LAIDEUR, BEAUTÉ

Un temps de ciel laiteux. Et flâner dans l’eau. Au rivage, sous le myric baumier, ce petit… chat ou ce gros crapaud comme passé à la chaux ? Un ouaouaron géant, exsangue ? « Ça » nage dans tous les sens, « ça » creuse soudain sous le mur de roches rouillées, vivier de mes rats musqués. Mais qu’est donc ce curieux nageur au pelage tout trempe ? C’est blanc, si pâle, quoi au juste ? L’animal inconnu m’a vu, me fuit, me revient, plonge, reste au fond, remonte. Cache-cache ?

Je m’appuie au tronc du vieux saule penché. La bestiole amphibie, laide, si mouillée, est là sous le mur de pierres. Dans un creux. « Ça » entre et sort d’un fond de trou boueux, un chat infirme, un goéland déchiqueté, mouette perdue aux ailes fracturées —mythe égaré— un « pet » payé pas cher et qu’on a voulu noyer ? « Ça » gigote fort et « ça » reste tout au fond, pâle lueur. Pieds nus dans l’eau, la peur. Est-ce vraiment un félin ? Non, je vois des mini-palmes… mais qu’est-ce que c’est que ce drôle blanchâtre ? Sont-ce des pinces? Un blanc homard fantomatique. La nature est pas toujours belle. « Ça », mon cher Stephen King, un échappé de laboratoire ? Y a-t-il un savant fou qui opère pas loin ? Je distingue des yeux de noyé, crevés, sur la tête des moignons violets, une plate gueule à dents croches. Veux-t-il s’harponner de ces poissons tropicaux rouges qu’on ose abandonner à chaque fin de vacances ? J’ai pris un filet, en avoir le coeur net, mais il disparaît. Revient, gratte la vase, eau brouillée merde !

Ce n’est ni un chaton, ni un raton, c’est violet sous le ventre, taches jaunes aux oreilles. Je veux mieux voir mais l’ectoplasme inédit file vers le milieu du lac…oh !, danger pour mes fidèles marathoniens s’entraînant chaque jour : un mini-Jaws. Une mordée fatale dans la figure, oups ! le revoilà, petite fourrure dégoûtante. Suis-je dans un film de science-fiction ? Dans un conte d’anticipation ? Raymonde m’appelle. Souper ! Okay. Mais j’y reviendrai. Promis; je saurai.

Le lendemain :

J’approchais de la rive, un pédalo, à quai, me cachait la vue. Choc visuel : je suis soudain pétrifié. Muet : caché par le pédalo des Lagacé, soudain découvrir si près de mon visage de mon visage, j’aurais pu y toucher— quatre merveilles, quatre trésors vivants, quatre paires d’ailes d’une soie turquoise rutilante, on dirait des joyaux, des bijoux sorties d’une animalerie antique rare. Première fois à être si proche de pareilles merveilles : quatre canards dit colvert.

Pourquoi donc « mon bon-bon-Dieu » ne pas nous avoir donné la chance de vivre au beau milieu, au sein même, vraiment « parmi » toutes nos faunes pittoresques ? Le souffle coupé ce jour-là ! Oh la beauté ! Je ne bougeais plus d’une oreille, pas même d’un cheveux, ils me tournaient le dos et je ne respirais plus. Hélas —erreur—je voulus m’en rapprocher encore un peu… et zut ! Mon quatuor de colverts —calvaire— petipataponne au rebord du quai. Plouf, plouf ! Plouf, plouf ! À l’eau canard, une fuite pressée et adieu l’écornifleur derrière le pédalo. Ils filent rament vers le radeau des voisins Jodoin.

Me restait une étrange solitude avec tant de beauté partie. Eux font les fiers, les libres. Se savent-ils si beaux ? Un tout nu dans l’eau du lac Rond, privé de mes quatre Ostensoirs brillants ! C’est nos pieuses enfances qui remontent quand on veut évoquer du grandiose, non ? Influence marquante chez les « pas riches » que nous n’étions tous que d’humbles paroissiens. J’ai perdu —à ma portée et inaccessible— le trésor d’un émir ou d’un fakir, d’un vizir ou d’un émir —ces vieux mots que l’Islam désendormi réactualise ces temps-ci.

Je rentrai. Demain ou quand, revoir ces idoles à plumes luisantes, dieux palmés, quertzaltcoat d’un mexique imaginaire à Ste-Adèle.

LA MER QU’ON VOIT DANSER

C’est fou, c’est puissant, chaque année depuis un de mi-siècle, c’est comme un rite. Oui, devoir : « aller à la mer ». Ado, lisant « Moby Dick », roman de Melville où un vieux pécheur de baleine, jambe amputée, poursuivra jusqu’à en mourir noyé, cette baleine « albinos » qu’il croit avoir reconnu— ado donc, j’y avais capté une idée de la mer : un danger, un péril. Maria, sœur aînée de maman, « veuve en moyens », allait à la mer, on pensait : du monde chanceux, des parents riches.

