UN (SAINT) SAUVEUR DEMANDÉ ?

Dans un des mes récents récits autobiographiques ( «Branches de Jasmin ») je raconte ma bataille pour mieux comprendre l’univers, son avenir. J’ai moins de mes chers petits animaux. Pollution ? Mes rats musqués ? Disparus. La mouffette sous le perron ? Invisible. Ma marmotte sous l’escalier ne se montre plus. Ce couple de tourterelles, colibri (oiseaux-mouches), le rouge cardinal…disparus. Au rivage, merde, plus de grenouilles, ni papillons ni libellules. Ce mortel réchauffement… Espérons un sauveur savant, l‘invention d’un génie ( le Co 2 changeable ?)

Réunissez les enfants et expliquez le danger. Commençons par racontez aux petits l’âge du monde. Parlez du « Big Bang » et de sa soupe de feux ardents avec l’apparition du temps et de l’espace. Racontez que —depuis l’Observatoire Plank—, nous savons notre âge. 14 milliards d’années ! On veut scruter l’avant-Big-Bang, oh ! Une nouvelle physique naîtra.

Mais où sont partis mes petites bêtes ? On étudie deux choses, l’infiniment petit et l’infiniment grand. Hélas, les humains préfèrent s’informer du dernier truc-machin, ce téléphone dit intelligent. Racontez plutôt l’expansion —incessante— du cosmos. Comment faire visualiser l’univers à nos enfants ? Disposez 14 baguettes (chinoises ou pas) pour illustrer ces 14 milliards d’années. Cette « soupe » originelle. Écarter 9 de ces baguettes, laisser filer le temps des trois particules : hydrogène, hélium et lithium. Faites comprendre ce flottement à l’infini où, enfin, se formeront des galaxies. Combien ? Pas cent, ni un million —tenez-vous bien—10 millions de milliards de billions de galaxies !!!

La nôtre. Avec son étoile, l’indispensable « soleil ». Notre planète encore un amas toxique. Encore une « baguette » (un milliard d’années) et voici les cyanobactéries. Des « bébites » qui bouffent de l’hydrogène et crachent de l’oxygène. Deux autres « baguettes » (deux milliards d’années) et le miracle ! Notre atmosphère. Comblé d’oxygène. Puis surgiront les premières plantes et, dernière baguette, des organismes primitifs. « Édiacariens » et puis ( ère cambrienne), les « trilobites ». Les jeunes seront captivés. Enfin, enfin, sortant des eaux, les premières créatures. Ça se traîne sur terre : insectes et oiseaux, des gros : les dinosaures, voici « Le Parc jurassique » ! Millions d’années qui passent et tombe du ciel un météorite gigantesque, alors l’atroce bande de « Hell’s » préhistoriques… kaput ! Éliminée ! Nouvelle étape, ces amibes plus tard, un temps, voici des singes et certains se redresseront. Ouf ! Merci l’homo erectus. Le genre humain débute, mâles et femelles se reproduiront, inventeront des outils, domineront.

L’astronome Benoît Reeves, fils d’Hubert, est venu à Prévost pour raconter cela, le 24 août dernier. Mieux dominer c’est polluer moins possible répète le papa, Hubert Reeves. Je l’autobiographie de ce savant respecté mondialement, un astrophysicien émérite qui est né à Sainte-Anne de Bellevue. Il dit : « Urgence, si on ne fait rien, en 2050 ou même avant, c’est l’apocalypse ».

Je m’ennuie de mes belles tourterelles !

VISIONS INOUIES À VAL MORIN !

Certains font 12 heures d’avion pour aller voir ça mais moi, dimanche après-midi, invité par mon Daniel de fils unique, j’ai fait dix minutes de Honda et j’ai vu… Assis —ma canne à la main, chapeau de paille sur le coco nu— dans la chaise offerte par Lynn, ma si jolie bru, au bord de la route à Val Morin, j’étais soudain en Asie du sud ! Que de robes multicolores aux soieries toutes de rouges, d’argent et d’or, textiles d’une richesse folle, que de jupes (aux hommes les pieds nus !), à ce congrès de communautés Tamoules.

Soudain, au milieu des chants et des danses, sur une musique sonnant « araboïde » (!) s’est amené un étonnant char allégorique aux images de déesse hindouistes (?) et qui roule tout doucement, voiture-kiosque couvert de plumes de paon ($), de fleurs inconnues. Mais le sommet de cet très étrange parade : tiré par une camionnette Ford moderne avec une sorte de longue potence où, mimant un oiseau,un Tamoul en pagne, est balancé sans cesse, l’homme est suspendu…oui, oui, par la peau ! Il faut le voir pour le croire !

