni pour longtemps ! Tremblez mortels lecteurs.
Bien compris ? Silence partout donc. Ça vaut mieux si vous tenez à lire mon journal.

Le dimanche 6 janvier 2002

Le dimanche 6 janvier 2002
1-
Ça part, ce matin, en un décor absolument cinétique. Revenant de j. et c. (pour journaux et cigarettes) au ciel, lutte, un combat. Un globe translucide, au dessus du clocher de l’église, qui semble filer à toute vitesse. Illusion bien entendu. De longues nuées grises filent vers l’est à vive allure en cachant à intervalles irréguliers. Beau spectacle donc : cette sphère si lumineuse, soleil hésitant , entravé, au firmament. Cela me met en joie. L’hiver, le soleil est bas et penche vers le sud. Il se couchera, si on le voit, presque au sud. Sacrée mappemonde hivernale ! Pourquoi la terre, ainsi, s’éloigne-t-elle chaque année, durant des mois, de l’Astre bien aimé ?
Ça y est, sommes allés voir ce fameux film d’un Pakistanais : « Kandahar ». Salle assez bondée en ce samedi soir, surprenante pour un film pas du tout « hollywoodien ». C’est un petit voyage, via un récit assez maigre. Un émigrante d’Afghanistan, vivant au Canada, est revenue chercher sa sœur suicidaire, prise à Kandahar, qui l’a appelée à son secours. Elle ne la retrouvera pas. Fin. Le film fait voir une population démunie, aux prises avec des embûches connues par la télé. Des mines qui explosent, des pirates du désert, des femmes-esclaves, des enfants enrégimentés par l’intégrisme. C’est pénible. C’est effrayant. Et, oui, oui, c’est de toute beauté !
Défilent sur fond de sablonneux toutes les scènes. Caravane de chameliers, fuyards vers l’Iran (ou le Pakistan), à la fin une procession pour des noces. Les couleurs sont envoûtantes et on se surprend à admirer (comme au musée !) le contraste entre ces beiges, ces grèges et ces bribes de populace appauvrie. Certaines séquences cognent : par exemple, le parachutage de jambes artificielles, la troupe des manchots, des unijambistes boitillants, courant vers ces jambes tombées des hélicoptère de la Croix Rouge ! Les jeunes écoliers sous un « mollah » sévère les abrutissant de sentences du Coran.
Étonnant morceau visuel : des visiteuses envoilées chez un faux-médecin, un réfugié revenu des USA qui tente de soulager leurs maux. Or, samedi, dans un recoin de « La presse », voilà que l’on nous informe que cet « acteur » est un terroriste, un assassin, qu’il est recherché par la CIA! Au cinéma, Aile et moi examinons la tronche de l’acteur-médecin : une bouille des plus sympathiques ! Une histoire à suivre. Le cinéaste, en somme , a « fabriqué » un docu-fiction. Comment être certain qu’il n’ y a pas eu arrangement , mise en scène ? Ces couleurs si jolies, etc. Quoi est authentique dans ce travail visuel ? Cette horde pour un mariage, ces paniers tressés surgissant au dessus des têtes, ces cruchons jaunes uniformes et quoi encore ? Eh oui : nous allions pleurer…nous sortons comme éblouis par le spectaculaire des formes colorées ! Maudit cinéma menteur peut-être ? Curieux amalgame de « beauté et misère » !
2-
Ai-je écrit comme il faut le nom de Frida ? C’est Khalo. Je poursuis la lecture de « sa vie », livre prêté par l’ami Cuillerier (« Spooner »). Ce Diego Rivera, séduit par cette jeune fille idéaliste et romantique, Frida, il va la fréquenter et puis l’épouser, en sort amoindri, que Le Clézio le veuille ou non. C’est un furieux « communiste », admirateur des Bolivar, Zapata et Cie, qui part volontiers (en Californie puis à New-York et à Détroit) travailler aux États-Unis. Il y est invité par des « big shots » qui admirent sa fougue de fresquiste, illustrateur anti-capitaliste ! Ce coco, rouge et blanc, bien Stalinien (il vilipenda les révoltés de Budapest, le salaud !) est d’un égotisme écœurant. Je poursuivrai tout de même, voulant mieux savoir de quel bête humaine s’entichait l’héroïne, peintre surréaliste, Frida Khalo.
Mon étonnement pour l’indigénisme du muraliste célèbre, l’admiration inconditionnelle des Indiens d’avant Colomb, une religion. Il prêchera à des artistes américains : « Soyez vraiment modernes. Oubliez les antiquités de l’Europe, gréco-romaines, nos sources d’inspiration doivent désormais se rattacher à notre monde antique à nous, celui des Aztèques, Mayas et Incas ! » Cette vénération bizarre fait voir de l’accaparement. Une sorte d’usurpation. Diego R. semble vouloir assimiler l’art « assassinés » par les Espagnols comme s »il était lui-même un Indien précolombien. Il semble ignorer qu’il y a eu à New-York, en 1913, la fameuse exposition « Armory Show » qui fit voir aux Américains du nord la révolution de la peinture de l’autre côté de l’Atlantique, qui était réelle, pas du tout gréco-romaine ou néo-folklorique.
Voilà que ce matin, « La presse », Marina Picasso, une grande bourgeoise névrosée, publie un livre pour accabler son riche papi mort , Pablo Picasso, de tous les maux. Je ne doute pas de l’égocentrisme du « maître », il n’en reste pas moins que de rendre Picasso responsable des suicides et autres dérives familiales semble bien fort de café. Comme pour Diego Rivera, le public apprend des atrocités sur les « cœurs secs » de ces grands artistes, —pas tous, pas le génial Renoir par exemple. Cela me laisse toujours songeur, ces célèbres dégueulasses qui ont produit de grandes œuvres mais qui furent des monstres d’égoïsme. Un mystère à mes yeux, de si féconds esprits créateurs et des endurcis notoires. Femmes séduites, engrossées, que l’on abandonne totalement, progéniture négligée complètement. Oui, un mystère, cette irresponsabilité d’adultes surdoués. Des êtres inhumains, des êtres capables de continuer à vivre, à produire, cela sans se soucier aucunement des abandonnés en cour de route. Je les admire mais ne les aime pas du tout. Amour et admiration : deux choses.
3-
Curieux : je vois et revois, à la télé, le président du Pakistan, et, cela me frappe chaque fois, c’est le sosie de Bernard Barrière, le papa de Marco, mon gendre. Celui-là qui voit à installer mes J.N. sur le site… qu’il a fondé. Ce Bernard est mort il y a peu de temps. J’ai fini par mieux le connaître en allant le visiter, avec Aile, à Saint-Peterbourg en Floride, il y passait ses hivers. Je découvris les « mobil hommes » et cela me servit pour mon roman « Pâques à Miami ». Il me raconta des bribes de sa jeunesse… assez dorée en comparaison de la mienne. Le père de Bernard —le grand-père de Marc—, un fidèle duplessiste (il fut député) était un de ces industriels —la chaîne de magasins de chaussures « Omer Barrière »—, homme rare dans le temps. Bernard —nous marchions un rivage du Golf du Mexique, jetant des pinottes aux goélands— me parlait du temps de sa jeunesse quand il pilotait son avion, de nuit, ébloui par les lumières des villes qu’il survolait ! Il était gravement malade déjà et je sentais qu’il faisait le bilan, plus ou moins secret, de son existence. La nostalgie comme consolation au bout du rouleau de vivre ? Je le crois.
4-
Ce matin deux articles de « La presse » (Péan et Apostolka) parlent d’un romancier, Gilles Dupuis qui publie « La chambre morte ». Il semble que l’auteur juge le manifeste des artistes « automatistes », « Le Refus global » comme une date importante dans le réveil national. C’est tout à fait faux, le pamphlet ne sera lu que par une infime minorité, tous marginaux. Hélas, il n’aura aucune influence sur la population québécoise de ce temps. C’est maintenant, rétroactivement, que l’on en a fait une sorte de date historique. Un mensonge donc ! Les gens de 1949 n’ont pas bougé un doigt quand Borduas fut congédié de son poste par le ministre Paul Sauvé. Dupuis invente et brode là-dessus. L’ignorance des nouvelles générations ?
Étonnant, ce matin, de lire (La presse) « le chemin de Damas » d’un initiateur en cybernétique, M. Fisher. Voilà que ce propagandiste allumé des ordinateurs revoit son cheminement et avoue qu’il préfère le bon vieux « livre en papier » au « power book ». Il admet que le livre va vivre longtemps encore et qu’il est plus utile et bien plus plaisant que l’écran. Il dit maintenant : « L’ordinateur, c’est bon pour la documentation des chercheurs pressés, pour les encyclopédies si lourdes et les dictionnaires, l’ordinateur. »
Eh b’en ! Ce retour en arrière d’un savant en la matière va faire plaisir à tous ceux qui enragent de la vogue actuelle, celle du « tout-à-l’ordinateur ». Aile, par exemple, est ravie de ce « Paul » converti, tombé de cheval à Damas-Montréal.
Mon ex-camarade chez « Parti-Pris », André Major tenait, —tient toujours ?— journal. Pigeant dans ses éphémérides de diariste, il a publié « Le sourire d’Anton » où, selon Martel, Major se soucie des « laisser-aller » contemporains en écriture et ailleurs. Sorti du « trafic », comme moi, faut-il toujours s’apitoyer sur la culture qui se forge désormais ? Pas mon genre. Je suis un indécrottable optimiste, moi. Aile, comme Major, est plutôt craintive —parfois carrément désespérée—face aux débordements divers.
5-
Merveilleux coup de fil, ce midi, d’un éditeur satisfait d’un manuscrit. Des Trois-Pistoles, Victor-Lévy Beaulieu, de bien bonne humeur, m’annonce qu’il est si content de mon « ÉCRIRE » qu’il veut le publier, dès avril, pour le « Salon du livre de Québec. » Je lui ai demandé un délai de quelques jours pour mieux peaufiner mon texte. Je dois aussi lui « courielliser », en plus du texte définitif, une page manuscrite et un dessin. « En couleurs, si tu veux », dit-il. Euh… Il y a que je sais pas comment faire ! Sinon, les J.N. seraient illustrées de photos ou autres documents visuels, l’on pense bien !
Il faudra maintenant que je fasse appel au fils, Daniel, pour qu’il m’enseigne la procédure.
« Tes quelques envolées lyriques, ici et là, au milieu de ton « Écrire » me plaisent énormément », m’a dit V.-L. B. Justement, je veux en ajouter une ou deux de ces …envolées ! Je m’y jette drette là !

le samedi 22 décembre, 2001

le samedi 22 décembre, 2001
Conte de Noël
La lumière va s’éteindre. Soleil au ciel. Un samedi de franche clarté.