Plus tard, j’ai fini— jeune papa— par y aller. À Provincetown au Cap Cod d’abord. Huit heures de route en coccinelle toute neuve ! Ô la belle découverte mieux que séduisante. Voir « L’infini ». Tant d’espace en air et en eau. À perte de vue. « Que d’eau, que d’eau » ! On y reçoit d’étranges décharges énergétiques palpables, non ? Alors, à jamais, la piqûre était prise. Assez, fini que de ne regarder les belles photos de tante Maria avec cousine Madeleine, toutes heureuses à Old Orchard, Maine, s’ébrouant dans la houle géante. Nous en étions jaloux. Mes enfants jeunes, ce sera ce parc populaire, Old Orchard. Un temps au nord, dans Pine Wood, où l’on croisait la famille Tisseyre, Michèle l’animatrice et Pierre, mon premier éditeur. Un temps on louait de vieux logis (les gens déménageaient à Saco pour l’été) au sud, à WestWood. Plage moins bruyante. Ô cher vieux Old Orchard, où « les rues parlaient français ».

Puis ce sera, quelques étés, dans le New Jersey —10 heures d’auto dans le temps— pour des plages aux eaux bien plus chaude. À Margate Beach, rivage voisin d’Atlantic City-Les- Casinos ! Aussi, le Wildwood plus au sud où de jeunes crieurs du Baltimore, annonçaient sur les plages : « Philadelphia’s Daily News ». Vraie tanière de « radiocanadiens », viendra la mode Wells Beach et le retour au Maine. Une bien jolie presqu’île à deux rues seulement et où, curiosité, de nombreux phoques s’époumonaient chaque matin dans la lagune. Il y eut Kennebunk Beach puis Cap May, chic et discrète villégiature tout au bord de l’immense Chesapeake Bay.

Enfin, très longtemps, et aujourd’hui, au nord du site populaire du Hampton Beach (au New Hampshire) : « elle » ! La favorite, la noble et vieille station balnéaire —« victorienne » d’allure ici et là, notre chère Ogunquit. J’ai signé un roman (un polar) sur son dos, vraie carte du lieu : « Une Duchesse (du Carnaval de Québec trouvée assassinée) à Ogunquit ».

Eh oui, on y retourne justement. Ogunquit s’enorgueillit d’avoir hébergé la danseuse Isadora Ducan, les peintres Picasso, Matisse, le « Roméo-Usa », Rudolf Valentino, la vedette May West, j’en passe ? De vieilles photos les montrent si vous allez petit-déjeuner rue du pont sur la rivière éponyme. Là où des pêcheurs espèrent chaque jour. Donc, ça y est, juin revenu, cela nous a repris encore à Raymonde et moi. « On y va, oui ? » Toujours « oui. ». Ogunquit, un p’tit cinq heures de volant. Désormais, pour les bons souvenirs, des amis, parents, soudain rencontrés. Nos restos bien aimés. Surtout la fougueuse vague et ses frises blanches immaculées, les brises océanes. Sans cesse la rumeur rugissante de cette plage d’une largeur folle à marée base. Le soir, nos promenades jusqu’à Perkin’s Cove, mini-port à 30 minutes de marche. Ses boutiques d’artisans, ses fruits de mer partout, la petite foule qui baguenaude : fainéantise légère, heureuse des vacanciers quoi. Au port de Wells, dans un marais odoriférant, offre des homards frais à bon marché dans une grange rustique. Hâte !

Valises bouclées, chantonnant « partons la mer est belle » nous partons (un pèlerinage béni). Parce que maintenant, il y a pas que tante Maria qui a un peu de sous pour aller humer le bon air salin, les vapeurs d’iode, entendre mouettes et goélands, admirer ces espaces infinis où, en clignant les yeux, on imagine, fous, juste en face !, les rivages de la mère-patrie, bretons et normands !

BROUILLARDS ET BROUILLONS

Nous cherchions —à aller chez Honda— par une voie de service, roulant vers l’ouest de la 15. Pas loin de St-Jérôme. Soudain, dans un débat de soleil et nuages, du brouillard ! Paysage d’apocalypse ! Une fin d’après-midi et découvrir la rivière du Nord obèse, folle, déchaînée. Découvrir un barrage géant et puis une effrayante chute d’eau. Soudain, sur la grondante rivière un très long abri, un tunnel de toile et puis voir des travailleurs sortant d’une usine au loin (Cascades ?); ouvriers pliés, courbés marchant vers leur stationnement.

