..In bô mardi 23 déc.

..In bô mardi 23 déc.

Une excursion.

Notes : je rentre de ma chaude mini-piscine à cette clinique voisine. Hélas fermé le temps de Noël. Quatre jours sans mes chères exercices. Passant devant la voisine et si pratique École Hôtelière du village, le noir, fermé là aussi ! Ma Raymonde devra se remette « la bedaine sur le poêle ». Lu ce matin une autre désolante histoire dans une famille où il se trouve un de ces jeunes illuminés voulant jouer le djiadiste ! Ces « Allah ou akbar » de jeunes gens soudainement convertis au Coran ! Des pauvres parents, émigrés accablés et très surpris de ces jeunes rejetons engagés de l’extrémisme islamiste. Foin des mosquées…, travail devant le net, web pernicieux ?…

« ANNUS HORRIBILE » !

Nettoyant encore mes paperasses, le vidangeur découvre une année noire : 1987. En un bien beau mois de mai, l’Édouard de ma vie, papa, meurt. 84 ans, mon âge en novembre. Même année, en novembre, c’est ma dévouée Germaine qui s’en va le rejoindre au ciel, que moi je nomme :la lumière des lumières (« lumen de lumine »). 1987 : je viens de prendre ma retraite de scénographe après 30 ans à la télé publique, là où ma compagne de vie, Raymonde, plus jeune, va travailler encore de nombreuses années comme réalisateure. Me voilà donc vieil orphelin et tous les jours, bien seul chez moi.

Bien savoir que dans notre petit marché, un écrivain ne peut tout de même pas publier plus d’un roman par année; et cela me prend un mois seulement, alors 11 mois à faire quoi ? Le temps me sembla bien long en 1987. Je présente en 1987 mon dernier « téléthéâtre », mon dixième, réalisé par feu André Bousquet, il s’intitule « On est tous des orphelins », un combat. Dans une arène, un père en courroux, « un homme de peu de mots », comme tant de nos pères, force son fils à mettre des gants et c’est alors un combat cruel, cet ex-champion boxeur (bien joué par Jacques Godin) s’exaspère d’un fils coureur-automobile en Formule 1, qui refuse de suivre ses traces. À la fin épuisés, ils pleurent ensemble.

Sur son lit de mort à Jean-Talon, en mai 1987, papa me reprochait encore de n’avoir pas fait un prêtre ! Puis, deuxième carrière, me voilà animateur de télé à TQS, un neuf canal. Ensuite la radio. À CKAC avec, disparue !, Suzanne Lévesque. Et ce sera cinq ans à CJMS avec Arcand. Enfin un an avec Serge Bélair, disparu aussi. À la fin, me voilà « débater » polémiste. À TVA avec Bureau. Cette fois ce sera mon « adieu aux armes » cher Hemingway. Devoir descendre à St-Jérôme, tard le soir, et faire face au camion-antenne de TQS au garage de « La porte du nord » À ma piscine du Excelsior : « On voit plus M. Jasmin, nulle part ! »  Oui, stop et fin car, misère humaine, je devenais de plus en plus sourd ! Désormais, consolation, je pris vite conscience que « vraiment retraité », c’était la belle vie. Bon débarras, régisseurs énervés, minutages serrés et devoir trouver des arguments de polémiste. La sainte paix et regarder pousser les fleurs, mes arbres, observer les oiseaux, les écureuils, mes rats musqués. Amusé, guetter les sorties de ma grasse marmotte !

1987 était loin. Les années 2000 promettaient de nouveaux progrès quand, à New York, ces deux avions dans des tours ! Conduites par des jeunes d’Arabie saoudite, étudiants en Floride, fanatisés par des imams illuminés à Hambourg en Allemagne. 2001, oui, vraie « annus horribile » et qui se continue actuellement en Irak du nord : ces décapitations par des fous d’Allah. On regarde ces affreux, confortablement assis au salon. Notre impuissanc.t Tous ces alliés ne sachant trop au fond où, exactement, bombarder ces planqués, des musulmans veulent-ils se conformer à leur « Jésus » à eux, ce Mahomet farouche guerrier à cheval du saint Coran, armé qui serait monté en paradis à cheval et armé; rien à voir avec notre Mahomet à nous, ce certain Jésus, prophète à pied, prêchant paix et amour en Galilée.

