« Publier sans cesse »

 

L’année 1975, inoubliable pour ma carrière en cours, une année étonnante, ce sera pour moi une année épatante, fructueuse, et qui me combla à fond comme auteur. À la télé, j’ai sans cesse des invitations. Pour des billets. Des débats à Tva, Canal 10. Michel Tremblay en est très souvent et il affirmera s’être fait connaitre grâce à ces prises de bec. Celles surtout sur le « joual ».

On m’offre souvent des participations à des talk-shows, j’y passe l’un après l’autre. Je me ferai vite une réputation de farouche pamphlétaire. Et à jamais.

De plus, en 1975, je serai invité par le fondateur Pierre Péladeau (qui m’appelle son p’tit bum préféré) comme chroniqueur. Il y en avait très peu à cette époque. Cela tous les matins donc 365 articles par année ! Et durant des années ! Cette année-là, le quotidien « La Presse » publie, chaque soir, la biographie de mon enfance, « La petite patrie ». Le quotidien avait été son éditeur.

Comment ? En 1972, j’allais expédier « La petite patrie » à des éditeurs de Paris, me disant, que l’extrême « régionalité » du sujet pourrait justement faire son succès, par exotisme. Le lendemain de Jour de l’An 1972, rencontrant Stanké dans le hall de Radio-Canada il me dit souhaiter très fort publier un texte de moi. Flatté (?), je lui donne le manuscrit et Alain l’accepte le lendemain et il en fera un succès fécond.

Avec femme et enfants ( Éliane et Daniel), en vacances d’été de 1964, ce sera en petite coccinelle-63 le classique « tour de la Gaspésie ». J’en rêvais. Au retour, en janvier de 1965, j’ouvre ma petite « Royale portative ». Et toute l’ossature du roman « Pleure pas Germaine », chapitre après chapitre, va se rédiger fidèlement à partir de mes notes de voyage. De Villeray (rue Drolet) à Percé, et cette nuit de feu-de-camp.

Devenu pigiste à « Québec-Presse »— dirigé par Gérald Godin qui est aussi éditeur de la revue « Parti-Pris » (ainsi que des éditions éponymes), je confie à Godin le manuscrit gaspésien. C’est 1965 et lui-aussi, comme Stanké, me dira « oui » le lendemain de sa lecture. Ce sera un « hit » renversant.

Mon tout premier roman écrit en 1958 (avant 1960 et« La corde au cou ») parut en 1959, dans une revue littéraire à tirage plutôt confidentiel : « Les Écrits du Canada » (le numéro 7). Stanké, bombardé chef-éditeur chez l’énorme « L’Hexagone », ayant lu ce numéro 7 des « Les Écrits…», voulut en faire un livre et le fit. À mon grand contentement.

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RESTÉ UN APATRIDE, PARIZEAU S’EN VA

 

Je le croisais plus souvent quand, dans Outremont, son « bureau » me rejeta brutalement en 1994. On a bien fait de craindre un type qui aurait bafoué « la ligne du parti ». Je rencontrais, toujours très animé, inspiré, volubile, à jamais enthousiaste, un vrai chef. On avait envie d’accompagner cet homme dynamique. Le temps passa et sa bonne santé le lâchera. Il y avait chez cet homme « sur instruit », une flamme inextinguible, dirait-on, un feu sacré. En 1995, ce chef des indépendantistes, campagne intelligente, habile, rassurante aussi… obtenait la quasi-victoire. 50, 000 voix (manquantes) et il y aurait eu « une patrie ». Un pays pour cette nation vaillamment résistante depuis plus de deux siècles —seule nation française dans les trois Amériques !

L’homme en mauvaise santé est mort, ce premier soir du mois de juin et nous sommes des millions de québécois en deuil. Jacques Parizeau fut d’abord un jeune élève —brillant des plus « grandes écoles » ( Londres, Paris). Un surdoué, pas un insignifiant « fils à papa », non, un très grand bourgeois, un « fils de famille » comme on dit. Un richard pas comme les autres car, jeune, il fut vite conscientisé, politisé. Et, fait rare, un « altruiste ». Il va prendre des risques, sera incapable de se taire, incapable de ne pas désirer « un pays ». On imagine le lot de ses adversaires, ceux « sans aucune fibre patriotique », les déracinés volontaires du genre « citoyen-du-monde ». Masque qui signifie : béate soumission à l’empire-USA. Ce Parizeau qui savait compter fut donc haï et combattu par nos « énerveurs » économiques de jadis.