En cette zone si sauvage, une pancarte : « Maison de retraite ». Eh b’en, un décor de fin du monde. Ce récent jour, sous un ciel aux lueurs chamarrées, que de trombes d’eau déchaînée. Déformé, à l’horizon embrouillé, une usine ! Est-ce Cascades inc,, l’ancienne usine des Rolland ? Par temps-de-chien, allez roder par là. Un spectacle impressionnant si vous traversez vers l’ouest —Chemin du Grand Héron— pour voir ce lieu tourmenté, gigantesque voile, vaisseau fantôme. Nelliganien ! Ce barrage, sa chute impressionnante, découvrez un théâtre naturaliste bouillonnant. voyez la Nord en convulsions, rageuses. Loin de son cours tranquille le long de la piste cyclable mis à part les rapides de Val Morin. Cette Nord « bardassée », et qui tourbillonne fort. Ce jour de vendredi-saint, ce fut un vaste bain d’un Spa goliathien.

J’en ai déjà jasé ici : on est allé revoir, Raymonde et moi, la Nord en folie sous le pont au bout de la jolie rue Rolland. Quartier éponyme de Sainte-Adèle. Allez-y ! Encore cette vue excitante, énergisante, qui fouette, stimule, le regard. Ses eaux en crue d’avril, en furie, une chamaillerie de flots d’une grande violence, un remue-ménage ondien remplit d’une sorte de gaieté (oui !) aussi une joie sauvage pour les oreilles, (même les miennes, faiblardes). Par là, c’est le dieu Neptune en grande colère !

Je n’oublie pas —vélo sorti bientôt— près de la « P’tit train du nord », les remous d’eaux énervées de la Doncaster aux alentours de « la cabane » ( dite à Eddy). Irez-vous re-visiter ces remuantes, fascinantes chaînes de remous fougueux qui nous appellent à grimper dans le boisé.

Bientôt maintenant —viens donc juin— tout se sera calmé, ces grandes eaux turbulentes se seront pacifiées. Privées des ruissellements printaniers. Oui, désormais, alimentées de ses familiers et habituels courants tranquilles —s’il n’y a pas déluge. Ce sera l’adieu aux torrents, l’au-revoir-au-printemps prochain, ce sera l’été bientôt, ses beaux jours chauds et les joyeuses excursions, ses pimpantes randonnées pédestres dans notre nature laurentidienne qui se sera calmé les nerfs ! Toutes ces zones bruissantes, énervantes, redeviendront l’affiche des tranquilles, invitantes promenades.

Enfin, j’y pense souvent, viendra-t-il quelqu’un pour nous décrire avec précision, le long sinueux de la rivière du Nord ? D’où son démarrage ?, Où sa chute finale ? Où, au juste, va-t-elle se jeter dans l’Outaouais ? Qui racontera son cours inconnu dans ses terres jusqu’au delà de Lachute ? Qui nous parlera de l’inconnu, du premier amont, su premier aval Proche ou loin de Montebello ? Mon envie, plus jeune, jadis, d’y aller naviguer. Canot. Chaloupe. Voire en pédalo à travers champs, avec un appareil-photos. Oui, qui ira épier ce très long serpent aboulique ? Part-il de Tremblant ou de plus hait encore ? Vous irez fureter ? Alors, revenu, ou y étant déjà aller, racontez-nous ça ici, à « Pays d’En Haut », de grâce ! Merci d’avance ?

