QUEL PRIX LA LIBERTÉ ?

Un courriel d’un fidèle lecteur : « Cher M. Jasmin, facile d’encourager les jeunes à l’engagement politique quand on est un décorateur retraité de Radio-Canada à la belle pension. »

Oh ben là !

Pour la première fois, publiquement, je vais détailler les promotions perdues. Des jeunes lecteurs appendront le prix de la liberté quand on s’engage. 1966, j’ai 35 ans et je veux  devenir journaliste permanent. J’offre ma candidature à La Presse, là où je suis pigiste depuis cinq ans. Me reçoit un boss, M. Desroches. Il me jette : « Non. Pas question ! » Pourquoi ? Pour cause de militantisme. La cheffe éditorialiste,  Renaude Lapointe, qui sera promue sénatrice à Ottawa, fut ma pire ennemie. Et de un.

Et de deux ? 1969, j’ai 38 ans, scénographe à Radio Canada, je veux devenir réalisateur. Pas à l’Information, pas fou, aux émissions pour enfants. J’avais fait La Roulotte de Buissonneau, travaillé trois ans au Service des Parcs. Claude Caron, chef de ces émissions,confiant, me nomme. Mon bonheur et je fais mes boites. Soudain Caron m’annonce que la Haute Direction refuse ma nomination. Pourquoi, pensez-vous ?

1970, je récidive. Aux émissions dites de Variétés. Son directeur, Jacques Blouin, pas moins enthousiaste que Caron, me nomme réalisateur et je fais mes cartons de nouveau. Quelques jours plus tard, Blouin me fait part que la Haute Direction rejette sa nomination. Vous devinez la raison et de trois. En 1971, je réussis à convaincre Michelle Lasnier, cheftaine du secteur Émissions Féminines, c’est « oui ». Elle est ravie de sa nouvelle recrue et, comme on dit, je pacte mes petits une nouvelle fois. Humiliée, madame Lasnier m’annoncera le nouveau refus des grands patrons (Raymond David, Jacques Landry, Jean-Marie Dugas. Et de quatre.

Oui, La liberté a un prix, sinon où seraient les mérites de s’engager. Jeunes gens, vive la liberté, l’engagement, mais il y aura un prix. De là le silence de tant de nos intellectuels connus : la peur de perdre des subventions, des colloques à « voyages payés » par l’argent public. De là tant d’écrivains muets sur la place publique québécoise.

Et de cinq ? Je n’oublie pas l’automne de 1989, retraité, je veux devenir député du P.Q. dans Outremont. Les  timorés (Royer, Boileau) vont énerver Jacques Parizeau : « Dangereux, ce Jasmin qui vient de dénoncer le racisme inconscient des Juifs Hassidim ». Rejeté le candidat.

Oui, il y a un  prix à payer pour la liberté se s’exprimer, jeunes gens qui me lisez. Comme pour la vérité. Je reste, indépendant de tout parti, un indépendantiste libre.

À LA QUEUE LEU LEU !

Ce fut une canicule et il y en aura encore. La chaleur n’empêche pas la promenade, à la queue leu leu, de sept tout petits canards, accompagnés, chaque jour. Ils vont toujours de l’ouest, du marais deltaïque, vers l’est et la plage publique. Ô quelle joliesse, on dirait des jouets. Cette fière parade quotidienne  (un rituel) fait chaud… aux yeux et au coeur.

Le notaire Amédée Jasmin, le papa de ma célèbre cousine Judith, fou de généalogie, affirmait que les Jasmin venus du Poitou venaient d’abord d’Espagne et, avant, d’Afrique du nord. Du peuple Berbère aux cavaliers fameux pour collaborer à la vaste conquête islamique. Voilà donc, ces temps-ci, mes très anciens ancêtres en manchettes. Ils se nomment entre eux des « Amazighs » et débarrassés maintenant du mépris des tyrans à la Kadhafi, ils font revivre leurs culture. La langue « amazigue » —interdite, sinon la prison— est enseignée de nouveau. On tient des expos et des musées regroupent les artefacs culturels. Radio, télé et journaux coopèrent à cette résurrection car « Le réveil arabe » actuel compte aussi sur les Berbères. Non, je ne parle pas encore la langue…

Le bonhomme Foglia, un de plus, crache volontiers sur Saint Sauveur. Le 16 juillet, pédalant en France, dans le Cantal, son venin anti-sauveurien a giclé dans La Presse. Le brillant billettiste tient pour barème d’horreurs touristiques ce gros village voisin si prospère. Misanthrope comme il est, on peut comprendre le réfugié de Saint Armand…allons, le lieu a ses mérites, ses beautés s’il contient aussi quelques excès en cette matière. Quel endroit est sans défaut ? Très grégaire et aimant le monde, moi, j’en aime sa vitalité. Pas seulement sa diversité en excellents restos et terrasses, aussi son choix de commerces en tous genres, sa vivante « place de l’église », ses fêtes, son festival de danse moderne, et, oui, certains de ses alentours sont charmants.

Le Fougflia (sic), snob à sa façon, s’évade sans cesse sur son chic vélo au Vermont bucolique voisin. Il est de ceux qui chiaient volontiers sur… disons, le Parc Belmont, Pointe Calumet, la Plage Idéale, la Ronde, partout où tout un monde modeste trouvait en certains sites populaires loisirs, divertissements et cent petits bonheurs. Plaisirs communs aux gens du populo. Cet ex-fils de « femme de ménage italienne ,» expatrié volontaire de France —à la plume cocasse et souvent fascinante— s’affiche en libertaire, simili anarchiste, aussi en sauvage qui fuit comme peste. Il ira mourir dans un cloître ?

