Lettre ouverte à Pauline Marois

Chère Pauline,

La dernière fois que l’on a pu causer un peu ensemble c’était lors d’une rencontre quand j’animais aux micros d’une radio de Laval (Radio-Boomer). Et ce fut un plaisir. Réciproque je crois. Je vous l’avais dit ondes : je comprenais mal pourquoi tant de gens (et des caricaturistes) vous imaginent remplie de snobisme. C’était -c’est- injuste. Vos paroles et votre attitude démontrent souvent de la chaleur, de la solide humanité. Hélas, voilà qu’aux dernières assises de votre parti, attitude bizarre, vous êtes d’accord pour fustiger et « punir » financièrement de jeunes militants de notre essentiel nationalisme. La raison ? Du verbe coloré et bien effronté, à l’occasion. Parfois carrément agressif.

Allons, chère Pauline, dans tout mouvement de revendication, dans n’importe quelle association de pétition ou d’imploration, on y trouve des tempéraments vifs avec  des tribuns impétueux, voix qui appellent un chat, un chat. Et un salaud, un salaud. Est-ce nécessaire de fustiger ces ardents patriotes -le jeune Patrick Bourgeois ou le vieux-vert Pierre Falardeau ? Le danger ? Vous nourrissez les adversaires de notre cause sacrée, Pauline, vous encouragez les couards, diviser nos troupes, encourager la pleutrerie de trop des nôtres. Vous soutenez malgré vous, chère Pauline, des profiteurs vénaux, ceux de la pax-canadiana-fédérata, les tranquilles amants des compromis, du plat doucereux abandon d’un pays à faire naître à fond. Pauline, nus avons besoin de quelques sages mais aussi de jeunes enthousiastes impatients. Notre lutte s’étend aux générations nouvelles. Qui sont moins molassonnes, moins « chambre-de-commerce-et-du-tourisme ».

Et alors ? Formidable, non ?, cette jeunesse fringante, malpolie, à l’hebdo « Le Québécois ». Où j’ai le bonheur plaisir de collaborer. Ils n’ont pas froid ni aux yeux ni aux lèves, ces cadets mal engueulés sont un apport vital témoignant pour une suite-du-monde-québécois. Observons tes applaudisseurs ? Des rampeurs, des ennemis de notre souveraineté. À ce congrès, tu fus fort mal conseillée, prend vite bonne distance de ces couards. Erreur d’avoir osé appeler au boycottage « économique » du modeste hebdomadaire de Bourgeois. Pas moins grave l’appel du Bloc pour donner suite à ce nocif mouvement. Ô l’odieux monde de la censure, la sale sauce nettoyage soviétique ! Pauline, je t’en supplie, tu dois vite annuler cet appel au boycottage.

Face à notre victoire remportée sur ce projet d’Ottawa, avec  son machin-à-Plaines-commanditées-alla-Juneau, n’ayez qu’un seul regret : devoir constater que le parti que tu diriges fut molassique, archi-prudent. Les jeunes Résistants à cet « Axe anglo-saxon » (ultra-puissant sur tout ce continent) visèrent les masochistes et les marchands à tourisme-de-Nouvelle Angleterre. On ne pouvait parader, costumer, décorer,  festoyer « la » défaite de la Nouvelle France. Pas trop tard pour « raison-garder » et biffe au plus tôt cet ordre abject de crever ce petit journal. Lui couper les vivres est indigne d’une Pauline Marois que je crois connaître. C’est méprisant et infantilisant de commander à ses députés une interdiction d’acheter des placards dans l’hebdomadaire. La liberté c’est la tolérance de toutes les tendances. On peut endurer quelques jeunes (ou vieux) trublions qui « font du bruit » dans le grande espace de l’indépendance à conquérir. Il y a des oeufs pourris qu’il fallait casser. Commémorer cette bataille perdue sur la falaise était un oeuf pourri.

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GIROUETTE, VIRE-CAPOT ?

Chroniqueur chez Gesca-Power, au Saguenay, voici un indépendantiste,  ex-ministre, qui revire son capot de bord. « N’y a que les fous pour ne jamais changer d’idée », disait un dicton populaire. M. Brassard peint en couleurs ridicules un monde qu’il aimait il y a pas si longtemps.

Quoi ? On a vu dans notre histoire un abbé zélé, diplômé en théologie du Grand Séminaire si-ou-pla, un prêtre catholique bruyant, farouche et populaire prédicateur « anti-alcool » qui, un jour, vira de bord et se fit l’adversaire de SA vieille religion pour servir avec un zèle intempestif  la vaste et facile « cause toute nord-américaine, le Protestantisme; mais ce dernier resta pourtant méfiant à son égard. Chiniquy, son nom.

Brassard, lui, reste dans le monde laïc ? Oui, mais sa véhémente sortie anti-Bloc, anti-Duceppe, montrait un aspect quasi religieux. Dans ces affaires politiques  « nationalistes », hélas, le ton employé -pour ou contre- a tendance à verser dans l’absolutisme, dans le « crois ou meurs ». Je ne suis pas sans péché. On comprendra que mes amis -il m’en reste) « fédéralistes » furent ravis de ce mouvement « girouettatoire ». Si le vire-capot a fait enrager ses anciens compagnons de lutte, il a fait la joie des nouveaux adeptes.   Or, le Jacques Brassard en question n’a pas trop montré pour quel bord il allait combattre. Harper, Dion, Layton ? Il ne pipe pas mot, il a voulu avant tout fustiger, selon lui, une « vieille picouille » gauchiste, le Bloc de 2008.  La campagne électorale montre déjà des cahots et on va en voir encore davantage. C’est bien parti. Déjà, ici et là, il y a grosses bourbes, des déclarations embarrassantes. Des religieux fondamentalistes cachés. Déterrage de vieille sottises que l’on croyait oubliées. Des regrets sincères ou pas s’expriment. Des excuses arrachées ou consenties se balbutient. Le Harper se voile la face : ce gros sale « caca » sur l’épaule du chef fédéraliste rouge : une vraie honte ! « Pardon camarade, excuse confrère, on le fera plus ». Ouin ! En réalité, tout pour, sans cesse, mettre des bâtons dans les roues du char de l’adversaire quoi.  Car c’est une guerre, une course au pouvoir. On veut tuer et des mots, parfois, tuent. Les partis -riches ou s’endettant- dépensent des fortunes, en placards comme en messages de radio ou de télé. « On nous aime, on veut note bien, on nous adore ! » Voire… Félix chantait « Le lendemain des élections, il sait même plus ton nom ». Pas fous, les citoyens le savent. Il y a peu de vrais travailleurs d’élections, c’est une toute petite minorité, sachons-le bien. Une réalité trône : le marais, depuis toujours, un vaste domaine où vit le monde ordinaire. C’est eux que les rares militants -bénévoles ou stipendiés- cherchent à captiver. À séduire tellles des guidounes sur la Main Street.

