(mon ange Angela) CHAPITRE 9 (?) – C’te lundi 22 déc.

Notes : vu hier un navet total : « Le maitre de suspense », une horreur de niaiserie visuelle. Des cons, avec nos économies publiques ont financé cette cochonnerie de scénario débile. Puis un bonheur : jacasser avec ma fille. Comme si j’y étais, au soleil, à un rivage de l’Atlantique, en Floride. Surgit soudain à l’écran de mon ordi, merci la technologie actuelle !,le beau jeune prof de musique, Gabriel, petit-fils bien aimé. Et vu aussi mon webmestre, mon gendre. À la télé, vu hier soir, le beau fracas musical de Dan Bigras, le fils de mon ami, feu l’audacieux psychiatre Julien Bigras, le doc et écrivain Ferron me l’a dit : Bigras osait soigner de très dangereux aliénés qu’aucun toubib n’osait approcher ! Ce fut encore un show au dynamisme total. Mais là, faut revenir à ma première blonde.

Notes : ce temps, dit des Fêtes, m’embarrasse. Des cadeaux à faire. Des repas à organiser ? Oui, non ? Inviter, être invité. Ma chère Raymonde devenue très jongleuse : Jacques Boucher, un de ses deux frères, a été hospitalisé et il va pas mieux. Va être ré-opéré peut-être. Pour ses poumons. Téléphones sans cesse. Il y a Marielle, ma quasi-jumelle, ce matin,on l’a libérée de Hochelaga-Maisonneuve. Annulation subite d’une opération. Remis à on ne sait quand, merde. Son désespoir. D’autres téléphones croisés donc. Une étrange préface à ces Fêtes !

Monique Miller, amie de R., distribue des copies de mon compliment écrit pour son anniversaire. J’en suis flatté. Ne pas oublier d’aller voir en 2015, bientôt quoi, cette grande expo sur la Grèce antique et qui « tournera » après Montréal, dans tous les grands musées aux USA. Je lis la vie de Cohen (Léonard), grand et respecté poète et chanteur, né à Montréal. On ira bientôt à un CHSLD de St-Jérôme, pour une sorte de banquet « des pensionnaires », avec la maman de ma bru, Lynn Lapan. J’aime bien cette Denise qui rit volontiers (bon public !) à toutes mes anecdotes, facéties et potins sur les temps de jadis, son monde enfui à elle aussi.

Mon précieux fils de Val David est encore venu ce matin, lundi, mettre à jour mon ordi. Je me demandais ce qu’il ferait depuis qu’il a abandonné sa carrière ( 29 ans !) de designer (de Jeux de société), vaincu par les maudits Jeux Vidéos), Lynn me souffle : « Papi, votre gars s’est mis à la rédaction d’un roman… Oh, oh !

 

PATER NOSTER UN SOIR À AHUNTSIC !

M’imaginerez-vous, amis lecteurs, par ce beau jour de fin de printemps bien installé dans un très « vert jardin ». Un tableau de Gauguin, du célèbre Facteur-Cheval, vrai, présent rue Chambord à Ahuntsic. Oui, un jardin « extraordinaire », cher Charles Trenet. Que de bosquets, d’arbustes, de fleurs, etc. Un patient ouvrage de ma fille Éliane, surdouée ma foi (pas comme son paternel) en botanique urbaine. J’y joue, ravi, ému, le doyen des invités, le pater noster de juin.

C’est la « fête des pères ». mais oui, une convention, pour certains une obligation quand on a tant de griefs —fondés parfois, infondés aussi — avec celui qui « jouait » malgré lui, vaniteux, le pater familias. Juste un paquet de souvenirs pour tant de vieux ou jeunes… orphelins. Ce triste mot. Orphelins volontaires parfois, assumés, suites à une bête chicane ou à une querelle grave. Cela peut survenir dans les meilleurs familles et, alors, triomphe le cri du célèbre inverti, André Gide :« Familles, je vous hais… portes closes, etc. »

En somme, c’est aussi un jour très ordinaire. Un peu tragique, par exemple, si le père est resté dans la patrie d’origine. Réalité, un fait fréquent en nos temps d’émigrations plurielles, si variées. Songe-t-on assez à ces familles cassées, dispersées, réfugiées de mille sortes ?

Eh bien, pour votre chroniqueur favori ce dimanche, rue Chambord, fut chaud et doux. Malgré mes oreilles (pires que faiblardes) j’ai écouté (oui, moi le bavard intempestif) les potins, les rumeurs, les échos…papotages divers communs à ces rassemblements familiaux. Marco, gendre et webmestre, avait cuisiné sur son BBQ, une bouillabaisse de son art (canard et poulet). Le vin rouge, mon copain cher, coulait aux gosiers et le soir se montra avec, hélas, l’heure du départ.

