Le jeudi 9 mai 2002

Le jeudi 9 mai 2002

1-
Non mais… brume encore un 9 mai ? Bof ! Faire mine de s’en foutre. Hier, avec Galarneau à son poste au zénith, première balade avec nos vélos. Le bonheur retrouvé. Le vélo c’est toute ma jeunesse. Fraîcheur de l’avant-midi dès la sortie de la Jetta au parking de Sainte-Adèle est, Chemin-Pierre-Péladeau. Nous avions des blousons. Portions des pantalons. « Des pantalons longs » disions-nous jadis. Drôle non ? Sur l’ex-chemin de fer, certains y allaient de la pédale en shorts. Brrr…Plaintes d’un bon gros ! Les imprévoyants.
Petit-déjeuner au bout des premiers efforts, comme en guise de récompense. Cela, cette petite bouffe du matin, comme l’an dernier, au Van Houtte de Val David. Yum ! Œufs, rôtis, confiture et…fruits. Aile : œufs avec viandes (bacon, saucisses) et patates ! La gourmande ! Depuis qu’elle ne fume plus du tout, elle a des envies de dévorer… de tout ! J’ai peur. Je tiens à ma peau. Moi, j’en fume une après chaque repas.
À ce restau du coin de la « track », les flâneurs habituels, des retraités rieurs, d’autres cyclistes comme nous. La serveuse-chef avec un bel accent du…Chili, Bolivie, Pérou ? : « Ah ! C’est donc vous ! Je vous ai entendu à TVA chez monsieur Bruneau. Je suis de tout cœur avec vous : on ne peut tout réussir, carrière et vie familiale. Moi, j‘ai dit non. À beaucoup. Je viens du sud et j’ai dit « oui » à mon homme, un Québécois. Et ainsi, j’ai tourné le dos à une carrière dans mon pays. Ici, cela a été autre chose mais je ne regrette rien. »
Elle est enjouée, efficace, fait plaisir à voir. Je me dis :pourquoi devoir ainsi couper, retrancher, pourquoi donc ne pas pouvoir tout avoir ? Je ris de ma réflexion sachant bien, le premier, que j’ai été obligé de renoncer à ceci voulant sauver cela. Ce trajet le long de la Nord, jusqu’à Val David, est merveilleux. Le silence d’abord. Total. Les vues sur la forêt. Les cascades rugissantes juste avant d’arriver au lac Raymond, à Val Morin. Ces rochers, monuments célestes, sur des hauteurs ou bien dans des ravins, tombeaux muets et anonymes. Ici on ne voit pas, comme au village, dix ou vingt sapins mais des grappes de centaines et de centaines d’arbres, sapins, oui, mais aussi mélèzes, érables, pins, bouleaux. Bouleaux qui sont d’un blanc si éclatant avant la pousse de leurs feuillages.
Chaque fois c’est un bain naturaliste qui nous stimule. Sommes si heureux maintenant de pouvoir de nouveau rouler dans cette large piste du « petit train du nord. » Avant de rentrer Aile décide de mettre mon vieux vélo « Québec-tours » (acheté en 1985) chez le…huileur et graisseur à sa boutique de la gare de Mont-Roland. Hen, quoi ? Ce sera 40 tomates ! Et elle m’a dit : « Tu cracheras un peu, Séraphin Poudrier ! » Non mais…
2-
Revenus, heureux, satisfaits, de l’excursion bicyclitale rituelle, prise de soleil sur balcon. Bronzons un peu. Des corneilles , sans cesse, tournent autour de notre mangeoire à mésanges et à pics. .Aile, furieuse, tape dans ses mains. En vain. Elles reviennent toujours ces noires bestioles ! Un racisme spéciale, non ?
Pour me changer un peu du Hervé Guibert obsédé en son triste mausolée de sodomites, envie de lire le récent Jean D’Ormesson : « Voyez comme on danse ». Bizarre, je m’en trouve comme tout heureux, tout ravi, léger. Au septième ciel ! Des mots joyeux. Des phrases longues mais si souples. Tournures anciennes certes mais bonne santé des propos dès les premières pages. Bien éloigné de certains mâles parisiens invertis et si fiers de l’être.
J’avais croisé, en 1981, l’Académiste fameux, abonné chez Pivot, lors d’un lancement pour mon prix France-Québec (« La Sablière »), à la Maison du Québec à Paris. Arrivant rue du Bac, mon éditeur me dit soudain : « Oh, chanceux ! Jean D’Ormesson est là ! C’est important, c’est un bonze du « Figaro », il est très influent ce mondain mais il ne va pas partout. » Présentation. Échange bref de propos vides entre deux verres …de cidre. Michaud (Yves) présidait à tout à la québécoise ! Je me moque un peu cruellement de cette cérémonie dans « Maman-Paris, Maman-la-France », surnommant D’Ormesson, De L’Hameçon.
Je lis donc son « Voyez… », en effet, c’est un homme d’autrefois et il est d’humeur égale, joviale, adore les potins, semble déférent, distant avec politesse (son vif regard d’un bleu de cobalt vise un point lointain entre le plafond et le haut de votre crane) ! L’homme est d’une politesse antique, tout cela rend agréable toute rencontre avec ce romancier bien nostalgique. Et avec ses mots.
Que de nostalgie encore avec son dernier livre. « Voyez comme on danse » est, hélas ?, un roman déguisé en livre d’histoire. Ou vice versa. Un cimetière, on attend un convoi funèbre. Un ami décédé. Beau, séduisant, brillant, iconoclaste, célèbre à force de ne rien faire ! Qu’on aimait et qu’on jalousait.
Petite foule des amis, même des rivaux, dont le narrateur—visiblement D’Ormesson à peine déguisé. Pour chaque « tête » de cette lugubre fête, un récitatf récapitulatoire ! Retrouvailles délicates parfois : ex-amoureuses, etc., Il part donc en cent, mille brefs récits rétros. Ses souvenirs illustrent un milieu chic, très « 16 ième arrondissement ». Vaste galerie d’aristocrates et aussi d’aventuriers, des chanceux se sortant de la basse extraction de roturiers….On sourit de ce Paris aux vieux sangs bleus.
Je lis, je lis…et bientôt je me lasse…ce monde dérisoire, hors- temps, aux origines de privilégiés blasés, ils m’assommeront sous peu, je le sens. Alors, je vais à un livre de Messadié, pris à notre bibilo par Aile. Titre : « 25 rue Solmar Pacha ». Ma surprise ! C’est le même lieu (Le Caire), le même temps (1950) du « Jasmin sur barbelés » : le roi déchu, frappé, Nasser au pouvoir, guerre aux portes, la fuite des bourgeois étrangers d’Égypte, la chasse aux juifs. Entre le « Jasmin sur barbelés » (un modeste récit véridique) et ce livre de Messadié, il y aura sans doute un monde. Encore un roman-histoire ! Je lirai au moins certains chapitres (vus en table des matières) car je n’aime pas lire un roman qui n’est que prétexte à donner un cours d’histoire. Je préfère les vrais livres d’histoire sans récit romanesque pour faire avaler les faits, la vérité. C’est ce que ce livre de Messadié doit être, je le crains.
