« QUI QUI SKIE ? »

Ci haut, vous lisez paroles d’une chanson de potache pour des collégiens partant skier …« dans l’nord ! » Le bus —UNE PIASTRE ALLER-RETOUR EN 1945— il y a plus d’un demi-siècle ! Je songe à ce passé en observant les collines encore vides en face. Il y aura des anneaux bientôt (marcheurs et skieurs) sur le lac. Je jette un regard à Jambe-de-bois, écureuil éclopé et facétieux; il m’observe. Le vrai début du frette et je reverrai le vilain chasseur d’oiseaux, Valdombre. Le vieil homme prend conscience. Fini de s’insérer dans cette nature à collines; ô nostalgie. Pourquoi avoir cessé de skier ?,la peur ! Fini aussi le vélo l’été, la natation quotidienne, adieu aux modes naturels d’exercice ?

Chante : « Que reste-il… de nos amours, de ceci et cela ? » Ces belles années sur nos pentes… avoir jeté mes vieilles planches de bois vernis du ski d’antan, où sont aller ces rudes câbles de remontée —il fallait agripper, à s’en arracher les bras. Fou de ces côtes no. 68, 69, la terrible 70. La longue 71. On avait 17 ans, collégiens à tout « petit petit » budget. Luncher au Nymark pour « une piastre ». Dévaler des heures dans cette sauvage nature, nous les jeunes venus d’« asphalte sous gadoue ». Ces joyeuses pauses pour boire un chocolat bien chaud à cette gargote au milieu d’une colline : La vache qui rit ! Un jour, fin des études, séparation d’avec les camarades, devoir te dénicher une blonde steady, alors aller fleureter aux salles de danse. Plus tard, aux pistes des clubs de nuit, cher Normandy Roof ! Soirs d’été aux parcs publics, à kiosque à fanfare. Oser le vaste mont Royal. Un jour : l’amour ! Salut Cupidon ! Bienvenue Saint Valentin ! Fuir la maison des « vieux » ! Mariage. Trouver un job steady. Les bébés… à élever, à protéger. La vie, la vie.

Ensuite, tu as 30 ans, les enfants grandis te ramènent au ski en Laurentides. Des enfants…alors prudence. Opter pour La Marquise en plein cœur de à Saint-Sauveur. Ou bien le Mont Olympia. Avila. Belle Neige. Un temps, ce Mont Sauvage. Puis tu as trop vieilli : samedis matins avec tes ados mais tu t’installes en cafétéria, ben au chaud aux pieds des côtes 40-80 de Sainte Adèle. Lire tes chers cahiers arts et spectacles. Tu détestais tant ces longues attentes au bas des côtes. À cette époque pas de ces sièges modernes, ces téléphériques à cabines.

Tes enfants sont partis en « apparts ». Le temps passe vite. Cheveux gris.

Et puis, déjà, blancs ? 85 ans, je m’ennuie de skier et j’admire cette voisine, 86 ans, toujours folle de skier. Ou le voisin, 79 ans, partant le matin aux pentes raides. Songer à y revenir parfois. Mes os fragiles, danger, fractures…procrastination. Souvenir : le mont Royal, des sentiers fous, lieux à se rompre le cou, des passages abrupts, flammèches de steel hedges sur des rochers nus ! Nos folleries, risques et retour au tramway, rue Mont-Royal. La faim. La

soupe de moman ! Des soirs au clair …des réverbères, sous les ailes de cet ange de bronze ! Soirs de mars à fleureter des étudiantes accortes. Baisers volés et idylles romantiquesqui duraient un bref février. « Donne-moi ta photo, voici la mienne ! » Images iconiques dans nos portefeuilles d’étudiants cassés. Premières caresses sous les lourds cèdres, meringues d’ouate immaculée. Bon, assez, guetter la sortie de Donalda, ma loutre de la rive. Viens bel hiver blanc, viens !

Publié dans le magazine Traces

UN NOM MAGIQUE ? SAINTE-ADÈLE

D’abord mes excuses, pas Hyppolite pour Cartier mais Georges-Étienne, merde !) Saint-Sauveur a ses attraits (et ses « critiqueurs » aussi, « trop de monde ». Il y a là grand choix de restos et des boutiques. Ici le petit centre commercial a l’air « périclinant » et puis pour le ski (même la nuit !), c’est champion. Certains, pour leurs raisons affectionnent Sainte-Marguerite, ses lacs, sa tranquillité. D’autres, Saint-Adolphe (lâchez-moi le Howard !). Ou Sainte-Agathe, son côté « urbain », pratique, d’autres chérissent Piedmont ou tous ces bourgs dedans et autour du bien joli Lac Marois.