Ces foules d’indécis c’est du gros travail. Pour tenter de capter un peu de leur attention,  les aspirants, anciens ou nouveaux venus, ex-élus ou éternels rêveurs, se démènent comme diables en eau bénite. Grimpent des escaliers, sonnent aux portes, commi-voyageurs du vide parfois, colporteurs sans vrai programme souvent. Ils hantent les centres commerciaux, serrent les mains de parfaits inconnus, embrassent des poupons, sourient sur l’automatique, jurent  la main sur le cœur qu’ils nous veulent du bien, qu’ils nous aiment. Hum….

Des pelures de bananes apparaissent au beau milieu des parcours. Ainsi, soudain, un Brassard crache dans son ancienne soupe. Il a certainement son droit à changer de monture. Il a fait voir du même « coup de gueule » sa tendance au conservatisme « bleu-Harper » et son côté « va-t-en-guerre ». Mais, soyez-en certains, les militants s’en fichent. Brassard ne convertira personne. Ni à droite ni à gauche. Les jeux des vrais politicailleurs sont faits, sachez-le bien. Il reste les jeux de ce maudit marais, le côté « loterie » de ces chasses-aux-votes. Comment va voter l’ indécis ? « That is the question », cher Shakespeare !  Ces gens, jamais girouettes, jamais vire-capots car peu politisés et peu informés, vont cocher X ou Y ou Z selon des critères capricieux : la bonne mine, un ton de voix rassurant, une attitude corporelle plaisante. Ses sourires ou ses airs sérieux. Ou un très vilain méchant dessin de Serge Chapleau. Une phrase qui a touché les cœurs…des cris de protestation bien sentis… L’indécis du vaste marais -vert ou bleu, rouge ou Bloc- va voter dans ce monde mou et flou selon : «  il m’a paru solide en débats…il m’a semblé si serein… elle a une bonne figure… Ou : « Il a une sale gueule, je ne vote pas pour Cassandre ! » Bref, les gens de conviction vont ignorer les Brassard et les gens d’intérêts savent où trouver le beurre des épinards, n’est-ce pas ? Les majorités humaines hors magouilles et favoritismes, votent à l’humeur. Suis-je en train de dénigrer la démocratie ? Non, non, le bonhomme Churchill avait raison : « Le moins pire des systèmes ». Bien dit Winston !

UNE FAUSSETÉ RÉPANDUE ?

Tourbillon futile que l’enquête à propos d’arrangements, commandée pour n’avoir pas voulu courageusement légiférer sur la laïcité de l’État.  Pleutre M. Charest. Parlons d’une  fausseté grave qui se répand,propagée par certains nouveaux venus, aussi par de vieux citoyens d’ici. Et vive le « racisme inverti », qui consiste à n’apprécier que les étrangers, à s’auto- mépriser. C’est très courant par les temps qui courent.

« Racisme inverti », une malade pernicieuse qui consiste, à l’inverse des « racistes ordinaires », à non plus à craindre les émigrants, -xénophobie-, au contraire il est celui, complexé, qui se méfie systématiquement de ses propres compatriotes. « Racisme inverti » est l’expression inventée par feu le solide écrivain, Paul Toupin. Un vice, disons le mot. Il est courant chez les peuples colonisés, longtemps dominés. Un exemple : avant l’indépendance, plein d’Algériens se méprisaient, craignaient leur propre liberté, répandaient des  calomnies sur eux-mêmes : « Incapables, on saura pas faire aussi bien que nos « bons maîtres », les Français. Algériens égalent légions d’imbéciles, nation de vauriens ! Classique attitude méprisable, cela dans toutes les ex-colonies aux moments de lutte pour se libérer du colonisateur.

Eh bien, lisez certains de nos gazetiers, des « collabos » qui nous insultent, en répandant ce fiel pernicieux. « Non à la liberté, on est tous des « pas bons! » Triste en diable. Bon, parlons donc de cette fausseté qui est dans l’ordre du « racisme inverti ». On lit, on entend, par exemple chez Bouchard et son acolyte anglo bilingue, ce « Sommes tous des émigrants ! » C’est faux ! La très grande majorité des Québécois, nous avons pour ancêtres, non pas des émigrants mais des « pionniers », de simples modestes.  Nuance importante. IL NE S’AGIT PAS DE CHICANER FUTILEMENT LES MOTS,  MAIS AFFIRMONS QU’ IL Y A UNE DIFFÉRENCE ÉNORME ENTRE DES GENS QUI S’EXILENT DANS DES PAYS DÉVELOPPÉS COMME TOUS NOS NOUVEAUX VENUS et ceux qui s’expatriaient vers des territoire sauvages, au sens strict et accepté du mot. Nos ancêtres, des courageux « apatrides volontaires », défrichaient, semaient, récoltaient. Fondaient une civilisation. Les honnêtes migrants l’admettent volontiers. Rien à voir avec ceux qui profite -ce n’est pas honteux- d’un lieu développé, d’un pays organisé. D’une ville bien installée, construite, depuis des siècles.

Ces « nouveaux venus », d’hier ou de 1800, de 1900 ou 2007 ne sont pas du tout des colons, des pionniers. Ils sont des émigrants et bienvenus. Il faut s’enrager d’entendre nos « raciste invertis » car vouloir amalgamer valeureux et audacieux « pionniers » et « émigrants » est une bêtise grave Et doit être dénoncée.

Tout comme il faut abolir la sotte expression de « deux solitudes » au Canada. Il n’y a pas du tout « deux solitudes », il y a deux nations, le Québec est un pays, les Québécois, une nation (pas un simple solitude ), même Harper en convient.

Il y aura toujours des sophiste pour avancer que même Adam et Ève étaient des émigrants quand ils furent chassés de l’Éden. C’est rigolo… mais la farce cesse quand on refuse de distinguer émigrants et colons. Eux qui traversèrent un océan et cela en des temps effroyablement rudes -sans cargos rapides ou avions à jet- pour « faire de la terre » en arrachant les souches à déterrer avec un soc de charrue antique. Tel mon ancêtre en 1700.