Désormais retiré et sage, heureux en ménage, amateur de vignoble, « monsieur » menait une vie calme mais on le verra, dans une entrevue télévisée troublante, grande sombre auguste, silhouette imposante dans une allée d’arbres…Oh ! Dérangeantes images d’un ex-batailleur —de la cause sacrée. Un militant las, visiblement affaibli et… un peu amer. Les images de la toute fin de ce vidéo sont terribles : Parizeau s’enfonce dans son hiver, muet, vouté, seul, si seul ! Ce référendum perdu, 1995, très, très indigeste ! Échec qui lui a fait très mal. Le grand Dostoïevski, un temps exilé, déclara : « Être apatride est le pire des maux sur cette terre. » Pour plusieurs « la patrie » n’est qu’un « Costco » pas loin, avec un « Walmart », un « McDo » et un gros en vue !

Parizeau est mort, allons-nous guetter longtemps encore l’arrivée d’un tel brillant tribun, à la fougue chaleureuse ? Ce jeune Péladeau est une bonne promesse.

Un temps, je le voyais souvent « ce grand mort » dans son resto favori, au nord de la rue St-Laurent, entouré des fervents et fou de bonheur comme un vieux gamin. Certains jours en prêcheur de philosophie, militant respectueux entier en faveur de la démocratie. Oui, certains adversaires l’aimaient et me le disaient. Je l’ai vu aussi, les yeux trempés de larmes à la « Centrale » de la rue St-Hubert, abattu, déçu, accablé. À la mort de sa première compagne de vie —ma camarade écrivaine, Alice Pozsnenska— j’ai pu un homme très digne, plié de détresse, tête basse, avec le regard perdu au cimetière. Le temps passait et trop vite. Parizeau est donc parti encore et toujours apatride. En 1995, si proche d’une victoire, hélas, il démissionnait; peut-être qu’il a regretté cette grave erreur rendu si proche d’une patrie bien à nous !

Paix à ses cendres !

Claude Jasmin

écrivain, Ste-Adèle

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UNE COURSE POUR UN CHEF !

Des fées existent ? Oui. Dans mon village, surgit soudain une fée —Annie Depont— qui me dit: « Venez à Traces, Jasmin, parlez sur la patrie à faire advenir. » Je ne rêvais pas ! Alors, de mon balcon, j’inaugure ma neuve chronique ouvrant des bras gaulliens : « Vive, le Québec… libre ! » J’avais 30 ans, au RIN en 1960, nous n’étions pas bien nombreux. Mais en 1995 nous étions 60 sur 100 pour une patrie. Soixante sur cent des électeurs. Si on écarte les Anglos francophobes, des néos en masse et… 40 de nos branleurs. Au soir de cette quasi-victoire du « Oui », Jacques Parizeau, qui devait crier « On y est presque ! On remet ça dans six mois », eh bien non, il démissionne ! Si vous le croisez à Saint-Adolphe —avec ou sans sa Lisette— dites-lui que ce fut une erreur funeste.

Maintenant, la ferveur a diminué car les fédérats sont ultra-prudents. En hypocrites, ils ne font rien pour nous provoquer. Cette archi-prudence fédérate éteint la ferveur, éloigne nos jeunes des hustings pour la « cause sacrée », une patrie. Trop de jeunes se taisent, dégriffés, muets et immobiles. Ces silencieux suivront-ils la course, écouteront-ils ceux qui veulent devenir chef du parti-des-indépendantistes ? Au nouvel essai, L’Écosse —pas encore libre— deviendra-t-elle exemplaire, partout la peur est-elle cette liberticide matraque ? On doit se souvenir des fortunes dépensées par des Libéraux fédérastes — cette dégueulasse inondation en publicité du pays. Et ce juge Gomery, lucide pour condamner mais, hélas, nul pour punir.

Jeunesses, écoutez les propos d’un solide entrepreneur —conseillé par Landry. Un jeune millionnaire désire devenir chef du « parti des patriotes ». Il sait compter les avantages de notre liberté. Je vote pour ce compétent Pierre-Karl Péladeau, le digne fils de mon ami feu Pierre Péladeau —du Chemin Sainte-Marguerite à Sainte–Adèle. Et foin des anciennes peurs. Bien finie la frousse via les convoyeurs de la Brink’s, terminé d’exploiter l’ancienne fragilité car, désormais, des preuves « économiques » reluisent dans le monde entier —de Bombardier à Lavalin, etc. À la prochaine, tous nos intellectuels, vont se lever, avec tous nos artistes, écrivains, tous ceux qui pensent et qui ont la fibre libertaire. Ils ne feront pas comme trop de mes camarades « taiseux », grands peureux de 1980-1995, qui craignaient de perdre en « voyages aux frais de la Princesse-Ottawa », à Banff (salut la Petrovski!), ou à Knotte-le-Zoutte. Cachés et trembleurs, ils furent muets en engagement en 1980, en 1995, ma honte de ces pairs écrabouillés pisseux. Malgré l’aplatissement intéressé (ô subventions !) de proprios de certains médias (La Presse et Cie), examinons bien cette actuelle course et ayons l’espoir d’un vrai chef, vrai meneur en vue d’une normalité. Car l’ONU l’affirme toute nation a droit à une patrie.

