DANS « LES PLAINES » DU FARWEST QAND VIENT LA NUIT !

Une radio veut m’entendre gueuler sur le show Moncalm-Wolf, 1759. J’ai refusé. Craindre ce rôle de pitre-chialeur sur l’automatique. Me retenir d’enfourcher tous les ânes cabochons des chemins, d’emboucher toutes les trompettes en places publiques.

Quand je dis à un recherchiste de télé  -qui cherche des criards à empoignades- que ce genre de spectacles est un inoffensif hobby connu dans le monde entier. (J’en vis un b’en plate au château de Bloy en 1980 !) Que cette activité ne me dérange pas… eh, il ne me rappellera pas ! En effet, ces défilés pathétiques, souvent cul-cul, costumés « d’époque » peuvent favoriser un certain tourisme « bon enfant ». À Tikédéronga (sic) sur le Lac Champlain, paraît qu’on rejoue sans cesse la bataille franco versus anglo; on y ramasse un peu de fric.

Un de mes petits-fils adorait se déguiser en preux chevalier du Moyen-âge  un temps. Casque, épée cote de mailles bien lourde. Le dernier film d’Arcand montrait de ces reconstitutions. Dérisoires et même loufoques souvent. Bon.

Il y a qu’il y faut du talent, sinon, b’en… du gros fric ! À Québec, cet été, on prépare donc un de ces « chiards ». Illustrer notre défaite aux mains des mercenaires Suisses, Autrichiens, Allemands payés par la monarchie à Londres Le maire Labaume espère le succès, aussi le bonheur des chambres de commerce ! Les coureurs de festivals en été, se fichent bien du motif. Festivité gratuite, ils souhaitent voir de beaux costumes, b’en anciens, de luisantes  armes b’en antiques, d’entraînantes fanfares b’en militaires.

Et (surtout ?) des bing bang, des boum-boum, à effets sonores et lumineux avec fumées qui puent et b’en noires ! Ah les badauds du mode entier ! Or, de jeunes québécois, non sans raison, veulent casser la patente. Ils regrettent cette ignorance des foules niaises, exploités par les malins du commerce. Pour ces gens politisés, cultivés, frange nationaliste conséquente, il y a l’accablant symbole, la fin de la Nouvelle France. 1759, deuil. « Folie d’oser commémorer une défaite ! »

Commémorer ? À mon avis,  non. Fêter, là oui. Hélas, pas facile de différencier la chose !

Mais le touriste, local ou venu de la Nouvelle Angleterre, se fiche bien de cette navrante réalité et il applaudira volontiers si les Plaines d’Abraham montrent un bon show, un gros show ! Une « parade » impressionnante. Ensuite, hop ! les restos pleins, les hôtels de même et « bonhomme-Labaume » ira dormir en paix. Quoi ? Le Dieu-commerce a des droits.

Voyez-vous ça, plein d’estrades en face de l’église, à Saint-Eustache ? Des canons de Colborne patinant sur la Mille-Îles glacée? Le jeune héros Docteur Chénier qui va mourir et la pluie des obus (en plastique) ? Le monstre Vieux Brûlot bavant de bonheur, torche à la main, succès touristique pour 2038 ?

Ou bien, en 2037, la victoire (eh oui !) de Saint-Denis ? Nos fiers Patriotes avec leurs fourches, des pics et des pelles faisant fuir les troupes de Gore (victorieux à Waterloo !). Pleine déroute et on verrait, assis aux estrades, le Richelieu couvert des barques des battus anglais qui retournent à Sorel ? Ça « poignerait-y »? J’irais pas voir ça,moi. Ni à Québec ni à n’importe quel Fort-Machin, ça m’ennuie ce théâtre simpliste. J’ai toujours détesté ces « pageants » à papier-crépelé coloré, ceux des curés et des révérends frères. Écolier, il fallait assister de force à ces misérables « séances ». Je sais bien qu’avec beaucoup de fric (de notre argent public) brassé à Ottawa, le dit-pageant pourrait avoir grande allure. Mais, je préfère les bons textes, ceux du répertoire ou les créations modernes. Hélas, faire un Avignon, ça dépasse des ignares incultes à la « Labaume-Tourist-room »  ou à la « Juneau-Commandites » ! Le bon peuple s’ennuie et le coco d’amerloque cherche des lieux où mener son gros autobus à vitres fumées ! Eh !

MOURIR EN ÉTÉ EN ALGÉRIE ?

Le grand Pascal (Blaise) déclarait : «  Le malheur de l’homme c’est qu’il ne peut rester assis dans sa chambre. » Devenu vieux, je m’étonnes de rester longtemps -bien longtemps- assis sur ma galerie. À écouter un pic-bois acharné par exemple. À guetter mon matou-Valdombre sous les sapins, à rire de mes Donalda et Alexis, marmottes qui se cognent le nez partout. Ou bien à voir naviguer avec superbe « Monsieur », mon rat musqué. Mais jeune, rester assis ? Non. « Une vraie queue de veau », disait ma mère.

Voici un jeune neveu, Christian, engagé par la très solide firme d’ingénierie « SNC-Lavalin ». Tout le monde est content mais il aurait pu partir, à contrat, pour l’Algérie, là où ça vient de sauter à mort. On vient d’écouter ça aux actualités télévisées ! Ne plus jamais nous revenir. Ce « paquet de tués » dans un de ces attentats « islamistes ». Mais non, mon neveu est parti travailler très au nord de l’Algérie en atlantique-nord,  dans l’âpre pays de l’une des plus belles chansons de Dubois quand Claude évoque des chiens hurleurs, des glaces luisantes, des rochers enneigés, oui, Christian analyse des sols là, au lointain Labrador. Rien, mon pauvre Pascal,  d’un « assis dans sa chambre » hein ?

La mort en Algérie, merde, au pays de l’enfance ensoleillée du grand Camus, le p’tit garçon pauvre et  intelligent  -« prix Nobel »- d’une femme de ménage. « Assis dans votre chambre », à l’abri de tout  fanatisme, promettez-moi de lire « L’étranger », curieux bref roman, hypnotisant, inoubliable. Mais, à part un Christian Boucher, il y a un Thomas Jasmin qui est un des cinq petits héros de mon récit « Des branches de jasmin ».

