LA SOLITUDE PARMI LES AUTRES ?

Je suis un mourant —mais oui, nous le sommes tous, depuis la naissance, n’est-ce pas ?— qui, en relative bonne santé, veux s’en aller à cent ans ! Viennent certains moments où, réfléchissant, certains se sentent très seuls. Tout jeune, dans ma modeste « petite patrie », j’étais « à part ». Mes parents s’en inquiétaient et des camarades s’éloignaient. Je ne ressemblais pas à la plupart de mes camarades, de mon quartier, de mon collège, tout le monde aimait… ce que moi je méprisais. C’est toujours lourd à constater.

Avez-vous connu cela ? La masse de mes concitoyens vénéraient des choses —des faits, des us et coutumes— pour lesquels je n’avais aucun intérêt. Souvent même, du mépris. Déjà, à quinze, à vingt ans, nous étions ainsi, quelques uns, des étrangers dans notre propre pays. Aucune vanité, croyez-moi, au contraire, une certaine inquiétude. Alors, souvent, je feignais du plaisir, par crainte d’être rejeté, rire jaune alors que je m’ennuyais ferme des populaires ferveurs de mes alentours. Avez-vous connu cela, jeune ? Cette solitude que l’on masque, ce jeu hypocrite d’applaudir à ce qui nous laisse de glace, en vérité ? Tas de secrets que l’on refoule, que l’on déguise, que l’on renie. Juste pour « rester parmi les autres », pour appartenir à sa bande, sa nation, sa société (la Québécoise). Cela se nomme l’instinct grégaire, vieux besoin de ressembler à tout le monde. C’est plus fort que tout, alors on se tait. On fait « semblant » car personne n’aime la solitude.

J’ai applaudi, lâche, à bien des niaiseries, histoire de ne pas me singulariser. En ce moment même, ouvrez bien les yeux, se trouve, à vos côtés, un jeune qui ment, qui triche, qui rit faux, qui mime une mode. Souvent c’est un jeune —votre enfant, un neveu, un petit-fils, votre jeune voisin— qui se masque. Cela juste pour faire partie « du monde ». Le poète se joint aux cohortes : monde du sport, monde des loisirs, monde des conventions communes qu’il maudit. Eh oui, il refoule, il cache, il fait le pitre, hurlant avec les loups, camouflant son dépit, se faisant passer pour « quelqu’un d’ordinaire », de normal, de banal. Cette crainte viscérale que l’on sache qu’il n’appartient pas aux utopistes. « Voyons, maman, papa, oncles, tantes, voisins, copains, ne craignez rien, je suis comme les autres. Malheur à la tête forte ou à l’homosexuel, au socialiste ou au croyant en cette époque d’athéisme mou. » Vouloir être pris pour un membre solidaire du commun des mortels. Tristesse ? Oui. C’est «  la dure loi des hommes ». J’étais si seul même quand je m’agitais à dix sept ans, frénétique, hâbleur, en boogie woogie. Adolescent brûlant au fond de moi de feux interdits, secrets, avec des idéaux fous. Autour de toi, pauvre original, c’est plein de «  fous du hockey », ou fous du bruit con des rockeurs, ou de cinéphiles à la sauce hollywoodienne, ou de ces assoiffés « d’avenir en argent », de grossiers humoristes. C’est la multitude qui occupe les places publiques, t’entourent. Dans le fond de ton âme (je voulais) tu veux, de ces buts lointains —mot tabou « un idéal ». Tu souhaites un horizon doré, difficile à atteindre, bravo. Il te reste la solitude donc. Jadis tu allais seul, aujourd’hui, tu vas seul vers ce que tu crois « mieux ». En silence, jeunes âmes, il y a cette frayeur que l’on devine que tu es « à part ». Ici, aujourd’hui, je te dis : tiens bon. Rêve ! Par exemple à une patrie libre, à une existence de qualité, épanouissante. La foule ne guette que confort et sécurité. Rêve, tiens bon !

