LA P’TITE VIE ?

Vendredi, midi, ravis, on entend —une première— les beaux cris d’un engoulevent (whirpool-will ?). Ma thébaïde (lieu où éditer), depuis ma retraite des ondes ) c’est ici, au bord du bien joli Rond. Hélas, août « fait son frais », n’est-ce pas ? On se croirait en début-octobre, cependant, mon aimée, toujours un peu à court de souffle, elle, ne déteste pas ce « fresh air. »

Bon. Je viens de lire John Fante :« Mon chien, Stupide », un grand succès, un bref roman pour faire rire. « Rires jaunes ici et là. Un jumeau de « La petite vie » folichonne de Meunier. Fante raconte, en farces, sa vie d’échoué aux plages californiennes. Malheureux et sinistre dans son spacieux « home ». Il moque « bobonne », l’épouse écœurée et au bord de faire ses valises. Aussi ses quatre ados déboussolés. L’ex-scénariste-à-gages (à Hollywood), en chômage, narre son existence de fainéant raté. Vif récit rempli d’actions dérisoires, avec son « Stupide ». Un grand chien trouvé qui lui sert d’odieux fil conducteur, un défilé de tableaux comiques de désabusement. Au fond, ça glace cette « p’tite vie » !

Ma p’tite vie à moi ? Faite de riens. Avec des visions charmantes. Exemple : regarder se sauvant du IGA-Jasmin, un long chat d’un orangé dense rare, ou observer l’autre midi ce « pic-bois » très agressif qui pique le tronc de mon mahonia (ou sureau ?); arbuste rempli maintenant de bleuets sauvages; cette manne pourpre attire les mignons chardonnerets ( sont-ce des passereaux ?) aux becs grand ouvert; spectacles de la vivacité ailée. Quoi encore ? Rentrant de ma chère baignoire (chauffée) de l’Excelsior-spa, je découvre un chat angora au magnifique pelage —crème, caramel et chocolat— assis et fixant mon camarade mort, Claude-Henri Grignon, mâchonnant —comme un Lucky Luke— un brin de paille dans son pré de foins jaunes; joli placard au parc de la côte Morin. Cet angora est-il à personne ? Envie de l’embarquer, de m’enfuir avec… Hon !

Quoi encore ? Avant-hier, allant au bac noir, qui détale « à la folle épouvante », le raminagrobis de ma voisine (hôtesse du Château Ste-Adèle), ce matou aux poils « violets et suie ». Il cavale chez lui; jamais moyen de lui caresser le collet ébouriffé. Se garde-t-il fidèle qu’à sa maîtresse ? Que de félins ? Hier encore (salut vieil Aznavour ! ) rue Richer, revoir ce faux-tigre-chat-marcoux. Oh, son énorme bedaine ! Promesse de chatons. « Je veux un chat », me dit ma tendre compagne. Moi : « Hum, c’est de l’ouvrage, Raymonde ». Elle : « Ah oui c’est vrai. Bon, plus tard alors », elle va au BBQ pour surveiller nos appétissantes bavettes saignantes. Quoi encore ? Ô Pauvre Égypte en sang et puis lire sur la crise économique en Europe. La cause ? « Vous consommez pas assez ! » Les ingrats, ils me ressemblent car je suis pour « la simplicité volontaire ». Ainsi, tout l’occident (et la Chine désormais) est piégé par cette loi d’airain : « malheur et misère si vous consommez peu ». Le frugal que je suis est donc une nuisance au système ? « Maudit séraphin poudrier » !, me dit un proche. Je fuis ces omniprésents criards, aux pubs incessantes à la télé. Notre protecteur, le traître CRTC permet cette plaie. Le CRTC méprise le peuple. La foule (nigaude) se presse à ses sanctuaires laïcs, les centres commerciaux. Oh, je ne suis pas sans péché, jeune, j’y allais « aux toasts », vieilli, on en revient. Une chorale insatiable me crie : « Quoi, tu ne possède pas « tablette, GPS, portable nouveau, I-ceci et I-cela ? Aucun téléphone intelligent ? Alors, chien, tu fais durer la crise ! »

Avoir honte de ma « p’tite vie », de ma thébaïde, à observer tous ces jolis chats. Ou les canards du lac le cul en l’air !

TI-COUNE SAUVÉ À STE AGATHE UN SOIR !

Au crépuscule le lac —si joli, si vaste— du village était en beauté. Hélas, pas de temps à perdre dans ce Saint Agathe tout doux de début d’été. car Raymonde et moi avions un rendez-vous avec un ti-coune, un cacaile, un ti-coco, un ti-cul, un nono, un zozo.