Bon. À quoi ça sert ? À rien. Juste un banal et annuel rappel. Nécessaire. Occasion d’en profiter. J’imaginais en ce si doux dimanche, un peu partout, dans tant de territoires de notre planète, ces millions et millions de petits et grands caucus, lourds ou légers. Avec des millions de « papas » fêtés le plus souvent maladroitement tant, par ici, hélas, les épanchements sont toujours comme encombrants, mal venus. Oui, particulièrement au Québec, au pays des hommes-de-peu-de-mots. Des « taiseux ».

Il y eut l’échange de cartes de bons vœux. Les clichés-mots « imprimés » d’avance et les souhaites écrits, plus sentis. Échange de cadeaux. Alors, dans l’air aimable du soir, entourés de tant de verdures, fusèrent des mots ordinaires, des paroles chaudes, des regards croisés sur des sourires. Des souvenirs nostalgiques. Quelques rires un peu forcés. Quoi ? Eh oui. L’amour par ici souvent bégaie, bafouille, cherche ses mots, Quand ces aveux doux sont des sortes d’obligation dont on n’a à vrai dire, aucun mérite. La réalité : On a pas choisi ses parents ! Il n’en reste pas moins que ces réunions rituelles, imposées, mais oui— sont une belle occasion de rencontres vivantes. Car je connais de « vieux » enfants, qui sont allés voir un très vieux papa, pas en bien bonne santé, à la mémoire (tragédie) enfuie…dans un refuge hospitalier. J’en connais qui sont allés faire un p’tit tour dans… un cimetière !

Je ne l’ai dit à personne mais j’ai eu une pensée attendrie pour celui-là que je fus, ce papa d’ il y a bien longtemps. Un grand con. Avec un grand cœur. Qui ne savait pas trop comment « être un bon père ». Pas d’école, ni manuel pour ce rôle si grave. Aussi, je garde pour moi mes regrets et maladresses de jadis. J’aimais. C’est tout. Cela a servi sans doute à amoindrir mes failles, mes bévues, mes erreurs. J’aimais.

LE MONDE DES BÉBITTES !

« There’s back », dit elle. Qui ça ? Les fourmis. Dès le retour des temps doux, on les regarde parader dans la maison. Un temps, ce fut effrayant : des « fourmis aillées », oui, plein le mur qui rampaient, denses régiments entre deux fenêtres au bois pourri du portique !

Vue l’autre soir une répugnante araignée juchée sur de talons hauts des six pattes. Gracieuse et apeurante à la fois. Cris de la femme et sortie d’une gazette : paf ! Fier de jouer le héros; ridicule mâle va ! L’autre matin, apparition sur une rampe de « bêtes à patates », de « bêtes à bon Dieu » (disait-on aussi) rondes bébites familières, jolis mini-dômes orangés piqués de cinq point noirs. Une pichenette et la ronde bébite s’envole cul pardessus tête avec atterrissage dans les lilas.

Hier, soudain, le premier papillon en visite, tout simple, tout nu, blanc. On est loin des jolis monarques qui reviendront d’hiverner au Mexique. Ensuite, au bord de l’eau, entendre les premiers croassements, ma première grenouille sous le myrics baumier de la berge. Eh b’en ça y est : tout sort de terre. Ça y est, l’été va s’installer et tout un monde lilliputien va nous apparaître. Un univers, parfois quasi invisible, va se sortir des flancs des terrains. Les mulots, « rats des champs » ?, abandonnant leurs boueuses tanières miniatures un peu partout. Pistes inconnues ici et là. Mystère souvent pour l’ignare en affaires de « bébittes » comme moi.

Ce monde de « peu de place » témoigne néanmoins d’une vie vive. Et je me souviens, enfant, à chaque printemps, ce petit monde grouillant de diverses vermines sous le hangar de notre cour, là où notre père, bricoleur, entreposait n’importe comment, ses vieilles planches. Gamins, on poussait parfois des cris d’horreur découvrant à genoux ou à quatre pattes, des vers gluants et poilus, de bizarres chenilles rousses se trémoussant, le dos rempli d’antennes, des mille-pattes se dodelinant dans le cœur du bois pourri et nos sœurs, des filles, criaient.

Au camp d’été, souvent, une variété multipliée, gros bourdons luisants, guêpes-léopards à tailles fines, scarabées aux picotages troubles, se griffant dans la moustiquaire métallique des galeries d’été. Ô « mouches à feu » bien aimées dans les soirs sous nos fumées —à chasser le maringouin. Écoutons dans la longue « balancigne, tard, les « bonnes chansons » de maman —qui permettait de veiller tard lors des canicules. Se souvenir soudain d’une vraie « plaie d’Égypte » rue St-Denis, des sauterelles, par millions ! On s’entendait marcher dans un craquelage inouï sur le trottoir. Ou bien, soudain, par millions encore une fois, millions de « mouches de chaleur ». Ou ces « mantes », une blanche neige hirsute qui recouvrait partout tout.