L’émigrant doit s’enligner, le pauvre, aux bureaux chics d’Émigration- Canada, doit jurer « fidélité à la Reine d’Angleterre » dans un joli parterre à fanions unifoliés. Un vaste monde les sépare. Les émigrants honnêtes en conviendront. Tant mieux si l’émigrant trouve, dès son arrivée, des aqueducs, des égouts, de l’électricité, des protections sociales organisés avec les fonds publics des générations de Québécois. Ô lampe à l’huile du temps des abatis ! Ô temps durs des valeureux prédécesseurs aux commencements du Québec !

Soi dit en passant, il n’est pas moins ridicule, nocif et semeur de fausses vilaines querelles que ce film (« Peuple invisible ») du chanteur Desjardins.  Sauf pour ces « missions » sulpiciennes, nos ancêtres n’enfermaient pas les autochtones d’ici.  C’était Ottawa -ni Québec, ni le PQ- qui décidait d’attenter à la moindre intégration.  Il installa ces maudites « réserves », ghettos pour les isoler. Ottawa gérait et gèrent encore les « statuts » des première nations. La tentative de « raciste inverti » du chanteur avec son complice cinéaste, est infantile, mal politisée. C’est démagogique de « monter » de pauvres amérindiens contre nous, les Québécois. Un sale job misérable. C’est un autre sujet, j’y reviendrai.

AS-TU DEUX MINUTES LÀ ?

Chanson de feu-Pauline, pas la prochaine jolie reine du PQ, Marois, la disparue, la passionaria nationale bien connue, la regrettée Julien. Ce qui me fait songer au mode -sois bref ou tais-toi- en vogue. Politiciens ou artistes, relationnistes en devoir, désormais tout le monde cherche à passer aux nouvelles. Pour y arriver, chacun doit trouver une formule toute courte. Claire et frappante. Trouver un « pitch » (disait Ardisson), un « lead ». Le Mario Dumont y est souvent habile. Les « attachés de presse » se creusent les méninges, pas facile de résumer, en une minute, une pensée riche, un projet fécond. Mission impossible souvent.     C’est la dure loi en médias, ce « as-tu deux minutes », et,  si possible, moins encore ? Comme moi, face à ces nouvelles en vitesse, plein  de spectateurs de télé qui se disent : « Bon, on en saura davantage demain avec les journaux ». Ce qui s’avère. Mais bon nombre de gens ne lisent pas les quotidiens.  Ce monde pressé se contente des brèves… radio ou télé. Et le club des « mal cités » grossit sans cesse. Les rapides  déclarations, triées, manipulées, « choisies » font du tort parfois.

Je viens de lire « Les corridors du pouvoir » du pauvre Alphonso Gagliano. Sans cesse, le « mal aimé de Gomery » râle du sort qu’on lui a fait « en médias ». Ici et là on lui donne raison. Cet ex-tout puissant « bras droit » de Chrétien plaide qu’on lui cachait des faits…encombrants. Qu’il a été victime de ses nombreux fonctionnaires, surtout du personnage Charles-Chuck Guité sans parler de Paul Martin qu’il peint en diable. Son livre fait comprendre mieux « la trépidation » en médias avec ses raccourcis aux dommages réels.

Rien à faire. Vous pouvez espérer tel sort et c’est sur tel ou tel propos que le public s’accrochera. J’ai vécu, fin mars,  une expérience cocasse. À « Tout le monde en parle », je rigolais en répétant, goguenard :  « Mes beaux-frères m’avaient bien dit  de refuser cette émission ». Or, on me répète sans cesse ce bout de phrase. Ce que j’avais déclaré sur un Boubou se tenant debout 24 heures en 24 ans…rien, mon « Trudeau avec son multiculturalisme voulant nous ranger en une simple ethnie (entre Ukrainiens et Portugais quoi ), rien aussi. Aucun rappel. C’est ma farce des « beaufs avertisseurs » qui était retenue. Ainsi va le train des médias pressés.

Un Guy Fournier « déconstipé » vante la défécation et il perdra un job prestigieux au CRTC. Un Gilles Proulx dérapant en ondes, même sort : jeté de TQS. Le psy Mailloux, même affaire, dehors ! Ces spontanés gueulards oubliaient bizarrement qu’une phrase malencontreuse peut faire chavirer une carrière.  La liste serait très longue, partout dans le monde,  de personnages publics tombés dans l’oubli à cause des médias. Avec de rares exceptions : un Sarco à « canaille » élu quand même président de la France.

On entend fréquemment désormais  : «  X, ou Y, n’a pas répondu à notre appel de commentaires », ou « on n’a pas retourné notre appel ». Eh ! Prudence utile ! Chat échaudé…

La femme ou l’homme public craint comme peste le piège de « la » déclaration intempestive mise en exergue aux bulletins de nouvelles. Cette loi-des-médias, comme obligatoire, de ne garder qu’un « pitch » fait naître non seulement l’autocensure automatique -la peur- mais le silence complet. Car un propos « de trop », une trop candide affirmation, une sincérité naïve déplacée et c’est… la trappe, c’est la fin des haricots.

Cette manière de réduire, de résumer drastiquement, de sortir hors-contexte une suite de propos, nous conduira, c’est inexorable, vers davantage encore de langue-de-bois. Les programmeurs de ces bulletins à la va-vite vont plaider : « On a pas le temps, nos précieuses minutes sont comptées. » Le célèbre « Just watch me » du Pet à « Mesures de guerre » est un bon exemple de « pensée résumée ». Ce bout de phrase improvisée à la porte d’un « scrum » fit de Trudeau, pour toujours, un va-t-en-guerre déboussolé.

Bon, il n’en va autrement partout dans le monde (sauf en ex-URSS jadis ) , cette réalité fait trembler les imprudents. Les esprits libres s’en fichent. Pas toujours. J’ai eu des invitations (calculées par des reporters en mal de querelles) à jeter de l’huile sur des feux fragiles, j’ai refusé chaque fois. La responsabilité est une chose inconnue chez les nouveaux venus, nouveaux élus. Des chefs (un Harper) veillent aux dérapages en imposant aux troupiers « la loi du silence ». Enrageant cela pour la meute des chasseurs de nouvelles éclatantes. Eh ! Le grand succès populaire de certains « columnists » (un Martineau) naît de cette vaste  absence des échaudés, leurs textes farouches comblent le vide des « silencieux ». Des humoristes en profitent aussi, et comment !, ces « fous du roi », cassent les tabous. Leur effronterie totale fait rire, illustre aussi la vacuité ambiante des planqués froussards. Avec de bonnes raisons, certes !