Quel monde exotique en plein Val Morin ! Les villageois se mêlent volontiers à ces étranges pèlerins venus d’un peu partout à chaque mi-juillet. Ne ratez pas ce cortège l’an prochain. Vous vous retrouverez comme touristes chez vous, un dépaysement garanti ! Le lieu de rassemblement se situe au haut d’une colline et Daniel me soutient pour cet interminable escalier (branlant) qui conduit à un site inconnu de moi. Val Morin contient un vaste « ashram » (?) authentique. Que j’ignorais. Une installation connu des amateurs de yoga, me dit-on où on voit une sorte d’auberge (avec piscine olympique !), divers pavillons. Dont l’un sert d’autel vénérable au fondateur avec, exposé, un petit avion de type cessna fort coloré ! C’est avec son appareil qu’il désigna jadis le lieu pour devenir cette centrale hindouiste.

Le défilé finit par y aboutir avec ses danses et ses cantiques et vous y verrez de très jolies jeunes filles, aussi des dames à cheveux blancs, des hommes recueillis à la peau bistre, aux chevelures d’ébène et tous ces fronts marqués de rectangles d’or ! Vraiment, j’étais très loin : l’Asie du sud au cœur de Val Morin. Souriants, affables, ces visiteurs végétariens (beaucoup venus de Toronto), vous offrent des platées de riz à saveurs inconnues. De joyeux enfants tamouls trottinent, dans un pavillon, il y a une sorte de gras bouddha et file de « receveurs de cendres » (!). Ailleurs encore, un haut parleur diffuse des sermons en langue tamoule. Tout un kiosque sert à remiser vos souliers, vont et viennent les « nus pieds » obligés !

Il m’a fallu redescendre le long escalier en forêt, (ça bat l’Oratoire St-Joseph) et on a perdu ma chaise ! À la terrasse de mon Daniel, bière à la main, j’ai eu envie d’évoquer mes pèlerinages en mars, Chemin de la Reine-Marie, avec mon pieux papa catholique. Nos imposantes processions de la Fête-Dieu d’antan quand toutes nos rues se couvraient de fidèles dévots en marche avec le Saint Sacrement doré, le dais vénérable, le curé catho triomphaliste, et moi dans ma belle soutane rouge d’enfant de cœur, fier comme Artaban. J’avais, dimanche, une certaine nostalgie, j’aime tant les décorums, les rituels. Où sont les défilés religieux d’antan, il n’y a plus rien, mon église a été vendue… en condos !

TI-COUNE SAUVÉ À STE AGATHE UN SOIR !

Au crépuscule le lac —si joli, si vaste— du village était en beauté. Hélas, pas de temps à perdre dans ce Saint Agathe tout doux de début d’été. car Raymonde et moi avions un rendez-vous avec un ti-coune, un cacaile, un ti-coco, un ti-cul, un nono, un zozo.

Entrons dans une sorte de taverne bancale (au bon café), triste café sombre et triste d’aspect et puis vers ce théâtre aux fauteuils usés, à l’aspect vieillot, guère invitant, Le Patriote. Assis dans le noir on a laissé causer un énergumène, une sorte de vagabond mal vêtu au langage parfois grossier (*Chier, chier, chier), un jeune type énervé aux prises avec…lui-même. Voici donc pour deux heures de « jaserie folle » une sorte de dyslexique, ah oui, d’inadapté à la vie réelle. On rit. Jaune parfois. Bleu. Rouge, ça dépend. Notre ti-coune, démago ici et là ?, joue du joual et du chiac, franglais à la mode, on le sait (upgrade, level, etc.). Son esprit à mille facettes n’a pourtant pas besoin de ces faciles béquilles. Bon, ces glissades ne sont pas trop fréquentes, Dieu merci !

Moins patients que piqués au vif, le niais, le cave, l’abusé, l’imbécile quoi est inséré dans un cerveau aux lucidités renversantes, c’est tout entendu et alors on accepte volontiers d’entendre ses humiliantes bizarreries, ses honteux rêves cocasses. Il ira jusqu’à critiquer vertement… Dieu lui-même, sa création, donc, lui-même. Ce mince freluquet, tout jeune énergumène, effronté et modeste, craintif et audacieux à la fois —maigre vraiment comme un clou, au visage pâle, aux cheveux bouclés— est, en certains passages, oh oui, très drôle.