2014, c’est cette nouvelle guerre mondiale. Enfin des musulmans se lèvent condamnant ces coreligionnaires malades mentaux. Il était temps et la sotte Rima Elkouri (La Presse) qui ne saisit pas bien : « Quoi, écrit-elle, nous tous, Araboïdes, on doit dénoncer ? » Oui. Souvenons-nous de cet Allemand qui écrivait : «  Quand on a vu des communistes, on se disait, moi, je suis pas communiste, on bougeait pas, quand on a vu des socialistes, même indifférence et quand les nazis allemands antisémites sont arrivés au pouvoir, il était trop tard pour agir ». « Debout les morts !, criait-on, gamins, debout les prudents muets, ici au Canada, pays maudit par les djiadistes », certains jeunes fous vont rentrer au pays ( d’origine oui d’adoption) revenant —en Syrie surtout— de certains camps idéologiques. Oh, çà pourrait être —métro, gare, place publique— autre annus horribile, l’horreur.

« AVEC LE TEMPS, VA »

Mon titre est celui de la chanson nommée « la plus belle de toutes » dans un sondage; Léo Ferré la chante avec cœur. On regarde, ces soirs-ci (archives des guerres) les grandes tueries en Europe; les horreurs du siècle qui vient de finir. On s’incline devant ça, pas par respect, par envie de vomir !

Je me demande : que pensent les jeunes de ces époques à fous furieux (Hitler, Mussolini, Staline) aux manettes de commande. Ici, autour de moi, de nous tous, le monde continue; tenez, ma fille fraîchement rentrée de Floride est bousculée : actions de bénévolat à reprendre. Mon fils, Daniel, plongé en traitements pour de satanés maux de dos. Marco, gendre idéal, tient sa nouvelle voiture, doit vendre la vieille. Thomas, un petit-fils, prépare aux HÉC un stage au Brésil.

Ainsi va le monde, n’est-ce pas ? Du trouble, des énervements. « Le temps, le temps et rien d’autres », chante ma radio, oui, le temps ! Qui se sauve de nous en ricanant. Quoi ? Chanceux, les étendus dans des hôpitaux ? Certes non. Il reste, oui, le temps passe trop vite. Alors je cours me cacher de lui et, sifflotant, le nez en l’air, je baigne dans la piscine d’eau chaude extérieure à L’Excelsior. Chacun dans son coin vit la bousculade familière des éphémérides inévitables.

Brève halte pour regarder passer, ému, le grouillant défilé écolier allant à la plage, reliés par un cordon à la monitrice. Et à la vie. Hélas, voir d’autres visages d’enfants dans le journal. Voir la détresse en Afrique noire, Moyen Orient. Voir un maigre gamin aux yeux intelligents mendier à un coin de rue de Bangkok. Oh ! Pas loin d’ici, dans un taudis des Appalaches (Maine), d’autres miséreux. Mon Dieu, dans quels sales trous avez-vous mis tant d’humains ?

Fin donc des « Guerres Mondiales » mais, toujours la persistance des conflits régionaux. Des enfants armés, enrôlés ! Jadis, on savait rien; à 15 ans, courant les filles —de Villeray— sur mon vélo, alors qu’à Paris des bombes pleuvaient, tu me l’as raconté cher Paul Buissonneau; à Londres, à Berlin, à Rome, des enfants couraient aux abris. 2014 et, désormais, on voit tout dans votre salon. Un Sadam Hussein, sortant de sa cachette, seul et se faisant farfouiller la gueule comme un malpropre. Nous ? Non, on voyait peu le dément Hitler ou le despote tyrannique, Mussolini. Ou ce «  tueur en séries » Staline —un temps notre allié ! Assis au salon, on a vu ce « saudit » Oussama Ben Laden se faire assassiner par la Cia. Meurtriers autorisés par Washington ! Encore ? Assis dans un bon fauteuil, voir, couvert de crachats et pissant le sang à pleine gueule Kadhafi, colonel —vénéré à l’Élysée un temps.

Sainte-Adèle dort sur ses deux oreilles. Chantons « Le temps, le temps et rien d’autre » ou le Trenet de « N’y pensez pas, n’y pensez pas trop »…à ces écolières (au Nigéria) enlevées par des « Fous d’Allah ! Mahomet, détestait-il l’instruction autant que ces cons de Juifs Hassidims tordus de Ste Agathe à Outremont ? Ô pauvres prophètes, pauvre Jésus voyant la vieille catholique dégueulasse Espagne de la sordide « L’Inquisition ». Pauvres évangiles, pauvre bible (Thora), pauvres épîtres (Talmud), vieux grimoires interprétés par des tarés. Bon. Assez. Il y a le quai à « remenuiser », la clôture à redresser, le BBQ à dégraisser juste dire que ceux qui se plaignent, ici, en contrées tranquilles, mériteraient de crever. Un scandale de des braillards râler pour vétilles et broutilles. Des ingrats car nous avons un devoir, privilégiés d’occident : sourire à la vie.