CAPRI OU OTTAWA C’EST FINI…

Oui, « Capri », c’est un air connu. Duceppe et son Bloc doivent cesser de brailler. Les fédéralistes Alain Dubuc et compagnie ont cent fois raison de moquer ces vaines lamentations. Face aux corrections annoncées du Harper, il faut dire la vérité : notre ancien pouvoir à Ottawa c’est fini. Le chef conservateur, Stephen Harper, a bien raison de vouloir augmenter la députation des anglophones. C’est un fait têtu. C’est une connerie de crier à l’injustice, amis du Bloc braillard. C’est un mensonge, il n’y injustice, il y a une réalité. Nous sommes et nous serons de moins en moins nombreux dans cette fédération.      Au Québec, oui, nous sommes et nous serons pour toujours une nation majoritaire et pas ailleurs. Il est temps cher Tit-Gilles de songer à « paqueter ses petits ». Et de quitter la place. Avec la « porte grande ouverte » aux émigrants, les autres provinces -et l’Ontario surtout-  ont droit à une représentation en sièges adéquate. C’est tout à fait la démocratie. Bravo M. Harper et continuez votre bel ouvrage de démocratie juste. À nous, Québécois, de bien comprendre les enjeux.

Il y a longtemps nous étions, Canadiens-français,  combien aux communes, 40 % ?, plus encore ? C’était au temps du début de cette fédération imposée par « des Pères fondateurs ». Un beau « portrait » peint, désuet désormais. Ce pourcentage a baissé sans cesse. À 30 % d’abord ? Maintenant un petit 25 % des sièges ? Demain, dans pas longtemps, ce sera un mince 15 sur cent aux Communes ? Dans 40 ans, ce sera quoi, 12 % ou 8 % ?

Imaginez notre pouvoir alors ? Dérisoire. Nul. Les moins nationalistes des nôtres doivent se réveiller et admettre cette réalité. Comprendre qu’il n’y a plus en ce début de 21 ième siècle, aucun avenir solide à Ottawa. Oui, Capri, ou Ottawa, c’est fini. M. Harper va y voir et il fait bien. Tous ces cris d’indignation sonnent faux. Il y a neuf (9 !) provinces et une seule (le Québec) n’arrivera jamais à jouer un rôle de taille. Jamais. C’est la fin du vieux rêve d’harmonie des deux « races » réunies, beau songe utile du temps jadis. 1867, c’est bel et bien enterré. Décrochons le tableau idyllique quand nos chefs des deux langues se félicitaient (in english only) d’une belle et joyeuse confédération, « coast to coast », promise aux plus grands desseins. Au panier ! Ou au musée !

Même en augmentant (on ne sait trop comment ) notre natalité déficiente, jamais une seule province ne pourra arriver à jouer un rôle fort à Ottawa. Pas avec, en face, cette constellation de provinces anglophones (sans parler des Territoires). Deux provinces grandissent et fort rapidement, l’Alberta et la Colombie britannique, la bataille était perdue d’avance. Les bons « pères » de 1867 ne voyaient pas si loin. On a maintenant les yeux ouverts : le projet-Harper, c’est vraiment le début de la fin.

À Québec le chef libéral, Charest, fédéraliste, perd son temps en se joignant aux protestations niaises en se joignant à l’ADQ et au PQ. Simagrée et mensonge. Dubuc dit vrai : « c’est justice ». Elle enseigne à tous les Québécois lucides de sortir d’Ottawa en vitesse. Tous. Le père Duceppe en premier ! En grognant comme un con, contre la justice évidente de M. Harper, il se fait hypocrite, anti-démocrate. En politicien honnête, Duceppe doit se lever et faire ses adieux, en toute dignité. Dire : « On a compris. Adieu ! Nous partons au nom de la démocratie car ce grand Canada doit rester un pays normal, avec une représentation normale, juste. Adieu ! Désormais, nous serions des minoritaires, tout à fait impuissants. Rentrons chez nous, là où nous contrôlons notre avenir, notre destin.

Il ne le fera pas ? Bien, il fera le jeu imbécile de nos adversaires. Il va continuer ce rôle de vain chialeur. De rouspéteur inutile. Dans quelques années, le ridicule sera entier. Ils sont 330 anglos face à 75 francos, une farce, nous serons bientôt davantage minorisés. Face à un projet de loi nocif aux Québécois, le QuébÉcois se lèvera et on l’écoutera distraitement puis une voix tonnera : « Bon, passons au vote maintenant ». Bang ! Tais-toi donc, bonhomme, tu n’es plus maître dans cette maison !

LA FIN DU PARTI LIBÉRAL AU QUÉBEC ?

Qui me répondra ? Va-t-on assister bientôt à la mort politique du parti de Jean Charest ? De nos anglos songent à un « fort » bien à eux, capable de faire mieux que feu Alliance Québec et feu le Pari égalité. On sait que « sans » nos anglos et leurs assimilés le Parti libéral du Québec se retrouvait battu aux dernières élections. Voici donc M. Allen Nutik voulant fonder un « parti québécois anglo » ! Oui, il aurait ses 5 (ou 7) députés élus mais son groupe se retrouva avec le PLQ dans l’opposition. Et à jamais. On peut imaginer le PQ et L’ADQ se concertant et ayant grande envie de subventionner, et grassement, clandestinement, ce neuf projet nommé « Affiliation Québec ». C’est un très sûr moyen si ce AQ virtuel se concrétise -enlevant le vote unanime traditionnel- pour les nationalistes de rester pour toujours la seule alternative pour le pouvoir à Québec. Ce sera pour longtemps « autonomistes versus souverainistes ». Adieu le PLQ ! Je me trompe ? Je ne crois pas que ce soit du wishful thinking mais un fait bien têtu, la réalité.