Daniel me recommande faire plus court. Je crois qu’i a raison. Ma tendance à  » diarer  » trop longuement. Oui, me corriger là-dessus.

Aile m’étonnait ce matin :  » Claude, quand feras-tu ton traditionnel  » arbre de Noël  » spécial avec tes branches de bouleau décorées suspendues au plafond.  » Ma foi, elle aime ça ! Je pars aussitôt : au rivage pas de vielles branches intéressantes. Je zieute les sapins. Non, trop cruel. Je monte vers la terrasse du côté, tous ces cèdres qui font trop d’ombrage. L’échelle. La scie. Je coupe. Ensuite, sortie des oiseaux décoratifs de la cave, et des lumières, et ça n’est pas long que c’est suspendu. Aile en est contente. Son beau sourire.

Marc, mon  » installateur  » Internet, me signale :  » Cher beau’p, depuis hier et votre conte à CKAC, 600 visites sur votre site ! Et allez à votre forum, c’est rempli. » J’y vais. Mon Dieu, comment bien remercier tous ces correspondants ? Le temps Qu’ils sachent ici, s’ils lisent J.N., mon plaisir. Certains avouent des larmes ! Des souvenirs, mal enterrés, de pauvreté en enfance. Je suis ému. L’un m’expédie même une photo d’une pauvre demeure, là où se déroulait mon  » conte-vérité « , à Jacques-Cartier,  » pauvre maison construite, dit-il, par mon grand-père « .

J’ai très chaud au coeur : merci, merci !

J’ai terminé le tome 2 de  » Ma vie comme rivière ! (le joli titre !) de l’épouse de Michel Chartrand , Simonne Monet, fille de juge outremontaise embrigadée dès la noce dans les combats du temps. À la fin : grève des mineurs d’amiante à Asbestos. Police duplessiste qui matraque. Son homme mis en cellule. Il y a cinq enfants dans la maison modeste. Elle manque de tout. Des reproches sévères, durs parfois, sont adressés à ce mari, père absent, lutteur syndicaliste. Rien à voir avec les bluettes du film biographique du fils Chartrand. Oh non ? Regrettable maquillage.

Vision pénible à T.Q., chez Dussault hier soir. Invitation en studio, pour 50.$, à des itinérants. Certains maganés gravement.

Comme toujours trop de monde. Chacun ses deux minutes de visibilité. Pas le  » 15 minutes! Promis par Warhol ! On constate que chacun est un cas, est  » une histoire  » particulière et alors les  » définisseurs de situations  » semblent stupides. Pas un de ces  » perdus  » n’a les mêmes raisons pour raconter son …itinéraire. Voilà la simple vérité. Une dame millionnaire, madame Yvon Deschamps, par ailleurs admirablement dévouée à son oeuvre  » Le chaînon « , a joué la rébarbative innocente :  » Pourquoi couchez dehors et ne pas plutôt rentrer pas dans votre famille ?  » On l’aurait battu cette Judy Richards.

Hier soir, à 21 h, à ARTV, l’actrice Susan Sarandon ‹inoubliable dans  » La dernière marche  » avec Sean Penn‹ a montré beaucoup d’intelligence et aussi beaucoup de modestie. Cette star a parlé de son métier sans théorisation. De la télé qui comte. C’est bien rare.

Chez la Bazzo, hier matin, Marie Laberge, comblée du bonheur d’avoir un vaste lectorat, dit qu’elle ne pourrait jamais parler d’elle. Pudeur, discrétion, orgueil ? Nous sommes aux antipodes, Marie et moi. On sait que j’aime bien parler de moi en espérant, ‹toujours‹ que je ne suis pas si différent des autres et que je sers d’éveilleur ( de quoi donc au juste ?) quand je livre des pans de mon existence. Quand je lis des autobiographies ‹et j’en lis beaucoup ‹ c’est ce qui se passe. Ah, il réagit ainsi !, oh, il apprécie cela !, tiens, il déteste ceci ! On ne cesse de comparer nos vies, non ?

Quand j’ai publié ‹1987-1989-  » Pour tout vous dire  » et puis  » Pour ne rien vous cacher « , mon journal de ces années, plein de chauds applaudissements dont le témoignage, emballé, du journaliste et scénariste de télé, Réjean Tremblay. Jean-Pierre Guay, de Québec, avec ses tomes de journal, m’avait donné le goût, je n’avais jamais lu du journal alors. De personne. Maintenant évidemment, oui. Beaucoup. Dont celui de Cocteau, vous le savez.

Aveux de regrets, de remords accablants, à la télé d’hier, le poids effrayant d’un homme qui a tué un piéton ! Avertissements sans cesse, partout, en cette époque  » des dangers de conduire en état d’ébriété « . Je me souviens d’une  » cuite « , fête d’avant Noël à CJMS, 1993, de mon retour imprudent chez moi.

J’aurais pu me tuer. Tuer quelqu’un. Je buvais beaucoup trop de Pernod et de Campari en ce temps-là. J’avais repris conscience le lendemain. Ne plus voir du tout comment, par quel chemin, j’étais rentré ! Connerie totale. Je ne bois plus q’un peu de vin rouge à l’heure du souper.

Dans Le Devoir de ce matin :le mystère Gaston Miron. Un texte de son ex-compagne, prof à Laval, qui fait la publicité dune édition à venir. Cet animateur et poète, sans écrire bien longtemps, ni très souvent, a réussi à se construire un socle solide. Miron était louangé, fêté souvent, vénéré par plusieurs, glorifié même, il était habitant, chaleureux, bavard, grand voyageur,  » branché  » aussi, grouillant, patriote, paysan, cultivé, désintéressé, gigueur Il fut mis en prison en octobre 1970. Avec les  » cinq cent  » soupçonnés des polices obéissants à la  » liste noire  » des excités névrosés.

Oui, il y a un mystère Miron, cet  » homme rapaillé  » écrivait parcimonieusement !

Je tourne les pages et hop! Surprise ! Voici une photo de mon petit dernier bouquin,  » Je vous dis merci « . Le Cornellier m’arrose de louanges, glissent quelques bémols. Un papier fortifiant, somme toute. J’éclate de rire ! Cornellier juge la couverture  » vulgaire  » et déplore que moi,  » l’artiste  » spécifie-t-il, j’aie laissé faire l’éditeur Stanké. Alain a dû rigoler ce matin car c’est  » mon  » idée ce bonhomme en salopette, au soleil, qui barbouille un mur de briques d’ un lettrage coulissant. Je voulais faire simple, modeste, joyeux aussi. Pas  » vulgaire « , monsieur Cornellier ! De gustibus

Pierre Morency, un poète de Québec :  » Voir un cardinal, c’est voir du feu sur la neige !  » Parfaitement. Dit excellemment. On a en a vu un couple récemment sur la galerie. Bouches ouvertes derrière notre porte-patio !

Étrange d’écrire ici : c’est publié, édité, aussitôt écrit ! Ça change tout, c’est différent du journal qui est publié un an plus tard. J’approche autrement anecdotes et éphémérides forcément.,

Je sais que c’est lu au fur et à mesure quoi. Ça me fait drôle.

L’une chante :  » je voudrais voir la mer  » moi, je chanterais:  » je voudrais voir ces régiments de soldats, grandeur nature, en terre cuite, déterrés à Xian dans le Nord de la Chine. Quelle vision cela doit être, non ? J’en parle parce que le journal y fait allusion ce matin.

Je corrige mais tard : c’est Marie Brassard, et non Chouinard, comme je l’avais écrit erronément ici, qui jouait, à l’Usine C, ce travesti androgyne mystifiant (qui se masturbait en scène). L’autre est une chorégraphe vantée qui se produit ces jours-ci.

Je n’en reviens toujours pas de ces 600 visiteurs et de tous ces aimables correspondants sur mon site d’ordinateur. Décidément cette invention est incroyable. Je ne pensais pas vivre une telle expérience sur  » mes vieux jours « .

Nous allons aller bouffer tantôt, une fois de plus,  » Chez Grand-pa « , à Val David. C’est un bistrot sympathique, patronne accorte, émigrée de France. Un été, j’y rencontre Vigneault. Nous revenions d’un séjour sur sa chère Côte Nord et je lui dit mon grand étonnement d’avoir constaté l’eau si chaude de  » la mer Saint-Laurent  » en face de chez lui. Gilles me dit :  » N’en parle pas trop, mon vieux, on veut pas trop de touristes, pas de Mc Do et Cie.  »

Par la fenêtre, en face, par dessus le lac Rond, l’hôtel Chantecler s’illumine. Mode d’éclairer les bâtiments. En clignant des yeux on peut s’imaginer Chenonceau,  » le château des dames  » sur la Loire.  » La nuit tous les chats  » La nuit on peut prendre une vessie pour une jolie lanterne. La nuit, ici, aura maintenant de joyeuses lueurs multicolores : guirlande de lampions électriques devant ma porte. J’ai installé la panoplie, habituelle, comme tout le monde.

 » Je le fais pour les enfants qui vont venir au Jour de l’an « , dis-je à Aile. Elle sourit. Sacré menteur : chez nous, rue Saint-Denis, il n’y avait rien, pas assez riches les Jasmin. J’en rêvais de ces chandelles électriques dans les parterres comme chez le voisin, notaire ou médecin.

Eh oui, on passe sa vie à compenser, à composer, à réparer, à soigner  » cette blessure, l’enfance, qui ne cicatrise jamais « , les mots de la grande Colette.