HÉLIOTROPE

Dans Starmania —faible scénario avec chansons géniales de Berger-Plamondon— ça pleure : « Je cherche le soleil… »

Eh bien je suis de ceux-là. Sans cesse. Tous ceux dans mon genre, nous sommes des héliotropes —de hélios, « soleil » en grec ancien. Une vraie folie d’être tout semblable au tournesol. Fleur, tant aimé du peintre Van Gogh, qui se tourne vers l’Astre des astres. Envie de rire un peu de moi encore ? Oui. Dernièrement, je notais quatre moments d’ensoleillement dans un seul jour :

1- Dans mon lit, dès potron-minet, ouvrir le store de ma chambre du coté de l’est et puis nouer le rideau pour mieux recevoir la lumière de l’Astre, énergisante, en plein visage !

2- Puis, dévorant céréales et/ou rôties, deux cafés, lisant mes gazettes, j’allume ma lampe solaire sur la table pour pallier ce côté sombre, ce ciel d’ouest. Bien bon soleil artificiel.

3- Ensuite, devoir vaquer aux travaux du jour, mais, en après-midi, pouvoir (vive avril !) aller m’allonger une heure ou deux, en transat sur la galerie, avec l’Astre encore en pleine gueule. Vitamines !

4- Et puis, quand s’approche la fin du beau jour, je cours retrouver mon cher dieu, sous le joli palétuvier à ma piscine de l’auberge Excelsior. Sautiller, trépigner, nager avec mon cher soleil en pleine face ! Entendez-vous gueuler le ténor ? « Oh, lèves-toi soleil ! Tu fais pâlir l’horizon ! » Ainsi —les beaux jours— matin, après-midi, avant crépuscule, moi l’héliotrope se laisse dévisager par « mon grand amour qui est au ciel » !

D’où nous vient, à certains —à plusieurs ?— cette affection, cette vraie dévotion ? Pour mon cas j’ai une hypothèse : dès l’âge de dix ans la découverte d’une plage lors de notre premier été à la campagne, une petite grève de sable importé le long du quai. En face de la modeste église de Saint Placide; là où vit notre plus grand chanteur-poète, Gilles Vigneault.

C’était pari pour la jasminerie et de 1941 à 1951, à nous les rivages de sable du côté ouest du lac des Deux-Montagnes. Longue presqu’île, lieu fameux du nom de Pointe Calumet, beau lieu d’avant les pollutions. Milliers d’après-midis ludiques donc avec ce cher Hélios ! Puis, la pousse des herbiers, algues maudites, d’abord l’immense barrage à Carillon. Jusque vers 1960-70, quelle belle époque. Si bien profitable aux humbles familles ouvrières qui louaient de ces « camps » rudimentaires. « Sur hauts pilotis » car terrains bas et inondables au printemps. Cela pour, souvent, moins de cent dollars pour tout un été !

« Oh les beaux jours », oui Samuel Beckett, du matin jusqu’au souper, c’était baignades sur baignades, concours de plongeons, bronzer sur des radeaux un peu partout, les longs quais de bois, oui, des kilomètres de sable doux et, en prime, deux sablières avec ses petits lacs. Eh bien, pas loin de chez moi, j’entends encore qui résonnent à mes oreilles nostalgiques (comme une cour d’école rempli, vous savez ) de ces joyeux cris des enfants, de rires fous, d’appels entrecroisés. A soleil. Ah, le bon plaisir du « vieil homme » face à ce paysage rieur fait de ces jeunesses en maillots de bains. Futurs héliotropes ?

Cette sonorité si familière me saute aux oreilles avec grand plaisir quand je m’approche de la jolie petite plage, ici, à l’extrémité « est » de notre lac Rond. Même concert gai qui nous arrive parfois de la blonde plage —bondée l’été— du domaine du Chantecler, en face. L’été, à chaque une de ces occasion, eh bien, paf !, j’ai dix ans, je suis au rivage du lac au « camp sur pilotis » avec maman et la trâlée. « Enfance au soleil » ineffaçable chez les héliotropes.

 

MAMAN !

« Maman, maman, maman, Yves, ton grand gars ivre / arrive, maman, au bon moment. » C’est de la poésie de feu Germain Nouveau, le meilleur copain de Rimbaud.