« Ou bin où encore ? »

Reste qu’il y a comme une « magie-Sainte-Adèle ». Elle tient à quoi ? Mystère. Certes, il y a eu « les mythes cocasses » que le père Grignon étala en longues confitures, via radio et télé. Légendes pittoresques plein ses ( souvent tristes) Belles z’histoires. Sait-on, à ce propos, que le terme Pays d’en haut désignait jadis les vastes territoires bien plus au nord-ouest ? Pays perdu du u temps des trappeurs, des « voyageurs intrépides. On doit ce déplacement aux écrits « feuilletonnesques » du boulimique, ce scripteur infatigable, Grignon.

On a l’impression parfois que tous nos artistes célèbres

Vécurent (au moins un certain temps) à Sainte-Adèle. Tenez, j’ouvre une biographie de Félix Leclerc et, boum!, lui aussi, le géant Félix, a vécu ici ! La liste serait longue. De Jean-Pierre Ferland à qui donc ? Notre voisin, le surdoué Charlebois m’a dit dans le hall du cinéma Pine « aimer lire notre hebdo », l’aimable.

Cette bonne réputation vient de loin. Du grand prestige culturel des années 1950 quand la dynamique Pauline Rochon , fille du docteur, animait « Le Centre d’Art », à teneur culturelle rare avec expos, concerts, théâtre, etc. À cette époque Sainte-Adèle brillait fort et était envahi de maints créateurs, artistes en tous genres. Des foules de métropolitains cultivés grimpaient à Sainte Adèle. Tenez, au curling du Chantecler, se tenait un salon du livre ! Il y eut, audacieuse initiative du brillant caricaturiste qui habitait une rue près de l’église, le réputé Robert LaPalme, qui fit naitre une étonnante fresque peinte par les étudiants sur tout le macadam de la fameuse Côte Morin,. De bas en haut. Une murale si étonnante et qui sera reproduite et vantée partout dans le monde. Photo dans, oui, le « New-York Time » ! M’sieur le maire, je m’engage (pour mai 2015 avec nos écoliers d’ici), à vous fournir, gratis, ma maquette d’une telle fresque. Pas cher, faite avec la « peinture municipale », donc en jaune et blanc (et noire avec le macadam). J’y mettrai des marguerites en masse !

Un jour, notre amie et hôte, (qui joua si souvent ici) osa nous dire : «  C’est devenu « Morte t’Adèle », ici, maintenant ! ». Raymonde et moi, nous avions protesté. Allons, une certaine magie persiste encore, non ? Il y a des galeries d’art rue Morin, un théâtre dit d’été, et, désormais, cette Maison des citoyens, pas vrai ? Je frotte mon épée-canne : « Que la magie soit toujours avec toi ma belle Adèle, mon cher village !

UN JOUR D’HIVER DE 1945 : DÉCOUVERTE DE SAINT-SAUVEUR !

Nous voyez-vous tous, tel le gang d’apôtres d’antan, nous amenant à l’heure du lunch, à un resto de Bordeaux ? Tous nous avons 82 ans, des p’tits vieux » qui furent de jeunes collégiens du Grasset. Ce « repas annuel » est un rituel installé par le dévoué Jean-Guy Cadotte, diplômé en sacerdoce. Ce vendredi récent donc, nous n’étions plus qu’une quinzaine ! Un temps, nous étions 35, puis 25…La mort….faucheuse sans pitié.

Pouvez-vous imaginer le flot des bavardages, aussi du radotage; mais quoi ?, on aime se re-re-remémorer des moments chéris, des profs aimés —« bons Messieurs de Saint-Sulpice »— d’autres « moines », les sévères et méchants. Confidences graves car certains regrettent leur orientation, Des aveux d’une voix cassée. Amers regrets d’un pharmacien, un ingénieur. Même un « missionnaire d’Afrique » !Silences, malaises. Soudain, au dessert, mon « petit camarade » l’avocat Roger R., nous fait nous souvenir du ski à Saint-Sauveur. À 15 ans ! L’autobus loué. La journée « de rêve » dans les Laurentides bien loin des rues cimentées, des tassements serrés des maisons de briques rouges. C’était la découverte d’un monde nouveau et ce vendredi-là nous nous souvenions de la beauté du vaste ciel et des innombrables collines.