Le mercredi 19 décembre 2001

Le mercredi 19 décembre 2001
1- Mort de Bécaud hier. Coqueluche dès 1955 par ici. Leçon d’énergie. Il criait :  » Hé! Les baladins ! Amenez-moi..  » Ils l’ont amené pour de bon. Disparu. Scénographe de variétés, j’ai travaillé souvent pour Bécaud. Je lui tenais son bol de cognac, une fois. Lampée énergisante indispensable tant sa dépense était fantastique ‹je me dissimulais sous la caméra-grue‹ entre les segments de son récital au grand studio 42, il avalait et repartait sous les réflecteurs, en sueurs, les mains comme des oiseaux.
Avec le réalisateur Letarte, nous étions allés à son hôtel,  » suite somptueuse à  » le Bonaventure « , pour lui présenter la maquette de son décor. Il est accompagné d’une  » beauté  » juvénile ! Eh ! On avait vu ça aussi pour le mari de Simone Signoret, ‹cocue comme l’autre Simone de Beauvoir, une féministe bien tolérante)‹ même groupie bien tournée aux semelles de la star Montand. Bécaud, joyeux, alerte, jeta un regard intéressé à son décor, accepte le design, se frotte les mains :  » Vous allez voir, je pète le feu ces temps-ci, ça va rouler !  » et nous offrit un  » drink « . Soleil sur la terrasse, piscine rutilante, la groupie en bikini surgit et lui :  » Vas-y mon petit, je te rejoindrai. »
Le mort d’hier fait un signal :  » j’ai eu une belle vie !  » Des poètes populaires ‹Delanoé surtout‹ se sont servis de cette machine humaine flamboyante pour s’exprimer. C’est beaucoup. C’est utile. Que le dieu des félicités terrestres ait son âme !
2- Avons visionné, hier, un film curieux :  » À la verticale de l’été « , étrange récit se déroulant à Hanoï. Trois vietnamiennes aux prises avec l’amour. Hélas on voit pas le pays, ni cette ville longtemps colonie de Paris. Plein de belles images :fleurs, plantes vertes, chants d’oiseaux sans cesse vues de la fameuse Baie d’Along (orthographe pas certain), appartements ensoleillés, resto cocasse, Aile et moi aimons examiner des  » ailleurs « . Comme pour ce film à Prague (sous les nazis), impossible de voyager vraiment à l’étranger. Une rue, une maison et c’est tout. Beau dommage ! On voit tant Montréal, Paris ou New-York dans les films tournés là. Question de budget ! Nos étions perdus : tout le monde se ressemble ! Connerie ? Comme pour les Noirs si souvent. Question : est-ce que les Noirs, les Jaunes, nous trouvent tous trop semblables eux aussi, nous, les Blancs ? Donc un beau film, d’un visuel si lumineux mais une histoire incompréhensible pour nous.
3- Message, hier, de mon fils, son étonnement , sa fierté de m’avoir initié (de force, je l’avoue ) à l’ordinateur. Il m’écrit qu’il entend Thomas, son fils, parler avec sa mère de moi, le papi, puis son appel téléphonique, ensuite, Daniel va à son écran et trouve les mots de Thomas dans mon J.N. Il dit :  » Étonnant, en trois heures, la vie vécue se retrouve dans ton journal « . Eh oui ! Étonnant en effet, vive l’ordi, vive internet ! Il se moque de moi :  » Me semblait que tu allais cesser d’écrire, que tu allais aquarelliser ? Ce journal ?  » Eh oui, il a raison. Marc, mon installateur  » de site  » me taraudait :  » Vous devriez, beau-père, faire un roman sur écran, par épisodes Etc.  » Moi :  » Non, c’est fini la littérature avec mon  » Je vous dis merci  » frais publié. Je termine  » Écrire  » pour V.-L. B. et je reviens à l’art pastique. Mais Soudain l’idée d’un journal.
4- À la mort du francophobe  » Mauditkakaille  » Richler, caméra de télé chez moi, face au lac. J’avais loué ses talents de romancier ( » le monde de Barney  » est fameux) et fustigé son racisme à notre égard. Ses odieuses calomnies, nous illustrant ‹mettant en péril les anglos ‹ collectivement, en fascistes enragés et dangereux (ils sont 300 millions d’anglophones tout autour, grave péril hein ? !) alors que nous sommes un petit peuple, minoritaire sur ce continent, héroïque, résistant à l’ américanobulldozer « . La Vice-Reine Clarkston et son  » suiveur  » Saul, vont bientôt accrocher à la dépouille du raciste la médaille de L’Ordre du Canada. On s’incline ‹comme je dis souvent‹ devant cela, pas par respect, par envie de vomir !
5- Ce matin, lu chez Cousineau-télé : La petite Brazeau, ma jeune  » ancienne camarade  » de CJMS, accepte de présider la voyeuriste émission de TVA :  » Je regarde  » Dominique Bertrand démissionnait, elle, de ce  » piège à cons « , Marie Plourde aussi, refuse de jouer à ce jeu sordide. Lu aussi, ailleurs, que Miss Brazeau, mère de famille (deux jeunes ados), était entouré de porono chez elle,  » at home  » hein, pour se documenter. Belle ambiance pour les enfants ! Franchement, on a envie souvent de s’écrier comme le philosophe primitif et naïf, Yvon Deschamps :  » US qu’on s’en va ?  » Ne me voyez pas en puritain prude SVP.
L’érotisme est de bon aloi. Le voyeurisme c’est le chemin vers la solitude, vers l’onanisme.
Je ne dirai pas que la masturbation rend sourd elle rend triste ses adeptes, tôt ou tard. Il faut pour garder vivant  » le désir  » ne pas craindre les fréquentes allusions à la sexualité, les caresses opportunes ou non, les  » appels  » enjoués quoi. Il faut semer l’atmosphère érotique autour de l’autre. Bref, il faut de l’imaginaire, des fantasmes. Je crois que les voyeurs (voyeuses) sont des gens bougrement paresseux, sans imagination. Qu’ils ne savent pas installer un climat érotique normal, indispensable. Pleins de maris, d’épouses, qui ne font jamais rien pour le moment où l’on ira au lit. N’en parlent pas, ne lisent rien d’érotique, ne regardent rien d’érotique, ne forment pas d’images sexuels dans leur tête  » n’imagine pas « , voilà ! Des couples, même jeunes, s’assèchent sans cesse alors, par leur faute.
Ils iront  » voir  » ailleurs :la nouveauté c’est plus facile ! Paresseux ! Pire, se feront voyeurs des ébats mécaniques avec  » sound track  » exagéré, des inconnus ‹l’  » actage  » fausse-passion physique‹ de ces poussifs copulateurs stipendiés ‹et plus ou moins drogués‹ pour forniquer  » on camera « . J’en vois qui se procurent au vidéo-club du coin, de ces cassettes  » XXX « , gênés, embarrassés, les yeux à terre. Oui, des super-paresseux. On peut trouver des images érotiques merveilleuses, dans des livres merveilleux ‹sans la nudité niaise inutile souvent, l’explicite étant anti-érotique‹ cette iconographie collaborant au désir. Vulves et pénis exhibitionnistes ‹magazines chirurgicaux‹ images explicites vaines quand on veut sexualité et sentiments humains réunis. Ne comptez pas sur  » Je regarde à TVA ou à TQS, tard, pour conserver longtemps l’amour dans votre couple. Je me souviens d’un scénographe, compagnon obligé, qui pris las pente voyeuriste. Films en 8,mm, on est en 1956, images salopes, collections de vulgarités, photos de son cru avec putes payées, au bout de quelques années, on découvrit mon compagnon mort dans sa baignoire un samedi matin. Bonne chance Miss Brazeau !
6- Ce matin, les quotidiens : Lepage, ce génie imagier de la Vieille Capitale et reconnu dans l’univers, fera un nouveau film :
 » Tourism « , titre de l’anglomanie sauce mondialiste.
Dès ses premiers  » shows  » de théâtre, je disais  » c’est un cinéaste « .  » Le Confessional « , et puis  » Le polygraphe « , le prouvèrent efficacement. Vint ses autre films,  » Nö  » et  » Possible worlds « , hum, moins forts. C’est que le surdoué Lepage se déconcentrait volontairement par trop d’activités parallèles. Hélas. Lepage pourrait devenir notre Fellini québécois. Oui, aussi bon, meilleur un jour peut-être !
Le hasard, la pauvreté aussi, l’a fait  » théâtreux « . J’ai aimé énormément, récemment, sa  » Face cachée de la lune  » au théâtre mais y ai bien vu ce qu’il aurait pu réaliser avec un film en utilisant ses étonnantes trouvailles sur scène pour cette  » Face  »
Bon, il a du succès de Tokyo à Londres, en passant par Paris et Moscou. Il ne m’écoutera donc pas. Je ne vais pas écrire un  » Que Staline se le tienne pour dit ! », comme le cave éditorialiste de  » L’Action  » à Québec, jadis. Mais, cette fois, je sais que j’ai absolument raison pour Lepage. Cela dit, il fera du théâtre tant qu’il voudra, ses machines restent pourtant la négation du théâtre qui est, avant tout, et doit rester un art de  » parole « . Lepage c’est le super génie des formes, de l’image. Ah, pis oui, je l’écris :  » Que Lepage se le tienne pour dit !  » Et bonne chance pour son  » Tourism « .
7- Un journal c’est marquer ce : Beau soleil, ici, de temps en temps aujourd’hui ! La petite plaine du lac brille. Symbole ?, mon fleurdelisé sur le rivage s’effiloche au vent du nord chaque début d’hiver ! Daniel, hier :  » on va tout savoir avec ce J.N. , comme ça : les steaks pas trop les sur-cuire ?  » Le vilain moqueur. C’est quoi un journal ? Mon avis quoi. J’en ai lu pas mal.

1-D’abord ne pas s’en servir que pour ses idées, en somme ne pas en faire un cahier d’essais. À l’occasion, oui, comme je viens de le faire sur  » porno et éros  » ou sur Lepage et cinéma, le journalier (!) peut s’étendre un brin. Pas trop souvent ? Promis.
2- Ne pas faire télégraphique. J’en ai lu des :  » Vu hier Paul Claudel chez Gallimard.  » Ou :  » Rencontré, jeudi midi, Mauriac  » Et point final. Non pas de ces  » Vu, à la Moulerie, ma chère Louise Rémy.  » Et  » bonsoir les amis  » ! Le diariste (ce mot, pouah !) doit bien refléter la vie qui passe. Sa vie. Le temps qui s’écoule, jour après jour, illustrant les éphémérides incontournables dans toute existence humaine.

