PARTIES-DE-FESSES CHEZ DUCEPPE !

Je sors de chez Duceppe. Aimeriez-vous savoir ce que pense un Vieux Shnock comme moi des spectacles actuels ? Okay. Imaginez un loft petit-bourgeois, visite d’un prof retraité ( très excellent Gérald Tassé), voisin de palier. Apéros bus, il va forniquer comme une bête avec la jeune voisine d’étage  (formidable A,-C.Toupin). Une grande blessée. A perdu un premier bébé. Il y a aussi l’épouse de ce retraité ( toujours mieux qu’excellente Monique Miller ), endeuillée elle aussi encore d’un enfant mort jadis, psychosée qui tient à montrer son fond de culotte au jeune mari du loft ( très, très bon, David Savard). Quoi encore chez Duceppe ? Il y a le fils du couple sexoliste, un ado retardé ( étonnant surdoué Éric Bernier). Il forniquera tout comme son vieux papa avec cette voisine névrosée, vêtue de fantasmes. Ça se suce jusqu’aux doigts de pied, mes dames et messieurs, voyeurs, garrochez-vous y !

L’auteure parvient à faire planer de troubles atmosphères. C’est de « Rosemary’s baby » 2 ! Admirable sur ce plan ce « À PRÉSENT » de Anne-Catherine Toupin. Aucun moment poétique. Pas une seule ligne pour nous élever, nous faire rêver. Le brutal « constat » de l’individualisme-21 ième siècle ? On est loin d’un Garcia-Lorca, d’un Pierre Perrault, du riche Pirandello. Du théâtre de ma jeunesse.

Cette « cérémonie », « burlesque » au fond montre des réalités bien éloignés d’un Gratien Gélinas qui illustra le tragique orphelinat d’un bâtard (« Tit-Coq ») ou le désespoir de l’innocent abusé ( « Bousille et les justes »). Ce troublant « À présent » est loin aussi du Michel Tremblay  poignardeur, ouvreur des ventres du pauvre monde de l’ancien  Plateau Mont-Royal.

Plus de place désormais pour la poésie, mépris inconscient ?« Le monde n’en veut pas de la maudite  poésie ». Mépris de soi au fond. L’ intrigue de ce « culs par dessus tête » ouvre sur un égout. Ce théâtre québécois dure depuis le Meunier de « Les voisins »; des abrutis, de feu-Robert Gravel avec « Il n’y a plus rien » au nihilisme total, du Boucher au sinistre « Douze poses ». Après ce lubrique jeu bestial (brillante direction de Frédéric Blanchette) verra-t-on un jour une pause  dans ce ultra-réalisme sur des bourgeois détraqués ? Viendra-t-il une (ou un ) auteure capable d’insérer des moments de lumière avec des phrases d’une espérance minimum. Assez de ces machines-à-rébus, du « constat » chirurgical, de la complaisance supra-réaliste, « art pompier ». Tchekhov, même Arthur Miller, font voir des lueurs de beautés au sein des misères. La très évidente intelligence de Madame Toupin va-t-elle un jour s’allier (oui, je le gagerais) à une humanité dramatique hors les parties-de-fesses ?

LE PAYSAN DE SAINTE-AGATHE

Nous étions des jeunes métropolitains impatients,  aspirants en tous domaines artistiques. On se demandait qui était cet orignal, frais sorti de communauté, descendu du Nord. Noiraud à mâchoire carrée, nommé Gaston Miron, ce défroqué mal vêtu, mal nourri, harangueur inlassable, nous paraissait un rejeton d’agriculteur naïf. Miron déambulateur infatigable, fut, pour sa pitance, commis de librairie ou zélé faiseur-de-paquets chez des éditeurs cathos. À nos yeux de citadins fiers-pet, cet hurluberlu nous semblait pas mal « habitant », mot injurieux en zone bohémienne, autour du Carré Saint-Louis.

Miron, fils de petit menuisier descendu de son village des Pays-d’en-haut, rêvait comme nous. Méfiance d’abord. ce verbeux Miron semblait « trop » Action catholique, un dadais mal dégrossi. Bon gigueur et bon joueur d’harmonica, gueulard animateur façon campagnarde, il nous captiva. Enfants-de-ville assez prétentieux on ne se moquait plus de lui en ces années 1950. Ces provinciaux « descendus-en-ville », se multitpliaient. Un Lapointe du Saguenay (relire « Le vierge incendié »), un Gilles Carle d’Abitibi, un Claude Caron de la vallée de la Gatineau. Au début, fier Miron, corbeau criard dans son sombre manteau ou imper noir, se démenait sans cesse partant vendre — « une piastre » l’exemplaire—  des plaquettes de poésie, frappées « L’Hexagone ». Debout des heures dans le tramway-Saint-Denis, du Terminus-Viger aux confins de Montréal-Nord.

Après la guerre de 1939-1945, Québec restait une vaste nef de pieux parents « dominés-des-Anglais », conservateurs, nationalistes arriérés. Nous, jeunes trublions, on moquait ces valets du cléricalisme, paroissiens votant pour le tyranneau Duplessis. Vont débuter des révoltes, par exemple, en 1949,  celle du professeur Borduas et sa bande. Adieu les anciens et ouvrons–nous au surréalisme. Ces fils d’« habitants » furent d’indispensable alliés. Une fois intégrés les poètes de la Résistance, Desnos, Éluard, Char, Aragon, vont naître ici des Giguère, Ouellet, Portuguais, Pilon, Brault, Perrault, et lui, Miron. Les années 1960. « L’habitant-de Ste Agathe » écrira avec une sévérité mystérieuse, publiera parcimonieusement, un vrai « séraphin laurentidien ».  Devenant tard, une figure de proue avec ces mots rapailleurs, il était un stimulateur, barde, imprécateur, soutenait notre renaissance. Tant qu’il sera jeté en prison en octobre 1970 par les fédérats duettistes néo-fascistes : Trudeau-Lalonde, Bourassa-Choquette, Drapeau-Saulnier . Des ignares sans mémoire baptisant des écoles, des ponts et des aéroports de ces noms des serviteurs du désordre établi.