Aussi du câble, rugueux « remonte-pente », nous conduisant au haut des pistes, 68, 69, 70. Ces ciels dômes infinis chers garçons de l’asphalte répandu partout, du macadam. J’ai rappelé à mes commensaux certaines de nos ballades hors pistes, loin de « La vache qui rit » à mi-côte. On s’aventurait dans des sentiers où les conifères se garnissaient de magnifiques meringues à la blancheur aveuglante.

Émus, on s’en est rappelé de ce silence, de cette solitude qui donnait une envie de prier et le goût du sacré. Ainsi, ce vendredi midi, soudain des yeux un peu mouillés, nostalgie de l’hiver de 1945. Nous, jeunes impatients au coin de la rue Saint-Hubert et Crémazie et l’autobus loué qui surgit enfin, joie folle, on monte pour Saint-Sauveur ! Okay, maintenant, voyez-moi, un samedi tout récent, et encore à Saint-Sauveur. Votre chroniqueur, mis sur son 36, déguisé en « officiant » mandaté par le « Ministère de la Justice », sérieux, je vais célébrer des noces. Celles du frère de ma bru, Murray Lapan (un prof et frère de ma bru). Ah ! moi qui voulait faire un « prêtre » à 10 ans, j’étais servi. La mariée (Claire Brossoit) inventa un « cérémonial géologique » en parallèle à « ma » grand’messe laïque » (air-terre, eau et feu). Soudain, au moment des vœux éternels, de l’échange des anneaux, du baiser rituel, j’ai levé les yeux du jardin du bout de la Montée du Lac Millette et… j’ai revu les côtes de ski de Saint-Sauveur, revu en cet hiver de 1945, la découverte fascinée des collines, des sentiers de sapins recouverts de jolis meringues.

Enfin, courez voir la surprenante, fascinante, envoûtante surdouée Hélène Bourgeois-Leclerc, chez Duceppe (« Vénus de vison » ). Toute la salle était éblouie jeudi soir … et vendredi midi, la faim, aller s’asseoir au cher vieux « Petit Chaudron » de Sainte-Adèle. Redevenu le même. Comme en hiver ’45. Très goûteuse soupe au chou, puis l’omelette au fromage « bien baveuse », de fraîches frittes. Dessert : leur tarte au sucre d’antan. Yam !

VAL-DAVID-SUR-LA-NORD


 

C’est fou, étant si souvent allé à Val David, jamais je n’ai appris qu’il y a en ce lieu le plus joli parc de nos alentours. Le village est-il trop modeste pour l’annoncer correctement ? Pas loin de votre arrivée, tournez à gauche, vers le nord quoi, Rue de la Rivière et : pam-pam! Quel paysage féerique ! La Nord coule le long de ce parc avec de splendides cascades. Des visiteurs sont installés (avec ou sans bouffe) à des tables rustiques. Ils admirent sous la canopée ces vivifiants rapides, et entendent le gazouillis charmeur —si romantique— de l’eau qui court sur des rochers cachés.

Nos ancêtres, Néerdantals, Cro-magnons, X…pithèques quelconques, estimaient-ils déjà ces cours d’eau vive, ces frises d’écume décorant ces eaux en descente vers leurs embouchures ? J’ose le croire, m’imaginer que ces primitifs chasseurs, impétueux et si peu cultivés, posaient leurs engins assommoirs aux rives de ces beaux sites à cascades. Pour rêver un peu, àquoi ? À rien et à tout. Allez-y voir ça à Val David, vous verrez bien. Toujours un moment de stimulante rêverie. Une halte utile. Une pause rassérénante qui fait du bien.

Val David n’est pas Saint-Sauveur, ni Sainte Adèle, ni Sainte Agathe à côté. Le lieu ne jouit pas de solide notoriété. Pourtant, allez-y faire un tour, il se dégage de Val David un charme particulier. On dit que s’y trouve un grand lot de créateurs, modestes et fiables artisans ou designers branchés. À chaque passage —Daniel, mon fils y est installé— je fais des rencontres inusités. Pas seulement de quelques Juifs Hassidim ou de nombreux « bouddhistes » (parfois en safran), mais aussi de ces bonshommes vieillis à cheveux longs, à barbes bien fournies, parfois à bandeaux au front et je me sens alors comme replongé aux temps du « Peace and love »et de San-Francisco-la-libertaire.