L’humoriste André Sauvé s’avance en des domaines aux audaces langagières capricieuses. Il ne patauge pas, jamais, dans le « pipi-caca », le « vagin-pénis » à la mode et si commun à tant de nos paresseux « comiques ». Que non ! Sauvé, lucide, cruel même, se psychanalyse avec franchise, se frappant l’égo douloureusement, cherchant pathétiquement un salut, une catharsis. Tous les malmenés de l’existence, les timides, les peureux, les malchanceux, les complexés se reconnaîtront vite. Sauvé (qui ira au Maisonneuve bientôt) n’hésite pas à se confesser cruellement devant tout ce monde (salle pleine au Patriote !).

Cette osseuse silhouette énergique, corps d’ado attardé, philosophe sans le savoir et son : «  être ou ne pas être » est excellent. Souple zigue à visage nerveux, à la gesticulation névrotique, avec une voix tendue —du « hight pitch »— Sauvé tente aussi, soudain, de nous initier eh oui ! à la menuiserie. Tente aussi de nouer des coq—à-l’âne fous, souvent, osant nous dévisager pour nous poser des questions existentielles intenses, tel du bon Guy Légaré d’antan). En finale, apothéose visuelle remarquable, Sauvé achève de s’humilier dans une reconstitution délirante : on le voit, imbécile, en public et bien obligé de socialiser. Allez voir la cruauté de ses lacunes. Un inadapté attendrissant, paralysé, incapable de causer comme tout le monde, inapte à la vie ordinaire. Il « fitte pas », dira-t-il. Alors, on se rappelle, tous, de connaissances, comme lui, incapables d’être à l’aise à la moindre sortie mondaine. C’est triste, pénible et hilarant. On est partagé face à ce Cré Basile », ce ti-Coune de ville, monter sur scène et l’encourager ou l’abandonner à son triste sort. Sauvé a su s’analyser et s’observer en sagace, ses tics comme ses mots d’esprit illuminent deux heures d’une sorte de « polyphonie pour un bêta crasse ». Chapeau !

« TCHOU, TCHOU », LE TRAIN DU NORD !

Ça y est, enfin, tu as repris ton vélo et te voilà en selle un matin de soleil. De la vieille gare de Mont Rolland, tu vas pédaler presque une heure, pour rouler à un « café du coin » de Val David. Déjà, dans la piste cyclable du « Train du nord », vers Sainte Adèle, tu prends conscience de l’ambiance féerique. Silence ce matin et la paix si totale dans la lumière toute striée de feuillage. Les discrets sifflets de tant d’oiseaux invisibles sont partout dans toutes ces collines que tu traverses.

Le bonheur ! Tu viens de la ville et jeune homme, tu n‘as jamais connu cette sorte de loisir, ni cette sorte d’excursion en baignant dans les sauvagerie. Tu te souviens de toi plus jeune, tu as vingt ans, on est en 1950, tu ne te remues que dans des espaces durs, parmi le ciment et le béton partout, marchant tous les matins, tous les soirs, entre des murs de briques. Du bâti solide t’environne de partout, du construit dur t’accompagne en ville. À perte de vue de l’asphalte. Tu te tenais en bande, paquet de bohémiens, génies méconnus, faune sauvageonne devant des carafes de vin rouge, à la Casa Italia, rue Jean-Talon ou à la P’tite Europe, Avenue des Pins. Tu ne savais encore rien du bonheur de filer sous les vertes frondaisons, sous la verte canopée et ses éclairagistes de mille verts, vrais vitraux dans ce tunnel de velours du « P’tit Train du Nord ».

Citadin, la campagne t’était un monde secret. Jeune anticlérical excédé, farouche adversaire en 1960 de tous les conservatismes, toi et ton gang de chums barbus à cheveux longs, tu gueulais, espérais dans vos nuits des « révolutions » exagérées. Au Royal Pub, rue Guy, à la Casa Pedro, rue Sherbrooke, imbibés avec les autres « beatniks » montréalais dont l’éponge-Patrick-Straram, ardent exilée de Paris. Ah non, tu ne savais pas du tout la joie de pédaler en paix dans ce « P’tit train », ce long cocon tapissé de verts mirifiques qui te ferait un fameux cadeau du ciel toi devenu vieux et sage : merci paix de ce matin, de rouler sous la prodigieuse falaise et au bord des cascades inouïes ! La beauté loin des révoltes farouches de tes 30 ans, aux adversaires injuriés, méchant, par des critiques féroces. Nos batailles d’intolérance face aux mous, aux trop doux à nos yeux, à ces gentils qui avaient bien le droit d’être aimables ! Nos virées tapageuses dans un bazou en beaux quartiers pour narguer la fille d’un grand bourgeois, nos tapages au « Bout de l’ île » pour scandaliser le travailleur endormi, devant se lever à l’aube. Nos pauvres illusions, Seigneur ! En 1970, tu étais loin de te douter alors que la « vie bonne « ( Nietzsche) serait ici, comme ce matin, dans ce couloir qui trottine (comme le train d’antan) à travers des étages d’arbres de nos Laurentides.