Mourir en été en Espagne ?

Mon Thomas grandi n’ira pas en Algérie, non. Avec ses économies d’un job-étudiant il a filé en Europe avec deux amis. France, Tchéquie, Hollande, Belgique et, dernièrement en Espagne. J’entends un air de guitare, ô flameco !,  un chant du poète Federigo Garcia Lorca et il a vu les « molles architectures » de Gaudi. Le papi –assis s’u’a gal’rie– à Sainte-Adèle, écoutait les nouvelles. Oh la la, bang ! En Espagne justement : un avion vient de s’écraser; bilan :150 morts. Mon jeune Thomas ?  Mourir en été ? Non. De Val David, téléphone de Daniel, mon fils, qui me rassure : « Oui, Thomas était dans un avion. Mais pour Paris et il s’en revient. » Ouf !

Je suis d’une génération qui voyageait si peu : avoir vu la Gaspésie à vingt cinq ans ! Voir un jour Londres, Rome et Paris. En 1980, à presque 50 ans grâce au fric d’un prix littéraire, le France-Québec (pour « La sablière »). L’amie Monique Miller, elle, part pour Paris à l’instant et pour la énième fois, connaissant aussi bien la prestigieuse mégapole culturelle que notre métropole.

Quand je chante « revoir Paris », c’est pas l’envie qui manque mais je fais des calculs : il y a ceci et cela, les préparatifs, les prévisions, les réservations, des complications possibles. Frayeurs connes et craintes niaises ? Prétextes pour ne pas partir ?  C’est dérangeant voyager n’est-ce pas ?  Des valises, les passeports, des billets, des hôtels. Et… l’avion (qui tombe en feu à Madrid !) que n’apprécie guère ma dulcinée. Bon, on y va pas. Plus facile. Paresse ? Ça se peut. Anti-nomadisme crasse ? Sommes devenus des sédentaires profonds ? Ça se peut. La sainte paix et à tout prix ? Éviter ainsi des désagréments. J’ai un peu honte d’obéir à la sagesse du fameux penseur, Blaise Pascal : «…le bonheur, rester assis dans sa chambre ».

L’avion qui s’abat !

C’est qu’ « on est si bien sur la terre où nous sommes nés » (Louis de Ratisbonne). Les années passent, nous serons très vieux un jour, éprouverons-nous des regrets ? Peut-être. Mais qui osera l’avouer : certains (beaucoup ?) partent « sans cesse » pour, comme on dit, changer « leur » mal de place. Sans le dire, à personne, ils ont mal, insatisfaits de leur existence, ils s’ennuient avec eux-mêmes. La compagne, le compagnon de vie, hélas, ça ne suffit plus guère au bonheur. Il y a lassitude ou trop de mauvais souvenirs, des erreurs de conjugalité, des griefs rentrés, tus, cachés…enterrés par « l’accommodement raisonnable » du vouloir vivre ensemble malgré tout ».

Alors, l’agence de voyage, allo ?

Partons. Oublions. Se distraire de nos mornes existences avec l’exotisme d’un « ailleurs ». La croisière de vies à la dérive fera mine de s’amuser, quoi, on verra des nouveaux visages : « Bavardons sur le pont, montrons photos des petits enfants charmants, de nos jolies demeures rafistolées. » J’ai eu des confidences.Tout cela n’excuse rien, ni ma paresse, ni mon besoin de confort tranquille. Rester assis dans la chambre, vieux Pascal ? Le bon fauteuil moelleux et louer d’excellents  films sur DVD. Aller au cinéma Pine en bas de la côte (« Batman » ? Joker fascinant mais c’est trop long, ça finit pas) ou lire (ma vraie passion, lire) d’excellents romans nouveaux.

Guetter mes petites bêtes… Hélas,  tempus fugit, j’aura 80 ans, j’aurais mal à mes vieux os, serai plus sourd que jamais avec la vue toute faible. Ce sera trop tard pour dire : « revoir Paris ». Thomas -ou mes autres petits-fils- viendra me narrer des anecdotes de ses voyages. Comme le Grec Ulysse, bonhomme Homère, il a fait un beau voyage. Moi, le pépère, bien dans mes coussins (content Blaise Pascal ?), je me bercerai en guettant le chat Valdombre, la marmotte Donalda, Rat-Monsieur. Peut-être un porc-épic égaré… Ou bien ce sera encore l’hiver et, ma canne à la main, le vieillard fera le tour du lac sur son anneau ? Mon Thomas aurait pu dire : «  Les gars, si on allait aux Canaries voir où l’auteur -de Shippagan, de Kamouraska et de la si belle toune « Évangéline »- Michel Conte est mort ? » Et l’avion qui s’abat !

AMOURS D’UN GOÉLAND ET D’UNE BERNACHE

     Vous avez vu au petit écran ces drôles de cigales rongeuses d’hêtres. Ouash ! Et, toujours à la télé, ces larves verdâtres écoeurantes dévoreuses de récoltes ? Re-ouash ! Ma Raymonde : «  Tu vois ça ? Cesse un peu de louanger le monde des bibites, il y en a d’indignes. » Quoi, me rabattre sur le règne minéral ? Je collectionne de jolis galets, « mes chères pierres chanceuses », mais de là à en faire de grands éloges, cela qui ne remue jamais. Elles, les bipites bougent.

        Matin de brume, ce jeudi au ciel mat et nos collines laurentiennes sont toutes enveloppées d’une très pâle ouate. Rideaux diaphanes, sorte d’entoilage, l’ouvrage d’un Christo. Midi s’amène et le paysage est vite dégagé de ses tentures romantiques. À l’eau canard ? Oui. De mon rivage, je tend l’oreille : Marc Labrèche ? Où se cache-t-il ? Je parle de son laideron favori, la célèbre grimaçante grenouille, Yolande.

       

CREVE-YEUX ET PERCE-OREILLES !

       Parlons grenouilles : il y a des années, j’avais joué le goddam Monkton de 1755 en Acadie en organisant un « grand dérangement ». Avec des petits-fils à filets, des grenouilles quittaient « de force » le delta du lac à l’ouest pour installation obligatoire chez nous. J’avais lu que la gente batracienne  dévorait mille moustiques à la minute. Chacun ! Une aubaine. Mange ma Yolande, mange.

