Le jeudi 2 mai 2002

Le jeudi 2 mai 2002

1-
Oh ce jeudi tout gris ! Allons écrire. Un journal ne doit pas n’être que recension des livres lus, à mon avis. Certains diaristes connus en font trop…mais je lis sans cesse et n’en parle pas trop. Faisons un peu, ce matin, le critique. Mon pauvre petit Moutier et sa si aimable note à mon égard au Salon…Oh la la ! quel méchant livre mal foutu que son « Pour une éthique urbaine ».
À fuir ! Un ramassis d’états d’âme vains. Plusieurs niveaux de réflexion, galimatias idéologique, charabia infâme ici et là, un mélange détestable…Ironie peu fine (chapitre « à lettres ouvertes » sur un MacDonald du Plateau), gravité intermittente (chapitre nostalgique sur Godin-Pauline-Julien !), opinions niaises. Ouash ! Que je n’ai donc pas aimé son petit dernier au jeune homme néanmoins fort sympa rencontré deux fois « en personne ».
J’ai lu aussi le « cadeau » de Victor, ce « Jasmin sur barbelés ». Lecture intéressante d’une gentille petite fille (E.Gibar) juive de la bourgeoisie égyptienne du Caire avant que n’éclate la guerre avec Israël. Le jasmin parfume ses souvenirs de petite fille si heureuse, si insouciante, si candide. Soudain : la guerre éclate chez Nasser ! Chasse aux juifs. C’est la fuite…à Marseille d’abord , camp de réfugiés. Les barbelés commencent pour Esther, le jasmin s’évanouit, puis, sur un rafiot misérable c’est l’ « exode » dans « la patrie biblique » où l’on installe les exilés juifs de tous les coins du monde et en très grande vitesse. Camp et barnelés encore. Puis le kibboutz et un bonheur rare ! Le « Babel » stoppé, Esther Gibar va — comme tout le monde sous les tentes— apprendre l’hébreu. Le vrai ciment. Le lien essentiel dans l’ONU spécial de la colonisation toute neuve.
Comme pour l’émouvant film italien : « Les jardins des Finzi- Contini » on assiste à ce terrible déracinement à cause de l’antisémitisme et c’est toujours plus effrayant, plus troublant, quand on vient de la bonne bourgeoisie inconsciente. On tombe de très haut. Esther Gibar —installée au Québec maintenant— est très sentimentale, très délicate, d’un romantisme total : tout est embelli, si joli, sa —« si gentille »— famille portée aux nues. C’était rose et pastel…puis, tout s’écroulait ! Captivant de mieux savoir un certain monde. Milieu protégé, choyé, monde de confort heureux dans Le Caire ensoleillé quand les « gentils » domestiques (Arabes et Noirs) sont si fidèles, si polis, si dociles. Si bons serviteurs n’est-ce pas ? Oui, j’ai appris sur une sorte de colonialisme doucereux, innocent et sur lequel, soudain, va fondre une foudre…foudroyante !
Cette patrie juive idéalisée devient vite un terrible champ de guerre perpétuelle. Alors avec un enfant, le mari, Esther va fuir. Ici. Ce beau paradis promis (Israël) se transformait en « régime militaire », permanent, selon ses propres mots. Les siens
cherchaient le bonheur, la paix et trouvèrent l’effrayante déception. Mitrailleuses sur toutes les épaules, des jeunes étudiantes comme des étudiants imberbes. Esther déteste ces fusils partout, ces chars autour des barbelés des colonies. Elle craint la haine des Palestiniens envahis, alors elle part. « Adieu rêve d’un Israël imaginaire.
On sait, aujourd’hui même, les dégâts qui s’aggravent !
2-
Je vais achever de lire le nouveau Vigneault jr. Ouen ! Ce type de récit —nombriliste— m’assomme un peu. Décidément, sa manière « bobo » (bohèmien-bourgeois) ne lâche pas ce Guillaume. Son « Cherche le vent », —comme son premier roman, « Carnets de naufrage »— baigne dans ce monde de fainéants béats où l’on ne vieillit pas, où une jeunesse —instruite— n’a pas envie du tout de s’installer, ni matériellement, ni sentimentalement. Craint farouchement la sédentarité. Son jeune héros est un photographe trentenaire divorcé. Il bien coté jusqu’à Manhattan (Pas courant de tels personnages ). Jack semble traverser une sorte de lente dépression, avec tentation suicidaire pas nette, en tous cas un spleen existentiel le hante. Ce « Jack », alias Jacques, a son avion dans un garage abitibien, souvenir lourd semble-t-il, il a aussi un camp d’été à La Minerve, dans le Parc de la Vérendrie, héritage familial et des souvenirs encombrants…bien peu clairs. L’art du flou ! Faut continuer à lire sinon… Jack boit sec. Beaucoup. Il manque se noyer. Son beau-frère, fils de psychanalyste (eh oui !) l’entraîne dans son condo montréalais, il n’est pas moins désemparé que lui. Ils vont déplacer leur mal de place. Maine, USA. Avec une jolie ex-serveuse du « Vieux », qui prépare une maîtrise (eh oui !) et qui, toute nue dans un petit chalet de Bar Harbor où se trouve une belle bibliothèque (!), nargue —et attise— les deux jeunes gens. Championne aux échecs soit dit en passant ! Un deus ex machina rare. Je m’instruis. Image correcte de sa génération ? Sais pas trop. Reflet vrai d’une classe précise ? Ce sera un road-story kérouacien pour la fin du livre ? Intrigué mais un peu las de ce petit monde de « gâtés-pourris », à l’adolescence attardée, bin, j’ai pas trop hâte de poursuivre.
J’ai débuté « Comme des invités de marque », livre du boulanger —artisan « interdit »— de Rouyn-Noranda, Léandre Bergeron, compagnon de kiosque chez « Trois-Pistoles » éditeur. L’étrange ex-manitobain veut nous conter comment ses trois fille, aux prénoms exotiques, ( Deidre, Cassandre et Phèdre !), furent élevées, dans des champs hors-Rouyn, sans école aucune !
Oh ! c’est un journal (!) mais d’un ordre particulier. Ce « farmer » volontaire joue le rousseauiste avec délectation. Curieux de lire la suite.
Enfin, j’ai lu, après ce dynamique magazine « L’ » de Germain, le dernier numéro de « L’Action nationale » (avril). Segment consacré à l’utile chicane de Louis Cornellier sur :
« Enseigner d’abord la littérature d’ici aux jeunes des écoles. » C’est en quatre « papiers » : un de V.-L. Beaulieu, bon mais bien court, un de Andrée Bertrand-Ferretti, plutôt cuistre et confus, un de Roy —le Bruno qui préside l’« Union des écrivains »— qui y va de prudence, jouant le diplomatique arbitre de la querelle. Enfin celui d’une prof, Roxanne Bouchard, bien argumenté. Le débat relève du « racisme inverti » dont le triste champion est le prof Ricard, pissant sur la qualité de nos livres avec délectation.
3-
L’autre soir, Artv, avec le Lipton questionneur, un Robin Wiiliams débordant d’énergie. L’acteur s’est livré à de improvisations loufoques. Hilare, déchaîné —cachant quoi ?— le cabot a montré du talent vrai. Entre ses facéties étonnantes, « Popeye » se livrait brièvement. La drogue. Le danger de couler. La thÉrapie. Les regtets sincères. La salle de l’Actors Studio en lkiesse face à ces grimaces et ses envolÉes. Bidonnage intempesyif et le grave Lipton ne se dmonta pas du toit p;rouvant un flegme peu commun. Chapeau ! Hélas, la pub envahit Artv peu à peu. Interruptions trop fréquentes et décevantes dans son contenu comme partout ailleurs. Mais tudieu, quel épuisant et épatant bouffon que cet acteur surdoué, merveilleux, comme il l’a montré dans plusieurs de ses meilleurs films.
À la télé du Canal-5, la série « Thalassa » m’ennuie tant parfois que je fuis n’importe où. Même en un documentaire vu et revu dix fois. Mais, l’autre soir, ce document dans l’arctique, oh ! Une pure merveille. Vieux album de photos jaunies, films en noir et blanc, des pionniers audacieux (comme notre vaillant Capitaine Bernier !) explorant ce pôle nord mythique et puis l’installation précaire des chercheurs d’aujourd’hui; le sujet fascinait. On y a vu aussi, venus en avion moderne, des touristes argentés (mode du tourisme naturaliste et sauvage). Des citadins aux conforts solides émerveillés de se voir aux confins du monde. Sur la calotte, comme on dit. Si heureux, excités, de pouvoir marcher sur la banquise, dans cet immense désert de blancheur et de froid terrifiant. Effrayant paysage de nudité. Pas un brin de vberdure. Trous des phoques, pistes des ours. Un bon moment. Un fort moment
4-
Ce matin Nathalie Pétro, tentant de louanger Sylvain Lelièvre qui vient de mourir, sort, comme inconsciemment, des mots blessants, tout ce que l’on pouvait lui reprocher en réalté à ce chanteur disons « faible ». Un requiem bizarre. Disons, une petite machination hypocrite où la columnist dit sans le dire ce que plusieurs pensent. Comme c’est confondant ce gente de prose polie où une sorte —respect aux morts !— de diplomatie prudente transfigure les mots, les maquille, les change tant que l’on arrive à leur faire dire le contraire de ce qu’on pense.
Est-ce que cela m’est déjà arrive ? Sans doute. Qui est sans péché là-dessus ?
« Ali », le film, vu hier soir : une sauvagerie imbécile, folie niaise que la boxe. Je reste un ardent opposant à ce sport imbécile. Réussite tout de même des trois ou quatre combats visuellement. Aile me dit qu’il y faut une rare et parfaite chorégraphie, minutieuse sans doute. Un montage difficile. Un sacré combat pour la réalisation. On y croit. On y est. Hélas, on sait peu sur son enfance, sa jeunesse et même ses débuts. Tout est raconté comme en vitesse et avec des ellipses pas toujours intelligentes. Déception grave donc pour Aile et moi. Plein de pans de ce film comme illogiques. Il manque des explications. Ce n’est pas du genre « savant et intellectuel » non, cela Aile aime bien, c’est juste que c’est mal fait, mal écrit sans doute au départ.
Confusion n’est pas subtilités. Et, à la fin —fort abrupte— rien sur son handicap grave. Pas un mot ! « Ali » se termine avec sa fameuse victoire en Afrique contre le texan Forman. Une victoire bizarre. On dirait un combat « arrangé » comme au temps où les pégriots tricheurs hantaient les arènes de boxe.
Critiques complaisantes donc pour ce film, « Ali » comme trop souvent. Sans elles, pas de ce « Ali » en raccourci dans notre machine. Les commentateurs d’aujourd’hui se transforment volontiers en courroie de transmission des organisateurs de « junkets », ces voyages à « premières », avion, et tout, payé par les producteurs, avec interviews à la gomme…Cette plaie ! Qui transforme un (une) analyste en publiciste invétéré. Le mode du job « précaire » actuel engendrerait ces trahisons des lecteurs ?