UN DRAGON M’A FAIT PLEURER : Danièle HENKEL

Vous savez mon plaisir de lire « des vies ». La non-fiction, ces biographies nourrissent l’imaginaire. Il y a même une mode : des gens souhaitent publier les bonheurs et malheurs de leur parcours terrestre, des marques pour témoigner d’une existence, un besoin de se raconter à leurs enfants, à leurs petits-enfants. Une voisine, Raymonde Lagacé, l’a déjà fait et s’en porta fort bien. Raconter quoi ? Sa petite enfance, sa jeunesse, son temps d’apprentissages, la fondation de sa famille, les premiers emplois, la maturité, enfin la vieillesse. Souhaiter un maillage des générations. Ah la famille, « clan », « tribu », pas toujours « un misérable tas de petits secrets » selon André Malraux.
Ce genre d’édition, au tirage forcément confidentiel, peut être riche de sens, de révélations à la condition de ne pas servir qu’à un vain narcissisme; de tels écrits peuvent humaniser nos proches qui ignorent tous nos efforts pour se fabriquer « une vie bonne », mots de Nietzsche. C’est la question du célèbre tableau de Paul Gauguin : « D’où venons-nous. Qui sommes-nous ? Que devenons-nous ? » Eh bien, parmi toutes ces biographies lues ces derniers temps —de Ginette Reno à un Marcel Béliveau, d’un Frigon à Marcel Chaput, voilà un bouquin, signé Danièle Henkel (Éditions La Presse) et qui m’a fait éclaté en sanglots. Quelle mère étonnante elle a eu la chance d’avoir ! Je ne suis pas d’un type braillard mais la vie passée de cette millionnaire, « dragon » à la télé, amuse aussi. Ses saillies drôles, spontanées font mouche. Dans son fauteuil de « dragon » jusqu’à ses émouvants confidences, elle vous fascinera. Vous serez étonné comme moi de voir grandir cette petite fille du Maroc dont le papa —un beau militaire allemand, il y a photo— va fuir femme et fillette. « Il lèvera les feutres » comme on dit, disparaissant à jamais. Ô cette pathétique quête muette de Danièle Henkel, elle arrache le cœur !
On assiste —avec cette lecture qui prend aux tripes souvent— aux tiraillements d’une mère abandonnée et si courageuse pour tenter de vivre avec un minimum d’épanouissement. Oh, madame Henkel, que j’aime votre vaillante maman ! Avec son écriture vivante, vous saurez tout sur sa périlleuse existence; d’abord en cette Afrique du nord française, cette jeune et jolie femme est un modèle de résilience. Elle nous fait lire un exemple flagrant de courage, de ténacité totale; lisez ce récit franc, il est aussi un fameux document. Et vous, les malchanceux du sort, ce « vrai roman » saura vous consoler aussi en maints passages; surtout, vous faire « relativiser » vos regrets, vos remords. Si, comme pour moi, la vie vous a été plutôt facile, c’est instructif, cette autobiographie va vous secouer. En librairie elle coûte quelques dollars. Mais rien du tout à votre bibliothèque publique.
Merci donc à vous, Danièle Henkel, du « petit écran », où elle se présente en « dragonne » au milieu des « dragons » chaque semaine à la SRC, amusant et bizarre tribunal de juges « financiers ». J’avais remarqué l’humeur sereine, l’humanité ardente de cette « dragon », je sais maintenant pourquoi il se dégage d’Henkel une telle chaleur au milieu d’un jury forcément affairiste et « obligé de cruauté » à l’occasion. Lisez vite sa vie, découvrez une femme qui revient de loin. De très loin. Qui débutera à Montréal auprès d’un manufacturier raide, un « businessman » qu’elle saura séduire. Cette femme devenue multi-milionnaire a-t-elle, inscrit dans son héritage génétique, le don du bonheur ? Courez lire ces pages qui vont de la misère, de la détresse, à la maîtrise heureuse d’un destin, succès qu’Henkel méritait mille fois. Chapeau bas madame !

FONDUE

 

 

Oui, ça fond maintenant, fonte des restes neigeux qui fait entendre son agréable —bon débarras !— gargouillis aux quatre coins des toits des maisons. Familière petite musique printanière ! Qu’on apprécie, pas vrai ? Partout dans nos chères collines s’enflent ruisseaux, rivières et lacs, « et ça coule ça madame !(la chanson)  »

Tenez, allez donc faire une petite visite dans ce coin sud de Mont Roland. Il y a un pont sous la Nord en furie sous le vent. Un carrefour stimulant où se dévergondent en puissantes tourmentes, la rivière engrossée de tant de…fondues ! C’est ma foi, hugolien ! Pas loin des ex-usines de la papeterie d’antan, voyez ces flots en rage, cette furie aquatique. Cela vous énergira, promis !

Ma joie donc, voyant —enfin, enfin— la gouttière de ma galerie qui bave de sa gueule de tôle pendante. À chaque printemps d’avant Pâques, j’ai souvenir de nus, les gamins qui cassent, à coup de barres de fer, l’épaisse glace des trottoirs. En effet, dès avril, rue Saint-Denis, c’était cette hâte de garçons robustes, celle de revoir le bitume, le ciment, le béton; en finir « au plus sacrant » avec l’hiver. Slogan de Mai’68 : sous les pavés, la plage !, nous ? de pousser aux caniveaux ces oripeaux glacés, sous la glaçons sales la liberté ! Sortir nos scooters, voiturettes, patins à roulettes.

Ces jours-ci, me rendant chaque matin au Calumet —journaux, magazines, cigares rares—, je sors de ma Honda pour affronter la très vicieuse « glace noire ». Chaque matin donc, le risque de me casser la gueule. Fin bientôt de croiser sans cesse dans nos rues d’imprudents enfants les quatre fers en l’air ou des vieilles personnes déambulantes à petits pas calculés; surtout dans la raide Côte Morin. Que de visages effrayés, tremblés par la peur. Moi ? Ah tiens, tiens, je vais m’acheter une canne.

Ô saison, ô glaçons !

Reste un fait : ça y est, ouf !, on y est, terminus ! Avril est la fin du long hiver. Mais oui, bientôt on verra des bourgeons aux arbres. Un premier, coucou !, joli pissenlit —vulgaire dent de lion. Ou encore une touffe de gazon mystérieusement bien vert. Délivrance !

Parfois, Raymonde et moi, on tente d’imaginer les premiers émois de nos ancêtres. Voire la détresse, la stupéfaction de nos premiers émigrés, venus du Poitou, de Normandie, de Bretagne ou de cette douce « Ile de France ». Le choc des hivers ! Oh mon Dieu ! Et en un temps totalement dépourvu des commodités actuelles. Cinq ou six longs mois isolés en leurs terres « de bois debout » , perdus au milieu des « arpents de neige », sacré Voltaire.