       Étendu sur le quai, j’écoute les cris prompts de deux -ou trois- grenouilleuses. Certains de leurs gutturaux borborygmes sonnent très creux, crapaud-buffle ? Au dessus de ma tête, vivant escadrille d’or et d’argent, des libellules. Alias demoizelles. Alias crêve-yeux aussi. Ce terme. Enfants apeurés, les apercevant, on se bouchait les yeux. Autre terme : « perce-oreilles », une autre bibitte mal aimée. Au milieu de mon petit pré, me retournant, je vois Valdombre-le-pelé jouant encore le fauve-de-vaudeville et de mes demoizelles métalliques filent vers lui. Yeux à crever ? Hon ! Soudain, spectacle curieux sur mon petit radeau; un couple d’un genre inusité. Voici une bernache (mâle sans doute) qui se dandine autour d’un goéland (une goélande ?). Oh, la parade ! Le canard fringant s’ébroue, fait de l’esbroufe, ouvre et referme sans cesse les ailes, va, revient, joue du cou et du bec. Il fait le beau quoi. La « goélande », elle, impassible sur le radeau, observe et, sans doute, s’étonne de voir un séducteur « pas de sa race ». Je jouis du spectacle, délaissant une biographie de ma très chère Colette. Oups ! Indifférence ou méfiance ? Macdo, l’oiseau blanc convoité s’envole avec superbe vers la plage municipale. C’est le cas de le dire, le bec à l’eau, fin seul sur l’eau, « le »  bernache se calme le pompon. En voilà des mœurs !

 

DONALDA EST ENCEINTE ?

       Je n’aime pas nos goélands, arrivés par ici avec l’établissement de tant de nouveaux restos rue du Chantecler. Ils salissent mon radeau, que de crottes à ramasser ! L’an dernier, j’avais mis un faux hibou comme repoussoir du dollarama adélois car on me recommandait la chose. Foutaise. Dès que posé, il s’amena davantage de goélands chieurs. Mon épouvantail de plastique gît, inutile, dans une haute branche de sapin. Pas loin de Mario, mon hénaurme girouette made in Val David, cadeau du fils. Mario, nous montre -à peu près- d’où vient le vent. Sous Mario, Valdombre, ventre à terre, redresse les oreilles, regard fixé sur l’armada de demoizelles.

         Passage de nuages inattendus, ciel qui se couvre. Valdombre recule -ce vieux chat a une « renverse » ma foi- retraite et vise la balançoire du voisin Maurice, y grimpe. Un môme, un marmot, ce vieux félin pelé.  J’écoute Yolande. Macdo revient pour observer son bizarre Roméo-à-plumes. Qui n’est plus là ! Il fait beau et bon, c’est le bel été. Voici notre marmotte sortant du dessous de la galerie et se fait aller la grasse bedaine. Donalda serait enceinte ? Ou trop gourmade ? Trottinant vers la haie très fournie de chèvrefeuilles, elle cherche son mari volage ? Bon, assez joué le fainéant sur grève, voici Maurice, armé de ses outils. J’ai un précieux voisin qui est aussi un bricoleur éméritus : « Alors mon Claude, ta cuvette défectueuse, c’est aujourd’hui qu’on la change, oui ?  »    

        Adieu mes p’tites bêtes. Au travail. Le Maurice expert m’enverra chez Rona. Puis chez Théoret. Youpi, je me console de l’abandon de mes bibites  car un homme, c’est bien connu, n’a pas de lieu mieux chéri qu’une  quincaillerie ! « J’y cours, Maurice, j’y vole ! » Ne me suivez pas les crève-z-yeux !

 

 

             

TRUITES BIEN FRAÎCHES !

 

       Je suis d’un type -d’un tempérament?- impatient. Aussi aller à la pêche ne m’excite pas trop. Pourtant… On m’a narré les péripéties énervantes des « vrais » pêcheurs de saumon qui font le tour d’un « trou » – d’une fosse- à saumons », en Gaspésie. Ou ailleurs. Du vrai sport très excitant, semble-t-il. Je l’imagine.

       Mon Jodoin-de-voisin, en fin d’avril, m’a raconté une pêche miraculeuse (biblique !) sur notre petit lac. Une bande, des « Malo », dans sa chaloupe empruntée, qui sortait de l’eau des truites à la dizaine ! Les glaces venaient de disparaître.

      Ces dernières années, j’ai fait quelques essais. Nuls hélas ! Il y a un an, mon Laurent, un de mes petits-fils, a pu exhiber une bien belle truite et sa prise le rendit fou de fierté. Jadis, souvent, sur mon petit radeau, mes gamins, parfois avec des vers, parfois avec des grains de maïs, sortaient du lac des tas de petites perchaudes. Leur vif plaisir ! Ou c’était des crapets-soleil. Immangeables ! En somme, pêcher « comme un jeu », qui les amusait fort.

      L’autre midi, étendu au soleil pour lire « Les années » d’Annie Ernaux, j’ai soudain imaginé à quatre terrains du nôtre, un gars lançant sa ligne sans cesse et guettant qui mordra. Le fameux petit Claude-Henri, étudiant « buissonnier », détestant la belle-mère (m’a -t-on dit), rêvant dans sa barque d’un avenir de pamphlétaire mordant.

      J’ai raconté (dans « Chinoiseries ») mes rares et brèves séances de pêcheur au port de Montréal, en 1935. Quand papa m’amenait chez ses fournisseurs de bibelots Chinois.

     

MAMAN ET LES ÉCAILLES MAUDITES

      Dès 1940 et nos étés à la campagne, ce sera la découverte de la vraie pêche. Que l’on fait  sérieusement.  « Pour manger ». Tels ces Groulx, ces Proulx, des hommes qui se levaient aux aurores, qui partaient pour le fond ouest du Lac des Deux-Montagnes, ou sur l’autre rive à Vaudreuil. Qui nous revenaient des heures plus tard avec leurs « cordes » remplies d’une récolte fructueuses. Si fiers. Maman en achetait un peu et puis s’enrageait à sa table de pique-nique, dehors, les cheveux dans le visage, s’échinant à devoir bien écailler certaines espèces.