Une fois, j’étais rentré tard à la maison, un dimanche et… un peu « paqueté ». J’avais dix huit ans. Ma mère (qui guettait mon retour j’en suis certain) me voyant tituber, avait dit seulement : « Si ça a du bon sens, à ton âge ! Va vite te coucher. Le collège demain ! ».

C’est cela une mère ? Je regarde justement une mère et ses fillettes dans ma chère piscine du « Excelsior ». Je vois une femme avec « des yeux tout le tour de la tête », un peu anxieuse. Quoi? Une « mère-poule » ? C’est tout bonnement une mère !

Depuis même avant l’antiquité et jusqu’à ce avril 2014, il y a eu, il y a, il y aura… ce fait têtu : une femme qui est une mère sait d’instinct qu’il faut surveiller, couver et protéger. Quoi donc ? L’avenir. Nous tous. Au juste quoi ? La vie.

Je l’observe donc sous un soleil qui éclabousse l’immense serre (et son palétuvier feuillu), elle est un « beau radar humain ». Dans l’eau bleue, salée et chlorée, allant de l’une à l’autre, avec ses beaux gestes protecteurs cette « maman » sourit, rapprochant celle qui s’éloigne trop vite ou, au contraire, éloignant la froussarde trop timorée. Que je suis ému par la sobre beauté de ce dévouement immémorial, bonté toute gratuite, obéissance automatique. À sa nature, à sa fonction viscérale.

Antipode ? Dans la Côte Morin, cette pauvresse en loques, qui pousse, les yeux exorbités, son vieux carrosse. Dedans, des petites jambes pendantes, la tuque de travers, des petites mains nues rougies, sa fillette dépenaillée. La croisant, je l’entends qui sacre, la bouche écumante. Mais oui ! Une mère inapte et il s’en trouve ici comme partout ailleurs. On a mal. On devine le « désavenir » de rejetons malchanceux. Rien à voir pourtant avec… —oui, j’avoue— avoir eu honte souvent de ma pauvre maman se vêtant d’oripeaux pour feindre « la misère noire » et m’amener la voir négocier âprement avec ses « chers » marchands juifs, rue Saint-Hubert, Wise Brothers ou Greenberg.

Aujourd’hui, j’ai honte de ma triste honte. Mais quoi, on feint de l’ignorer, les enfants ont une fierté terrible.

Cette souriante surveillante du Excelsior et cette pauvresse débordée et ma mère… que de contrastes !

Je verrai la neuve « BMW » dehors quand cette si gentille « matrone » quittera, avec ses fillettes, mon auberge de la 117. C’est tout à fait cela : riche ou pauvre, lune maman est une maman, à moins de misère grave et cette bourgeoise n’est pas moins couvante que ma « pauvre » mère.

Avec une flamboyante voiture « Porche », ou à pied, une maman reste une maman. S’inquiètera sans cesse du sort de ses petits poussins. Ma mère encore en 1949 : « Tu devais casser avec ta Michèle de la rue Vivian, de Town of Mont Royal. Tu seras malheureux, on est pas de la même classe. »; une mère craint des humiliations à venir ? Plus tôt : « Ça suffit tes balades tous les soirs au Parc Jarry avec cette dévergondée de Marion Hall, pense à mieux étudier si tu veux un avenir qui aura du bons sens ! » Oh maman ! Tout jeune, il n’y avait pas de piscine salée et chlorée, il y avait, par canicule, la grande cuvette sur la galerie d’en arrière et maman venait sans cesse examiner si mon petit frère, Raynald (trois ans), se tenait solidement au rebord ! Plus grand regret encore d’avoir eu honte de cette « marchandeuse » de culotte « breetiches » chez Greenberg.  

 

 

 

 

 

MES «’TITES » BÊTES ET LES LUMIÈRES NOËLLESQUES

Avec les premières neiges sont tombées, on découvre parfois des pistes. Allant couper des branches (de cèdre) apercevoir des traces fraîches… on se sent redevenir chasseur, coureur des bois, sauvages à l’affût. J’en vois partant du dessous du long escalier qui s’allongent sur notre terrain vers le vieux saule du rivage. Ma marmotte ? Elle dort pas alors ? Mystère. Ou est-ce le passage d’un lièvre, d’un renardeau ?

L’autre matin allant vers nos boites postales de la rue Richer, encore des pistes filant de ma rue Morin ( nommée jadis « Route Rurale No.Un »), vue de pistes chez Simony ! Ma mouffette ? Pourtant disparue de sous le perron d’en avant ? Tout jeune et amant tant écrire, j’avais composé une nouvelle :« Où vont les « ch’faux » la nuit ? » Je suis d’un temps, cher Azanavour, que les jeunes de moins de 20 ans ne peuvent comprendre » car il y avait des tas de chevaux. Laitier, boulanger, épiciers, etc. Tout se livrait avec un cheval !