Ah oui, il est revenu le monde des p’tites bébittes !

UN-JAR-DIN-EX-TRA-OR-DI-NAI-RE ( chanson de Trenet)

C’est une géniale chanson que ce « jardin », un air si enjoué, que je turlutais il y a peu en regardant du balcon, mon jardin. Jardin ? Tout petit domaine, enfin libéré vraiment de l’hiver. On a besoin de pas grand chose au fond pour un peu du bonheur. J’ai eu l’envie subite d’aller inspecter mon « petit arpent du bon Dieu » (bon roman d’Erskine Caldwell). Bien petit jardin, terrain banal au fond, mais, mes voisins confirmeraient : petits lots qui font notre joie !

Depuis des décennies que je m’y frotte, que je redresse ceci ou cela, que je dégage un arbre nain ou que je déménage au soleil un bosquet contrarié. En y arrivant —juin 1973— il n’y avait dessus qu’un érable au pied de la galerie. Un mini prunier, bizarrement stérile après sa floraison; aussi très un vieux pommier à mi-côte. Sur la berge, deux vieux saules (pas pleureurs du tout). J’y descend : tout de suite le cher lot de lilas et devoir émonder, éliminer les parties comme tombées au sol depuis une certaine tempête. Ensuite éclaircir cet « arbres à bleuets » dont le nom m’échappe toujours et qui nous est une volière fantastique, la mangeoire appréciée d’oiseaux divers.

Aller marcher à gauche et craindre la pousse rapide des cèdres, songer à un barbier drastique. Et puis marcher vers le fantôme du beau bouleau, hélas, tombé malade, puis admirer le sorbier pétant de santé et marcher sous la mini sapinière —mini-épinettière— du milieu du jardin. Mini-boisé de haut et sombre bouquet éclairé d’érables —si colorés en octobre ! Voir des flèches, des clochers, nichoirs de geais bleus. Aussi hélas de criardes corneilles ces temps-ci ! Revoir en pensée notre si vieux pommier (Claude-Henri Grignon, gamin, y grimpait) tombé raide mort l’an dernier ? Revoir aussi toute cette zone du jardin mis en jachère de force, par ordre de la municipalité. À « fin écologique » ? Y planter quoi ? Des « sauvageries », consulter un jardinier expert, mon neveu Sylvain V. l’expert  de Saintt Eustache ?

Dans les haies du bord de l’eau, revoir de ces jeunes érables camouflés sous le myrics baumier. Arracher ? Craindre le lac bientôt caché à notre vue ? Oui. N’oublier jamais —à chaque printemps— d’étêter tous ces chèvrefeuilles, un lierre connu, utile et commun—aux baies jolies à l’automne. Une vulgaire végétation synonyme de « clôture », de « barrière ».

Je passe à l’autre coté de notre modeste jardin et c’est soudain forêt avec tous mes sapins plantés en 1973, devenus des géants. Une joie des yeux et ma fierté candide. Ces arbrisseaux, nains résineux, arrachés au domaine public. À présent des « pattes d’éléphants » gigantesques ! Aussi des fournisseurs d’ombres —appréciés durant les canicules.

Par ici, sous ces pachydermes, c’est « adieu pelouses » ! C’est devenu un tapis acide de mini épingles et aiguilles. Entre ces colonnes de gris, tronc en colonnes naturalistes, sont apparus de grasses jolies fougères. Qui font accroire à un coin de forêt ! Bon : examen ici, d’un rocher tout moussu, là, de quelques roches veinés. Immobiles monuments anonymes, symboles de nos ingrates terres-à-cailloux, de nos Laurentides. Pour finir, examen des parterres. À cueillir, de gros sacs au bord du chemin. « Fin du ramassage » des cadavres moches : branches tombées, feuilles mortes oubliées, cartons, bouts de papier ou de toile. Restes effilochés de plastique, canettes jetées, le jeune vaillant Jean-François a collaboré et voici donc un jardin, oui bonhomme Trenet : extraordinaire. Jardin banal pour le passant mais c’est le nôtre, alors il n’est pas ordinaire. Anciens citadins, nous voilà fiers comme Artaban, heureux, comblés… pour un simple « carré » de nature, pas beaucoup plus grand qu’une placette, qu’un square en centre-ville… mais qui nous paraît bien vaste, si vaste !