Chez Bourgetel, rue Maisonneuve, aux midis de ces époques folles, un Hubert Aquin ricanait. À L’Hotel Provinciale, rue Dorchester (sic), Jean Duceppe giflait raide ce Brousseau—con-paparazzi. Au Café des artistes, le chat dort, René Lévesque jongle du monde entier avec le génie Pierre Dagenais. Au Yatch Club, sur Peel, le bel acteur Dupuis taquine le nabot surdoué, Robert Gadouas. Dans un coin, Claude Jutras, tout jeune, ose planifier un film. Tous, en ce temps-là, nous ignorions que, sur une voie ferrée, un « p’tit train du nord » faisait entendre ses « tchou-tchou, tchou-tchou », selon Félix Leclerc.

CAVALIÈRE LOUISE

Réouverture de (remis à neuf) l’impressionnante auberge « Château de Ste Adèle », boulevard 117, l’autre soir. Y voir une fillette danser seule dans son coin. Les enfants dansent sans cesse. Ils se remuent. Tout jeune, « la danse » c’était steppages à l’ancienne, bras et jambes arqués, dans des tutus roses et beiges, sur des « chaussons » de bois compensés. Mode 1945 : mes sœurs aînées furent confiées au fameux « Professeur Morenoff ». Mode petite-bourgeoise vaine. À dix-huit ans, le futur Ministre de l’Éducation (sous Daniel Johnson), le beau Jean-Guy Cardinal, voisin, traversait en se dandinant en collant noir, les bras en l’air, tête levée haute, pour acheter allant du lait ou du pain chez le Pitou Lafontaine en face. Derrière les fenêtres du salon, virils, mon frère Raynald et moi, on ricanait.

Rien à voir avec Louise Lecavalier. L’autre soir, plein le Maisonneuve en ovation, bravos et cris d’admiration face à cette danseuse moderne. Elle vibrionne toute une heure sans guère reprendre son souffle. Olympien et fou à voir ! Elle fascine, son corps comme évanescent entre dans des transes folles. Miraculeuses. Sa chorégraphie (sa première), en frénétiques déplacements, hypnotise. Son comparse, le félin Frédérik Tavernini, beau « grand singe » musclé avec de très très longs bras, l’accompagne et c’est superbe. Le public de cette Louise —aérienne, voltigeuse— en reste abasourdi, oui, ébahi, je vous jure. Voyez ses incroyables jeux de pieds aux vitesses surhumaines est un spectacle qui renverse. Notre chance ? Apprécié à Tokyo comme à Berlin, « Louise-la-fulgurante » dansera ici, à Saint Sauveur. Tout prochainement. Ne ratez pas cette unique fée, elfe, magicienne, sorcière, avec ses remuements aux mouvements vertigineux et poétiques. Un must.

 

* * *

Enfant de ville, nous observions, répandus partout, sans vraiment les regarder, les « maudits » moineaux. Si communs, espèce méprisé. Un jour, cas unique, une volée de canards sauvages passa au dessus du marché Jean-Talon ! Nos cris ! On en revenait pas en la métropole, lieu vide d’oiseaux. Des pigeons, ça, oui ! À six ans, avec papa, j’avais vu au port des goélands —si blancs ! Émerveillement. Or, je découvre « Québec-Oiseaux » —(www.quebecoiseaux.org)— un fort utile et joli magazine. Très illustré. En trois numéros seulement, me voilà comme tout enfoui dans la beauté, submergé par ces petites bêtes aux plumes parfois colorées si joliment. Et qui volent ! Qui volent ! Mes chers mésanges, bicolores ou pas. Les rares grimpereaux, orioles, guiraca. Mes pics familiers ici, variés, chevelus, maculés ou à ventre-roux. J’admire les guépiers, les bruants et les grives, ces carouges à « rouges épaulettes », ces sizerins flammés, étourneaux si beaux quand « sansonnet. Photos jolies de bécasseaux, de passereaux de moucherolles. De mes parulines, orangées ou aux ailes dorées ou flamboyantes. Voir ce quiscale dit « rouilleux », oh ! Cette gélinotte huppée, ah ! Québec-Oiseaux : une revue qui jase aussi des oiseaux exotiques et aussi du si bel harfang des neiges, « notre » oiseau national. Et des tourterelles, tristes et pas tristes. Mon Dieu, quand donc reverrais-je les miennes ?

