LE RETOUR DE L’EAU !

Soudain, un jour, récemment, regard par la fenêtre un matin et ça y est : l’eau est de retour. Le lac retrouvait sa nature normale. Molle ! Avec des reflets du firmament. Pas toujours. Des promeneurs vont venir arpenter le parc du rivage à l’est, le long de la rue Chantecler. Certains, comme on fait parfois, vont grimper aux terrasses de l’hôtel pour admirer, en belle plongée, tout le Rond. Immense mare fluide au fond de cette… arène?, cirque ?, amphithéâtre formé par les collines qui l’encerclent. C’est si joli !
Voir l’eau courante. Vieux besoin humain ? Je pense à des pays sans eau. Des états entiers sans grandes surfaces d’eau. Aux déserts du monde. Certains Québécois sont venus au monde proche d’un rivage généreux, sur les écores d’une rivière, d’un lac, voire du grand Saint Laurent. Il me semble que ce fait doit changer un nature ?
Je rêve ? De ma naissance jusqu’à dix ans, aucune rive dans nos horizons, rien, pas de ces cours d’eau impressionnants, aucune rivière ni même un ruisseau. La ville. Macadam, béton, asphalte partout. Seules, les eaux stagnantes de la carrière Villeray (aujourd’hui un grand parc rue Chrisophe-Colomb). Ajoutons quelques expéditions au grand parc Lafontaine, certains dimanches de grandes chaleurs, y admirer les deux étangs cimentés aux eaux sombres, à peine frissonnantes.
L’autre midi, « trois beaux canards », comme dans la chanson, « s’y viennent baigner » ! D’où sortent-ils donc ? Trio qui fait plaisir aux yeux, qui nous crie : « C’est vraiment le printemps ! »  Même si le froid persiste, hélas ! Ces jolies bestioles nagent autour du quai, hier encore, terminé la glace  figée dans le rivage ! Y a-t-il hibernation de certaines espèces ? Ô notre ignorance naturaliste à tous, hein ? Il y a peu, boules noirâtres au beau milieu du Rond ! Sortie des jumelles… et guère de précision. Qu’était-ce ? D’autre canards…comme ressuscités ? Des tout petit nouveaux nés ? Sont disparus soudain et pas revus ces objets bosselés qui ballottaient au large ! Une promesse : Sortir tôt la barque sous l’escalier —proche du terrier  de ma Donalda-Marmotte— et me mettre à la pêche à ces truites —qu’on nous dit « généreusement ensemencées par l’État ». Pas si loin de la rive, on voit des sauts, de brefs  remous. Mais oui, en fin d’été, des « chercheuses-écologiques-à-snorkel » nous avaient proclamé: « Des truites ? Il y en a, oui, plein, du côté du Chantecler, dans le très creux, grosses paresseuses ! » Bon, j’irai avec un casseau d’asticots bien gras pour garnir les hameçons. Vérifier ce « très creux » un bonne fois ! Ça va être cette année. L’eau, son attraction, mystère ? Je me souviens, j’avais trois ou quatre ans, ma rue Saint-Denis, enfin la pluie abondante a cessé et je descend du balcon vers le caniveau. Une eau sale courait, avec force, un vrai ruisseau rugissant, fascination, vite me faire un bateau de papier, le regarder filer tout tremblant vers le cinéma Château du coin ! L’eau, oui, une fatale attraction ?

DIRE ADIEU ?