Claude Jasmin

Sainte Adèle

« POUR PIERRE CURZY »

Contrairement à mon jeune camarade l’écrivain V.-L. Beaulieu se rangeant sous la bannière du duplesssiste Mario Dumont, je suis pour la venue d’un parti carrément pour l’indépendance du Québec. Un parti rénové. Le PQ. Seul un nouveau venu peut changer efficacement l’image ancienne du P.Q., qui est -chaude actualité- en quête d’un neuf leader. Un chef qui serait un charismatique. Ni Pauline Marois, jadis femme admirable en gouvernement « provincialiste », acceptant hélas « le beau risque », ni Gilles Duceppe, « opérateur » efficace exilé à Ottawa, n’amèneront ce vent nouveau tant souhaité par tant d’indépendantistes. Il faut absolument parvenir à convaincre l’ex-directeur de l’U des A de se présenter à cette course à la chefferie. S’il accepte de se présenter je m’engage -avec tant d’autres n’en doutons pas- à travailler ferme à son élection, à sa victoire. Il est le seul candidat le plus capable de ranimer joyeusement la flamme attiédie. Lors d’une réunion récente -plus ou moins clandestine- d’une vingtaine de patriotes dans une salle de la SSJB, j’ai plaidé très fort en faveur d’un leader à dénicher qui saurait faire appel aux émotions, aux sentiments. Pas seulement à une idéologie calculatrice, démagogique, cartésienne, froide. À cette chaude séance, sans le nommer, c’est à Pierre Curzy que je songeais. Notre « nation » (selon Harper désormais) québécoise, -encore apatride hélas- aura son pays bien à elle quand viendra sur les hustings un leader qui aura le verbe d’un Pierre Bourgault, la chaleur communicative d’un René Lévesque (première manière), l’entêtement farouche d’un Jacques Parizeau. Pas avant. Pas autrement. Pierre Curzy possède toutes ces qualités.

M. Parizeau a eu tort de s’en aller alors qu’en réalité, on le sait tous maintenant – guettons le rapport du juge Grenier- nous avions gagné ce référendum « volé » de 1995. L’archi-prudent Lucien Bouchard a eu tort lui aussi de ne pas déclencher un référendum, il l’aurait gagné, S. Dion-le-partionnniste en convenait secrètement, vient-on d’apprendre. Le moment est donc venu -non seulement de reprendre le pouvoir avec un chef dynamique comme Pierre Curzy- mais aussi d’enfin nous gagner une patrie. Curzy saura gagner -avec émotions et sentiments- les faveurs de tous les nationalistes québécois. Il s’allierait même ces candides égarés, voteurs de l’ADQ, un parti engagé dans un naïf autonomisme pourtant bafoué avec Meech ou Charlottetown.

Avec Stephan Harper il y aura bientôt seulement 75 québécois aux Communes en face de plus de 2o0 fédéralistes canadians. Se tenant debout 24 heures en 24 ans d’activités politiques un Robert Bourassa écœuré, au moment de l’échec de Meech, osa son « Quoi qu’on fasse et quoiqu’on dise… » M. Parizeau, illusionné, alla lui serrer les mains. Un Pierre Curzy, lui, pourrait avoir l’honneur et la fierté d’aller au bout de la pensé de Boubou-le-mou. Pour voir arriver ce jour de libération nationale et la fin du « provincialisme » -donc de la gérance-à-tiraillements-perpétuels (sauce Charest)- appuyons ce renouveau fondamental, soutenons avec enthousiasme un Pierre Curzy.

Claude Jasmin

Sainte-Adèle

NOS JEUNES FELQUISTES : DES REBELLES IGNORÉS ? C’EST ASSEZ, ÇA SUFFIT !

Page d’histoire à rétablir

NOS JEUNES FELQUISTES : DES REBELLES IGNORÉS ? C’EST ASSEZ, ÇA SUFFIT !
CLAUDE JASMIN
Le Québécois, octobre 2005

Après presque un demi-siècle, persiste encore une sorte de honte niaise. On continue, hélas, hélas, hélas, le silence total sur des garçons qui hypothéquaient courageusement leur avenir, qui agirent absolument librement et sans aucun profit appréhendé. Qui résistèrent quoi, armés de manière artisanale tout à fait comme ceux de Saint-Denis ou de Saint-Eustache au temps de la guerre anticoloniale des débuts du XIX siècle.

Ces « jeunes gens en colère », qui entrèrent dans la clandestinité, ceux des débuts de 1960 comme ceux de 1970, sont des inconnus pour les jeunes générations. Ils méritent de la lumière, non ? Ils montraient du courage, une audace terrible tant somnolaient la majorité des nôtres, sauf au RIN de Pierre Bourgault. Ils prenaient, oh oui, des risques énormes. Ils allèrent, la plupart en prison, quelques-uns pour longtemps, et en exil, tel Richard Bizier. Ils furent vendus.pour de vrais « 30 deniers », bien sonnants et bien trébuchants, furent trahis par des Judas-Jacques-Lanciault ou bien capturés par une puissante machine de répression militaro-policière avec immense filet mis en action par les agents zélés du fédéralisme canadian et par leurs inféodés au Québec même.

Les rebelles de 1837-1838, ces magnifiques « Patriotes » sont au calendrier et fêtés chaque novembre. Conspués par le haut-clergé froussard face aux « bons maîtres », interdits de sépulture chrétienne, ils sont devenus, le temps passant, des héros incontestables. Plus d’un siècle a passé, c’est bien ça ? On grave leurs noms sur des socles, on rend de justes hommages à ces héros antimonarchistes armés. Qui tuèrent parfois. Pour la cause sacrée. Pour les jeunes membres du FLQ rien, c’est un silence qui a assez duré. De jeunes historiens québécois devraient désormais enquêter et publier sur eux. On découvrira, me dit-on, des « qui-ont-mal-tourné », et après ? Dans n’importe quel groupe de libération, toujours, il y a eu des héros qui ont mal vieilli. Durant la Résistance en France comme parmi les batailleurs de l’Irlande-nord. Pas vrai ? Nul patriote n’est tenu de mener une vie exemplaire après le temps des combats. Et vive la liberté! C’est banal, normal, prévisible que certains comportements héroïques ne s’accomplissent que dans l’urgence d’un moment d’histoire, non ? Il s’agit de faire cesser un mutisme louche. De cesser d’intérioriser de façon fort malsaine la vision haineuse de nos desperados selon les vues forcément rapetissantes des ennemis de notre patrie. Je souhaite – et j’ose croire n’être pas le seul – mieux savoir qui étaient ces jeunes gens qui firent trembler pendant des mois, certaines années, les puissants et les assistants passifs de notre DILUTION ORGANISÉE. Tenez ces deux mots. Ils résument clairement ce qu’est l’Histoire du Canada. Cela depuis le goddam Durham jusqu’à la maudite tromperie faussement nommée : confédération.