Coq à l’âne ? Un blondinet fou d’Oslo, détraqué, névrosé face aux émigrants en Norvège (!), mitraille sans vergogne une « Jeunesse d’un parti travailliste » rassemblée dans une île. Un carnage ! Un Pierre Curzi, inquiet aussi de notre assimilation souvent annoncée, ne prendra jamais les armes, pas lui le démocrate. Un discours circule —en Europe comme ici— qui veut répandre la terreur de « disparaître ». D’être submergé par les nouveaux venus —ces « sales émigrants »—  dans telle ou telle contrée. Le fragile, l’inquiet pathologique, peut se changer en monstre, mitrailler et tuer. Autour de moi, j’entends des récriminations angoissées : « Y a trop d’Arabes à Ville Saint Laurent » ou « trop de Noirs à Côte de Neiges ». Etc. Ces camarades, chaque fois, me croient de leur bord car j’ai blâmé publiquement (en1988) et très sévèrement les juifs Hassidim d’Outremont (et de Boisbriand) pour leur total refus de s’intégrer le moindrement à nous, la majorité. Cela ne fait de moi un violent anti-émigration. Ma protestation est valable.

Mais cette horreur à Oslo ! Ce jeune désaxé répandant le sang d’une centaine d’ innocents… vomir ou aller revoir mes canards à la queue leu leu, tiens.

La marmotte du Manoir

Ma vue de la galerie est un jardin de…couleurs, Nelligan: du blanc et du mauve, ô lilas !. Pas loin, taches d’orangé clair, sorbier fleur !, et puis du rose, bosquet de chèvrefeuille,  sous ma rampe, mille miniparasols jaunes, le  mahonia, au sol, paquets bleus de forget-me-not ! Tout ça pour quoi ?, pour quinze brefs jours ? Hélas ! Revenant d’une soirée théâtreuse ( à cause de Raymonde, folle des scènes !), en visite chez Claude, l’aimable bibliothécaire du « Manoir d’Outremont », que vois-je par les fenêtres de la salle à petit-déjeuner ? Elle, oui, ma Donalda. Là, en ville, ma grosse marmotte dodue qui trottinait vers un boardwalk du jardin ! Non, je me trompais, elle a les yeux noirs, la mienne, à Ste Ad, a les yeux gris ! Ouf !

Mais, un matin récent, urgence, me voilà en ambulancier d’occasion et je conduis à Ste Agathe ma mie —un accès d’asthme ! Consultation efficace. Remède. Fin. Ouf!, elle va mieux. L’attendant au parvis, il y avait là, un rocher noir, une pierre lugubre, sombre anthracite et qui bouge ! Qui a des ailes qui se lèvent : c’est un immense corbeau parké dans le parking et qui me nargue, gros comme un veau, qui s’immobilise, paquet de suie sale, il m’observe de son louche regard, quand je m’en approche. Un duel en vue ? Un jeu vidéo ? Hitchcock au secours ! Je fonce sur le big-shot et enfin il ouvre ses parachutes de charbon, s’envole loin de l’hôpital. vers le nord-ouest.

Quel bouquet mirifique dehors. Bon. Je rentre retrouver ma « tousseuse ». Qui me dit, regarde encore, notre famille canardière qui surgit sur le quai ! Qui disparaît, reparaît !

Coup de fil : mort de mon voisin, le gras juge B. Qui nous saluait à peine. Adieu « votre- honneur » ! Mort de Léveillée, venu de la petite patrie, rue Drolet et De Castelnau. Un coup au coeur.

Être vieux, handicapé mais recevoir l’aide d’un fils. Merci Daniel. Venu de son lac Doré (Val David) au Rond, dix minutes. Voir au radeau, au quai, à une haie, à la chaloupe et au mobilier de jardin. Juin bien installé et cette jambe droite comme ankylosée, zut !

Marielle, ma documentaliste de Rosemont-la-neuve, ma sœur, qui  dit « non à Ogunquit », cette saison. Oh ! Devoir refuser la mer où l’attendait Nicole, mon autre révérende sœur. M’expliquant « Peau fragilisée et fini le soleil et la plage ».

Pour mes lecteurs de « Branches de Jasmin » attachés à mes cinq ex-gamins : le jeune prof de musique, Gabriel, part pour le Neptune d’Ogunquit, Simon est parti mission  commerciale… loin, au Qatar ! Sédentaire, mon Laurent défie le monde des pixels et autres effets électro-magnétiques (un monde que j’ignore) au carrefour Angus, rue Rachel. Le « littéraire » David, écrit à Bogotà, en Colombie où la vie coûte si peu ! Enfin, l’étudiant Thomas en vacances, via-les-aubaines-internet, voltige de Berlin à Rome, de Barcelogne à Louvain-la-neuve ! « Et moi pauvre de moi… » comme chantait feu Bécaud, je convalescence, pénible sort, fait du vélo-sur-place et du tapis-marchant au gym du centre commercial…avec quatre écrans de télé au dessus du visage ! À plaindre non ?