Et puis, larmes, un samedi matin de 1996, à Ste Agathe, dans un assourdissant silence, six poètes sortaient le cercueil de Gaston Miron de l’église pour le mener au cimetière d’à côté. Dans la rue d’en face, un vieux menuisier, mains aux poches de son tablier, nous salua d’un coup de tête… casquettée.

MARCHER SUR LES EAUX, MIRACLE ?

Dimanche dans deux jours et c’était dimanche, il y a cinq jours.

Nous nous sommes joins aux joyeux marcheurs sur le lac. Hen, quoi, un miracle, tous des Jésus ? Pas vraiment, car l’eau s’est durci, c’est de la glace. Bel après-midi donc de lumière. La beauté éblouissante ! Les experts le redisent : « la plus elle luminosité, elle est ici, parmi nous. » Pauvre camarade Michel Tremblay à Key West pris avec sa piètre lumière !

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Éliane ma fille unique qui me dit : « Marcher sur les eaux du lac hen? Nous aussi, on a marché sur la Mille Îles à Terrebonne et, oui papa,  quelle beauté malgré le froid tous ces costumes aux couleurs bigarrées partout. »

Et les chiens du Lac Rond ? Diable, c’est une véritable exposition canine sur l’eau dure de ce grand anneau. Les pèlerins-en-rond font voir une variété qui m’étonne. Il y a des beautés à quatre pattes époustouflantes, du fier Caniche royal au frou-frou Sheep Dog. Des rasés de près, des « de cuir », des tout poilus, yeux compris, des hauts sur pieds, des bas sur pattes, oui, une diversité qui m’a surpris encore une fois.

Et les patineurs du Lac Rond ?  Chaque fois que j’en croise un, tout mon passé-sur-patins me remonte à la gorge ! Le patin sur glace, c’est l’iconographie classique de tous les pays nordiques. Le symbole archiconnu d’un loisir inévitable. C’est l’envers de l’Afrique et des pays tropicaux. C’est la mise à l’endroit d’une vision caractéristique, celle  de cette longue saison sans chaleur certes mais, insistons car on néglige le fait,  avec la plus belle lumière de tout l’univers.

Ma blonde et moi, en halte sur le banc-à-Maurice, nous admirons cette vie d’ici qui tourne, ces silhouettes tournantes sur la piste bien tapée, toutes ces figures -des vieillards comme des jeunesses- vivifiées, ragaillardies, rougies, ces visages ensoleillés et réjouis. Tous, amis, parents, voisins, visiteurs familiers, touristes venus de loin parfois, inconnus qui socialisent un brin,  nous tournoyons au pas cadencé. Au pas de bonne santé. C’est l’heureuse et fortifiante  sortie dominicale, la joie-épreuve, la résistance affichées face aux timorés restés enfermés. Les encabanés comme on dit.

Des skis de fond glissent en parallèle autour du Rond. Certains chiens sont vraiment des maîtres et on rit de voir le maître ou la maîtresse si obéissant, en suiveurs dociles, entraînés, la laisse bien tendue au bout du bras ! On songe à une danse, ce tournoiement (salut poète St-Denis-Garneau !) qui est, tout autour de ce gigantesque  étang gelé, une étonnante « ronde » dont la musique s’absente. À part des cris de geais bleus ici et là, des aboiements mâles à la vue de femelles frisées, caniches rosés ou poodles bleutés !

« Pendant ce temps »… back to the farm… comme disait les films de cow-boy (de Roy Rogers ou de Gene Autry), de mon enfance, oui, pendant que nous admirions « la lumière des lumières », mon jeune dauphin, le David-poète, s’amenait, lui, au sud du Mexique. À San Cristobal, dans le Chiapas ! Traducteur de métier -car on ne vit pas plus de poésie que d’amour et d’eau fraîche -il a dit « oui » à l’appel d’une belle de là-bas, Priscilla. David va peaufiner un premier roman alors que le très vieil homme, moi, vient d’envoyer chez Broquet-éditeur (rue de L’Église à Saint-Sauveur) rien de moins que …le cinquième évangile ! Eh oui, 200 pages sur « Jésus, son enfance et son adolescence à Nazareth ».

Ce sera faux mais très vraisemblable, vous lirez ça. Hélas, en Galilée pas de bel anneau blanc, aucun petit lac gelé, ni patineurs, ni fondeurs… et les chiens ? En ce temps-là, le chien  était méprisé, pas encore domestiqués, il vivait dehors comme les rats. Les dimanches d’hiver ? Autour du grand lac de Tibériade, là, où Jésus marcha sur les eaux, b’en, ça piqueniquait, buvant des limonades, mangeant des grenades, des figues et des dattes, des amandes et des cerises, surtout des raisins.

Bon. 16 h. On rentre, revoir la galerie en volière avec nos cinq flamboyants cardinaux fidèles et toutes ces parulines qui picorent la tête en bas (étranges hirondelles). Oh ! Nouveauté : Trois mini écureuils qu’on nomme des suisses, qui draguent du museau dans la neige du plancher pour des graines tombées. Il y en de jolis, tout dorés, avec des rayures et un tout gris, si laineux.

Dernière heure : Hydro-Québec est venu chez nous pour abattre une épinette au moins centenaire qui nuisait aux fils. Comme c’est fou : le paysage diffère soudain, la vue n’est plus la même. Un arbre est tombé, un seul, et notre environnement en est tout transformé ! Je planterai ce printemps.

claudejasmin.com

PAUL OU YVES EN VIEIL ORPHÉE

Suivez-moi, c’est un dimanche de décembre, avec du froid donc, engraisser d’abor le parking-voleur et j’arrive sur Saint-Laurent.