En tous cas, on le sait tous, les chats n’hibernent pas comme les ours, aussi mon joli «  noiraud », vif comme panthère, rôde derrière le IGA-Jasmin. Vagabond frénétique que je frôle —à faillir l’écraser, à, chaque périple —aprèsmidien— vers mes piscines de l’Excelsior. Autour de l’École Hôtelière, d’autre quadrupèdes m’apparaissent comme éclairs poilus : maigre chat gris, obèse marcou tigré, désossée chatte orange toujours enceinte ! Mon somptueux angora, lui, semble me guetter quand je descend vers la 117 de la rue Archambault… Ah cette rue, chaque fois, je tente de me remémorer où habitait le poète et ambassadeur, Robert Choquette, aussi feuilletoniste à la télé (« La pension Velder »). Ce zélé souteneur du « Centre d’art d’été » animé par la fille du docteur Rochon me tutérisait. Y étant engagé, il m’offrait des baignades chez le multimillionnaire Bronfman (toujours parti en croisières). Il avait la précieuse clé du grand bain. Sa précieuse fille s’amourachant de moi, ce fut la fin des baignades. Crainte que sa belle héritière aille trop loin avec ce vulgaire « fils-du-peuple ». Rions-z’en !

Je ris aussi en découvrant que mon amour n’abandonne pas un certain romantisme noëllesque car la voilà qui m’implore : « Sors les décorations de la cave, sors nos jeux d’ampoules multicolores, fais-moi un peu de décoration. » Docile, j’ai installé la couronne à la porte d’entré et puis des jeux de lumières au sapin du jardin. J’ai mis aussi des mini-ampoules dans des maisonnettes d’argile trouée sur un buffet. Enfin, me voyez-vous, à mon grand âge, juché sur un escabeau pour garnir cadres de portes de branches de cèdre munies de ces p’tites lumières ? Il y eut étourdissements et danger de chute —ma hanche opérée se re-casserait ?— mais quand on aime hein ? Avant de monter au dodo, c’est son « Oublie pas mon chou de fermer toutes « tes » lumières ! » Ouaille !

Ce matin, de nouveau, émerveillés tous les deux par cette brillante lumière solaire sur la petite plaine blanche, le lac. Bientôt m’sieur le maire ordonnera à ses services la pose des anneaux circulaires, pour marcheurs, skieurs de fond, aussi les deux patinoires, aussi de ces bancs sur l’eau gelée, pour nous tous, la Secte des adorateurs de l’Astre!

Pas moins romantik-cul-cul q’elle, je me surprend à entonner les sempiternelles musiques du temps des Fêtes : Beau sapin, Petit tambour, Sainte Nuit et je songe à Germaine, ma mère morte, chantonnant « Petit papa Noël » avec son cher Tino Rosi. Chez moi, mon papa, membre du Tiers-Ordre, archi-pieux et peureux, ne permettait aucune lumière : « Danger d’incendie ça ! » Pas l’arbre « des lumières du nouveau solstice », nous n’avions au salon qu’une vaste crèche avec tout le monde nazaréen peinturluré; « Peuple à genoux » et attend ton rédempteur ! »

VOYAGER, PARTIR, REVENIR ?

« Le monde a changé tit-loup », chantait en effet Dubois. Les jeunesses désormais voyagent. Autour de moi, Simon Jasmin, petit-fils, revient de Bogota, était à Dubaï, il y a peu, qui revenait de Bruxelles, eh ! Le prof de musique, Gabriel, autre petit-fils, visitait l’autre été Hawaï, s’en ira « vacançer » en février, à Saint Barthélemy. En juin, mon Laurent, expert en « saisie électronique d’images » (!) est rentré d’Istanbul, en Turquie, les yeux lumineux !

Moi ? Sédentaire crasse ? Bien, là, devant moi, un fabuleux voyage, très éblouissant. Sur la table à manger, un simple cactus qui soudain fleurit en mini « lys » tout de blanc et de rose ! Les fines étamines d’un rouge si vif dans les mini-cornets immaculés blancs, ces minces filaments cramoisis, fuschia (?). Hypnotisés, nous rçevons, elle et moi, on ne se lasse pas d’admirer. C’est une sorte de voyage, non ?