3-
Avons vu un film, en vidéocassette, avec Robert Redford (« Le dernier château ») et avons eu envie de rire à la fin avec ce patriotisme, fort « patriotard », sauce USA bien connue. Le drapeau au vent, la main sur le coeur et la morale sauve : « Oui, les soldats révoltés qui cassent tout en cette prison militaire en avaient le droit car…ils étaient des martyrs d’un directeur cinglé. Récit souvent utilisé, on le sait. Mais film si bien mené, au suspense si bien ordonné, qu’il en devient une autre démonstration du savoir-faire brillant américain. L’ensemble, avec un Redford extrêmement convainquant en ex-général déchu —qui, désobéissant à Washington, commit une erreur fatal en Somalie— fait d’un tel film mineur une excellente occasion de divertissement.
4-
« Groupaction », agence à lobbying de Montréal, devrait être baptisé « Groupàfédérat ». La firme de publicitaires, favorisés par les Libéraux, est engouffrée dans une merde médiatique. Merde engendrée par le gaspillage éhonté —« politico-patroneux »— que l’Opposition dénonce sans cesse. « Groupàfédérat » est embarrassée maintenant par la condamnation de « l’examinatrice » officielle d’Ottawa, hier.
Ils « communiquent » ce matin : « On a sauvé un Canada en grand danger, suite au dangereux « 50-50 » du référendum de 1995. » Un messie quoi, un sauveur des fédérats, via les annonces, fanions, écriteaux, drapeaux, enseignes, bannières, bandes d’arénas, drapeaux, guenilles et torchons rouges, placards partout. Partout !
Chréchien, audacieux, applaudit. L’enquête étant confiée à la RCMP ! Quand on sait que cette police fédérale peut 1-rédiger de faux communiqués du FLQ, 2-mettre le feu à des granges, 3-voler des listes électorales, 4-installer des bombes (chez Steinberg), etc…On peut avoir confiance comme le chef Chréchien. Non ? La RCVMP va conclure : « ouiaille, toutes ces magouilles, ces gaspillages scandaleux, c’était pour la belle cause « anti-patrie » québécoise ! » Fermez la boîte de pandore. Okay ? Compris ? Notre peuple québÉcois est pas fou. Un jour, tout cela éclatera, et notre pays normal, notre nation normal l’aura. Regardez bien ce que je dis, maintenant, en mai 2002. Je verrai cela avant de mourir, moi qui attend cela deouis1960. Cela adviendra. J’en suis convaincu. Je verrai ce jour merveilleux en serrant dans mes bras mes petits-fils devenus adultes et qui, comme ceux de leur génération, ne toléreront plus la folle mascarade fédrate. De cela je suis sûr et certain.
Le Dion-à-moustache de Chapleau, distrait, affirmait avant-hier : « Mais non, la pub ça sert à rien ! ». Puis , hier, se reprenait : « Peut-être bin que oui. » On sait en tous cas des choses clairs sur ce fatras d’argent public dépensé avec les bons copains : c’est cher, très cher. On a payé un prix fou dans cet « Almanach du peuple », devenu prostitué ouvertement. Vous y lisez un long reportage sur, par exemple, Trudeau. Vous apprenez qu’on a pris votre argent pour vous faire lire ce « publi-reportage ». Et beaucoup ! Tarifs exorbitants ! Un scandale de plus. Bof ! C’est 40 millions par année cette pub fédérate ! Argent public. Et cela, depuis 1996. Calculez : c’ »est donc 300 millions de nos dollars, à ce jour, de taxes et d’impôts —pour nous et ceux du ROC. Et l’autre avec son : « La pub, la commandite, ça sert à rien ». Le traître stipendié, le renégat à notre patrie balbutie, bafouille, il achève de ronger son fromage.
5-
Le Roger Drolet chez Marc Labrèche avant-hier soir: « Le féminisme est une invention des hommes pour mieux rouer les femmes. » Rires dans la salle et salve de « hourras » des filles présentes. Pauvre Simone, pauvre Kate et Cie. Ignorance ou facétie pour faire rigoler —droletter— l’auditoire ? On sait jamais. « La femme est soumise à l’homme et heureuse de l’être », continue notre héros en litotes variées.
Le gaillard des dimanches soirs de CKAC semblaient s’amuser ferme de ce « grand blond » jouant volontiers le tit-clin, le tit-coune qui saisit pas trop vite ! Labrèche excelle dans ce rôle du niais limité. Il me fait rire. Aile encore davantage. Ses grimaces de candeur sont efficaces en diable. Un bon acteur, le Marc.
Ça y était. C’était parti. Pas de confrontation, et bravo, tant mieux, ce n’est ni l’heure ni le lieu. Nous étions en contrée du divertissement de bon aloi. Drolet a l’intelligence de le comprendre. Aussi il joue de son fleuret gaillard en rigolant, sans se prendre au sérieux. Du music-hall quoi pas une chaire en Sorbonne hein ? Mutt and Jeff volontaires ! Laurel et Hardy de bon coeur ! Je riais et Aile aussi. Un bon moment de télé, faut le dire.
Plus jeune, mon Roger Drolet pourrait très légitimement songer à devenir un « stand up » comique d’autorité. Il y ferait florès. Il est doué. C’est un comédien peut-être amateur mais qui a du rythme et c’est l’essentiel. Il joue de silences calculées avec art, et aussi de fortes affirmations étonnantes avec un très bon sens du « timing », ce vétéran des stations de radio. À 19 ans, il « facétiait » déjà, à la radio de Joliette, pratiquant le genre « canulars de téléphone » sans vergogne. Et le premier hein ? Bien avant les Tex Lecor.
Chapeau à lui ! Pour le public sérieux c’est un bonhomme qui vogue de généralités en généralités. Le « cas par cas », mon Roger, il connaît pas ! Le grand public en est friand, lassé par tant de ratiocinations confuses. Jos Bleau et tante Armandine écoutent, rassurés, les élucubrations « claires » de l’oracle du cinéma Château : « Tous les hommes sont des cochons, des sensuels sans sentiment. Toutes les femmes sont sentimentales, généreuses et abusée. » Ça revole ! Au pays des nuances, Drolet n’existe pas. Et puis, là, la salle est vide. C’est plate. Il aime le pays des forts contrastes. La foule aime les monstres. Il en est un et si gentil, si poli. Malin et roublard. Rien à voir avec la réalité mais cela peut être tellement plus divertissant. Moi, j’aime les bouffons, le cirque, le vaudeville, oh ! les mélodrames aussi, je le prouve parfois.