Soudain elle a eu les yeux —comme on dit— pleins d’eau. J’étais mal. Je regrettais mes paroles. Il y a que… ça ne cesse pas autour de moi : « Vous ne pouvez pas rester encore bien longtemps ici ». J’en parle. « Raymonde, combien de temps encore ? » Elle : « Tais-toi, je ne veux pas m’en aller d’ici ? » J’ai dit : « On jase là », en Guy Lepage. J’ai songé à toutes ces « vieilles personnes » obligées un jour de « casser maison ». Tout quitter de ce qui fait notre décor quotidien, nos choses à soi, amis, voisins. C’est qu’il y a l’entretien —pelouses l’été, la neige l’hiver. Si vous voyiez ma cave : un capharnaüm !
Quoi, toute vie a ses cruelles échéances. « Sort humain » répétait un personnage de Mia Ridez. Je pense à tant de « déménagés » malgré eux dans tant d’hospices. Notre tour approche : devoir quitter où nous sommes heureux depuis 34 ans. Ne plus revoir certains voisins, tourner le dos à nos commerçants familiers. Devoir oublier nos arbres, plantés souvent de ma main —j’ai eu 45 ans une fois ! Adieu fleurs, oiseaux, écureuils-acrobates fous. Adieu marmotte à qui je jette du pain si souvent. Adieu cocasses rats musqués, adieu si jolie famille de canards. Adieu anneau de neige, cirque archi lumineux au soleil pour balader humains et chiens…
« Écoute, chérie, on s’essouffle à rien, non ? » La compagne proteste, gestes du refus. Nous en aller dans un condo en ville et fin des soucis ménagers. Vivre comme à l’hôtel. Terrasse, piscine, resto. Vie d’ hôtel ! Bientôt faudra vendre « le char », adopter le commode transport-en-commun. Et taxis. Revoir nos stations du métro. « On ira au théâtre plus souvent, toi qui aime tant ça ». Le temps ! Juin 1973 et ma compagne —enfant de la rue Rachel— découverte d’une aubaine, notre maison à 25,000 dollars ! Pour Raymonde, c’est « le chalet » car, la semaine, c’était boulot. Réalisation des Dubois, Chaput-Rolland, Payette, longtemps, de Lévis-Beaulieu. « Le chalet » cette grande cabane en déclin gondolant, cinq chambres à l’étage. Puis, retraitée comme moi, ç’est le « home sweet home », le statut de « villageoise. Alors, tu y  songeras :  nous en aller où il y spectacles divers, cinéma dit de répertoire, mille restos, aller enfin à ces festivals —jazz, humour, films. « Non, jamais de la vie,  impossible. » La voir si triste : « Okay,  on y repensera. » Tenir…Un an ? Deux ans ? Ne plus aller marcher Avenue Chantecler, ni faire « le tour du lac ». Dire adieu à mon « Calumet-journaux-magazines », Ne plus rigoler avec les postières, ni avec le boucher ? Dire adieu à Fusion aux ses appareils modernes, adieu à ma piscine de l’Excelsior ? A mon École Hôtelière, à l’hebdo Pays d’en Haut ? Bon, on oublie ça, on fera appel à des gaillards juvéniles. Le printemps dans… deux mois et on reverra les mésanges, des pics noirs, le rouge cardinal, nos tourterelles tristes. Rester, facile à dire. Rêvons qu’on ne vieillira plus ! L’on s’attache, à ces collines, jolies. Une « petite patrie » ? Exactement cela.

Ô LAC ! (Lamartine)

Se baigner jusqu’en octobre ? L’eau moins froide qu’à Ogunquit en juillet. Un canard plonge et replonge, mais toujours le bec vide, son œil comme désespéré. Ô lac, merci de tes eaux « bonnes ». Parmi mes lecteurs, André Hébert (une ex-Grande Voix de Radio-Can) qui me lance : « Toi et tes chères petites bêtes ! », me dit avoir préféré ma dénonciation d’un Radio-Canada censeur, abolisseur de promotions. Mais quoi, j’aime le défilé canardien, j’aime mon spectaculaire sorbier qui ploie, j’aime mes sittelles et mésanges en farouches videurs du mahonia.

Bon. Parlons des actualités. Des innocents ignorent des réalités géopolitiques? Soit le « fond des choses » du courageux Duchesneau. Ou une Syrie en sang ( où on tortura Omar Khadr) . Plaignons les rebelles abattus comme pigeons piégés. Silence complice à l’ONU ? À Tripoli ( ou à Syrte) l’on collabore avec les dissidents. La Syrie ? Rien. Europe, USA, Chine et Russie attendent, le Canada harpérisé ne bouge pas.

C’est quoi ce refus d’appuyer ce printemps arabe syrien ? En Tunisie, en Égypte, en Libye aussi : tout l’Occident appuie les dissidents. Pas en Syrie ? Là, c’est good business as usual ! Qui mène le monde ? Réponse : les magnats du commerce. Pas nos élus. Au pays du dictateur Assad, il y a SHELL, Hollande et Angleterre, il y a TOTAL, la France), aussi le Québec, Sire Paul  Desmarais y est un important actionnaire. Le Canada ? Il y SUNCOR, son beau grand projet gazier là-bas.