Au temps des premiers bombardements felquistes, travaillant comme scénographe au « réseau français » (réseau tant craint par PET) de la CBC, je me souviens fort bien des mines d’enterrement de la riche English section de la dite Boadcasting Corporation, boulevard Dorchester à Montréal. Crispations partout. Énervements subits. Suspicions virant à la plus folle des paranos dans les couloirs, les bureaux et les salles de réunion. On peut imaginer les semblables désarrois ailleurs, à Ottawa comme à Toronto. Noyautage du personnel par des agents de la Police Montée déguisés en cadres. « Le cadre », petit, moyen, supérieur, c’est si pratique comme camouflage policier.

Ce fut un temps de panique, d’agitation bureaucratique allumée par ces quelques jeunes résistants impatients. Bombes donc ici et là ! Posées par qui ne croyaient plus aux faveurs d’une bien lente démocratisation entre les « deux solitudes ». Ainsi le Big Brother (et Big Boss) ce sinistre bloke, Gordon, proclamait scandaleusement que les Québécois, tous, n’étaient pas assez compétents pour obtenir la moindre promotion dans les grandes compagnies, publiques ou semi-publiques. Ainsi, soudainement, voici que des bombes éclataient, sans cesse, et voilà que nous pouvions lire (dans La Presse comme dans Le Devoir) des « avis de promotion » inouïs. Tiens, tiens ! Subitement les Québécois avaient des talents ! Brave et bonne conseillère, la violence ?

Quand les felquistes furent mis en cellules pas un seul de tous ces « frais promus » eut l’idée normale d’envoyer au moins des oranges ou des chocolats à ces très jeunes hommes enfermés en pénitenciers ! Oh, les ingrats. C’était de leurs actions intrépides, de la peur, que survenaient leurs neuves fonctions importantes, leurs nouvelles grosses gages. Ces jeunes garçons du FLQ avaient réveillé ces racistes francophobes, bonzes à clubs privés interdits aux nôtres, bonzes du Golden Mile, mandarins racistes des establishements. C’était donc la frousse-au-cul de ces damm blokes qui venait de permettre – à nos compatriotes doués – la fin du mépris raciste anglo et d’avoir droit à des postes de directeurs, de gérants, de surintendants, de directeurs, de vice-présidents. Ah oui, une belle bande d’ingrats ! Ou bien ils étaient tous des innocents, des mal-politisés, des aliénés à plaindre, des désinformés, des polis esclaves habitués aux reconnaisances très tardives. Eh oui, pas une seule orange donc dans ce temps-là. et, en 2005, pas encore un seul nom de ces résistants armés, nulle part, dans aucun manuel scolaire d’histoire, pas une seule mention à aucun anniversaire . anniversaire qui pourrait souligner « un tout-petit-peu-au-moins » les bénéfices cueillis à cette époque par les nôtres.

« Oui mais il y a eu des victimes innocentes », me dit-on aussi. Inévitablement. On n’a qu’à lire un peu à propos de tout mouvement d’émancipation, de révolte. Au Mexique des Zapata, des Bolivar comme aux jeunes Etats-Unis de 1776, il y eut des victimes, on peut citer mille villes et/ou pays, n’est-ce pas ? Il faut être d’une candeur rare pour imaginer une lutte, un combat armé et souhaiter qu’on n’y trouve aucun sang versé. Oui, il y a eu, hélas, cette dévouée simple secrétaire chez La Grenade Shoes, cet étudiant, kamikaze sans le vouloir, jeune et maladroit porteur de bombes sous Vallières et Gagnon, l’étudiant Corbo, 18 ans. Et cet agent de police devenu hélas handicapé, hélas aussi ce malheureux concierge, M.O’Neil, gardien d’une caserne militaire une certaine nuit de bombe. Et puis, il y a 25 ans maintenant, événement traumatisant, un député-ministre libéral, Pierre Laporte.

J’en oublie ? C’est possible. Encore une fois, cette partie de NOTRE histoire, gênante pour les timorés, qui est tue, cachée, doit désormais trouver de l’éclairage. Ces batailles, rarement meurtrières, devraient faire partie des manuels scolaires, sans aucune espèce de honte, avec vérité. En montrer avantages et désavantages, oui, ces graves inconvénients via la répression. Blocages de promotions pourtant méritée, mon cas à trois reprises à la SRC quand j’étais security risk n’est-ce pas, comme Gérald Godin, ou un Norman Lester, il y a pas longtemps. N’oublions jamais les ordres « implicites » de PET à la RCMP d’où vols des listes du PQ, (vraies) bombes, (faux) communiqués felquistes, incendiât de grange.

Oui, il est urgent maintenant qu’un chercheur sorte de l’ombre ces vaillants jeunes défenseurs des nôtres injustement enterrés vifs. Nous souhaitons ce (ou cette) amant de lucidité, de franchise. Que ce sain travail d’histoire normale se fasse dès à présent, presque 50 ans après les premiers gestes du FLQ. Ils sont des faits notoires. Facile à dénicher cette part d’histoire dans les archives des journaux. Maintenant pour rendre justice mais aussi pour faire enrager et nos adversaires néo-rodhésiens (1) et néo-chiens-couchant. Qu’ils en bavent ceux qui, salauds finis, inventent la nocivité et l’inutilité des actes terroristes en vue de notre liberté totale. Personne n’insulte la mémoire de M. Begin qui fut, lui aussi jeune, un fort actif terroriste aux aurores de l’installation de la patrie juive.

L’autre qui me dit aussi : « Oui mais le raciste Speak white montréalais des Square Heads, si insultant, on ne l’entend plus. Tout a changé maintenant, non ? » Je répond : raison de plus de revaloriser les premiers jeunes combattants de notre lutte d’émancipation. Ils furent héroïques, il ne faut plus craindre de le dire, de vanter ces gars-là, de narrer leurs actions illégales mais non « illégitimes », dans nos livres d’histoire. Seul le regard méprisant de nos vieux agents d’assimilation, celui des foremen de nos pères soumis, nous empêchant de crier : « Honneur à vous premiers combattants du milieu du 20ième siècle ! ». Et l’autre mal-décolonisé, aliéné qui me dit encore : « En 2005, pourquoi reparler de ces années noires ? » Parce que « je me souviens », parce que relater ce passé récent, c’est exactement le rôle de l’historien. Justement, en 2005, il faut en parler, il faut inscrire les faits, la courageuse action entreprise quand il y avait encore, malgré les promesses des quatre « L » (Lesage, Lévesque, Lajoie, Laporte) trop peu de progrès, et, partant, trop peu d’espoir. Les âmes délicates, les bons-ententistes à tout prix, les effaceurs des faits gênants, les révisionnistes patentés, tous ces cornichons frileux et hypocrites, ces carpettes de l’axe anglo-américain, ces lamentables cocus-contents, vous verrez, vont se pincer le nez, l’auriculaire en l’air, « Quelle horreur ! Ces bombes, pouah ! » Ce qui va ravir les anciens patrons blokes et leurs courroies dociles en fédérastie.