6-
J’oubliais : au Van Houtte de Val David, un garçonnet près de notre table, avec son père, je l’aborde et lui fait mon vieux coup du pouce coupé en deux. Il m’observe. Il tente de m’imiter mais je lui dis : « Écoute, c’est long, tu pratiqueras chez toi et on se reverra un jour, peut-être ici. Il tente de m’imiter encore et s’éloigne. Il me revient bientôt résolu, me défiant. Joue avec ses mains comme moi, et me montre, lui, deux doigts disparus. Il les cache tout simplement. « Hein, hein ? Qu’est-ce que t’en penses, qu’est-ce que tu dis de ça ? », fait-il, fier comme Artaban. Aussitôt Je joue l’étonné, le renversé et le félicite : « Deux doigts, deux ! » L’enfant exhulte et aussitôt, le ventre en l’air, il éclate de rires si cristallins, si cristallins, que tout le petit bistrot s’en trouve comme embelli, les clients sourient, en sont allégés on dirait. Le blond gamin est ravi de ce public. Il s’en va, s’autocongratulant, avec son papa qui me fait un clin d’œil. Dans la porte ouverte du Van Houtte, le gamin lâche : « Tu pratiqueras ça pour quand on se reverra ! »
Un enfant de six ans triomphait d’un vieil adulte.
Et puis, ses rires si clairs, si clairs, ce matin-là, ah ! ma journée était faite ! Aile semblait ravie de ce vieux jeu du papi et de l’enfant, elle y est habituée, me dira encor : « Que tu as le tour, mon vinyenne, avec les enfants ».
Mon secret ? Je les aime.
7-
Hier soir, Aile, nerveuse, qui ne fume plus, dit qu’elle a besoin de salé-sucré. Je sais ce qu’elle veut. Je pars au dépanneur « bleu » de la rue Valiquette lui acheter croustilles et tablette de chocolat, son cher « Oh henry ». Ouf ! C’était son anniversaire hier, à mon taureau d’amour, —mon fils, le 13— les coups de fil ne cessaient plus. On ne s’achète jamais de cadeaux. Ni à Noël ou au Jour de l’An. Jamais. C’est entendu entre nous depuis longtemps. On dit en riant que nous sommes « un cadeau de tous les jours, l’un pour l’autre. À force de nous le dire…nous nous sommes crus !Et puis on n’aime pas trop sombrer dans les manèges usuels.

le vendredi 18 janvier 2002

le vendredi 18 janvier 2002
1-
Ma foi, enfin, le voici, le vrai hiver. On pourrait revirer le paysage à l’envers, ça ne changerait rien. Il neige vraiment ! La vue de ce paysage rendu comme invisible. Sans dessus dessous ! Blanc partout. La beauté, on l’oublie, de l’ouate en fines lamelles déchiquetées qui se laisse choir dan s l’air. Oui c’est beau, je le dis sans aimer vraiment cette saison froide. Mes vieux os…
Avons loué « Pearl Harbor », deux bobines. On regrette de n’être pas allé voir cela sur grand écran. Du bon boulot visuel. Certes, il faut attendre une bonne heure avant que s’enclenche…la guerre contre les Japonais de l’Empire du Soleil levant. Les séquences du pilonnage de la flotte américaine : du cinéma étonnant. Technique moderne impeccable. L’horreur. La surprise totale, un Président Rosevelt sidéré. Insulté. Révolté. Ulcéré.
Des images bouleversantes, morts, noyades, avions de kamikazes fous, Nippons horribles de cruauté, le fanatisme de cette époque… et voilà que ma chère Aile ose : « On comprend mieux les bombes sur Hiroshima et Nagasaki, non ? » Elle me dira, plus tard, retirer ses paroles sachant bien que les volcans atomique sur des civils est un « crime de guerre » inexpiable et impardonnable…dont on ne parle pas assez. « Malheur aux vaincus », le « vae victis ! », de la Rome impériale antique ? C’est dire la conviction qui fait enrager… face à l’authenticité apparente, et documentaire à la fois, installée par des talentueux cinéastes de ce « Pearl Harbor ».. Il y a une jolie romance au sein de cette reconstitution, comme l’exige le commerce, récit très plausible, au cœur de ce récit cauchemardesque. La scène (un fait historique confirmé) quand le Président, infirme condamné comme on sait, réussit à se tenir debout est extraordinairement forte. Un chef militaire japonais étonne : un adjudant lui dit qu’il est intelligent et il rétorque : « si je l’étais j’aurais réussi à empêcher cette guerre. »
2-
Vu le deuxième tome sur Mailer. Insatisfaisant. Son époque y est illustrée. Les trois tués célèbres : les deux Kennedy que Mailer aimaient bien, le Pasteur noir célèbre…Les États-Unis (Mailer dit AMERICA, hélas !) s’en trouveront abattus collectivement, honteux, surtout avec cet enlisement au Vietnam. Il faudra la réussite d’Apollo 11, (la lune !) pour que la communauté redresse la tête enfin. À partir de là, le vieux militant de gauche avoue qu’il a compris : « Je savais enfin qu’un écrivain ne peut changer le monde. » Il avoue sa candeur. Mailer y est souvent con (sur les femmes, niais même, mais très franc, lucide.
3-
Hier après-midi, jeudi mon Buissonneau au téléphone. On jase ad lib. On rigole. On se jure d’aller luncher à quatre, lui et sa Monique, moi et mon Aile. Du poulet ? Je blague ! Mon Paul a des jugements raides. Il n’a rien, comme moi, d’un intellectuel. Il aime. Il déteste. Puis, voyant ses erreurs, il admettra rapidement se errements. Comme moi. Nous sommes de la même farine, lui et moi pourtant un monde sépare nos enfances, lui, gamin-ouvrier en usine, à Paris sous les bombes, moi dans Villeray sur mon vélo fleuretant les filles ! J’aime sa ferveur, ses enthousiasmes. J’aime le fervents. Il va préparer en février qui vient un spectacle au chic TNM, du Tardieu. Inoubliable son « Théâtre de chambre », du même Tardieu à son Théâtre de quat’sous, jadis, oh oui, inoubliable ! « J’arrive pas à cesser le boulot, Claude… », me dit Buissonneau. Moi donc ! « Les femmes, ma Monique, sont bien plus sages que nous quand vient le temps de retraiter, de décrocher, non ? » Oui. Je trouve qu’il a bien raison.
4-
Critique molle du Perrault monté au Rideau-Vert, ce matin. « Au cœur de la rose » contiendrait trop de texte ampoulé, baroque.