Amis, lectrices, lecteurs, il y a un moyen si facile de partir, de visiter le monde, de voyager et sans que cela ne vous coûte un seul sous ! Une façon formidable et, qui plus est, vous pouvez n’importe quand suspendre votre expédition à l’étranger, rentrer chez vous, reprendre votre existence normale et, paf !, repartir à volonté. À votre très libre gré.

Ainsi, tenez, j’en reviens, j’ai pu aller dans le « far west » de Moscou. Oui, oui, j’ai pris connaissance intime avec ce vaste pays froid qui allongeait l’URSS jusqu’en Chine, en Mongolie, aux frontières du Japon. Pour cette expédition fabuleuse J’avais, gratuit aussi, un fameux guide ! Alexandre Soljenitsyne, sa prose est d’un calibre parfait et avec lui, j’ai pu examiner avec horreur tous ces camps de détention staliniens, ce sinistre « Archipel du Goulag ». Voyage inoubliable.

En quelques mois, sans quitter Sainte Adèle et ma rue Morin, j’ai voyagé un peu partout et mon budget en a été préservé, intact, vraiment inentamé malgré les distances. Aussi, je ne cesse pas de m’interroger : pourquoi donc —oh oui, pourquoi ?— si peu de lecteurs dans notre monde ? À ma piscine de l’Excelsior, chaque jour, dans les chaises-longues de la jolie serre, voir tant de gens qui ne lisent pas ! Dans les salles d’attente des cliniques aussi ! Un profond mystère à mes yeux. Après tout, sur deux Québécois, il n’y a qu’un « analphabète fonctionnel », non ?

J’ai donc beaucoup voyagé (merci Kindle, adieu biblio !) ces derniers mois. Avec l’effrayant témoin du nazisme, Élie Wiesel (« À Coeur ouvert »), avec ce nasillard troubadour du chant « country USA », le Bob Dylan (« Chroniques »), avec mon cher Pagnol (« Confidences »). Avec René Fallet pour mieux savoir l’étonnant Brassens ( « Georges Brassens »).

Avez-vous bien compris ? Pour me rendre à Sète, pays de Brassens, ou à Paris, ou à Marseille chez Pagnol, ou en Russie ex-soviétique, combien cela m’aurait coûté ? Des fortune n’est-ce pas ? Et, savez-vous le plus beau ?, j’ai voyagé sans les sacrées contraintes, les inévitables : bagages mal faits, rares et ruineux taxis, aéroports bondés, files d’attente, parfois hôtels s’avérant minables, des lits bossus, des punaises descendues des plafonds ( Istanbul !). Oui, lire c’est voyager en tout confort, dans un bon fauteuil, chez vous, à l’abri de tout et peu importe la météo. Je vais le dire, le proclamer même : ceux qui se privent de cela sont des misérables. À plaindre. Je vous quitte, je repars, j’ouvre mon « e-book », pour voyager « dedans » le fameux bédéiste Gotlib, j’ouvre, page UN : « J’existe, je me suis rencontré.»

Je repars en voyage, au revoir !

 

 

 

MASSAGE AU SIROP D’ÉRABLE !

Mon fidèle lectorat sait où me trouver (entre 5 et 6) en cas d’audiences publiques, jouant « le sage à la barbe blanche aux longs poils frisants » ( chanson de Trenet), ici, tout le bureau d’accueil de l’hôtel Excelsior est de belle et bonne chaleur; saluts à Joan, Anne-Michelle et Maria, accortes dames aux sourires réceptionnistes de chaude cordialité. À demi-nu, m’y sentir —comme dans le génial film du génial Fellini— l’acteur Marcello Mastroïani en un harem, sultan choyé aux bains à vapeurs !

Exorcisant (sic) ma hanche opérée, plongé en chaud tourbillonnant jacuzzi, je lis sur un lutrin : « Massage au sirop d’érable ». Eh b’en ! J’ignore tout au domaine des « jeux de mains, jeux de vilain ». Une des souriantes buralistes me déniaise : il y a au menu de l’Excelsior : des « enveloppements » à l’argile verte, ou au thé vert et, oui, au chocolat ! Elle me vante : « sablage » aux sédiments marins ou bien « gommage » au raisin, à la vanille ou aux cristaux de sel. Un monde et me sentir un vieux dinosaure.