Il y a mon bonheur et plaisir, cette chronique et…la lente ponte d’un neuf roman («  La mante juive ») qui veut narrer un bien mauvais souvenir de jeunesse quand je me suis sauvé peureusement d’Anita K., une si jolie jeune juive sauvée miraculeusement des fours crématoires… réfugié à mon « École du Meuble ». Parution en décembre, probable, si… mon petit camarade Claude Léveillée n’insiste pas pour m’avoir à ses côtés au Paradis promis ! Eh !

NOS COLLINES S’ALLUMENT !

« Que c’est beau…la vie », chante le bonhomme. C’est parti. On va revoir des cars remplis d’asiatiques étonnés de nos arbres allumés ! Il y a aussi l’actualité : il y a commémoration du terrorisme d’octobre 1960. Souvenir : candide, j’embarque dans un neuf parti de gauche pour me faire élire échevin à Montréal. Les enlèvements (Cross, Laporte) vont faire en sorte que notre campagne s’écrasera. Les électeurs fascinés par les nouvelles collent aux téléviseurs et oublient ces élections, Annulation de toutes nos assemblées. Ville désertée. Jean Drapeau, démagogue,  gueule : « Avec le FRAP, le sang va couler dans nos rues ». Ça aide hein ? Jean Marchand s’époumone : « Le FRAP est la façade du FLQ ». Ça aide ! En octobre 1970, des artistes mis en prison, les arbres se métamorphosaient néanmoins en lumineux plateaux de fruits, gigantesques palettes de peintre, terreur ou non, c’est comme chaque automne.

Ce brave maire Gérald Tremblay vu, pas loin du Marché Métro-Chêvrefils, qui marchait sous les toutes neuves couleurs. Souvenir encore : toujours candide, moi le pamphlétaire qui avait vertement critiqué les Juifs Hassidim —« au racisme tout inconscient »— d’Outremont, je veux devenir candidat dans… Outremont. Octobre, 1989. Le cher « Gérald » serait mon adversaire. Mais le «  bureau »  de « Monsieur », sur la Plaza,  doute de ma victoire. Et branle. : « Jasmin ? On le vire ? »  Je fuis. Plus tard, face à face lors d’un lancement, il rigolera : « Ah c’est vous, mon redoutable adversaire de 1989 ? » Il ricane gentiment. Dehors le rituel inouï d’octobre, les beaux bouquets couleurs citron, cerise, bleuet, orange, pommes.

Rancunier ? Oui ? En 1980, une veille de Noël, sur une plage de Floride, face à face avec le Marchand « retraité, déçu —la bataille du français aux Gens de l’air— les yeux ouverts désormais sur la « francophobie » fédérate. Il me sourit mais je lui tourne carrément le dos. Moi en façade du FLQ ? J’oubliais pas. Cette beauté dehors, hum, je viens d’un quartier populaire sans couleurs en automne. Béton, ciment, bitume,  asphalte, macadam autour de nous dans Villeray. Seuls, rue St-Denis, et Jean-Talon, deux peupliers mais sans coloration. Enfant, je ne saurai rien de cette lumineuse avalanche dans nos arbres de nos collines. On ne sortait jamais de son quadrilatère. L’église, l’école, le marchand de bonbons à la cenne et… la rue St-Hubert. Cela a bien changé, Dieu merci !

Souvenir : tout jeune, être venu « dans l’nord », un jour, pour vérifier les félicitations à la nature d’ici. Ravissement des yeux : c’était vrai. Collines d’octobre en vitraux fantastiques ! Le soir venu, goûteuses viandes au populaire « Quidi Vidi » (près de la clinique) démoli désormais. C’était vrai, partout de gigantesques bouquets. Tenez, près de chez moi, juste au haut du parc-amphithéâtre, premier sorti, un érable géant en feu ! Des roses d’une intensité ! Cette sorte de rose tout rouge ! Au tronc de ce champion, j’ ai accroché un bout de ruban, jaune, trouvé à terre.

L’ENFER DE LA VILLE ?

J’évite désormais de descendre en métropole tant que je peux. L’été surtout, il peut se passer des semaines, voire même deux longs mois, sans que je quitte mon cher village du nord. Hélas, je devais descendre vers la grotte climatisée, au rez-de-chaussée nord-est de la Place Bonaventure. Vers la moderne caverne toute capitonnée (pour des fous là ? ) de l’animateur « Numéro Un », Paul Arcand.

Ce sera un matin de cauchemar !

Ah oui, brutal envahissement de tous nos sens, grouillement inouï. Que j’avais comme oublié ! Une descente énervante chez les « démons » —ô mon roman « Papamadi » !— du trafic en mégapole. Salut Aliegheri Dante ! Pourtant je suis né en ville ! J’ai grandi dans les bruits incessants des nombreux tramways, rue Saint-Denis, dans le perpétuel tintamarre urbain aux coins de Jean-Talon comme de Bélanger…

Eh bien…ce fut un choc !

D’abord, cela s’endure, pour rentrer à Montréal il y a ce long ruban bétonné. La 15.  Dès Saint-Jérôme, adieu nos jolies collines et voici de mornes plaines avec, le long des fossés, tous ces placards ignobles, tant d’enseignes ultra-criardes, quelques rares (hélas !) entrepôts discrets, la plupart aux airs clinquants, aux allures de marchands grossiers. La 15 jusqu’à sa sortie, fait voir l’anarchie visuelle classique en amérique-la-commerçante, fait constater un pays, le nôtre, sans règles, free-for-all regrettable.