La critique dit : « Il y a ce couple qui ne s’entend plus et qui craint, le dernier enfant parti vivre sa vie, de devoir se voir en face en face. » Oh…cela…! Oh la la…! Oui, grave question pour tant de couples qui ne vivent plus (ensemble) que pour les enfants. Le temps fatidique des départs de la progéniture arrive, la maison « familiale » qui se vide…L’heure de vérité sonne fort. Un drame souvent. J’en sais un bout là-dessus ! Ma vie vers 1975, 1976… je quitterai mon ex-couple, « dysfonctionel », en juin 1978, rien à faire.
5-
La fameuse Monica aux cigares dans un film pour s’expliquer : « Non, je ne voulait pas la notoriété et non je ne suis pas une candide stupide. » Bon, bon. Reste qu’une groupie est une groupie et on voit ces « achalantes » collantes toujours dans le sillage d’une vedette. Clinton était une star. Parfois, souvent même , c’est un héros de music pop. Même dégât chez ces suiveuses énamourées et niaises. Exploitées comme torchons. On sait tous de ces histoires. Me taire sur certains parages… c’est trop triste.
J’ai oublié, vu le deuxième épisode du célèbre cinéaste Spielberg chez le Lipton de l’Actor’s studio, canal ARTV. Bon. Dans le premier, un grand moment. Ce questionneur plutôt fat, Lipton, (oui, comme la soupe) lui sort une analyse de son cru qui va qui jeter Stephen S. à l’envers. À la fin de « Close encounter… », lui dit-il, cette musique merveilleuse, c’est votre maman, une bonne musicienne, et la machine extraterrestre inouïe, complexe, c’est votre papa, un mathématicien reconnu, non ? Vous avez voulu les réconcilier, les réunir, ayant tant été meurtri, vous l’avez dit, par leur séparation, enfant ? C’est cela ? »
Oh oh ! Le Stephen, les bras à terre, il va murmurer, ému :
« Merci de me le faire découvrir, vous avez sans aucun doute raison. » Oui, un très grands moment de télé. Un lourd silence en studio. Me voilà tout admiratif pour le Lipton en question, sous ses dehors de despote dominateur, il y a donc ce bonhomme brillant.
Spielberg, jeune ado, avait une caméra 8mm, cancre aux études, et il ne cessait de filmer partout, de monter des « séances » d’un amateurisme qui le fait bien rire maintenant. Refusé à une école sérieuse en cinéma, il deviendra « go for », commis, « traîneux » de coulisses quoi, dans les grands studios d’Hollywood, finira par se faire un bon contact. Il fera de la tété d’abord, du dépannage, et puis viendra son fameux « Duel », ce film étonnant que j’ai aimé, admiré, énormément, cette mystérieuse chasse à l’homme par un fardier de 22 roues, puissant et anonyme. Premier signe d’un talent hors du commun. On sait la suite. Avec des erreur de parcours comme il se doit.
6-
À Cuba : pardon au Padron ! Un reporter, ce Pradon, qui avait traité de « menteur » en ondes, le très démocratique Fidel Castro. La prison ! Tombé malade gravement dans sa geôle infect, les autorités de Cuba vont le libérer. C’est le Pen CLub qui a collaboré à sa libération. Ce club, où des écrivains s’associent avec des détenus politiques, ainsi, finit, à l’occasion, par des réussites merveilleuses.
Hélas, durant la crise d’Oka, été 1989, ceux du Pen Club avec Amnisty et Greenpeace, se rangeaient comme des girouettes connes contre le « méchant Québec raciste », décrié par les gazettes anglos, heureuses, dans cette tourmente, de jeter de l’huile sur ce feu sauvage (oh !) propice à leur francophobie maladive. Ils se portaient à la défense des pauvres petits anges amérindiens, les « warriors », une pègre de Saint-Régis qui voulait seulement davantage de passe-droit pour leurs trafics louches de contrebandiers « hors-taxes ». La mode… ces trois organismes tombaient dans la rectitude aveuglée, –et Mgr. Tutu y alla de sa bouffonnerie— j’avais déchiré mes cartes de membre et engueulé ses représentants. Lisons, relisons, de Robin Philpot,, son « Oka, dernier alibi… » (VLB, éditeur) , il donne l’heure juste, montre des documents, de articles sur le racisme indiscutable des anglos nous désignant collectivement comme « racistes obtus. »
7-
À Télé-Québec, (aux « Franc-Tireurs »)avec les frondeurs incorrects, Martineau et Cie, avoir vu un Chapleau tout étonné. Comme moi, il découvrait soudain un Kaboul avec des édifices importants, une ambassade des USA, un théâtre alors qu’avant la fuite des Talibans, il n’y avait, apparemment, à Kaboul, comme dans le reste de l’Afghanistan, que deux pierres et trois roches, un tas de sable et une clôture arrachée.
Bravo ! En effet, ce fut une révélation soudainement. On a en studio de « manipulation », parlé de cette reporter, « la Galipeau avec son foulard, carré de soie Chanel » disait Chapleau, plaquée devant une ruine déserte… Non mais… Ces mensonges de nos grands réseaux, de nos « envoyés au front ». Quel mépris envers nous tous et que la honte les recouvre ces manipulateurs stipendiés.
Même émission, souvent captivante, une Dominique Michel, franche, frondeuse et qui répondra clairement aux questions piégées du questionneur. Découverte une fois encore que face à une interview bien menée, c’est une autre affaire…Une star, à la réputation moche sur le plan de idées, semblera soudain bien mieux équipée intellectuellement qu’on le croyait. Délivrez les artistes des mignardises des entrevues connes où il n’y a que pub, plogue.
8-
Cette série sur la pègre, sur « La famille » Caruana et Cuntrera se révèle obscur. Les noms volent. Impossible de s’y retrouver. Aile, si brillante en matière trouble, en scénarii complexes (qu’elle s’amuse à m’expliciter après visionnement, la saudite !) eh bien, elle aussi, médusée, toute embrouillée dans ces maillages siciliens, états-uniens et…montréalais. Elle me dit : « Je crois que ces auteurs veulent ces ambiguïtés. Que cela les arrange. Ils savent que le mystère épais donne l’apparence d’intrigues savantes, emberlificotées, lourdes. » On y est perdu comme dans la série (bien filmée, bien actée) avec intrigues « poudre aux yeux, de Dionne, « Omerta ».Même opacité avec « Le parrain, 1 2 et 3. Grand public à cause du sujet, succès fort à cause des vedettes surdoués… et le public se tait qui se dit : « je pourrais passer pour gnochon » ! Un enquêteur de la GRC admet qu’on a stoppé son enquête sur les « blanchisseurs » à Ottawa. Faute de fond, dit-il. Oh yea ? Au beau milieu de « La famille », un important chef déclare : « Faut comprendre. Empêcher le blanchiment des milliards de l’argent sale de drogues, ce serait la catastrophe, l’effondrement totale des économies du mondiales ». Bang ! On se regarde Aile et moi. Effondrés, nous le sommes, en effet ! Dit-il vrai ce haut gradé italien ?