BALEINES ET BELLES RELIQUES

C’était comique à observer. Nous tous, dociles touristes sur ce bateau, courant à gauche, à droite, en avant, en arrière. On écoutait les annonces du guide. Les baleines circulaient. Tous, il en vient de partout : Scandinaves, beaucoup de Français, Belges, Japonais, Brésiliens et Argentins, les « oh » fusaient à chaque apparition. Parois taches blanches, des bélugas. Que l’on nomme « marsouin » par ici. Nous étions, petite troupe plein d’espoir, partis de bon matin. Des barques (zodiacs?) vont plutôt dans le fjord, d’autre comme nous avec notre grosse embarcation, sommes allés traquer ces intimidants « fauves marins  » au large du fleuve. À la fin du voyage (de deux heures et demi) surgissait une troupe bien dense de « loups marins », étonnant gang de phoques.
Une des baleines ( bleue, à bosse ?) décidait de nous suivre, avec des cabrioles étonnantes. « Elles ont une sorte de sonar, ne craignez rien, il n’y aura aucune collision », explique le guide. Bref, une excursion en mer pour ravir ma Raymonde, la grande amateure de baleines.
Évidemment, pour s’y rendre (Tadoussac), il faut se taper des heures et des heures en voiture. Dimanche matin, nous avions décidé d’y aller en mode « voyageur pas pressé ». Par la vielle route, la charmante « 138 », on ne l’a pas regretté. Que de cris de belles surprises en route. Il y a entre Québec et Tadoussac des sites qui arrachent des cris de surprise. Des beautés ! Belle exemple ? « Baie Saint-Paul ». Vraiment, au détour entre, les montagnes, soudain ce fut une vision édénique ! Un magnifique paysage, d’une beauté vibrante, immense, grandiose, rare. Nous sommes descendus au coeur du noyau de ce village adorable où il règne quelques rues villageoises remplies de joie palpable, de bonheur réel —une étonnante ambiance de fête, à l’atmosphère renversante. C’est absolument un endroit mieux que charmant, c’est, Baie St-Paul, un lieu de conte féerique !
Eh bien, oui, ces soudaines et si belles visions campagnardes, renversantes, vont s’offrir une demis douzaine de fois en cours de trajet. Nous étions vraiment comblés. Enchantés.
Au bout du chemin, en arrivant à Baie Ste-Catherine, dans le fjord du Saguenay, c’est un amusant fracas un jeu de ponts qu’on relève qu’on abaisse, c’est l’embarquement (avec aussi des camions de routiers à 25 roues !) pour ce traversier vers la belle Tadoussac. Au bout du compte, nous avons « navigué » sur le fleuve 5 fois ! Cela en comptant, à notre retour, le traversier, oui, de Sorel ! On avait pris goût à ces chalands un peu vieillots, faut-il croire !
Donc, après avoir salué nos « sœurs les baleines » (cher François d’Assise), ce fut le retour à Ste-Adèle. Encore une fois, nous décidons de rentrer sans hâte aucune et nous avons pris la belle et bonne vieille « 132 ». Oh la bonne idée ! Que de villages sympathiques ! Et un étonnant pèlerinage aux architectures authentiques « québécoises ». Parfois : très anciennes. Certes il y a des « adaptations » plus ou moins heureuses, des imitations parfois lamentables, mais, ici et là, dans tous ces jolis villages, nous ralentissions très souvent pour nous mieux pâmer face à de véritables « chefs d’œuvre », des bâtiments d’une beauté renversante, souvent de véritables bijoux d’habitations de jadis, datant parfois de siècles ! Ah oui, Charles Trenet : « On a fait un beau voyage…au Canada », oui, ah oui, on récitait : « Heureux qui, comme Ulysse \ A fait un beau voyage ».

MORT D’UN CINÉMATOGRAPHE PIONNIER : PATRY

Des gens me demandaient où l’ex-cinéaste Patry état allé se cacher ? Mystère. Pierre a été un ferment étonnant. Il n’y avait presque rien comme cinéma québécois en 1960 alors que le tout jeune Pierre Patry quitta « un bon boss et un job steady » à l’ONF. Avec Roy et d’autres camarades audacieux. Patry tenta l’aventure risqué de faire du long métrage de fiction, hors-documentaires. Il fonda Coopératio, loua un modeste local rue St-Hubert coin St-Zotique, accepta volontiers le fric du riche J.A. DeSèves. Il s’activa alors comme démon en eau bénite !

Jeunesses, vous auriez dû le voir se démener avec fougue sur ses plateaux sauvages improvisés. Je me souviens —été de 1965— dans l’église de St-Scholastique, le jeune Pierre dirigeant la surdouée Denise Pelletier, le doyen Jacques Auger, l’imposant Henri Norbert, la si belle Andrée Lachapelle et le prometteur jeune Guy Godin; avec, à la main, mon roman La corde au cou. « Claude, pas besoin de scénario, ton roman en est un ! » On disait que sa belle cape « de réalisateur » avait appartenu à nul autre que le grand Abel Gance, dénichée dans un Marché-aux-puces parisien; légende urbaine ?

Le lendemain, l’église passait au feu ! Surcharge pour les puissants réflecteurs du jeune cinéaste ?, silence et fuyons !