8- Chez Bazzo ce matin, débat sur la liberté d’écrire avec le Maisonneuve de RDI et le Boisvert de La Presse. Miss Bazzo, bien bavarde, plutôt silencieuse cette fois. Prudence  » radiocadenacienne « . Autocensure, salut ! On a laissé entendre que Norman Lester (son  » Livre noir des anglos « ) agissait en devinant qu’on le  » jetterait  » ensuite de son job de reporter enquêteur à la SRC.
Comme un Charron voleur de blouson chez Eaton.
Comme Robert Lévesque tripotant les ordinateurs du Devoir.
Ouen
Ah la LIBERTÉ ! Chez Lisa, un matin récent, face à N. Connard affirmant se sentir  » libre  » à La Presse. Mon envie de rire. Qu’elle matraque un peu les fédérats d’Ottawa et elle verra les limites de sa liberté chez Gesca-Power Corp. Y était aussi Michèle Bazin, devenu relationniste dans une patente affiliée au MAC. Elle aussi :  » je suis libre, je suis libre  » sur l’air de  » Je suis belle dans ce miroir « , une Castafiore abusée ! Non mais il n’y a pas de relationniste libre. C’est impossible, activité inconciliable avec la fonction de  » porte-parole « , allons. Antipodes. Métier pas toujours déshonorant bien sûr. Certains se donnent l’illusion d’être libre ! Moi ? Ici, ah oui, un journal totalement libre.
9- Ai rédigé, en deux heures à peine, hier, mon conte pour CKAC, chez Arcand vendredi matin. À la fin, doute, frayeur. Si mon héros, ce Ovila véridique, peint sous des couleurs misérabilistes puisqu’il était si démuni, a des enfants qui écouteront ce triste souvenir de 1940 ? Pourraient-ils protester ? Les risques du métier d’écrire de l’autobiographie. Eh !
Washington hier :  » Danger de mort pour tout pays qui oserait abriter Ben Laden.  » Eh ! En effet quel pays oserait ? J’ai songé : Haïti. Mais oui, pays de désolation, le plus pauvre de note hémisphère. Abandonné car il n’y a pas de pétrole là. Laden s’y fait donc accueillir, bombardement du gros voisin, Uncle Sam, traque et découverte du Ben dans un trou noir
Après ? Bienfaisante pluie diluvienne des secours de toutes sortes, orage d’aide, et, enfin, espoir de rétablissement économique en cette contrée de malheur.
10- Connaissez-vous Tit-Gilles ? Qui ? Tit-Gilles Breault ? Il habitait en haut du Parc Lafontaine. L’autre jour, via le reporter Noël de La Presse, son histoire en long et en large. Il a 59 ans maintenant. Il se nomme aussi Joussef Mouamar. Oui, conversion à Mahomet. Son droit, non ?
Un instant : Tit-Gilles est le protégé du ‹notre FBI-CIA‹ SCRS, une police secrète installée ici après que la GRC enquêtée nous fit comprendre qu’elle était pourrie jusqu’à l’os avec ses illégalités anti-indépendantistes des années ‘70 et ‘80.
Protégé Gilles Breault ? Pire que ça. Notre Tit-Gilles du Parc Lafontaine reçoit 7,000 dollars par mois, plus dépenses de voyage, frais de  » représentation « , Le (la ?) SCRS est riche! Le Breault-Mouamar voyagera dans 20 pays ! Oui, 20 ! À nos frais ! Okay ?
Le pieux converti à Allah est entretenu par nous pour quoi faire ? Pour rédiger des menaces ‹et des pas piqués des vers‹ aux infidèles de l’islamisme, nous tous ! Tit-Gilles recommande la mort, partout, dans le métro de Montréal même.
B’en tabarnouche, c’est le boute du boute , non ?
Notre police secrète laisse faire son chouchou ? Oui. Pour tenter d’attirer vers Tit-Gilles les crack-pots ! Car Tit-Gilles B. est une  » balance « , un infiltré, un délateur, un  » stool « , un indic !
Clair cela ? Quoi, que dites-vous ? Que ça ressemble aux provocateurs de la GRC, installés à la CSN (bombe au Manoir Richelieu) , au P.Q. (bombes, faux FLQ, incendies criminelles, vols).
Oui. Tout à fait. Tout à faut écoeurant, ce manège. Comme les flics déguisés en putes. Or, notre Tit-Gilles  » Mouamar-mon-cul  » est un zélé. Il en fait beaucoup trop, le Coran sous le bras, dans écoles, collèges, métro, et à CJMS un temps !  » Preacher  » musulman d’un bord, amateur de fausses bombes de l’autre. On portera plainte ? Perte de temps ! Pas d’arrestation : c’est le chouchou de la police secrète. La S.Q et la police de la CUM enrage. Cela a un nom : incitation à la violence. C’est dans le code, c’est interdit. Mais, Tit-Gilles, lui, est au-dessus de la loi, protégé par le SCRS, qui nous coûte 196 millions de notre argent public, qui compte 2,000 membres ! On croit rêver!
Qui veut interroger Chantal Lapalme, la porte-parole de ce foutoir? Elle répond au reporter :  » pas de commentaires « . Pauvre fille, fait bien gagner sa vie quelque part hein !
C’est pas tout : écoeuré par ce canard de bois qui est un  » appelant  » aux désordres meurtriers, un juge français, menacé de mort par Tit-Gilles s’amène ici pour le questionner. Avec mandat international. Fini les folies de Breault ? Non. La police d’Ottawa va le cacher au  » Motel Universel « , proche du stade olympique ! Rêvons ! Francophobie habituelle des fédérats ?
C’est trop dégoûtant, parlons de Cécile Brosseau de La Presse, qui vient de mourir. Elle aimait vraiment les artistes. Faisait des reportages sur eux sans cesse. Dévouée, avec un brin de complaisance, trop bonne. Je l’aimais. Modeste, efficace si on avait besoin d’un coup de pouce pour une expo, un livre, un film, une pièce de théâtre. Paix à ses cendres !
11- Nouveau vaste décor, rutilant, nouveau riche, parvenu, pour les nouvelles à Radio-Can. Ça  » flashe. hein ?Acier brossé, scintillant, aluminium poli aveuglant, colonnes en faisceaux (fascistes !) métalliques éblouissants : un hall de tour du World Trade Center ? Quelle erreur ! À nos frais, un  » marketing  » de luxe dangereux. La télé publique devrait donner le signal d’être  » au service  » des citoyens cochons de payeurs de taxes, offrir le signal de la modestie et de l’efficacité. Les patrons auraient dû exiger des designers un nouvel abri illustrant et la solidité, ‹pas le  » magasin de bebelles des fêtes « ‹ et l’aspect tout dévoué aux citoyens.
Quelle manque de flair ! D’intelligence de son rôle ! Quelle connerie ce chiard intimidant, impérialiste, dominateur. Il fallait, dès l’ouverture filmé, revampée elle aussi, non pas montrer un cité gothique lumineuse prise en plongée, mais non, au contraire, mettre la caméra au niveau du citoyen. De la rue. Donner la note  » identificatrice  » : nous voulons vous aider à tout apprendre, à tout comprendre sur tout. Être  » avec  » lui, le spectateur. Pas au-dessus ! Quels cornichons les dirigeants actuels en information. Ce n’est pas un quizz à tirage millionnaire, les nouvelles, ni un music-hall. Tout de même. Imbéciles !
12- Surprise, message de Trois-Pistoles. Pour mon projet d’un petit manifeste commun sur  » Ne serait-il pas temps, en 2002, d’assumer l’action de nos felquistes en toute maturité et gratitude « , je venais de lui signifier ‹bon conseil d’Aile‹ de remettre cela à plus tard, vu le 11 septembre à New-York. Oui, surprise :  » non, non, Claude, c’est justement le bon moment  » m’expédie V.-L. B. Ajoutant,  » je te reviens après le fêtes  » Il est plongé dans ses textes pour son projet de nouveau feuilleton. Qui a raison : Aile ou mon jeune camarade Vic ?. Me voilà tout ébranlé.
Oh, je lis : Henriette Major, auteure pour la jeunesse, fréquentée jadis, passerait ses hivers dans le sud de la France. Un de mes rêves. Je vais tenter de la rejoindre. Où ça ? Pas trop frette, pas de ce mistral ! Où ? Où ? Fermer tout, le journal ? non, j’écrirais de là-bas. Trop vieux pour ces trois mois de frette noère.
On recommande (Homel de La Presse) la nouvelle biographie de l’illustre James Joyce. Me souviens n’avoir pu terminer  » Gens de Dublin  » ou quoi de lui encore ! Même chose pour le célèbre Marcel Proust. Trop touffu, illisible pour moi. On est du côté de Céline ( » Voyage au bout de la nuit « ,  » Mort à crédit  » ) ou du côté des touffus ! Je sais pas ! Je n’ai pas honte de mes choix, je suis pas snob.
Ai vu  » Renoir  » à ARTV. Mon projet offert et avorté à ce canal ARTV. Mon Édouard Manet, mon Krieghoff : refusés. Pour ce  » Renoir « , oui, pas d’animateur à l’écran, comme l’exige la  » boss  » chez ARTV, juste une voix hors champ, un narrateur avec une voix, hum vous savez, celle des annonces de télé pour  » Canadian Tires « , rauque, appuyée, de gorge, bien convaincante, t’sé, que je hais.
L’information ‹bonne‹était du même degré que pour mes deux essais refusés. Je m’étais dit : On écoutera, ici,  » quelqu’un que l’on connaît bien « , raconter la vie d’un peintre. Un Italien connu fera bien cet ouvrage chez lui , ou un Allemand en Allemagne mais non, c’est  » non merci.  » Je m’en console un peu mal j’ai le journal, une chance ! J’adore cela, vous savez. Ai-je des lecteurs ? Oh ça, je vais attendre, à la mi-janvier ?, le rapport mensuel de mon gendre là-dessus !
Gilles Groulx, ( » Où êtes-vous donc bande de câlisses ? « ) cinéaste mort trop jeune, va être fêté à la cinémathèque. L’ai connu, étudiant la céramique (un an) avec moi à l’École du Meuble. Timide, discret, si doux, blond, les yeux pâles, la voix feutrée, souriant sans cesse Je n’avais pas deviné du tout qu’un jour, quittant les argiles à modeler comme moi, il se ferait cinéaste, quand moi je devenais saltimbanque sur La Roulotte puis scénographe. La vie !
 » Ohé, les baladins amenez-moi pas je suis pas prêt !  »