Au moment où le vaiseau coule, au moment où les rongeurs fédérats (afflublés du beau mot de créatifs publicitaires) se sauvent, se cachent.c’est bien, non ?, le bon moment de louanger des jeunes gens impétueux, d’un courage édifiant, et, je le répète, qui hypothéquaient leur avenir complètement. Agissant pas pour gagner des sous ô Juges Gomery de la terre, mais pour effrayer des racistes sourds à 85 % de la population les environnant; ce qui était un racisme québécois à la sauce « Afrique du sud » !

À partir de maintenant, de cet appel, j’ose espérer la rédaction généreuse d’une personne du monde des historiens. Justice sera enfin rendue. Un malodorant silence enfin brisé. Un tabou bien con enfin démoli. Tout un pan de notre histoire, celle de nos jeunes felquistes, n’a absolument rien de honteux.

Cette honte que la gent bien-pensante, languedebois-parlante, nous ordonne de nous taire sans le dire, elle fait exactement le jeu de nos dominateurs. Y compris le jeu de la horde des méprisables libéraux à commanditaires stupides, à vagues de pavillons unifoliés. Et le jeu des valets ottawaïens, des rois-nègres serviles, à la Georges-Étienne Cartier, le vire-capot, ou à la Louis St-Laurent, le tergiversationnaliste, ou encore à la PET-Trudeau, le jetsetter apatride et déraciné, enfin à la Jean Chrétien, cet ignoble Janus (à deux et quatre faces) le pire de notre histoire.

Eux tous et bien entendu de mèche avec nos adversaires les noyeurs intéressés de nations souveraines, les installateurs zélés de mosaïques et du multi-cul. instrument si pratique pour nous diluer au plus tôt : qui ?

Nous : les trop longtemps endormis Québécois bafoués, nous, la trop patiente naguère MAJORITÉ INVISIBLE, nous, les anciens mollassons « moutons », nous les ancien favorisateurs des ghettos, nous les jadis racistes invertis (nous n’étions que des crétins, c’est entendu.)., c’est terminé en 2005, enfin ! Combat essentiel en 2005 ! Eux, les à-abattre » électoralement désormais avec tous leurs parasites vénaux, des Chuck Guité graisseurs compulsifs jusqu’au « prophète indépendantiste » loufoque, le pourri revenant shakespearien du Danemark, l’Alphonso.

Je sais, je sens, que l’on va venir corriger cette part de notre histoire en 2005 et le vieil homme que je suis devenu en est si content, si léger, si fier. Je dis déjà merci à cette personne courageuse. J’ai déjà hâte à cette lumière. J’ai hâte déjà à toute la vérité. Comme je le fis, en 1965 en page de garde de mon roman populaire (ce qui enragea les abbés Marcotte de tout le territoire! ), « Pleure pas Germaine », je veux dédier ce petit pamphlet à (et peu m’importe s’ils ont bien ou mal tourné – et c’est quoi au juste « mal tourné » – ) à MM. Mario Bachand, Alain Brouillard, Richard Bizier (que je revois parfois), François Gagnon, Jacques Giroux, Gabriel Hudon (condamné 20 fois à la « perpétuité » et à qui, en 1980, je confiai mon « Contes du Sommet bleu » chez Quebecor), Yves Labonté, Denis Lamoureux (aidé à sa sortie de pénitencier par Pierre Péladeau), Eugénio Pilote, Gilles Pruneaux (rencontré à la célèbre « Taverne Royal Pub » en 1961), Pierre Schneider (aidé aussi chez Péladeau), Georges Schoeters, (émigrant du pays de Brel), Roger Tétreault, Raymond Villeneuve (encore actif chez les radicaux de la cause).

Vive TOUTE l’histoire !

CLAUDE JASMIN

(1 : « rodhésien » est l’infamante épithète publiquement utilisée pour nos racistes par René Lévesque face au racisme francophobe des anglos de son temps. C.J. ).

Gilles Proulx, André Boiscair : éphémérides ?