Entrons dans une sorte de taverne bancale (au bon café), triste café sombre et triste d’aspect et puis vers ce théâtre aux fauteuils usés, à l’aspect vieillot, guère invitant, Le Patriote. Assis dans le noir on a laissé causer un énergumène, une sorte de vagabond mal vêtu au langage parfois grossier (*Chier, chier, chier), un jeune type énervé aux prises avec…lui-même. Voici donc pour deux heures de « jaserie folle » une sorte de dyslexique, ah oui, d’inadapté à la vie réelle. On rit. Jaune parfois. Bleu. Rouge, ça dépend. Notre ti-coune, démago ici et là ?, joue du joual et du chiac, franglais à la mode, on le sait (upgrade, level, etc.). Son esprit à mille facettes n’a pourtant pas besoin de ces faciles béquilles. Bon, ces glissades ne sont pas trop fréquentes, Dieu merci !

Moins patients que piqués au vif, le niais, le cave, l’abusé, l’imbécile quoi est inséré dans un cerveau aux lucidités renversantes, c’est tout entendu et alors on accepte volontiers d’entendre ses humiliantes bizarreries, ses honteux rêves cocasses. Il ira jusqu’à critiquer vertement… Dieu lui-même, sa création, donc, lui-même. Ce mince freluquet, tout jeune énergumène, effronté et modeste, craintif et audacieux à la fois —maigre vraiment comme un clou, au visage pâle, aux cheveux bouclés— est, en certains passages, oh oui, très drôle.

L’humoriste André Sauvé s’avance en des domaines aux audaces langagières capricieuses. Il ne patauge pas, jamais, dans le « pipi-caca », le « vagin-pénis » à la mode et si commun à tant de nos paresseux « comiques ». Que non ! Sauvé, lucide, cruel même, se psychanalyse avec franchise, se frappant l’égo douloureusement, cherchant pathétiquement un salut, une catharsis. Tous les malmenés de l’existence, les timides, les peureux, les malchanceux, les complexés se reconnaîtront vite. Sauvé (qui ira au Maisonneuve bientôt) n’hésite pas à se confesser cruellement devant tout ce monde (salle pleine au Patriote !).

Cette osseuse silhouette énergique, corps d’ado attardé, philosophe sans le savoir et son : «  être ou ne pas être » est excellent. Souple zigue à visage nerveux, à la gesticulation névrotique, avec une voix tendue —du « hight pitch »— Sauvé tente aussi, soudain, de nous initier eh oui ! à la menuiserie. Tente aussi de nouer des coq—à-l’âne fous, souvent, osant nous dévisager pour nous poser des questions existentielles intenses, tel du bon Guy Légaré d’antan). En finale, apothéose visuelle remarquable, Sauvé achève de s’humilier dans une reconstitution délirante : on le voit, imbécile, en public et bien obligé de socialiser. Allez voir la cruauté de ses lacunes. Un inadapté attendrissant, paralysé, incapable de causer comme tout le monde, inapte à la vie ordinaire. Il « fitte pas », dira-t-il. Alors, on se rappelle, tous, de connaissances, comme lui, incapables d’être à l’aise à la moindre sortie mondaine. C’est triste, pénible et hilarant. On est partagé face à ce Cré Basile », ce ti-Coune de ville, monter sur scène et l’encourager ou l’abandonner à son triste sort. Sauvé a su s’analyser et s’observer en sagace, ses tics comme ses mots d’esprit illuminent deux heures d’une sorte de « polyphonie pour un bêta crasse ». Chapeau !

LES YEUX DANS LES YEUX

J’étais descendu au rivage du Rond pour tenter de redresser mon quai branlant…et, soudain, bruit de feuillage remué. Une ombre mouvante dans la relative noirceur le long de la clôture végétale. J’aperçois, une bête puante (comme on les nomme familièrement). Quel joli pelage « deux tons » quoiqu’on en ait sur la dangerosité de cette espèce, tant de légendes malodorantes.

Méfiance absolue ! Elle se fige. Je la regarde. Elle me regarde. Deux petits « queneuils » brillants sous les épinettes. Classique scène, en Crise d’Oka, « du warrior pégrieux et du tout jeune soldat »! Quelle indifférence de sa part ?, ma moufette se retourne, adieu le bonhomme curieux, elle file vers le lac…soif urgente, rencontre ? Que savons-nous de solide sur tous ces petits mammifères ? Si peu.