Cet antique chemin radoteur d’enseignes aux vitrines vulgaires, gargotes pour étudiants, pour les cassés d’un roman de Renaud. « Salut à toi dame bêtise », chantait l’autre, « toi dont le règne est infini ! » Les bistrottiers de ce gris dimanche rôdent d’un comptoir l’autre, comme mon Céline-le-fuyard « d’un château, l’autre ». Plein de bourlingueurs façon Blaise –l’illustre manchot– Cendrars. Ce dimanche récent donc, moi l’échappé adélois, je zieute les promeneurs hagards reluquant des affiches.

Les voyez-vous, regardez bien, certains loustics descendent entendre de la poésie lue, où, dans la cave chez Gallimard. Au portique, un Bozo -ou Ti-Coune ?- quête borborygmant des « Sales-culs-ronds-de-bourgeois ! » Héliotropes frustrés fuyons le bitume d’un brun mat, ce désensoleillement. Refuge à la cave en ce dimanche dos-de-rat, descendre au sous-bassement gallimardien pour… de la lumière, entendre les voix des fous et des folles, leurs flots de mots en images. Merci et salut Martine-belle-voix, les autres déclamateurs. Mots de musiques. J’écoutais ces narrateurs de l’inénarrable, mon bonheur. La logique sur le cul, souffrez les concierges du raisonnable, les gardiens des banales frilosités.

Au sous-sol de Gallimard

J’étais donc assis en cave librairienne, rue Saint-Laurent, pour aussi entendre un rejeton mien, le David qui publie à l’Hexagone. Il a bien fait. J’étais fier. Mon petit-fils agrandi secouait L’Éléphant -son titre- par la trompe, par les grandes oreilles, par les défenses d’un ivoire interdit de commerce.

Le beau défilé hexagonal, jeunes et vieux, filles et garçons.

Danielle Fournier, marraine éditrice pour Ville Marie littérature, ordonnait sa circulation, sans sifflet, sans brassard, épatée la première. Soudain, vont m’apparaître deux habitants rares.

Est-ce que « Le défaut des ruines… » ( Roland  Giguère) reste l’oubli ? Mais je n’avais pas oublié ces fantômes de ma jeunesse, sentinelles ridées comme moi, grimpées aux barricades des mots. Yves et Paul, navigateurs, lisant leur poésie quai d’espoirs. Jadis, au port, au bout de la main, se balançaient côte à côte, le bateau ivre et le vaisseau d’or. Je revoyais, après un demi-siècle, Préfontaine et Chamberland, deux avironneurs increvables, restés Orpheus sur le fleuve Achéron.

Fin des litanies laïques, escalier, nous retrouver à l’étage pour le verre de rouge. Longtemps jacasseur aux micros radiocanadiens, Yves « pré-fontaine » signait en 1959 le tout premier appel pour un vital rassemblement pour l’Indépendance à Shawbridge en Laurentides. Serrage de nos vieilles pinces et je songeais à Gilles Constantineau, poète disparu, camarade du Grasset. Ô capitaine, que de rêveurs jadis d’Outremont à Hochelaga (André Major) ou Villeray (Pierre Perrault), avaleurs d’élixirs bon marché chez Vito sur Côte des Neiges. Pleure François Villon, il a tant vanté devant nos portes.

Qui, dans cave, lisait aussi à voix bien posée ? Cet afficheur-hurleur, Paul Chamberland, connu en 1965 au sombre logis du lumineux Maheu, tué, à Outremont-sur-tracks, là où se fondait  Parti Pris, revue gauchiste militante.

De vos rangs clairsemés, dur devoir de durer (merci Paul Éluard) témoignez tous en faveur de la folie scripturaire, appuyons ceux qui se fichent bien du succès populaire. Isolés  batailleurs en verbe insolite, solidaires d’univers inédits. Avec Yves et Paul, causons de notre passé bohémien, Félix, avec le chapeau bas à la main. Avons juré et cru qu’une jeunesse va continuer, que la poésie québécoise ne va pas mourir. J’en lis chaque fois que je fais démarrer mon moteur à proses. Jeune David frondeur, tous les autres, continuez vos tricots de mots hors commerce, votre dentelle inouïe, traçante d’infini, piège des hasards crus, des chaos surprenants. Bizarres physiciens, prêtres sans théologie vérifiable, sismographes de fragiles intuitions, nous vous lirons. Écrivez pour les aveugles du jour, pour les sourds et les paralysés du méchant destin. Les handicapés des mauvais sorts. Nous redescendrons aux catacombes des libraires, chez Olivieri, chez Monet rue Salaberry; rue Saint-Laurent en 1900, Émile Nelligan criait au dessinateur Gill sa hantise de la folie, sur la vieille main, devant le marché hongrois, les foutoirs Juifs. Allez aux caveaux, braves orphées, sous l’hiver blanc, dimanches clairs ou sombres, on écoute.

MON DAVID À DOS D’ÉLÉPHANT ?

Ceux qui ont lu -ou qui liront- mon dernier bouquin de récits « Des branches de jasmin » seront-ils si surpris du fait ? L’aîné de mes cinq jeunes « mousquetaires », David, assiste à l’arrivée dans toutes nos librairies de son premier recueil de « mots ». Sa plaquette d’une écriture surréaliste se titre d’un seul mot, « L’éléphant », éditée chez L’Hexagone.

De mon gang d’ex-gamins, David est le seul « homme de lettres », il est fou des mots, ce qui me réjouit évidemment.

Cet enfant que je bourrais de contes et légendes, d’inventions loufoques, dont je garnissais la fantasmagorie de loups, d’hyènes, de mandragores et autres plantes reptiliennes… eh bien, voilà qu’il me sort un éléphant ! À son tour il invente. Librement. Devenu jeune adulte, quoi, le voilà donc, mon David, sur le dos de « sa » bête ? Un éléphant ! En hardi cornac ? Cela,  dans des indes imaginaires, voyez une écriture libre, très libre. Rien à voir -vous verrez bien- avec la prose « petite semaine », celle d’un ex-pute, d’une ex-escorte à ministre, et tout le reste.