(fin)

IL FAIT BLANC JANVIER

Il fait blanc janvier. Voir un jeune du village au coin de ma rue, de beaux grands yeux sombres, sac d’école en bandoulière, éjecté de son bus jaune, il sourit à un matou tigré qui l’attendait. Dehors si blanc janvier avec petit mal à l’âme car je lis la Syrie ensanglantée. Maudit journal du matin, maudit téléjournal du soir. Et puis tousser sans cesse, cracher, grippé horriblement. Alors surgir aux genoux pour implorer le bon grand Saint Pierre…mon toubib à la clinique. Une fiole d’antibiotiks.

Encore, à la radio cette fois, frappes mortelles —chrétiens versus musulmans— cadavres empilés aux terres rouges briques en exotique Afrique ! Celle, désaxé, du centre. Voir des enfants estropiés, Seigneur, on a le cœur en compote. Ces journaux —salut m’sieur Taillon— suis-je masochiste, tous les matins avec ration de sangs. Turquie tiraillé, Tunisie devenue fragile…Des obus au nm d’Allah ! Partout des réfugiés entassés. Assommé encore avant d’aller dormir. Vous aussi ? Où se réfugier ?

Sainte Adèle, bel abri ? Non. Pas assez blindé et les beautés d’ici ne calment pas; telle cette très belle vieille dame, rue Beauchamp, et ce joli poupon rose en carrosse de luxe. Ou ce gras géant et ses rires tonitruants chez IGA. Au Métro, une adolescente danse sur place, sourit au commis dragueur. Mon voisin rétabli sourit à la vie de nouveau. Vive Jodoin ! Quoi, le monde ailleurs… à la page UNE, photos d’enfants syriens dépenaillés qui nous dévisagent, accusateurs. Tristesse. La Birmanie brassée dans des rues violentes. Une envie de fuir. En raquettes au fond de nos bois.

« Dieu », disait l’écrivain, « dans quel trou m’avez-vous mis ? » ( Réjean Ducharme). Il fait mi-janvier déjà, il fait blanc et froid et j’ai mal. Vous aussi ? Marcher à la poste. Des factures. Des publicités. J’ai mal à ce Liban encore mortifié. On a mal au monde. On a mal au cœur. La douleur de ces habitants-sur-pilotis, voir Bangkok-hors-touristes en révoltes. Examiner ces bouches en forme de cris en Irak à kamikazes. Djiadistes fanatiques là aussi ! Somalie ? Poitrines maigrichonnes d’enfants noirs aux écoles fermées.

Regarder ces actualités de maints sangs dans moult querelles et, dehors, beau soleil dans mon village à collines. Besoin de rire aux cabrioles d’un enfant dans des congères démolis. La charrue passe. L’ouvrier crache. Il sort sa pelle. La vie. Pourquoi le mal au monde ? Facile de fermer radio, télé ? Merde ! La misère aussi toute proche ! Ce triste jeune vagabond, rue Valiquette, qui observe une photo de palmiers. Vitrine à touristes. Songer à ma fille fragile exilée au sud. Je reste en ce « pays aux mille collines » —loin du Rwanda— où il fait blanc janvier.

Chemin-Péladeau, un géant attache sa tuque, grimpe dans son camion. Juste un homme qui va filer. En Abitibi. L’autre, son jeune frère, chômeur, reste. Déjà sans domicile fixe. Oui, même ici en jolies collines, une discrète misère. Sur la pointe des pieds. Des voisins ont faim. Rongent des freins. La honte des deux côtés avec l’impuissance. Nos routines : sortir le bac noir hier. Le bac bleu demain. Aube : voir des pistes de raton laveur. Nyctalope comme les chats. Devoir gratter la glace aux vitres de la Honda. Janvier s’en ira-t-il ? L’hiver passera, oui ? Très grippé donc mais nourri, vêtu et bien logé, l’écrivain retraité, chroniqueur de tout et de rien. Encore ça : des enfants en loques à Beyrouth. À Damas. Au Caire. À Bagdad. À Kaboul. Partout. Songer à des parents sur les plages de Palm Beach. Les veinards ! Photos chaudes sur Internet. Le journal lui : cité maganée en beau pays, Haïti, des enfants si beaux les yeux pleins d’eau !