J’ai peur de cet avenir.
5-
Tabarnak ! ‘Scusez… Je rêve pas : il neige. À bons flocons. Un 2 mai ! Par ma fenêtre de bureau, le paysage vite tout blanc ! Le lac comme plus noir. Un 2 mai ! Aile d’en bas : « Tu as vu ça, dehors, Cloclo ? » Elle rage. Elle part pour une boutique de Saint-Sauveur. Dégueulasse, vraiment.
6-
Lu ce matin un long et futile article de complainte. Bizarrerie. Marie Gagnon — se disant une auteure— s’adonnait à la drogue et commettait des vols. Pas bon marché la dope ? On est loin de monseigneur Félix-Antoine Savard, hein ? Auteur lui aussi jadis ! Ou du brave Robert Choquette. Rien à voir avec Germaine Guèvremont ou Gabrielle Roy…ou Anne Hébert… des auteurs sages et qui ont signé de très bons livres ?
Bon. Prise par la police, on installe cette Marie Gagnon en prison. À Joliette. Neuf bâtiment. Confortable. Voilà que la prisonnière— tout en admettant que c’est ni Tanguay-la-sale, ni Kingston-la-sale— râle dans ce faux club-med. « Un asile pour folles », semble-t-elle crier. Intenable.
Le grand grief ? Tenez-vous bien : on souhaite l’aider, la réformer, la soigner de son mal-de-vivre, de la drogue, et partant de sa manie de voler. L’aider ? Un crime ! Un outrage ! Une entreprise inhumaine !
On croit rêver. « Malgré elle », dit-elle, tous ces soins, toute cette horrible discipline et ces horaires stricts, ces effrayants conseillers. Ces manières de la faire « bosser » comme…une prisonnière ! On irait contre sa volonté de « rester ce qu’elle est ». La mode du « Je m’aime comme que chu ! » « C’est ma vie pis je l’aime comme ça. »
Ah bin là ! Est pas contente la Marie ! On a envie de lui parler de la Turquie ou du camp militaro-USA à Cuba-sud ! Elle veut pas guérir, ni changer de vie ? Elle a son âme bien à elle, grogne-t-elle dans « La Presse » de ce matin qui lui accorde le quatre colonnes en « Forum ». On a pas le droit d’aider le monde poqué. Foké !D’offrir des thérapeutes, de vouloir transformer une voleuse droguée… Bon ! Elle va publier tout un livre de ses récriminations cet automne chez VLB.
À la fin de sa jérémiade stupide, Marie Gagnon dit : « Est-ce, peut-être, à cause de mon extrémisme que je suis écrivaine ? » Sans rire hein ! Des coups de pied au cul se perdent !
Pourvu que les responsables de la prison de Joliette, face à cette ingratitude, ne décident pas de donner raison au poujadisme des Gilles Proust et jugent que : le « Club-Fed » c’est fini ! Qu’ils n’aillent pas transformer « la tôle » de Joliette en vrai prison, le trou à rats d’antan, l’enfermement infernal de jadis.
Là, la Marie aurait vraiment de quoi brailler, délinquante gâtée de cette génération. Il n’y a pas si longtemps, c’était, rue Fullum, à Montréal : « Farme ta yeule maudite voleuse, pis ta moppe ! » Pas de thérapie à l’horizon. Il n’ y avait rien à faire, rien à comprendre, face à une jolie jeune femme (comme Marie Gagnon et tant d’autres) en mal d’être intégrée dans l’existence normale. C’était : « Maudite voleuse, farme ta yeule pis va torcher le corridor des vomissurtes », ou « Farme-la, toé, maudite « droyée », marche dans ton trou pis avale ta soupane infect. » Joliette en asile pour déficients mentaux légers ? Pis ? C’est mille fois préférable à ces donjons insalubres de mon jeune temps où l’on battait, frappait durement souvent, les déviants de nos comportements sociaux admis. T’aurais pas eu le choix de te plaindre complaisamment dans « La presse », pauvre jeune Marie. Il n’y aurait eu que de grosses matrones mal payées pour te déchirer ton article au visage et le jeter dans une cuve crasseuse. Chasse d’eau aussitôt. Quand elle fonctionnait !
7-
À la Chambre de commerce de Montréal, M. Valaskakis, a parlé des 500 mégapoles de l’univers. En avant du rang : Paris, New-York, Londres. C’est connu. Lui aussi explique que les talents du monde entier vont vers ces grandes villes où il y a beaucoup de terrasses, des théâtres, des cabarets, des bons restaus, etc. Évidemment. Après d’autres experts, Il a dit que, désormais, la « gent créatrice » —50 % de la nouvelle main d’œuvre actuelle— se fiche des centres spécialisés (silicon valley et cie). Ces cerveaux modernes cherchent des villes amusantes, culturelles. Donc, installation —payante pour le lieu— à New-York, Paris, Londres…peut-être Montréal un jour.
Ainsi, affirme-t-il, ça sert à rien l’Internet, la téléphonie moderne et les satellites : c’est pas tout. Ces gens-là veulent une bonne vie, une belle vie. Il avance : « Ils aiment les quartiers ethniques nombreux et, du même souffle, ils craignent es conflits ethniques ! »
Faudrait savoir. Oui aux ghettos si colorés et non aux ghettos si dangereux ? Je crois deviner : c’est oui aux ethniques bien installés, venus avec du fric et c’est non aux réfugiés démunis qui sont forcément (travaux ardus, couples aux douze-heures au boulot !) empêchés de bien surveiller les rejetons, qui n’ont pas les moyens de les caser dans des institutions de bonne réputation. Est-ce bien cela ?
Valaskakis conférencait sur la mondialisation. Sur l’avenir. Gageons qu’il n’a pas pipé mot ni sur l’Afghanistan, ni sur l’Afrique, ni sur l’Amérique du Sud ou l’Inde ! On connaît la chanson douce aux oreilles des Chambres de commerce. Il ose parler « racines’ » dit que contre la mondialisation anonyme , il y aura toujours l’attirance de ces belles grandes villes séduisantes ! Baratineur va ! Adieu nations, adieu états organisés, retour au Moyen-Âge. Les grandes villes. Le salut. De qui ? Pour qui ? Les villes de l’occident riche, Paris (Les champs Élysées), Londres (La City) et surtout New-York, (Manhattan). Cherchez-bien, il y en aurait 500, pas plus ! Aucune en Afrique…etc.
La neige a cessé : Émile Nelligan, dans l’éther, vas-tu nous pondre un nouveau poème ?
8-
À « Sixty minutes », made in USA, il y a pas si longtemps : « Montréal ? une ville de fascistes ! Le Québec, tous des nazis ! L’émission montrait (un faux apprenait-on plus tard) un anglo-martyr face à un « mesureur » fanatique de français…C’était l’enfer. Le four crématoire pour bientôt… »
De la télé « Sixty minutes » quoi !
Dernièrement, on remettait ça : « Le Canada, pays de cons avec plein de dangereux terroristes, faux réfugiés. Ontario, Québec, des « Clubs Med » pour tueurs politiques ! Une frontière-bidon. Une passoire et dangereuse pour les USA. Les rues grouillaient de talibans mal masqués. »
Et voilà qu’à Ottawa des nonos se levaient : « M’ sieur l’président, avez-vous entendu ça à « Sixty minutes » ? C’est effrayant, le go’vern’ment actuel fa rien et nous sommes infestés de kamikazes, ils l’ont dit à tivi américaine !»
C’est cela l’Alliance-western, et pour emmerder le pouvoir, des du Bloc joignent le concerto des tarlais qui suivent « Sixty minutes », made in USA.
Misère politique, oui, et colonialisme coutumier !
9-
La loi Bégin numéro 86 ? Je suis pour. « Homoparenté » pour ceux qui ont déjà des rejetons. Et je suis contre. Pourquoi ? Je le redis, le dis : foin d’égocentrisme (dont l’odieux illustre exemple des deux lesbiennes sourdes…décidant… l’ horreur !).
Il faut ne penser qu’à ces enfants qui seront, deux fois marginalisés. Ils souffriront. Les enfants sont, hélas si on veut, cruels. Le grégarisme est un fait éternel. Ils seront mis au ban partout, quartier, rue, cour des écoles. Ces « futurs » enfants ne méritent pas cela. C’est l’enfer que n’avoir pas d’amis, que d’hériter injustement des sarcasmes de tous, des petits camarades, des cons d’adultes divers, des chuchotements cruels, des dos tournés, des grimaces sarcastiques, des caricatures immondes, des singeries infantiles, des refus d’admission à un party, de la gêne de ne pas amener chez soi un copain, son meilleur ami, une copine aimée, des portes qui claquent, ou qui se referment doucement (c’est pire ?), des silences lourds, des moqueries non-méritées.
L’enfant est —assez longtemps— un pervers polymorphe. Freud. Mes amis, les homos, mes amies, les lesbiennes, si vous aimez les enfants, refusez l’enfant dans votre couple homosexuel, je vous en supplie. Vous —j’en suis sûr— qui aimez vraiment les enfants (sacrifice terrible, je le sais ) ne faites pas (in vitro, par adoption, ou autrement) ce cadeau empoisonné à des enfants pas encore nés, pas encore adoptés. Je vous en prie. Je vous en supplie. Ce sera alors la preuve éclatante que vous aimez vraiment les enfants, que votre refus volontaire d’en avoir.
10-
« Claude Jasmin, mort hier soir, était un écrivain populaire très aimé. » Qu’est-ce que je lis là ? « La mort d’un auteur qui aimait les siens, Claude Jasmin ! » Qu’est qu’on écrira sur moi, une fois mort ? Si je pouvais voir les petits titres dans les « morgues » des quotidiens ?
J’y pensais encore ce matin parcourant mes gazettes : ah, si on avait publié (éloges étonnants au Dev ou à La P.) tant de belles phrases sur Sylvain Lelièvre vivant, il en aurait été si stimulé, si encouragé, qu’il aurait pu pondre quelques chansons inoubliables de plus. Pourquoi attendre la mort ? J’aime m’imaginer de jolies phrases bien chaudes au jour de mon décès. Cela me fait sourire. Vivant, vous êtes…pas pire. Mort, vous êtes bien…mieux! Méchante leçon. Et je ne vais mourir pour avoir le plaisir de lire des éloges. Tant pis. Je continue à vivre.
Ce matin, un étonnant Gilles Archambault à la radio de CBF-FM, stock en cas de grève) : « Mes enfants ?, c’est tout ce qui comptait et ce qui compte pour moi. » Étrange affirmation, tardive, jamais je n’ai pu percevoir chez mon camarade radiocanadien cet amour si total ! Illusion ? Regrets d’un père imparfait (comme nous tous) changés en promesse a posteriori ? Bizarre assertion à mes oreilles. Pour moi ? B’en…oui, évidemment je les aimes, ils le savent, ont des preuves, je crois, mais…. Y voir peut-être une sentimentalité exacerbée ? Un amour relatif, je crois, que cet amour de ses petits. De là, en tous cas, à foncer dans cette phrase …totalitaire, il y a des limites. Aux mensonges, aux réparations, aux refuges, aux aveux tardifs…
Je ne sais plus. Juste mon étonnement d’entendre Gilles affirmer cela sur ses rejetons : « ce qui compte avant tout ! »

Le mercredi 10 avril 2002

Le mercredi 10 avril 2002

À CŒUR OUVERT(?)