Rue Principale, j’y ai mon « four » bien-aimé, chez « Grand’Pa » aux pizzas succulentes et autres restos sympas. Je l’ai déjà mentionné, l’église est sans beauté hélas, mais on découvre une galerie d’art publique (c’est rare ailleurs) et des échoppes où s’offre de la beauté. Certes Val David ne jouit d’aucun prestige fort, d’aucun ensemble de pentes de ski, ni de grands hôtels renommés, à part la bonne vieille « Sapinière ». Jadis, le village a vu grandir sa réputation à cause de feu la très active et populaire boite à chansons « Le Patriote ». Qui s’est déménagée chez sa grosse voisine, Agathe ! Val David à prestige minimum est heureusement renforcé, (pas seulement par son petit marché populaire) par deux grandes expos de prestige : celle, singulières, initiée par le célèbre graphiste René Derouin sur son domaine et aussi celle de la céramique avec les « 1,001 Pots ». Quoi qu’il en soit, j’aime ce village modeste, sans gros centre commercial (ouf !). Charles Trenet chanterait assis sur un banc public : « On y voit le bleu du ciel, le rose des nuages qui courent au dessus des enfants du parc de la vieille gare… » Mais surtout, allez vite voir ce parc où la Nord coule en cascades scintillantes. Pressée d’arriver. Mais où donc ?

 

« VIOLONS SUR LE TOIT »

Je lis (dans un hebdo rival) comme de la haine face à des commerçants qui s’installent. J’étais gamin et je découvrais le monde des commerçants et mon père en était un avec sa modeste gargote à l’ombre du cinéma Château. Je voyais mon oncle jasant avec son quincaillier rue Bélanger, ma grand-mère avec sa marchande de fleurs, rue Molière, un cousin avec notre « bedeau » rue Jules-Verne, le notaire chez notre barbier, rue Jean-Talon —j’écoutais, j’écoutais ! Chez le pharmacien : « Terrible m’sieur Martineau, eh oui, les nazis sont entrés dans Paris ! » Voir ma tante se confier à son boucher, ma marraine barguiner du linge chez Greenberg !
La vie et j’écoutais… le bavardage humain, communautaire, je prenais conscience que les gens se mélangent, échangent des nouvelles dans les commerces de proximité et cela me faisait chaud au coeur d’entendre jacasser chez le fruitier Di Blasio ou chez le cordonnier Colliza, rue Drolet. Je constatais l’importance des marchands. Il en va ainsi dans un village.
Pourquoi hargne et mépris ? A Saint-Sauveur ou à Ste-Agathe ! D’où sortent ces asociaux, ces misanthropes, ces écolos fanatisés, ces « verts » déboussolés, réfractaires, allergiques, à toute nouvelle installation marchande ? Ils sombrent dans l’urticaire et rêvent d’une pureté d’avant le Déluge, éden imaginaire. Sorte d’intégristes, de fondamentalistes qui font un vœu : « Un coup de baguette » et  tout développement s’effacerait. L’ancien village primitif (oh cliché béni !) surgirait.
Cela dit, on a le droit d’aller vivre en ermite.
Mais si on s’installe dans un village prospère, acceptons les bons cotés (écoles, rues éclairées, égouts, aqueducs, pompiers et polices) et aussi les mauvais (trafic, bruits augmentés, déchets variés). Enfant , déjà, je voyais que c’est à cause de tous ces services, échanges, négociations, que les gens en arrivent à parler ensemble, à se découvrir, à communiquer joies, chagrins, projets, déceptions et échecs. Aussi à s’apprécier et, parfois, à se détester ! Je reste donc surpris quand je lis de la rage envers les commerçants, cette réalité datant du début des civilisations en Mésopotamie !
Tenez, un exemple de convivialité ? Ma Raymonde achetait en 1973 sa vieille maison au moins centenaire. Vient un temps où il faut rénover. La toiture ? « C’est pourri tout ça ! ». Le verdict tombe, alors parlement et contrat à signer. Bon paquet de mille piastres viande à chien ! S’amenait une vaillante escouade, celle de Yannick Boyer (pub gratuite !), avec des représentants de trois générations. Alors, bing-bang !, zing-zong !, éclatera le concert de violons grincheux sur le toit ! Dès potron-minet, tout branle au dessus de nos têtes et on a peur !

LA GROSSE FEMME D’À COTÉ EST ENCEINTE

À côté ? Oui, pas bien loin, à Oka, en Basses Laurentides.

Cette grosse dame est aussi la plus belle femme de nos cantons et se nomme Francine Allard. Elle fut la fille, à Verdun,  d’un modeste vendeur —magasin-de-fer. Douée, la jeune Francine alla à des cours de chant, de danse, de théâtre, de beaux-arts, allouwette ! Une gamine polyvalente quoi. Il y a un toubib, Michel Cardin, qui a bien de la chance, sa ronde blonde est enceinte en effet. Et que Michel Tremblay se le tienne pour dit.