Faut vivre malgré tout et sortir au soleil sur l’anneau du lac, y admirer un chien fou, foufou, d’un beau brun bruant. Dehors, il fait blanc janvier.

FAIRE « UN TOUR DE MACHINE » ?

 

On employait cette expression, jadis. « Mais maman disait : «  Refusez si un inconnu vous offre un tour de machine ». Cependant, quand l’oncle Léo —le seul de notre parenté à posséder une auto— s’amenait et criait : «  Voulez-vous venir faire un tour de machine ? », c’était nos cris de joie ! L’autre jour, Raymonde et moi, une envie de faire « un tour de machine». Juste voir la « nature tout en sang », les couleurs en octobre ! On dit qu’il nous vient des admirateurs du Japon. Touristes en joie face à cette incandescence, ces incendies fictifs. Chaque matin, le store levé, j’admire octobre, ces « bosquets fleuris » gigantesques. Mes collines : au nord la Chantecler, à l’ouest, la Loup-Garou, au sud, la DePasslié et, à l’est, la Sommet Bleu. Mieux : sous mes fenêtres, mes érables —plantés il y a 30 ans— devenus « métallisés ». En 1973, il n’y avait qu’un vieux pommier. C’est aussi, octobre, l’époque des crépuscules dorés et, oui, mauves et je revois ce tableau du peintre de St-Hilaire, Ozias Leduc : « L’Heure mauve ».

Départ donc pour nulle part. Rouler vers le nord-est. Dépasser le Chemin Péladeau, vagabonder autour des nombreux plans d’eau derrière Sainte Marguerite. Un éparpillement de chemins avec des baies, des anses, oh !, le beau « tour de machine ». Apercevoir ce bel hôtel tout blanc (L’Estérel), les jolies rives, les embarcations en attente des dernières excursions; rouler sans carte, sans plan. À travers les fenêtres de la voiture, défilent des fresques colorées, de vastes murales aux cent sortes de jaunes, l’agonie de l’automne avant les neiges qui, on le sait bien, vont durer des mois.

On en vient à ne plus trop savoir où l’on roule, se serrent et se desserrent les innombrables collines laurentidiennes. Une affichette ! « Rang numéro Un ». Pas âme qui vive. Un chemin mal pavé, trous, bosses, prés sauvages en jachère, série de pentes douces, et, soudain, des très raides, ici, un bœuf maigre nous regarde passer, là, une bâtisse effondrée, ruine d’un passé désolé; au haut d’une côte, un joli lac si bleu, des boisés comme vitraux, et puis de belles prairies. Un placard timide : Sainte-Lucie, un peu de civilisation, une rue modeste, noyau d’humbles maisons. On rentre d’un beau « tour de machine » via la « 117 ». Val David et aller vider un gobelet rue St-Michel, chez le cher héritier, un certain Daniel Jasmin.

Le surlendemain, nouveau « tout de machine », à l’opposé, vers le nord-ouest. Chemins vicinaux, inconnus, parvenir au Lac des 14 (ou 16 ?) îles et luncher dehors, au soleil, à une terrasse au dessus de la marina. Rouler encore, chemins en lacets, courbes étonnantes, côtes sur côtes, arriver à Huberdeau-la-jamais-vue. Arrêt. Monter vers Tremblant, ce Lac Supérieur, invisible, cette mine —de M. Gauthier— qui crache de ses pierres dynamitées dans un jardin privé !!! Et puis rentrer. Carte sur les genoux, se promettre un « tour » vers la Gatineau pour visiter ce zoo inconnu : « Oméga » en haut de Montebello. Je vous raconterai ça.

 

 

 

VIFS PAPOTAGES SOUS LES CISEAUX !

C’est avec plaisir que je vais à ma visite « menstruelle » (sic) à un salon-de-ragots, sur le Chemin Péladeau; là où coulent à flots d’incontinents bavardages. Ce cher barbier où le boss ricaneur, Yvon Racette, est intarissable. Racette est un piquant géographe amateur des alentours adèlois à la langue bien pendue. Aussi un sociologue autodidacte ( les plus clairs). Et même un ethnologue-du-dimanche. Enfin : un anthropologue primitif.