(J .N .)

À COEUR DE JOUR (?)
1-
Quel changement ce matin : un soleil parfait, un ciel bleu d’un horizon l’autre. Adieu brumes d’hier. Sortant du lit, je suis alors portÉ à ouvrir tous les stores des fenêtres des deux côtés de notre chambre, côté la et côté rue. La chanson :  » Laissez, laissez! entrer le soleil.. .  » La toune bien aimée du fameux musical  » Hair  » est à l’ordre du jour. J’écoute Ravel (oui, son boléro fameux !) sur ma radio-cassette. David, l’aîné de mes petits-fils, au téléphone tantôt :  » Papi ? On en a fini avec la poésie du vieux temps ‹Nelligan à Paul Morin‹ peut-tu m’indiquer quel jeune poète vivant je pourrais contacter ?  » Je lui parle du bon graphiste de mon  » Écrire « , poète avant tout et qui vient de gagner un grand prix à Trois-Rivières, Roger Desroches. David me dit qu’il va aller à sa biblio de quartier (Ahuntsic) voir! Ferait mieux d’aller fureter à la biblio de son université, je crois.
Ai fumé, après le petit-déj, une, oui une, une seule !, cigarette (en réserve, en cas de folie furieuse, dans un tiroir !). L’ai pas apprécié du tout. Donc, je me guéris lentement. Aile, elle, est fermement résolue! avec des patches ! J’espère réussir totalement. Hier, à Saint-Sauveur, en examen  » de bilan de santé  » ‹j’y suis allé en grognant, juste pour faire plaisir à ma chère Aile‹ chez ce docteur Singer (je lui ai parlé de son célèbre homologue, écrivain juif-new-yorkais fameux, il connaît ), ce sera dans un bon français :  » Ah oui, fumer, abandonner complètement cela. Il le faut. C’est entendu. C’est primordial pour votre santé ! Etc.  »
Et ce sera fiole d’urine ‹plus tard pour le sang‹ le coeur examiné, puis les poumons (photo sur plaque froide !), la gorge, les oreilles, alouette ! Même la prostate. Retirant son gant d’examen, Singer me fait :  » Hum, évidemment, cela s’affaisse pas mal, c’est l’âge!  » Ash ! Détester ce mot : affaissement. Je le sais trop. De tout. Parfois, de la mémoire! qui flanche aussi. Chercher longtemps un nom. Misère humaine ! Je devrai aller passer une colonstopémie! non, une colonstétiatite! non, une colon! bon, en té cas, un examen du colon quoi, à Sainte-Agathe. Cela, dans deux ou six mois, on ne sait pas !
2-
Rêves ces temps­ci, je l’ai dit. Cette nuit, je ferai court, personne n’apprécie la matière de ces choses au fond fausses, suis en voiture décapotable (mon ex-carbriolet ?) vers Joliette. Arrivée, théâtre en plein air. Monique Miler, en costume de froufrous violets, mode 1900, avec boa, etc. Elle se démène, joue une star ancienne, maquillage appuyé, et hop ! il faut alors rouler, vite, vite, vers! la suite du show, vers une autre scène de plein air, au bout d’une impasse de cette ville.
Cette fois, assis à mes côtés, mon Buissonneau, le concepteur de ce pageant ! C’est des douzaines de figurants, une foule agitée, qui défilent, forment des images-symboliques! je ne sais trop, et cela dans une panoplie hallucinante de costumes voyants, très lumineux. Je me penche vers Paul lui dis:  » Bizarre, mon père avait de ces images de costumes chinois au fond de son magasin et jeune, j’aimais les examiner!  » Il me prie de me taire. Paul semble tout content de sa chorégraphie visuelle et bigarrée.
Soudain, me voici chez Morgan-La Baie, soleil dans des fenêtres en demi-cercles, magasin tout illuminé, et on m’offre, pour mes petits-enfants, des lapins de chocolat même si Pâques c’est fini ! Je choisis. On me dit , une vendeuse vieillie :  » Attendez, dans le back-store, j’ai des oeufs de chocolat importés, des géants, faits à Prague, des trésors inouïs. J’attends. Elle ne revient pas. Je vais voir. Entrepôt en capharnaüm. Des allées pleines de boîtes, de caisses de toutes sortes, formats multiformes. Dédale. Je cherche ma vieille vendeuse. Rien. Personne. Je m’y perds.
Et je me retrouve dehors, en face d’une sorte de château-décor, haut, pris entre des édifices, en pleine rue, un gras décor qui fond au soleil. Est-ce un spectacle ? Des loustics regardent sans intérêt véritable. Habitués ? Je ne sais pas. Des acteurs (?) vêtus d’uniformes en or semblent accompagner la!  » fondue  » de ce gros tabernacle, un peu d’aspect hindou, archi-décoré qui s’étire, se rapetisse, comme lave en feu. Bizarre. De nouveaux passants y jettent des coups d’oeil, ricanent, s’en vont. Je suis surpris, vraiment étonné. On semble trouver ce spectacle bizarre habituel sur ce boulevard de Maisonneuve, angle Mc Gill, dans l’ouest de la métropole. Je me réveillerai. Perdu.
3-
Je ris tout seul. Hier, bureau d’attente du toubib de Saint-Sauveur, je dois remplir un questionnaire, genre : cocher oui, cocher non. J’y vois  » votre utérus « … Je m’esclaffe. La buraliste rit elle aussi ! Une jolie bambine tripote un truc à images et quand je reviens de la photo-des-poumons, je lui fais des  » tatas « . Peur aussitôt et, réflexe, va se coller sur Aile qui la caresse, la conforte, ouvrant ses petits bras, elle voit Aile et constate sa méprise, va vite se jeter dans les bras de sa maman pas loin. Nos rires !
Revenant de cette clinique, vite, un arrêt à l’École Bouffe. Cette fos, du choix. Je pige un tas de plats. Aile, restée dans la Jetta, ouvre les yeux :  » Mon Dieu, on en a pour une semaine ou quoi ! Ça se conserve pas toujours, tu sais.  »
Je dis rien mais! Il y a comme une résistance à cette École Bouffe, oui, oui, je le sens !
4-
Hier soir, canal Artv, vu un vieux film de Martin Ritt et Katkoff joué par le célèbre Orson Wells. L’histoire est de Faulkner. Noiu attendons donc le chef d’oeuvre. Oh non ! Un mélo mal ficellé. Pesant. Ce  » The long hot summer  » est un navet rare. Malgré les bonnes vieilles grimaces du gros Orson qui joue un tyrannique papa, despote classique comme dans  » La chatte sur un toit brûlant « . Père avide qui écrase tout son monde dans sa vaste plantation du Mississipi. Pauvre Faulkner ! A-t-on dénaturé son récit ? Fort possible. Une leçon, une fois de plus : se méfier des films-culte ! Souvent ce sont des niaiseries visuelles dépassées !
5-
Hier, c’est mardi, et, à TV-5, c’est le cérémonial si agaçant du bonhomme Ardisson. Hélas, si vous le négligez, vous risquez de manquer de grands moments de télé parmi de lpongs moments de platitudes à gamineries bien sottes. Ainsi, la semaine dernière à une actrice  » hollywoodienne  » célèbre qui venait mousser son produit, il lui sort :  » Votre papa est un bandit, n’est-ce pas ? C’est un voleur, pas vrai ? Il a fait de la prison!  » La délurée n’en croit pas ses oreilles, elle éclate :  » Oui, il a fait sept ans de prison, oui !  » Et enragée, elle casse brutalement son verre d’eau sur sa tablette, quitte le studio en rogne totale.
Un moment rare ? Ardisson le passera et le repassera tout heureux de sa frasque. Hier soir, toujours son gros stock d’invités. Des platitudes puériles quand on invite le public docile, en studio à singer des mimiques rituelles. On dirait un spectacle débile pour ados attardés en 1955 !Ou bien, l’on joue de ces plans figés qu’on passe et repasse sans cesse.
Bon, hier soir, parmi sa faune tous azimuts, ‹c’est une sorte de talk-show et de music-hall‹s’amène le  » nouveau  » philosophe Finkelkrault (orthographe ?). Soudain, l’émission change donc de ton. Soudain, un invité parle en réfléchissant et aborde des sujets graves : Charles Péguy, Mittérand chez Pétain, le 11 septembre et la manie des complots-Cia, les anti-juifs actuels et la Palestine, Dieu.
Comme c’est étonnant et souvent ennuyeux ce mélange. Les  » légers  » s’emmerdent à écouter le philosophe, les  » pesants  » ‘ennuient aux zézayages des ex-stars déchues. Par exemple, hier, une ex-beauté fatale, la jolie Juliette Binoche (qui va fondre en larmes quand le philo va lui reprocher de défiler pour la Palestine avec des anti-judaïques notoires !), un directeur de revue, un chanteur inconnu se voulant  » songé « , et puis quoi encore ? Salmigondis indigeste.
Jacassant en anglais, il y a donc cette ex-groupie ‹des Rolling-Stones, qui dira  » Bob Dylan m’aimait, voulait coucher avec moi, oui, oui! « ‹ une londonnienne, ex-droguée, ex- esclave sexuelle, ex-itinérante flouée et encore bien jolie à 60 ans. Le Ardisson va s’en donner à coeur joie comme l’on pense. Sa pâtée en face ? Ces  » tombés  » aux champs d’honneur de la renommée enfuie ! Il cogne. Il jubile. Il gratte les plaies. Il ricane, se trémousse, trépigne d’impatience, bave au bec, on dirait un vieil enfant sadique sur son petit pot ! Pénibles moments ! Bref, pour ceci, on veut pas revenir voir la bête le mardi soir, pour cela, on veut y revenir. Pour le philosophe qui dit : La terreur ne se justifie pas, jamais ! Cessons de l’excuser en parlant des Palestiniens ou! des Carlos et Ben Laden, deux fils de richards, pas des pauvres désespérés. Les désespérés véritables ne tuent pas. Le découragé est inexcusable de tuer des innocents. L’axiome :  » Seule la fin compte peu importe les moyens  » est une bêtise déshumanisante. Pour cela, oui, on se dit :revoir Ardisson mardi prochain. L’étonnant de l’affaire : ce Ardisson est très capable de discuter intelligemment avec un philosophe ! Alors, le reste ? Il joue. Un jeu crasseux hélas.
6-
Pour l’entrevue avec le G.-R. Scully, vendredi matin en vue de  » Bibliotheca « , je devais relire  » La petite poule d’eau « . Un  » jeune  » roman de Gabrielle Roy. J’avais pleuré en le lisant jadis. Cette fois, non. On s’assèche en vieillissant ? Je ne sais pas. Je devais identifier s  » mamqan  » pondeuse et si pauvre. Luzina
( luzina :oh ! usine à poupons ?) de Roy avec ma pauvre mère à cette époque. Il reste un livre mal fait, un roman comme coupé en deux, une parie dans cette famille pauvre de l’île e de La petite poule d’eau et l’autre partie avec un curé, un franciscain étonnant de Saint-Boniface et de Winnipeg. Qui, à la fin, est montré chez maman-Luzina. Lien bien tardif !C’est construit bien maladroitement.
Jeune, je ne voyais rien de cela. Maintenant, l’auteure, elle aussi, lucide, devait avoir un regard sévère pour ce beau et bon péché de jeunesse. Oui bon en fin ce compte car il reste un document poignant, une histoire traversée de quelques drôleries quand des nôtres s’étaient exilés pour le beau et bien creux rêve clérical d’aller  » catholisicer et franciser  » tout le Canada d’une mer à l’autre. Ce fut l’écrasement, les lois anti-français (Alberta, Manitoba et Ontario ), l’intolérance cruelle, le mépris, la dilution, le coulage du projet clérical , bref, toujours comme la francophobie ordinaire.
On vient de voir la rage contre ceux qui disent, avec bon sens, que nous ne sommes pas de  » loyaux et soumis sujets  » de Sa majesté la vieille reine morte. Elle qui, réactionnaire sénile, ne se consolait pas de l’empire perdu !
Comme c’est curieux de savoir que jamais Gabrielle Roy n’a voulu parler rien qu’un petit peu en faveur d’une vraie patrie pour les nôtres. Pour une patrie québécoise. Elle savait bien!
En y pensant , il y a, justement, ce fait :c’était, le Canada de l’ouest, sa petite patrie, son enfance, ses souvenirs chers, et elle refusait de l’abandonner ce pays de ses origines.
Je peux comprendre cela.