Tu sors à L’Acadie, oh !,  on se rapproche du compère Arcand, tu ramasses vite, vite, ton courrier au Phénix, le  pied-à-terre commode, carrefour Rockland…Et puis tu files au sud, une rue Stuart outremontaise, encore un peu de calme, puis montons à bord de la Côte Ste Catherine : c’est le  début du mouvement et des bruits. Longer le mont Royal, ça va, une halte brève hélas. Ensuite, ce fut le début intempestif, brutal, du capharnaüm visuel et sonore, d’abord l’Avenue des Pins !

Nous arrivent, attaques à quatre, à six, ma foi, des flots de véhicules divers foncent de tous les côtés ! Mon chauffeur, Raymonde, pas moins choquée que moi, raidit aussitôt les bras. Tel le chef-patroneux Charest à son volant. Le décor va défiler  en grande vitesse avec criards des klaxons rageurs si tu colles pas le pare-choc qui te précède ! L’aréna Molson, l’hôpital Royal Vic, du monde,  ça y va par là. « Go west people ! »,  l’Avenue des Pins est rempli à ras bord.

Comme je me sens loin de ma petite vallée, là, où hier encore, on a aperçu un beau coyote à longue queue rousse qui filait au Sommet Bleu.  Pire enfer encore : la rue Peel, puis ce coin Sherbrooke. Variées en tous sens, cent, mille camions coursent. Rock and roll  very hard, archi-metal ! Envie de me boucher les oreilles, je hais les métropoles désormais. Tourner à gauche sur René-Lévesque, un boulevard couvert « caniveau à caniveau ». Tourner à droite sur University, pire encore le trafic ! Guettez un passage, risquer sa peau. Surgissent des taxis fous, défilent de tous les horizons des piétons la mallette en l’air et personne ne sourit. L’enfer.

Enfin, nous y voici, je sors, assourdissement total. Avec ma canne je me traîne jusqu’au micro de Paul Arcand. Une cage de vitre. Silence obligé. Attention ! Dans cinq ! Quatre, trois, deux, un… Je dis à Paul : « Si tu l’avais vu, d’un blond d’or, un coyote courrait à son rendez-vous galant. Dans le silence, sous la verdure… » Paul me sourit, lui, le total urbain plus que matinal.

LA VIE DEVANT SOI

À ma très chère biblio-Grignon, ma voisine pour un temps, je trouve et je lis « L’espérance de vie ». Une autobiographie  par le fils du fameux Romain Gary, merveileux auteur de « La vie devant soi ». Suicidé. Ce rejeton de Gary a eu pour maman « Joan of Arc » Seberg, actrice suicidée. Un fils mal aimé raconte sa vie de jeune mondain « sexomane ». Tristesse. Lire m’est une vraie passion.  Pas pour ce Éric St-Onge, en 5ième au  collège St-Jean-Vianney, qui affirme ( La Presse) : « Avant, on lisait pour passer le temps, maintenant il y a l’ordinateur (et les sports) et c’est bien mieux ».

Je laisse dire. Vive la liberté !

À 9h. tous les matins,  derrière le « Joe’s-vidéo-poker », achat de mes journaux au « Le Calumet ». Essentiels avec le café.  Y lire l’envoyé à Port-au-Prince, Lagacé (La Presse). Le voilà qui accuse le peuple ( ô racisme !) : « C’est de leur faute tous ces malheurs actuels ». Quoi ? Pas de « vie devant soi »,  pas davantage d’avenir pour la pacifiste étasunienne, Rachel Corrie (voyez ça sur le web). Elle fut « écrasée à mort » à Gaza, par un tracteur de l’armée juive. Ne fut pas épargné comme cet étudiant « emblématique » à Pékin, Place Tienanmen.

Lire : Ignatieff-le-rouge, petit-fils d’un royaliste-blanc, se porte  au secours de la folle « bure » islamiste. Macho bien con notre néo-raspoutine? Ou bien francophobe complexé de Paris ? Ce décevant successeur du rat-dioneste (de Chapleau) protège donc l’odieuse tente-perso des femmes dominées. Non mais… Quelle cloche, ce raton-larveur,ma foi, vive Harper-le-bleu

Lire pire ? Ce critique de La Presse, Hugo Dumas. Un colonisé total. En ghetto jeuniste, qui, bienheureux, déclinait : Amy Winehouse, Keesha Rose Sebert, Flo Rida (sic), Ke$ha (re-sic), Taylor Swift, les Q Awards,  Dr Luke, Max Martinn, Kelly Clarkson, Katy Perry, Brit-Brit (?), Hedi Montag. Non mais…

Pauvre Hugo américanisé à l’os ! On est à mile milles du surdoué Pierre Foglia qui publie  : « Je vais mourir et les Israélites continueront à construire des colonies en Cisjordanie »,une encre autre n’est-ce pas ?  Celle de Nathalie Petrowski souligne le racisme soft d’un Léonard Cohen, ex-montréalais cosmopolite unilingue et le e compare avec Kate McGarrigle (sans plus de « vie devant elle »), qui fut full québécoise et fière de l’être. La même raconte aussi un Dany Laferrière longtemps peu lu, souvent découragé et soudain acclamé ! Ah !, Paris le consacre. « Au Salon du livre, on venait pas pour mon livre mais pour avoir « le Prix Médicis ». Sans cesse le colonialisme !