C’est dans son fauteuil —tournant et à manivelle— que je me régale. Racette est aussi poète à ses heures. Il me glisse entre deux coups de tondeuse : « Bientôt la neige ! La neige muette blanche (qui va poser partout ses manteaux d’hermine).» D’un jet !» C’est chez mon « raseur de barbe blanche » (lieu dit « Des Sportifs ») que me parviennent des informations en tous genres. Parfois, quittant « la chatte-à-valeurs », mon compère aux peignes-fins me cause de jadis, de l’innocent des bois, un fou bien gai, ou de l’édenté, un quêteur d’en Pays d’en haut, oui d’un bûcheron encabané, sorte de Bill Wabo, (de Grignon). Enfin d’un bizarre laideron, faux-Don Juan aux cheveux gominés qui se voulait « danseur mondain ». L’Yvon donne aussi les « signes vitaux » récents de certains de ses clients (d’ex-camarades des ondes), populaires populistes, ces Ron Fournier ( de St-Sauveur), Gilles Proulx, Réjean Tremblay (de Ste-Marguerite). Tous camarades du vaillant « Claude-Poarier-aux-dividus-suce-spectre. »

Chez Racette c’est un puits de potins, salés et/ou sucrés. Aussi des évocations nostalgiques, par exemple du temps où il fut le « coiffeur privé » du « manitou » feu Pierre Péladeau. Ses outils vibrent, et, remuant sa chevelure d’ébène faux, mon Yvon, hilare, ne tarit pas, image classique du figaro à libre clapet. Dans tous nos villages laurentidiens, on en trouve un au « mâche-patates » (salut VLB !) à la margoulette désopilante, capables de rigolades mais aussi de vipérines attaques envers nos « politichiens » véreux. Sa riante boutique est un petit musée garni des saintes « reliques » du monde du sport : casquettes, écussons, chandails, insignes, crosses de hockey et même sièges du vieux Forum ! Les artefacts divers du monde des sportifs « à bedaines ». La télé de cette « chapelle ardente fait voir, en permanence, des matchs divers.

Soudain, jeudi, le rasoir en l’air, mon Yvon s’écrie : « Regardez-moi donc ça ! C’est-t-y assez beau ? » par sa vitrine baignée de soleil, venue de l’école voisine, trottinait une chaîne de bambins fortilleurs, tous encordée. L’avenir du Québec passait ! L’héritier Éric, détenteur de l’autre « chaise électrique » (échotier ici au journal) n’est pas moins amène et bavard, sociable et disposé à tout humour, cruel ou tendre. Un duo père-fils amateur de piques et horions pas seulement des attendris. Qui ignore encore que c’est là que l’on peut prendre le pouls exact du populo ?

Dans mon feuilleton « La petite patrie » (1974-76) je n’ai pas manqué d’en installer un de ces « figaros »; l’acteur (feu Roger Garand) le jouait avec compétence. Parloirs utiles pour narrer des secrets qui, scandalisaient parfois mon pieux papa ultramontain et, en1940, attendant mon tour, j’ouvrais les yeux et les oreilles sur « ma » société tricotée serrée. Rue Jean-Talon coin Drolet, comme chez Racette, fonctionnait une « faculté universitaire »… et populaire, lieu de sciences politiques », vivante « école ».

Vive nos barbiers !

 

 

Dans le trafic…

D’abord ma honte et mes excuses pour mes deux verbes au pluriel inadéquat la semaine dernière; avec promesse de mieux me relire. Parlant pluriel que je vous raconte « une journée infernale » dans le trafic métropolitain. Ma foi, nous devenons des villageois, de vrais campagnards et on va à Montréal le moins souvent possible (deux fois par mois ?) Aller-retour vite fait. Cette fois, dur devoir d’y rouler des heures et des heures.

Avant la plongée urbaine, arrêt pour avaler un « petit déj » (comme on dit à Paris) à Première Moisson. Leurs très fameuses brioches. Ensuite, rouler dans l’Avenue du Parc très bondée de voitures, puis dans l’Avenue des Pins, pas moins bondée et puis descendre sur Atwater, filer vers cette clinique (pas moins bondé) de mon ophtalmologiste saoudien. En plein matin, voir tant de grouillements à l’ouest du vieux Forum ! Incessantes silhouettes pressées traversant la rue chargée de mille et mille véhicules. Vertige chez nous deux, villageois devenus.