Le lundi 17 décembre 2001

On a vu hier, dimanche un monde à l’envers : pas de neige là-haut et en ville de la neige pas mal. La chanson de Ferland : il a neigé à Port au Prince Ça nous fait drôle. Sur l’autre rive du lac, neige artificielle, à gros canons. Bizarre, en promenade, de voir le blanc et le vert. Langues de gazon d’été et, juste à côté, cette neige pour les rares skieurs. Hiver sur commande quoi ! Partout un ciel blanc mat. Et la neige en un va et vient prudent.
Je viens de relire les J.N. d’hier. Que de coquilles, mon doux Dieu ! J’étais pressé, trop. Et mon abonné nouveau , M. Desjardins, a raison : « Est-ce qu’avec l’ordinateur on se laisse aller un peu ?  » Oui. Vrai. Faut plus ! Songer que, l’an prochain, ce journal sera transformé en un livre « corrigé « , ne suffit pas, ceux qui, ici, le lisent  » en primeur  » ont droit à tous les égards. Je me relirai mieux, promis. Le chroniqueur  » web  » de La Presse, Gugleminetti, a fait l’annonce officielle de mon entreprise dans sa page. Merci à lui. Ces  » Journées nettes  » se doivent d’être  » nettes  » de fautes.
L’émission  » Jamais sans mon livre  » cherche ‹courriel de chez Stanké‹ des écrivains qui détestent Noël. J’ai répondu que j’aimais bien fêter. On ne me verra donc pas là. Je connais plein de gens qui, en effet, ont en horreur ces jours de fête organisées, vantées, stimulées par le commerce. Je résiste à cette tendance car je pense aux enfants. Je sais aussi que ces occasions comme forcées n’en restent pas moins que Noël est une occasion de rencontres entre proches. On se verrait moins souvent sans  » la patente  » des fêtes. Ces occasions de fêter en famille combattent la sauvagerie en chacun de nous et même une certaine paresse. Ainsi, nous deux, nous irons  » à la dinde aux atocas « , aux tourtières et à la bûche, à Duvernay, à Noël. Raymonde verra ses deux frères, les compagnes et les enfants grandis. À moins que leur cadet, Claude, un jeune soldat, ne soit encore expédié (comme l’an dernier) au Kosovo ou Dieu sait où ? En inquiétant Afghanistan ?
La tribu des Boucher n’est pas bien populeuse, une dizaine de têtes. Celle des Jasmin, bientôt réunie pour fêter ma quasi-jumelle Marielle, c’est une quinzaine de pies bavardes. Au village, ici, au Jour de l’an, caucus jasminien, nous serons une douzaine et Raymonde déjà s’énerve un tantinet, cherchant une recette sans dinde ! J’imagine mon lectorat, lui aussi, embrigadé dans le rituel annuel. Vivre en pays industrialisé et se plaindre est une faute grave. Montrer une ingratitude inouïe. On n’a qu’à regarder ces orphelins à Kaboul ‹à la télé, hier‹ ou ailleurs pour avoir envie de se la  » farner bin dur « , pas vrai ? J’ai pu voir les sapins chez m,es deux enfants, ce matin, avant de remonter ici, que de cadeaux sous l’arbre décoré ! Nous, moi, tant d’autres de ma génération, avec une seule petite boîte sous le sapin. Pour certains voisins, plus pauvres encore : rien !
Tous en suspects surveillés avec cette Loi C-36. Atmosphère d’octobre 1970, sans les soldats dans nos rues. Invitation aux délateurs. Régime inquiétant désormais. Depuis l’horreur de New-York, pour prévenir toute action néfaste de terrorisme, c’est le bouclage partout, les polices de tous les corps munis de privilèges énormes. Ambiance de suspicion envers tout dissident, toute critique, tout refus. Des comploteurs clandestins sont forcément des gens rusés et la police n’y peut rien. Elle le sait. Alors elle installe C-36, avec appel aux indicateurs du dimanche, qui peuvent être des cons, des fous, des racistes surtout. Le terroriste est  » hors du monde « , hors-la-loi forcément, il vit caché, terré, camouflé. Arafat n’y peut rien, Bush comme Chrétien non plus.
Serge Losique, président  » à vie  » du Festival du film d’ici, voyage sans cesse en avion à la recherche de pellicules fameuses. Il est  » bin tanné  » des transferts. Alors, samedi, (La presse en A-13) sur quatre colonnes il y va d’un plaidoyer vibrant pour que nous installions au plus vite une méga-place-aéroport de classe internationale, une  » plaque tournante  » fabuleuse capable de rivaliser ave Toronto. Potion magique quoi ! À partir d’un problème égoïste notre  » président-à-vie « , Losique, arrive à inventer une urgence nationale. À vos taxes citoyens, monsieur est fatigué des transferts !
J’ai terminé hier midi ce PLATEFORME. Bon. C’est le récit, bien mené, il faut le dire, d’un pauvre petit con. Un sexoliste (ou sexolique comme dans alcoolique ?) qui s’attache (s’amourache ? non, pas vraiment) à Valérie, riche et jeune experte en tourisme, qui est comme lui. Une autre sexoliste.  » Qui se ressemble  » Pas d’amour mais une quête perpétuelle d’occasions de forniquer. Pas de sentiments humains, allons, c’est vieux jeu !
Or, coup de théâtre, deus ex machina étonnant, alors qu’ils se sucent, s’empoignent et s’enculent, à trois ou à quatre, mitraillage subit dans le joli buffet-bar-sauna d’un hôtel-club en Thaïlande. Rafales meurtrières. Bombe pulvérisant ce jet-set déboussolé. Un lac de sang ! Une fin d’histoire mélodramatique subite ! Le héros de  » Plateforme  » y perdra sa catin, sa poupée mécanique, sa gonflable au silicone. Ouvrage de  » nettoyage ethnique  » radical par un commando.
Des islamistes, on le devine. Le Coran a le dos large ces temps-ci.
Bizarre cette conclusion apocalyptique, d’un morale toute judéo-chrétienne au fond, avec ce narrateur pourtant anti-moraliste à tout crin. Le projet  » clubs bordels  » est abandonné aussitôt. Michel va mourir, seul, désespéré davantage, dans ce beau pays asiatique ou, pour quelques dollars ‹un mois du salaire des indigènes‹ on trouvait une jolie fillette, pucelle exilée du nord de la Birmanie, prête à la prostitution avec l’homme blanc, riche, bedonnant, venu de l’ouest développé.
On lit, on lit, comme fasciné par la course de ce dépravé. Le mal est un aimant, il attire immanquablement, on le sait bien depuis la nuit des temps. Le gens heureux (sains, amoureux) n’ont pas d’histoire ‹pas de roman‹  » les bons sentiments font de la mauvaise littérature  » ? C’est de Gide, je crois.
Nous sommes encore allés à  » La Moulerie « , rue Bernard. Chantons :  » Des moules et puis des frittes, des frittes et puis des moules « . Là, rencontre inopinée de la comédienne qui incarnait, durant 80 sketches, ma maman dans mon feuilleton autobiographique  » Boogie woogie  » et son chéri ex-caméraman de la SRC, Claude B. Table à quatre aussitôt, commérages usuels.
En rentrant, télé :  » Campus « , TV 5, où un certain Dantec surgit, tendu, remuant, tout un numéro. On a pu lire, ici, de ses  » attaques  » ‹attaques car il dit qu’il est un guerrier, un kamikaze‹ dans  » Voir « , par exemple. Cet ex-musicien pop, vit au Québec en bonne part puisque :  » oui, j’ai fui l’Europe qui est nulle, qui est finie (mon Dieu, sans Dantec, que va devenir l’Europe ?). Il disait hier soir à Guillaume Durand de ce  » Campus « , que l’Europe est complètement foutue.  » Elle n’existe plus, est  » figée  » condamnée, etc.  » Il dit :
 » L’Amérique, elle, (du nord, centrale, du sud ?) est neuve, pas dégénérée  » Hum ! Il publie  » Laboratoire de catastrophe naturelle « , une sorte de  » journal  » (ah, ah !) où, semble-t-il, sa moulinette à tout broyer ne fait pas de cadeaux.
Le Dantec révolté s’était muni d’une caméscope à écran-couleurs de bon prix et s’enregistrait en discutant ! Narcissisme ? Non, dit-il, c’est en cas de coupures, ou de montage frauduleux.
Durand:  » Qu’en pensez-vous, Josiane ?  » La longue figure triste tressaille :  » C’est un écrivain « . C’est définitif. Le ton irrévocable. Opinion émise avec gravité par  » la  » critique du  » Monde « , les allures d’une pythonisse décrétant  » in et ex-orbi « .
On a envie de rire de ces jeux pseudo-intellos parisiens.  » Campus  » virevolte, semble toujours en retard dans son minutage, s’excite, énerve. Il y a chevauchement des voix ce qui est affreux en télé.
Je m’ennuie de Pivot !
Raymonde et moi on va au dodo les oreilles bourdonnantes, les yeux fatigués. Pas facile à bien décoder cette foire libre pour les Québécois si calmes. Hum !
Ici, arrêt de J.N. .
Il va être 17h. L’heure de filer au  » magasin  » secret.
Retour.
Oui, Je reviens de l’école-des-chefs. Et euh Raymonde me prévient:  » j’espère que tu mets pas sans cesse mon nom dans ton journal.  » Oh ! Oh ! Elle est aux antipodes de ma personnalité : discrète, secrète, pudique. Antienne vieillotte :  » Les contraires s’attirent.  » Aussi, je l’appellerai, au lieu de R., elle. Je mettrai, tiens :  » Aile « . C’est mon ange après tout . On se comprendra?
Donc, Aile m’averti avant d’aller renifler les devoirs-du-jour cuisinés :  » attention, pas de côtelettes, pas d’affaires du genre. Pas de sauce grasse et pas de gâteaux ! « . Bon, bon.
Je suis revenu avec des rognons deux steaks au poivre et un pot de bleuets.  » Aile :  » Ah, ces steaks sont cuits, pas facile à réchauffer sans les sur-cuire.  » Moi ? Penaud.
J’y pense, motivation pour ce journal : cela devenait de plus en plus difficile de faire imprimer mes  » lettres ouvertes  » dans les quotidiens. Ici, j’y vais donc très librement; chez les timides des journaux, il faut y aller mollo, calculer le tir. Vive la liberté du journal. L’ex-réalisateur de Pierre Nadeau, Castonguay, qui me disait :  » Que fais-tu ? J’achète le Devoir pour tes lettres. J’en vois plus souvent !  » A-t-il  » Internet  » au moins ?
Thomas au téléphone :  » Papi ? Merci pour ton cadeau.  » Mon benjamin de petit-fils enrage d’être né un 20 décembre,
mélanges du cadeau d’anniversaire avec celui de Noël. Je lui au mis sur la carte :  » Jésus est né le 25, c’est pas mal, mais toi, plus rapide, tu es né le 20,. Bravo ! C’est formidable !  » Il en rigole.
Entre Noël et le Jour de l’an, invitation, rue Esplanade, à  » banqueter  » chez un nouvel ami, Jean-Guy Sabourin et sa compagne. Sabourin est le directeur et fondateur de  » La Boulangerie « , un dynamique ex-théâtre de poche situé au nord-est du parc Laurier. Le camarade ‹ex-réalisateur‹ (que d’ex dans mon monde) de Raymonde, l’ami Pierre-Jean Cuillèrier nous  » noué  » ave ce Sabourin. Ce dernier joua, aux côtés du grand acteur Cuny, un des missionnaires martyrisés dans un film de l’ONF,  » Le festin des morts « . Il y était parfait ayant des allures de jésuite retors. Les Sabourin ont un chalet dans une île qui nous était inconnue, au large de Dorval. L’été dernier, nous y sommes allés. Un site étonnant, faut s’embarquer sur un bac, où a nature triomphe sans les oxydes de carbone. C’est fermé l’hiver. Sabourin, retraité de l’UQUAM, donne des cours à de jeunes filles émigrantes et mères célibataires ! J’aime entendre ses réflexions sur un monde insolite. C’est un fameux cuisinier, on va se régaler.
En attendant, pour l’amuser, je lui ai  » courriellisé  » un début de pièce ‹en ais-je parlé ?‹ où des gens à court de revenus, acceptent des caméras chez eux, installation d’une télé régionale modeste. Pas eu encore de commentaires.
Oh ! J’allais oublier : le célèbre physicien infirme Stephen Hawkins ‹Einstein de ce temps, dit-on‹ passa en trombe (comme Woody Allen d’ailleurs !) à Campus. Il publie :
 » L’univers comme une coquille de noix « . J’avais tenté de comprendre son  » Histoire du temps « , incapable de tout saisir. Avec lui, pas de tataouinage. Hawkins déclare :  » Danger! Clonage, manipulations génétiques, découvertes pour transformer l’ADN des humains : nous devons surveiller les rapides progrès actuels des ordinateurs, robots, implants, machines dotées d’intelligence. Nous pourrions être dépassés, nous faire éliminer, nous succéder et avantageusement pour les intéressés.  »
Bon Dieu ! Il m’a fait peur. En studio, le  » caporal  » Dantec ricane :  » Moi, j’ai pas peur !  » Comme il est brave, hein, il ne lâchait pas sa caméscope d’un doigt et j’ai songé à film étonnant,  » 15 minutes  » ce film effrayant dont je vous ai parlé et où on voit deux voyageurs fous venus de Prague, leur caméscope. Dantec fou ? B’en
Pas oublier : j’écoutais dans la file pour le  » manger pas cher  » de l’école-des-chefs, que de propos croisés bizarres. L’une jase recettes pour Noël, l’ autre de sa fille exilée sur la Côte-Nord, un maigre chauve déplore les prix en Europe puis raconte le golf à Fort Lauderdale, un petit gros jacasse sur le badminton en hiver puis bifurque sur  » les Jeux  » à Salt Lake city. Oui, que de discours humains variés, je fais mine de lire ma revue mais j’ai pas assez de mes oreilles pour récolter ces échos croisés du monde dans lequel je vis.
Ça sent bon en bas. Temps d’ aller y goûter.