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Ainsi, pas si éloigné de mon sujet, nous regardons fidèlement la série télé : « À la maison blanche. Des émissions dynamiques, jouées parfaitement, mais…des intrigues le plus souvent obscures. Pourtant, fin de la dernière —montrée, trop tard le samedi soir— étonnant revirement. Le Président en colère avec son chef de cabinet, qui en assez de toujours devoir calculer ses moindre déclarations, pour protéger les partisans frileux, les fournisseurs de fric, les amis des amis, ô la forte scène, le lobby de ceci ou de cela, et craindre la perte du pouvoir qui déclare subitement —il s’en va en campagne présidentielle—, qu’il va être lui-même et tant pis, justement, pour la perte du pouvoir.
Oh ! Merveilleuse colère.
Je me disais si Bernard Landry pouvait subir une telle tentation de vérité politique, le goût d’être un homme d’État, pas seulement un gestionnaire. S’ il pouvait avoir une semblable attaque de franchise totale. Le peuple québécois le verrait clairement. On a tort, toujours, de mépriser le peuple. S’il pouvait s’exprimer sans ne plus craindre de faire perdre le pouvoir au parti. Ce serait si merveilleux. Emballant. Fabuleux. Oui, il perdrait —peut-être, peut-être— le pouvoir. Et puis après ? On ne meurt pas de séjourner dans l’opposition un certain temps, bien au contraire parfois…
Ce qui serait enthousiasmant et fantastique ce serait justement de voir enfin un chef, un homme au pouvoir, qui dirait ce qu’il pense, ce qu’il veut, ce qu’il va faire, sans tous ce calculs des petits chefs de ses entourages. Ces mouches de coche qui ne protègent que leur job assuré au fond. Un Bernard Landry qui s’exclamerait une bonne fois : « Il nous faut maintenant, absolument, un pays, l’indépendance, les leviers complets. »
Qui dirait, courageux et disposé à partir : « Je ne suis pas intéressé à « gestionner » seulement, j’en ai assez de gouverner une simple province comme les neuf autre. Donnez-moi un pays ou bien voter contre moi, assez de ces « bons gouvernements », de la prudence électoraliste, je m’en irai autrement. Nous attendrons dans l’opposition.
10-
Je rêve de ce leader franc, capable de parler clairement, franchement, offrant de s’en aller sereinement, démontrant sa totale liberté, disant : :« Si vous ne votez pas avec moi pour un État du Québec, complet, normal, en vue d’une nation normale, battez-nous dans les urnes, pas de Landry à la tête d’un sous-pays, plus de Parti québécois déguisé en fédéraliste bougon. Je refuse de jouer l’éternel tirailleur avec Ottawa. Suffit ! On s’en ira. On attendra, un meilleur temps, un temps favorable pour obtenir notre unique et seul rêve. » Ô je rêve ? Ça ne viendra jamais un tel homme libre ?
Après tout, l’ indépendance, la patrie à faire naître, c’est bien et toujours l’article numéro un du programme. Non ?
L’autre soir, il était beau à voir le comédien (Martin Sheen, qui est excellent dans ce rôle) illustrait un homme au pouvoir et qui décide qu’il n’en veut plus du pouvoir s’il doit rester une marionnette utile à tout le monde. Landry a-t-il vu cet épisode dans son fief de Varennes ? Si oui, il a dû réfléchir et fortement. Aile et moi…ébranlés, secoués ! Vraiment !
11-
Fou, je me suis dis :j’écris un mot à mon ex-ami, Roy, (il m’a déjà fait cadeau d’une plume spéciale pour mes gribouillis) qui est le chef-de-cabinet de Landry, je lui raconte…ce que je viens d’écrire…Et on verra bien. Le droit de m’envoyer paître certes et je resterai ce mou patriote, comme tant des nôtres, dépités, désarmés. Dans ce triste décor aux empoignes usées à la corde, il n’y a rien pour nous stimuler.
Bref, comme je me battrais alors pour cet homme libre. Mais lutter avec un simple gestionnaire ordinaire…pouah ! Aucun intérêt. Nous serions surpris, très étonnés de voir comment un tel chef serait capable d’entraîner un peuple à qui, une fois on dirait sa seule et profonde motivation de lutter politiquement.. Bon, me calmer et envoyer cet extrait de J.N., au bureau du député de Varennes. Je le ferai.
Un mot sur « Phylactère Cola », prurit d’un genre folichon qui nous exaspère. Comme l’Infoman quand, trop souvent, il est en panne d’inspiration et offre le vide et le nul. Comme avec ce bonhomme au séchoir automatique… vu à T.Q. je crois.
Amateurisme apprécié par qui ? Par des ados en mal de sketchettes bâclés ? Une « séance » de fond de sous-sol d’église, dans le temps, était plus soignée que ça ! Ah si j’avais encore ma chronique au Journal de Péladeau (1971-1976), ou un micro comme à CJMS (1989-1994). Je fesserais et fort ! J’entends rien, que de complaisance partout ! Avons-nous tort ? Sommes-nous dépassés ? On ne sait pas.

Le jeudi 10 janvier 2002

Le jeudi 10 janvier 2002
1-
Hier, un mercredi (sans J.N.) avec problèmes sur ma vieille machine « Mac ». Oh la la ! Arrivais pas à expédier des J.N., celui du 7 ou du 8 janvier ! Des appels SOS à Daniel et Marco, le fils et le gendre, si habiles, eux, en « ordinations ». Et Aile chez le toubib et à Notre-Dame… « Rien de grave », dit-elle à son retour d’hôpital où elle a croisé un Michel Chartrand, tout sage, en ligne avec tout le monde dans un couloir. On ramasse les victuailles et on remonte à Ste. Ad. Bouffe au St-Hubert « barbàqueue ». La bonne soupe poulet-riz…yum !
Vu le « Bureau-au-si-beau-bureau », « Le Point », avec un monsieur Roy, spécialiste de l’Islam. Conversation éclairante. Clichés « musulmans » mis aux vidanges un après l’autre. Au matin, « in » Le Dev., lu ce Patrick Declerc, un savant psychanalyste ex-Canadien vivant à Paris —longtemps— parmi, oui, au milieu les SDF, itinérants. Encore le cassage des stéréotypes. Parfait ! Je viens de retrouver ce bonhomme dans un article du dernier « Nouvel Obs » acheté au dépanneur sous Le Manoir. P.D. dit : « des fous volontaires. Oui. Une folie. » Il publie un livre sur la question. J’y reviendrai. Il dit que les clochards (clochardes) refusent toute forme de vie sociétale. Leur libre choix. Comme on est loin des sincères (!) démagogues (maire Tremblay et Cie) qui veulent absolument les encadrer, les ramener…à nous !