        Feu Rudel-Tessier, le journaliste, m’avait donné  une bonne recette pour de la perchaude frite qu’il tenait de Félix Leclerc quand Félix habitait (et pêchait) en face de Pointe Calumet, aux Chenaux de Vaudreuil.

         Jeune adulte, père de famille, revenant l’été au « Château de ma mère » (merci Marcel Pagnol), à la Pointe, ce sera la re-découverte de la pêche, Éliane, ma fille, y pendra un bon plaisir : rares brochets de la Grande Baie qui est juste à l’est de ce qui deviendra le Parc Paul-Sauvé, quelques belles anguilles, si faciles à déshabiller !,  et des barbues bien grasses, plus les inévitables perchaudes, toujours abondantes, elles.

        Bientôt, venu de son cher Saint-Sauveur, l’ami Murray va saucer encore sa barque d’aluminium à moteur électrique. Avec son immanquable « GPS » bien pratique et dont je suis jaloux. Mais je ne l’accompagnerai pas : mon impatience chronique.

       Il y a longtemps, comme tant, en famille. nous allions à Old Orchard. L’ami Théo Mongeon, longtemps « secrétaire dévoué »  de tous les agronomes du pays, un jour, organisa une expédition de pêche « en haute mer ». Je me voyais alors en intrépide et expert pêcheur, Ernest Hemingway. Ce légendaire chasseur d’espadons géants au large de La Havane, à Cuba. Je m’embarquai donc les yeux luisants et la solide canne à pêche louée bien haut portée !

      Trop bercé (brassé ?) par la forte houle, il avait fallu, assez vite -hélas pour mes compagnons au pied marin-  faire un humiliant demi-tour. Le mal de mer ! Et ma honte ! Mon Théo rigolait : « Tout un marin ça, mes amis ! »

 

PROMESSES D’ÉTÉ ?

      Étés de 1965-1969 et, j’y songeais à l’instant, je revois ma petite Éliane dans des matins en or, ses longs cheveux blonds dans les yeux, penchée, courbée plutôt sur les bancs de joncs voisins inondés, pourchassant si habilement -avec son filet fait de torchons à vaisselle- les petits ménées. Ses fabuleuses cueillettes. À pleines chaudières ! Elle irait pêcher encore au crépuscule, sa grande joie. Son frère, lui, Daniel préférait capturer les rainettes si vives. L’été ! La paix ! Ma jeunesse enfuie ! 

        L’an dernier, ici, le beauf’ Albert qui s’amène et, dans ses mains, des cannes à pêcher ! Ah !   « Oui, fini le golf, mon Claude ! »  Le voilà entiché par son nouveau dada : la pêche. Venu avec lui, l’autre beauf’, Tit-Louis, avec une des canes d’Albert, attrapera une bien belle truite « adéloise ». Qu’il remettra dare dare à l’eau : « Oui, trop petite. Je la repêcherai ! ». P

   Le duo parti, on me laisse en cadeau quelques lignes de joli plastique luisant, avec moulinets adéquats et leurs fils de nylon… hélas tout emmêlés, hélas. Me restera à défriser ces cheveux de nylon maudits et, oui, oh promesse !, aller combattre mon impatience congénitale.

       J’irai, je me le promets. C »est si « Zen » la pêche, pas vrai ? Si reposant, non ?,  si dé stressant. J’emprunterai la chaloupe à Jodoin-voisin car je veux combattre mon vice du « va vite, fais vite ». Je serai bien patient, poserai de gros vers bien gras, attendrai les petites gueules qui mordent ! Promis ! 

       Trop tard, m’explique-t-on, pour les mouches, déjà, semble-t-il, dès juin, les truites du lac Rond -ensemencement annuel par ici- se tiennent « dans le creux », bien, c’est noté. Au fond ? Bof, ce n’est pas le fil de nylon qui manque, ça va se dérouler en grande ! Cette « École des p’tit chefs », rue Lesage, peut maintenant fermer pour les vacances. « On mangera des truites fraîches, ma chère Raymonde ! » Elle a des doute, la venimeuse : « Des truites ? Tu aimes tant la raie, la plie, et mes calmars rôtis, non ? »

      J’enrage de nouveau quand elle me dira aussi : « Mon pauvre chou, toi, des heures à guetter, à attendre que ça mordre ? » Oui j’enrage : « Toi, mal assis, durant des heures, lire tes chers ouvrages sur la science quantique avec crampes aux reins ? » Je lui rétorque que notre Rona doit bien vendre de ces dossiers ajustables pour chaloupe de pêcheurs, non ? » Son silence.

     Bon, allons rue Valiquette, au magasin tout bleu de mon cher jaune Vietnamien, juste m’acheter un gobelet de grouillants asticots bien roses !

 

 

 

 

À LA BELLE « YOLANDE » À JEAN CHAREST !