Le mardi 9 avril 2002

Le mardi 9 avril 2002

À CŒUR OUVERT(?)

(J .N .)

À COEUR DE JOUR (?)

1-
Bon sang, retard dans ma ponte de diariste ! Depuis quelques jours, problèmes avec l’ordi. Plus moyen d’activer la fonction  » courrier  » Appel d’une experte, ma voisine d’en haut (Sommet bleu) la polyvalente Carole LaPan. Elle est venue hier soir, lundi. Pif, paf ! Ça n’a pas traîné. À la poubelle l’icône  » courrier  » – corrompue me dit-elle !- nouveau sigle et hop, ç’est repartit. Tout fonctionne. Ce midi, devoir répondre aux courriels divers. L’ami d’enfance, Deveau, me donne son adresse à Vancouver, par là ! Il a entendu parler de mon conte  » Chemin de croix  » et du hangar aux supplices. Une dame veut se procurer ce  » Écrire  » et semble ignorer l’existence des libraires ! Lagüe, un ex-camarade de travail, me remercie pour un petit papier envoyé au bulletin des retraités de la SRC, sur la mort de bouillonnant Chardola, jadis, cameraman expert. Jacques Keable, ex-camarade à  » La Presse  » et à  » Québec-Presse « , me veut en signataire d’une pétition à la chère Diane Lemieux,  » boss-ès-Kultur à Québec. Des VIP souhaitent arracher une sculpture de Riopelle,  » La joute  » (jadis :  » Le jeu de drapeau « , c’était mieux mais! ), du quartier Hochelaga (proche du stade olympique) pour l’installer en milieu chic et prestigieux, au Palais des Congrès ! Hochelaga c’est trop minable pour un Riopelle ? Les salauds ! Je proteste volontiers ! Quel snobisme !
D’autres messages sont plus! familiaux. D’ordre plus intime et sans intérêt pour les hors-famiglia !
Climat du diable ce matin en pays laurentien et qui persiste et qui s’envenime! Brume partout ! C’est triste. Ça fait pas avril du tout ! Bien moche de ne voir que des silhouettes d’arbres ! floues d’ailleurs ! Le ciel emmêlé au sol, un seul ton, gris-blanc, sorte de lumière fumée décourageante ! On annonce du soleil pour demain. Ouf !
2-
Hier soir, ai expédié les jours de décembre de ce journal chez la  » femme forte  » de Beaulieu, à Trois-Pistoles, Katleen. Pour pré-production quoi. Gros boulot pour l’amateur-en-ordi que je reste. Maintenant, je dois continuer ces envois :pour janvier 2002, etc. Je n’aime guère ce travail de! bureaucrate. Faut. Aile-Rayon me fait mâcher une sorte de gomme anti-cigarettes. Du vrai mastic. Du goudron. Elle a ses patches ! Je n’en veux pas. Ma haine et ma méfiance viscérale, irrationnelle, envers tout ce qui semble! médical. Et dire que, dans une heure, rendez-vous à une clinique de Saint-Sauveur où Aille m’a déniché (malgré moi, malgré moi !) un toubib libre. Le but : bilan de santé ! Je grogne mais je consens. Tout pour son bonheur. Elle y tient tellement :  » Savoir si jamais! En cas!  » Elle va répétant : prévention, prévention ! Rêves, ces temps-ci, fréquents. Manque de nicotine ? Hier, c’est l’été, canicule montréalaise, pris à courir à gauche, à droite, but confus, tramway rue Saint-Denis, soleil archi lumineux coin Mont-Royal, petite foule d’ambulante, des restaus, un vieux du journalisme, juché sur un haut- balcon qui gueule après moi, ricane, boit sa bière, bave, me fait des grimaces, embarquement avec Aile, un bus de la CTCUM, gare coin Iberville, on sort, le bus s’en va, j’ai perdu mon bagage, dois aller à un guichet, microphones, appel au chauffeur du bus, description de mon sac noir (actuel), inquiétude, Aile rit de moi, je me moque de ses moqueries, ambiance curieuse, irréelle, surréaliste (style :  » Une nuit, un train « , le film ) prise encore d’un tram, chargé, foule hilare, c’est joyeux et c’est aussi inquiétant, je sens un peu de panique chez Aile, des gens se ruent dans des magasins sombres, ils vendent quoi ?, mystère, des gardes se cachent derrières des autos, des recoins, la ville se prépare à je ne sais trop quelle genre d’émeute, on va et vient, on s’égare Aile et moi, on joue de correspondances, ces vieux papiers de jadis, avec trous des poinçonneurs, on tourne en rond, sortant de tram, de bus, je ne sais pas on l’on doit arriver, au fond, une sorte de labyrinthe fou! Je me réveille.
Ma compagne me dit beaucoup rêver elle aussi. Oui, manque de nicot dans le corps !
3-
Dimanche dernier, je fais du journal, j’expédie des  » répondre à  » et des messages, puis, premier déboire avec l’ordi, rien ne part  » vers « , ouash !Tant pis, je plaque ma machine, mon fils n’est pas chez lui pour me conseiller, merde ! J’éteins tout quoi, et nous partions pour la ville puisqu’Aille devait voir sa doctoresse (en haute pression) lundi matin, tôt, rue Cherrier. Chemin Bates, le calme d’un quartier désert, calme, un peu lugubre, quand bureaux et manufactures (tel la Sico) sont vidés. Lundi matin, le en examen médical, visite à ma  » petite  » Caisse pop, devenue vraie banque sérieuse comme on sait depuis longtemps. Nous apprenions qu’il a neigé, et la veille et le matin, dans le nord ! À Montréal, rien.
Attendant ma  » patiente  » examinée, j’ai glané dans  » la partie Atwood  » du livre d’  » Entretiens  » entre elle et Victor-mon-éditeur-nouveau. Pas surpris d’y voir une Atwood complètement ignorante de la question-Québec. Courtoisie oblige, mon Vic (en visite chez elle en cette première partie) ne l’assomme pas trop. Trop poli quand elle lui dira :  » Oui, la séparation du Québec, mais.. si, mais si! le Québec veut reprendre le Labrador ?! Si le Québec lève une armée ?!  » Niaiseries romantiques, sauce Scott-le-philo tout énervé en octobre ’70. Vous voyez le genre de questions connes des anglos ignorants. D’une écrivaine pourtant douée et intelligente en littérature. Ah si je l’avais eu devant moi! Mais moi, on ne m’invite jamais (pas fous !) à de tells échanges anglos-francos ! Eh ! Oui, pas fous les organisateurs de  » bon-ententisme bidon.
Rêve autre : un très vieil artiste, un anglophone d’ici, ses tableaux étalés, je vante ses ouvrages, mince aréopage d’aficionados, lui en fauteuil roulant, on me fait jouer un rôle d’explicateur! et expert de son ¦uvre. Un jeune critique, présent à ce pré-vernissage, veut me contredire. Je le plaque, méchamment. Oh ! On se rit de lui. Je triomphe. Facile en songe ! Je vois très bien tous ces tableaux en rêve, un style néo-surréaliste. Je m’écoute sortir mes savantes ratiocinations. Je m’étonne de mon verbiage. Une imposture ? Je ris de moi en secret. Étrange distanciation en rêve ? Les autres sont épatés par mon discours de critique si lucide. Une farce ? Je classe ses tableaux! dans un ordre folichon : selon les couleurs. Bizarre ce classement. Le vieux m’aime bien. Je le défend fermement. Il aurait été négligé, mal louangé en son temps. Je me réveille.
4-
Je lis sur un film avec la Moreau en Marguerite Duras. On a adapté le livre de son jeune assistant et compagnon, un jeune homosexuel déclaré. Un certain Yann Steiner. Le film ne dira rien de cela ! Mystère !  » Cet amour-là « , le livre, racontait les derniers temps de la célèbre Duras.
Photo dans une gazette : chez les vagabonds à la soupe de l’Accueil Bonneau. Au dessus- des tables, un grand cadavre pend. Jésus en croix. Ouash ! À couper l’appétit des gueux, non ? La religion et la soupe de charité. Pouah ! Une morgue officie les mangeurs ! Franchement ! Pourquoi pas l’image d’un Jésus revenu de chez les morts ! Qui monte au ciel ? N’est-ce pas le seul et vrai et grand et difficile message du christianisme ? Est-ce qu’on y croit vraiment à Rome ? Ah ! On a préféré trimbaler dans le monde ce cadavre sanguinolent (oh art espagnol de nos enfances !) pendu à son gibet ! C’est infiniment regrettable. Il est tard pour corriger cela. Très tard. Trop tard ?