Ainsi, il y a pas longtemps, en plein jour (ce qui est rare) par une fenêtre du salon, voir au balcon une sorte de renard, de gigantesque chat sauvage. Découvrir à proximité, une énorme et intrépide bestiole à quatre pattes, à masque vénitien (!), juchée sur le bac noir, un raton s’acharnant à vouloir jeter par terre deux briques de terre rouge. Quel splendide « laveur » avec une queue gigantesque d’une fourrure magnifique. On l’observe dans son acharnement (vain), tripotant de ses doigts habiles nos briques qui scellent le couvercle du bac à vidange (si puant quand on l’ouvre ).

Je me décide à aller au portique, j’ouvre et me livre à mes « pschitt, pschitt » ! Oups, une étoile filante. Je rentre et voyant du mouvement par les portes-patio de la salle à manger, j’examine la terrasse de l’ouest. Qu’est-ce ? Gigotent de véritables ombres chinoises entre les branches des hauts cèdres. Des oiseaux en acrobates, changeant sans cesse de niveau de branchages, un mini cirque bien gai ces objets volants (très identifiables !), qui se sont transforment à contre-jour en petites mécaniques agiles. Spectacle ornithologique fabuleux, gratuit et vrai car (à ma « grotte de Platon » !) il n’y a aucun manipulateur. La vue de ce petit observatoire laisse rêveur : cette vie animale jouit-elle d’une liberté idéale ? Car moi, vite, je dois, aller à « Jardinord », lieu enchanteur sur la 117, pour « plusse de terre », Raymonde a ordonné !

Oh, la dizaine de jolies corbeilles, et le beau gros pot et la longue boite du patio ! Et les « fines herbes » à planter. Et quoi, madame aux gants jaunes, à la rouge gratte dentelée ? Elle en est épanouie. C’est sa routine aimée, sa belle corvée chaque fin de mai. Et moi ? Toujours ravi de n’avoir qu’à les suspendre, me rasseoir dans mon transat de la galerie, jouir des deux yeux. Ô homme ! Il y a aussi dame-nature avec tant de bouquets de lilas, beautés éphémères, des mauves et des violets (dits « double »), des blancs. À pleins vases sur toutes nos tables.

Dans cette beauté, soudain, une crotte ! Le vilain pot après les fleurs ! Souvent, des gens croisés me disent apprécier mes proses. Mais, soudain, un haineux —nommé Marc Desjarlais— me « courriellise ». Que je suis polluant, oui, un « poison » (son mot) laurentien. De tendance violente, Desjarlais affirme que « Pays d’en haut » devrait me chasser et vite ! Vive la démocratie, on lit un tel aimable message personnel (au moins ce n’est pas un couard anonyme!) et on songe à… une bête puante ou bien au puant « bac noir », ouvert par un raton.

Ö LAC !

Ne craignez rien, je ne citerai pas tout le poème de Lamartine. Ou de Musset ? Ma mémoire ! Bon, bienvenue ô (au) lac car oui, ça y est, le Rond s’est enfin dégagé de sa glace. Et puis les verts bourgeons bourgeonnent dans nos arbres et, ce midi, filant au nord, une flopée énorme de canards —huards, sarcelles, bernaches— ma méconnaissance naturaliste… ? On revient du sud (Maine) où, le long des plages, un vent froid soufflait sauvagement. Oui Ferland : « on gèle au sud, on sue au nord car, à Ste Ad, samedi, la chaleur torride !
Vendredi matin, à Ogunquit, nous petit-déjeunons au Huckleberry dans Beach Road. Un restaurant vieillot, plafond gaufré, lampes torchères, mobilier ancien à loges cuirettées, plancher de mini carreaux émaillés et plein de photos antiques aux murs époque du Rudolf Valentino, du Picasso, du Matisse, de la Gloria Swanson, tous touristes du Ogunquit d’antan. Quand s‘organisaient de célèbres courses d’autos, des régates partant de l’Anse à Perkin, à coté.
Une jolie dame qui lit Pays d’En Haut m’aborde : « Vous ! Pouvez-vous me dire ce qu’Ogunquit a de spécial pour que j’y revienne depuis 40 ans ! » Ma Raymonde trouve, lui répond : « C’est pareil pour nous, notre quarantième visite à nous aussi, c’est l’attraction des souvenirs. La force des sites familiers. Le pouvoir de la mémoire des lieux aimés. » Vrai. Plaisir curieux de revoir Wells Beach, joli bourg à jolis chalets, ou Portsmouth, ses quais. Portland, ses cafés, son musée. Les Outlets à aubaines de Kittery. Revoir en pensée René Lévesque à son cher motel Dolphin avec Yves Michaud, au poker au dessus des falaises sous les cascades bruissantes du merveilleux sentier Marginal Way. Ou Robert Bourassa et sa famille (et les bouncers !) à son cher motel Aspinquid fait de bardeaux noircis.
Début mai donc et pas de homard, c’est fermé chez Fisherman’s ou chez Lords. Chez Jacquie’s aussi. Nous reste, au dessus des barques du mini port, le classique rustre Barnacle and Billie’s. Reste aussi à admirer le vaste océan. Un jeudi matin, on est ébloui par l’infini des eaux et ses verts tendres au rivage, plus loin, vert dense comme vitre de bouteille ! Oh ! Et puis, la rivière gonflée de marée en bleus graves, si sombres. Marcher, marcher sur le sable tapé revoir ces vives frises qui rampes, moutonneuses, toutes immaculées au soleil. Héroïques surfers au large mais hélas ce vent du nord, brrr !
Un mercredi soir dans le noir du rond-point des tramways, assis à un banc, digérant les fameuses pâtes du Roberto’s, Shore Road, observer un fragile noir horizon, un phare clignotant, un ciel de lune et plein d’étoiles. Un peu plus tard, à l’est, des bleus de velours vus de la longue galerie du Norseman :la beauté ! Le lendemain, mercredi, en plein jour, étonnant ciel de roses et de jaunes, tout ce village 19 ième siècle sous une lumière romantique, faire les boutiques, nos yeux ravis. Retour donc et, samedi, ici, chaleur du nord (!). Rentrés au pays et ce sera donc le lac fluide, débarrassé, les bourgeons, de premiers oiseaux et ce flot de canards qui crient le retour du doux temps ! Vive la mer, vive les Laurentides.