Dimanche 9 décembre 2001 – JOURNÉES NETTES : (début de journal intime intitulé J.N.)

JOURNÉES NETTES : (début de journal intime intitulé J.N.)

[page Web originale]

1- Ça y est! Ça me reprend. L’envie de tenir journal. Pourquoi pas. Pourquoi pas via l’Internet. J’ai aimé cette douce manie jadis (1986-87-88).

Ciel bleu doux. Bleu tendre. Le  » bleu poudre  » de notre enfance. Depuis deux jours, le froid est arrivé. On a cru que le temps doux du début du mois allait durer jusqu’aux Fêtes. Non, Brr! Nous rentrons, Raymonde et moi, de notre promenade quotidienne ‹adieu vélo !‹ dans les alentours du village. Je rédige cette première page d’un nouveau journal, sur ordinateur.
J’y reviens au journal probablement parce que je suis en train de lire celui de Jean Cocteau. Il raconte les années 1939-1945. Les Allemands dans Paris. La vie culturelle qui semble aussi dynamique qu’avant leur défaite totale. Comme dans tout journal j’y glane des passages captivants. Un air de  » collaboration  » maudite y rode. Cocteau, réputation déjà acquise ( » Les enfants terribles « ,  » Les parents terribles « , film :  » Le sang d’un poète « , etc.) , peut vaquer à ses nombreuses activités artistiques en paix. Relative.

2- Hier soir, réunion d’amis à l’Ile des Soeurs et le producteur André Dubois (« Vendôme « ) m’assomme ! Il m’ annonce que notre ruban vidéo où je racontais la vie du peintre québécois Cornélius Krieghoff, ne semble pas intéresser le canal ARTTV.
J’en suis abattu. J’avais préparé un Marc-Aurèle Fortin en guise de deuxième émission. J’étais prêt à retourner en studio à Ville La Salle, devant ses caméras vendômiennes. Eh b’en non ! On lui aurait dit à ce canal ARTV que c’était dépassé le genre professoral (je me voulais simple conteur, vulgarisateur, pourtant !). Foin de l’aspect  » magistral  » ! Bon, bon. Sus à l’animateur qui parle, seul, debout, devant un kodak ! Bon, bon.
Je retraiterai donc davantage.
Tant pis. Je regrette d’avoir parlé de ce projet qui me tenait tant à coeur lors de cette  » Biographie  » diffusée deux fois cette semaine au canal D.  » Ne jamais parler de ses projets « , me disait-on souvent. Vrai !

3- Avant hier, audition d’un orchestre d’écoliers au collège Regina Assumpta, rue Sauriol, à Ahuntsic, où nous avons admiré le trompettiste de la famille, le fils de Marco et de ma fille Éliane, mon cher Gabriel. 96 jeunes musiciens ! Ça sonnait magnifiquement ! Émouvant. On dit tant de mal de la jeunesse. Toute cette jeunesse qui a pratiqué ses pièces, répétitions difficile prises sur le temps des jeux, des sports, des loisirs ordinaires, et, vendredi soir, ce spectacle étonnant. Oui, émouvant.

4- Jeudi soir, à l’Espace Go,  » Le ventriloque « . Un spectacle pas banal. Texte curieux de Larry Tremblay ( » The dragonfly of Chicoutimi « ). Une fille renfermée dans sa chambre., Elle veut rédiger une histoire. Parents monstrueux qui se méfient de son isolement. Apparitions sauvages, fantomatiques. Séance d’un psychanalyste fou (ca classique). Bref, une soirée hors de l’ordinaire. Freud fait ses ravages. Avec ce Tremblay du Saguenay on est très loin du réalisme de Michel Tremblay. Autre génération. Aucune allusion géographique. Cette fille plutôt bafouée, au bord de la crise de nerfs, vit une sorte de cauchemar existentiel. Elle n’existe pas par rapport aux réalités québécoises. Ce texte pourrait se dérouler n’importe où, dans n’importe quelle langue.

5- Ces jeunes nouveaux auteurs, pas tous, écrivent sur des thèmes indifférents à  » ici maintenant « .  » Le ventriloque  » dont la poupée en cache d’autres, illustre bien que désormais  » peu importe le pays « , toute jeune âme a de lourds comptes à régler.
Comme il le dit dans le programme, Larry Tremblay, on peut fort bien y trouver un questionnement pas vraiment débarrassé de notre problème d’identification nationale. Vrai.
À la fin de la représentation, causerie  » ad lib  » dans la salle. Quand j’ai dit qu’un tel spectacle devrait être montré au grand public, Poissant, son brillant metteur en scène m’a répondu :  » Oui, c’est vrai. Il y a maintenant le canal ARTV.  » Je ne savais que le surlendemain Dubois m’annoncerait qu’ARTV ne semble pas intéressé à notre projet du  » conteur  » de l’histoire de l’art d’ici. Zut !

6- Par ma fenêtre, je vois qu’une partie du lac Rond est en train de virer en glace. L’hiver pour de longs mois s’amène ! Ne pas m’énerver. Je n’ai pas vu passer ni le printemps, ni l’été, ni l’automne!Alors l’hiver, lui aussi va filer à la belle épouvante. Et ce sera de nouveau le printemps adoré qui filera lui aussi. Le temps ! Dès 1995, ma station de radio, CJMS, fermant et Raymonde retraitant de son job de réalisatrice, devenu donc plus libre que jamais, je croyais avoir le temps de voir passer le temps, enfin. Faux ! Il file plis vite que jamais. Bizarre, non ?
Ferrat chantait :  » On ne voit pas le temps passer « , je découvre une vérité tangible maintenant . Je n’aime pas cela. L’impression de me faire voler. Je me dépêche donc, pas si vite, de terminer ce petit livre (100 pages ?) commandé par Victor-Lévy Beaulieu pour sa collection  » Écrire « . Chaque auteur invité doit y mettre un sous-titre à son  » Écrire « . J’ai mis pour provoquer et pas vraiment pour provoquer :  » Pour l’argent et la gloire. » Pas vraiment pour choquer car, jeune, je m’imaginais devenir un jour célèbre et riche. Je prévoyais faire construire un domaine, un château, pour les miens ‹gens si modestes. Pour les venger de leur existence pauvre. Ce beau château de mes songes creux ne s’est pas construit. Pas du tout. Mercredi dernier, j’ai pondu un chapitre de ce futur petit livre ( » Écrire « ) où je me suis peint en châtelain non advenu qui lutte pour être dans la réalité. Je veux mettre tout de suite cet extrait sur ce site Internet que m’a installé Marco, mon gendre. C’est onirique dans un long texte beaucoup plus réaliste.

Je sens que j’aimerai tenir ce journal. Je retrouve le plaisir d’être  » diariste », de noter des éphémérides, comme pour mes livres  » Pour ne rien vous cacher  » ou  » Pour tout vous dire « .
Vive le journal !


Pour en finir avec le bon parler français !

Les pincés et les p’tits moéneaux !À un ancien  » Salon du livre « , j’avais grondé feu Georges Dor qui publiait des pamphlets sur notre mauvais français. Je lui avais reproché, scripteur destiné à se servir de tous les niveaux de langage, de s’être métamorphosé en surveillant de dortoir, le chicanant :  » Ça n’est pas notre job, Georges, laisse ça aux linguistes « . Je lui avais dit en riant :  » Je n’aurais jamais cru que tu prendrais le parti des chics Pinson, face aux modestes Moineau ! « , allusion à son téléroman populiste. Algarade amicale donc au kiosque de notre éditeur.

Paraphrasant Albert Camus, j’affirme :  » Entre la langue de ma mère et le français standard, je choisirai toujours la langue de ma mère « .

Lecteurs, en avez-vous assez des  » donneurs de leçons  » du genre Denise Bombardier et allii ? Sans cesse, l’apprenti puriste —ignorant les conclusions de la science linguistique— dénonce seulement les effets en oubliant ces causes.

Nos déficiences langagières ont des origines très explicables, historiques. Il faut éviter les faciles et magistrales admonestations qui se résument à :  » Faisons honte à ce peuple de nègres blancs « . Les dénonciateurs de nos travers langagiers restent le nez collé aux effets. Il serait autrement courageux d’étudier  » la condition québécoise « , des débuts de la colonisation à aujourd’hui, un manque de mémoire ou ignorance feinte ?

L’épurateur du patoisant, sa chasse aux fautes, lui est une obsession. Il fait mine d’oublier et d’où nous venons et où nous en sommes. Il y eut 1760. La tragique  » défaite « (abandonnons ce mot de « conquête »). Après la défaite de la démocratie, 1837, ce sera cent ans de couvercle —à religiosités et piéticailleries— sur la marmite. 1840-1940. 1940 : début du réveil, très timidement.