Le mardi 2 avril 2002

Le mardi 2 avril 2002

À CŒUR OUVERT

1-
Remontée vers les Laurentides sous un ciel plus clair qu’en ville tantôt. Plus clair qu’au dessus du vaste cimetière sur le mont Royal. Sommes allés offrir nos condoléances à l’animatrice Lise Payette qui vient de perdre l’imprimeur Bourguignon, son compagnon de vie. Visage défait, voix fragile. Autour du cercueil, sur deux babillards de liège, plein de joyeuses photos en couleurs du temps que son « chum », Laurent, était bel et bien vivant. Elle habite au très chic « Les Verrières », et nous la croisions parfois (tout comme Guy Fournier) allant visiter mon cher —maintenant disparu—, Ubaldo Fasano, dans son île des Nonnes.
Aile-Rayon fut sa réalisatrice du temps de son talk-show « Liz lib ». De plus, elle réalisa quelques épisodes de ses feuilletons jadis.
J’ai passé assez souvent sous ses fourches et piques moqueuses…une fois accompagnant mes père et mère, vers 1975. Pauvre papa, je m’en souviendrai toujours, il avait énergiquement dansé face à une Lise amusée, un peu de rigodon, de gigue, dans le couloir des caves du Vatican-SRC.
Lise pas vraiment étonnée, venant de Saint-Henri, ayant eu une maman femme de ménage connaissait bien le populo : « Ouen! M’sieur Jasmin, vous restez en forme, c’est beau ça, c’est bien. » Et mon Édouard de se calmer, fier une fois de plus de démontrer sa bonne forme à 70 ans. Le drôle de cabot à cette époque où il prenait confiance en lui comme jamais sachant que ses céramiques « primitives » s’envolaient à Toronto, à la Galerie Prime, rue Queen.
2-
Nerveuse, tendue, Rayon revient d’une promenade dans les alentours. La grosse affaire ? L’énervante affaire ? Fini la cigarette depuis lundi matin ! Elle en bave. Davantage que moi. C’est dur mais…je parviens à rester calme. Pour Rayon, c’est la punition des punitions. Elle souffre. Elle se sert de la béquille dite des « patches ». Je souhaite que, cette fois, ce soit la bonne, la définitive. Mon grand amour est toujours à court de souffle. Il fallait agir. Il était temps ! Quelle folie : simplement pour nous être décidés à lâcher la cigarette, nos vies en sont comme bouleversées ! Seigneur : qu’est-ce que ce serait si nous devions vivre en Palestine… ou chez les Afghans ? Pauvres petits bourgeois énervés de devoir abandonner bien simplement une sale manie bien niaise : le maudit bonhomme Nicot !
Hier soir, la télé de TV-5 pour un gala. Un autre ! Celui des comédiens de France…de Paris surtout, bien entendu. Si joli théâtre comme décor de ce gala des « Prix Molière », une de ces « bonbonnières » parisiennes, celui dit de Mogador. L’acteur Philippe Noiret, hôte d’honneur, raconte une anecdote : « On demandait à un acteur ancien ce qu’il faisait pour aider les plus jeunes et il répondit : je vieillis, monsieur, je vieillis. » Un humoriste s’amena pour imiter, non sans cruauté, le « mondain sympa » Jean-Claude Brialy. Effets garantis sur sa salle. Certaines allusions « politiques » de l’heure amenèrent de vifs éclats de rire. Élections présidentielles bientôt obligeaient, quoi !
C’est le défilé des « remercieurs » comme partout bien entendu mais j’aime ce gala, comme celui pour le cinéma de France, c’est à Paris, ma chère mecque à moi, pas à Hollywood, c’est en français, ma précieuse langue maternelle, pas en américain. Cela me fait toujours chaud au cœur et, chaque année, je me surprends à m’émerveiller pour un simple mot d’esprit, un coin de décor bonnement bien imaginé, une phrase bien tournée, une apostrophe bien frappée. Un des numéros a montré deux candidats politiques à une table des médias en vue d‘un débat. C’était fort bien fait, mené avec énergie, rempli d’effets sonores extravagants, mimiques de robots-humains bien mécanisés, gesticulations caricaturales mécaniques, le tout d’un comique renversant. Si loin des « chiards » dansés routiniers à Hollywood. À ces « Molière, un autre numéro avait fait voir l’acteur Dussolier, lyrique, déchaîné, moquant les vers ciselés des Corneille et Racine. Une parodie d’un désopilant renversant. J’ai ri et ma Rayon encore davantage. Le numéro du champion-cycliste fut, lui aussi, d’une formidable venue dans la parade, toujours lassante, des lauréats. Trois heures de télé presque qui parurent une seule. 3-
Samedi dernier, nous avons loué le très divertissant : « Le vol » avec l’acteur Gene Hackman, toujours épatant. Il y a longtemps que nous admirons ce grand dégingandé, ce gros bonhomme carré. Hackman joue si vrai, il offre à chacun de ses films un caractère d’un rare naturel. Dont on se lasse jamais, qui est pourtant basé, axé, sur une série de petits gestes, regards, expressions faciales…toujours les mêmes ! Une fois vu, on ne retiendra rien de l’histoire, comme toujours avec ces films de bandits. Début : préparation d’un gros vol et sa réussite. Une importante bijouterie de Boston. Le riche « commanditaire » mafieux de Hackman et ses lurons (joué par le nabot De Vito) veut tout de suite la réussite d’un deuxième vol. Un coup délicat dans un avion suisse à l’aéroport bostonnais. Déboulent donc une série de cascades. Un cinéma bien fait juste pour passer le temps…que j’aime bien.
Voilà que Rayon me parle déjà avec enthousiasme de Denis Thériault pour son « Iguane » Elle est toute prise. C’est merveilleux. Elle a hâte de poursuivre, au lit, la lecture de ce nouveau roman québécois, tant vanté par Martel. Hâte, moi aussi… qu’elle achève sa lecture.
J’ai terminé hier soir, au lit, l’ancien livre de reportages de Joseph Kessel. Le dernier lot d’articles (pour « Le matin » du temps) raconte pas bien un début de guerre civile en Espagne, précisément à Bacelone. Mais je retiens, et à jamais les excellents « papiers » du reporter Kessel sur
1-) Le marchandage des esclaves en Afrique de l’est, chez les marchands (éthiopiens) en faveur des Arabes de l’autre côté de la mer Rouge. Des écrits terribles, accablants, terrifiants. Ils font voir que l’esclavagisme si dégradant se continuait encore longtemps (années ’30 !) après les lois l’interdisant non seulement en Amérique mais partout dans le monde civilisé.
2-) Fantastiques descriptions de Kessel (1929) des Allemands au bord de sombrer collectivement dans le fascisme du nazisme. Kessel, qui écrit si bien, donne un portrait saisissant des bouges et des bordels, des caves bizarres du Berlin ruiné (par Versailles en 1918), aussi du Berlin tragique quand communistes et nazis tentent de rallier les démunis, les ruinés, les misérables berlinois de cette époque. Un reportage parfait. On y est.
3-)
J’ai aussi aimé énormément Kessel s’installant à New-York pour raconter à ses lecteurs les terribles effets de la fatale grande Crise économique de 1929.
Bizarre ce New-York de 1929, énervé, terrifié, alors que le 11 septembre…
C’est écrit avec « un art consommé », comme on dit comiquement. Les vivantes observations de Kessel font qu’on y est, qu’on voit les vitrines vides partout, Central Park couvert de vagabonds en loques, des mendiants rôdant hagards la nuit, dans la 5 ième Avenue comme à Broadway, les « soupes populaires » où, humiliés mais restant dignes, bien vêtus encore, d’ex-spéculateurs, millionnaires ruinés, vont manger.
J’avais souvent entendu vanter la valeur de cet auteur. Il était temps que je puisse vérifier cela. C’est fait. Vraiment un talent hors du commun.
4-
Dimanche soir, bonne bouffe populaire —pas trop chérant— au « Chalet grec » dans la rue Principale de Saint-Sauveur. Retrouvailles heureuses des enfants et des enfants de mes enfants (Lynn et Daniel) avec la tribu de ma bru, des La Pan. Grand restau au classique décor fait d’étalages d’objets « nordiques », métissage de « gecqueries ». Mes calmars étaient bien parfaits. Il fallait y « apporter son vin » ce qui réduit toujours le prix des factures, Dieu merci ! Nous avons terminé la soirée au chalet du frère de ma jolie bru, Murray—un prof— pas loin du Lac Millette. Dessert de sa Paula —encore une prof !— pas piqué des vers :fraises chocolatées ! Yum ! Bons cafés. Le chum de la sœur de ma bru…quoi ?, oui bon, le Paul Paltakis soudain fier des arts et cultures des ancêtres du temps…de… proche de Noé. Je le taquine. Il a entrepris de traduire —et d’adapter— mon vieux roman, de la « fantasy », « Le loup de Brunswick city ». J’ai confiance, il est fou de la nature !
Je m’anime et anime nos convives. Trop ? Gros yeux de Rayon quand je tente d’aller trop loin en caricatures familiales !Bruits qui montent. Les demi-sourds comme moi grimpent sans cesse dans l’échelle des décibels hélas. On rit. Jaune ? Bleu ? On rit. Nous rentrerons légers, contents, bien heureux de cette rencontre qu’une Carole —La Pan— ne cesse pas de susciter alors qu’elle a tant de chats à fouetter. Il faudra qu’un jour je lui accroche un gros ruban doré marqué « merci Carole ».
Comment y arriver : aller cherche un classeur de métal chez ma sœur, Marielle, à Rosemont, lui rapporter une berçante d’érable, ramener une table à dessin qui gît —chez ma fille, Éliane— sur une terrasse ouverte aux pluies… Bon, j’y verrai. Dénicher un « panel », un camion ou une « van », celle de Marco ? Oui, j’y arriverai. Gros problème métaphysique hein le bonhomme !