2-
Ma « voisine » d’en face, de biais si vous voulez, Chemin Bates, est la femme de mon fils. Lynn travaille comme relationniste pour les publications de Quebecor. Quand je ramène j. et c. au Phénix, je passe souvent la saluer. Mardi matin, elle est de belle humeur. On pique une jasette. Elle craint un déménagement. Projet de regroupement à la Maison mère, rue Saint-Jacques, en face de la Tour de la Bourse. Elle dit : « ce sera le métro obligatoire alors, pas de place pour stationner dans ce bas de la ville ! »
Son boss », Simard, n’était pas à son bureau, voisin de celui de Lynn. Ce Simard fut mon éditeur, le monde est donc petit, pour un conte-jeunesse :« Partir à l’aventure, loin… » et de deux autres livres : « Un été trop court », journal d’une saison (l’été de 1994) et un essai sur le mode « fantasy », l’horreur : « La nuit, tous les singes sont gris. »
J’avais cru, candidement, vu leur puissante machine concentrationnaire, à des moyens publicitaires énormes ! Mais non…rien ou pas grand chose en promotion dans leurs revues, journaux etc. Chaque « cabane » de Péladeau tient à garder sa liberté, n’est-ce pas, cela devient l’envers du « productif », les dirigeants se méfient même de leurs produits annexes ! Et puis, on le sait : la familiarité engendre du mépris ! Résultat pour mes trois publications ? « Mévente ». On a mis en charpie mes livres. Je m’envolai alors chez un autre voisin, rue Ducharme, Jacques Lanctôt.
3-
Attendant Aile à ses tests médicaux, j’ai visionné cette Biographie du Canal D : « Claude jasmin, touche à tout », un jack-of-all- trade » ? Je revois mon fils affirmant que… « Mon père ne m’épanche pas facilement, il se garde bien de se confier en profondeur… » Je reste songeur !
L’image que l’on projette sur autrui, sur ses enfants même, est en dehors de votre contrôle.
Il est vrai que j’ai une sorte de curieuse pudeur…surtout envers mes descendants. La crainte de les charger du poids de mes…anxiétés ? Peut-être. Je me suis souvenu d’un vague camarade d’Aile à la SRC, qui, subitement, nous confiait ses problèmes intimes : divorce, délicat partage…etc. Je l’avais vite interrompu à la grande stupeur d’Aile. Explication exigée après son départ : « Bien…Je craignais qu’il regrette, après ses confidences, de s’être livré trop crûment. » Eh oui ! Folie ? Je ne sais trop.
4-
Ce mardi soir, le restau encore. Ma chère « Moulerie », (sauce roquefort ou sauce indienne, miam !) rue Bernard. Rencontre d’une comédienne, madame Martineau, qui « tient salon » à Outremont ! Littérature, musique, chant, poésie etc. Elle me remercie de l’avoir installée dans le livre « Outremont » , l’an dernier. Me menace d’une invitation à son « salon ». Brrr… Je n’ai rien d’un salonnard, moi !
Jeune, l’insulte courante pour tous ces redresseurs de jeunes personnalités en friche, nous : « Maudit achalant, pas de morale hein ! » ou « Fais pas ton moraliste, okay ? » Nous confondions deux mots : moraliste et moralisateur. Il arrive qu’on me fasse le fameux reproche. Eh bien oui, je suis moraliste et très fier de l’être. Ça fait enrager tous ce monde libertaire, désaxé, mou, flou, pour qui , il n’y a de bon que « liberté à gogo ! » Deux grand auteurs, d’une nature pédéraste pourtant, étaient des moralistes solides, André Gide et Henri de Montherlant. Ils avaient leur échelle de valeurs, des critères, des balises. S’il faut haïr les moralisateurs qui se répandent en interdictions futiles, qui ont davantage de peurs idiotes que des valeurs essentielles, il faut soutenir les moralistes.
Je parle de cela car j’ai envoyé encore des messages à mes jeunes mousquetaires, les cinq petits-fils. Je ne cesse de leur recommander « l’estime de soi ». Quand on a de l’estime pour soi on se conduit bien. Les dérives de tant de jeunes viennent, à mon avis, de ce bafouement de soi-même. Je dis à ces adolescents :
« Vous êtes uniques. Vraiment des êtres uniques. Comme tout le monde certes mais trop de monde l’oublie etc c’est alors le glissement vers des modes néfastes, ils deviennent des suiveurs en chutes funestes, drogue etc. Jeune je m’aimais, je m’aime, et je me suis conduit comme quelqu’un qui s’aime, qui croit en lui. J’ai toujours fui à toute vitesse, d’instinct, les « essais » niais juste pour être à la mode, porno, échangisme, communes naïves,
alcools à satiété, expériences « juste pour voir ».
Vous devriez, lecteurs, voir la tête des jeunes quand, aux écoles, je dis : « Soyez différents, ne vous habillez pas tous de la même façon, fondez votre jeune personnalité hors des rangs, ayez le courage de ne pas être moutonnier, combattez ce « grégaire » si rassurant, évitez de vous fondre dans la masse ordinaire des écoliers. Oh oui, leurs têtes alors !
5-
Aile me chicane souvent. Parfois avec raison. Je suis d’un naturel salissant, sauvage, d’une « bohème » malcommode. Elle se fâche fort à l’occasion, en devient moins … Aile —ou ange— que démone. Une diablesse ! Et c’est les altercations comme dans tous les couples où l’on ne peut rouler sempiternellement en douceur. La diablesse, la satane en colère contre son « petit maudit cochon », en a comme des cornes sous sa jolie frange de cheveux, invisibles aux étrangers, un pied de bouc, de biche ?, hon ! un « crow bar »? La tempête passe, je fais des promesses : « ça ne se reproduira plus, je respecterai nappes, tapis, meubles… »
La tempête me fait me réfugier dans la lecture de cet « Été top court », cet été de 1994. J’écris pour moi ? Mas foi, oui, j’aime bien, après presque une décennie, revoir, revivre nos éphémérides. Calmée, Aile écoute, toute souriante, mon rapport des faits et gestes —et pensées— de notre couple voyageant au Saguenay cet été-là, puis nous dorant la peau en lisant au soleil d’août au bord de l’Atlantique du Maine, à Ogunquit. Je recommande à tout le monde de rédiger ainsi des calepins de mémoires. C’est fort divertissant à déchiffrer plus tard, il faut me croire, essayez. Quand je voudrai, je relirai, amusé, étonné parfois, le temps qui filait, de septembre 1987 à février 1988 (« Pour tout vous dire », chez Guérin) ou bien les jours qui passaient de mars 1988 à décembre de cette année-là (« Pour ne rien vous cacher », chez Leméac).