Ô lac innocent qui m’offre ta douce houle.. Qui mène le monde ? Qui ménage le tyran despotique nommé Assad ? « Tout d’un coup que le despote gagnerait ? » On s’incline devant ce « refus de secourir »,  pas par respect, par envie de vomir. Écoeuré, on peut préférer admirer les pics-à-tête-noire, en gais froufrous dans les chèvrefeuilles. Magouilles de nos ambassadeurs à la solde des spéculateurs, peu importe le sang versé, nos « domestiques » ne nous représentent pas, citoyens. Ils sont au service des spéculateurs-boursicateurs. Des cupides Suncor, Total et Shell. De tant d’autres compagnies. Le Assad crie «« feu » à ses miliciens.

Voyez notre Charest à dépenses somptuaires revenant de Chine. Pour nous représenter, peuple ? Non. Pour soutenir nos entrepreneurs qui n’ont nul besoin d’un tel pitre. La gent des « avides » possède en Chine depuis longtemps réseaux, et contacts, allons ! Ô lac… cher Lamartine. Mais que ta beauté ne nous empêche pas de voir clair. En ce marécage syrien, un exceptionnel Robert Ford ( diplomate étatsunien) a osé dénoncer sur le puissant réseau ABC le Assad. Est-ce que M. Prudence-Obama et Mad. Calcul-Clinton vont le rappeler ? Ici, notre Davidson-ambassadeur ne pipe pas mot se fichant des syriens désarmés mitraillés. Pourquoi alors voler au secours des libyens (avec du fric des avoirs gelés du Kadhafi fuyard) ? La hâte de voir la réouverture des puits ? Ah, le pétrole !

Et moi, « pauvre petit moi » ( Marc Favreau) me plonger dans le lac, nourrir de croûtons ce canard affamé ?

CHAT, MARMOTTE ET… CORNEILLES!

Ma grosse Donalda-Marmotte file à toute vitesse ce matin-là. Elle rentre sous ma galerie, la queue basse. Un éclair. Fauve. Va à sa chère niche sous les vieilles planches.  Elle revenait de chez le voisin, Monsieur B. Longtemps, on voyait sur leur terrain plusieurs siffleux. Mais ils se cachent où maintenant ?

Je pose ma canne sur le garde-fou et je fouille du regard. Rien. Que le lac comme tremblotant dans la belle lumière des beaux jours récents,  dans sa petite barque modeste un pêcheur —à moteur électrique— trolle patiemment tout autour de nos rivages. Les bourgeons des lilas grandissent comme à vue d’oeil. Ma hâte des beaux mauves !

Pendant mon bref séjour à l’Hôtel-Dieu ma Raymonde me dira; « Ce matin, avant de partir, j’ai vu ton gros vieux matou royal. Valdombre ? Il était grimpé sur une table de la galerie. Il m’a vu et examiné un bon moment puis a sauté paresseusement au sol et est descendu tout doucement l’escalier. Tu as raison : il se prend pour qui celui-là ? »

Ses « maudites » corneilles rôdent désormais. Elle grogne. Un peu. Moi l’estropié, l’handicapé, le « vieux » réduit à ses béquilles, ma Raymonde a engagé un vaillant jeune homme pour les travaux « du printemps » dans le jardin et dans la cour. Et pour le lavage des murs dehors… et les douze  persiennes noires à repeindre… Et le reste. Je me sens devenu une sorte de rentier, aussi une sorte de « p’tit vieux ». J’aime pas trop ça.

Voilà que le seul littéraire de mes cinq petits-fils, David, lit de sa poésie en Colombie, à Bogota ! Il a été choisi par l’Office Québec-Amériques pour la Jeunesse et un réseau animé par les Alliances françaises. Internet fait que l’on garde contact. Photos, affiches, bandes sonores, et tout le reste. Skype compris. Sur une vidéo, on a orthographié son nom JAZMAN ! J’ai ri, au collège Grasset on m’affublait de ce sobriquet ! Moi comme immobilisé et lui, mon dauphin,  vagabondant si loin, si loin; il songe maintenant à y demeurer quelques mois, le coût de la vie est invitant certes.

Je suis un peu fébrile en ce moment, c’est l’inquiétude, Raymonde a passé des radios urgentes et doit recevoir un verdict sur ses bien faibles poumons, en ville. J’ai peur. Voilà des décennies et des décennies d’amour commun, d’amour intense et…peut-être —bien pire qu’une hanche artificielle—ma compagne de vie se fera emprisonnée dans une suite de soins intensifs…Nous fumions, elle et moi,  oh !, comme des engins d’enfer jadis. Elle surtout, captive de ses réalisations de dramatiques, moi à mes simples scénographies, la fumée de cigarette était notre décor permanent. Pire qu’envahissant.  Pour elle, quel sera donc le prix à payer ? J’ai peur et elle va rentrer bientôt. Je sortirai au soleil, une corneille poussera ses laids cris et je lui dirai : « Silence, mon amour s’an vient et elle ne tolère pas. »

 

Fin d’hiver, suffit !