On sort de l’examen et on veut revoir ce qu’est devenue la vieille « Catherine ». Bon dieu, tudieu, parlesangbleu que tout a changé depuis ces années 1960 quand on bossait, elle et moi, à la SRC dans l’ex-hôtel Ford ! Vie grouillante au paroxysme ! Roulant vers l’est, tournant dans Amherst, arrêt chez un de mes éditeurs (VLM-Quebecor) pour sauver du cruel « déchiquetage » quelques exemplaires de mes trois derniers ouvrages. Mes « enfants-de-papier »… mis en charpie ! Mon futur imprimé ? Ce même triste sort ? Vous qui m’estimez ici, cet automne, achèterez-vous « La fille numérotée ». Mon récit-confession racontant ma fuite soudaine ? Cruellement jetée cette Anita, jolie juive « numérotée » d’Auschwitz que j’embrasse en cours de céramique à mon École du Meuble.

Filons ensuite rue St-Denis pour « Boréal-éditeur » avec un colis pour le boss, l’ami Pascal. Trafic intense ce midi-là, les restos (cafés, bars, et.) grimpent sans cesse ! Un jour, au 7,068, verra-t-on un resto nouveau sur le site même de la modeste gargote que papa a tenu si longtemps, site que de 1974 à 1976, des millions observaient le dimanche soir dans « La petite patrie ? Devoir ensuite filer au CHU de Notre-Dame. Prendre des photos radio du souffle court de mon amour. Tout autour du parc, grondements partout dans les rues, —ô faux campagnard adèlois dépassé !— des bus, des taxis, des camions, immenses joutes aux mille roues !

Rouler à l’est vers une grosse clinique populaire et, moi, lire dans l’auto en l’attendant. Petite rue Cartier soudain comme un coin surprenant, presque champêtre. Calmes, des gens décadenassent leurs vélos. Des piétons lents vont vers l’Enfer-Sherbrooke. Un moustachu patron de buanderette lit sur sa chaise pliante. Ouf ! Accalmie ! Ma Raymonde revenue, aller bouffer des « baveuses » très « baveuses », succulentes omelettes remplies de bons ingrédients « de la saison » à la terrasse du Café Souvenir. Cette rue Bernard c’est vingt, cent rencontres et je félicite Jean-François Lisée de son engagement. Cela fera de l’intelligence brillante à l’assemblée. Saluts à Chaput-les-conférences. Carrefour à restos pour y croiser P.K. Péladeau, Martineau et sa charmante « Dure-au-rocher ». Apercevoir Gilbert Sicotte, Meunier et Côté-l’omertà, nommez les notoires, ils y sont tous ! Assez du tintamarre citadin, on grimpe vers nos collines à sapinages, nos canards.

 

RACISME DE QUATRE SUR DIX QUÉBÉCOIS (ou le racisme inverti)

 

C’est ma trouvaille : « Le Racisme inverti ». Qui signifie un racisme « à l’envers ». Car le raciste est un xénophobe, il hait une autre race. Parfois plusieurs, le xénophobe déteste cohabiter avec des « étrangers ». Le « raciste inverti », lui, hait ses propres concitoyens, déteste les gens de sa race.

Beaucoup de Québécois sont des racistes invertis. Combien ? Des millions, hélas ! Quatre Québécois sur dix. Je me base sur les voteurs de  « non » à leur propre patrie. Si vous ajoutez à ces quatre, les anglos bornés —(qui vivent depuis des générations parmi nous et ne parlent le français. Plusse les assimilés plus ou moins anglaisés, nos émigrants rêvant de « l’american dream », ça fait un sacré bloc. Bloc qui se joint à nos quatre « invertis « . Et voilà le pays à faire advenir qui n’advient pas !

Comment reconnaître un tel type ? Facile : ils n’ont aucune confiance en nous.

Ni en eux, forcément.

Ils méprisent leur propre nation et vont répétant médisances emmêlés aux calomnies.

« Nous autres, les canadiens-frança (sic) on est rien qu’une bande d’incapables ». On est poche, on est des minables, des « pas bons », on vaut rien, on vaut pas cher, on a pas de talent, on a pas ce culture, on a pas de force, pas d’imagination, aucun ressort, on est né pour notre pauvre sort, collectivement nous sommes des perdants, des paresseux, des imbéciles, des insignifiants, un tas d’imbéciles indécrottables, des ploucs, des arriérés, paquet de sans-dessein, un groupe ethnique d’impuissants, dénué de toute initiative, on a aucun sens de l’entreprenariat. Bref, on est des cons bornés, des idiots congénitaux, des mal nés, les trous du cul de la terre !