Dans un joli boisé d’Oka, Francine façonne de jolies choses  inutiles et peint des images surréelles parfois bien lumineuses. Un jour elle surgit sur mon I-Mac en se disant une fan de mes livres. J’ai pas perdu une minute et l’ai nommé « présidente » de mon fan club; il y a deux membres, Francine et moi. De nos échanges, l’éditeur Triptyque de la rue Rachel en sortit un bouquet d’entretiens, il y a cinq ans, « Interdit d’ennuyer ».

Une nouvelle exclusive ? Voilà que débordée de tant d’activités et pourtant jeune grand-maman dévouée, Francine Allard souhaite un modeste « salon du livre » par chez elle, à Oka, paresse ? Bien, les énergiques compulsifs sont aussi des fainéants, j’en sais un bout là-dessus et c’est un mystère.  Le souvent émouvant jeune Beauchemin, auteur de Saint Anne des Lacs, en serait son président. Je lui ai dit que j’irais à La Trappe (le lieu de l’expo)  volontiers cet automne (car elle a gagné un « oui » de Québec) si on y entendait de la musique grégorienne, si on y allume des cierges, si on y sert une liqueur abbatiale et si on y offre du fromage de moines comme, jadis, celui des Trappistes (déménagés dans Lanaudière). Celui si bon, qui puait à mort !

Ma belle grosse toutoune (elle a publié « La reine des toutounes », un grand succès chez Alain Stanké il y a longtemps ), j’y viens, est vraiment vraiment enceinte. Comme on disait, « par dessus les yeux ». Son Michel a-t-il trop butiné cette jeune mémère d’une gracieuse petite Amélie ? Mais non. Francine d’Oka est enceinte d’écritures, d’ouvrages divers à venir. Elle n’est pas du genre  « grande auteure » constipée « au livre aux dix ans », que non !

Écoutez bien ça, non seulement poursuit-elle sa populaire saga de « La couturière », mais, cet automne, Francine Allard  va mordre à vif son vieux papa le quincaillier, où ?,  chez Victor-le-Matamore son éditeur barbu de Trois-Pistoles. Titre aimable : «  Écrire pour faire damner mon père ». Et c’est pas fini, chantait une beauté : éditions de poèmes chez Art Le Sabord, en 2012, chez Marcel Broquet de Saint-Sauveur, sortiront d’autres tomes de ses « Petits ours… », livres-jeunesse, aussi un CD enfantin chez Planète Rebelle pour la jeunesse, enfin, cette année aussi, un roman se situant rue Saint-Urbain à la vieille École des Beaux-arts ( c’est un site qui n’est pas la propriété du québéphobe enragé, le très doué raciste juif —francophobe menteur— Mordecaï Richler.)

Qu’en dites-vous ? Ça c’est « enceinte » en livres. Pis pas à peu près, dit le populo. En attendant ces nouveautés, Francine Allard d’Oka en maigrira gravement ma foi du bon yeu, elle va partir bientôt pour lire de ses écrits au fond et au bord de la Bourgogne ( le pays originaire de ma chère Colette) puis elle sera présente au prestigieux Salon du livre de Paris…. Enfin, Francine d’Oka finira par relaxer aux Îles de la Madeleine à la fin du printemps. Ouf !

La pauvre Nana, la grosse femme du Plateau à Montréal, ne sortait guère de sa rue Fabre, elle. Les temps changent.

 

UN BEAU TOUR DE « MACHINE » !

Jeune, jadis et naguère, on disait ça « aller faire un tour de machine ». Quand c’était pas tout le monde qui possédait une voiture. « Mononcléo », un frère de papa, nous amenait en Chevrolet « 42, faire un beau « tour de machine ». Je proposais souvent à ma chauffeuse (Raymonde) : « Si on allait faire un tour de machine » au-delà de nos prospères villages d’ici ? » Je souhaitais découvrir « le nord »…«  au sud-ouest », l’arrière-pays derrière Saint-Sauveur, St-Adolphe. Ce midi-là, les Jodoin, nos voisins, nous incitent et invitent (c’est la veille de mon anniversaire) à un succulent lunch. Découverte dans une ex- une auberge, « Aux Menus Plaisirs », juste au sud des « très basses » Laurentides, à Sainte Rose.