Il a neigé à Port au Prince ? Oui ? Non ? Ici, il a neigé en plein mois d’avril l’autre matin ! Merde, on veut pas voir ça personne. Que le printemps s’installe plus franchement. Suffit l’hiver ! Il y a pas longtemps, mon Le gros chat madré est venu faire son tour. Pas vu de l’hiver mon mon monarque pourpre, Raminagrobis. Toujours il traîne sa lourde pelisse, toujours il se donne des allures de vieux roi tout puissant. À la blanche balustrade au bout de ma galerie, il s’est avancé le museau et a mis son nez en proue face au vent de l’ouest, il ventait fort sur le lac Rond et j’ai cru l’entendre miauler : «  I am the king of the world »

Un fou ! Un dominateur  la Gbabo en Cöte ivoirienne. Envie de sortir et de lui mettre mon pied au derrière. Pour lui apprendre les bonnes manières… Il me jette soudain un regard, à moi, l’humain en rober de chambre et bien planqué derrière les portes-patio. Il me nargue ? Non mais… Il roule des épaules,  on dirait un de ces videurs, rue Saint-Laurent en 1950, quand je calais, jusqu’à très tard, à dix-neuf ans,  de la Black Horse au Faisan Doré et que Normand chantait : «  j’aime les nuits de Montréal, ça vaut bien la Place Pigalle… » Paroles et musiquette de feue Jean Rafa.

Mon Louis XIV s’est grimpé dans un transat ouvert, s’y recroqueville, une sombre grosse boule fourrée. Cette mauvaise humeur, je le sens ? Il a bien vu ce reste de neige ! En avril ! Son air de dégoût, il ferme les yeux et puis se redresse, d’étire, se secoue le violet pelage, puis s’éjecte hors de ce trône improvisé. Il redescend vers, je le suppose,  sa tanière… qui est, je le gagerais, chez ma voisine Blondinette à la santé de fer et qui est une voisine quasi invisible car elle tient un boulot de nuit.

Mon tour. J’ai avalé mes céréales et café à la main, je sors. Humer avril ?  Toute la fin de mars, tout le « tout début » d’avril le fond de l’air fut frais, très frais même certains jours. Enfin ce jour-là une certaine douceur dans l’atmosphère. Ça fait du bien. Bruit de planches remuées sous l,Escalier ! Je me penche, je finis par apercevoir le fessier de Donalda, ma chère marmotte. Ah, ah, aménagement, rénovation, déplacement saisonnier…quoi, ce bruit ? Elle disparaît. Bon. Elle est toujours vivante. Vit-elle toujours seule ? Y a-t-il un coloc ? Un Alexis ? Ou un méchant Séraphin ? A-t-elle eu un ou deux rejetons. Me voilà de bonne humeur, je verrai sans doute mes rats musqués quand le lac va caller, très bientôt, et qui encore ? La famille-canard ? Des mouettes vont tacheter le ciel de lignages blancs,

Un bébé castor égaré va passer en nageant férocement, peureux ? Des poissons rouges réapparaître comme l’an dernier, reverrais-je bientôt mes deux tourterelles de chamois au chant si triste ? Vies-t-en donc au plus vite  printemps, viens mieux. Gonflez-vous bourgeons des lilas, poussez petites fleurs sauvages précoces audacieuses.

On ne me trouve pas de place à Saint-Jérôme encore pour me remplacer la hanche, tous ces mois à attendre et cette douleur sans cesse …bof, j’attendrai bien plus patiemment si la nature se déploie, je geindrai bien moins, mon amour !

 

 

 

LA GROSSE FEMME D’À COTÉ EST ENCEINTE

À côté ? Oui, pas bien loin, à Oka, en Basses Laurentides.

Cette grosse dame est aussi la plus belle femme de nos cantons et se nomme Francine Allard. Elle fut la fille, à Verdun,  d’un modeste vendeur —magasin-de-fer. Douée, la jeune Francine alla à des cours de chant, de danse, de théâtre, de beaux-arts, allouwette ! Une gamine polyvalente quoi. Il y a un toubib, Michel Cardin, qui a bien de la chance, sa ronde blonde est enceinte en effet. Et que Michel Tremblay se le tienne pour dit.