THÉÂTRE, Ô CHER THÉÂTRE !

Comme tant d’autres aspirants— aspirant-quoi ?— dans ma cour, enfant, je montais des « séances ». Ah, se déguiser, improviser, mimer la vie par des clowneries ! Un virus car devenu jeune homme, j’écrivais pour le « Téléthéâtre » e Radio-Canada, 1- « La mort dans l’âme » sur un jeune drogué (François Tassé si bon), 2- «  Blues pour un homme averti » sur un « bum » mythomane (Jacques Godin si parfait), 3- « Tuez le veau gras » sur un « revenu de Paris » tout tiraillé (excellent Benoît Girard).

Bon. Je reviens d’examiner « sur qui » on écrit maintenant. J’ai vu.
1- « Avec Norm » sur un aliéné total ( Benoït McGinnis fantastique).
2- « Ce samedi, il pleuvait » sur quatre banlieusards amochés.
3- « La Fureur… », avec sept belles érotomanes en cages, incarnant sept Nelly Arcan, une « écrivante » surdouée, trouvée pendue, hélas.

Quand c’est bon, il n’y a rien pour battre cela, le théâtre. Tant pis pour ceux qui n’y vont jamais. Vrai aussi: quand c’est « plate » sur scène, rien de pire. Un navet sur film est moins assommant qu’une pièce ratée.

À la fin de cette « Fureur. au théâtre « Go » dimanche, sentir un terrible embarras. C’est un « show » de la brillante Marie Brassard. Terrifiante sa « cérémonie des adieux » à sept autels vitrés. Un hommage lugubre renversant en sept appartements cloisonnés, sept « cases » d’une BD funèbre pour illustrer l’obsession du « paraître » « jeune et sexy ». Voyez la part hallucinante jouée par la « disloquées » Sophie Cadieux parlant par saccades, comme électrocutée. Inoubliable !

Aller rue Chabot coin Everett, dans ma « Petite patrie », et voir se débattre ce quatuor familial tordue de St-Bruno-banlieue, oh ! Sinistres récitations revanchardes écrites par une surdouée, Annick Lefebvre. C’était un samedi soir et cette bizarre démonstration s’intitulait « Ce samedi, il pleuvait… » !

Il ne pleuvait pas ! Et allons d’abord manger. Oh ! là, à l’ombre de ma bonne vieille église italienne « Madonna della difesa » rue Dante, coin Henri-Julien. Mon bonheur de replonger dans ce quartier de mon enfance. Même rue pour faire halte à la « très » fréquentée « Pizzeria Machin ». Endroit vivant, bruyant et avec un bon chef. Raymonde et moi avons connu ce genre « resto pop », répandu en Italie, à Grosseto, en 1980, on se rapprochait de Rome. Lieu sans chichi, convivial, familial, service à bousculades, des mets servis en criant et sous un éclairage puissant. Ici c’est « apporter votre vin ». Avec « dépanneur » l’autre bord de la rue.

Après, dur pour l’estomac, rue Chabot, aux Zécuries (sic), quatre banlieusards (papa maman et les jumeaux) qui se collent à un immense tableau noir pour, avec des craies de plâtre, se tracer en contours,, comme font en « scène de crime » les policiers ! Théâtre mortifère qui lutte pour vivre. J’ai donc vu « sur qui » on rédige en 2013, par ici : trois textes captivants et je le redis, quand c’est bon au théâtre il n’y a rien pour battre ça,

LA NEIGE ENCORE ?