Plus de « vie devant soi » au si joli Lac Marois où j’avais deux amies, Mais ma Françoise Faucher a vendu. Ma Solange Chaput-Rolland est morte après un long séjour (bleu) à Sainte-Marguerite. C’est ma Raymonde qui me fit connaître cette député « rouge » de feu Boubou. Raymonde Boucher avait « mis au monde » sa série-télé à succès :  « Monsieur-le-Ministe ». Avec Michel Dumont. Quasi-sosie de P.-M. Johnson. Nous étions de des adversaires politiques mais nous nous aimions. J’aimais sa charmante « classe » outremontaise, elle disait apprécier « le p’tit voyou de Villeray. » Lire le Devoir où  une Louisiane Gauthier livre des souvenirs de ces Rolland. Et aussi sur feu Bruno Roy, leur protégé. Mon ami Brno, un « orphelin de Duplessis ». Dégueu : des médecins assermentés, les chiens, et un cardinal, cet homme léger, fichèrent comme « enfant fou » mon petit Bruno ! Pour recevoir plusse de piastres d’Ottawa. Et plus aucune vie devant eux ! Vous voyez : comme j’aime les journaux, sauf pour La Vallée, c’est un peu salissant mais lire sur I-machin ou  I-Pad sur un froid écran ordinatisé. Non, jamais !

MOI SI J’ÉMIGRAIS…

Minute, marmotte ! Des citoyens d’Outremont, « religieux très pieux », se comportent en racistes ? Oui. Ils ne sont pas des Québécois et c’est ce qu’ils veulent. J’enrage, tais-toi l’écureuil ! Moi, émigrant,disons en Italie, je me transforme vite en Italien. Je fais tout pour que mes enfants puissent se sentir des Italiens, parmi les petits Italiens, au sein des petits Italiens. Ici, plein d’émigrants qui nous méprisent. Ça suffit, pas vrai le rat musqué ? S’intégrer à notre nation, 84 % on est.  Question d’épanouissement, d’intégration indispensable jadis. Je pense à nos Curzi, Nuovo, Corbo, tant d’autres. Ce refus est un raciste. Oui, le raton laveur sur mon bac noir !  dehors ! Si je n’estime pas les Italiens, je n’avais qu’à émigrer ailleurs. Eille, l’Arabe,  en Suisse fais comme les Suisses. Sage et vieil adage partout. Avec minarets ou sans !

En 2009, nous sommes entourés d’émigrants qui se « renferment » en ghettos nostalgiques. Pour s’imperméabiliser au centre-ville à 84 % de la population. Ces ghettos se multiplient, malsain, comportement. Méprisant. On dirait un reproche à ce que nous sommes ! Bizarre. Oui, un racisme, dans « Parc Extension », dans « Côte-des-Neiges », ailleurs.  Une erreur et une attitude insultante. Là, il y a grogne. Réaction, protestation. Les Hammisch, intelligents, colonisent un territoire précis aux USA. Parmi nous, le « ghetto encouragé » (sauce multiculturelle à la Trudeau-le-jetsetter-anational,  qui voulait nous diluer) est un piège à cons, nuisible aux émigrants abusés. Par la mollesse imbécile des chefs politiques actuels. Par notre complaisance de mous. Par la tolérance accommodante des mollusques aux pouvoirs.

Oui, mésanges voletantes, m’exilant au Moyen-Orient, je m’intègre, je lis le Coran, j’étudie les us et coutumes de ma nouvelle patrie, l’histoire de mon nouveau pays, sa culture  ancienne ou populaire. Ce nouveau monde où je décide de refaire ma vie exige ce respect. Ici au Québec ? Pas d’espace pour le bon sens ? Moi, migrant, tout faire pour que les miens ne se sentent pas trop longtemps « des étrangers ». Il est important de me fondre à cette nation où j’aurais décidé de m’installer. Cette simple logique ne fonctionne pas au Québec ?  Nos « carpettes » en autorité encouragent le ghetto maudit, le subventionne (via un cégep traître, Marie-victorin) multiplient les entorses aux lois. Ils font en sorte que les enfants de nos émigrants perdent des chances de devenir des citoyens parmi les autres. Danger car ils hypothèquent leur bonheur. Et si un Richard Martineau dénonce « qu’au Moyen-Orient c’est le rejet total face aux autres cultures et religions », la « nouille » Lysiane Gagnon rétorquera : « De sales dictateurs en ces contrées,rien à faire. » Autrement dit : « Vos gueules, les Martineau et abandonnons tous ces abusés aux mains de ces tyrans despotiques ! » Belle pensée humanitaire. Dire aussi que l’enfermé en ghetto est comme encouragé dans son mépris raciste à notre égard par trop de Québécois américanisés, aliénés (tel Hugo Dumas et Cie), colonisés dominés par la culture « pop and rock » des riches voisins. L’émigrant l’imite, jouant le minoritaire consentant. Ce tout greffé à l’« amerian way of life ». Adieu alors le respect de notre culture et du français au centere-ville. Redressons-nous, debout ! Tiens mon Noireau-Barak, une pinotte pour ta gueule !