À cet hôtel et, sans doute, comme ailleurs (Mont Gabriel ou autres « Polar Bear-Ours Polaire ») je devine offres de : mécanothérapie (?), de balnéothérapie (?). De «  Vaporium » ? Dans les caves aux torchères, je lis : algologie (?), accumassage local (?), sauna finlandais(?) bain flottant hypersalin (?) Une voix me dira : « Vieil écrivain, massage facial ou bien « substituer F et G par pressothérapie » ? J’en reste baba car je viens d’un temps bien maigre sur le sujet et ma vieille religion fut peu ouverte sur ces… plaisirs du corps. Ma maman —ses 21 repas par jour à servir, nous étions neuf à table— ignorait ces soins.

Je suis d’un autre temps. Ça me gênerait, ces habiles mains me tripotant les chairs. Une pudeur ? Scrupuleux ? Je regarde circuler silhouettes en sarraus blanc et je résiste. J’y vois comme une sorte de « péché », on nous a tant enseigné « le mépris du corps », ce vil objet de péché. Cajolerie physique conduisait « drette » en enfer. Nos curés anciens verraient ces soignantes aux mains savantes comme instruments de Belzébuth-Satan.

Manicures oui, pédicures parfois, furent tolérés tard et mes cinq sœurs s’y adonnèrent…mais tard. J’en ris aujourd’hui et vive la « paraffine », le « vernis français », le « facial aux pierres chaudes », les soins « tenseurs bio-restructurants ».

Prévision : verrais-je un jour : « Tatouages remis à neuf. » Suis si étonné de voir autour de mes baignoires de ces beaux gaillards musclés, parfois, pères de famille (!), aux peaux décorées de jolies fioritures végétales, de figurines mythiques. Jadis, des signaux mâles pour sombres motards. Mon voisin de Saint-Adolphe-en-arrière, Claude Dubois chantait : « Les temps ont changé tit-Loup, les temps ont changé ! » Ces caresses sophistiquées et « la chair est si faible ». Okay, « les temps ont changé », un de ces après-midis, je sortirai de ma piscine et, porte-monnaie à la main, je quémanderai… un massage au sirop d’érable !

 

VISIONS INOUIES À VAL MORIN !

Certains font 12 heures d’avion pour aller voir ça mais moi, dimanche après-midi, invité par mon Daniel de fils unique, j’ai fait dix minutes de Honda et j’ai vu… Assis —ma canne à la main, chapeau de paille sur le coco nu— dans la chaise offerte par Lynn, ma si jolie bru, au bord de la route à Val Morin, j’étais soudain en Asie du sud ! Que de robes multicolores aux soieries toutes de rouges, d’argent et d’or, textiles d’une richesse folle, que de jupes (aux hommes les pieds nus !), à ce congrès de communautés Tamoules.

Soudain, au milieu des chants et des danses, sur une musique sonnant « araboïde » (!) s’est amené un étonnant char allégorique aux images de déesse hindouistes (?) et qui roule tout doucement, voiture-kiosque couvert de plumes de paon ($), de fleurs inconnues. Mais le sommet de cet très étrange parade : tiré par une camionnette Ford moderne avec une sorte de longue potence où, mimant un oiseau,un Tamoul en pagne, est balancé sans cesse, l’homme est suspendu…oui, oui, par la peau ! Il faut le voir pour le croire !

Quel monde exotique en plein Val Morin ! Les villageois se mêlent volontiers à ces étranges pèlerins venus d’un peu partout à chaque mi-juillet. Ne ratez pas ce cortège l’an prochain. Vous vous retrouverez comme touristes chez vous, un dépaysement garanti ! Le lieu de rassemblement se situe au haut d’une colline et Daniel me soutient pour cet interminable escalier (branlant) qui conduit à un site inconnu de moi. Val Morin contient un vaste « ashram » (?) authentique. Que j’ignorais. Une installation connu des amateurs de yoga, me dit-on où on voit une sorte d’auberge (avec piscine olympique !), divers pavillons. Dont l’un sert d’autel vénérable au fondateur avec, exposé, un petit avion de type cessna fort coloré ! C’est avec son appareil qu’il désigna jadis le lieu pour devenir cette centrale hindouiste.

Le défilé finit par y aboutir avec ses danses et ses cantiques et vous y verrez de très jolies jeunes filles, aussi des dames à cheveux blancs, des hommes recueillis à la peau bistre, aux chevelures d’ébène et tous ces fronts marqués de rectangles d’or ! Vraiment, j’étais très loin : l’Asie du sud au cœur de Val Morin. Souriants, affables, ces visiteurs végétariens (beaucoup venus de Toronto), vous offrent des platées de riz à saveurs inconnues. De joyeux enfants tamouls trottinent, dans un pavillon, il y a une sorte de gras bouddha et file de « receveurs de cendres » (!). Ailleurs encore, un haut parleur diffuse des sermons en langue tamoule. Tout un kiosque sert à remiser vos souliers, vont et viennent les « nus pieds » obligés !