Son mécène radin, le proprio de « France-Film » (qui allait fonder « votre canal 10 », lui prêtait son yacht luxueux, sa maison, n’importe quoi. Premiers films —d’allure un peu bancale souvent— et la critique fut sévère. Ses films n’attiraient pas de grandes foules. « J.-A. » l’abandonna, TVA lui coûtait cher. Patry abandonna sa passion et deviendra, dans l’anonymat, un des actifs directeur d’un vaste Centre-Jeunesse, à Vaudreuil. La jeune industrie du film, hélas, oublia ces pionniers culottés. C’est la dure loi des hommes ! Adieu Pierre Patry, candide et courageux pionnier, tu l’as vu, tu l’as su, notre cinéma existe mieux désormais. Il va bien, enfin, pas trop mal. Tu dois être content.

Claude Jasmin

Écrivain

Ste-Adèle, juin 2014.

ÉMIGRER, S’EXPATRIER ?

 

 

Un loustic m’aborde ? « On vous entend pas trop l’ancien grognard ? » On connaît ce : « … devenu vieux, le diable se fait ermite. » J’ai trouvé la paix ici. Comme tout le monde, j’ai gagné de l’âge (ô Lapalice !) en vieillissant. Jeune, on ne prend pas toujours le temps de relativiser. À trente ans, échauffé de peu parfois, je grimpais dans le premier wagon de feu.

Exemple, si je n’avais pas grandi et mûri, je dirais comme Michaud : «  Les émigrants mécontents, retournez-vous en donc d’où vous venez ! » Yves Michaud n’est plus très jeune ? Je sais trop que l’expatriation non volontaire est le pire des sorts. B’en d’accord camarade Dostoïevski. Me voilà encore en désaccord avec Yves Michaud. Ce vieux grincheux resté vert, qui se méfie des « arrangements » à tout crin.

Quoi encore ? « Il faut jeter le Bloc. Adieu au Bloc. Au feu ce Bloc fondé par un Bouchard quittant ce risque (oui) du « beau risque » des Lévesque-Mulroney ! La fédérastie « du NEUF CONTRE UN » corrigée, atténuée par le Bloc nuirait à l’indépendance. Oui. Elle améliorait le régime fédéral ? Vite, dit Michaud, jetons la patente nommé Bloc. Les Communes à Ottawa ( avec Rouges ou Bleus, Harper ou Trudeau) doivent se montrer vrais. Cela sans le Bloc maudit comme pion-surveillant…qui les rend hypocrites, menteurs, au moins prudents. Michaud : «  Le Bloc doit débarrasser la place ! » Et puis les temps changent : désormais sans l’aide des Québécois, une majorité « anglo-anglo » peut se constituer à Ottawa. Plus de rôle pour le Bloc.

Okay, fini d’améliorer la fédérérastie canayenne, machine à nous diluer. Ce 1867 fut un appareil vicieux organisé sans notre franc accord. Une année maudite. Vouloir en célébrer les anniversaires relèveraient du masochisme. Donc, l’indispensable Robin-des-Banques, affirme : faut jeter le Bloc ! Et du même souffle —ce preux chevalier des petits épargnants— recommande (faisant hurler les racistes à la Mordecaï Richler du journal The Gazette) que… nos émigrants « à religions variées », qui refusent de s’intégrer, n’ont qu’à décamper. Rentrer au pays de leurs origines. » Bang !

Propos de bon sens, non ? Qui nous change des « ceuxze » qui coupent des cheveux en quatre. Michaud contre la langue de bois. Tenez, venez à Paris, petit portrait, en mai 1981 et voyez un Michaud brillant de culture-à-citations, un peu cuistre. J’y suis l’invité d’honneur pour « Prix France-Québec » ( La Sablière). Chic appartement du digne et noble Grand Délégué qu’il est. On dirait un ambassadeur. Mon Yves, grand’prêtre des cérémonies, garroche ses assertions. Impertinentes ou non. Un marquis à Versailles ! Avec ma Raymonde, ouvrant grands les yeux, je me sentais loin des ruelles de Villeray.

Ce patriote émérite, rencontre plus tard un gouffre écoeurant. Une infamie grossière, cogitée par Lulu-la-Canne, va le cogner, l’insulter. Lucien Bouchard —quoi le piquait, quel rancoeur sombre et secrète ?— va dénigrer en chambre un Michaud « antisémite » ! Pour d’ironiques vagues facéties sur « sa chaise de barbier », le vote est pris et l’homme est déchu ! Malgré —plus tard— les excuses des députés bornés, Michaud ne s’en remettra pas. Avec raison. Ces moutons de Panurge m’avaient dégoûtés.

Je voulais, ici, pour l’édification des Laurentidiens, saluer un esprit libre. Hélas, son courage n’est pas d’un diplomate. « Adieu le Bloc » et « expatrions nos nouveaux-venus » si la « Chartre-Drainville » les rebute…Aïe, cher Yves, à quel âge vieillirez-vous ?