BROUILLARDS ET BROUILLONS

Nous cherchions —à aller chez Honda— par une voie de service, roulant vers l’ouest de la 15. Pas loin de St-Jérôme. Soudain, dans un débat de soleil et nuages, du brouillard ! Paysage d’apocalypse ! Une fin d’après-midi et découvrir la rivière du Nord obèse, folle, déchaînée. Découvrir un barrage géant et puis une effrayante chute d’eau. Soudain, sur la grondante rivière un très long abri, un tunnel de toile et puis voir des travailleurs sortant d’une usine au loin (Cascades ?); ouvriers pliés, courbés marchant vers leur stationnement.

En cette zone si sauvage, une pancarte : « Maison de retraite ». Eh b’en, un décor de fin du monde. Ce récent jour, sous un ciel aux lueurs chamarrées, que de trombes d’eau déchaînée. Déformé, à l’horizon embrouillé, une usine ! Est-ce Cascades inc,, l’ancienne usine des Rolland ? Par temps-de-chien, allez roder par là. Un spectacle impressionnant si vous traversez vers l’ouest —Chemin du Grand Héron— pour voir ce lieu tourmenté, gigantesque voile, vaisseau fantôme. Nelliganien ! Ce barrage, sa chute impressionnante, découvrez un théâtre naturaliste bouillonnant. voyez la Nord en convulsions, rageuses. Loin de son cours tranquille le long de la piste cyclable mis à part les rapides de Val Morin. Cette Nord « bardassée », et qui tourbillonne fort. Ce jour de vendredi-saint, ce fut un vaste bain d’un Spa goliathien.

J’en ai déjà jasé ici : on est allé revoir, Raymonde et moi, la Nord en folie sous le pont au bout de la jolie rue Rolland. Quartier éponyme de Sainte-Adèle. Allez-y ! Encore cette vue excitante, énergisante, qui fouette, stimule, le regard. Ses eaux en crue d’avril, en furie, une chamaillerie de flots d’une grande violence, un remue-ménage ondien remplit d’une sorte de gaieté (oui !) aussi une joie sauvage pour les oreilles, (même les miennes, faiblardes). Par là, c’est le dieu Neptune en grande colère !

Je n’oublie pas —vélo sorti bientôt— près de la « P’tit train du nord », les remous d’eaux énervées de la Doncaster aux alentours de « la cabane » ( dite à Eddy). Irez-vous re-visiter ces remuantes, fascinantes chaînes de remous fougueux qui nous appellent à grimper dans le boisé.

Bientôt maintenant —viens donc juin— tout se sera calmé, ces grandes eaux turbulentes se seront pacifiées. Privées des ruissellements printaniers. Oui, désormais, alimentées de ses familiers et habituels courants tranquilles —s’il n’y a pas déluge. Ce sera l’adieu aux torrents, l’au-revoir-au-printemps prochain, ce sera l’été bientôt, ses beaux jours chauds et les joyeuses excursions, ses pimpantes randonnées pédestres dans notre nature laurentidienne qui se sera calmé les nerfs ! Toutes ces zones bruissantes, énervantes, redeviendront l’affiche des tranquilles, invitantes promenades.

Enfin, j’y pense souvent, viendra-t-il quelqu’un pour nous décrire avec précision, le long sinueux de la rivière du Nord ? D’où son démarrage ?, Où sa chute finale ? Où, au juste, va-t-elle se jeter dans l’Outaouais ? Qui racontera son cours inconnu dans ses terres jusqu’au delà de Lachute ? Qui nous parlera de l’inconnu, du premier amont, su premier aval Proche ou loin de Montebello ? Mon envie, plus jeune, jadis, d’y aller naviguer. Canot. Chaloupe. Voire en pédalo à travers champs, avec un appareil-photos. Oui, qui ira épier ce très long serpent aboulique ? Part-il de Tremblant ou de plus hait encore ? Vous irez fureter ? Alors, revenu, ou y étant déjà aller, racontez-nous ça ici, à « Pays d’En Haut », de grâce ! Merci d’avance ?

HÉLIOTROPE

Dans Starmania —faible scénario avec chansons géniales de Berger-Plamondon— ça pleure : « Je cherche le soleil… »

Eh bien je suis de ceux-là. Sans cesse. Tous ceux dans mon genre, nous sommes des héliotropes —de hélios, « soleil » en grec ancien. Une vraie folie d’être tout semblable au tournesol. Fleur, tant aimé du peintre Van Gogh, qui se tourne vers l’Astre des astres. Envie de rire un peu de moi encore ? Oui. Dernièrement, je notais quatre moments d’ensoleillement dans un seul jour :

1- Dans mon lit, dès potron-minet, ouvrir le store de ma chambre du coté de l’est et puis nouer le rideau pour mieux recevoir la lumière de l’Astre, énergisante, en plein visage !