Nos « racistes invertis » —préférez « autoracistes »?— sont une plaie dans une nation. Il y en a partout. Mais au Québec, ils sont nombreux à cause du passé historique souvent humiliant. La lutte des « six » Québécois sains en est freinée. Nos méprisants font l‘affaire de nos adversaires. Nos autoracistes sont utiles aux ennemis de notre émancipation. En cas de consultation cette mince cohorte s’associe aux saboteurs de notre liberté nationale. Si chacun de nous arrive à soigner un seul de ces malades —le racisme est une maladie— oui, un seul ramené à la raison et tout changera. Notre avenir nous appartiendra, comme pour les 250 nations de cette planète. Allez-y doucement, ce sont des fragiles. Essayez en parlant du Cirque du Soleil, de Céline Dion, de Riopelle, de Tremblay et d’Antonine Maillet (Prix Goncourt). De nos cinéastes, designers, modistes. Parlez de nos entrepreneurs à succès —jusqu’en Chine— de M. Bombardier à M. Pierre Péladeau, de Cascades à Lavalin, le choix est vaste désormais. Au boulot : un, juste un, et « à la prochaine fois » ce sera la victoire. S’il vous dit : « nationalisme-égale-chauvinisme », répondez : Norman Braitwaithe, Grégory Charles, Kavanagh, Diouf, Corneille, Mumbara ! Il en aura le sale bec d’inverti bien cos !

 

 

JE RÊVE D’UN JANVIER TOUT BLANC !

« Longtemps je me sis levé de bonne heure…» en hiver pour le détester. J’ai changé. Suis devenu un amateur de nos blancheurs saisonnières, sa lumière solaire si stimulante. Saison bénie de la jeunesse, des sportifs. À mon grand âge, j’ai la marche. Aussi mon refuge à L’Excelsior, là où on peut admirer le plus beau sapin décoré, me voyez-vous sous une mini-cataracte d’eau vive, pateaugant sous ce petit palutivier de la piscine-serre, aux racines sorties ? Le bonheur !
Lire, entre mes baigneries : que le ministre fédéral Moore va répétant que « Radio-Canada-CBC est avant tout un instrument d’unité nationale ». Menteur ? La CBC est une faillite, gaspillage de 666 millions de $ . Les Canadians n’ont d’yeux que pour la télé des USA. Seul le réseau français fonctionne (333 millions de $). Pas autant que TVA mais…. Nous sommes une nation (Harper dixit), un pays « français », pas mal protègée de cette hégémonie culturelle populaire de notre sud. Sauf chez nos demi-assmilés. Bon, aller à ma piscine.
Lire Hugo Chavez, ex-cancéreux, Président du Vénézuela, parano fou ?, il déclare à la sauce-complot : « Étrange, ce fait : tous nos présidents et nos ex-présidents en Amérique du Sud frappés par le cancer ! » La CIA? Voir ahuris les Koréens du Nord en hystériques sanglots, à la mort du dictateur ! Effet de propagande ! Pas moins cul-cul la praline le magazine Maclean’s nommant un prince et une princesse, (parasites) de Londres « Personnalités de l’an 2011 » Et quoi don ? Notre compatriote doué, Laferrière invite à la télé tous nos écrivains « à sortir du Québec ». D’autres créateurs doivent donc sortir de l’Italie?, de l’Allemagne ?, de l’Espagne ? Quelle connerie! Aussi tordues que nos « nouvelles » citoyennes jurant à Ottawa vêtues de leurs voiles islamiques. Voyez-vous, à Téhéram  de nos demanderesses vêtues de mini-jupes ? Ottawa-connasse ! Aller à mon palétuvier ?
Bravo à Foglia qui cite quelques sales « morviats » anti-québécois signés Mordecaï Richler. Un franco-phobe à qui de nos  caves veulent donner le nom d’une rue. Masochisme stupide ! Et puis, vite, appuyons Marsolais qui voudrait interdire la boxe, un sport —s’assommer jusqu’au coma, exhibition d’arriérés mentaux, la boxe. Ailleurs ? La Presse du 28 décembre : « près de 100,000 tués au nord du Mexique » que dénonce un repenti des trafics, réfugié aux USA. Le Président Calderon serait entouré de corruptions. Va-t-il pogner un cancer, M. Chavez ? Oui, aller nager. Tiens, ce prêtre de Joliette, Raymond Gravel, jeune ex-homosexuel prostitué, qui accuse les ex-abusés sexuels par « en soutanes ». Des avides, acoquinés avec des avocats cupides, dit Gravel et pouvant ruiner les communautés ? En effet ces « hiérarchiques » muets jadis  peuvent ruiner des innocents ! Dura lex sed lex ! Ô vite, ma piscine. Encore ? À l’ouest de Jérusalem, des fanas religieux (Hassidims ?) tourmentent cruellement des écoliers non-orthodoxes ! En finir ? Lafrance, ex-boss à la SRC,  ayant crié « voyou » pour fustiger M. P.-K. Péladeau, nous avons craché 400, 927 de $ de nos économies publiques, en réparation. Pas moins de 5 millions en « fêtes », un demi-million en « conférences » et un autre demi-million en publicité; un tourbillon ! Ah, aller marcher dans la blancheur hivernale.