 

Je sors de ma piscine comme chaque jour et, voyant la neige qui tombe, je m’écrie : « Oh non ! Pas ça, pas encore de la neige ! » Scandale. Autour du porche de l’Excelsior, cris de protestation. Plein de visiteurs venus de Paris me font de gros yeux. ! « Allons, l’ami, c’est si joli. Nous, on est venu justement pour ça, l’abondance de neige ! »

Depuis des années, je m’en suis rendu compte, « un tourisme d’hiver » se développe. On m’explique qu’il faut organiser, c’est couru et apprécié, des forfaits « sports-hiver-québécois ». J’ai appris de mes joyeux parisiens qu’en deux petites journées, ils ont pu se payer une « trotte » de traîneaux à chiens, « ah, mais nous étions dans un roman de Jack London, vous savez ! », aussi un idyllique bourlingage de « ski de fond » sous d’immenses haies de sapins ! Et puis : joie féconde et bonheur total : « On a fait de la motoneige loin de vos villages, en pleine brousse blanche ! »

L’engin —du père-Bombardier—est une vraie « folie » de bonheur pour ces jeunes citadins bobos de la mégapole la plus visitée du monde, Paris. « Ah bin, taberrrnacle (sic) que c’est jouissif votre ski-doo ! » Ça gloussait de « fonne », vous savez. Quand, cette semaine, veille du premier jour du printemps, j’ai vu tomber toute cette (dernière ?) neige, j’ai pensé au grand bonheur de ces « cousins » du vieux continent en visite dans… « nos quelques arpents de neige » selon la maudite expression du maudit Voltaire conseillant à Louis XV de ne pas trop investir en Nouvelle-France menacée par l’Anglo-saxon rapace !

Voyant, quittant le domaine de l’Excelsior, ma « toute excitée » horde de motoneigistes néophytes, si joyeux, vraiment enthousiastes, chevaucher de si belle humeur leurs engins à chenilles, j’ai pensé à nos enfances québécoises. À nos grands plaisirs d’accueillir de nouvelles giboulées. Il y a qu’avec les années, le Québécois finit par se lasser de ces « jolis flocons » qui forment. Hélas, de pesant, de très lourds congères. Qu’il faut pelleter. On doit nous comprendre à Paris.

Ça suffit quoi ! Que vienne le printemps. On est prêts tous à entendre les rauques et stridents cris des noires corneilles. Il y aura ensuite ces si jolis oiseaux familiers dans nos jardins. Il y aura les bougeons qui s’ouvrent. Il y aura le soleil plus fort et le simple petit bonheur de « marcher en souliers. Eh oui! Ça tient à si peu ? Eh oui ! Rappelez-vous, les anciens, grand bonheur tout simple, gratuit, sortir en robes ou en chandails légers, un certain jeudi précédant Pâques. Aller, frénétiques, « faire les sept églises ». Rituel, petit pèlerinage annuel —garçons et filles, pouvoir fleureter en masse— en souvenir des « sept plaies du Christ. Mort en croix et vendredi, l’église endeuillée, musique dramatique à l’orgue, trois prêtres se couchent, lampions et encens, tristes chants de gorge, cagoules violettes aux statues.

Sursun corda… ! La vie ! Avec dans l’air dominical grand concert. Volées des cloches de toutes les églises. Dimanche, la résurrection de Jésus et, pour nous tous, la résurrection de nos pulsions très humaines, bien laïques, bien en chair. À la craie de plâtre, vite, aller tracer en lettres géantes, au coin de la ruelle sur une palissade de vieilles planches : « CLAUDE AIME RAYMONDE ! » On est fou quand on a quinze ans, non ?

Ai-je publié un chef d’oeuvre ?

C’est samedi matin, on roule vers la gare des autobus où un minibus (que je raterai) conduira à Hull 35 écrivains vers leur Salon du livre. Raymonde conduit la Honda noire, j’ouvre Le Devoir et comme promis, je vois la page du Cahier-Livres qui m’est offerte. Je vois la photo de moi, au 1111 rue Berri devant le porche de ma vieille « École du meuble » où j’ai obtenu (en 1950) un diplôme de céramiste. Mon « chauffeur privé », Raymonde, m’écoute lisant la critique « dithyrambique », extrêmement louangeuse du journaliste Cornellier pour mon récit maintenant en librairie : « Anita, une fille numérotée ». Je suis bouleversé car Cornellier parle d’un chef d’oeuvre ! Rien de moins, alors, imaginez mon émoi. Soudain, Raymonde fond en larmes et se stationne.