Dans un joli boisé d’Oka, Francine façonne de jolies choses  inutiles et peint des images surréelles parfois bien lumineuses. Un jour elle surgit sur mon I-Mac en se disant une fan de mes livres. J’ai pas perdu une minute et l’ai nommé « présidente » de mon fan club; il y a deux membres, Francine et moi. De nos échanges, l’éditeur Triptyque de la rue Rachel en sortit un bouquet d’entretiens, il y a cinq ans, « Interdit d’ennuyer ».

Une nouvelle exclusive ? Voilà que débordée de tant d’activités et pourtant jeune grand-maman dévouée, Francine Allard souhaite un modeste « salon du livre » par chez elle, à Oka, paresse ? Bien, les énergiques compulsifs sont aussi des fainéants, j’en sais un bout là-dessus et c’est un mystère.  Le souvent émouvant jeune Beauchemin, auteur de Saint Anne des Lacs, en serait son président. Je lui ai dit que j’irais à La Trappe (le lieu de l’expo)  volontiers cet automne (car elle a gagné un « oui » de Québec) si on y entendait de la musique grégorienne, si on y allume des cierges, si on y sert une liqueur abbatiale et si on y offre du fromage de moines comme, jadis, celui des Trappistes (déménagés dans Lanaudière). Celui si bon, qui puait à mort !

Ma belle grosse toutoune (elle a publié « La reine des toutounes », un grand succès chez Alain Stanké il y a longtemps ), j’y viens, est vraiment vraiment enceinte. Comme on disait, « par dessus les yeux ». Son Michel a-t-il trop butiné cette jeune mémère d’une gracieuse petite Amélie ? Mais non. Francine d’Oka est enceinte d’écritures, d’ouvrages divers à venir. Elle n’est pas du genre  « grande auteure » constipée « au livre aux dix ans », que non !

Écoutez bien ça, non seulement poursuit-elle sa populaire saga de « La couturière », mais, cet automne, Francine Allard  va mordre à vif son vieux papa le quincaillier, où ?,  chez Victor-le-Matamore son éditeur barbu de Trois-Pistoles. Titre aimable : «  Écrire pour faire damner mon père ». Et c’est pas fini, chantait une beauté : éditions de poèmes chez Art Le Sabord, en 2012, chez Marcel Broquet de Saint-Sauveur, sortiront d’autres tomes de ses « Petits ours… », livres-jeunesse, aussi un CD enfantin chez Planète Rebelle pour la jeunesse, enfin, cette année aussi, un roman se situant rue Saint-Urbain à la vieille École des Beaux-arts ( c’est un site qui n’est pas la propriété du québéphobe enragé, le très doué raciste juif —francophobe menteur— Mordecaï Richler.)

Qu’en dites-vous ? Ça c’est « enceinte » en livres. Pis pas à peu près, dit le populo. En attendant ces nouveautés, Francine Allard d’Oka en maigrira gravement ma foi du bon yeu, elle va partir bientôt pour lire de ses écrits au fond et au bord de la Bourgogne ( le pays originaire de ma chère Colette) puis elle sera présente au prestigieux Salon du livre de Paris…. Enfin, Francine d’Oka finira par relaxer aux Îles de la Madeleine à la fin du printemps. Ouf !

La pauvre Nana, la grosse femme du Plateau à Montréal, ne sortait guère de sa rue Fabre, elle. Les temps changent.

 

OCTOBRE

Novembre s’en vient. C’est le mois le plus laid (avec mars ?). C’est le mois entre l’automne et l’hiver. J’aime l’hiver. J’aime sa lumière unique. Le répéter : avec la neige le soleil par ici est bien plus beau, bien plus lumineux que celui de tropiques. Apprécions cela. Mars, comme novembre, est lui aussi entre deux saisons, entre l’hiver et le printemps. Cela fait que novembre donc est un mois plate, mou, flou, indécis, « branleux », inconsistant, boueux, sale. Il s’en vient.

En attendant, aller marcher dans la lumière, aller musarder dans les coloris flamboyants, dans ces gigantesques pots de fleurs que sont les arbres d’octobre. Cela va s’achever. Il n’y aura plus que troncs et branches, tableaux de  Dubuffet, plus que traits bien raides, gifles au ciel, des ossatures à l’air, armature froide et sèche, agressives structures muettes et bêtes, tous nos arbres sans les feuillages. Des os sans la peau, des crânes sans chevelures.