 

AIMONS L’HIVER ?

Daniel, mon fils le valdavidien, à qui je dis  : « Pas jaloux de ta sœur, partie six mois à Palm Beach ? », me dit : « J’aime bien l’hiver, moi, pour la beauté des paysages, pour le ski dans nos collines, pour ses airs de fêtes, pour cette variété saisonnière illuminante. »

Je lui sonne raison. Daniel est en meilleure santé que ma fille un peu fragile, Éliane. Que dorlote son Marco qui est mon webmestre.

Moi ? Je balance Tenté de m’exiler car il y a mon grand âge. Suis pas trop friand froidures. M’envoler alors avec nos oiseaux, hum, ma Raymonde ? Une totale aversion de l’avion. Mon gendre nous parle de « mettre l’auto sur un train », ce qu’il fait, lui. Il y a aussi la crainte de certaines privations, us et coutumes d’ici, s’en passer six mois ? De 1978 à 1988, nous allions en Floride, le temps des Fêtes. Vite, on s’ennuyait, nous étions contents de « remonter ». Pourquoi ? Ma radio, ma télé, mes chers journaux et magazines —d’ici et de France. Avec raison, Marco rétorque : « Désormais il y a l’ordinateur qui apporte tout ça et en quelques clics ». Mais chez nous, l’ordinateur… pas top ! Francophiles ardents nous avions songé à « l’hiver en France-du sud ». Mais des connaisseurs du « midi » disaient : « Où ça ? À Menton, proche de Nice ? Pas bien chaud », là où des adèlois de nos connaissances hivernent. Nous songions au sud-ouest, Cacassonne, Perpignan ? Ces connaisseurs : « Ne rêvez pas. Il faut se couvrir d’une bonne grosse « laine » dès la mi-après-midi. Il y a aussi ce terrible « mistral. Frais et assourdissant ! » Il y avait aussi cette peur atroce de l’avion chez ma dulcinée. Bon, faire aveu :depuis une décennie, nous ne craignons plus l’hiver.

« Avec le temps », cher Léo Ferré, l’hiver ne nous semble plus si long, est « endurable ». Il doit y avoir pas mal de monde qui ne déteste pas l’hiver québécois, non ?

« Hier encore… »…cher Aznavour, j’admirais ce luisant soleil faisant reluire, étincelantes, nos région laurentidiennes. Et on sait bien désormais se vêtir chaudement. Ce matin, j’écoute, stimulé, ravi, sonner de ces « Jingle bell » et tant de bien jolies chorales nous égaient. Entendant au 98, 5, —salut à toi, l’ ex-camarade Paul Arcand !— l’inévitable « a-des-té-fi-dé-les », j’ai chanté avec ma radio et me suis souvenu de ma mère qui, au logis de ma rue St Denis, suspendant haut son fer-à-repasser, écoute les yeux mouillés « La Charlotte prie Notre-Dame », incroyable mélo larmoyant de Marie Dubas (écoutez ça à google).

« Ma bonne mère », cher Pagnol, malgré sa trâlée d’enfants, chantait toujours, oui, Fabien Thibault ! Ma Germaine n’avait pas le droit de songer à la chaude Florida, vissée qu’elle était à son modeste logis.

En passant, suis ébahi (un enfant ?) de tant de lumières multicolores dans nos arbres —merci m’sieur l’maire !— aux façades des commerces, de nos demeures. En 1940, rue St Denis, m’sieur le riche notaire Décarie avait, lui seul, dans son parterre un bel arbre de lumières ! Je me suis rappelé aussi, à Miami, à Fort Lauderdale, de ces fausses neiges de plastique aux fenêtres avec leurs « joyeux Noël », en français. Ô nostalgie cocasse de nos exilés!

En profiter chers lectorat pour vous souhaiter un très beau jour de Noël !

MON VILLAGE CHÉRI !

J’aurais jamais cru cela : que je m’attacherais —après quelques décennies à Ste Adèle— à ce point; c’est rendu que je déteste retourner à Montréal, la métropole ! Vendredi dernier, bien obligé (mon éditer XYZ) d’aller Au Salon du livre. Je tempêtais dans ma Honda et mon « chauffer privé » —une femme dont je suis fou— en rigolait. Mais je sais qu’elle est comme moi et que de… «  descendre en ville » ne la réjouit plus du tout.