Au fait cette prodigieuse Louise Lecavalier est une sorte d’oiseau car souvent, elle s’envole !

 

 

 

LES YEUX DANS LES YEUX

J’étais descendu au rivage du Rond pour tenter de redresser mon quai branlant…et, soudain, bruit de feuillage remué. Une ombre mouvante dans la relative noirceur le long de la clôture végétale. J’aperçois, une bête puante (comme on les nomme familièrement). Quel joli pelage « deux tons » quoiqu’on en ait sur la dangerosité de cette espèce, tant de légendes malodorantes.

Méfiance absolue ! Elle se fige. Je la regarde. Elle me regarde. Deux petits « queneuils » brillants sous les épinettes. Classique scène, en Crise d’Oka, « du warrior pégrieux et du tout jeune soldat »! Quelle indifférence de sa part ?, ma moufette se retourne, adieu le bonhomme curieux, elle file vers le lac…soif urgente, rencontre ? Que savons-nous de solide sur tous ces petits mammifères ? Si peu.

Ainsi, il y a pas longtemps, en plein jour (ce qui est rare) par une fenêtre du salon, voir au balcon une sorte de renard, de gigantesque chat sauvage. Découvrir à proximité, une énorme et intrépide bestiole à quatre pattes, à masque vénitien (!), juchée sur le bac noir, un raton s’acharnant à vouloir jeter par terre deux briques de terre rouge. Quel splendide « laveur » avec une queue gigantesque d’une fourrure magnifique. On l’observe dans son acharnement (vain), tripotant de ses doigts habiles nos briques qui scellent le couvercle du bac à vidange (si puant quand on l’ouvre ).

Je me décide à aller au portique, j’ouvre et me livre à mes « pschitt, pschitt » ! Oups, une étoile filante. Je rentre et voyant du mouvement par les portes-patio de la salle à manger, j’examine la terrasse de l’ouest. Qu’est-ce ? Gigotent de véritables ombres chinoises entre les branches des hauts cèdres. Des oiseaux en acrobates, changeant sans cesse de niveau de branchages, un mini cirque bien gai ces objets volants (très identifiables !), qui se sont transforment à contre-jour en petites mécaniques agiles. Spectacle ornithologique fabuleux, gratuit et vrai car (à ma « grotte de Platon » !) il n’y a aucun manipulateur. La vue de ce petit observatoire laisse rêveur : cette vie animale jouit-elle d’une liberté idéale ? Car moi, vite, je dois, aller à « Jardinord », lieu enchanteur sur la 117, pour « plusse de terre », Raymonde a ordonné !

Oh, la dizaine de jolies corbeilles, et le beau gros pot et la longue boite du patio ! Et les « fines herbes » à planter. Et quoi, madame aux gants jaunes, à la rouge gratte dentelée ? Elle en est épanouie. C’est sa routine aimée, sa belle corvée chaque fin de mai. Et moi ? Toujours ravi de n’avoir qu’à les suspendre, me rasseoir dans mon transat de la galerie, jouir des deux yeux. Ô homme ! Il y a aussi dame-nature avec tant de bouquets de lilas, beautés éphémères, des mauves et des violets (dits « double »), des blancs. À pleins vases sur toutes nos tables.

Dans cette beauté, soudain, une crotte ! Le vilain pot après les fleurs ! Souvent, des gens croisés me disent apprécier mes proses. Mais, soudain, un haineux —nommé Marc Desjarlais— me « courriellise ». Que je suis polluant, oui, un « poison » (son mot) laurentien. De tendance violente, Desjarlais affirme que « Pays d’en haut » devrait me chasser et vite ! Vive la démocratie, on lit un tel aimable message personnel (au moins ce n’est pas un couard anonyme!) et on songe à… une bête puante ou bien au puant « bac noir », ouvert par un raton.

Hughette Oligny, vagabondage et Di Caprio !