Mais bon, résistants farouches, nous voilà toujours ici, descendants des effarouchés. Bien mieux armés par cent et cent progrès. Ce confort, inimaginable jadis. Pourtant on se plaint des hivers « qui n’en finissent plus ». Voir cette année 2014. Bon. D’accord n’en parlons, voici le beau temps revenu. Combien sommes-nous —pas seulement les jeunesses— à nous promettre de jouir mieux que jamais, des trois belles saisons qui s’amènent ? Dont la plus excitante, la toute prochaine, le printemps. Excités, il y a dans l’air, vous le sentez, de vagues espoirs des petits et grands bonheurs. Une joie floue avec des projets naturalistes : randonnées idylliques, fêtes extérieures. Avec des promesses, sorte de résurrection d’après-Pâques ?   Inviter l’ami négligé. Ou ce bon vieux camarade perdu de vue. Inviter une sœur isolée, négligée. Ou un frère perdu de vue. Ou ce papa vieilli et esseulé. Ou une mère. Se réconcilier avec un adversaire. Raccommoder cette rupture bête, d’une vaine chicane, d’une querelle idiote.

Oui, avec le printemps, faisons cela.

ÉMIGRER, S’EXPATRIER ?

 

 

Un loustic m’aborde ? « On vous entend pas trop l’ancien grognard ? » On connaît ce : « … devenu vieux, le diable se fait ermite. » J’ai trouvé la paix ici. Comme tout le monde, j’ai gagné de l’âge (ô Lapalice !) en vieillissant. Jeune, on ne prend pas toujours le temps de relativiser. À trente ans, échauffé de peu parfois, je grimpais dans le premier wagon de feu.

Exemple, si je n’avais pas grandi et mûri, je dirais comme Michaud : «  Les émigrants mécontents, retournez-vous en donc d’où vous venez ! » Yves Michaud n’est plus très jeune ? Je sais trop que l’expatriation non volontaire est le pire des sorts. B’en d’accord camarade Dostoïevski. Me voilà encore en désaccord avec Yves Michaud. Ce vieux grincheux resté vert, qui se méfie des « arrangements » à tout crin.

Quoi encore ? « Il faut jeter le Bloc. Adieu au Bloc. Au feu ce Bloc fondé par un Bouchard quittant ce risque (oui) du « beau risque » des Lévesque-Mulroney ! La fédérastie « du NEUF CONTRE UN » corrigée, atténuée par le Bloc nuirait à l’indépendance. Oui. Elle améliorait le régime fédéral ? Vite, dit Michaud, jetons la patente nommé Bloc. Les Communes à Ottawa ( avec Rouges ou Bleus, Harper ou Trudeau) doivent se montrer vrais. Cela sans le Bloc maudit comme pion-surveillant…qui les rend hypocrites, menteurs, au moins prudents. Michaud : «  Le Bloc doit débarrasser la place ! » Et puis les temps changent : désormais sans l’aide des Québécois, une majorité « anglo-anglo » peut se constituer à Ottawa. Plus de rôle pour le Bloc.

Okay, fini d’améliorer la fédérérastie canayenne, machine à nous diluer. Ce 1867 fut un appareil vicieux organisé sans notre franc accord. Une année maudite. Vouloir en célébrer les anniversaires relèveraient du masochisme. Donc, l’indispensable Robin-des-Banques, affirme : faut jeter le Bloc ! Et du même souffle —ce preux chevalier des petits épargnants— recommande (faisant hurler les racistes à la Mordecaï Richler du journal The Gazette) que… nos émigrants « à religions variées », qui refusent de s’intégrer, n’ont qu’à décamper. Rentrer au pays de leurs origines. » Bang !

Propos de bon sens, non ? Qui nous change des « ceuxze » qui coupent des cheveux en quatre. Michaud contre la langue de bois. Tenez, venez à Paris, petit portrait, en mai 1981 et voyez un Michaud brillant de culture-à-citations, un peu cuistre. J’y suis l’invité d’honneur pour « Prix France-Québec » ( La Sablière). Chic appartement du digne et noble Grand Délégué qu’il est. On dirait un ambassadeur. Mon Yves, grand’prêtre des cérémonies, garroche ses assertions. Impertinentes ou non. Un marquis à Versailles ! Avec ma Raymonde, ouvrant grands les yeux, je me sentais loin des ruelles de Villeray.

Ce patriote émérite, rencontre plus tard un gouffre écoeurant. Une infamie grossière, cogitée par Lulu-la-Canne, va le cogner, l’insulter. Lucien Bouchard —quoi le piquait, quel rancoeur sombre et secrète ?— va dénigrer en chambre un Michaud « antisémite » ! Pour d’ironiques vagues facéties sur « sa chaise de barbier », le vote est pris et l’homme est déchu ! Malgré —plus tard— les excuses des députés bornés, Michaud ne s’en remettra pas. Avec raison. Ces moutons de Panurge m’avaient dégoûtés.