Ce « Saloon… » à la Place Bonaventure, ouf !, quelle belle grande fête hein ? Illusion car les gens lisent de moins en moins, hélas, une sale vérité souvent niée tant on refuse le fait. Il est têtu pourtant : le monde ne lit plus. Les cinq chers petits-fils du « grand écrivain » ( Louis Cornellier dixit) ne sont pas « des gens à livres ». Ils « très » branchés et foin du papier imprimé et relié. C’est : Vive le Web, vive le Net, google, wikipédia et cie ! Vive l’ère de l’électronique, y compris ses jeux. Quand la pub du Saloon dit : 150 000 visiteurs, comprenez bien qu’il s’agit d’un infime minorité de Québécois car de St Jérôme à St Jean Iberville, vivent 3 millions des nôtres !

À mon kiosque XYZ, néanmoins grand plaisir d’y recevoir quelques chaleureux « fans », dont pas mal d’adèlois ! Ces chaleureux sont venus me serrer la pince, bavarder et m’encourager parfois en se procurant ce « chef d’œuvre » dont parlait « Le Devoir » en début de mars: « Anita, une juive numérotée. » À ce propos, dimanche, au Saloon, Place de l’Agora, l’on m’organisait une sorte de débat entre Dame Ravary, ex-convertie aux juifs Hassidims, et l’éditeur et auteur, Vanasse. Ce dernier publie un bouquin de sa généalogie, cela jusqu’à des ancêtres juifs en Hollande (les Van Hasss), même en Pologne ! À la fin, du petit « show », une vieille dame —de confession juive— est venue aux micros pour m’agonir d’injures (si j’en crois une jolie guide qui en riait). Le malentendant que je suis devenu n’a rien compris, voulant savoir, on m’a dit que « la madame » était toute confuse dans ses griefs, peu claire dans ses horions. Mais la chroniqueuse de Journal de Montréal, Dame Ravary, doit savoir quand elle vante les meilleurs rapports désormais entre sa chère secte et nous (à Outremont sinon ici, à Ste Agathe) que je m’en attribue volontiers les mérites. En 1988, il y a 25 ans, quand tous se taisaient, rectitude de cons, j’ai protesté dans l’hebdo d’Outremont face à un vrai racisme juif. Je fustigeais l’écœurant racisme des orthodoxes juifs. La Ravary a raison, leurs chefs ont compris et ils changent assez vite, une des leurs deviendra même candidate aux élections !

En ce moment, mardi matin, je vois le lac tout proche qui va se figer. Pour des mois. J’observe de la fenêtre de mon petit bureau une virtuelle glace, c’est de l’ardoise, mi vitre, mi pierre, vaste miroir d’un noir d’enfer, recouvert d’une espèce de glauque pellicule. Ça y est, c’est l’hiver qui entre. Il va vraiment neiger. Alors, spectacle magique réjouissant, sur la glace du lac, les samedis, les dimanches ensoleillés, on viendra nombreux. Les promeneurs sur les anneaux balisés vont venir tourner dans la lumière « la plus belle de toute la planète ». Oui, la science l’affirme : au sud, ils n’ont pas cette beauté lumineuse. Ni en Floride, ni aux Antilles. C’est chez nous, par ici, la luminescence vibrante… vive le boréalisme ! Cette luminosité éclatante s’en vient donc, dire merci alors aux millions de millions de cristaux de neige qui la reflète. Ah oui, on se baignera de lumière très bientôt, accompagnés de belles compagnes. Parfois avec, en laisses, les plus jolis spécimens de la race canine. Enfant, j’aimais l’hiver, ses jeux, forts, labyrinthes, traîneaux, patins et skis— vieillard, j’aime de nouveau l’hiver, pour sa lumière.

 

 

VOYAGER, PARTIR, REVENIR ?

« Le monde a changé tit-loup », chantait en effet Dubois. Les jeunesses désormais voyagent. Autour de moi, Simon Jasmin, petit-fils, revient de Bogota, était à Dubaï, il y a peu, qui revenait de Bruxelles, eh ! Le prof de musique, Gabriel, autre petit-fils, visitait l’autre été Hawaï, s’en ira « vacançer » en février, à Saint Barthélemy. En juin, mon Laurent, expert en « saisie électronique d’images » (!) est rentré d’Istanbul, en Turquie, les yeux lumineux !

Moi ? Sédentaire crasse ? Bien, là, devant moi, un fabuleux voyage, très éblouissant. Sur la table à manger, un simple cactus qui soudain fleurit en mini « lys » tout de blanc et de rose ! Les fines étamines d’un rouge si vif dans les mini-cornets immaculés blancs, ces minces filaments cramoisis, fuschia (?). Hypnotisés, nous rçevons, elle et moi, on ne se lasse pas d’admirer. C’est une sorte de voyage, non ?

Amis, lectrices, lecteurs, il y a un moyen si facile de partir, de visiter le monde, de voyager et sans que cela ne vous coûte un seul sous ! Une façon formidable et, qui plus est, vous pouvez n’importe quand suspendre votre expédition à l’étranger, rentrer chez vous, reprendre votre existence normale et, paf !, repartir à volonté. À votre très libre gré.