SMOKE MEAT, TYMBALES ET CADEAUX

Il y a peu, ces beaux jours en guise d’été indien en retard. La rue Bernard pleine de dîneurs aux tables de ses terrasses. Bonheur des yeux. On y alla, Raymonde et moi, un midi, pour le croque-monsieur de la Moulerie, un autre midi, pour le cher smoked meat de Lester, ses cornichons à l’aneth. Invités à souper à Mont-Royal sur Simcoe Circle chez l’ex-cynique, grand sec d’Orléans, André Dubois, mon amoureuse cherche un présent à offrir à Mimi divine cook. Elle file vers ce magasin de cadeaux pas loin de chez Lester. Que d’offres cocasses là ! Un lieu féerique. Un caverne d’Ali Baba ?

Le soleil donc. Partout. Courses…au marché si varié des Cinq-Saisons puis à la banque. Aussi à cet autre magasin-à-cadeaux, sosie du Mille-Feuilles de la Laurier, une papeterie inouïe côté sud de Bernard. Encore là, vaste choix aux rayons garnis d’inventions légères pour cadeaux divers. Dont un des  jeux de société de mon designer de fils, Daniel.  Des tablettes débordantes aux joyeuses inutilités bien agréables. Embarras du choix toujours et toujours, dehors, ce soleil d’été étonnant !

Qui va là, square Madeleine-Ferron ? Est-ce bien mon Tit-Louis, lui qui était avec nous tous au 42 Avenue des Pins en 1948, l’annexe de l’École du Meuble. Où il tambourinait sans cesse. Sur tout et sur tous. En maniaque fervent des rythmes. Eh bien, prévisible, Louis deviendra « le » célèbre timbalier —éméritus— de l’OSM. Louis Charbonneau, aujourd’hui retraité, a gardé même visage et même sourires. Je passerai acheter magazines et journaux chez l’aimable maghrébin-québécois en sous-sol du Manoir d’Outremont. Je donnerai de mes livres à Claude, la bibliothécaire du lieu et aussi on petit-déjeunera avec mon cher beauf’ Jacques, tous ravis de ce répit à jours chauds.

Outremont comme un village. Lieu familier où l’on est bien, d’où nous vient ce bon petit bonheur ? Urbi bene ibi patria, disait les pages roses du Larousse : où on est bien, là est la patrie. Ah nos petites patries en cours de vie ! Je me suis souvenu —vacances d’antan— les si belles longues blanches plages du New Jersey, jusqu’au Cap May, et, pourtant, au retour, le contentement très profond de retrouver sa petite géographie familière. Aller à Paris, métropole si fourmillante visuellement, si riche en décors historiques et puis, au retour, éprouver le bon grand bonheur de retrouver son monde, ses vues, ses familiers contours du quartier où l’on vit, adopté. Même chose si tu vas à Londres, tu as vu les berceaux de tant d’histoires nous concernant souvent tant de monuments célèbres mais, revenu chez toi, c’est la très grande satisfaction. À Rome aussi, tu peux voir les antiques sites du temps d’un vaste Empire disparu, des trésors architecturaux fabuleux, et, revenu at home, tu te sens si bien, si heureux.

Ma parole, le vieux poète, Louis de Ratisbonne avait donc raison ? On lisait : «  Nulle terre n’est si douce que la terre où nos sommes nés ». Faut le croire ? Et mon grand Dostoïevski, exilé un temps, qui déclarait « qu’il n’y avait pas pire malheur que d’être apatride ». Vrai aussi ? Mon fier camarade, Dany La ferrière —Prix Médicis à la boutonnière— ne cesse-t-il pas de gratter son grave bobo haïtien ? La fuite. Enfin, le soir restant chaud, on s’attable au «plus que parfait » Petit Italien et on a vu Martineau-l’excellent-tireur-fou (et franc) en actualités qui minaudait avec une belle enfant, pas loin, Pierre-Karl Péladeau, lui aussi avec une jolie fillette, et tous les passants, rue Bernard, souriaient à cette inattendue pause d’avant les neige

RETOUR D’UN « ENFANT DE VILLERAY »

1986. Déménageant de la rue Cherrier vers la rue Querbes dans Outremont-en-bas, j’étais content d’avoir mon nouvel éditeur… disons « sous la main ». Un voisin de la rue Ducharme. Avec Lanctôt-éditeur, ce sera d’abord : « Pâques à Miami », sorte de « tombeau » littéraire à mon père mort. Puis ce sera : « Enfant de Villeray », une autobiographie de mon enfance. Un récit apprécié, vite épuisé. Voilà mon cher felquiste (qui avait payé sa dette pour sa prise d’otage), au bord de la banqueroute et qui me propose une dette en retardant de me payer mes droits ! Mon refus net ! Mon récit tari, eh ! Eh bien, fidèle lectorat, consolez-vous, voilà que Michel Brûlé (Les Intouchables) vient de ré-imprimer mon « Enfant de Villeray » qui sera en librairies dès le 10 novembre, jour de mon anniversaire. Avec, en complément (style DVD et ses annexes) en beaux noirs et blancs, vingt-cinq « portraits » tracés de ma banche main, portraits des protagonistes de mon enfance. J’imagine la hâte dans les foyers de gens cultivés, hum…

Oh, comme il y a loin justement de ces années 1930 dans mon cher Villeray (comme dans un paisible village) à nos jours, à ces élections. Que dirait mon catholique papa de tout ce bordel montréalais ? Seigneur ? Lui si pieux, si bon citoyen, membre du Tiers Ordre, si « à cheval sur les principes ».