2- Puis, dévorant céréales et/ou rôties, deux cafés, lisant mes gazettes, j’allume ma lampe solaire sur la table pour pallier ce côté sombre, ce ciel d’ouest. Bien bon soleil artificiel.

3- Ensuite, devoir vaquer aux travaux du jour, mais, en après-midi, pouvoir (vive avril !) aller m’allonger une heure ou deux, en transat sur la galerie, avec l’Astre encore en pleine gueule. Vitamines !

4- Et puis, quand s’approche la fin du beau jour, je cours retrouver mon cher dieu, sous le joli palétuvier à ma piscine de l’auberge Excelsior. Sautiller, trépigner, nager avec mon cher soleil en pleine face ! Entendez-vous gueuler le ténor ? « Oh, lèves-toi soleil ! Tu fais pâlir l’horizon ! » Ainsi —les beaux jours— matin, après-midi, avant crépuscule, moi l’héliotrope se laisse dévisager par « mon grand amour qui est au ciel » !

D’où nous vient, à certains —à plusieurs ?— cette affection, cette vraie dévotion ? Pour mon cas j’ai une hypothèse : dès l’âge de dix ans la découverte d’une plage lors de notre premier été à la campagne, une petite grève de sable importé le long du quai. En face de la modeste église de Saint Placide; là où vit notre plus grand chanteur-poète, Gilles Vigneault.

C’était pari pour la jasminerie et de 1941 à 1951, à nous les rivages de sable du côté ouest du lac des Deux-Montagnes. Longue presqu’île, lieu fameux du nom de Pointe Calumet, beau lieu d’avant les pollutions. Milliers d’après-midis ludiques donc avec ce cher Hélios ! Puis, la pousse des herbiers, algues maudites, d’abord l’immense barrage à Carillon. Jusque vers 1960-70, quelle belle époque. Si bien profitable aux humbles familles ouvrières qui louaient de ces « camps » rudimentaires. « Sur hauts pilotis » car terrains bas et inondables au printemps. Cela pour, souvent, moins de cent dollars pour tout un été !

« Oh les beaux jours », oui Samuel Beckett, du matin jusqu’au souper, c’était baignades sur baignades, concours de plongeons, bronzer sur des radeaux un peu partout, les longs quais de bois, oui, des kilomètres de sable doux et, en prime, deux sablières avec ses petits lacs. Eh bien, pas loin de chez moi, j’entends encore qui résonnent à mes oreilles nostalgiques (comme une cour d’école rempli, vous savez ) de ces joyeux cris des enfants, de rires fous, d’appels entrecroisés. A soleil. Ah, le bon plaisir du « vieil homme » face à ce paysage rieur fait de ces jeunesses en maillots de bains. Futurs héliotropes ?

Cette sonorité si familière me saute aux oreilles avec grand plaisir quand je m’approche de la jolie petite plage, ici, à l’extrémité « est » de notre lac Rond. Même concert gai qui nous arrive parfois de la blonde plage —bondée l’été— du domaine du Chantecler, en face. L’été, à chaque une de ces occasion, eh bien, paf !, j’ai dix ans, je suis au rivage du lac au « camp sur pilotis » avec maman et la trâlée. « Enfance au soleil » ineffaçable chez les héliotropes.

 

FONDUE

 

 

Oui, ça fond maintenant, fonte des restes neigeux qui fait entendre son agréable —bon débarras !— gargouillis aux quatre coins des toits des maisons. Familière petite musique printanière ! Qu’on apprécie, pas vrai ? Partout dans nos chères collines s’enflent ruisseaux, rivières et lacs, « et ça coule ça madame !(la chanson)  »

Tenez, allez donc faire une petite visite dans ce coin sud de Mont Roland. Il y a un pont sous la Nord en furie sous le vent. Un carrefour stimulant où se dévergondent en puissantes tourmentes, la rivière engrossée de tant de…fondues ! C’est ma foi, hugolien ! Pas loin des ex-usines de la papeterie d’antan, voyez ces flots en rage, cette furie aquatique. Cela vous énergira, promis !

Ma joie donc, voyant —enfin, enfin— la gouttière de ma galerie qui bave de sa gueule de tôle pendante. À chaque printemps d’avant Pâques, j’ai souvenir de nus, les gamins qui cassent, à coup de barres de fer, l’épaisse glace des trottoirs. En effet, dès avril, rue Saint-Denis, c’était cette hâte de garçons robustes, celle de revoir le bitume, le ciment, le béton; en finir « au plus sacrant » avec l’hiver. Slogan de Mai’68 : sous les pavés, la plage !, nous ? de pousser aux caniveaux ces oripeaux glacés, sous la glaçons sales la liberté ! Sortir nos scooters, voiturettes, patins à roulettes.