Vous qui, ici, me lisez chaque semaine, sachez que les artistes —théâtre, peinture, danse, etc.— sommes fragiles. Que nous guettons avec appréhension les opinions critiques sur ce que l’on pond, que les blâmes font mal mais que les éloges, publiques et aussi privées —merci pour vos courriels— nous fortifient, nous stimulent aussi, nous encouragent à continuer.

Les mots chauds, si enthousiastes de Cornellier dans Le Devoir de samedi dernier, me paralysèrent, j’étais comme assommé et il m’a fallu 48 heures pour m’en remettre et, enfin, le remercier. À mon grand âge, on se pose des questions. Est-ce que j’ai toujours d’assez bons ressorts, assez de jus, pour encore savoir bien raconter un pan de vie. Avec « Anita… », un souvenir embarrassant de ma jeunesse ? Cette fois —est-ce mon cinquantième livre ?— puis-je narrer avec un bon talent cette brève histoire d’amour adolescent. Cette folle passion pour une jolie jeune Juive, blonde aux yeux bleus, rescapé d’un camp nazi, devenue étudiante en céramique avec moi à cette École du meuble ? L’éditeur (XYZ) a lu et vous a dit « Oui, on le publie » mais est-il épaté ou s’il veut seulement vous joindre à sa vaste écurie d’auteurs ? Le doute, ce maudit démon ! Voilà qu’un journal prestigieux titre : « Anita »,  c’est un chef d’œuvre ! »

Soudain, vous dégringolez dans les souvenirs d’un gamin de Villeray qui rêvait, hésitait —comme tous les ados—, devenir céramiste ou comédien ? Annonceur de radio ou… écrivain, quand il n’y a pas même un seul livre chez vous, quand les parents prudents s’inquiètent de votre avenir. « Un artiste dans notre famille, Seigneur !, il va crever de faim. » Vous, fils de petit restaurateur, vous savez bien le danger des illusions mais vous aimez tant raconter des histoires depuis celles (d’horreur) racontées le soir, tard, dans la chambre-double de vos cinq sœurs, les empêchant de dormir. « Marche vite dans ta chambre, mon escogriffe », me criait maman.

Et puis, un jour, cet hebdo de Villeray qui accepte vos premiers articles. Maintenant c’est l’hebdo d’ici qui accueille vos écrits chaque semaine : boucle bouclé ? Si personne n’aime ce que vous pondez, c’est la fin d’un rêve. Bien chanceux, voici que, 50 ans plus tard, ce Louis C. , jeune lecteur emballé, publie des éloges vertigineux et affirme « urbi et orbi » que cette Anita de vos dix-huit ans, eh bien, « c’est un chef d’œuvre » ! Je suis sur un nuage. Le lirez-vous ?

 

UN VIEUX DÉLINQUANT, MOI ?

Incroyable, on m’a arrêté vote aimable chroniqueur et il a été condamné à payer une amende $135 ! Éric Nicol, mon jeune patron à « Pays d’en Haut », va-t-il mettre ce billet en « page 3 », en « faits divers-police. ? Attention, pas de menottes ni SQ à mes trousses. La vraie histoire ? Ce fut fait discrètement. Merci à la jolie cheffe bibliothécaire.

Je vous ai avoué mon enfance délinquante dans les ruelles de Villeray, on ne change guère. Mon arrestation et mon humiliation ? Méritées. Délinquant ? Oui, hélas. Rendu à mon grand âge, je n’ai jamais pu me retenir d’ajouter des petites notes dans des livres appartenant à la communauté. Preuves sous les yeux, j’ai plaidé coupable, non, « J’ai pas tué j’ai pas volé », (Bécaud), j’ai barbouillé. Dans de la propriété publique et collective.

C’est plus fort que moi, parfois juste noter « bravo ! », Ou : « formidable !», « bien dit ! » et même, à l’occasion, inscrire en marge : « Erreur ! » Je ne suis pas fier de moi et j’espère que les enfants adèlois ne liront pas tout ceci.

Quoi ajouter ?

Évidemment, avec « mes » livres achetés à St-Jérôme —Renaud-Bray, le bien gréé— j’y vais encore plus librement. Des amis, à qui je prête un de mes livres «payés », me disent : « J’ai beaucoup apprécié tes notes ! » Admirez ma franchise, d’autres : « De grâce, abstiens-toi d’ajouter tes propres commentaires ! » C’est maniaque —et depuis très très jeune— ce besoin, comme pour faire savoir : « un jour, j’en rédigerai moi itou des bouquins ».