Je voulais, ici, pour l’édification des Laurentidiens, saluer un esprit libre. Hélas, son courage n’est pas d’un diplomate. « Adieu le Bloc » et « expatrions nos nouveaux-venus » si la « Chartre-Drainville » les rebute…Aïe, cher Yves, à quel âge vieillirez-vous ?

 

AIMONS L’HIVER ?

Daniel, mon fils le valdavidien, à qui je dis  : « Pas jaloux de ta sœur, partie six mois à Palm Beach ? », me dit : « J’aime bien l’hiver, moi, pour la beauté des paysages, pour le ski dans nos collines, pour ses airs de fêtes, pour cette variété saisonnière illuminante. »

Je lui sonne raison. Daniel est en meilleure santé que ma fille un peu fragile, Éliane. Que dorlote son Marco qui est mon webmestre.

Moi ? Je balance Tenté de m’exiler car il y a mon grand âge. Suis pas trop friand froidures. M’envoler alors avec nos oiseaux, hum, ma Raymonde ? Une totale aversion de l’avion. Mon gendre nous parle de « mettre l’auto sur un train », ce qu’il fait, lui. Il y a aussi la crainte de certaines privations, us et coutumes d’ici, s’en passer six mois ? De 1978 à 1988, nous allions en Floride, le temps des Fêtes. Vite, on s’ennuyait, nous étions contents de « remonter ». Pourquoi ? Ma radio, ma télé, mes chers journaux et magazines —d’ici et de France. Avec raison, Marco rétorque : « Désormais il y a l’ordinateur qui apporte tout ça et en quelques clics ». Mais chez nous, l’ordinateur… pas top ! Francophiles ardents nous avions songé à « l’hiver en France-du sud ». Mais des connaisseurs du « midi » disaient : « Où ça ? À Menton, proche de Nice ? Pas bien chaud », là où des adèlois de nos connaissances hivernent. Nous songions au sud-ouest, Cacassonne, Perpignan ? Ces connaisseurs : « Ne rêvez pas. Il faut se couvrir d’une bonne grosse « laine » dès la mi-après-midi. Il y a aussi ce terrible « mistral. Frais et assourdissant ! » Il y avait aussi cette peur atroce de l’avion chez ma dulcinée. Bon, faire aveu :depuis une décennie, nous ne craignons plus l’hiver.

« Avec le temps », cher Léo Ferré, l’hiver ne nous semble plus si long, est « endurable ». Il doit y avoir pas mal de monde qui ne déteste pas l’hiver québécois, non ?

« Hier encore… »…cher Aznavour, j’admirais ce luisant soleil faisant reluire, étincelantes, nos région laurentidiennes. Et on sait bien désormais se vêtir chaudement. Ce matin, j’écoute, stimulé, ravi, sonner de ces « Jingle bell » et tant de bien jolies chorales nous égaient. Entendant au 98, 5, —salut à toi, l’ ex-camarade Paul Arcand !— l’inévitable « a-des-té-fi-dé-les », j’ai chanté avec ma radio et me suis souvenu de ma mère qui, au logis de ma rue St Denis, suspendant haut son fer-à-repasser, écoute les yeux mouillés « La Charlotte prie Notre-Dame », incroyable mélo larmoyant de Marie Dubas (écoutez ça à google).

« Ma bonne mère », cher Pagnol, malgré sa trâlée d’enfants, chantait toujours, oui, Fabien Thibault ! Ma Germaine n’avait pas le droit de songer à la chaude Florida, vissée qu’elle était à son modeste logis.

En passant, suis ébahi (un enfant ?) de tant de lumières multicolores dans nos arbres —merci m’sieur l’maire !— aux façades des commerces, de nos demeures. En 1940, rue St Denis, m’sieur le riche notaire Décarie avait, lui seul, dans son parterre un bel arbre de lumières ! Je me suis rappelé aussi, à Miami, à Fort Lauderdale, de ces fausses neiges de plastique aux fenêtres avec leurs « joyeux Noël », en français. Ô nostalgie cocasse de nos exilés!

En profiter chers lectorat pour vous souhaiter un très beau jour de Noël !

AU MILIEU DES BÊTES !

Autre « tour de machine », donc. On roule sur la 50 à partir de Mirabel et on file d’abord vers Lachute. Ensuite, région de Montebello, on arrive à cet étonnant zoo naturaliste. Zoo sans aucune cage. Vouloir circuler dans les sentiers boisés d’OMEGA. On y est donc et, mais oui, on ne sortira pas de « la machine ».