Soudain, cette semaine, après tant de jours gris et palots, du soleil ! Et pouvoir nager dans le grand bain aux eaux chauffées de mon auberge « Excelsior ». Comme un coup d’été en octobre. Bon pour ma jambe droite, ma  « patte folle », hydrothérapie à l’eau bénite, ma foi du bon yeu ! La joie, sur les balcons du « Excelsior », des visiteurs bavardent joyeusement, dégustent des apéros, jouent aux cartes, les corps baignés par l’astre solaire, c’est octobre mimant, jouant juillet ! Merci le ciel ! Je me sauce donc chaque après-midi avec plaisir, gigotant en attendant (d’un jour à l’autre) cette « infiltration » promise par mon ortho, le Dr Makinen, de l’hôpital Notre-Dame de Saint Jérôme. Oui, oui, un jus « miraculeux »  selon mon toubib Saint-Pierre (c’est son vrai nom ). Bientôt, je quitterai donc enfin ma canne, jolie pièce de bois vernis qui me venait de mon père mort et qui lui venait de son grand frère le missionnaire; ma canne a donc frappé les sols en Mandchourie, côté mongolien. En Chine du nord, chère à madame Marguerite Duras. Une pièce de musée ?

Je ne vois plus nos canards, ni nos rats musqués, la grasse marmotte, ma Donalda sous l’escalier, reste tout aussi invisible. Hibernation de tous ? Nous les humains, pas d’endormitoire, devoir affronter bravement les froids qui viendront. On est « équipé pour », vous me direz. Vrai. Prendre rendez-vous bientôt pour les pneus d’hiver, le signal fatal cela… Oui, la routine des saisons par ici et je suis content d’en voir défiler quatre (4 !) chaque année. Cela doit être « ennuyant » de vivre douze mois sur douze sous la même saison, non ? Ici, c’est une sorte de divertissement aux quatre mois. Une chance, je crois, mais oui un bonheur, la diversité.

Octobre donc : là-dessus, partout anniversaire, lugubre pour la famille Laporte, de cette « crise » en 1970. Terrible agacement d’avoir terminé ce roman de Louis Hamelin ( « La conspiration du lynx »), si bien écrit mais si envasé dans une demi-fiction. Récit vivant mais aux flous à la sauce « sordide complot » ( comme chez Pierre Vallière et Jacques Ferron). Un conte noir en mode « conspiration diabolique ». Octobre donc, désormais à vivre ici, maintenant, « aujourd’hui même », avec, plein ma fenêtre, devant ma vieille table poquée, trois longs érables aux mille orangés, si beaux mais qui brunissent vite en oranges brûlées et qui vont tomber à terre demain…    

NARCISES, TULIPES, JACYNTHES ET JONQUILLES !

Enfant né en 1930, jamais de fleurs dans mon monde.  Aucune. Nulle part. Des fleurs ?, futilité, « une affaire de luxe », pensaient les petites gens de mon temps. Sauf aux saints autels de nos églises les jours fériés. Que des pissenlits. Si vulgaires… Que les Italiennes de mon quarter allaient cueillir (les feuilles) en vue de laitues qui nous mystifiaient, sotte répugnance.

Dans Villeray, quelques exceptions pourtant, certains parterres, ceux des riches « professionnels », rue Saint-Denis,  notaires, médecins, avocats. Pas tous. Au coin de Jean-Talon, de biais avec La Casa Italia, une dame se fit vendeuse de bouquets. Pour « naissances, mariages et morts ». Elle se nommait en néon rose sur son enseigne : « Madame A. Lafleur, fleuriste ». Boutique pour « gens en moyens » évidemment.

Désormais, et c’est bien, on voit des fleurs partout. Dans des tertres municipaux, sur des poteaux à corbeilles, dans des platebandes, publiques ou privées. C’est souvent accompli avec du fort talent, des arrangements merveilleux parfois. Aussi, chaque printemps, comme ces temps-ci, je revois non sans un certain étonnement, de très fort nombreuses hordes d’acheteurs de fleurs dans des pépinières et j’ai ma favorite à Val Morin. Pour les capricieux il y a ces « bien connues » et très fréquentées serres à Lafontaine, vrai jardin botanique avec multiples offres, pas loin de Saint-Jérôme.