Ainsi, tenez, j’en reviens, j’ai pu aller dans le « far west » de Moscou. Oui, oui, j’ai pris connaissance intime avec ce vaste pays froid qui allongeait l’URSS jusqu’en Chine, en Mongolie, aux frontières du Japon. Pour cette expédition fabuleuse J’avais, gratuit aussi, un fameux guide ! Alexandre Soljenitsyne, sa prose est d’un calibre parfait et avec lui, j’ai pu examiner avec horreur tous ces camps de détention staliniens, ce sinistre « Archipel du Goulag ». Voyage inoubliable.

En quelques mois, sans quitter Sainte Adèle et ma rue Morin, j’ai voyagé un peu partout et mon budget en a été préservé, intact, vraiment inentamé malgré les distances. Aussi, je ne cesse pas de m’interroger : pourquoi donc —oh oui, pourquoi ?— si peu de lecteurs dans notre monde ? À ma piscine de l’Excelsior, chaque jour, dans les chaises-longues de la jolie serre, voir tant de gens qui ne lisent pas ! Dans les salles d’attente des cliniques aussi ! Un profond mystère à mes yeux. Après tout, sur deux Québécois, il n’y a qu’un « analphabète fonctionnel », non ?

J’ai donc beaucoup voyagé (merci Kindle, adieu biblio !) ces derniers mois. Avec l’effrayant témoin du nazisme, Élie Wiesel (« À Coeur ouvert »), avec ce nasillard troubadour du chant « country USA », le Bob Dylan (« Chroniques »), avec mon cher Pagnol (« Confidences »). Avec René Fallet pour mieux savoir l’étonnant Brassens ( « Georges Brassens »).

Avez-vous bien compris ? Pour me rendre à Sète, pays de Brassens, ou à Paris, ou à Marseille chez Pagnol, ou en Russie ex-soviétique, combien cela m’aurait coûté ? Des fortune n’est-ce pas ? Et, savez-vous le plus beau ?, j’ai voyagé sans les sacrées contraintes, les inévitables : bagages mal faits, rares et ruineux taxis, aéroports bondés, files d’attente, parfois hôtels s’avérant minables, des lits bossus, des punaises descendues des plafonds ( Istanbul !). Oui, lire c’est voyager en tout confort, dans un bon fauteuil, chez vous, à l’abri de tout et peu importe la météo. Je vais le dire, le proclamer même : ceux qui se privent de cela sont des misérables. À plaindre. Je vous quitte, je repars, j’ouvre mon « e-book », pour voyager « dedans » le fameux bédéiste Gotlib, j’ouvre, page UN : « J’existe, je me suis rencontré.»

Je repars en voyage, au revoir !

 

 

 

LETTRE OUVERTE À LA BELLE PAULINE

Avez-vous lu, Pauline, la chronique d’Yves Boisvert un matin ( La Presse) ? Il nous sort un musulman de ses entourages, type bien intégré. Boisvert (faux candide ?), est tout content de sa trouvaille : « Il y a aucun problème avec nos musulmans ! » Ajoute : « pourquoi une « chartre de nos valeurs » ? Même quotidien, chère Pauline, publication d’un billet d’un M. Gaumond. L’inverse. Cet ex-prof nous sort deux cas odieux de musulmans fondamentalistes. L’un a égorgé sa fille à Mississauga en décembre 2007 et un autre, bon-papa-Shafia qui, dans un canal ontarien, assassina par noyades. Il conclue : musulmans tous des tueurs virtuels, une chartre !

Oh !, ma chère radieuse Pauline, la question laïciste s’affole mais entre l’intégration des uns et le refus de nos valeurs des autres, il y a un vaste spectre. Charte pas chartre, il n’y a pas de loi efficace, ma pauvre Pauline, pour le comportement des exilés, réfugiés, ou apatrides de diverses sortes. Rendus à Rome, c’est bête , mais certains refusent de « faire comme les Romains ». Il y aura toujours parmi nous des migrants déboussolés qui, hélas, assassineront et d’autres nouveaux venus qui savent harmonieusement s’intégrer. Pour leurs enfants c’est indispensable. Futile de rédiger une liste de « ceci oui, ceci, non ». De « cela se fait, cela ne se fait pas », Vite, expédie ce projet de loi aux calendes grecques. Quelle mouche piqua le sieur Drainville, vit-il sur la planète « réalité » tu aurais bien fait de l’envoyer étudier « les insectes intégrateurs sur la vaste Côte Nord » car voilà que nos adversaires pissent leur vinaigre de « colonisés » depuis cette annonce sur « nos » valeurs. Les mercenaires, de vilains  « Collabos », s’empressent d’exciter les aveuglés en « tolérance totale ». Ainsi du « trio » habituel, lècheculistes fédérastes, les Dubuc, Gagnon, Pratte, pisseurs de copie pour nuire aux gros méchants souverainistes.