 

 

Est morte, merde ! Dans la salle du Rideau Vert, il y a deux ans, Huguette est ma voisine de siège. Fin, lumières, applaudissements et la vive nonagénaire s’agite, s’écriant à des amis de l’attendre. En riant, je lui dis : « Montez sur mon dos et, en bon vieux cheval, je vous y conduirai ! » Je me penche, Huguette qui rigole s’agrippe à mes épales d’octogénaire, je sens son genou sur ma cuisse et puis «  Non, Claude, non, pas en ce digne lieu ! » On riait. Merde, elle vient de mourir !

Matin tout récent, descente en ville pour mon ophtalmo. Soudain, Avenue Greene angle Sherbrooke, me « frappent » aux yeux —menacés de glaucome— un tas de portraits, justement, « frappants ». C’est l’art très cinglant de la surdouée Goodman avec ses humains « tout écartillées » (Charlebois). Courez voir Galerie D’Este, ces corps comme écrapoutis. J’entre donc au 1329 Greene (angle Sherbrooke) et je suis transporté par ce monde ligoté et assommé. Strident ! Remuant ! Ici même, à Westmount-en-bas, en 1920, mon papa tenait boutique : « Thés, cafés, épices », je l’évoque dans mon récit « Anita… ». La galeriste Louise Leibner est fière de cette expo et avec raison.

Ce soir-là, bas-de-la-ville, au crépuscule, des filles bizarres se disant « Les sibyllines », nous invitent à entrer dans une sorte d’entrepôt abandonné lugubre. Rue Rose-de-Lima à St-Henri ! Promesse d’un vagabond délirant nous crachottant à la geule son désarroi ! On entre dans cette manufacture (?) abandonné, au sud de la rue St-Jacques, un peu à l’ouest d’Atwater. Vieux murs de guingois, plafonds écaillés, portes cochères déchiquettées, verrières sales, quelques chaises droites et bang !, surgit un SDF, un itinérant ? Durant toute une heure, sans prendre son souffle, ce jeune hobo nous arrosera de son récit de vie, avec sel et acide. Un exilé doux et fou à la fois, qui rugit ! Parfois ricane. 60 minutes haletantes et puis le noir ! Il est disparu et alors nous acclamons l’acteur surdoué Sébastien Ricard; de Loco Locass comme du film Dédé Fortin. On quitte la sordide shed où c’était « La nuit avant les forêts » de feu Koltès. On est subjugué par cette logorrhée de crachats, par la détresse d’un «  tout-nu », migrant à la dérive dans une métropole folle, New York, Paris ou Montréal .

La réalité va nous poursuivre de plein fouet à la sortie et on se sentira très loin de notre Ste Adèle champêtre. Dehors, endormis sur un caniveau, deux grands chiens « pas de médailles » et puis surgit leur osseuse maîtresse galopante entre des autos stoppées aux feux rouges de la rue St-Jacques. Silhouette sans âge se mouvant entre les bagnoles bloquées, delta de tôles multicolores descendant vers la rue Notre-Dame. Elle quête, sacoche en bandoulière, exhibant son carton marqué : « charité sioupla ».

Ouf ! Revenus ici, antipode de ce monde urbain, c’est « vive nos rues quiètes et ses terrasses paisibles, l’air pur ». Vive aussi le bon cinéma (de Tom F.) qui nous offre le remake de « The Great Gatsby ». Prière de ne pas écouter certains pisse-vinaigre car c’est un excellent récit filmique si bien fait qu’il nous a donné envie de (re)lire le roman de G.S. Fitzgerald. Le film vit surtout du jeu magnifique du célèbre acteur qui incarne Jay G. Di Caprio, séduisant gangster ( via prohibition), joue cet ex-enfant pauvre. Il veut reconquérir —éblouir— une fille qu’il a aimé et qui l’a dédaigné jadis. Ce Di Caprio-là est étonnant avec un jeun plein de nuances. Courez-y !

 

DES RAISONS DE VIVRE PAR ICI ?

 

 

 

1-Moins de bruits, matins comme soirs, c’est certain.

2-Fin des rues achalandés, impassables et bouchonnantes.

3-À portée de…pieds : que de beaux sentiers enneigés.

4-Choix vaste de restaurants et souvent coquets.

5-Une École Hôtelière aux offres parfois raffinés.

et

6-Deux sérieux hôpitaux moins encombrés.

7-Dénicher un lac proche et s’y promener au soleil.

8-De grands marchés aux denrées si diversifiées.

9-De solides cliniques avec personnels compétents.

10-Plus facile de « socialiser » entre voisins.

et

11-Facteur, déneigeur, éboueur, on peut parler avec.