Le samedi 30 mars 2002

Le samedi 30 mars 2002

1-
Ce matin, Rayon —la femme de ma vie refuse que je la nomme— est à sa toilette et je regarde, le grand store levé, le lac. Des vagues de lumière sur le lac gelé roulent vers moi à tour de rôle. Elles se forment sur la rive de l’ouest, au Chantecler, et filent rapidement pour s’éteindre sur notre rivage. Fascinant ! On dirait, en gigantesque, la lumière Xérox des machines à polycopier ! Étonnante lutte reflétant, au ciel, nuages et soleil.
Hier soir, la bonne pizza au four —visible— de « Grand’pâ » à Val David, la patronne s’en va tout un mois chez elle, en France.
Bavardages divers de quatre adélois retraités de la vie active. On en arrive Jean-Paul et moi à certifier que la vie n’a été pour nous que circonstances, hasards (des rencontres) , chances souvent. Pauline J. et Rayon tombent plutôt d’accord. Effrayant constat. Le mérite, les études, les recherches, le travail, l’acharnement, la volonté, oui, oui, tout ça compte mais sont dans les sillons du hasard d’abord. Mauvais exemple, mauvaise morale, pour les écoliers à qui on n n’ose jamais parlé de cette existence à base de circonstances incontrôlables, involontaires.
Quelques éloges en courriels pour mon conte à CKAC, hier, intitulé « Chemin de croix dans Villeray ». C’était le quinzième chapitre, « Le martyr », de mon livre paru en novembre 2000, titré « Enfant de Villeray, que j’ai adapté (sans même le relire puisqu’il s’agit d’un vrai événement) à un Vendredi saint. Cependant, au Forum de mon site web, deux blâmes. On refuse d’admettre que l’auteur aimable (?) puisse avoir été un tel voyou, jeune. Eh ! Hélas, oui.
Au moment de l’œuf, rôtis et jambon (je délaisse parfois les céréales) , Rayon me signale : « Comme c’est curieux, je lis sur Kaboul où les éclopés de la guerre Taliban-USA, se débattent pour trouver des membres neufs —bras, jambes— et je songe au film « Kandahar », qui va passer bientôt à la télé, où l’on montrait ces handicapés claudiquant vers les jambes artificielles parachutés et je repense à « I.A. » de Spielberg quand une effroyable séquence fait voir des robots humanoïdes, la nuit, ramassant dans un dépotoir des membres encore utilisables.» Oui, séquence forte, j’en ai parlé. Prémonitoire ?
En revenant de journaux et cigarettes, chanceux, j’ai trouvé, à notre biblio de la rue Morin, un exemplaire de « La petite poule d’eau » de Roy. Je dois relire ce roman qui m’avait fait éclater en larmes il y a si longtemps pour en jaser à « Bibliotheca » du canal TV-5, vendredi matin prochain. Hâte de vérifier si j’éprouverai une telle émotion encore ! À la télé de T.Q. (sans pubs !) Rayon a revu —j’était au Salon de l’Outaouais— le film « L’été meurtrier » que nous avions peu apprécié en salle jadis et m’a dit l’avoir jugé sensationnel, parfait ! Un jour, dans un avion pour la France, on revoit un film de Lelouch, « La belle histoire » —ou « Les uns, les autres », je me souviens plus—, qu’on n’avait pas beaucoup aimé. Voilà que nous estimions énormément ce même film sur l’écran de l’avion ! Avertissement : nos goûts changent. Ou bien nous changeons tant que nous n’avons plus les mêmes sentiments, les mêmes critères. Mystère !
2-
Hier, quittant CKAC, j’ai filé chez mon fils à Ahuntsic. Pas un chat.
J’avais oublié que Daniel m’avait dit être invité chez son beau’f Murrray à Saint-Sauveur. Nous nous retrouverons pour le souper de Pâques dans un restau grec, le clan Jasmin, le clan LaPan et aussi le clan grec des Paltakis, maritalement associé aux La Pan. Alors, je suis allé, un peu plus au nord, chez ma fille, Éliane. Gabriel, mon trompettiste favori, me conduit à sa chambre où trône un immense aquarium, puis veut me faire visiter un immense magasin de poissons tropicaux —il est dans une passion-poissons rouges—, rue Jean-Talon proche de DeLorimier. Diable, il y a là une centaines de bocaux à poissons en formats divers et une variétés de « nageurs ailés » étonnante. La beauté.
Je l’autorise à se choisir quelques spécimens. Le grand géant, son frère Laurent qui nous a accompagnés, est aussi curieux que son grand-père de ces bestioles aux coloris enchanteurs.
J’ai invité la famille au complet au « Wok » chinois de la rue Fleury. Bouffe chinoise que j’aime que ma chère Rayon déteste. Infidélité totale ! Compensation :deux assiettées ! Hon ! Gabriel, goguenard, m’a offert une épinglette écrite en calligrammes chinois. On questionne un gentil serveur du « Wok » qui déchiffre : « Québec libre ! » Contentement du vieux patriote.
Répondeur : téléphone des Faucher. « On a beaucoup aimé ton conte de CKAC ». Je dis à Jean : « Merci. Tu es bien intégré, tu as tout compris ! » Françoise sera à Québec, dans trois semaines, tout comme moi (pour le Salon du livre), elle joue au théâtre là-bas. Je tenterai d’aller la voir sur scène.
Quittant le « château Chambord » —rue du même nom— d’Ahuntsic, David me demande si je veux aller reconduire chez lui, à Bois-des-Filion, son ami François qui séjournait là. Un adolescent étonnant, merveilleux, intelligent. François me narre un séjour récent de quinze jours en Haïti avec les gens de son école religieuse protestante (de Sherbrooke) où il étudie en pensionnaire. Merveilleuse expérience, me dit-il, il a vu « une drôle de misère » sous un si beau climat où les gens ne sont pas si malheureux qu’on l’imagine. Il m’explique y avoir rencontré du monde relativement heureux, pas « matérialistes et pressés » (c’est impossible en cette contrée pauvre) des jeunes démunis mais capables de rire, de chanter et de danser, pas enclins du tout au stress ambiant de l’Amérique du nord. À l’écouter j’ai compris comment il peut être profitable de faire de telles expéditions pour des jeunes. Il a réfléchi à des tas de choses et il se pose des questions fondamentales maintenant.
3-
L’hydro-Québec d’Israël a coupé le jus au Président Arafat ! On lui a bombardé tous ses alentours. Le voilà au bord du martyr. Une bavure finale de l’armée israélienne et c’est l’ explosion totale à l’ONU. Nous vivons des heures graves. Une jolie jeune palestienne se explosée. Horreur ! Une autre victime de la crise actuelle. L’horreur de ces jeunes désespérés ! Sadam Hussein enverrait des chèques aux familles des ados kamikazes. On imagine un papa misérable dévoyé : « Pis, mon p’tit gars, tu te décides à te dynamiter oui ? On a grand besoin d’argent ! » Oui, l’horreur !
Ce n’est pas l’écrivain Jacques Ferron mais son frère, Paul, médecin aussi, qui tout discrètement initiait le « Parti Rhinocéros » et s’activait à le maintenir, si mes souvenirs sont bons. J’en fus en 1967. Comme agent officiel d’un candidat totalement mutique dans Outremont. Nous fument invités aux micros du Téléjournal de Radio-Canada, un soir. En publiciste folichon j’y allai de promesses électorales farfelues. À la fin de mon laïus, c’était prévu, on demanda à mon candidat : « Qu’allez-vous faire à Ottawa si vous êtes élu ? » Il avait droit de parler pour cette question, il répondit : « 60,000 piastres par année, comme les autres ! » Lundi soir, au « Lion d’or », il va y avoir une fête de commémoration sur ce rhinocérocisme. On m’a pas invité.
Le nouveau maire Tremblay marine dans une sauce malodorante ces temps-ci. Deux accusations de favoritisme grave déjà et la question —patate brûlante—de ses bons copains qui achetèrent, les filous, des « biens collectifs » pour une bouchée de pain. Dont son échevin Yomans de l’Ile-Dorval que le Gérald Tremblay blanchit volontiers ! ! Oh la la !Le grave pétrin. J’avais, évidemment voté pro-Bourque. Tremblay a dans sa barque neuf (9) conseillers de l’ancien Montréal et 32 élus des banlieues…
anglophones pour la plupart et/ou pro-défusion. Mal pris plutôt.
Plein d’innocents qui l’ont appuyé aveuglément. Cocus !
4-
Il y a quelques mois, ma sœur Marielle, découvrant mon nouveau dada, l’opéra italien, m’avait offert une cassette-radio avec des « extraits » d’opéra chantés par le célèbre Andrea Bocelli. Durant des soirs et des soirs, Rayon à ses toilettes vespérales, je mettais le Bocelli, plein son dans la chambre à coucher. Le bonheur ! Je connaissais ses tounes par cœur à la longue. Un soir, stoppant la machine d’un coup de pouce énervé, Rayon, fit : « Non mais…Ça suffit, non ? Ça frôle l’intoxication » Elle avait raison. Ce matin, retour à mon vice- Bocellie durant l’exposition lumineuse à la « Xérox » sur le lac. Rayon rigole : « Ça t’a repris ? » J’ai dit : « Viva l’Italia! »
Hier après-midi, rentrant de CKAC et du Wok chinois, une note de Rayon, elle est chez des voisins, rue Morin, à quatre portes de chez nous, « Viens ! » J’y vais. Une scripte de la SRC, Nicole S., épouse d’un chirurgien de l’hôpital Fleury, vit maintenant dans ce qui fut l’auberge « La chaumière » de réputation excellente. Étonnement de revoir ce restau de classe, transformée en logis. Vrai petit manoir champêtre au bord du lac.
Des gourmets réservaient régulièrement au restau du chef français qui fut longtemps aussi le chef du « Chantecler ». C’était son « side-line », cette Chaumière. Je me suis souvenu, j’étais laveur de vaisselle et aussi potier à l’ex-écurie de l’hôtel, et un saucier du Chantecler, venu de Marseilles, m’invitait pour mon anniversaire à une bouffe, moi le « tout-nu ». Rare et divin repas.
Nicole nous parle d’une bestiole effrayante qu’elle a vu nager, cet été, pendant qu’elle se faisait bronzer sur un matelas pneumatique. Sa peur ! Une sorte d’énorme tortue inconnue avec dit-elle, une affreuse tête de E.T. On a rigolé. Monstre marin ? Le petit lac Rond, un nouveau Loch Ness ? J’ai hâte à l’été. Mon caméscope sera prêt. Ah oui, pouvoir admirer son monstre !
Manie ? Je découpe des tas d‘articles dans les gazettes chaque matin et puis…non, je refuse de trop farcir mon « journal intime » avec les nouvelles pourtant si extravagantes parfois. Ce fou suicidaire qui tire à vue à Nanterre, La biographie de Dieu (!) en personne selon Alexander Waugh, Boisvert jasant sur les « détectives privés », le pape Pie numéro 12 et ses silences sur les fours crématoires, Foglia et sa notion de « vulgarité »…Je n’en finirais pas. Alors, je préfère descendre, la soupe de Rayon est servie !