Il reste en ce gros village quelques très belles vieilles demeures et de grands vieux arbres, tout cela encore vigoureux témoins des tableaux de l’un de nos plus grands peintres, Marc-Aurèle Fortin, seul « génie fauviste » d’ici. Sainte Rose est aussi le lieu natal du fameux Clarence Gagnon, du pas moins fameux Suzor-Côté et du très célèbre Alfred Pellan. Petite enfant, ma Raymonde y a vécu quelques années, donc un pèlerinage nostalgique. Après le bon repas, ma compagne au volant : « Claude, un cadeau, on va y aller découvrir tes Laurentides-du-sud-ouest. » En voiture !

L’étrange expédition ! Qui va durer des heures et des heures. Car on va s’égarer. Signalisation bien pauvre et l’ignorance totale des routes à prendre. D’abord en route vers Wentworth et Weir, découverte de fort jolis lacs inconnus. Notre « pays d’en haut » est tout troué de ces magnifiques plans d’eau inattendus. Le bonheur ! On roue au pif. Tourne à gauche, tourne à droite, nous voilà bientôt perdus ! Le soleil fait reluire des forêts fournies, de rares chalets somptueux (chez Claude Dubois ?) et aussi des maisonnettes d’une immense modestie. De pauvres cabanes. Perdus vraiment ?   Oui, « lost ! » et une vague d’inquiétude dans… « la « machine ». Deux couples à cheveux blancs comme des enfants « écartés ». C’est le conte de Perrault : « Le petit poucet ».

Voici un chemin… de sable, en 2010,  qui  s’achève, crac,  en une impasse ! La gazoline nous manquera-t-elle ? La peur Arrêt obligé dans un dépanneur délabré, taudis  insolite du côté… de Laurel ? Achat d’eau. En avant ! Voici d’autres sites au naturalisme absolument sauvage et le soleil baisse sans cesse avec total aveuglement au volant ! Merde, comment revenir à Morin Heights ? En filant (affiche) vers le Lac des seize îles ! Affolement dans la capsule. Un autre cul-de-sac, zut ! Devoir frapper à cette masure inquiétante. Impression de western sinistre. Cette vaste cour encombré de véhicules endommagés. Courageux-Jean-Paul fonce vers ce bâtiment à moitié effondré. On se sent dans « Bonny and Clyde » quand les meurtrier fuyards enrôlent un louche garçon pompiste. S’amènent des gens à piteux accoutrements, fioles de bière à la main. En patois nordique (?) ils n’en finissent plus d’indiquer le bon chemin, c’est pire que flou ! Re-départ. Roulons. La noirceur se pointe quand, enfin, nous revoyons « la civilisation » : des réverbères, une route bien pavée. Panneau : Saint-Sauveur. Soulagement, impression de revenir d’un  far-west pire que sauvage. Merci ma Raymonde pour ce vrai beau « tour de machine » !

MOURIR À SAINTE ADÈLE, P.Q.

Il y a des chansons sur mon village : « Dans l’train pour Sainte-Adèle, tchou, tchou » du géant Félix. Celle de Ferland, « P.Q. ». Et d’autres encore. Jeune, ce lieu était comme mythique. Avec la radio, et la télé plus tard, le prolifique  Grignon, le premier, contribua fortement à « mettre sur la carte » ce village laurentidien (*) entre Saint Jérôme et Saint Agathe, juste au nord du dynamique Saint-Sauveur. Ceux qui estiment ma prose à La Vallée voudront sans doute me retrouver avec ma vie racontée quand j’étais petit garçon et puis gamin intrépide aux (hélas !) mauvais coups flagrants, enfin en adolescent romantique comme nous le sommes tous à cet âge, tourmenté par un avenir imprécis.

Ces fidèles croisés dans nos rues et qui me disent apprécier mon écriture voudront (chez un Renaud-Bray par exemple) se procurer « Enfant de Villeray ». Livre de poche pas cher frais sorti des presses. Ilustré de 25 portraits (parents et gens du quartier) dessinés de ma blanche main ». « Toute enfance est un roman », a-t-on écrit. « Enfant de Villeray » est mon autobiographie. Ma jeunesse. À la dernière page, c’est septembre 1951, je dis adieu à Villeray et à ma mère qui a les yeux pleins d’eau sur le balcon de la rue Saint-Denis. Je pars pour Sainte Adèle.