Pauline, j’ai passé trente ans de ma vie active (25 à 55 ans) parmi des émigrants. 30 ans de bonne paix, de joyeuse entraide, d’amitiés durables. Tout un étage de Radio-Canada vivait de bonne entente. Parmi 30 scénographes, on trouvait 15 néos-québécois, c’était l’ONU. Deux Allemands, un Suisse, un Hongrois, deux Russes, un Roumain, un Polonais, un Lithuanien, etc. Tous s’exprimaient évidemment dans un bon français et tous avaient leurs valeurs personnelles, bien à eux. Alors, au diable les chartres ! On étaient unis dans le but d’apporter du bon « design », une scénographie imaginative pour une télévision qui débutait. Je puis donc témoigner d’une époque pas si lointaine —1955-1985— où les « valeurs » des uns et des autres ne subissaient aucun choc, aucune discorde.

Pauline : des « valeurs » cela se « dévalorisent » vite au gré du temps, tu le sais bien, tu te souviens : on vénérait des valeurs aujourd’hui toutes disparues et farouchement reniées. N’est-ce pas la vérité ?

 

LUISEZ BELLES AURORES BORÉALES !

Une rôdeuse matinale me remet un article du quotidien raciste, The Gazette, machine francophobe (très phobe). Croyez-le ou non, des nôtres, masochistes insoignables, achètent cette pourriture. Attention : ce quotidien contient d’excellents journalistes et leurs articles sont solides mais il y a ses éditeurs, chroniqueurs et même caricaturiste. Ainsi, Aislin, dessinateur émérite, a déjà publié un bonhomme se léchant l’anus (!) et mis en légende: « The patriot ! »

Ma courageuse anonyme m’offrait donc un texte sur « cinq colonnes », pissé par ce fieffé Conservateur né (et élevé) dans l’ancien ghetto « bloke » de Shawinigan Fall, un certain Peter Blaikie. Ce dernier reprend son « antienne sur l’air : « Pour les indépendantistes, c’est clair, les anglophones et les allophones ne voteront jamais en faveur d’un Québec souverain. » Grosse nouvelle hein ? Ou Blaikie joue un rôle ou bien c’est un imbécile. Ce que je ne crois pas. Tous ses reproches à Pauline Marois ( massacreuse d’anglais, n’est-ce pas ?), dette grandissante, surtaxes, bureaucratie comme lierre, attitude anti mines, Montréal tant négligé, etc.) s’appliquerait autant à Charest qu’à (ma foi) Bourassa ! Frileux sur la Loi 101, il vante (faux louangeur !) le bilinguisme merveilleux des Lévesque, Parizeau, Bouchard et même de J.-F. Lisée.

Ce braqué de Blaikie termine l’étalement par : « la langue devient obsessionnelle avec les Marie Malavoix et Cie, voici la sotte Loi 14, la folie des manuels d’histoire nationalistes, etc . » Paniqué, (même s’ils sont 300 millions sur le continent et nous 2 ?) le Hérault de The Gazete crie : « Anglos, ne nous laissons pas manger la laine sur le dos ! » On lit ce raciste et puis on va se laver, patauger dans le Rond et je revois, ce midi, sur les troncs des pins et des saules du rivage, des reflets mouvants, sorte d’aurores boréales.

C’est l’eau du lac, remué par la brise, qui m’offre ce spectacle cinétique tout à fait envoûtant. Ça repose les yeux de ces lectures francophobes. Je n’ai aucune carte d’aucun pari politique. N’en ai jamais eu. Sauf durant 15 jours, car obligé, voulant jouer le député mais des frileux à « cette grande gueule de Jasmin », pépères Parizeau, Royer, Boileau, chassèrent l’« esprit libre ». Je n’ai pas de « parti » donc, qu’une cause. Elle est naturelle. Mondialement répandue. Il y a plus de 150 nations à l’Onu. Je combattrai jusqu’à ma mort pour que notre nation aie une patrie. Mais je comprend ce que notre histoire —depuis « La défaite » (1763), la domination anglaise, les tentatives d’assimilation— a fait des aînés. Des citoyens ultra prudents, colonisés et aliénés.