Chère ministresse (!), j’ai lu votre piètre « défense » face à l’accusation portée contre le régime actuel, auquel vous participez. Ça dit : « Vous devriez pas, il y a des limites au masochisme, enseigner l’anglais aux émigrants, cela aux frais des contribuables » Vous avez rétorqué : « C’est à cause du contexte québécois ». Réponse, chère ministre, bien légère, bien réductrice. La réalité, la vérité -munissez-vous en, honorable ministre, – c’est que la langue des « tout-puissants » actuels est la langue des étatsuniens. Pas vraiment celle de l’Angleterre, enlevez de la mappemonde les USA et la langue anglaise ne serait pas plus répandue ni plus populaire que l’Italien. Ou l’Allemand. Cette langue marchande, ce « basic english » international, ça n’a rien à voir, madame Yolande James, avec ce que vous nommez « le contexte québécois ». C’est un phénomène qui ne découle pas du tout du « contexte québécois »
La langue du plus puisant pays du monde c’est l’anglais pour des raisons historiques évidentes : « USA », c’est ex-colonies anglaises qui se sont émancipées dès 1775. Un empire chasse l’autre et dès après la guerre de 1914-1918, « l’autre » empire, les USA, prenait son envol. À qui le tour ? On annonce que -vers 2040 ?- ça va encore changer. Au Québec, enseignera-t-on le chinois gratuitement à nos émigrants ? Alors, s’il vous plait, lâchez-nous avec ce « contexte québécois », madame. Partout il y a une (paresseuse mais) efficace fascination pour ces USA. Partant, de l’aplatissement, une soumission. Le « fric-US » fait cela, en cinéma, en musique pop, en télés, etc. S’amènent alors, courbés, pleins de valets soumis pour accepter l’humiliant rôle de docile courroie de transmission en nos médias. Hélas !
La culture des USA menace toute les cultures. Sans des lois, fini la variété du monde ! Ce serait la plate et morne uniformité du « all american ». Certes un monde capable de fameuses réussites vus ses énormes moyens. Etats-Unis, en 2008, dominent, ravagent, écrasent. C’est un aimant terrifiant ! Ça n’est pas par indifférence envers, disons la Suède ou le Portugal, que les Céline Dion de l’univers se sont convertis aux USA. De Vancouver à Moscou, en passant par Berlin ou Bruxelles, il s’agit de déracinement consenti. Ah oui, lâchez-nous « le contexte québécois »; à Berlin comme à Paris, à Madrid comme à Rome, c’est « copions, imitons, suivons les USA ». Des Français lucides se décident enfin à freiner cette anglomanie (américomanie ?) galopante. Écoutant la radio, l’autre matin, je rigolais ferme. Chez Christiane Charrette, des Nathalie Pétrovski, des Josée Legault chicanaient l’avocat Julius Grey sur ce thème « des cours d’anglais offerts gratuitement à nos émigrants trop choyés ». Allons, plein de jeunes Québécois francos méprisent nos collèges et, secondaire achevé, filent s’inscrire à Dawson, à Concordia, à McGill. De mes petits-fils y allèrent, voir les raisons ci-haut.
« Attraction mondiale » du géant actuel donc, même en « Chine qui monte » le phénomène se répand désormais. Chère madame James, il n’y aucun « contexte québécois » là-dedans, c’est mondial. Une personne qui veut un bon job ou qui veut brasser la moindre business, à Prague ou à Budapest, un Ukrainien ou un Finlandais, se jette dans l’étude du « basic américain ». Qui est, bien entendu, de l’anglais primaire, utile pour « se comprendre » partout, échanger minimalement en rencontre d’affaires. Rien de québécois là-dedans, parler comme vous le fîtes, madame, c’est du déni de réalité (mondiale). L’émigrant, pas moins intelligent que n’importe quel franco a compris cela, pour un job un peu satisfaisant, il lui faut savoir se débrouiller in english, incontournable « actuellement ». À Rio ou à Lisbonne. Humiliant ? Eh oui ! Je gage que Vercingétorix, chef vaillant des Gaulois, avait appris quelques mots de Latin face à son envahisseur, ce puissant César. En 2008, César-qui-vit-à-Washington a, lui, des moyens séduisants d’assimilation. Oui, ciné, télé, musique rock and pop.
Ici, des masochistes inconscients, se tirent dans le pied, ils gèrent l’abondante promotion de ce gros voisin riche, cela très gratuitement. Ou ben en « voyages organisés et payés » (les junkets).. Ces cons collaborent (comme dans collabos) à leur perte à plus brève échéance qu’ils croient. Tous leurs jeunes publics prêchés une fois mieux anglaisés, iront aux sources. Aux médias-USA. Ce sera la fin de leur lectorat, la faillite, et, donc, se feront congédier. Bin bon, jeunes cons à genoux devant César !

« CLOUÉS À NOS AMOURS » | Récit pour 2008 | Ce sur quoi travaille Jasmin cet été

Claude Jasmin est plongé dans la rédaction « effervescente » de son prochain bouquin. Les souvenirs de la décennie récente : 1985-1995. Retraité de Radio-Canada, il va s’offrir en « gardien » de ses cinq petits-fils. À son grand étonnement, il va re-découvrir, au travers ses excursions ludiques, les joies, plaisirs, émotions, déceptions de l’enfance. Voici un chapitre pris un peu au hasard qui illustre bien son grand bonheur de « jouer » avec des galopins assoiffés de découvertes candides.

Chapitre :11 de « CLOUÉS À NOS AMOURS »

Petit enfant, j’étais jaloux des oiseaux. Ah, pouvoir m’envoler ? Rêver d’être Superman ! Icare toujours ! Voici mon David qui, à douze ans, rêve à son tour : pouvoir voler ! Il veut un avion. « Son » avion. Rien de moins. Je le soutiens, je l’encourage : « Oui, mais oui, un jour, un jour, tu pourras… » Je le comprend parfaitement, tous les jeunes garçons du monde font-ils ce même rêve, éprouvent-ils ce même besoin ?

SUITE

L’AUTRE MONDE ?

Depuis « ado » que je me consacrais à « arts et spectacles » seulement. Tout autour de moi comme pour tous mes camarades « zartistes », il y avait, il y a toujours, « un autre monde ». Depuis quelques temps, ne voulant pas mourir idiot, tel un navigateur sur un continent inconnu, je lis sur cet « autre monde », celui des affaires. En ce moment une nouvelle de la Presse Canadienne. J’y viens.       30 années donc à travailler -aux décors- à Radio-Canada en ignorant un immense mur nous séparant : celui d’un secteur fort actif, d’un monde « à part », celui dit « commercial ». Aucun contact, aucune rencontre entre les « vendeurs de temps publicitaire » et nous, les créateurs de divers ordres. Étais-ce normal ce séparatisme ? Ma compagne de vie y fut toute jeune secrétaire en ce grouillant secteur commercial, elle était donc alors « de l’autre côté du mur », calculait les espaces en studio pour les cigarettes « PLayer’s » durant « Les Plouffe », par exemple. Rien à voir avec ce qu’elle deviendra un jour en « calculant » désormais ses prises de vue pour des textes de V.-L. Beaulieu !