Il serait étonné, scandalisé surtout, de savoir qu’il y a tant de ces candidats bien naïfs, superbes candides, se faisant enfirouaper par de généreux (hum !) donateurs. Horresco referens ! Madame Toupet Blanc, péquiste, tout comme monsieur Innocent-Premier, libéral, face aux offres acceptées d’enveloppes brunes bourrées de fric, affirment haut, net, clair, n’avoir rien vu, rien su… Des anges ! Des purs ! Les menteurs, les hypocrites !

Allons, si mon papa du haut de l’éther, écarquille les yeux de surprise, les électeurs un peu informés, eux, se doutent bien que des élections… eh b’en ça demande du pognon, de la mazoune. Ces compulsifs aspirants de pouvoirs divers ont besoin de ces magouilleurs, Québéco-italiens ou non, et de toutes ces espèces sonnantes et trébuchantes. Ces messieurs-dames, entreprenants entrepreneurs, « cracheurs de fric »  cupides, sousmisionnaires retors, s’entourent de musclés casseurs de bras, de nez, de lunettes, alouette ! De bien liturgiques sacreurs organisent des discrètes rencontres restauratrices (sic). Sinon avec le futur élu en direct, du moins avec ses sbires, les grenouilleurs en proches alentours dudit candidat. Débarquement des briques !

Ainsi un ex-directeur de Chambre de commerce (tiens, tiens !), au nom céleste, « Labonté », a vite su par quel croche chemin il faut passer si on souhaite arriver au beau bureau lambrissé de la mairie. Ou à ses coulisses d’importance. La madame Toupet Blanc en a « blanchi » davantage quand le chat « noir » sortit du sac. Innocent Premier, sans trembler d’un poil, ce pur Outremontais qui a pas su « compter les compteurs », accursionniste ambivalant, eh bien, il ricane.

« Elle itou,  comme bibi, a savait pas rien ». Cette crasse va faire, hélas, qu’on ira moins nombreux voter et que le cynisme va grandir. Qu’à l’avenir, des gens compétents vont refuser de s’avancer dans des sentiers balisés bizarrement, maffieux, remplis de merde, disons le mot : de « marde ».

Comprenons-nous bien : des penauds, timides, mous, pleutres, lècheculistes « Directeurs d’élections » se taisent. Des ministres responsables (hum)  entonnent l’air connu : « Que la bonne police fouille ! » Le grand chef Charest  —« Non, pas d’enquête comme la Seco, non ! »—  sachant « très très très » bien de quoi il retourne, regarde ailleurs et siffle. Pauline, notre aimable châtelaine souverainiste, ne pipe mot. Tous, ils savent le réel : sans argent, sale pas sale, fin des moyens solides et pas de victoire ! Ainsi va la vie et plusse de gens ordinaires n’iront plus voter. Résultat prévisible, la nature ayant horreur du vide, un tyran, un brave « despote éclairé », un démagogue viendra s’installer un jour. Pour longtemps.

Bon, novembre s’en vient, la neige, blanc manteau utile,  va finir par tomber, on sortira nos pelles… La vie courante chassera tout cela, la vie ordinaire passe, ne craignez rien, bien avant cette sordide élection municipale. Primo vivere, non ?, nous, les cochons de payeurs, on a pas « d’enveloppe brune » renflée à notre porte. On va payer taxes et impôts, braves et silencieux agneaux ! Ces saloperies extrêmement navrantes vont durer. Homo…sapiens, sapiens, qu’ils disent, ouais !

***

ENFANT DE VILLERAY : LE RETOUR

[deuxième version]

En 1986, déménagé rue Querbes (à Outremont-en-bas) j’aimais bien avoir mon éditeur pas loin. C’était Jacques Lanctôt, l’ex-horribilis felquiste preneur d’otage (M. Cross). Il avait payé sa dette à la société comme on dit. Hélas, mal pris, un jour, il rechigna à payer mes droits pour « Enfant de Villeray ». Qui est une autobiographie de mon enfance. Je vous en parle pour vous dire, cher fidèle lectorat, que cet « Enfant de Villeray » (vite épuisé dans le temps) vient d’être ré-imprimé. Il sera en librairies dès le 10 novembre (jour de mon anniversaire !).  En couverture, un gamin blond, frisé et en culottes courtes, tirant sur sa pipe-jouet. Éditeur : Michel Brûlé.

Mon Lanctôt banqueroutier ré-exilé à Cuba (volontairement encore !), j’ai comme éditeur actuel le cher Marcel Broquet, vite joignable à Saint Sauveur. 10 minutes en Jetta. Marcel vient de m’expédier au Salon du livre à Sherbrooke où, vendredi dernier, je fus « l’invité d’honneur », si ou pla. Où j’ai pu causer à satiété, en kiosque et sur deux tribunes, de mon « Rire de Jésus ».

Ces mondanités littéraires, hum, me mettent en retard. Revenu dans mon village, c’est l’ouvrage pré-hivernal : couper l’eau d’arrosage en avant et en arrière, vider les corbeilles aux fleurs fanées. Poser cette satanée clôture de lattes et jute pour protéger mes « souffles de bébé » plantés jadis. Installer mes tapis de « coco ». Lundi, au beau soleil, à quatre pattes, enfouir les feuilles mortes dans un million de sacs orange. Ouf, re-ouf ! Ma belle Raymonde, fougueuse au râteau, n’en finissait pas de m’expédier cette sacrée marée de détritus jaune et rouge, faisant des petits, moyens et gros tas croustillant comme Corn Flakes sur le terrain. Merde ! Voilà ce qui ramène le grand auteur « d’honneur » à ses vraies dimensions humaines : homo crapahutant en salopette.