Lisez-moi ça ! Cela vous fera une récréation. Poétique. Si bienvenue quand les manchettes à faits divers de « page trois », ou aux rougeurs  irakiennes, ou à économies-en-vrilles énervent. Un éléphant hors des actualités plates, ça fait du bien, c’est un peu d’ivoire aux dents pour nous défendre; chantez chorales  « qu’un éléphant, ça trompe, ça trompe énormément ! »

David Jasmin-Barrière offre donc un « tout premier » (traducteur de métier, il travaille à son premier roman) bel et bref album d’images. Mon David en jeune équarisseur de verbes, en iconographe émerveillé qui veut émerveiller. Images sans crayons ni pinceaux. Juste ses mot pissés, sortis, crachés, éjectés de son carquois, mots légers ou lourds, c’est David en chasseur enfantin d’étranges métaphores, David en jeune polisseur de simples galets trouvés. Qu’il métamorphose en diamants pour rire sur la piste du cirque de vivre.

Bienvenue et mes saluts au nouveau venu dans l’heureuse galère des écritures libres.

Ton grand-père, Claude

[lien vers le communiqué de presse de l’Hexagone]


CEUX QUI M’AIMENT…
[article hors site, -pour L’Express d’Outremont et La Vallée des Laurentides]

D’habitude en matière de sentiments intimes -si on est pas Michèle Richard ou qui encore ? – on se retient. On fait attention. Le ridicule, la vanité, une pudeur, n’est-ce pas ? Je parle de quoi là ? Je parle de ces moments dans nos vies où soudain l’émotion vous submerge. Vous secoue et vous enveloppe. Eh bien foin de cette réserve qui m’est naturelle pour cette fois et je me laisserai aller.

Il y a quoi ? Il y a que je suis ému. Très ému. Je viens d’apercevoir, sortant de chez l’imprimeur, « L’Éléphant », une bien jolie plaquette de poésie signée par David Jasmin-Barrière qui est l’aîné de mes cinq petits « mousquetaires », vous savez ces enfants-chevaliers tant aimés, que j’ai raconté dans mon bouquin de grand père délinquant.

David ? Son recueil tout neuf, chez L’Hexagone, me dit carrément qu’il y aura donc une autre bonhomme dans ma lignée qui veut bien du « fou métier » d’écrivain. Ici, ça n’est pas la France, encore moins Paris, chaque auteur d’ici -québécois qui publie de la littérature-  signifie que la nation grandit. Que le pays se sort davantage d’un passé chétif. Car, comme pour une majorité des nôtres, Josaphat, mon grand-père -l’arrière grand-père de mon David- était un cultivateur analphabète et signait son nom d’un X.

Il y a de tout cela dans mes émotions face à ce bref livre tout neuf « L’Éléphant » de David. Il y a aussi que je suis toujours bouleversé devant le premier bouquin de quelqu’un. Je sais trop les espoirs et je sais trop les déceptions. Il s’agit -publier- de jouer un jeu bien anachronique. Dans un casino vide, désert de pas perdus. Un jeu avec des cartes illusoires, celles des rêves, des mensonges arrangés, des mythes nouveaux-nés, il n’y a ni perdant ni gagnant.

Celle, ou celui, qui écrit de la littérature -et qui publie- s’embarque dans un drôle de bateau, aux voiles inventées, aux mats de cocagne toujours, à la poupe qui se prend pour une proue, flotte de Titanics sans glace menaçante vraiment. Poésie, vaisseau délicat, obsolète, peu désiré, dans des quais désertés, un port ruiné, aux escales ravagées, en des croisières qu’il faut bien nommer solitude. Elle, ou il, s’en va voguer sur des eaux dédaignées par les foules. Il s’en fiche. Il aime ce métier qu n’en est pas un.

Chaque fois, toujours,  j’y vois un personne folle et merveilleuse à la fois, agissant contre toutes les modes, les us et coutumes populaires, Mais oui, diable !, pourquoi ne pas rédiger du téléroman-de-Margot, ne pas tenter d’inventer un jeu vidéo bang-bang ou bien  chier une toune bien rock and rock man aux niaises rimes de mirliton, ou encore scénariser une pub payante bien démago-à-gogo  ?

Non, voici quelqu’un de détraqué, ma foi, mon David ou un autre… Ils croient à l’écriture -c’est une vocation, cela ne s’enseigne pas- ils croient aux mots bien assemblés, au verbe bien ajusté, à la parole bien libre, aux images originales, aux métaphores vives, aux insolites mélanges des proses bousculées  ? Le jeune écrivain fait encore confiance à l’antique médium, grimoires modernes que l’on imprime désormais à la cadence-vitesse-2008.

C’est ce qui me bouleverse, cette confiance absurde -partant héroïque- dans le livre de littérature. Alors, cette fois, je le dis, je regarde L’Éléphant, coloré pachyderme qui nous nargue comme un rhinocéros d’Ionesco ou un hippopotame anonyme. Nouvelle publication et, oui, je suis ému. Il n’y a pas si longtemps il me semble, ce David, dans un champ d’Ahuntsic, me disait qu’il voulait aller combattre les vilain snipers à Sarajevo. Il avait dix ans. Jadis, il tremblait quand je lui racontait la mandragore maudite au milieu des palétuviers. Il avait 7 ans. Il se bouchait les oreilles quand j’imitais la hyène ricanante la nuit… Déjà ?  c’est son tour maintenant ? C’est lui le nouveau conteur et il sort de son chapeau, un éléphant !