Bientôt, mon bonheur, je reverrai encore ma Raymonde toute souriante, gants aux mains, à ses pieds, maints sacs de terre riche et, dans des barquettes de plastique-mousse plein de ces petits pots aux « pousses » que l’on souhaite prometteuses. De vives couleurs naîtront tout autour de la haute galerie. Elle a le pouce vert, comme on dit. Des papillons, de jolis colibris excités viendront butiner au fond des corolles ouvertes, vibrionnant à leur aises. De la beauté suspendue !

Initiative nouvelle de ma part cette année : j’ai acheté des sacs de fleurs dites « sauvages » car je veux enjoliver cette partie du terrain du bord de l’eau comme « exproprié » par la Ville. À son comptoir, un jardiner de Val Morin m’a garanti les résultats : une joyeuse sauvagerie florale ! Ma hâte ! Ces jours-ci, j’étais donc « L’homme qui plantait des fleurs », cher Giono. Mon ex-prof de dessin quand j’avais seize ans, le célèbre animateur Fred Bach, aurait été fier de moi. Ah, nous revenons de loin, certains d’entre nous. D’un temps pauvre où l’on devait se contenter de dérober du lilas ordinaire dans certains parcs de Montréal ou certains jardins privés. Toujours désargentés, c’était le cadeau-bouquet banal —mais aux odeurs manifestes— à offrir à cette fille aux yeux doux, aux cheveux soyeux. Baiser langoureux en récompense ?

Circulant rue Saint-Denis l’autre midi, voyant tous ces gens radieux buvant du vin ou de la bière aux tables des parterres de tant de cafés, je me demandais pourquoi, jadis, personne ne songeait à installer une terrasse extérieure à son restaurant, à son bar ? Mystère. Était-ce seulement notre relative pauvreté qui nous a privé de fleurs durant tant de décennies ? Ou bien quoi donc ? Un certain puritanisme ambiant ? Une religiosité imbécile ou une sorte d’austérité niaise ? Quoi ? Bon, les temps ont changé, merci Dieu, souvent pour le mieux. Le printemps bien installé, qui n’admire pas jacinthes, jonquilles, tulipes et narcisses ? Qui ?

MES JOLIS RATS !

Arrivants à Sainte-Adèle en 1973,  constatation d’un recoin de terrain inondé. Même en été. La cause ? Les maudits remblayage des voisins. Jadis. C’est moins tolérés, en 2010,  ces nuisances pour ceux qui ne se haussaient point ! Mes voisins à l’ouest, les joailliers Saint-Jean, avaient « remonté » leur terrain, et tant pis pour les autres ! L’eau de leur berge, ainsi refoulée, forma chez nous une « fausse-baie », stagnante,  marécageuse; rien à voir avec ces naturelles terres basses, inondables, qui servent de tamis, de filtres. Nous avions donc des eaux mortes puantes et des quenouilles (médicaments chez les Amérindiens !). Un met apprécié des rats musqués et des  castors. Bienvenue alors aux grenouilles. Que de crapauds qui chantaient la liberté, cher Félix Leclerc. Que de têtards au rivage chaque année !

Aveu : on a fait combler ce faux marais. Dompages de terre et puis problème écologique. Collectivement, nous tous, bons bourgeois proprios, étions des ignares. L’écologie élémentaire condamne ces égocentriques allongements de terrains riverains. Autrefois c’était la mode conne des rivages clairs et nets, tout nus, sans arbres surtout. Des murs de béton au ciment peint en blanc, parfois garnis de fausses pierres décoratives ! Visitez ces horreurs le long des lacs et rivières. Mode désormais combattue avec ordre de remettre en l’état, quand les élus mettent leurs culottes ! On voit même des courts de tennis (chez Laniel), ou bien une piscine ! Anarchie, égotisme, tristes époques niaises, saloperie d’ignares que nous étions.

Désormais : nouveaux règlements, rivages des lacs  « à rendre à la nature . Va-t-on obliger la démolition des tennis et piscines ? Observons ça. On est donc venu chez moi avec affichettes : défense de tondre ! Expropriation ? Oui. Loi rétroactive ?, oui, ce qui est illégal ? Nous nous sommes inclinés par amour du petit lac Rond pas mal abîmé, qu’il faut tenter de régénérer. Chez moi, la Ville viendra-t-elle boucher « son » égout pluvial déversant les déchets de la rue Morin dans le lac ? Observons ça. En tous cas ça bougonne ici et là mais « la loa c’é la loa », cher Séraphin Poudrier. Va-t-on  jouer la carte des « privilèges acquis » ? Aveu donc : en 1980, on a fait jeter de la terre sur notre « fausse baie »; les quenouilles arrachées disparurent. Moins de croassements, moins de castors, de rats musqués. Au printemps pourtant, c’est le retour de l’eau. Punition ! Autre aveu, j’aimais, qui venaient nous narguer avec leurs rameaux de saule au bec, ces chers rats moustachus…

… mais, autre chose, hier, sous notre haute galerie, funeste vision ! Qui va là, qui creuse farouchement son terrier, elle, Donalda, notre grasse marmotte avec, sur le dos, une horrible plaie ! Quoi ça ? La nuit, quel féroce combat est livré ? Un mystère !