En ce moment, ici, à mon hebdo, des gens cherchent des annonceurs indispensables à la survie du journal. Mais je vais d’étonnement en surprise avec cet article de la P.C. Un prof aux USA déclare dans une étude pour le Conference Board, que le Canada (commercial) fait très mal sa promotion (commerciale) aux States depuis que le Congrès détient le pouvoir. Ah bin ! Le Canada (et le Québec donc), se ferait damer le pion, même par le Mexique et le Chili ! Pourquoi ? Ils ne savent pas faire pression et influencer le Congrès, majoritairement « Démocrate » désormais. Pourtant dit l’étude en question, c’est le Canada le plus fort partenaire en commerce avec nos puissants voisins du sud. Une anomalie regrettable paraît-il. « Il faut une petite poussée souvent », dit l’étude. Nos entreprises ne cibleraient pas bien les entrepreneurs américains d’un secteur commun qui ont une influence et les élus (Démocrates). Je m’instruis ! Je lis deux choses : 1- Que les Démocrates vont freiner la folle cadence en accords de Libre-échange dans le vaste monde et le Canada va donc pouvoir souffler. 2- Que La Chine nouvelle est en voie de devancer le Canada en importations aux USA ! Ils sont un milliard d’habitants, ils travaillent à très bon marché, alors, pas de surprise là ! Certes il y a litige USA-Chine mais Pékin (Bejing) est sommé de « libéraliser » son marché. Le Canada en profiterait dit l’étude, les prix s’ajustant davantage. Bref, j’apprenais qu’il y a « lutte perpétuelle des marchés » mais qui l’ignore ? Dire franchement que j’ai de l’admiration pour les intrépides audacieux entrepreneurs; ils donnent des jobs, ça n’est pas rien. J’ai moins d’admiration pour les financiers, les banques, prêteurs d’argent qui spéculent sans cesse. Argent dont les entrepreneurs ont besoin, ça va de soi. Le financier n’a rien d’un être social capable de solidarité, il vit pour le fric à contrôler « à la hausse » car si c’est pas « très » rentable les actionnaires iront ailleurs. Même le modeste « petit bourgeois », avec ses Reers chez Desjardins ne souhaite pas de minces profits. Sommes-nous tous complices du système ? Oui.

Cet article… bien compris les affairistes ? De toute urgence installer à Washington d’habiles démarcheurs (lobbyistes) auprès des collègues étatsuniens, aussi auprès des gens du Congrès à Washington. Moi, dans ma candeur « d’artissse », je croyais jadis que : « Tu présentes un bon produit et, bingo, il gagne le marché. » Pauvre nono ! Non, non, il faut donc faire anti-chambre, il faut faire jouer des cartes qui n’ont pas grand chose à voir avec la qualité d’une marchandise offerte ! Je vous le dis « une autre planète ». Ce n’est donc pas comme pour des tableaux ou des romans ? La concurrence n’est pas « ordinaire » en ce monde-là ? On vient me détromper : « Pauvre rêveur, même l’artiste, le fameux, le renommé, lui aussi, cherche les bons contacts, s’acoquine avec « des importants » de son milieu, se démène comme diable en eau bénite pour d’avantage de notoriété et fréquente volontiers « qui il faut ». Le talent seul ne suffit donc pas ? Il y a réseau, il y a une voie rapide pour la consécration, pavée de calculs très concrets. C’est noté.

Oui, j’aime désormais lire sur « le monde des affaires ». Ma découverte d’une grande part du monde réel. Et me reviennent en mémoire ces lignes du génie Arthur Rimbaud juste avant qu’il s’exile en Éthiopie pour « brasser des affaires : « Me voici au sol, avec un dur devoir, étreindre la réalité ». Le poète défroqué ira jusqu’à vendre des fusils (pour le roi Ménélik) importés pas chers de Belgique. Et des esclaves, recommandant à sa terrible mère, de « savoir bien placer mes argents » qu’il lui expédie du Harar. À 37 ans, Rimbaud reviendra en ses Ardennes, se fera couper la jambe et ira mourir désespéré dans un hôpital de Marseille !

Résumons : Les businessmen du Canada se font damer le pion et on ne leur demande pas d’améliorer leurs produits, on recommande d’engager des malins à Washington pour mousser leurs business ! Que cela vous plaise ou vous fasse grimacer, voilà la dure loi des marchands. Bonne chance aux organisateurs de fins repas, de parties de golf intéressées, de croisières luxueuses en yatch, moi je m’en vais tout bonnement rédiger un nouveau bouquin racontant dix ans d’excursions d’un papi étonné avec ses cinq petits-fils, 1985-1995 et cela sans aucun démarcheur.

ROSAIRE DANS SA CABANE

Nous lisons des études, des projets, pour les itinérants, ces misérables de 2007 qui couchent à la belle étoile. Ou dans des cabanes de carton. Un article récent dit : « Une « homme de la rue » coûte cher à l’État ». Un jeune de mon entourage me dit : « Papi, dans ton temps, ça existait pas ça, ces pauvres bougres perdus, sans feu ni lieu ». Je l’ai détrompé. Juste au coin de ma rue -Jean-Talon- il y avait Rosaire.      On disait « un vagabond. » Rosaire était une attraction dans le quartier. Vêtu à la diable, ce gaillard rodait partout comme en galopant. Dans nos ruelles, il fouillait les poubelles, quêtait aux portes des restaurants, des cinémas, la main tendue. Ou sa casquette. Gamins, nous en avions un peu peur, l’apercevant, tard, nous faisions « un grand détour » comme chantait Félix.

Rosaire était une loque humaine mais..il était toujours joyeux ! Quel mystère pour nous ! Il possédait un harmonica et en jouait volontiers, c’était un risible chevalier, misérable mais sans la triste figure. Il souriait constamment, un sourire bizarre, une grimace, un rictus qu’il s’était forgé pour ne pas effrayer les badauds. Pourtant, dans ces années 1940, nulle aide, aucune organisation caritative, pas de ces « asiles de pauvres » comme on en trouve maintenant. Rosaire ne coûtait rien à L’État. Nous n’arrivions pas à comprendre comment une situation aussi éprouvante pouvait le garder dans sa perpétuelle bonne humeur.

À cette époque, on voyait beaucoup de « champs vacants » comme on disait, et beaucoup d’immenses placards publicitaires, avec lampes à leurs faîtes, de grandes  « annonces » montées sur des échafaudages à certains coins de rue avec, au bas, la signature « William Thomas » ou « Claude Néon ». Angle sud-ouest de Saint-Denis et Jean-Talon, Rosaire y avait confectionné son gîte. Dans cette menuiserie bancale, entre les poutres de bois, dans le dos des gravures géantes d’accortes filles aux bras tendus des produits à promouvoir, Rosaire dormait ! Cabane de vieux prélarts, de morceaux de moquettes mis aux vidanges, des guenilles pendantes, son refuge pitoyable nous mystifiait. Il arrivait que la Ville fasse un ménage et emporte tout son attirail de misère. Patient, jamais découragé, Rosaire recommençait sa maison branlante derrière… William-Thomas !