Un film disait : « Ceux qui m’aiment prendront le train », je dis ingénument « ceux qui m’aiment » prendront l’éléphant. Si parmi mes lecteurs, certains m’aiment et apprécient vraiment ma petite littérature, je les prie intensément d’aller chez le libraire pour se procurer « L’éléphant » de David Jasmin-Barrière.

Je sais bien que ce ne sera pas beaucoup mais, bon, David-le-cornac – traducteur de métier qui travaille à un roman- en serait un p’tit brin encouragé. Merci là, merci !

LA VIE, LA VIE…


Ces jours-là, émoi en médias… un lion rôdait très à l’ouest de chez moi. Imaginez un ours polaire qui, en Afrique, rôde à Ouagadougou ! Ou un chameau errant à Saint-Sauveur ! Ou un gorille, mon cher Brassens, qui court dans les rues de Sainte-Agathe ! Un kangourou sur le Plateau ? Un éléphant à une fontaine du Vieux ? Ce lion en liberté, ce fut comme une subite percée de poésie, surréaliste pas mal ! Ça rafraîchit des sobres actualités télévisées. Ça divertit de ce faux pasteur « évangélik », un certain Cormier, pédophile avocassier qui dit : « C’est elle, cette jeune enfant, qui m’a séduit ! » Non mais… Diversion aussi d’avec cet Autrichien dément qui a profité salement de tous ces amis, parents, voisins « aveugles ». Voir à TVA Denise Bombardier qui s’enrage de la conne patience des cours de justice face à d’évidentes écoeuranteries. Elle en était toute pâle, comme ahurie, démontée, renversée et avec raison ! « Quoi, quoi, nous, on se mêle de nos affaires ! », voilà la funeste attitude des gens d’aujourd’hui. L’égocentrisme actuel, à la mode. Bien incroyable en cette toute petite ville autrichienne -chienne d’existence !- de n’avoir jamais rien vu. Le louche, le bizarre. Cela durant tant de décennies. L’atroce jeu pourri d’un dominant sur des dominées !

LA VIE, LA VIE…

C’est aussi -en ce jour du lion domestique qui a rompu sa laisse- trois rencontres amusantes : à 17 heures, à ma quasi-voisine École hôtelière, une gamine délurée à qui la jeune maman offre un petit gâteau enrobé de sucre. Rieuse, elle avale goulûment le crémage, s’en pourlèche les babines, en a plein les doigts d’une main. Quand je sors, accroupie, la maman lèche les petits doigts de sa fillette. Celle-ci me voit : « Veux-tu mes doigts, toi aussi ? » Elle rit. Je ris.

À 18 heures, en ma jolie piscine de L’Excelsior, s’amènent une autre maman et sa gamine. Elle fait l’acrobate dans une bouée de sauvetage. Je la félicite à chaque tour. En silence total mais fière, elle en rajoute, en invente. Quand elle me verra quitter la baignoire, enfin elle parle : « T’en va pas ! »

Ce cri ! Ému, je dis : « Il le faut car on m’attend. » Elle rit. Je ris.

À midi, ce même jour, un sosie très amélioré de François Avard sonne à ma porte. C’est un technicien de la populaire station-radio 98,5. Pressé, il m’installe vite, en riant, un poste domestique, avec mini-régie, fier microphone et chics écouteurs de cuir noir. Me voilà bien mieux équipé pour mes topos-télé de 9h 45. Mais, parti, me voilà privé du téléphone ordinaire ! Connexions erratiques ? Je suppose qu’il reviendra ?

LA VIE, LA VIE…

La vie, la vie… c’est aussi de ranger à la cave les tapis de coco, rouler la clôture à neige du parterre, râteler des restes de feuilles mortes. Puis de sortir nos deux bécanes, les donner à huiler, à graisser chez l’ expert de la jolie vieille gare du quartier Mont Rolland.

Mai et ravi, voir, si grossis, les bourgeons de nos lilas; le violet, les mauves nombreux, le si beau blanc. Éclats bientôt avec leurs fleurs tellement odoriférantes. On formera des bouquets. À offrir. Il y a les boutons des chèvrefeuilles qui s’impatientent, toute la nature, on dirait, semble s’impatienter. Ce si long hiver québécois ! Tant de neige en 2008 !

L’eau du lac, très haute, baigne tout le terrain. Mon quai -où « Monsieur » se cachait- a dérivé pas mal, comment le ramener ? J’y vais voir mais, sous la pelouse, la boue règne et je manque de m’éjarer ! Oups ! Chantons à la Beatle, « Here come the sun » ! Qu’il vienne, vite et souvent, pour assécher mon petit marécage.

La vie, la vie… c’est notre hâte d’aller pédaler tôt, aller petit déj (Paris talk !) en terrasse proche de la gare rénovée de Val David, là, où une proprio charmante, latino exilée, fait du bien bon café. La vie, la vie… ce sera aussi pour moi, dès le 16 mai, la piscine extérieure -chauffée- à L’Excelsior, qui va rouvrir. Youpi !

Pendant quatre fois dix ans j’ai été, comme tout le monde, obligé de vivre-en-ville pour bosser ici et là… Jeunes gens, souffrez et endurez les horaires obligés, patientez, la retraite viendra un jour pour vous aussi et vous verrez, ce sera un bon temps. Ce sera le temps d’avoir le temps. Par exemple, de rire à la vue d’une gourmande gamine-au-gâteau bien sucré, ou à celle, acrobate de cinq ans, à la-bouée-rouge. Aussi avoir le temps d’admirer du haut de la côte Morin, avant d’entrer chez l’ancien-Pep -Casa del Forno- ces tranquilles éléphants, nos montagnes bien assises, sereines bêtes à gros dos plein notre horizon. Gros patafoufs verdoyants assoupis et qui se sont formées en des temps immémoriaux. Ô mes Laurentides !

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LE ROCK : MUSIQUE OU BRUITAGE RYTHMÉ ?