12-Moins de stress, pas « d’heures de pointe » énervantes.

13-Pas de collants et encombrants colporteurs à nos portes.

14-Vues sans cesse stimulantes en pays de collines.

15-Architectures moins monotones et plus libres.

16-Moins de bruitage métropolitain, leurs stridentes sirènes.

17-Pour, à Val Morin, le petit théâtre au menu varié.

18- pour les nombreux écrans du cinéma Pine.

19-pour les expos parfois audacieuses de Val David.

et

20-pour le bon vieux « Patriote » de Sainte-Agathe.

21-pour le faste parvis d’animations saint-sauverien.

22-pour. Là, la féérie hivernale des lumières des côtes.

23- pour, là et à Ste Adèle, les théâtres gais, l’été.

24-pour mon cardinal, colibris et jolis geais bleus…

et

25-pour mon couple serein de tristes tourterelles.

26-pour, sous la galerie, ma marmotte cachottière.

27-pour mes beaux rats sous le quai, , bien musqués.

28-pour la chatte, pourprée ça et là, de ma voisine.

29-pour l’ours bleu du Sommet Brun, non, l’inverse !

30- pour tant d’écureuils trépignants aux sapins.

Enfin :

31-pour les poissons rouges à la belle plage publique.

32-surtout, pour l’air vif dépolluant et en quatre saisons.

 

IL Y AVAIT…

 

Il y avait des illusions, du rêve et du vent, il y avait bien peu, si peu en ce temps-là, il y avait au matin du 25 décembre, des fruits, une orange, du raisin, une banane au fond du bas accroché au pied du lit, il y avait des illusions, des jongleries, par exemple cette riche marraine exilée qui, enfin, me reconnaîtrait et me gâtera un peu; il y avait tous les petits voisins, les enfants des riches, le fils du médecin, les filles du notaire, il y avait le chanceux fils d’avocat et son cadeau de Noël, de grand prix, sa luge avec coussin, heureux l’héritier du député et sa guitare hawaïenne, il y avait quelques privilégiés, il y avait la jalousie, un nouveau Noël et pourtant bien peu d’espoir, foin d’une vie nouvelle : rien ne va se passer, les routines des enfants-du-peuple vont se continuer; il y avait à l’église paroissiale et ce marmot moulé en série, blond, frisé presque nu dans une étable, au fond d’une grotte de papier mâché…

Il y avait eu… en février, la fête de la Saint Valentin avec nos découpés en carton bien rouge, les petits cœurs saignants, les moqueries aux amoureux collés du parc Jarry, des fauteuils du cinéma ou du banc du terrain vague, coin Jean-Talon, il y avait eu la Sainte Catherine et les papillotes de tire sucrée que maman savait si bien étirer, il y avait eu l’Halloween et nos quêtes aux portes allumées, nos sacs bourrés de friandises; là, c’était la fin de l’année presque, la naissance du rédempteur et la chorale de Sainte Cécile qui va entonner «  Peuple à genoux…! »

Il y aura… veille de Noël, l’oncle cantinier du CPR et ses babioles, boîtes à surprise achetées des employés Noirs à sa Gare Windsor, colifichets, gris-gris surprenants, l’oncle riait et vidait lentement sa fiasque de p’tit blanc; il y avait devant le cinéma Plaza, la vieille bohémienne, son perroquet et ses cartes de « bonne aventure », mes grandes sœurs pigent dans la cage, s’esclaffent, amour, toujours, amour !

Il y a… à l’étage chez la voisine, madame Diodatti et son tricot à finir, cadeau unique, il y a aussi, troisième étage, madame Le Houillier et son mari incurable, « le p’tit Jésus va-t-il enfin le guérir? » Il y a, voisin bruyant, monsieur Laroche, Pierre de son prénom, et son Business College fermé pour la semaine des Fêtes, il y a le cordonnier Pasquale Colliza qui parle d’aller visiter sa tante riche à Miami; il y a, rue Bélanger, monsieur DiBlasio, et fleurs de papier pour ses comptoirs de fruits, il y a, rue Drolet, Frank Capra et ses neuves offres de carreaux de porcelaine en couleurs mirifiques; il y avait toujours, chaque hiver, les belles patineuses, champ du Shamrock, à l’ouest les stalles vides en béton du marché Jean Talon; au dessus du poste de pompiers, il y avait ma chère bibliothèque publique rue Saint Dominiqe, passé les usines de Catelli et de Coca-Cola, le Patro Le Prévost et ses équipes organisées pour le ballon-chasseur, le ballon-panier; il y avait le musée des « bêtes empaillés » à l’Institut des Sourds et Muets, rue Saint Laurent. Avenue du Parc, la gare des chemins de fer où l’on ira, Noël après-midi, regarder partir et arriver les voyageurs de toute l’Amérique du Nord; il y a qu’on rêve de partir, de s’en aller très loin, visiter des mondes moins pauvres et qu’on osait pas jouer les hobos, sauter les wagons de marchandise en vrac.