Le mardi 26 mars 2002

Le mardi 26 mars 2002
À COEUR OUVERT (J.N.)
1-
Ciel de lait. Lait caillé. Lait pourri. Nuance bleutée, comme le saudit lait à 1 %, m’en fous, la vita è bella ! Hier soir, lundi, installé Place des arts, au balcon du Maisonneuve et vue imprenable sur la jeunesse musicale. Regards braqués sur mon Gabriel à sa trompette. Pus de 100 jeunes musiciens ! La beauté dans l’air de cette soirée étonnante quand ces jeunes musiciens québécois, de Laval, des Laurentides et du collège Regina Assumpta (où étudie mon petit-fils) jouent l’ouvrage d’un jeune compositeur Grec, vivant ici, Panayoti Karoussos. C’était une grande fête gréco-québécoise hier soir. Ces échanges sont formidables. Des liens nouveaux.
Les Grecs, comme, hélas, nos Italiens, Portugais etc., se sont agglutinés aux anglos d’ici avant la guerre, durant et après. Ces émigrants, latins, nos frères, nous abandonnaient. Il faut les comprendre : les patrons, le pouvoir économique (vital pour ces expatriés) étaient entre les mains des Blokes en ces temps-là. Émigrant, donc fragilisé, j’aurais sans doute opté pour le versant anglo moi itou ! Les choses (les affaires) changèrent et vint les Lavalin, SNC, Bombardier, Québécor, etc. Il était trop tard. Ils étaient anglifiés jusqu’à l’os, jusqu’au trognon, tous ces peules si proches de nous pourtant par la culture.
Les nouveaux arrivants se rapprochent de nous. Ainsi un voisin adèlois, Paul Paltakis, Grec de Montréal, vient de traduire en anglais mon « Loup de Brunswik-city »et, à Saint-Sauveur, nous allons luncher (à la Grec) à Pâques parmi son clan. Oui, le temps changent. Hier soir le ministre de l’Immigration, André Boulerice semblait tout content de sa soirée musicale. L’ayant entendu livrer un mot de bienvenue, je lui dis dans le hall :
« Très belle voix dramatique, bien posée ! Je pourrais vous rédiger du théâtre si vous voulez. » Boulerice a ri. Le présentant à mes alentours, je cherche comment identifier la belle-maman de ma fille, la mère du trompettiste et, balourd, nigaud, au lieu de dire « la belle-mère d’Éliane », je m’entends dire « MA belle-mère », Jacqueline Barrière. » Visiblement plus jeune que moi, elle a failli s’étouffer ! On a bien rigolé sur cette bourde.
Le jeune, intrépide, patient et acharné chef de ce jeune orchestre symphonique, André Gauthier, se déplaçait sur deux baguettes de chef énormes :des béquilles ! Malencontreux accident qui ne l’empêchait pas de bien battre toutes ses mesures. Chapeau ! Je me suis dit qu’il serait temps de mieux me familiariser avec la musique d’orchestre classique. J’aimais tant, hier soir, observer les violons, les six violoncelles, les trois contrebasses, bien distinguer leurs nuances « à cordes » et tous les « vents », cette fabuleuse quincaillerie si luisante aux sonorités si belles, les cymbalistes, etc. On se lasse des guitares électriques et des boum-boum sauvages des batteurs frénétiques, non ?
2-
Dimanche soir, autocar rempli d’écrivains roulant de Gatineau (Hull) vers le terminus Voyageur, rue Berri, je me disais :un accident grave, mortel, et « le cerveau du Québec » en serait lourdement démantibulé ! Oh la précieuse cargaison, n’est-ce pas. Lire, oh lire ! Parcourant les pages d’un dialogue entre mon éditeur, V.-L. B., et Margaret Atwood, le voyage a semblé durer 15 minutes ! Au Salon du livre de l’Outaouais, j’ai retrouvé cette ambiance de foire que j’aime bien mais aussi la futilité pour nous, auteurs, de s’asseoir tant d’heures pour signer…une vingtaine de livres ! Étrange, j’offrais aux curieux mon « Écrire pour l’argent et la gloire » contenant de si sévères critiques sur ces vains Salons et, dans le même temps, j’acceptais encore une fois ce jeu truqué. J’irai bientôt à celui de Québec puis à celui des Trois-Rivières ! On dit « oui » à l’éditeur (subventionné) dévoué, on ne veut pas le contrarier, il a l’air, lui, d’y trouver son profit.
Reste une chose : à la fermeture du « carnaval », à l’heure du départ, on avoue avoir fait des rencontres chaleureuses : d’abord
De bons camarades certes mais aussi des curieux, pas bien nombreux hélas, qui viennent vous dire leur admiration pour vos ouvrages.
Quelques confidences vous stimulent. Vous oubliez la vacuité de tant de temps passé derrière votre comptoir à livres. Ainsi, j’ai pu renouer avec le dynamique « boulanger » abitibien traqué par la loi, Léandre Bergeron, avec le poète (primé à Trois-Rivières récemment) Roger Desroches. Ce dernier, encore hippy, crinière léonienne, anneaux à pleins doigts, vous montrera la photo, dans son portefeuille, de sa fillette (importée avec amour de Chine) comme tout bon père de famille bien quétaine. Cela m’a ému. Croisés l’humoriste Pierre Legaré, l’actrice Andrée Boucher, le speaker émérite Pierre Nadeau et qui encore ?
Aile avait besoin d’être un peu seule ? Je ne sais. Vrai qu’au retour, dimanche soir, ce sera fébriles minouchages, chaudes embrassades, des retrouvailles comme si nous avions été séparés un an ! Il y a ça de bon.
3-
Deux téléphones, ce mardi matin : 1- invitation à la biblio de Saint-Laurent, terre natale de tous les premiers Jasmin. J’ai dit oui. Pour octobre prochain. C’est loin. 2- Invitation à un collectif de québécois sur « Paris, je t’aime » par Paul Villeneuve. J’ai dit oui encore, je m’ennuie tant de Paris depuis 1981. Villeneuve me dit qu’il n’a pas lu mon drolatique (avis des critiques du temps) « Maman-Paris, maman-la-France » (Leméac.éditeur, 1983). Je pourrais donc faire un copier-coller d’un chapitre amusant ? Hon ! Et voilà que l’on me téléphone encore, il y a deux minutes, pour « Bibliotheca » au canal Tv-5. Une invitation à parler devant un Kodak de télé « d’un ou des livres qui nous ont importés, jeune ». J’annonce ma chère Gabrielle Roy. On est d’accord. Directives vont suivre. Bien. Crainte de trop charger l’agenda. De le regretter ensuite… tous ces « oui »… comme cela m’arrive.
Oups ! Aile revenant de la poste : une lettre de ma quasi-jumelle, Marielle. Hâte de la lire. Enfin, un premier chèque de TVA pour les mini débats chez Pierre Bruneau. Un bulletin modeste de cette association des auteurs laurentiens, invention de l’ex-journaliste Pauline Vincent. Liste : je ne connais (un peu) que le chanoine-sociolgue Grandmaison, et le poète Paul-Marie Lapointe. Et, grande enveloppe brune, un envoi de Trois-Pistoles ? Ah ! c’est un vieil exemplaire des « Écrits de la taverne « Royal ». Mon Victor a pensé à ça ! J’avais dit , je crois, n’avoir plus aucune copie de ce receuil de textes divers —années ’60— quand nous étions un gang de jeunes fous —Jean-Paul Filion, feu Marc Gélinas, Raymond Lévesque et al— fous furieux buveurs de trop de draughts —ah la draffe à dix cents— à ce « Royal Pub » de la rue Guy, sous le cabaret « La catastrophe », de biais avec le choc « Stock Club », où j’allais interviewer mes victimes pour La Presse, et le vieux théâtre, démoli depuis longtemps, « Her Majesty’s », où j’avais vu jouer les Louis Jouvet, Gérard Philippe, etc.
Hop, en vitesse, aller à l’école des p’tits chefs !
4-
Retour. Que des pâtés chinois ! Aucune pâtisserie et Aile qui reçoit bientôt l’ami « non-mormonne » Josée ! Ai pris deux pots de soupe, congelées hélas ! Dehors, tantôt, neige nouvelle abondante. Balai sorti, je me démène. Pas croyable, un 26 mars. Je suis découragé et, en même temps, toujours ébloui par cette neige qui recouvre tout si vite ! Blancheur de carte de Noël. Je lis un des livre achetés lundi midi à la « Librairie Outremont » là où un immense chat blanc dort entortillé autour de la caisse, « L’occupation » d’Arnault. Mince récit de 100 pages. Suis
À la page 45. J’aime le minimaliste de cette auteure —pas un mot de trop—, cette femme raconte sa jalousie frénétique face à l’inconnue qui vit maintenant avec so ex. C’est bien fait. Fort.
Un texte aux antipodes des miens, le grand bavard. « Les contraires se fascinent », vais-je répétant quand on s’explique mal Aile m’aimant et moi de même. Acheté aussi « L’iguane » de Denis Thériault et le récent numéro du « Courrier International » où la « une » crie : « 23 écrivains engagés », une enquête. Au kiosque de V.-L. B. du Salon, dimanche, ai pris un livre de Victor racontant « son » Thériault. L’ai commencé, c’est bien parfait. Étonnante la verve si généreuse de l’auteur de « Race de monde » pour certains confrères. Je n’ai pas, moi, cette générosité. Je l’avoue. Lu qui écrit sans cesse et qui publie sans cesse pourrait passer pour un égotiste. Oh non ! J’ai lu dans cette « rencontre » avec Atwood comment il est captivé par la Margaret, il l’a lu, il la connaît, il la questionne avec pertinence. Il la fouille de questions aimables. Bref, il m’étonnera toujours.
Tantôt montant au chalet, je dis à ma belle Ale : « Tu sais quand Foglia décrète que Vic est notre plus grand écrivain québécois, jaloux, je tique…mais un seul instant et puis j’admet le fait. Cet homme est un fou des livres, de l’écriture. Pas moi. J’ai autant de plaisir à faire de l’aquarelle…ou même à lire tout simplement. J’aurais pu (voulu ?) devenir disons un sculpteur reconnu et cela m’aurait contenté amplement. Jeune, je vouais devenir un créateur. Dans n’importe quoi. Les circonstances ont fait que j’ai publié tant de livres que l’on m’a installé dans le monde littéraire. Au fond des choses, il faut le dire franchement, je n’ai jamais mis tout mon être, mon âme entière, dans la rédaction d’un roman, jamais. Je rédigeais comme en transes, d’un jet, excité à fond certes mais une fois l’histoire lâchée, c’était terminé. Je n’y revenais pas pour peaufiner, améliorer. Oui, c’était, chaque fois, le mot fin posé, comme un bon débarras. Femme enceinte qui doit absolument accoucher une fois l’an.
Ce fait de ne m’être jamais investi à l’année longue dans la littérature a été remarqué. Je m’en vantais d’ailleurs. Il a fait, ce fait, que les amateurs forcenés de nos lettres m’ont installé dans un créneau à part. Pour plusieurs je suis une sorte de dilettante, de gaillard d’un tempérament « brouillon », qui écrit « par oreille» et qui ne mérite pas trop l’attention des exégètes patentés du territoire. Cette attitude m’a blessé pendant longtemps. Maintenant, je sais bien que je récolte ce que j’ai semé. Mes affirmations fréquentes d’écrire sans effort aucun, comme en se jouant, allaient à l’encontre de gens —collègues, profs, critiques— « seurieux », « graves », pour qui la littérature doit être une passion ravageante, totalitaire quoi.
Beaulieu, comme un Riopelle en peinture, s’est investit complètement dans l’ « étrange » métier. Il en mangeait ! Pas moi. Oh non ! Cet esclavage consenti, volontaire fait des victimes autour de soi, c’est connu. Envie de jaser de tout ça au Salon de Québec avec lui. Vérifier des choses. Je le ferai un de ces soirs prochains quand, le kiosque fermé, on va souffler dans un coin de bar d’un hôtel. Je raconterai dans on journal et ce ne sera pas une indiscrétion puisqu’il sait que je suis diariste désormais.
5-
Aile, esseulée dimanche, a reçu de sa famille, au Phénix du Chemin Bates. Elle me dit qu’elle a raconté à son frère le prof, la crise de nerfs d’un étudiant révolté criant, hystérique, dans un hall du Cégep Saint-Laurent et comment j’avais pu le calmer d’un geste, d’une seule phrase. Et Jacques lui aurait dit : « Ça me surprend pas, ton Claude a une sorte de don, de charisme. » Eh b’en, moi en thaumaturge ? Ça m’aurait bien plu, jeune, candidement entiché d’un Jésus à miracles, guérisons —lèves-toi et marche !— à résurrection de Lazare au tombeau !
Cet avocat « politicien », Guy Bertrand, qui veut désormais « un Québec libre dans un Canada fort » s’est fait volontiers vidéotiser chez Dutrizac des Francs-Tireurs ». Courageux ! Risqué. Très. L’émission de T.Q. était d’une qualité visuelle lamentable. Pire que le pitre des vidéos de famille ! Pourquoi ? On aurait dit un document clandestin fait à la va vite. L’hurluberlu en était davantage —il n’avait pas besoin de cette surenchère technique— comme caricaturé. Ce qui n’est pas honnête même si cet olibrius, ce narcisse —au jus V-8 et au salon de bronzage— est un pitre on n’a pas le droit de mal le photographier.
J’oubliais, j’ai pu mieux connaître une de deux grandes filles de Beaulieu à Hull, Julie, qui avait la charge, seule, du kiosque des Trois-Pistoles, son père étant absent. Elle est brillante, énergique, débrouillarde et a de l’esprit. Samedi soir, au Salon Laurier, réunion tardive de quelques jolies jeunes femmes-à-kiosques. Farces et piques voltigeaient dans l’air de ce bar-salon. Andrée Boucher, rencontrée à la salle à manger de l’Hôtel, le dimanche matin, m’a semblée fort intriguée et amusée de m’avoir vu tel « le vieillard au milieu de Suzanne… de la Bible. Je me suis bien moqué de leurs « bottines » noires de draveur, des nombrils affichés et des coiffures « dépeignées » de sauvageonnes. J’aime jouer le vieux schnock, le macho rétro, et on a bien rigolé. L’auguste sobre Courtemanche (« Piscine à Kigali » ) apparut brièvement comme investi de son titre d’ « Invité d’honneur » du Salon. Fit trois petits tours et disparaissait. Son droit de ne pas se mêler aux joyeux troubadours du lieu.
Sur un grand écran —style « Cage aux sports »— soudain, visions incroyables d’une immense troupe (Corréens, Japonais ?) qui font des figures géantes sur un terrain de foot. Nos en étions tous…baba ! Phénoménales chorégraphies et stupeur quand des plans rapprochés nous font voir ces milliers de figurants rampant, gesticulants, s’enveloppant de tissus divers. Vraiment, un spectacle hallucinant !
Je suis rentré au lit vers 123 h. pour lire du Atwood-Beaulieu, et elles sont allées à une discothèque jusqu’aux petites heurtes du matin. Jeunesse inépuisable !
Lundi matin, failli oublier mon heure de radio à CJMS devenu une radio western je crois. Grandes portes-vitrines ouvertes, corridor de centre commercial, boulevard Langelier. J’y filais en 10 minutes via le Métropolitain. L’ex-chanteuse pop, Claude Valade m’interroge. N’étant pas du créneau-lettres, ses questions me changent des habituelles. Je m’amuse volontiers. J’en profite pour proclamer des « affaires » pas trop politiquement correctes et Valade s’en amuse ferme tout comme un petit public de braves femmes qui vont là, sirotant du café, pour passer le temps. Atmosphère de piano-bar sombre, bizarre lieu. De la radio vraiment « en bras de chemise » ce qui m’a rappelé mes cinq ans avec l’ancien CJMS, de 1989 à 1994. Ambiance décontractée que j’aime tant. Mon « Je vous dis merci » un peu fêté.
À ce propos, trois mois après sa sortie La Presse n’a encore trouvé personne pour le recenser un petit brin. Pas une ligne ! Alors, j’écris une longue note à Pierre Vennat et lui demande s’il n’aurait pas envie d’en dire deux ou trois… lignes ! Suis allé porter mon message à La Presse avec Aile, lundi après-midi.
Bizarre : Aile vient tout juste de me raconter les propos de notre répondeur en ville. Et le Vennat s’excuse de son impuissance, se dit au bord de la retraite et sans plus guère d’influence à La Presse. Il a remis le livre et ma note « au secours » à Madame Lepage, la patronne du cahier Livres. Brr…pourvu qu’elle n’assigne pas cette Benoit qui accordait trois belles étoile aux élucubrations de la Catherine Millette, pornocrate déboussolée et une et demi à mon « Enfant de Villeray ».
Bof ! On verra, verrat !