(lettre ouverte)

Un vieil homme veut savoir. On trouve le mot —« musique »— à propos de rockeurs. Qui pourrait m’aider. Depuis longtemps je m’interroge sur cette musique (en est-ce ?) appréciée par mes cadets. Je viens à vous, écouteur attentif, respectueusement, j’espère la même chose de votre part. Hélas, je ne fus pas initié, jeune, à ce qui se dit « la musique sérieuse, la grande musique », ne me voyez donc pas en esthète.

Cette musique à « boom boom » qui se répand comme lierre n’est pas de la musique, pas à mes oreilles. Jeune adolescent, aimant danser, on en était —pour le « slow » collé— à Franky Laine et à Jonhny Rae. Et, pour remuer, au boogie-woogie. Une musique populaire « made in USA, mur à mur. Nos parents, eux, collaient aux « harmonies » des Rossi et Guétary, aussi aux Jean Lalonde et Fernand Robidoux. Ou Lucille Dumont.

Plus tard, apprenti-artiste, ce sera des découvertes —mais pas question d’un Elvis Presley. Vif attachement donc pour les surdouées : Brassens, Ferré. Surtout Brel. Avec de la poésie populaire, des mots audibles, des airs fameux. Sans l’enterrement actuel de la prose au profit des guitares électriques, des tambours. Il y eut aussi, notre fierté : le grand Félix Leclerc.

Cette « pop music », toute en français, nous suffisait, nous comblait. Terminés pour nous, enfin, les roses romances du fameux Corse de nos parents par trop sentimentaux. Nos étions des « modernes », nous ! Jeune adulte (années 60) mon jeune fils me fit découvrir les célèbres « Beatles » de Londres. Ses idoles. J’appréhendais un « début de la fin » de quelque chose. Désormais, la jeunesse irait-elle vers —de plus en plus— de bruitage. Adieu « ma » musique populaire ! Vous le savez ce sera l’invasion progressive de groupes fort bruyants, ceux d’ici compris. Au vieux Forum, un hasard m’amena à un concert —ce mot pour ça— de « Black Sabbath » : la découverte de…l’horreur. Nos jeune gens adoptaient donc volontiers le « bruitage », pas la musique.

Il y aura des pauses bienvenues tel « Beau dommage » ! Il y aura du rock « écoutable », une Diane Dufresne, une Marjo, avec de bonnes « tounes » aux mots qui importent. Voilà donc, en 2007, que l’on fête sans cesse ces bruyantes clabauderies, qu’on louange les juvéniles matassins, jeunesses pâmées, foules de mérétricules, fans à trépignements grotesques. Musiques de bruitages, tonitruantes le plus souvent. La chanson meurt ? Jeune homme, répondez-moi ? Ces amateurs à puériles succussions claquètent fort… mais leurs œufs me semblent si éloignés de ce qui se nomme « musique populaire ».

Avec le rap et le slam, on peut au moins entendre ce qui se dit. Que vous en semble ? Les publicitaires dociles —un Cormier ou un Brunet— de ce genre a-musical sont-ils tous essorillés ?

Les oreilles existent aussi pour entendre des harmonies, fussent-elles neuves et audacieuses. Le vieil homme s’interroge : va-t-il finir ce temps du bruit brut ? Reviendra-t-il le temps d’une poésie populaire forte avec des accompagnements musicaux adéquats et normaux ? Il y a si peu de Lapointe-aux-forêts,hélas !

Me direz-vous que je devrai attendre « la semaine des quatre jeudis » ? Rassurez-moi un peu, je vous en prie. Ai-je le droit d’espérer que, dans un garage ou un sous-sol de banlieue, un groupe jeune cherche à continuer, autrement certes, le beau genre de « Beau dommage » ?

Claude Jasmin
écrivain

LE ROCK : MUSIQUE OU DU BRUITAGE RYTHMÉ ?

(lettre ouverte à La Presse)

Hugo Dumas, un vieil homme veut savoir. Je vous lis toujours et je trouve votre mot —« musique »— à propos de rockeurs. Vous pouvez m’aider car depuis longtemps je m’interroge sur toute cette musique (en est-ce ?) appréciée par mes cadets. jeunes. Je viens à vous respectueusement et sincèrement et j’espère la même chose de votre part. Hélas, je ne fus pas initié, jeune, à ce qui se dit « la musique sérieuse, la grande musique », ne me voyez donc pas en esthète. Cette musique à « boom boom » qui se épand comme lierre n’est pas de la musique, pas à mes oreilles. Jeune adolescent, aimant danser, on en était (pour le « slow » collé) à Franky Laine et à Jonhny Rae et au boogie-woogie. Une musique populaire « made in USA, mur à mur.

Nos parents collaient aux « harmonies » des Tino Rossi et Georges Guétary, aussi aux Jean Lalonde et Fernand Robidoux. Ou Lucille Dumont. Plus tard, apprenti-artiste, ce sera des découvertes, pas question d’un Elvis Presley. Vif attachement donc pour les surdouées Brassens, Ferré. Surtout Brel. Avec de la poésie, des mots audibles, des airs fameux et sans l’enterrement de la prose au profit des guitares électriques et des tambours. Il y eut aussi, notre fierté : le grand Félix Leclerc. Cette « pop music », toute en français, nous suffisait, nous comblait. Terminés pour nous, enfin, les roses romances du fameux Corse de nos parents par trop sentimentaux. Nos étions de modernes, nous !

Jeune adulte, mon jeune fils me fit découvrir ces célèbres « Beatles » de Londres, ses idoles. J’appréhendais un « début de la fin » de quelque chose. Désormais, la jeunesse irait vers —de plus en plus— de bruitage. Adieu « ma » musique populaire ! Vous le savez ce sera l’invasion progressive des groupes bruyants, ceux d’ici compris. Au vieux Forum, un hasard m’amena à un concert —ce mot pour ça— de « Black Sabbath », la découverte de…l’horreur. Nos jeune gens adoptaient donc volontiers le « bruitage », pas la musique. Il y aura des pauses bienvenues tel « Beau dommage » ! Il y aura du rock « écoutable », une Diane Dufresne, une Marjo, avec de bonnes « tounes » aux mots qui importent. Voilà donc, en 2007, que l’on fête sans cesse ces bruyantes clabauderies, qu’on louange les juvéniles matassins, jeunesses pâmées, foules de mérétricules, fans à trépignements grotesques.