Il y avait… que, Noël pas Noël, en ce temps-là l’existence était chétive, maigre comme un clou mais qu’on se disait : « Il y a une justice, regardez, même lui, l’enfant Jésus, futur Christ sauveur de l’humanité, couché dans la paille ! Réchauffé par un bœuf et un âne !

 

LA MER RESPIRE VOUS SAVEZ

Ma chanceuse de fille me parle de beaux gros homards à très bon marché. Où ? À Cap Lumière, son camping chéri acadien. Éliane au téléphone : « Papa, ici, plein de homards vraiment pas cher, dans le 5 tomates, achetés frais péchés au quai de Richibucto. » Je lui révélais qu’au Maine, on crache 20 piastres (viande à chien) pour une bestiole à pincettes d’une livre et quart ! L’an prochain j’irai manger à ce Cap Lumière au pays de ma chère Sagouine.

Portrait d’Ogunquit ? Ce village « nouvelle Angleterre » était déjà populaire il y a longtemps. L’adonis Rudolf Valentino le fréquentait. Et Mary Pickford. Et Mae West. Cette station balnéaire —à la plage fascinante— eut la visite de fameux artistes dont Picasso et Matisse. S’y tenait une course automobile prestigieuse et de vieilles photos au HuckelBerry, (resto « style 1920 ») sur Beach Road illustrent ce lieu en vogue. À Ogunquit, plage inouïe qui, au rythme des marées, s’allonge sur plus de deux milles pieds ! Que de promenades dans l’air salin et iodé sur tout ce sable bien tapé, hypnotisé par la vue à la périphérie bleue embrassant des cieux infinis et cette mer au vert illimité et tout ce sable aux cent beiges sous les flots de parasols multicolores. Des vers de Rimbaud chantant « des plages de foules en joie » me hantaient. À Ogunquit on croise de nos compatriotes dans tous les coins, bien loin du Old Orchard commercial à motels entassés.

Vers 1988, j’ai publié (biblio publique) « Une Duchesse à Ogunquit » pour raconter et le crime d’une duchesse (de carnaval) et aussi pour décrire ce pimpant village. Dont ce célèbre Marginal Way, sentier écolo qui surplombe de jolies falaises et qui prend fin à Perkin’s Cove, lagune remplie de baraques d’artisans, aussi mini-port aux barques-à-homards dansantes.

Il faut le voir pour le croire. Tous les soirs, une cohue humaine défile comme en liesse entre cafés, restos, un cinéma, magasin de glaces, de « toffee », des boutiques, une multitude bruyante sur Shore Road, des deux cotés du carrefour, là où la Route No.1, rencontre les autres chemins et, oui, oui, où il n’y a aucun feu de circulation ! Courtoisie obligatoire ! Sur le quai de Wells le bon homard. Cher. Au sud, vers Kittery, il y a —comme jadis rue Amherst à Montréal « La grange à Séraphin »— « The Barn », où on se régale —à bon marché— de gargantuesques pièces de viande rouge.

Un midi, une compatriote : « ‘Coutez donc vous, là, êtes-vous celui qu’on pense que vous êtes, mes amies pis moi ? » J’ai acquiescé. Dans l’écume du rivage, des gamins jouent d’adresse sur des planches de bois, des ados sur des planches de plastique dans l’écume du large. Sur la plage —après cinq heures— de jeunes surfmen s’ébrouent. Les goélands quittent le toit du Norseman (sorte de « motel-paquebot » échoué), les sand-pipers s’étourdissent. Deux Hemingway installent une canne géante avec sardine en appât. Je verrai, tour à tour, la sortie frétillante de deux grosses prises. « C’est du 20 livres, ça m’sieur ! », me dit un loustic épaté.

Du matin au soir, de jolis bus rouges, déguisés en tramways, font des navettes incessantes. Partout un peuple estival, jeunesses et vieillesses mêlées, font voir le bonheur de l’été. Revenu, je m’ennuie déjà de la respiration océane. Car la mer respire et l’entendre m’est une joie.