Il m’a fallu redescendre le long escalier en forêt, (ça bat l’Oratoire St-Joseph) et on a perdu ma chaise ! À la terrasse de mon Daniel, bière à la main, j’ai eu envie d’évoquer mes pèlerinages en mars, Chemin de la Reine-Marie, avec mon pieux papa catholique. Nos imposantes processions de la Fête-Dieu d’antan quand toutes nos rues se couvraient de fidèles dévots en marche avec le Saint Sacrement doré, le dais vénérable, le curé catho triomphaliste, et moi dans ma belle soutane rouge d’enfant de cœur, fier comme Artaban. J’avais, dimanche, une certaine nostalgie, j’aime tant les décorums, les rituels. Où sont les défilés religieux d’antan, il n’y a plus rien, mon église a été vendue… en condos !

« LE » CHAT DE SAINTE ADÈLE

Un de ces jours, vous pourrez l’apercevoir à l’angle des rues Pilon et Archambault, pas bien loin des ex-Côtes 40-80. Il est bizarre, il rôde sans cesse juché sur les rampes des maisons, la tête bien haute, ou, soudain toute basse, le dos arqué, la queue en l’air, les oreilles dressées hautes, enfin, le regard brillant et méfiant. Il va et vient.

Allant chaque jour à mes baignoires… spadiqes (sic) de mon cher Excelsior, je peux donc le croiser presque chaque fin d’après-midi, solennel raminagrobis, musclé, souple, fort agile à l’occasion; il inspecte ses alentours dirait-on, lestement, sautant —très circassien— d’une balustrades l’autre. Dans ma ruelle de Villeray, il y avait de ces minous communs, sans collier aucun, errants sous les nombreux hangars de nos cours —démolis depuis, toutes nos « sheds ». Excités, aurait-on dit, par ces expositions de linges à sécher, les jours d’étendages ( les lundis) nos minounes se livraient à des jeux d’acrobates sur les clôtures partout. Nous avions des tout noirs, des tout blancs. Quelques laiderons « orangés », et, surtout, surtout, des tigrés. Qu’on nommait « chats marcou », vieux mot venu des bas-fonds de Paris.

Le mien, celui de la rue Pilon est de ceux-là : un marcou. Pauvre tigre, léopard de pacotille, faux lynx qui ne fait peur, même la nuit nuitamment, à personne. Même pas aux rats et aux souris. Mais on sait ben qu’à Sainte-Adèle il n’y a ni souris et encore moins de rats, c’est un village si propre, hum ! « Le » chat donc : je stoppe parfois en bordure de la rue Archambault —rue vêtue de jolis cèdres— pour le voir évoluer, chat si fier, un snob…ou « une », il s’avance sur la rampe de son balcon bien plus arrogant que ce François Premier à son balcon du Vatican en marbre de Carrare ! Il y a comme ça des félins domestiques qui ont… quoi donc, de la classe. Un comportement digne, noble, fier. Les gènes ? L’adn ? J’ai dit marcou mais pas vraiment, si vous l’examiner, rue Pilon, vous verrez des nuances, zones de poils aux teintes d’une pâleur bizarre et, ailleurs, des touffes aux tons plus sombres. Oui, un marcou à mettre à part. Ma voisine, j’en a déjà jasé, en possède un de chat avec des lueurs de pourpre ! C’est spécial, mais lui, « le chat de la rue Pilon », c’est autre chose.

Un aveu : plus jeune, je ne l’aurais pas vu, aux âges de l’Homo activus, on n’a pas le temps d’observer un luxueux marcou fier comme un roi Louis 14 —tiens, courez voir le très beau jeune Louis 14 de l’acteur Dufour, chez Duceppe (842-8194) qui se débat entre sa maman, Monique Miller en Anne d’Autriche, encore belle « cocue libertine » espagnolisante et son « papa-boss », —père caché ?—un vieux cardinal (excellent Dumont en Mazarin) agonique !

Bon, oui, donc être vieux et avantage : celui de mieux observer, on prend volontiers le temps de tout examiner. Avant-hier, la terre se réchauffant, je rentre de ma piscine excelsorienne et, rue Pilon, oh ! soudain !, voir mon marcou-de-luxe avec, dans la gueule, un frémissante proie ! Quoi, un rat à Sainte Adèle. Je m’approche, ouf, non, c’était une taupe. Ou dit-on, un mulot ? L’honneur du village en est sauvé !