Enfin, Il y a l’histoire actuelle : 1970-2004 : l’installation d’un impérialisme culturelle anglo-américain, tout puissant, mondial. Cette culture pop —films, télévision, chansons— donne un signal aux jeunesses : le français ne compte pas ! De là l’indifférence à la santé (la qualité est une santé) du français. Cette renversante vague états-unienne s’appuie sur un  » axe « , réseau universel Grande-Bretagne, Irlande, Australie, Canada (hors-Québec) Nouvelle-Zélande. Et encore, par parenté lointaine, cet axe peut compter (diffusion comme promotion) sur des pays anglophiles : agglomération planétaire « sous influence » : Allemagne, Autriche, Suisse alémanique, Belgique flamande, Hollande, voire des pays scandinaves. Désormais l’Afrique, voire ce qui se dessine au Rwanda.

Alors les effarouchés de notre  » louzy french  » (mot de Trudeau) oublient que cette titanesque machine rugit juste à nos frontières, étant notre voisine immédiate. Des nations autrement solides que la nôtre, Italie, France, Espagne, Grèce, Portugal, en sont déstabilisées. Et nous, tout petit satellite en ce proche orbite du matamore culturel, on nous voudrait avec un français exemplaire ? Il nous faudrait des milliards (d’argents publics) pour contrer cette omniprésence.

Qui est fier de mal parler ?

Tout le monde est pour la vertu, chère  » enfant de l’eau bénite « . Nos gens ne font pas d’efforts particuliers pour mal parler. Tout de même ! Les grands  » coups de règle  » sur les doigts —« Ô Denise, toi, transformée en vieille maîtresse d’école acariâtre ? »— n’aident en rien à solutionner un vaste problème. « Ta mé é-tu là » est une pauvre manière de parler. Le  » joual  » n’est pas une invention née d’une volonté libre. Allons, qui est fier d’avoir du mal parler, du mal écrire ? Cet acharnement à dépeindre les nôtres comme de fieffés paresseux est une injustice. Quel mépris du peuple d’ici !

Ces temps-ci, la corrida des instruits cible tout le monde : A- les maudits profs, tous décrits en abrutis inconscients, B- les maudits fonctionnaires du ministère de l’éducation, tous des aveugles impotents C- les misérables parents, tous des irresponsables, D- les voisins, les amis de la rue, tous des abrutis vicieux, E- bien entendu, les vastes lots d’élèves : tous des maudits paresseux. Bref : hordes de comploteurs ignares et sordides, entretenant complaisamment nos faiblesses en français ! Attitude de paranoïaques, non ?

À quoi sert ce fléau brandi pour culpabiliser le monde ? À intimider ? À contrôler les permis d’ouvrir  » sa trappe  » ? Dans ma jeunesse, on faisait taire parents, voisins et amis, en terrorisant par des  » campagnes publicitaires  » arrogantes. Nous traduisions par : » Fermez tous vos clapets ! Taisez-vous ! Vous nous faites honte !  » Ce silence complet était propice aux grandes noirceurs. Veut-on faire revenir le temps de la peur collective de nous exprimer ?

Ces parangons du  » bon parler  » semblent avoir pour but d’humilier les victimes de contextes historiques précis. Ces censeurs hautains reprocheront même à certains auteurs d’oser donner la parole aux pauvres, à ceux qui n’ont pas eu la chance d’apprendre à « bien perler ». Ce Tremblay, dramaturge, une honte ! Le poète Michel Garneau traduisant Shakespeare en joual, quelle honte n’est-ce pas ? Lisez les jeunes romanciers : intimidés, nos talents nous fuient avec des ouvrage —exotiques ou classiques— ne nous illustrant plus ( les Lepage et Cie.), plein de « jeunes » romans remplis de prénoms bizarres et se déroulent ailleurs ! Jeunes créateurs honteux de leur pays fustigé trop longtemps. Est né la mode actuelle, en théâtre comme en littérature, du déracinement volontaire. Déplorable et malsaine mutilation.

La langue des émotions : le joual ?

La plupart de nos grands-pères, nos pères, parlaient mal. Je parle souvent dans la langue de mon père qui ne parlait pas très bien. Cette  » langue maternelle  » imparfaite, boiteuse, est ma langue. Je n’en suis pas fier mais je ne la renierai jamais. Elle fait partie de mon humble héritage et je n’en ai nulle honte. Ce patois, ce jargon, ce créole nordique, nommez cela comme vous voudrez, véhicule, et très efficacement, émotions, sentiments. Les Québécois utilisent instinctivement le joual quand ils veulent exprimer de grandes colères, de fortes surprises, de grands bonheurs, on le sait bien.

Même les  » anciens  » pauvres, les chanceux du sort qui ont pu s’instruire —séjourner en France— vont recourir à cette  » langue maternelle  » au français magané, puni (Vigneault dixit). Elle fait partie de notre peau. Quelques apatrides volontaires renient ce fait. La majorité des gens d’ici n’a pas eu la chance d’aller étudier la bonne diction française chez la célèbre Madame Audet. Je regrette, bien entendu, nos moqueries effrontées face aux filles et garçons chanceux, protégés par des mamans soucieuses, qui articulaient. Il y avait dans notre bande de Villeray, « chez toi, Denise », ce grégarisme malsain, pétri de méfiance. Il illustrait, au fond, notre fragilité, notre insécurité nationale.

Paris, grande métropole de la francophonie ne fit rien, jadis, pour améliorer notre situation. France, dédaigneuse —sans solidarité aucune pour les abandonnés de 1763— installait ici ses chics ghettos, « Alliance française» et « Union française »  » —comme en Afrique, en Indochine. Paris installait ses écoles du type  » Villa Maria  » sur Queen-Mary road,  » my dear  » et ses collèges de modèle  » Stanislas « , à Outremont,  » très chère  » ! La néo-colonie française ne souhaitait pas mélanger ses élus avec ces Canayens-frança à la parlure d’aliénés pathétiques. Même mépris répandu par l’exilé londonnien, Modecaï Richler, petit gars pauvre et doué, né pourtant rue Saint-Urbain, Même racisme, surprenant quand il provenait de ceux qui nous devaient un peu de solidarité, les Français de France.

De rock et de rap !

J’en ai  » ras-le-bol « , comme dit Paris, d’entendre râler tous ces snobs, ex-quêteux-à-cheval. Les Chartrand, Falardeau ou professeur Lauzon, ont souvent recours à cette langue infirme car elle est, à l’occasion, riche en tournures fracassantes, en cocasses expressions Elle est parfois indispensable —munie de jurons— pour transmettre efficacement des vérités décapantes. Chaque fois, cela énerve considérablement nos « nettoyeurs dégraisseurs » en langue, ces autoproclamés en expressions correctes. Ils geignent, exigeraient des patentes, licences, permis… d’utiliser la langue. La populaire, qui n’est n’est pas aux dictionnaires parisiens, c’est merde. À bas, ces tabous, ces interdictions d’inventer, « de néologiser ».

Pendant ce temps, la popularité de l’empire états-unien et ses associés —j’y reviens— est dévastatrice. Vive le  » joual amerloque. Écoutez jacasser nos adolescents, écoutez bien, c’est le calque ( anglais médiocre) de cet  » autre joual « , la mode de vivre USA, publicisés sans cesse à travers les trois écrans —cinémas, télés, ordinateurs— de la planète. Cette anglo-américanisation a beaucoup à voir avec les difficultés en français. Que l’on n’aille pas m’imaginer en anti-américain primaire. Ils sont 280 millions et je reconnais volontiers que ce pachyderme glouton offre parfois de valables productions —livres, musique, ciné, télé. Il est très capable d’engendrer de la qualité, à l’occasion. Des productions culturelles consistantes. Mais il est seul dans le monde entier avec tant de moyens. De plus il reste absolument hermétique aux  » merveilles  » des autres nations.

Son isolement voulu, encouragé, sa lutte contre les « exceptions », le cloisonnement usa, sa totale fermeture, son constant refus des « autres cultures », est une tare reconnue. Cela montre l’autosuffisance d’un empire riche si pas toujours quétaine. Hélas caricaturé parfois par des envieux. Il y a que cet impérialisme séducteur ravage et nivelle. C’est dans la nature d’un empire. On ne peut reprocher au géant d’être pesant, d’y aller fort. Il n’existe pas pour casser les autres cultures mais il ne se retient pas pour causer des dommages. Il va selon sa puissance qui croît sans cesse. L’éléphant enrage s’il y a la moindre, résistance ou protectionnisme.

C’est le destin d’un moloch, il s’installe de Rome à Amsterdam, en passant par Paris et Berlin, de Moscou (depuis janvier 1990) et bientôt de Pékin à Saïgon. Un rouleau compresseur, un indomptable bulldozer. On affirme que son influence est beaucoup plus grande toutes proportions gardées— que celle de l’empire romain du temps des Césars. Un fait unique dans l’histoire des civilisations.

« Bon chien va » !

Ce 2 % de french-speaking, leur voisin d’en haut, n’a donc guère d’importance pour Moloch-USA ! Quelques lignes de français sur la boîte de céréales ne changeront rien à sa superbe, ma pauvre Denise. Il nous reste à quémander un peu d’espace. Ce sera des « Québec à New-York ». Avec notre argent public. « Bon chien, va, couche, couche » ! C’est cet influent, et séduisant Royaume du sud qui entraîne notre négligence, notre laisser-aller, une sorte d’auto-dévalorisation. Le colonisé québécois (comme celui de Paris) ne voit luire que l’herbe-aux-engrais puissants du riche multivore, a honte de son jardin, va vite s’américaniser, if I can’t beat him, I’ll join him. Jadis, c’était la domination anglo-montréaliste installée sur notre pauvreté collective et en découlait notre manque d’instruction accompagné du fatal sentiment d’infériorisation. Effet ? La venue de notre charabia. Ceux qui ont mon âge virent s’avancer l’inévitable contingent d’effarouchés, type Victor Barbeau, avec pimbêches apolitiques, superbes instruits myopes. Au lieu de s’en prendre à nos dominateurs, ils se ruèrent aux fouets :  » Honte à vous tous !  » Et actuellement : même aveuglement.

Jadis, ce fut le silence partout. Oh ! nos pauvres pères mutiques. Le Québécois sans cesse morigéné, insulté, bafoué, humilié par nos zautorités, ferma sa trappe, son clapet, rentra dans sa houache. Le cléricalisme ultramontain, strap dans la main, de mèche avec le duplessisme à strap ultra conservateur, s’incrustèrent. Il faudra attendre l’aube de la révolte salutaire « Refus global », « Liberté », « Parti-Pris », de rares alliés, profs courageux, radio-canadiens anti-cus-de-poule— pour rouvrir les vannes et raviver la liberté populaire. Nous proclamions alors : « Exprimez-vous bien ou mal, mais parlez. Nous nous corrigerons plus tard ». Vrai que nous ne nous sommes pas corrigés, qu’il y eut excès de laxisme. Inévitable quand la marmite saute !