Dés 1984, un an après la mort tragique de la première épouse, bizarre, je publiais, chez Leméac, cinq romans policier. Cinq fois, l’assassin du polar était une femme ! Oui, curieux ! Un psy qui me lit dira-t-il : « Hum, c’est clair, tentative inconsciente de déculpabilisation ? » Eh !
6-
Ce matin, jeudi, ciel uniformément gris. Temps doux hier, mercredi à Montréal et encore aujourd’hui. Hier soir tombait une neige toute molle, fondante. Aile ravie de cet hiver qui ne vient pas vraiment. Cette vieille maison centenaire nous fait des factures en chauffage mirobolantes, époustouflantes…alors…
Actualités du matin : ce terminus où tournoyaient les tramways de ma jeunesse, rue de Fleurimont (disparue, rayée de la carte !) vaut dans les 20 millions de dollars ! Québec, l’acheteur, veut un méga hôpital. À quoi s’opposent certains dont un fameux gynécologue (celui d’Aile). Ce lieu était aussi proche de notre grande frayeur :L’École de réforme (devenu école de théâtre) . Menace de nos parents quand on cassait des carreaux : « on va vois faire renfermer à l’école de réforme ! ». Lieu aussi, plus tard, lieu de regroupement des manufactures de lingerie où mes sœurs ont sué, bossé, où des juifs hassidim —discrets, cachés—faisaient de l’argent; les ordres aux midinettes venant de petits-boss, de sous-patrons, les contremaîtresses honnies par mes sœurs. Pas loin encore, l’hôpital des enfants, Sainte-Justine (déménagée Côte Sainte-Catherine) où l’on m’opérait pour une appendicite à 13 ans, premier séjour hors foyer, éprouvant. Ce CHUM donc où virevolteront, au lieu des trams, des civières par centaines !
Le réalisateur Laforce, sur la piste du « Petit train du nord », nous en contait une bonne : un jour il fait la connaissance de l’acteur Gilles Renaud. Pas vraiment un inconnu ! Sa tante, « vieille fille » midinette, (c’est le lien de ce coq à l’âne !) assise à sa machine à coudre pendant vingt ans face à une autre « catherine-ouvrière » racontait en détails la vie de son cher neveu, le petit Laforce. Et vice-versa. Cette autre tante était celle de l’acteur Renaud ! À Rosemont, à la maison : tout se savait de l’un ou de l’autre sans, évidemment, qu’ils se connaissent !
Étonnant, quand, vieillis, le réalisateur et le comédien travaillèrent ensemble, ils savaient tout l’un de l’autre par ces commérages des deux « ma-tante », trente ans durant !
Cui, cui, cui, cette histoire, cocasse non ?, est finie !
7-
Plein de civières de nouveau dans les couloirs des « Urgences ». La ministre Harel passerait à la Santé, le Trudel, jugé « chancelant », dehors. Aïe ! Ce jeu (bien peu musical) de la chaise honteuse ! Quoi encore ? Le ministre Gagliano soupçonné de nouveau de favoritisme, d’ingérence grave. La farce. Le bon peuple n’est pas dupe et sait fort bien qu’en ces milieux politiques le favoritisme est florissant et cela depuis la nuit des temps, dans tous les échelons de tous les partis « politichiens » quand ils arrivent au pouvoir… ou qu’ils s’y maintiennent.
Qui croit-on étonner ? Allons, c’est connu comme « Barrabas dans la passion ». Un cas éclate au grand jour et voilà les graves « informateurs » patentés, hypocrites, qui crachent manchettes et commentaires, jouent les scandalisés. Combien de journalistes à bons contacts se font vite nommer relationnistes, chefs de cabinet, directeurs de bureau dès l’élection terminée ! Hen ? Oui, une farce. « Tu penses qu’on s’en aperçoit pas », chantait Vigneault ?
Mon Dieu, je me sens depuis ces J.N. comme en 1989 quand j’arrivais pour cinq ans, à la radio de CJMS, avec mon « débater » Arcand, pour gueuler sur les actualités. Je ramassais, découpais, empilait les nouvelles chaque jour. J’aimais ça ! J’aime encore ça et ça se voit hein ?
8-
Je lis des déclarations d’un ex-ministre de l’Éducation qui se fit mettre à la porte pour Jospin quand des foules descendirent dans la rue, contre sa réforme globale. Ce Allègre, à Paris, éclate : deux forces énormes bloquaient mon travail de rénovation :les bureaucrates du ministère en question et les bureaucrates des syndicats installés. Il aurait préféré sonder la population par référendum. Je dis à Aile pour illustrer la vérité d’Allègre : « Tu t’es présentée et tu as été élue, tu es ministre de la culture, mettons. Te voilà dans ton neuf bureau. Aussitôt, sous-ministres, directeurs de ceci et de cela, t’entourent. Eux, ils savent tout. Eux, ils sont informés des dossiers. Pas toi. Eux vont te dire quoi faire, quoi dire, comment manœuvrer, pas vrai ? Et toi, tu deviens quoi ? Tes projets, tes promesses, tes idées neuves , ton envie de changer les choses…Les « permanents », bien installés, inamovibles, vont t’expliquer le réel, comment on peut contourner leurs semblables, la hiérarchie syndicale bien bureaucratisée, elle aussi, qui déteste le moindre changement. Et tu te tairais ? Oui ou non ? À moins d’être forte, indépendante d’esprit en diable, fonceuse…
Aile réfléchit longuement.
9-
Enfant, il y avait deux abbés pédophiles dans Sainte-Cécile, l’un, aux petits garçons, l’abbé B., —le jeune frère d’un ami l’apprit à ses dépens— l’autre aux petites filles, l’abbé F. —une de mes sœurs dut le combattre. Des parents portaient plainte sur plainte chez le curé. C’est long mais ils finirent par partir. On parlait d’une « prison des prêtres » ! Je n’en revenais pas ! Dans le Nord ! Légende urbaine ? Rome vient de recommander, urbi et orbi, que l’on ramène les cas de pédophilie au Vatican. Quoi ? On a plus confiance aux évêques depuis le silence écœurant d’un évêque de France, qui a reçu une peine de prison pour son « cover-up » scandaleux. Voila qu’ici, nos évêques refusent cette loi… écrite en latin. Un code ? Apostat, hérésie ! Non, Rome s’incline : « Vrai que la justice chez vous est bien menée. » Envie de rire…en latin de servant de messe !