Deux sorties de route dans les actualités : celle d’un radioman ultra-bavard, Gilles Proulx et celle d’André Boisclair.
Le premier, un matin, perdait la boule en ondes sur TQS), l’autre, jeune candidat péquiste admiré, fut bien obligé de dire la vérité sur sa totale immaturité quand, ministre sous Bouchard, il se moucha de poudre blanche. « Son chien est mort », disait-on jadis. Même la femme de César devait se tenir à carreau, n’est-ce pas ? L’autodidacte, ex-gamin-voyou de Verdun, Proulx, acceptait volontiers de jouer « l’avocat du diable ». Grand risque ! J’ai souvent dit « non » à ces organisateurs de foire d’empoigne. Mon ex-camarade (à Cjms), Gilles, n’est pas équipé comme il faut sur le plan intellectuel. Je crois qu’il le sait. Ceux qui le sont, hélas, hélas, ne font pas un bon show, triste loi du genre.
La foule des badauds n’aime pas du tout les nuances, les distinguo, alors, des « intelligents et instruits », restent en dehors de ces patinoires populistes. Un fait têtu et connu, enrageant. La foule observe, amusée, ces jongleurs sur-corde-raide, oui c’est un cirque. S’ils tombent, elle fait « Ahhh! », s’en va vite voir ailleurs d’autres audacieux équilibristes. Quant à Boisclair, c’est fort malheureux car le jeune homme politique montrait de belles qualités. Revenu de Boston (Harvard University), Boisclair (c’est assez certain) s’en ira à Toronto. Comme il le planifiait. Hors de réflecteurs, il gagnera sa vie facilement.
Éphémérides que tout cela ? Eh oui; tout passe, lasse, casse. « Un clou chasse l’autre », dit le proverbe, un film chasse l’autre ? Je sors de « La neuvaine » du cinéaste Émond, de « Familia » d’Archambault. Quelle chance nous avons les Québécois ( petit pays) d’avoir notre cinéma. « Familia », vite allez-y !, fait voir un certain monde actuel, une boomer (Sylvie Moreau) en joueuse compulsive qui traîne sa grande gamine comme un boulet (mais néanmoins aimée). Sordides images. Frappantes scènes. Son amie, banlieusarde confortable sombre aussi dans son existence factice. Elle élève (!) une ado elle aussi, fera face à un jeune époux inconscient qui installe secrètement un autre ménage ! Oh, courez voir « La neuvaine » ! propos hors mode cette fois. Émond, avec un talent épatant, raconte une dérive pas moins pathétique. Un jeu d’images toutes feutrées qui narre avec délicatesse, tendresse, une jeune toubib suicidaire —Élyse Guilbault, parfaite— secouée par un jeune quincaillier inconsolable de la mort de sa vieille mère adoptive qui se meurt. Si vous ne pleurez pas c’est que vous avez le cœur anormalement sec.
Un livre chasse l’autre ? Sans doute. Relire « Trente arpents » du vieux Ringuet vous illustre « la terre abandonnée », question éternelle encore en 2005. Glaner dans l’œuvre de Gogol (Pléiade) m’a replongé dans la queste spirituelle du film d’Émond. Lire « Dans la jungle… » du financier Jarilowsky renseignait avec étonnement l’innocent que je suis en matière de « bourscoteur ».
Et « L’idiot du village », non ce n’est pas tout à fait moi !, de Rambaud est une excitante et amusante aventure quand, en 1999, un boomer de Paris, tombe dans une faille du temps (1955) et se retrouve à sept ans. Quel aventure, lisez ça !
Jean-Marie Paradis (Septentrion éditeur) nous offre l’histoire de « Morin » (c’est le titre). Augustn-Norbert Morin, l’ami du grand Papineau finira co-premier-ministre ! Il était temps d’en apprendre sur cet homme hors du commun; j’habite à Sainte-Adèle une rue qui porte son nom et il y a des tas de sites, écoles, parcs et…. Val-Morin inclus ! Enfin j’ai lu « Les raisons de la colère » ( Fides), toute une brique (430 pges) pleine des propos de ce diable d’Yves Michaud, l’ami de René Lévesque. Vous lirez ses anciens « papiers » et aussi ces batailles contre les banquiers potentats véreux —et Jarilosvsky est d’accord ! Aussi sa terrible colère, sa vaste rage contre tous les députés serviles et idiots empressés de le faire passer pour antisémite-de-service. J’ai connu, en 1994, cette sorte de jugement folichon quand j’ai osé dire la vérité sur le comportement raciste, ghettoïde, des juifs orthodoxes dans Outremont. Je restai 15 brefs jours candidat du Parti Québécois où des inquisiteurs énervés avaient eu peur de leur ombre ! Oui, tout passe : Boisclair serait évidemment un risque grave aux élections prochaines, Proulx deviendra prudent à « 98,5-radio » le midi; tout lasse, tout film chasse l’autre, toute lecture aussi. Je commence le dernier Philippe Djian (37 et demi le matin) « Impuretés » qui raconte des bourgeois boomers imitant la « sauce sexuelle » navrante et lassante du triste laideron (et qui perd ses dents, confiait-t-il au Ardisson !), ce sinistre Ouellebec. Un boomer borné, jeune quinquagénaire obsédé. Aussi irais-je au bout de ce « Impuretés » ? Pas sûr. « La neuvaine » m’a touché qui nous dit tout doucement que la vie, pour être vivable, a besoin d’un sens. Un langage de sourd (et tant pis pour eux !) pour les Ouellebec d’ici et d’ailleurs.

Lettre ouverte à M. Tetley, ex-ministre.

Monsieur le prof de droit à Mc Gill, je viens de lire (Le Devoir du 24 octobre) votre étonnante version d’Octobre 1970 » qui vane les bienfaits de l’armée dans Montréal et des 497 incarcérations préventives. Selon vous, trois manifs de 1969 (7,31 oct. Et 7 novembre), un an avant (!) l’automne de 1970, pavaient la justification des « Lois de guerre ». La grève des médecins (spécialistes) aurait amené Bourassa et Drapeau, le 15 octobre, à songer « déjà » à cette loi d’exception. C’est tout noté. Selon vous, le 16 octobre les dés étaient jetés et Trudeau consentait comme malgré lui (hum…) à envoyer la soldatesque. Cette liste noire policière (avec des Godin, Pauline Julien, Miron, etc.) révisée par la bande à Gérard Pelletier fut stoppée plus tard par Jérôme Choquette qui en « eut assez de la farce » (ses mots en interview), était donc bien plus longue qu’on croit.

Alors candidat à l’échevinage pour le FRAP (dans Ahuntsic ouest), j’avais eu droit à deux subites inspections : pour les plaques des vélos de mes enfants et puis pour vérifier l’état de ma fournaise ! Ça fouinait dans la cave et le garage du maudit barbu gauchiste. Sachez, maître, que les cris « du sang dans nos rues », par un Drapeau hystérique en campagne électorale, de « Ce FRAP paravent hypocrite du FLQ », par un Jean Marchand enflammé à Vancouver, de ce « Coup d’état-putch des Pépin, Ryan, Lévesque », rumeur répandue par dame Gérard Pelletier à Ottawa, tout cela, assassinait dans son berceau un démocratique parti municipal de gauche. Toutes nos assemblées publiques ou « de cuisine » se faisaient annuler très subitement. Ce fut la fin brutale d’un espoir. Cette hideuse propagande fit triompher Drapeau en pleine Crise d’octobre.

Le démocrate (?) William Tetley s’en trouve tout content, lui, et vante Frank R. Scott qui respirait d’aise avec son « le gouvernement est de nouveau stabilisé ». Non mais… Ce pauvre vieux Scott qui se baladait sur sa longue galerie —avec sa carabine— tant il craignait les terroristes en Estrie ! Bouffonnerie. Il ne reste qu’une franche lecture d’Octobre 1970 : sous prétexte de capturer une toute petite poignée de terroristes québécois, il fallait en profiter pour discréditer et le Parti québécois (avec vol de ses listes électorales, incendies frauduleux, faux communiqués felquistes) et du même coup le jeune FRAP. L’ex-ministre libéral n’a qu’un seul regret : « N’avoir pas mieux vérifier la liste des internés ». Mais il s’abrite aussitôt : « Bourassa nous disait qu’il ne fallait pas s’immiscer dans le travail policier ». La police bien au dessus des élus quoi… Franchement M. Tetley, téter comme ça, c’est « téteux » rare !

Claude Jasmin, écrivain

Sainte-Adèle,

24 octobre 2003.