Courrez-y, l’automne achève, ça fait du bien de se plonger une centaine de minutes au moins dans la sauvage nature, au milieu des cerfs. Des daims, des paons ?, que sais-je? Des grands élans et autres bêtes de notre patrie. En ce temps de la chasse, combien de « disciples de Saint Hubert », vont revenir en ville « bredouillards », sans même avoir pu apercevoir un chevreuil ? Alors qu’ici, à Omega, dès le premier passage-grillagé, vous attendent tout de suite un lot de cerfs, parents et rejetons. Tous friands de vos…carottes ! On peut en acheter au « chalet central » —on a mangé de bons hot-dogs italiens !— à l’entrée du site; achat aussi de ces « kodaks » jetables.

Ce sera ensuite le défilé toujours impressionnant, comme majestueux, de ces habitants à poils : chevreuils aux gabarits variés, gros orignaux plus rares, boucs sauvages aux cornes étonnantes, un grand nombre de gras sangliers, des oiseaux sauvages autour de mini-lacs et puis plusieurs loups d’un beau blanc, à la fin, des ours noirs en quantité appréciable. Le parc Omega se divise en une vingtaine de sites. On y suit des cartons fléchés, c’est partout la beauté forestière, ce calme qui réconcilie avec la vie vive.

La guichetière nous avait prévenu : c’est le temps du rut, n’ouvrez pas trop grandement, les fenêtres de votre voiture. Des orignaux surtout pourraient devenir encombrants ». Nous étions prudents et l’ouverture des fenêtres était calculée. Laisser passer une seule …carotte…et puis une autre. Calculs et frissons. Oh les goulues bêtes avec leurs grands et sombres et si doux yeux ! Les noirs museaux tout mouillés, les langues si rouges. La beauté sauvage, la nature et ces intenses plaisirs des proximités.

Étonnant aussi de voir tant de volières naturelles —des bernaches ?— oiseaux de grisailles variées, géants grignotant quoi ? Larves, vers, coquilles ?, en divers marais ou vastes étangs. Soudain, un orignal détale, mystère. Soudain des cerfs jumeaux refusent de dégager notre sentier; attente acceptée. Ici, des loups dorment dans leur blancheur immaculée, là, un énorme sanglier, mufle bas, cochon velu et si gris, trottine en vitesse collé à notre carrosse ! Kodak : clic, clic ! Debout, un des noirauds, ours géant, exécute des figures d’un « cirque du soleil improvisé ». Vive Omega !

Le surlendemain, envie de revoir à l’ouest de Mont Rolland, notre si jolie Doncaster. Le site aménagé est gratuit d’accès aux résidents des lieux. Youpi, hein, les « séraphins? » Elle est toujours là et nous marchons le long de sa vivante coulée, couple enchanté d’un si beau soleil. On y a revu ses cascades bruyantes et on a grimpé sa lente montée toute en douceur, nous aimons ce site de paix rupestre. Des pique-niqueurs se redressent, nettoient leur table, remballent restes de vivres et…petits galopins. On s’agite car une rumeur grandit : on vient de voir un ours noir et il « valserait » du coté de « La cabane à Eddy ». « Raymonde, on y va voir ? » Non ? Ce temps de rut ! Chez feu-Eddy, la Doncaster se jette vibrante de rapides dans les bras de la Nord, tout au flanc du « P’tit tain ». Le bonhomme «  Galarneau » tombe à l’horizon, on rentre.

 

FAIRE « UN TOUR DE MACHINE » ?

 

On employait cette expression, jadis. « Mais maman disait : «  Refusez si un inconnu vous offre un tour de machine ». Cependant, quand l’oncle Léo —le seul de notre parenté à posséder une auto— s’amenait et criait : «  Voulez-vous venir faire un tour de machine ? », c’était nos cris de joie ! L’autre jour, Raymonde et moi, une envie de faire « un tour de machine». Juste voir la « nature tout en sang », les couleurs en octobre ! On dit qu’il nous vient des admirateurs du Japon. Touristes en joie face à cette incandescence, ces incendies fictifs. Chaque matin, le store levé, j’admire octobre, ces « bosquets fleuris » gigantesques. Mes collines : au nord la Chantecler, à l’ouest, la Loup-Garou, au sud, la DePasslié et, à l’est, la Sommet Bleu. Mieux : sous mes fenêtres, mes érables —plantés il y a 30 ans— devenus « métallisés ». En 1973, il n’y avait qu’un vieux pommier. C’est aussi, octobre, l’époque des crépuscules dorés et, oui, mauves et je revois ce tableau du peintre de St-Hilaire, Ozias Leduc : « L’Heure mauve ».

Départ donc pour nulle part. Rouler vers le nord-est. Dépasser le Chemin Péladeau, vagabonder autour des nombreux plans d’eau derrière Sainte Marguerite. Un éparpillement de chemins avec des baies, des anses, oh !, le beau « tour de machine ». Apercevoir ce bel hôtel tout blanc (L’Estérel), les jolies rives, les embarcations en attente des dernières excursions; rouler sans carte, sans plan. À travers les fenêtres de la voiture, défilent des fresques colorées, de vastes murales aux cent sortes de jaunes, l’agonie de l’automne avant les neiges qui, on le sait bien, vont durer des mois.