J’ai grande foi en ceux qui viennent. La jeunesse québécoise ne traîne plus ces chaînes historiques, ces boulets héréditaires regrettables. Pour me détendre de ce nécessaire combat, je lis, je ris, je souris aux chansons nouvelles comme aux musiques actuelles et, hier, je ralentis rue Archambault, pour ce chat aux bizarres zébrures pourpres dont je vous ai parlé. Nous nous regardons longuement dans le fond des yeux. Je m’imagine qu’il veut me miauler : « Mon pauvre vieux patriote, tu vas mourir bientôt et tu ne verras pas ça une patrie pour les tiens. » Ça me fait de la peine et je file vers —récent cadeau au vieux papa— mon cher « Kindle » tout neuf. Où m’attendent des récits, des classiques et des nouveautés, à en oublier ces aveugles bienheureux, anglos « en ghetto », lisant ce torchon nommé « The Gazette ». Mais vous, aurores boréales qui entortillez les saules, luisez, luisez !

 

Ö CANADA, CROTTE DE CHAT !

..et on riait à dix ans dans nos escaliers en tire-bouchon, gueulant : « Terre de nos aïeux, crotte de beu ! Ton front est ceint, crotte de chien ! » On s’amusant de peu. Un voisin est moqué qui arbore notre fleurdelisé, le 24 et puis « l’unifolié » le premier juillet, multi-patriote à pluri- allégeances ? ! Pourquoi pas mettre le « Stars and stripes » le 4 juillet et le tricolore le 14 ? L’étoilé de l’ONU quand ? Or, Fête du Canada, visite à Sainte Adèle-En-Haut de l’un de mes petits-fils, Laurent. Accompagné de trois copains du temps de son UQAM en géographie urbaine. Jordan né en France, sa Paulina , née en Pologne. Et Alex , un célibatant (sic). À six sur la galerie, on cause « ad libitum ». J’en profite pour mieux connaître cette génération dite des « Y ». Lisent-ils ? Vont-ils à leur biblio, en salles de cinéma ou c’est « internet ? » Qui sont leurs équivalents des chers « Vigneault-Charlebois-Léveillée » ? Samian le rappeur, Radio-Radio ?

Les réponses ne fusent pas. Pas trop bavards ou une relative incertitude sur les goûts communs ? Pas d’unanimité, c’est clair. Pendant qu’un trio descend —en maillots— au lac, Jordan reste avec nous et il a de la jasette, se confie volontiers. Fils d’une mère qu’il juge sévèrement —l’abandonnant à deux ans— élevé tant bien que mal par un « père-célibataire » —il voyagera énormément. Bagou abondant. Il vit en basses-laurentides, à Saint-Eustache avec sa Paulina. Très politisé et informé de l’État du monde, ce brillant locuteur se découvre en pessimiste. Lucidité étonnante pour son jeune âge ! Moi, le vieil « optimiste indécrottable », je tenterai de le conforter : « Il y a l’espoir de la science face à la catastrophe écolo annoncée ? » Jordan : « Non. Pas du tout. Ce monde-là est déjà responsable de tant des malheurs actuels du monde ! »

Ce Boulay philosophe de manière articulée, avec un vocabulaire étonnant, c’est, en pire ma foi, Schopenhauer (qui fut le plus pessimiste des grands penseurs). Sa réincarnation sur notre galerie, à Sainte Adèle ! Un « Nostradamus » stoïque, nous affirmant que l’écroulement écologique) ne saurait tarder bien longtemps. Brrr…Puis, le trio baigneur avec mon « grand » Laurent (vrai géant Beaupré !) finit par remonter de la grève. La jaserie se transforme et adieu l’Apocalypse ! Je dis : « En ville, en été, quid de tous ces spectacles gratuits dont nous sommes privés en Laurentides, fameux non ? Laurent : « Bof ! J’y vais parfois ! Mais moi, les grandes foules, rester debout, tous ces haut-parleurs, hum ! » Le sachant travailleur (su site Ex-Shop-Angus) en machins électroniques —qui me dépassent— sachant ses fouilles « géos » dans l’immense grand-nord québécois, je voudrais qu’il retrace cette île parmi des milliers d’autres baptisée (par l’État s.v.p.) « La petite patrie ». Peut-il m’en offrir une photo ? Une commande, Laurent.

La Polonaise —salut Chopin !— nous cause « gagne pain obligé », étant banquière (Royal) à « St-Eustache-la-neuve ». Et ça jase…d’un logement nouveau rue Montcalm (Laurent). Aussi des cafés-terrasses aux « cinquante sortes de bières ». Parmi ce quatuor, un jeune ingénieur (et pilote) Alexandre . Lui aussi « célibatant (sic) » et qui aime pas parler pour ne rien dire », assez mutique ce « beau brummel ». .

Jeunes filles (libres) qui me lisez, pour obtenir les  coordonnées d’Alex et Laurent, adressez-vous à moi, ici, à Pays d’En Haut. « Il y aurait plusse… si affinités ».