Appel de Trois-Pistoles tantôt : V.-L. B. Ne pas oublier mon dessin, la age manuscrite et trouver le titre définitif et envoyer copie avec espaces larges pour les corrections, etc. Le titre ? Ce sera : « ÉCRIRE POUR L’ARGENT ET LA GLOIRE. » Ça fait pas trop littéraire, hein ? Une provocation encore tit-Claude ? Non, jeune, naïf, je croyais vraiment devenir et riche et plein de gloire. J’y songe, n’étais-je pas « cocu » de Beaulieu ? Quand, la nuit souvent, il téléphonait ses longs tiraillements scripturaires pour « L’héritage » ou pour « Montréal P.Q. ». Des heures enlevées à ma compagne quand je l’attendais au lit ! Oui, il me « cocufiait » ma foi du bon yeu ! Aile rit quand je le lui ai dit cela tantôt.
Un soir d’été, on aperçoit le V.-L. B. , éthylique en ce temps-là, écrasé dans l’escalier de son chef et copain, Jean Salvy, rue Hutchison près de chez nous. On fit un détour, craignant une longue diatribe larmoyante. C’était son temps déraisonnable comme il est agréable désormais cde jaser avec l’auteur guéri.
10-
Brume dans le port de Yarmouth, un midi d’été, au bout de la en Nouvelle –Écosse. Aile et moi attendions le bateau pour nous rendre aux USA, à Bar Harbor. Ce matin, l’on parle de pêcheurs de ce port qui vendent aux amerloques complices, sans l’avouer au fisc maudit, des tonnes de homard. Hon ! Souvenir : traversée en bac donc et la pluie qui tombe. À Bas Harbor, aucun motel libre. Nous filons vers Bangor où je souhaite piquer une jase avec Stephen King —il y habite— que nous lisons souvent Aile et moi. Or, à Bangor deux autoroutes sont comme en parallèles et nous y tournons sans arriver à en sortir, malgré les échangeurs, les bretelles…Ah oui, l’horreur ! Oui, du Stephen King vécu dans cette la nuit orageuse. Cette épopée inusitée m’a toujours étonné ! On a fini, tard, trouvant une issue par hasard, par nous réfugier dans un motel, le lendemain, soleil et nous filions vers Mount-Desert voir le site de la grande Yourcenar. L’effrayant King ? Non, on en voulait plus, échaudé par la mésaventure de me plus pouvoir nous dégager des autoroutes emmêlées.
11-
Lire ou regarder ? Choix fait. Offre de seize (oui 16) épisodes de télé sur l’histoire complète des Britanniques. Non !Trop c’est trop. Esclavage ! La lecture, c’est mieux. Nous avons plus appris sur les pays d’Afrique « en chamailles » en lisant le formidable « Ébène » de Capuscinsky que de regarder seize émissions sur ce sujet. J’en suis sûr. Cependant il y a lecture et lecture : je tentais depuis deux jours de lire avec profit une sorte de manuel un brin scolaire sur la science. Merde ! Je me suis senti de nouveau ce collégien quand je ne pigeais rien en mathématiques. Pourtant pas un livre pour initiés ! Ce blocage me déçoit gravement. Aile au souper : : « T’en fais une tête ! Qu’est-ce t’as? Tu sembles abattu ! » Je lui raconte et ajoute : « Comment ont fait tes deux frères ? L’un si doué en chimie, l’autre docteur en physique nucléaire ? » La démoniaque Aile : « Ah, que veux-tu, c’est des Boucher ! Pas bouchés. En rien ! » Pourquoi n’ais-je pas un esprit capable de saisir les choses scientifiques ? Suis-je borné, suis-je intelligent ? J’en doutais hier soir. Heureusement, je cause et Aile ne cesse d’émettre des « Eh maudit que t’es brillant ! » Consolation.
12-
Nath Pétro, ce matin, chronique sur la laideur. Johanne de Bellefeuille cherche désespérément des gens laids pur un « spécial » de télé. Comme dit une chanson : « Gaston… y a le téléphon et y a personne qui répond… » J’avais songé, jadis, à un concours anti-Lise Payette : « Le plus laid homme du Québec. »
Certes, on aurait récompensé le plus laid et, à la fois, le plus charmant. Cela existe si souvent. Je me retiens (hélas ?) de rédiger sur les avantages d’avoir un bon, un beau physique. Avantagé comme je le fus, jeune, je saurais de quoi je parle. Des facilités indéniables pour ceux qui sont plaisants à regarder. J’avais constaté, jeune, les injustices faites à ceux qui sont vraiment pas jolis à voir. Deux mondes terribles, au fond des choses. Un sujet moins léger qu’on croit, plus métaphysique qu’on croit, vous savez. Je songe à l’acteur Lepage, pas avantagé du tout physiquement et qui a su séduire la plus joie actrice de années ’80, Louise Laparée. Ah, il y a le charme, vous voyez bien. Si un laideron et courageux lecteur veut se manifester, à Johanne la désespérée, qu’il compose le (450) 670-3384.
Je lis les « lettres ouvertes’ il y a de fameuses. C’est rare. Ce matin, Claude Poulin, prof de cégep retraité qui maudit Norman Lester et son célèbre « Livre noir… » écrit : « ce sont des Québécois incapables d’accepter le fait que la présence anglaise fut un facteur essentiel (sic) de leur survie (sic) en Amérique,anglophobie… »
Tabarnak, ces cornichons enseignaient à nos enfants ! Je sacre parfois quand je suis révolté. Quel ignare et quel toupet d’ignorer, lui, un prof d’histoire, que l’Anglais conquérant nous laissait des privilèges (religion et langue) dans la mesure où il craignait notre ralliement aux indépendantistes du sud. Les Américains rôdaient à nos frontières souvent. C’était leur grande frousse et nos maîtres imposés regrettèrent tant leur générosité « calculée » que, par la suite, ils ne cessèrent plus de tenter de nous diluer, de nous noyer, de nous faire disparaître : forcing avec l’Ontario, 1841, dilution avec les provinces, 1867, etc. etc. Eh oui, ces caves myopes, enseignaient ! Heureusement ces Poulin, fédérats bornés, maintenant retraités, ne peuvent plus tromper les jeunesses. Nuisance au rancart !
12-
Des clés pour le bonheur ? Il y en a. Ah le bonheur, hein ! Boris Cyrulnik, que j’ai peu lu, est un psy « éthologue », publie et livre une longue entrevue captivante sur le sujet dans le dernier « Nouvel Observateur », no. 1939, première semaine de janvier. Je vous en re-jaserai un peu plus tard dans J.N. En attendant comme c’est intéressant d’en apprendre sur des plus jeunes que soi, Montréalais.