LES EMPIRES ET MOI ! (une réplique)

J’avais donné « La petite patrie » aux Éditons La Presse, donc à l’Empire-Desmarais, ce fut un franc succès d’édition  et je l’ai pas regretté. En ce temps-là (1972) mon éditeur habituel, l’ancien Leméac (de feu Yves Dubé) négligeait de me verser mes droits. Pour mes chroniques hebdomadaires je fais affaire avec Quebecor, l’Empire-Péladeau et je ne le regrette pas. Chère Josée Pilote, j’ai lu votre verte diatribe où on laisse entendre que ma liberté d’écrire ce que je veux serait en danger à cause de …L’Empire. Lire cela chez un concurrent. « Accès », est fortement prématuré. Une directrice s’évertue à effrayer le public ?  Or, jamais je n’ai pu percevoir la moindre censure, là où je suis publié, j’y jouis d’une totale liberté.

Mettons les choses au clair : Madame Pilote vous menez une guerre commerciale. Soyez plus franche. Il s’agit d’un business, et des prix d’une page de publicité. Ma liberté d’écrivain, comme vous le lassez entendre, n’a absolument rien à voir avec cette bataille des prix des pubs. C’est de l’amalgame niais. Je n’y connaît rien en cette matière des « commerciaux » offerts aux marchands  « pas chers, trop chers ou trop bon marché ». Ça ne me regarde pas. Prière de ne pas mêler le public.

Je sais fort bien que mon roman annuel est offert « pas cher » chez Costco, oui, bien moins cher (hélas !) que chez mon cher petit libraire indépendant habituel. Nous sommes, auteurs, impuissants sur ce sujet. Les créateurs, les écrivains ne sont pas conviés aux affaires de distribution, etc.

Si mon hebdo offre « une page de pub » à meilleur compte qu’un autre hebdo, c’est une question qui ne me concerne pas. Il y a telle chose que la liberté de commerce, je suppose. Je me souviens, enfant, de la colère de ma mère chez notre épicier Bourdon (rue Chateaubriand) lui criant que les prix étaient « bien meilleurs » au Steinberg qui venait d’ouvrir rue Jean-Talon. C’était un empire naissant. Qui n’a pas duré. Bourdon est devenu un « Métro ». Juste dire ici que l’industrie (quelle qu’elle soit) mène un jeu purement affairiste hors de notre intérêt et de notre portée.

Que les gros joueurs, les joueurs puissants, évidemment, mènent le bal, c’est vieux depuis les premiers trocs en Assyrie !  Cela dépasse le rédacteur qui rédige une chronique. Vive la liberté madame Pilote ? Si je revois l’ami Pierre-Karl Péladeau à notre resto préféré —« Le petit Italien » de la rue Bernard— je ne vais pas lui « dicter » le prix qu’il doit exiger pour les encarts publicitaires commerciaux dans ses journaux. Tout de même. Par contre s’il m’annonce qu’un sondage maison indique que je suis très peu lu, là, oh !, je vais filer doux et lui faire des promesses d’amélioration.

Bon, bref, cette guéguerre n’autorise personne, madame, à laisser entendre que la liberté des chroniqueurs de Quebecor (Pays d’en Haut) est menacée. Belle foutaise et bête amalgame, arguments fallacieux, pour embellir, anoblir (?) « une simple bataille des prix ». Querelle hors de sujet quant à mon indépendance d’auteur. J’ai été souvent collaborateur de publications modestes et risquées, tel Québec-Presse. Librement. Dans ces modestes journaux, j’y étais ni moins libre, ni plus libre qu’ailleurs; par exemple à La Presse (1960-1965) un temps, ou au Journal de Montréal (1970-1976). Ne mélangeons pas, madame, les serviettes et les torchons, il y a l’écriture en toute liberté et il y a la chamaille ordinaire des espaces à vendre pour la publicité.

À bon entendeur, recevez mes salutations amicales et mes bons voeux de succès à votre hebdo.

 

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