J’étais donc «barré,  persona non grata » à ma propre biblio. Le bandit démasqué s’est fait morigéner : « Bon, écoutez bien, nous avons délibéré sur votre cas, voici la sentence. Une fois acquittée l’amende de $135, on vous acceptera de nouveau dans nos murs mais plus pour 10 livres gratuits comme à tout le monde, à l’avenir que trois livres à la fois ».

Verdict accepté car, contrit, je l’ai admis volontiers, on ne trace pas de signes, même brefs, dans un livre prêté par les payeurs de taxes municipales de Sainte Adèle, vous tous. Faut dire que —c’est pas une excuse— je traîne constamment un stylo sur moi, comme Hugo, Flaubert, Zola et Laferrière. Que mes journaux, chaque matin, se couvrent de mes annotations —toujours intelligentes (?). Ma Raymonde s’en désole et, quelques fois, elle en rit car j’y injecte ironie fine, humour gras et des sarcasmes. Cela dit, que je ne vous voie pas venir fouiller dans mon bac bleu pour collectionner ces inédits du « grand auteur ». Enfin, consolation : la sévère cheffe m’a dit : « Avec vos 135 piastres versés —eh viande à chien !— vous pourrez rapporter chez vous cette dizaine d’annotés, ils vous appartiennent. »

Post scriptum : il y a bien des années, j’ai fait don à notre biblio d’un lot de cartons bourrés de mes livres ( qui s’humidifiaient dans ma cave mal chauffée). Enverrai-je une facture ou est-il trop tard ?

AMBIANCE, AMBIANCE !

 

J’écoute souvent, pour l’ambiance, la radio de Radio-Canada le samedi après-midi. L’acteur Girard y fait jouer les bonnes vieille tounes illustrant l’ancien cinéma. Raymonde et moi aimons écouter… soudain Perry Como ! On sourit. Défilent Sinatra, Dean Martin, Crosby, Judy Garland. Une jeune, Lisa Minelli ! Et je me suis souvenu, ambiance, d’un surlendemain soir de Noël à Miami. Nous entrions à l’hôtel Fontainebleau. Juste y déguster un cocktail en son chic cabaret, y respirer l’ambiance des Sinatra et, tiens, Perry Como ! Nous savions que les stars de la chanson passaient au Fontainebleau à tour de rôle. La vie n’est-elle pas meublé d’ambiances ?

Ô l’incrustation des mélodies musicales ! On a donc revécu, samedi, un autre moment d’ambiance. J’ai songé ensuite à la table de la cuisine, à un album de photos, à tante Maria, sœur de maman, veuve « en moyens ». Ambiance : cette tante à l’aise passait des vacances d’été au bout de monde et nous, modeste trâlée de Germaine, c’était inaccessible. L’hiver venu, Maria, nous montrait ses photos. Pour les prendre, il avait fallu des heures et des heures de train! Où donc ? À Old Orchard !

« Voyez mes enfants ces plages de sable à perte de vue ! » Old Orchard était une villégiature huppée à cette époque —sans tous ces motels à bon marché, tassé. La marmaille jasminienne était épatée par ces vues : un long pier —quai sur pilotis— en plein mer, des kiosques, des homards partout, on ne savait pas ce que ça goûtait. Ici, des autos tamponneuses, là, une Grande roue ! Tante Maria nous offrait des klendakes salés, disant : « c’est fait à l’eau de mer ». On se pâmait ! On en revenait pas de voir, en noir et blanc, à perte de vue ces vagues immenses, voir dans l’océan, notre tante tenir pour nager notre cousine Madeleine : « Mais, ma tante, les requins ! » Maria riait. On admirait ce grand hôtel et son annonce : The Normandy. Y aller un jour, oui, mais pas avant 1960. 25 ans plus tard. « À Old Orchard —Maria prononçait à l’anglaise pour épater— on rencontre beaucoup de canadiens-francais. » Le Maine, c’était si loin et y séjourner et devait coûter « les yeux de la tête », c’était un rêve plus grand que la panse. »

Ambiances ? Jeunes enfants, une autre sœur de maman , Pauline, avait pris pays. Où ? « Dans le grand nord », disions-nous. On l’imaginait proche du pays du père Noël. Elle tenait, avec mon oncle Paulo, « Le Montagnard », hôtel au cœur de Saint-Donat. Jamais nous n’avions grimpé si haut, en 1935, nous imaginions mal ce pays de montagnes. Ambiance. Tante Pauline venait parfois nous visiter certains dimanches. Et elle aussi avait toujours, en noir et blanc, de neuves photos. On était étonné de voir ces grosses motoneiges de Bombardier qui servaient en 1940, de navettes pour les touristes à skis. Je crois que « Le Montagnard » existe toujours, en 1995. Tante Pauline, pour nous presque une Esquimaude, exhibait des ours captifs, des têtes d’orignaux et aussi —nos cris— des portraits d’Indiens du lieu :« Oui, ce sont de vrais sauvages ! Et très gentils ! » Nos films de cowboys tueurs d’Amérindiens en prenaient un coup ! « Oh, ma tante, le père Noël, là-haut, vous ne l’apercevez jamais ? » Elle riait : «  Il a tant d’ouvrage, comprenez-le, les sueurs l’aveuglent ! »