Musiques de bruitages, tonitruantes le plus souvent. Jeune homme, répondez-moi ? Ces amateurs à puériles succussions claquètent fort mais leurs œufs me semblent si éloignés de ce qui se nomme « musique populaire ». Avec le rap et le slam, on peut au moins entendre ce qui se dit. Que vous en semble ? Les publicitaires dociles —un Cormier ou un Brunet— de ce genre a-musical sont-ils tous essorillés ? Les oreilles existent aussi pour entendre des harmonies, fussent-elles neuves et audacieuses. Le vieil homme s’interroge : va-t-il finir ce temps du bruit brut ? Reviendra-t-il le temps d’une poésie populaire forte avec des accompagnements musicaux adéquats et normaux ? Il y a si peu de Lapointe-aux-forêts, hélas ! Me direz-vous que je devrai attendre « la semaine des quatre jeudis » ? Rassurez-moi un peu, je vous en prie. Ai-je le droit d’espérer que, dans un garage ou un sous-sol de banlieue, un groupe jeune cherche à continuer, autrement certes, le beau genre de « Beau dommage » ?

Claude Jasmin

Écrivain

RUMSFELD FUIT ET CASTRO MEURT ?

Pour ne pas mourir idiot, je lis des cahiers « affaires », bien ficelés le plus souvent et j’y glane des informations étonnantes, éclairantes, me faisant découvrir « la dure réalité à étreindre », selon l’expression du poète Rimbaud qui —adieu poésie— s’en alla brasser des « affaires » en Éthiopie du nord, au Harrar. Mais je lis encore bien davantage sur les actualités. Aux USA, le petit père Rumsfeld se sauve de la White House — la « Rome » contemporaine— la queue entre les jambes, adieu Pentagone chéri ? À l’affiche : « guerre civile » saignante en Irak bientôt. Alors milliards « en argent du peuple » gaspillés en vain.

Ces bombardeurs sur les deux tours de New York en 2001 ? Pas un venu d’Irak, ou de l’Afghanistan, ces kamikazes musulmans, fanatiques instruits, étaient originaires d’Arabie saoudite ou d’Égypte. Et Bush, qui le savait, envahissait l’Irak ! Eh ! 2007 s’annonce mal. L’écrivain-philosophe, BHL, avait publié (son livre sur le journaliste décapité, Pearl) : « Le Pakistan est le nid capital de tout ce qui se brasse. » Alors les clandestins à Le Caire, à Ryad et chez notre « autre ami » qui règne au Pakistan ? « Pas touche et on alla chasser les Talibans qui se regroupent actuellement, l’on partait capturer le dictateur Saddam Hussein ». Silence dans les estrades !

« Castro se meurt », qu’ils disent à Washington. Wishfull thinking ? Viennent de partir pour La Havane, rencontrer frérot Raoul, 16 parlementaires des USA, des amerloques parlables qui sont anti-embargos, anti-blocus. Plein de Jos Blow pourront aller se faire bronzer aux jolies plages cubaines « à bon marché » bientôt ? Quoi encore ? quoi ?, on jongle chez les conseillers futés de « La » Capitale-d’Occident à faire ami-ami avec la méchante SYRIE et le venimeux IRAN. Eh oui, car il y a « la » question vitale, le nœud gordien de toutes ces chamailles assassines: Israël. Faut donc « slaquer la poulie » aux araboïdes de ce proche Orient, permettre aux « forts » (Iraniens, Syriens) de mener le jeu en paix relative. Mais à Ryad-la-pourrie ça grogne de ce projet, vous pensez bien. Sunnites énervés par l’idée de ces Chiites rassurés, réunis et calmés. Hum…

Ô Palestine, enclaves, religions, factions, murs et colonies…là comme partout : la division. Hamas versus Fatah ! Querelles sans fin ? Eh Seigneur ! Des « frères ennemis ». Classique des classiques. Depuis les débuts du monde, vieilles lamentations depuis les premiers philosophes grecs ! Le monde ne changera donc jamais ? Tenez, rien ne va plus entre mon propre frère et moi, pénible public aveu que je fais là mais qui m’ouvre les yeux. Regardons dans nos cours hein ? L’amour est un beau projet monsieur Jésus le Nazaréen… que l’on fête de nouveau ces temps-ci… sans changer jamais. Ma honte !

Notre cour ? Ici, au Québec, le chef élu, John-fils-de Red Charet, échec total avec ses deux promesses :
1-régler la santé et,
2- diminuer la fiscalité.

Fin de mandat, sa note de bulletin ? Zéro. Pas grave. Faisons des élections en 2007. Et faisons de nouvelles promesses. À Ottawa ? Même affaire, même business, allons en élections en 2007. Et l’autre, le Boisclair, pas clair de noeuds, qui vient de proclamer avant de partir en congé : « Il faut soulager la fiscalité des entreprises ». Hein ? Quoi ? Signe avant-coureur évident quand on veut s’attirer le soutien (indispensable n’est-ce pas ?) des financiers, des développeurs, des entrepreneurs. Des bons gros bourgeois. La grande bonne foule ? Elle n’a même pas les moyens de payer des impots. S’en balance-t-elle de payer « moins » d’impôts. Tu parles, Charles ! Alors voter (vainement) pour Dame David ? Mais oui.

Je vous souhaite une bonne nouvelle année, lectorat bien-aimé. Et Bye-bye 2006 !