ALICE ET LES SEPT ÉGLISES !

Gens des Laurentides, nous sommes si attachants que même le froid, merde, s’attache à nous. « Aimez-moi moins », disait une réplique molièresque. N’empêche, ça y est, le printemps est là, et voici le congé pascal si bienvenu, comme tout congé. Agréable ponctuation dans le morne écoulement des journées ouvrables. À moins que des accommodements racistes effacent même nos dimanche de Pâques ! Je sais que vont apparaître tous ces trous creusés dans les pelouses de nos jardins, ouvrage de mulots ? Chaque printemps c’est le retour de cette entreprise de tunnels. Parlant tunnel, j’ai vu le film de Burton,  « Alice… », en son pays merveilleux avec sa grande fille tombée dans un vaste tunnel. Récit un peu assommant à effets truqués (Avatar bis !) où seul le chapelier a un rôle consistant; Johnny Dep y fait florès.

Les jeunesses actuelles, jeudi, n’auront pas à « faire-les-sept-églises ». Un rituel catho de jadis pour le jeudi-Saint, pour évoquer les 7 plaies du Christ à veille de revenir de sa bizarre visite.« Est descendu aux enfers », dit le « Je crois en Dieu ». Dans un village, s’agissait-il d’entrer et de sortir 7 fois de l’église ? En ville, c’est pas les églises qui manquaient. Le grand auteur Mark Twain, en visite à Montréal, écrit : « Il y a tant d’églises dans cette ville que si vous lancez une pierre, vous êtes certain de casser un vitrail ! » N’empêche, naguère, c’était congé, le doux printemps revenu et pouvoir marcher en souliers sur le macadam enfin nu. C’était de « se mettre propre » et d’étrenner parfois une pièce de linge, d’aller « faire ses 7 églises ». Un moyen aussi de fleureter. Avec, pour sa joie à lui, l’élue choisie ou, pour elle, le bel adonis. Sur un des sept porches, arrêt, cœur qui bat, l’échange de son « portrait ». Une des 4 poses (pour 25 cents !), de la machine photomaton. Bonheur « trop » humain, n’en déplaise à ce Jésus qui, dimanche, sortait de la mort.

J’ai aperçu ma Donalda, fouineuse, énervée, qui se décevait grandement de la coupe-à-blanc (commandée par Raymonde l’automne dernier), ravage dans tous les arbrisseaux de ses alentours ! Sur la longue galerie, geais bleus, pics divers et folâtreuses mésanges constatent le vide de la mangeoire à oiseaux, le printemps revenu, débrouillez-vous désormais ! Terminé la bouffe gratuite ! Grognon-Séraphin, mon gras raminagrobis (encore Alice-aux-merveilles !) est revenu, pataud, inspecter les haies voisines. Mine triste, démarche sans énergie aucune, l’ex-Empereur Bonaparte exilé à l’Île Sainte-Hélène. Il a maigri. Terriblement. Bien mal en point mon matou faux fauve. Le faire « descendre aux enfers » comme Christ ressucité ? Mon fils de Val David, Daniel, vient d’enterrer, le cœur gros, sa vieille Zoée. Trop malade pour vivre un été de plus. Je caresse dix, vingt projets comme à chaque printemps. Et vous ? Viendra-t-il dans mes parages quelque bestiole folle ? Une bête nouvelle ? J’ai vu travailler (les petits doigts agiles, ô !) patiemment un racoon sur le dos de notre bac noir. Il poussait une brique vers le bac bleu voisin pour pouvoir soulever le couvercle noir sous lequel gît sa pauvre bouffe à composter. Il me reste une peur : mon cher acrobate Jambe-de-Bois, écureuil de cirque… l’avoir vu écrasé et sanguinolent sur l’asphalte… Si ce n’était pas lui… un sosie alors ? J’espère. Je te guette l’artiste ! Reviens-moi !