Est-ce que je vais y mourir, l’âge est arrivé pour me poser la question. Quand je songe à 1951, je revois l’époque des jobs d’étudiant. En milieu modeste, les ados cherchent des emplois d’été. Je serai « planteur » dans un bowling, puis emballeur dans un marché Steinberg rue Saint-Hubert. À coté du ciné PLaza où le remuant Norman Bratway (né dans ce coin !) enregistre « Belles et bommes ». Avant Sainte Adèle pour organiser mon atelier-écurie, j’aurai appris, rue Clark,  à démonter les parapluies (Brophey Umbrella), rue De la Gauchetière, à assembler des sandales de plastique ( Smith’s shoes). Je fus refusé chez KIK COLA rue Villeray, mais interrompant monsieur Laroche, directeur d’un Business College voisin, qui causait avec monsieur Lapierre, gérant chez « Seven Up », j’obtiendrai son « oui » et j’allai corder des caisses par rangés de douze de haut ! Hasard ? Quand « Seven up » fermera, c’est feu M.Laniel, mon voisin de Sainte-Adèle qui ouvrira là son « Laniel’s amusement. »; un Jean Coutu actuellement. Les fils de richards, comme Elliott Trudeu, ne s’éreintent pas trop, font du canotage derrière Morin Heights, ou villégiaturent à Ogunquit.

Je recommande aux parents ces jobs d’été, le jeune y découvre la vie du plus grand nombre, l’existence rude de la majorité. À seize ans, à dix-huit ans, j’ai pu m’humaniser et comprendre le terrifiant réalisme du populo. En fabriquant des « fudsicles », sorbets variés,  chez Lowney’s, usine devenue une jolie bibliothèque rue Lajeunesse, à Ahuntsic. Ou en fabriquant, rue William, des bustes de papier-maché pour les vitrines de la PLaza. Sainte Adèle, son centre d’art, allait me délivrer de ces pénibles emplois. Je rêvais. Même Picasso aurait honte de ses céramiques made in Vallauris. Je rêvais beaucoup à la fin de mon enfance dans Villeray (Michel Brûlé, éditeur).

* j’écris « laurentidien » désormas car « laurentien » s’est toujours appliqué à tous les habitants de toutes les vallées du fleuve Saint-Laurent; cela de Gaspé à Gatineau, n’est-ce pas ?

C.J.

AH, JOUER DANS L’EAU !

Le livre (ancien) du sexologue Ellis sur « L’ondinisme » parle de couples appréciant « se pisser dessus » (eh oui !) et aussi de cette attraction universelle, si naturelle, pour l’eau, cela, dit le savant, depuis notre eau première, du ventre maternel. Voyant une vivante pub sur les prodigieux jeux d’eau de Saint-Sauveur et son vaste parc sophistiqué, je songeai à nos jeux d’eau modestes de jadis.

Il y a eu d’abord, 1930-1935, la grande cuvette de tôle à remplir d’eau frette en ville pour les jours de canicule. 1935-1939, fréquentes expéditions (avec maman débordée) dans la pauvre pataugeuse bétonnée au parc Jarry. Et puis vint (10 cennes l’heure !) le modeste bain public, rue Saint-Hubert. À puantes odeurs de javel brut. Rien à voir avec ces excitants appareils modernes de tous les Saint-Sauveur du territoire. Oh non ! L’eau offerte, en bassins, en canaux, sur matelas, en tubes géants, ou autrement, en cascades, en piscine-à-vagues, l’eau, oui, est un fascinant et perpétuel, et très profond  appel. Il n’y a qu’à écouter les rires, les fous cris de joie des jeunesses en liesse en ces lieux. Du temps de bibi en « papi-gardien » je fus bien obligé de risquer ma peau dans ces glissoires géantes, ces tunnels, ces viaducs. Un benjamin tenait mordicus à imiter les aînés. Alors, à plus de 60 ans, à l’Aquascade de Pointe-Calumet, à Ste Adèle (disparu ce site) ou à Mont Saint-Sauveur c’était « à l’eau le vieil homme », veut, veut pas et cela tout au haut de très géantes échelles qui me faisaient très peur… pris de vertige, je fermais mes vieux yeux !

L’eau : élément tant apprécié en belle saison (pas celle de 2009 ). Le grand bonheur dieu Neptune ! 1940 vint, de 10 à 17 ans, net progrès, ce sera des heures et des heures à barboter du matin au soir, dans le grand beau lac des Deux Montagnes. Il aurait pu, ma foi, nous pousser des branchies ! On se faisait sécher tous les soirs en se secouant la peau au son du boogie-woogie dans les dancings aux constructions bancales.

L’eau courante, vivante, peu polluée en ce temps d’après-guerre était « LE » souverain loisir dans ces villégiatures « aux camps sur pilotis ». Deux petits lacs se formèrent à Pte Calumet à force de siphonner du sable pour des plages artificielles lointaines. On y allait souvent, outre-clôture —« danger, no trespassing »— excités de glisser des hautes dunes qui attendaient leurs wagons de fret. Mais là, hélas, ni cascades ni fougueuses fausse-vagues maritimes.