« Comment va le monde ? », titrait un auteur. Bin…ça dépend. Un voisin anxieux guette sa… fin, je le connais, l’aime, l’encourage. Moi je sors de la clinique de mon village, du bureau de mon toubib. « Examens positifs. Tout baigne, bravo ! », qu’il me dit ! Des ailes, j’avais ce midi-là dans le Chemin Pierre-Péladeau ! Saint-Pierre, son nom. Un vrai gardien de paradis çà. La santé pour quoi faire ? Pour écrire des chroniques, pour peaufiner ce neuf roman à publier en février (« Chinoiseries » chez VLB), aussi pour lire les bons livres des autres, voir du solide cinoche, de la télé captivante (si rare). ET…aimer mieux encore ma compagne de vie. Surtout cela. Pour aussi, rester informé, oui, ne pas mourir idiot. Enfin, souhaiter me rapprocher de mon frère unique. Je m’y engage. Sinon ? Sinon « farme ta yeule » sur les chicanes de la planète, sur la querelle entre Juifs et Palestiniens.

En primeur les lecteurs de ce blogue peuvent lire le premier chapitre du prochain roman de Claude Jasmin « CHINOISERIES » qui sera publié en février 2007 chez Sogides .
[ RÉSUMÉ: un enfant de six ans rêve d’aller en Chine retrouver un oncle en mission et l’enfant devenu un vieil homme malade se débat aux portes de la mort. ]

« DOS BLANC » PARLE À « JARRET NOIR ! »

Vue de la Côte des Neiges, ma descendance du village Saint-Laurent se fit nommer « les dos blancs » avec leurs pâles tabliers de travailleurs maraîchers sur le dos. En Beauce, toutes ces hordes de travailleurs dans « la boue à patate » furent baptisées « les jarrets noirs ». Si vous voulez savoir les cris de révolte d’un jeune « jarret noir », beauceron scandalisé , procurez-vous vite (librairie ou biblio) le 500 pages, titrées : « Babelle ». Étrange « récit de jeunesse » par Renaud Longchamps, cahiers d’une folie juvénile, imprimés sous une belle couverture criarde d’un rouge sang (éditions Trois Pistoles) !

Vous y lirez de fantasmatiques hallucinations, langage poétique d’une prose d’écorché vif. Âmes pieuses, vous abstenir, c’est un flot rageur aux mots orduriers, hoquets compulsifs farci de blasphèmes, volontairement enlaidis de gras filets de pisse, de sang et de sperme. Fornications à cet « Hôtel Blème », lieu de son désespoir adolescent. Renaud Longchamps y jette des éclairs géniaux en vomissant son pays, sa petite ville de province, tous les bourgeois beaucerons. C’est la fatidique révulsion d’un incapable de digérer la vie réelle. « Babelle », qui est sa fille mythique, illustre l’inévitable cauchemar chez tant d’ados névrosés quand, sortis des études, ils font face aux installés, « qui ne vous voient même pas quand vous les rencontrez », Rimbaud.

Renaud a déversé ces effrayants textes il y a quelques années, où est-il rendu en 2006 ? Il sait que son modèle, Arthur Rimbaud, à la fin de cette « immortelle rage », a écrit : « Me voici maintenant à terre avec un dur devoir à étreindre, la réalité. ,» Le « marcheur aux semelles de vent », le démon infernal d’une « saison », cassa ses plumes et s’en alla commercer comme n’importe quel agent commis voyageur ! Tristesse ?

Ce Longchamps ? Ayant lu ces trouvailles parfois illuminantes, d’une décharge géniale, j’ai pensé à tous ces jeunes, filles ou garçons désormais, révoltés. Pas révolutionnaires, car bien peu politisés. Je les imagine, la bouche tordue, les yeux perçants, des rivages de l’Hurricane en Abitibi jusqu’à la Baie Mississiquois, des hauts du Lac Saint-Jean jusqu’à ces petites villes de Beauce aux frontières du Maine, là où a vécu ce Renaud Longchamps. Tous, rivé au cœur, ce besoin viscéral de créer, poésie, peinture, musique. Il nous regardent, les l« grands », « les vieux », les « placides » aux prises avec « la dure réalité », nous crachent dans le dos (dos blanc ?). Parfois à la gueule tel, rue Papineau, ce poète laveur de pare-brise qui me bava dessus n’ayant pas de monnaie à lui donner !

Je les aime, les comprend. Je voudrais pouvoir les rassurer ? Car ils ont peur. La crainte de se voir devenir des gens « ordinaires », le vieux sage, à leurs yeux, n’est rien d’autre qu’un sale con, un cul-rond-de-bourgeois. Soudain l’un d’eux, par exemple un François Avard écrivant un effronté feuilleton télévisé (« Les Bougon »), devient très riche et célèbre. Horreur ? Ce qui attend la majorité de ces jeunes créateurs brillants c’est un petit job dans un carcan banal pour « Gagner sa vie », l’étrange expression. Comme l’ex-génie Rimbaud, l’icône de tous, se ramassant avec son « honteux trafic d’armes belges » ! Lisez « Babelle », cinq fois cent pages de cris stridents, d’étonnants arrangements de mots triviaux, je me retiens (ô espace !) de citer des perles rares. Cette révolte fait peindre Renaud Longchamps dans un coloris sinistre mais, ici et là, de beaux aveux troublants, appels pathétiques, faisant face au vieux rêve humain d’un amour espéré.

Près de moi, j’ai un petit-fils faisant ce même rêve de « les enfoncer tous », mots de Rimbaud encore. Il enrage avec raison, il espère avec raison. Il devra « gagner sa vie ». Ce qu’il faut sauver ? Malgré le labeur obligé, l’apprenti-artiste, doit absolument garder sa flamme puisque la littérature, la grande, est remplie de Kafka, de Pessoa, de Melville, de Miron, qui ont su rester des créateurs en conservant leur plate « métier pour vivre ». Courage, patience, jeunes ailes qui s’ouvrent !