Dans ce grand « champ vacant », la belle saison venue, nous allions, étroit sentier de « piquants » -chardons- avec des pots aux couvercles troués, pour piéger des papillons. Aussi des guêpes, des taons. Rosaire, de son « domicile fixe » pas bien loin, observait ces enfants-chasseurs de bestioles, on lui criait : « Joue ! Joue Rosaire !» Il nous souriait, sortait sa musique-à-bouche volontiers. Le petit bonheur alors !

Plus de cinquante ans plus tard, devenu grand-père, un bon matin, très très tôt, j’amenais mes petits-fils dans le Vieux-Montréal, espérant qu’ils découvrent, loin de leur Ahuntsic confortable, des itinérants. Ce fut une expédition instructive. Mes gamins aperçurent ces étranges silhouettes dépenaillées, qui sortaient d’on ne savait trop où, en chair et en os, plutôt en os. Les uns fouillaient les ordures des restos-à-touristes pas encore ouverts, d’autres se lavaient le visage, les bras et le torse dénudé, dans une fontaine publique. On en vit un, à mine patibulaire, les deux pieds dans une sorte d’abreuvoir à chevaux de caléchiers.

Ah, voir cela !,  les enfants étaient muets, stupéfaits, yeux écarquillés, bouches ouvertes. Leur bonheur de ce triste exotisme, aussi une sorte de naïf émerveillement : quoi, comment, des citoyens survivaient ainsi, dans la pénurie la plus totale ? Ce fut une « leçon de choses » qui m’importait.

Au retour, j’ai raconté mon Rosaire des années 1940, sa branlante cabane derrière les grands placards -toujours à refaire-  son harmonica et… sa joyeuse mine perpétuelle  malgré tout. Aussi j’ai conté les candides cruautés, les tours pendables des taximen du coin de ma rue. Par exemple en invitant notre Rosaire, tout excité, à prendre le téléphone de leur poste accroché à un poteau pour des appels « arrangés ». On invitait notre vagabond à se présenter, « avec votre instrument », à l’Hôtel Windsor en vue de rencontrer un généreux mécène. Aucun chauffeur acceptant pourtant de l’y conduire. Nous étions, enfants purs, scandalisés de ces cruautés d’adultes.

Dans cet article d’un colloque sur les SDF, un expert venu des USA parlait de « Les sortir de la rue », disant « Cessez de gérer bêtement le phénomène, trouvez un toit à chacun, ce sera moins cher en agences diverses. Ils sont moins de 10 % de la population ces vagabonds et 50 % des budgets de charité publique y passe ! Avec un logis à chacun, on passerait de $35, O00 à $13, 000 en dépenses ! » Certaines personnes disaient : « Impossible ce plan à l’américaine, il y a trop de réfractaires, ils tiennent à l’itinérance. » Je me suis demandé alors si mon Rosaire du coin de ma rue aurait accepté un tel logis. Il était de si permanente grande bonne humeur !

EST-CE LE DÉBUT D’UN TEMPS NOUVEAU ?

Y a-t-il si longtemps, il y a eu deux adolescentes s’armant de pistolets à plomb dans une école « chic » de la métropole. Simple et pratique pour avoir le silence : on les jeta à la porte. Voici que presque tous les élèves d’une école, où étudie l’enfant de l’un de mes petits-fils, ont un fusil dans leur case cadenassée ! Hier, on a trouvé dans le cabanon aux ballons, un cadavre, celui d’une bien jolie ado de cette école. J’ai causé avec mon petit-fils devenu un parent  effondré, atterré comme tant de jeunes parents. Je questionne : « D’où vient cette violence ? Comment cela a-t-il commencé ? Quelles sont les racines de cet état de fait singulier ? »       Le fils-de-mon-fils ne savait trop quoi répondre. Et moi non plus. On cherchait. Est-ce un certain cinéma violent et si populaire, une certaine télé encombrée d’incessantes actions meurtrières, de tueries barbares ?  Est-ce l’effet de tous ces jeux électroniques où, là aussi, les problèmes se règlent toujours rapidement, à coups de fusil; très efficacement, par la force ? On cherchait, lui et moi. Nous examinions les us et coutumes des années 1980 et 1990. Déjà cette multiplication d’images sanguinaires, la montée effarante de tous ces furieux et sauvages combats. Spectacles » recherchés, tant appréciés des jeunes, quand le manichéisme le plus simpliste fait florès, comme encore aujourd’hui. À cette époque ils étaient tolérés, vantés même, fort bien publicisée. Notre candeur niaise ! Notre innocence veule : « Bof, pas de danger, c’est des jeux, du spectacle et nos jeunes enfants savent distinguer le faux du réel. À bas toute censure ! ». Un aveuglement bien commode, une lâcheté fort courante ?

Mon petit-fils grandi, responsable normalement, finit par m’avouer qu’il se sent plutôt coupable. Que nous aurions pu, tous, ceux de ma génération comme ceux de la sienne, mieux savoir protester, dénoncer avec vigueur la venue de toutes ces modes néfastes. Et surtout leurs fabricants cupides. Il est tard, très tard, cette grande fille assassinée que l’on a vu, à la télé, sur un brancard fatal, dans un sac de morgue, ferait donc partie intégrante d’une civilisation actuelle moche. « Quoi, déclara un jeune loustic à la télé : elle aussi avait son fusil dans sa case cadenassée, non ? »

C’est « sa » fille et il pleure : « Comment ça se fait donc, grand-papa, qu’on n’a pas su voir venir ce très sale « temps nouveau » en 2005, en 2010 ? » C’est bientôt 2025. « Comme tout le monde, que je lui ai dit, en ce temps-là on voulait tant sembler « large d’esprit », bien modernes, capable de nous adapter à la jeunesse. Ce besoin de ne pas passer pour de vieux schnocks, des froussards conservateurs, des timorés, de sales réactionnaires, méfiants pathologiques ? » J’ai pleuré avec lui. Un reportage, janvier 2010, dans L’Actualité, sonnait pourtant l’alarme en  illustrant  cruellement que cette jeunesse actuelle dérivait vers les fatidiques « règlements de conflits » avec la  manière expéditive : des fusils. « Mais oui, lui dis-je, je m’en souviens, il y eut un début de panique, quelques reportages de télé navrants, quelques molles mises en garde par des psys patentés, et puis l’on refermait les yeux : « Cette vague sinistre allait s’épuiser tôt ou tard ».