Ces jours-ci, me rendant chaque matin au Calumet —journaux, magazines, cigares rares—, je sors de ma Honda pour affronter la très vicieuse « glace noire ». Chaque matin donc, le risque de me casser la gueule. Fin bientôt de croiser sans cesse dans nos rues d’imprudents enfants les quatre fers en l’air ou des vieilles personnes déambulantes à petits pas calculés; surtout dans la raide Côte Morin. Que de visages effrayés, tremblés par la peur. Moi ? Ah tiens, tiens, je vais m’acheter une canne.

Ô saison, ô glaçons !

Reste un fait : ça y est, ouf !, on y est, terminus ! Avril est la fin du long hiver. Mais oui, bientôt on verra des bourgeons aux arbres. Un premier, coucou !, joli pissenlit —vulgaire dent de lion. Ou encore une touffe de gazon mystérieusement bien vert. Délivrance !

Parfois, Raymonde et moi, on tente d’imaginer les premiers émois de nos ancêtres. Voire la détresse, la stupéfaction de nos premiers émigrés, venus du Poitou, de Normandie, de Bretagne ou de cette douce « Ile de France ». Le choc des hivers ! Oh mon Dieu ! Et en un temps totalement dépourvu des commodités actuelles. Cinq ou six longs mois isolés en leurs terres « de bois debout » , perdus au milieu des « arpents de neige », sacré Voltaire.

Mais bon, résistants farouches, nous voilà toujours ici, descendants des effarouchés. Bien mieux armés par cent et cent progrès. Ce confort, inimaginable jadis. Pourtant on se plaint des hivers « qui n’en finissent plus ». Voir cette année 2014. Bon. D’accord n’en parlons, voici le beau temps revenu. Combien sommes-nous —pas seulement les jeunesses— à nous promettre de jouir mieux que jamais, des trois belles saisons qui s’amènent ? Dont la plus excitante, la toute prochaine, le printemps. Excités, il y a dans l’air, vous le sentez, de vagues espoirs des petits et grands bonheurs. Une joie floue avec des projets naturalistes : randonnées idylliques, fêtes extérieures. Avec des promesses, sorte de résurrection d’après-Pâques ?   Inviter l’ami négligé. Ou ce bon vieux camarade perdu de vue. Inviter une sœur isolée, négligée. Ou un frère perdu de vue. Ou ce papa vieilli et esseulé. Ou une mère. Se réconcilier avec un adversaire. Raccommoder cette rupture bête, d’une vaine chicane, d’une querelle idiote.

Oui, avec le printemps, faisons cela.

VOYAGER, PARTIR, REVENIR ?

« Le monde a changé tit-loup », chantait en effet Dubois. Les jeunesses désormais voyagent. Autour de moi, Simon Jasmin, petit-fils, revient de Bogota, était à Dubaï, il y a peu, qui revenait de Bruxelles, eh ! Le prof de musique, Gabriel, autre petit-fils, visitait l’autre été Hawaï, s’en ira « vacançer » en février, à Saint Barthélemy. En juin, mon Laurent, expert en « saisie électronique d’images » (!) est rentré d’Istanbul, en Turquie, les yeux lumineux !

Moi ? Sédentaire crasse ? Bien, là, devant moi, un fabuleux voyage, très éblouissant. Sur la table à manger, un simple cactus qui soudain fleurit en mini « lys » tout de blanc et de rose ! Les fines étamines d’un rouge si vif dans les mini-cornets immaculés blancs, ces minces filaments cramoisis, fuschia (?). Hypnotisés, nous rçevons, elle et moi, on ne se lasse pas d’admirer. C’est une sorte de voyage, non ?

Amis, lectrices, lecteurs, il y a un moyen si facile de partir, de visiter le monde, de voyager et sans que cela ne vous coûte un seul sous ! Une façon formidable et, qui plus est, vous pouvez n’importe quand suspendre votre expédition à l’étranger, rentrer chez vous, reprendre votre existence normale et, paf !, repartir à volonté. À votre très libre gré.

Ainsi, tenez, j’en reviens, j’ai pu aller dans le « far west » de Moscou. Oui, oui, j’ai pris connaissance intime avec ce vaste pays froid qui allongeait l’URSS jusqu’en Chine, en Mongolie, aux frontières du Japon. Pour cette expédition fabuleuse J’avais, gratuit aussi, un fameux guide ! Alexandre Soljenitsyne, sa prose est d’un calibre parfait et avec lui, j’ai pu examiner avec horreur tous ces camps de détention staliniens, ce sinistre « Archipel du Goulag ». Voyage inoubliable.