Maintenant, il y a ces causes nouvelles auxquelles je viens de faire allusion. Les changer ? Moins facile qu’humilier sans cesse ceux qui n’ont pas eu la chance de s’instruire. Notre étonnante langue maternelle n’est pas en cause. Après tout, des monologuistes (Deschamps), des chanteurs (Charlebois), des poètes ( les émouvants  » Cantouques  » de Gérard Godin) —et qui encore ?— ont illustré ses ressources. Il était faux de répéter que le  » créole québécois  » faisait écran pour les autres francophones. Tremblay le joualeur sera joué partout ! C’était mieux que ce  » slang états-unien  » qui s’impose, lui, partout. Parce qu’ils sont riches, puissants et nombreux, répond l’observateur le moins sagace. Quoi ? Parce que nous sommes peu nombreux et sans grande puissance, notre patois ne vaut rien ?

Nous sommes un miracle !

L’a-t-on assez répété que c’était un miracle —un miracle sociologique— de parler encore français (même mal) en Amérique du nord ? Avec 300 millions d’anglophones tout autour, des Jebwab et Al, tremblent —et sans rire— osent affirmer qu’ils craignent, ici, pour la survie de l’anglais ! Oui, oui, ce fut publié dans nos gazettes. L’anglais pourrait crever ! De qui diable se moquent-ils ? Nous devrions normalement tous parler  » états-unien « , au Québec, c’est arrivé souvent, un peu partout, dans l’histoire du monde cette inévitable assimilation. Des faiblards sont disposés à rendre les armes et, e français, veulent le choix libre, pur envoyer leurs petits aux écoles anglaises ! Pourtant, plein de visiteurs étrangers n’en reviennent pas et le disent : ce Québec français, un miracle ! C’est la vérité. Cela avec notre français bousculé, froissé, blessé, bosselé, fracassé, certes. Avec des bleus un peu partout ! J’écoute parler de mes proches qui sont allés à l’université, de mes petits-enfants qui vont, ou iront, à l’université et les fautes pleuvent. Ils n’ont pas —pas tellement mieux que nous— réussi à maîtriser le français correct. Futiles ces coups de  » strappe  » dans les paumes. Les fameux  » si j’aurais » du Président Larose, moqués par madame Bombardier, ceux de ma parenté (et les miens aussi souvent) sont l’effet des causes. Causes à inventorier et mieux que j’ai tenté de le faire ici, messieurs les puristes énervés. Faire honte sans cesse à nos gens ne donnera rien, arrêtons de fustiger les profs qui sont aux prises avec ces terrifiants appâts de la mondialisation sauce USA et alliés.

Je sais qu’en ce moment des papas luttent contre une invasion difficile à contenir : jeux vidéo jeux-internet, made in USA, arcades in english, machines nintendo, disques (CD, DVD), rock and rap, succès des palmarès, etc. J’en connais intimement de ces valeureux pères de famille qui savent exactement de quoi je parle, qui se débattent contre l’hydre séductrice.

Ils savent bien que les profs font face au même rival. Terrifiant concurrent « sans tableau ni craie, lui » mais muni de lumières clignotantes, de violents bruitages, de pétarades, d’effets virtuels dynamiques, avec brillantes et clignotantes bulles gonflées de cris aux mots « all-american ». Fichez la paix aux enseignants : la classe d’école ne pète pas le feu cinétique bien-aimé des jeunesses.

Un combat plus utile

Laissons donc en paix ceux qui émettent des « si j’aurais ». Dénonçons au plus tôt les mercenaires, pas toujours bénévoles. Ces serviles et inconscientes courroies de transmission des productions amerloques, à pleins écrans de nos télés, à pleines pages de nos magazines et journaux. Ces dociles reporters, obéissants publicistes, stipendiés souvent via les junkets, louangeurs effrénés de cet envahissement culturel servent volontiers Molloch. Riche comme Crésus, Mastodonte-USA achètera de toute façon les espaces-annonces, garnira nos placards et n’a nul besoin de nos indigènes mercenaires. Les produits-USA sont commentés avec une zélée ponctualité et cela activent la mocheté linguistique des nôtres. Tus ces interviewers complaisants creusent le trou notre défaite. Ils participent tous à la surenchère de cette invasion planétaire. De l’actuelle culture totalitariste soft.

Adieu diversité et bonjour libre échangisme du ONE WAY. Ces agenouillements réduisent sans cesse le français, ici comme en France. On finira par ramener le français à un petit lexique à parfums, à foie gras, à fromages fins. Plus rien à voir avec les « Dites ceci, ne dites pas cela », utiles sans doute. Un jour si on continue ce laisser faire, il n’y aura plus qu’une « Dictée française », ce sera au canal RARETÉS, payant. Un jeu de scrabble avec maigres sachets de lettres à assembler, un jeu faits d’onomatopées et de borborygmes. La langue « menum-menum » —des ados— sera pour tout le monde. Examinons, bien compris ?, les causes et corrigeons-les, fichons la paix à ceux qui subissent les effets, sinon, on balbutiera trop tard : « Si j’ara su —rock-rap-télé-ciné made in USA— je les ara combattu ».

Il sera trop tard. En ce temps-là, le joual semblera un langage de marquis !

(30)

Nos enfants

Publié dans la Presse le jeudi 4 janvier 2001

Je sors de la lecture du premier roman du fils du célèbre auteur Gilles Vigneault, Guillaume. Je n’en ferai pas la critique, il y a longtemps que j’ai délaissé le métier de critique d’art, ou de littérature. Non, j’ai à dire autre chose que d’évaluer la qualité des oeuvres de « nos » enfants. Un monde nous sépare, pères et fils, et c’est sans doute inévitable. Vignault-fils est à des années-lumière du papa qui a illustré de façon inoubliable les personnages légendaires formidables de sa jeunesse sur la Côte-Nord.

J’ai lu aussi le premier roman du fils Hébert, loin, lui aussi, des préoccupations sociales de papa Jacques Hébert, redresseur de torts. C’est la loi de la vie?

Le héros du Vigneault fils, Alex, 27 ans, est étudiant, un peu libre, d’université. Pour vivre, il est surtout barman. Il n’y a pas de sot métier. Au début, d’entendre le jeune homme, serveur de métier, réciter du Aragon étonne. Plus loin, il sifflera du Bach. Pas un « bomme » ordinaire, je vous le dis. On a plus les « waiters » qu’on avait. Ce jeune héros semble lutter contre une pauvreté qui l’accable sans cesse, se fait expulser d’un appart (bonjour Paris!), couche chez un ami complaisant, drague le « one night stand », puis s’héberge chez un autre, y traînant son ordinateur! Et peut-être son « cellulaire »! Pourtant, ce pauvre hère a déjà séjourné au Portugal, ma chère! Dont il s’ennuie. Il racontera aussi l’Italie, Sienne et ses grandes beautés. Il dira: « Es muss sein », appréciateur de Beethoven!

Une bonne amie, Camille, 19 ans, passait ses étés complets, bien loin de Pointe Calumet (ou de Saint-Placide), dans le Maine, au chic village d’Ogunquit. On y va. Invasion par cette jeunesse dorée d’ici, d’un joli chalet au bord de l’océan, prêté par un papa crésus. Joutes de ballon volant sur sable, virées dans bars et cafés du lieu, on baise aux lueurs d’un feu de camp très arrosé.

Il y a les installations éphémères du séducteur, « squatter » fainéant de luxe, chez Martine. Ou chez Marlène. Fini les Janine, Pierrette et Thérèse à l’école des Saints Anges! On y jase à propos de dissertations à rendre au prof docteur en lettres. On lit des « Elle s’est marrée encore », et autres expressions parisianistes.

Ah ben quoi ces jeunes voyagent en France et en Navarre. Échanges culturels France-Québec, bourses et subventions forment la jeunesse! N’est-ce pas? Fini le temps du patronage duplesssiste quand seuls les fils des amis du régime (trois ou quatre par année) profitaient des largesses « unionationalistes ».

Notre jeune auteur étale ses savoirs et s’il fait nuageux, on a droit, ce n’est pas de la tarte, à la description des différences entre « cumulus, strato-cumulus ou cirrus ». Cette jeunesse, toute paumée quelle semble à prime abord, n’avale pourtant que des scotchs de grand luxe! Fini le temps des « draughts », des tavernes.

Mal pris, Alex-le-pauvre, ira solder ses livres De la Pléiade. S’il vous plait. Et il appréciera la « bouffe » bien branchée, celle des menus pointus! Ça va mal? Bon, alors en voiture pour Puerto Val Arta! Sacrée misère que celle-là non? Yannick, copain aubergiste au Mexique, accueillera ces jeunes « misérables » de l’an 2000! Le « club aventure » va se déployer. Voilà!

Juste dire que la nouvelle génération de romanciers, pas tous, se tient loin des questions sociales, de l' »engagement ». Bien loin de l’ouvriérisme sauce Parti Pris des années 60. Loin, par exemple, de l’admirable « Poussière sur la ville », d’André Langevin, loin du petit monde d' »Au pied de la pente douce », de Lemelin, du Saint-Henri à « Bonheur d’occasion », de Gabrielle Roy, ou de ma simpliste « Germaine », petite servante gaspésienne exilée à Montréal-Nord. Le thème de l’individualisme (égocentrique?) trône désormais.

Rien à redire. Miroirs actuels, échos fidèles de jeunes rédacteurs qui ne sont plus de ces autodidactes à la Yves Thériault. Ils sont instruits, se contentent de refléter leur monde bien à eux. Qui est fait de diplômés en « creative writting ». Après maîtrises, licences et doctorats, ils végètent, remplissent des formulaires, guettant colloques en Italie, séminaires à Knocke-le-Zoute, et voyages-à-l’oeil à Royaumont ou Marnes La Coquette, racontent leurs errances de petits-bourgeois, déjà mondains. Désargentés souvent, mais munis de réseaux utiles via la sécurité-sociale-littéraire, ils restent les serviteurs prudents, et bien muets, sur toute question délicate, sociale ou politique, pour amadouer les conseils des arts et lettres divers. Reste que la foule des travailleurs ordinaires n’y a plus aucune voix, aucun espace de description (ou de dénonciation) sur leur existence et, ainsi, lisent de moins en moins, prises qu’elles sont avec les réalités et responsabilités quotidiennes, si éloignées de ces jeunes coureurs d’un jet-set à sacs à dos qui tourisment (sic) en appréciant les nuances de goût subtiles des bières importées.

Un monde, hein, papa Vigneault?