Des temps plus modernes venaient, de vastes piscines extérieures s’ouvraient enfin. À Verdun d’abord, puis à Cartierville. Joie de nos amis restés en ville. Il reste un fait concret, têtu : l’eau-à-baignades exercera toujours désormais cette fascination et nouds écoutions, médusés, papa nos racontant : « Pour nous, enfants de 1900, jamais de trempette, nulle part. Natation jamais enseignée et interdite. À Laval, habitant pourtant juste en face de la rivière, nos parents craignaient l’eau courante comme on craint la peste. »

Ah oui, ils étaient éloignés des piscines-à-vagues folles !

UN BEAU RAT LUSTRÉ !

     J’aime aller observer le débit de l’eau aux jolies ruines de l’arche d’entrée, proche du resto «La  Valloise », Chemin du Chantecler. Là, où le lac file vers l’est en bruyant, stimulant, ruisseau à travers les maisons tout autour du site abandonné, dit « 40-80 ».

    Qui je vois là, se baignant ? Lui, « Parizeau », mon rat musqué familier. Il se lisse les poils tourné sur le coté. Il sourit. Il fait si beau maintenant. Il doit guetter les premières feuilles des saules nains. Il m’a dit  (il me jase par clignements d’yeux) qu’il raffole des poissons rouges que l’on jette au lac en fin de vacances. C’est son régal.

      Le prof sabbatiqueur, le neveu-fesse-gauche par ma bru, Murray La Pan, est venu m’emprunter le pédalo. Sa première pêche. Interdit désormais, me dit-il, de débarquer, à la descente municipale du parc, sa chaloupe d’aluminium. Ste Adèle veut prévenir la contagion-algues-bleues (!) venue de son Saint-Sauveur. J’ai ri. Pas lui.

      « Le Calumet », incendié avec l’ex-hôtel Laliberté ! Hélas !  Désormais achat de journaux au IGA d’un homonyme jasminien. Une employée, héritière, que je  questionne : « Hen, quoi ? Nous autres, venir de Ville Saint-Laurent ? Non. On vient de Ste Rose ! » Bon, bon. À la caisse, une ancienne, accorte, joyeuse, venue du clan Lamoureux, m’apostrophe : «  Ah b’en ! Vous ! Il y a un demi-siècle, vous veniez manger à la pension chez nous, non? » Oui. Oh, la bonne soupe pas chérante !

     Une des belles Lamoureux deviendra buraliste au célèbre « Petit Journal »,  rue Jean Talon ouest et je la revis, y allant en tentant de vendre mes premiers contes. Plus aucun « canard » ne publie des contes hélas pour les apprentis écrivains ! Cécilia (?) y était donc, toujours si bleue de ses yeux, si blonde des cheveux, si blanche immaculée de peau. La beauté !  En 1952, l’aspirant artiste mangeait aussi chez « la grosse madame » juste  au coin, là où on lit « Parc Louis Aubert ». De ce pâté de bâtisses style western, il n’en reste que l’annexe de Del Forno. Lieu qui était un chic « Thea room », déjà sombre avant de muer en l’ex-« Chez Pep » à Cotroni. Je voyais mon vieux camarade, le « lion réacto-bleu », Grignon, sous l’aubarge Chateauguay. Paf pas paf, il entrait ou sortait du pub, capot de chat grand ouvert.

       À cette époque, des marguilliers bien bourgeois acceptaient pour l’église neuve, ces bizarres sculptures hiératiques, ouvrages d’un  parisien exilé ici, Pierre Delanoé.  Au champ vacant du coin de l’église, des gars de chez Bell m’offraient une place « à vache » en leur club de baseball ! Refus !

       Murray rentre à quai la ligne ballante : « Il avance pas l’diable, vot’ pédalo ! » Bredouille, il sourit.  Oh, bruits de brousailles, voilà mon « Parizeau musqué »  fuyant nos myrics beaumiers, plongeant. Bof ! Je fais voir mes neuves chaises longues -en rotin-made-in-China-  achetées « pas cher » viande à chien,  dans un champ vague proche de Rona. Murray apprécie et, intrigué, examine plutôt ces trous partout dans le sol. Curieux ouvrage des mulots troglodytes. Fort soleil de fin de mois ! Je m’allonge, je songe à cette Lamoureux à la caisse du IGA, oh merde !,  nous avons eu vingt ans un jour, un jour…