En quelques mois, sans quitter Sainte Adèle et ma rue Morin, j’ai voyagé un peu partout et mon budget en a été préservé, intact, vraiment inentamé malgré les distances. Aussi, je ne cesse pas de m’interroger : pourquoi donc —oh oui, pourquoi ?— si peu de lecteurs dans notre monde ? À ma piscine de l’Excelsior, chaque jour, dans les chaises-longues de la jolie serre, voir tant de gens qui ne lisent pas ! Dans les salles d’attente des cliniques aussi ! Un profond mystère à mes yeux. Après tout, sur deux Québécois, il n’y a qu’un « analphabète fonctionnel », non ?

J’ai donc beaucoup voyagé (merci Kindle, adieu biblio !) ces derniers mois. Avec l’effrayant témoin du nazisme, Élie Wiesel (« À Coeur ouvert »), avec ce nasillard troubadour du chant « country USA », le Bob Dylan (« Chroniques »), avec mon cher Pagnol (« Confidences »). Avec René Fallet pour mieux savoir l’étonnant Brassens ( « Georges Brassens »).

Avez-vous bien compris ? Pour me rendre à Sète, pays de Brassens, ou à Paris, ou à Marseille chez Pagnol, ou en Russie ex-soviétique, combien cela m’aurait coûté ? Des fortune n’est-ce pas ? Et, savez-vous le plus beau ?, j’ai voyagé sans les sacrées contraintes, les inévitables : bagages mal faits, rares et ruineux taxis, aéroports bondés, files d’attente, parfois hôtels s’avérant minables, des lits bossus, des punaises descendues des plafonds ( Istanbul !). Oui, lire c’est voyager en tout confort, dans un bon fauteuil, chez vous, à l’abri de tout et peu importe la météo. Je vais le dire, le proclamer même : ceux qui se privent de cela sont des misérables. À plaindre. Je vous quitte, je repars, j’ouvre mon « e-book », pour voyager « dedans » le fameux bédéiste Gotlib, j’ouvre, page UN : « J’existe, je me suis rencontré.»

Je repars en voyage, au revoir !

 

 

 

NOS « TROUBLES » ?

Je guette le vrai printemps. Il tarde. Trop de neige sur la terre, non ? Ai-je « un trouble » avec le climat ? Combien sommes-nous à nous impatienter d’un printemps retardataire ? Paraît que l’on nomme « toc » une manie. On disait, jeune, « un toqué » pour parler d’un doux maniaque. On le dit de celui « affublé d’un TOC, souffrant d’un « trouble obsessif compulsif ». Suis-je « toqué » à tant soupirer après le printemps. Je l’avoue, je n’en peux plus tant j’ai hâte d’aller errer, fouiner, vaquer « à ci et à ça », vagabonder quoi, oui, me promener tout bonnement dans mes alentours et en souliers !

En attendant un air plus chaud, de voir disparaître (enfin) tous ces restes de neige, j’en viens à songer « troubles ». Notre bonne vieille peur de l’anormalité. Je raconte dans le premier chapitre de mon « Anita… » (merci lecteurs d’en faire un best-seller) ma peur de la folie. Comme nous avions tous, jadis, une soutane (prêtre, religieux, nonne) dans chaque famille, nous avions souvent « un fou » à St-Jean de Dieu. On en avait… trois !

Désormais, médecine moderne aidant, nos fous ne vivent plus dans des asiles. Merci progrès. Ainsi, il nous arrive désormais, n’est-ce pas ?, de croiser sur notre chemin d’étranges personnes. Ça m’arrive par ici. Parfois les mêmes silhouettes aux mêmes jours, aux mêmes heures, avec un comportement plus ou moins quelque peu erratique. Enfant, dans nos rues de Villeray, dans les années 1930, nous avions une faune bigarrée : un trembleur convulsif, un qui parlait à voix haute et gesticulait, s’engueulant parfois avec des invisibles, un qui, courbé, barbu, trembleur et baveur, tournait la manivelle d’un vieil orgue dit de barbarie au marché Jean-Talon, une romanichel à voile, nez crochu, nous tirait « la bonne aventure » avec un perroquet trieur de cartes. Ou encore un « sans jambes aucune », torse à deux mains dans sa voiture qui se se mouvait à l’aide de deux gros fers à repasser antiques ! Un travesti exhibitionniste tournoyait autour du cinéma du coin. In « ti-coune », drogué montrait un rat vivant, un vétéran, un gazé de 1914, ses images « polissonnes». Aux quatre coins de Jean-Talon. s‘époumonaient en harangues névrotiques « des dérangés », fous de politique fasciste ou de religion ! Eh bien, nos paysages d’enfant en étaient comme… oui, égayés ! Car « le dimanche les enfants s’ennuient » cher Trenet. Mais parfois nous filions sous les jupes de nos mères !