Mais non, ce mode-de-vie -dans nos écoles et collèges-  libertaire, anarchique, égocentrique, déshumanisé, alla en augmentant. Maintenant, aujourd’hui, il y a cette morte, comme il y a eu, l’an dernier, la tuerie effroyable après un simple match de hockey, comme, le mois dernier,  il y a eu ces deux cas sinistres, un duel mortel, effrayant romantisme désaxé , loin, en province. C’est parti en grande « ce temps nouveau ».

Ce noir « conte d’anticipation », espérons qu’il n’aura pas lieu.  Mai quoi faire ? Qui vend librement des pistolets à des filles de 13 et 14 ans et quel parent autorise encore volontiers à de jeunes enfants le visionnent de films archi-violents, celui de cassettes à jeux meurtriers ? Tous les parents ?

Claude Jasmin

Écrivain

Sainte-Adèle

SAFARI AUX CHATS MARCOUX ?

      J’ai raconté, honteux,  nos chasses aux chats de ruelle, de gouttière, dans « Enfant de Villeray ». Chase furieuse à ces tristes matous errants, pelés, aux queues coupées parfois, aux oreilles rongées. Et sans collier aucun. À la fonte des neiges, l’air sentait leurs pisses fréquentes de l’hiver en allé, C’était ce que nous nommions des « chats marcoux ».

Je n’ai jamais su quoi répondre questionné sur cette appellation de « marcoux » ! En fin mars, à « Tout le monde en parle», j’ai osé raconté nos chasses et j’ai répété le terme. On se questionna longuement en coulisses. Or, André Ducharme, alter ego de Lepage, a fait une recherche. Eureka ! Enfin, je sais !

Scarron utilisait le mot « marcou » et le lexicographe Dionne écrit : «  Nos anciens faisaient des mots d’animaux à partir des saints : « matou » à partir de Mathieu et « marcou » à partir de Marc. » Un autre, Clapin , avance :
« Marcou se dit aussi d’un homme (un mac !) entretenu par les gages d’une ou des putes. Puis il cite Du Belley : « De nuit n’alloit point criant / comme les gros marcoux terribles/ en longs miaulements horribles. »

Mon Ducharme ajoute : « Marcoux pourrait être venu aussi du germanique « Marcwulf », fait de « marche » et de « loup ».  La racine « marca » a donné, me dit-il,  les Marquard, Lamarque et Marquis et l’élément « wulf » se retrouve dans Adolphe et Rodolphe.

Dans son courriel instructif, Ducharme m’explique aussi que Marcoux puisse être « marque de l’origine ». Car nombre de hameaux, villages et communes, en France, se nomment « Marcoux. »  Alors, je me suis souvenu d’une digne dame Marcoux, dans un resto, qui n’était pas contente de mon mot Marcoux pour désigner des chats de ruelle. Elle ne riait pas. Moi si.

Donc un sobriquet répandu dans ma jeunesse, « un chat marcou » restait encore pour moi juste une sale bête à chasser. Le désoeuvrement printanier faisait cela : à quoi, à qui nous en prendre entre l’hiver enfin terminé et l’été pas encore installé ? L’ennuie mère de tous les vices ?  Gamins remplis d’énergie, capables d’une candide cruauté, nous affilions bien pointues des manches de serpillières, nous en servant comme des lances « indigènes » fatales.

Dans « Enfant de Villeray », j’élabore sur l’odieuse technique de ces safaris… ridicules. Nous devenions alors des chasseurs aguerris, nos étions  nourris des bandes illustrées à bon marché. Ces effrayantes battues printanières (les filles se cachaient horrifiées) faisaient de nous de véritables Tarzan et la ruelle devenait une jungle fantasmé.

Aujourd’hui encore, j’ai honte de nos comportements. J’ai encore dans l’œil la totale frayeur des marcoux s’enfuyant épouvantés sous tous les hangars et j’ai encore dans l’oreille leurs miaulements d’épouvante. Je garde en mémoire aussi, les étonnants encouragements des voisines, de ma mère parfois : « Oui, tuez-les toutes, ces bêtes errantes. Ça sentira moins la pisse au prochain printemps. »

La permission de tuer ! « Éliminer un fléau », nous disions-nous. Nous en attendions même des récompenses, des friandises de choix. De nos jours, progrès normal, les petits garçons prennent garde de ne pas écraser une simple jolie chenille en déambulant ! J’ai vu de mes petits-fils, jadis, penchés en deux, recueillant avec piété un hanneton blessé, et même une « bibitte à patate » mal prise. Oui, ils protégeaient ce menu fretin !

Je n’osais pas me raconter en voyou, narrer nos farouches safaris de crainte qu’ils songent : « Notre bon papi a été un tueur sanguinaire. » J’ai bien changé. Je reste étonné de savoir qu’un homme puisse ajuster son fusil et abattre un chevreuil, un orignal. Je libère un petit oiseau mal tombé et je suis bien certain que, voyant « un marcou » nouveau roder par chez nous, je ne ferais rien pour l’empêcher de vivre sa vie de chat errant.

Près de mon rivage de lac, il en vient un , et souvent, ventru, le poil sali, sans collier, caricature de fauve qui, tout prudent, guette nos bosquets et leurs jeunes oiseaux.

Je l’observe chaque fois : la tête baissée, sa très lente et rusée démarche, très calculée. Le plus souvent mon gros marcou  brun rentre (mais où?) bredouille. Et j’en suis toujours bien heureux.

J’adore fréquenter les zoos et j’approuve ces safaris « en douceur », dans d’immense parcs nationaux d’Afrique avec des appareils-photo. J’ai changé.