J’ignorais que je deviendrais un adèlois, habitant des collines en 1978, et si heureux d’y vivre auprès de ma blonde, Raymonde.

 

 

« AU CIEL, AU CIEL, J’IRAI LA VOIR UN JOUR ! »

Ma jeune camarade de Saint Sauveur, Fabienne Larouche, est une scripteure de télé qui a du génie. Sans doute assistée par  son conjoint psychologue, Nadeau, son nouveau « 30 vies » est lancé sur les chape aux de roue avec l’aide de « la » Guilbeault, surdouée actrice en névroses dynamiques. J’ai le chapeau bas à la main, chère Fabienne.
Deux flops annoncés ? Oui. 1-  Labrèche et Dorval sur Le Plateau. Une bonne idée mais gaspillée que ces nouveaux « ridicules savants ». Les Bobos, C’est TROP. Trop de mots. Ce qui est exagéré devient insignifiant, dit l’adage et, hélas,  l’auteur  Brunet s’y fourvoie. 2- le nouveau Claude Meunier avec son couple montré sur trois générations. Deuxième Flop. Maintenant deux succès annoncés ? 1- « Tu m’aimes-tu », sketches pétaradants, captivants. 2- Homeland avec sa belle agente « comploteuse » membre de la CIA. Un départ efficace, brillant, prometteur. Ma Raymonde, réalisatrice des feuilletons de VLB retraitée, toujours passionnément curieuse des nouveautés dramatiques et, ainsi, me force à tout regarder. Elle a bien raison d’estimer très fort, « En thérapie ». Tous les soirs à ARTV. À  l’heure des infos. Le solide acteur, Papineau y est en effet d’une crédibilité envoûtante.
Virée en ville cette semaine : d’abord, mercredi, pour aller à la Tohu de la rue Jarry ( coin Iberville) admirer cet étonnant funambule, du visuel, acrobate inouï et…petit-fils de Charlie Chaplin. Thierée, son nom. 90 minutes en compagnie d’un énergumène en haillons dans une cabane branlante. Le hobo frétille face à un menaçant requin rampeur, puis à un superbe « éléphant blanc », enfin, à une cigogne agressive. Un scénario flou hélas, aucune émotion mais énorme admiration pour ce gesticulateur frénétique. 90 minutes d’un cirque théâtral hallucinant.
Jeudi soir, première chez Duceppe, de « Thérèse et  Pierrette ». Un ancien roman de Tremblay, habilement ré-arrangé par le brillant Denoncourt. Rideau et surgissent sur la scène quelques robes noires, des « pisseuses » à cornettes. Des aimables dont la renversante nonne-portière infirme jouée brillamment par Josée Beaulieu, aussi deux touchantes lesbiennes placardées (voir Lynda Johnson parfaite). Faut voir cette effrayante, « mère supérieure » ultra sadique —fascinante Sophie Clément. Elle terrorise, rue Fabre, ces fillettes en robe de couvent, des pré-ados. Dont une mignonne —brillante Catherine de Léan— qui, candide, s’amourache d’un pédophile culpabilisé; une « suiveuse » aux dents croches —excellente Marie-Éve Milot; une « bacaisse, virevoltante blonde toutoune —très excellente Geneviève Schmidt. Enfin une laideronne —émouvante Sylviane Rivet-Beauséjour. Un spectacle réussi.
Jeunesses d’ici,  allez-y pour découvrir tout un pan, pénible et savoureux à la fois, de notre récent passé québécois. Vieillesses, courez-y pour vous souvenir, en riant souvent aux éclats, d’une exécrable époque full cléricale. La fin de ce vaste tableau commémoratif vaut de l’or. Vous verrez s’édifier un de ces immenses « reposoirs de Fête-Dieu » d’antan. Avec même l’ange flottant dans les airs, une joie féroce pour les yeux que cette piété des naïfs de mon  jeune temps. Absolument pathétique ! Cette apothéose visuelle est complètement sidérante de quétainerie; bravo talentueux Denoncourt !
Rentée au village adèlois et découverte, samedi, d’un « frette » de novembre, eh merde !

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