On en vient à ne plus trop savoir où l’on roule, se serrent et se desserrent les innombrables collines laurentidiennes. Une affichette ! « Rang numéro Un ». Pas âme qui vive. Un chemin mal pavé, trous, bosses, prés sauvages en jachère, série de pentes douces, et, soudain, des très raides, ici, un bœuf maigre nous regarde passer, là, une bâtisse effondrée, ruine d’un passé désolé; au haut d’une côte, un joli lac si bleu, des boisés comme vitraux, et puis de belles prairies. Un placard timide : Sainte-Lucie, un peu de civilisation, une rue modeste, noyau d’humbles maisons. On rentre d’un beau « tour de machine » via la « 117 ». Val David et aller vider un gobelet rue St-Michel, chez le cher héritier, un certain Daniel Jasmin.

Le surlendemain, nouveau « tout de machine », à l’opposé, vers le nord-ouest. Chemins vicinaux, inconnus, parvenir au Lac des 14 (ou 16 ?) îles et luncher dehors, au soleil, à une terrasse au dessus de la marina. Rouler encore, chemins en lacets, courbes étonnantes, côtes sur côtes, arriver à Huberdeau-la-jamais-vue. Arrêt. Monter vers Tremblant, ce Lac Supérieur, invisible, cette mine —de M. Gauthier— qui crache de ses pierres dynamitées dans un jardin privé !!! Et puis rentrer. Carte sur les genoux, se promettre un « tour » vers la Gatineau pour visiter ce zoo inconnu : « Oméga » en haut de Montebello. Je vous raconterai ça.

 

 

 

NOS CHERS JEAN-FRANÇOIS !

Je l’observe de ma longue galerie qui brandit sa scie, si habile de ses mains. Chanceux. Jaloux, je suis. Dès potron-minet, mon Jean-François, juché haut sous la canopée des arbres, « démanche » tout un mur de très vieilles planches. Il les a remiser en ordre, au sol et il grimpe et regrimpe sur son échafaudage, installant de l’isolant. Contracteur fameux retraité (ouvrageant de Baie Comeau à Sorel !), mon voisin Maurice supervise et moi, je reste sidéré par le ballet des mains « ouvrières » de Jean-François. Des mains magiques. Isolation terminée, il a remis en place ce mur « patrimonial », celui du grenier mansardé de cette demeure —selon la rumeur— qui fut la maison du « notaire Le Potiron de l’avare Séraphin selon Grignon.

Je suis toujours épaté quand, dans les rues de mon village, je croise un de ces solides gaillards capables de redresser, d’élaborer, de réparer, de rénover du vieux; ou de construire du neuf, d’ajouter un appentis quelconque, bref, de transformer des « matériaux de construction » en quelque chose qui est utile, parfois essentiel ! Combien sommes-nous dans mon genre, à ne pas trop savoir comment bien réparer une simple clôture, à ne pas savoir ajuster une fenêtre déglinguée ? Autrement dit, à avoir les mains pleins de pouces ?

L’autre midi, chez Rona, cherchant un bout de moulure, je veux expliquer « mon cas » au vendeur… qui me dira : « Suivez-moi en arrière, « votre cas » c’est que vous êtes pas bien équipé ». Je me suis sauvé. Je raconte dans mon tout récent récit, « Anita… » (j’insiste, un « chef d’œuvre » selon Le Devoir) mon admiration de gamin pour Monsieur Lorange qui menuisait des tables et des bancs dans ma cour (pour le futur resto paternel). Dès lors, vouloir devenir —non pas pompier—menuisier. Les mains de M. Lorange, celles d’un : prestigitateur. Mon père qui voulait toujours tout réparer était un misérable bricoleur; les « pattes » cassées se re-brisaient sans cesse et ma mère chialait, écoutant à la radio : « Ah, quel bonheur d’avoir un mari bricoleur ! »

Ces Jean-François —d’ici ou d’ailleurs—, sont précieux à ceux qui entreprennent le moindre des travaux, ils sont d’indispensables collaborateurs. Il y a des matins où je peux percevoir au très loin les bruits des rénovateurs, —oui, moi, le demi sourd.

Ah !, le chant rugueux des scies qui scient, des marteaux qui martèlent, vivants, bruyants concertos « en la-très-majeur ». À chaque visite dans nos parages du Jean-François —qui est un Chartrand de la rue Sigouin— ma Raymonde l’apercevant, va l’alpaguer pour négocier « un prix ».

Travail… bien entendu toujours urgent, que son fainéant de compagnon, moi, ne se décide pas à entreprendre. Je ne joue au paresseux (singe), non, non, la vérité : je suis, comme feu mon papa, un piètre rénovateur, je suis tout juste bon à « menuiser les mots », quoi, chacun son métier, non ?

P.S. : En passant, J.-F., redis à ton jeune, Matisse, qu’il est —je l’ai constaté au bout du quai— « le champion » à la pêche-à-filet. Pour les ménées.