Les deux vélos à ranger en cave. Pis le pédalo à grimper sous le saule. Le quai à mieux ancrer. Le radeau à protéger des glaces à venir. Pas oublier de mettre à l’abri sous la galerie (sans déranger mes marmottes hein !) les transats, leurs matelas… et autres sièges. Oui, ouf et re-ouf ! Qu’il était loin ce décor sherbrooquois de monsieur l’écrivain d’honneur en week-end.

C’est pour dire. La vie. Soudain, je sursaute, une chantepleure du jardin fait des gouttes et, clic-clic, ailes battantes, voilà une jolie mésange vive acrobate, tête à l’envers, vient sucer cette eau rare. Ma joie !

Revenions donc d’Estrie comme deux rois mages (hum) cherchant Sainte Julie (notre Jésus à Béthléem). Aller admirer l’enfant nouveau-née : Laurence. Qu’elle est mignonne, cette nièce, nouvelle québécoise, nous roulions donc par des routes de campagnes. Loin des plates autoroutes. Et, partout, mêmes soins, mêmes travaux préparatifs pour défier notre long hiver. Tous ces villages, de Saint Césaire et Chambly, à Saint Marc et  Beloeil ! Que de vivants ! Tout ce peuple québécois varié, multiforme, répandu, fourmillant et qui se débat, qui range les « choses de l’été » comme moi, comme tout le monde. Car bientôt novembre… première neige quand ?

ENFANT DE VILLERAY : LE RETOUR

En 1986, déménagé rue Querbes (à Outremont-en-bas) j’aimais bien avoir mon éditeur pas loin. C’était Jacques Lanctôt, l’ex-horribilis felquiste preneur d’otage (M. Cross). Il avait payé sa dette à la société comme on dit. Hélas, mal pris, un jour, il rechigna à payer mes droits pour « Enfant de Villeray ». Qui est une autobiographie de mon enfance. Je vous en parle pour vous dire, cher fidèle lectorat, que cet « Enfant de Villeray » (vite épuisé dans le temps) vient d’être ré-imprimé. Il sera en librairies dès le 10 novembre (jour de mon anniversaire !).  En couverture, un gamin blond, frisé et en culottes courtes, tirant sur sa pipe-jouet. Éditeur : Michel Brûlé.

Mon Lanctôt banqueroutier ré-exilé à Cuba (volontairement encore !), j’ai comme éditeur actuel le cher Marcel Broquet, vite joignable à Saint Sauveur. 10 minutes en Jetta. Marcel vient de m’expédier au Salon du livre à Sherbrooke où, vendredi dernier, je fus « l’invité d’honneur », si ou pla. Où j’ai pu causer à satiété, en kiosque et sur deux tribunes, de mon « Rire de Jésus ».

Ces mondanités littéraires, hum, me mettent en retard. Revenu dans mon village, c’est l’ouvrage pré-hivernal : couper l’eau d’arrosage en avant et en arrière, vider les corbeilles aux fleurs fanées. Poser cette satanée clôture de lattes et jute pour protéger mes « souffles de bébé » plantés jadis. Installer mes tapis de « coco ». Lundi, au beau soleil, à quatre pattes, enfouir les feuilles mortes dans un million de sacs orange. Ouf, re-ouf ! Ma belle Raymonde, fougueuse au râteau, n’en finissait pas de m’expédier cette sacrée marée de détritus jaune et rouge, faisant des petits, moyens et gros tas croustillant comme Corn Flakes sur le terrain. Merde ! Voilà ce qui ramène le grand auteur « d’honneur » à ses vraies dimensions humaines : homo crapahutant en salopette.

Les deux vélos à ranger en cave. Pis le pédalo à grimper sous le saule. Le quai à mieux ancrer. Le radeau à protéger des glaces à venir. Pas oublier de mettre à l’abri sous la galerie (sans déranger mes marmottes hein !) les transats, leurs matelas… et autres sièges. Oui, ouf et re-ouf ! Qu’il était loin ce décor sherbrooquois de monsieur l’écrivain d’honneur en week-end.

C’est pour dire. La vie. Soudain, je sursaute, une chantepleure du jardin fait des gouttes et, clic-clic, ailes battantes, voilà une jolie mésange vive acrobate, tête à l’envers, vient sucer cette eau rare. Ma joie !

Revenions donc d’Estrie comme deux rois mages (hum) cherchant Sainte-Julie (notre Jésus à Béthléem). Aller admirer l’enfant nouveau-née : Laurence. Qu’elle est mignonne, cette nièce, nouvelle québécoise, nous roulions donc par des routes de campagnes. Loin des plates autoroutes. Et, partout, mêmes soins, mêmes travaux préparatifs pour défier notre long hiver. Tous ces villages, de Saint-Césaire et Chambly, à Saint-Marc et  Beloeil ! Que de vivants ! Tout ce peuple québécois varié, multiforme, répandu, fourmillant et qui se débat, qui range les « choses de l’été » comme moi, comme tout le monde. Car bientôt novembre… première neige quand ?