Stop ! Avril 2013. À Ste Adèle et je lis pour voir plus clair. Je me documente. Qui suis-je, qui êtes-vous ? Du genre parano ? Qui se méfient sans cesse ? Peur d’être jugé. Du genre schizoïde ? Détaché de toutes relations sociales, apathique. Du genre narcissique ? Qui se surestime, se voit supérieur. Obsessionnel compulsif ? Voit à l’ordre, le rangement, le contrôle. Personnalité histrionne ? Émotions excessives, quête d’attention et des jugements des autres.

Suffit ! « Toc » pas « toc », devoir vivre avec soi et s’endurer. Se montrer endurable aussi. Sans le déni total, admettre son « récit de vie » :1) le bagage involontaire, l’inné. Et ( 2) l’élevage, l’acquis, l’appris. Et toi, printemps, arrive. Vite !

 

LA NEIGE ENCORE ?

 

Je sors de ma piscine comme chaque jour et, voyant la neige qui tombe, je m’écrie : « Oh non ! Pas ça, pas encore de la neige ! » Scandale. Autour du porche de l’Excelsior, cris de protestation. Plein de visiteurs venus de Paris me font de gros yeux. ! « Allons, l’ami, c’est si joli. Nous, on est venu justement pour ça, l’abondance de neige ! »

Depuis des années, je m’en suis rendu compte, « un tourisme d’hiver » se développe. On m’explique qu’il faut organiser, c’est couru et apprécié, des forfaits « sports-hiver-québécois ». J’ai appris de mes joyeux parisiens qu’en deux petites journées, ils ont pu se payer une « trotte » de traîneaux à chiens, « ah, mais nous étions dans un roman de Jack London, vous savez ! », aussi un idyllique bourlingage de « ski de fond » sous d’immenses haies de sapins ! Et puis : joie féconde et bonheur total : « On a fait de la motoneige loin de vos villages, en pleine brousse blanche ! »

L’engin —du père-Bombardier—est une vraie « folie » de bonheur pour ces jeunes citadins bobos de la mégapole la plus visitée du monde, Paris. « Ah bin, taberrrnacle (sic) que c’est jouissif votre ski-doo ! » Ça gloussait de « fonne », vous savez. Quand, cette semaine, veille du premier jour du printemps, j’ai vu tomber toute cette (dernière ?) neige, j’ai pensé au grand bonheur de ces « cousins » du vieux continent en visite dans… « nos quelques arpents de neige » selon la maudite expression du maudit Voltaire conseillant à Louis XV de ne pas trop investir en Nouvelle-France menacée par l’Anglo-saxon rapace !

Voyant, quittant le domaine de l’Excelsior, ma « toute excitée » horde de motoneigistes néophytes, si joyeux, vraiment enthousiastes, chevaucher de si belle humeur leurs engins à chenilles, j’ai pensé à nos enfances québécoises. À nos grands plaisirs d’accueillir de nouvelles giboulées. Il y a qu’avec les années, le Québécois finit par se lasser de ces « jolis flocons » qui forment. Hélas, de pesant, de très lourds congères. Qu’il faut pelleter. On doit nous comprendre à Paris.

Ça suffit quoi ! Que vienne le printemps. On est prêts tous à entendre les rauques et stridents cris des noires corneilles. Il y aura ensuite ces si jolis oiseaux familiers dans nos jardins. Il y aura les bougeons qui s’ouvrent. Il y aura le soleil plus fort et le simple petit bonheur de « marcher en souliers. Eh oui! Ça tient à si peu ? Eh oui ! Rappelez-vous, les anciens, grand bonheur tout simple, gratuit, sortir en robes ou en chandails légers, un certain jeudi précédant Pâques. Aller, frénétiques, « faire les sept églises ». Rituel, petit pèlerinage annuel —garçons et filles, pouvoir fleureter en masse— en souvenir des « sept plaies du Christ. Mort en croix et vendredi, l’église endeuillée, musique dramatique à l’orgue, trois prêtres se couchent, lampions et encens, tristes chants de gorge, cagoules violettes aux statues.

Sursun corda… ! La vie ! Avec dans l’air dominical grand concert. Volées des cloches de toutes les églises. Dimanche, la résurrection de Jésus et, pour nous tous, la résurrection de nos pulsions très humaines, bien laïques, bien en chair. À la craie de plâtre, vite, aller tracer en lettres géantes, au coin de la ruelle sur une palissade de vieilles planches : « CLAUDE AIME RAYMONDE ! » On est fou quand on a quinze ans, non ?