Le vendredi 22 mars 2002

Le vendredi 22 mars 2002
1-
Si ça a du bon sens, à mon âge, devoir enlever toute cette neige tombée hier et dans la nuit ! Mes reins ! Le malheur des uns…Daniel, mon fils expert en « ordination », téléphone :
« Youpi ! Quelle merveilleuse neige-surprise ! Lynn a congé et moi, le travailleur autonome, je m’en donne un. On monte à « Avila », à Saint-Sauveur, pour faire du ski. Je peux faire un arrêt chez toi, si tu veux papa. As-tu besoin de mes conseils ? Ton ordi ? Tout baigne ? » Je lui explique que nous descendons en ville après le lunch car je dois, aux aurores samedi, prendre le minibus pour le Salon du livre de l’Outaouais, mon nouveau livre estampillé « éditions Trois-Pistolles »sous le bras !
Occasion de le questionner : « Comme ça, tu as refusé de venir avec ton père chez Lisa Frulla causer « père-fils » ? Il explique : « J’ai pas ton savoir-faire et aller à la télé m’énerve toujours beaucoup. Quand c’est utile pour la promotion de mes jeux de société, j’y fonce. Mais là…En gang, pour trois minutes de micro chacun, j’ai dit « non ». Et puis, ayant cesser de fumer, c’est dur, alors j’évite tout source d’énervement, tu peux me comprendre ? ». Oh oui, je le comprend ! Je l’envie d’avoir pu (lui et sa Lynn) stopper le bonhomme Nicot !
2-
L’amie Josée l’autre jour : « Claude, je t’ai entendu à CKAC, t’étais bon mais ton Riopelle en « petit-gars de la rue de Lorimier », pouah ! On va-t-y lâcher cette expression cucul ? Le tit-gars de Baie-Comeau, le tit-gars de Shawinigan ! Riopelle en tit-gars, Claude, franchement ! » Elle a raison. D’où nous vient cette manie des p’tits-gars ? Me corriger. On devrait cesser de « ne pas en revenir » qu’ un (une) des nôtres se signale dans le monde et nous sentir obligé de spécifier qu’il vient de che-nous, d’un quartier modeste, d’un humble village. Y a plein de tites-filles de Charlemagne qui ne seront jamais des Céline Dion. Pis ? Cette vedette de la pop-musique n’a aucun mérite d’être née là. Il n’y a que ses efforts, son ambition, son travail intense sa farouche volonté…
3-
Terminé ce journal de Françoise Giroud. J’ai aimé écornifler dans son existence de 365 jours d’une année, 1995. J’ai mieux connu une très, très grande bourgeoise, tempérament centre gauche, socialiste de salon, caviar-vison, comme son cher Mitterrand. Elle se livre volontiers sur mille et un sujets, petits, anecdotiques, moyens (les grèves à Paris) et graves (les conflits de cette année-là) : Bosnie, Rwanda, etc.
Journaliste célèbre, —ayant toujours sa chronique vans l’Obs pour la télé— elle doit répondre sans cesse à des demandes d’articles étonnantes, assister à des premières un peu partout, concerts, opéras, théâtres, aller dîner avec des sommités, en médecine, en psychologie, en politique, en littérature. La chanceuse. Elle fait des rencontres stimulantes souvent. Ici, hélas, pour bibi, c’est plutôt le calme plat. En tous cas, vive le journal. Vive les diaristes.
J’ai terminé aussi, lecture en diagonale car des chapitres sont un peu niais, le livre « optimiste à tout crin » de Christiane Collange : « Merci, mon siècle », Fayard éditeur. J’ai pu y glaner du gros bon sens (j’aime tant cela) et saisir une fois de plus les progrès étonnants et merveilleux du siècle dernier. On l’oublie. La liste vous surprendrait. Collange en fait un bilan précis et les gens de mon âge, avec elle, admettent que malgré les deux guerres atroces, des tas de découvertes ont radicalement amélioré nos vies. Ça fait du bien de le constater. Nous revenons, nous tous les 50-70 ans, de très loin, en France comme ici.
Oh, j’oubliais, dans « Chienne d’année » (Seuil, éditeur) la Giroud soudain —entrée du 31 octobre 1995— raconte la quasi-victoire des Québécois indépendantistes. Elle dit « sur 47 millions de voix… », aïe ! C’est 40 millions de trop ! Coquille ? Elle publie : « Il y a quelque chose de romantique, de sentimental dans ce désir d’indépendance. Les Québécois ne sont pas opprimés, colonisés, exploités. Ils sont humiliés. »
Voilà comment nous sommes perçus. Vue de Paris ? Ou de partout ? Giroud —et combien d’étrangers ailleurs ?— ne saisit pas que l’on forme une nation et qu’une nation a besoin d’un pays constitué, peu importe le confort accordé par l’autre nation. C’est triste de constater si souvent que des « cousins » culturels ne voient pas la longue et si difficile lutte de résistance de ce 2% de francophones, isolés dans un océan anglophone tout puissant.
Tenez-vous bien, Giroud nous sert le rituel : « …comment ne serait-on pas sensible à leur attachement au français, qu’ils parlent avec ce drôle d’accent venu du fond de nos terroirs » Oh la la !Sentez-vous le paternalisme parisien ? Sentez-vous la superbe parisianiste ? Ils sont charmants avec ce côté terroir ! De braves paysans quoi ! Non mais…
Je vais rependre maintenant le Kessel-voyageur et, au lit, ce « Parfum de cèdre ». Ensuite, plongeon dans le journal (ah !) d’Hervé Guibert. Lire c’est voyager. Sans cesse. Comment font ceux qui ne lisent pas ? Un masochisme, un mystère profond à mes yeux.
4-
La boxe, cette horreur ! Mais…il y a ce Éric Lucas , voisin laurentien de Sainte-Lucie (un « tit-gars »de… !). Combat probable le 8 juin, à Washington. Dans le cadre du match Tyson-Lewis. Sa main droite amochée guérit, dit « Interbox ». Le champion Lucas doit défendre son titre chez les « super-moyens ». Je n’en démords pas :c’est un sport qui devrait être interdit. On devrait mettre en prison ses organisateurs pour « refus de secourir personne en danger ». Le code pénal s’appliquerait, non ? Et puis, je croise les doigts et marmonne : « pourvu qu’ Éric Lucas gagne à Washington, le 8 avril ! »
On est idiot avec nos contradictions, non ?
5-
J’avais préparé un petit dossier explosif pour démolir les thèses « pro-canadians » du mari de la Vice-de-Reine, John Saul, à propos de son avant-dernier livre sur les « jumeaux » que nous serions malgré nous, anglos et francos. Je m’étais équipé solidement pour le ridiculiser à fond lui et ses oublis pratiques sur tant d’aspects de l’histoire du Québec, sur nos différences fondamentales. Jumeaux de mes deux…
Le temps passe, on est pris par d’autres sujets de controverse et mon Saul l’a échappé belle. Des menaces ? Un vrai « Popeye » hein ! Il y a pas longtemps, à « L’institut du Dominion » (ouash !) l’époux du Vice-de-la-Reine a encore entonné ses antiennes crypto-fédéralistes encore.
Selon Saul, l’état-nation (lisez Québec) est une idée des années 1800, pour ne pas dire des années 1300 (sic). Une approche monolithique, insiste-il. Il admire sans vergogne la « complexité » de son Canada actuel (!). Rectitude politique oblige : Saul prétend que les aborigènes, les autochtones quoi, forment la base solide d’un triangle (incluant francos et anglos). Non mais…
Saul dit qu’on oublie trop cette base… « sauvage ». Il a repris, à Vancouver, avec ses « conférences Lafontaine-Baldwin » son radotage utopique. À savoir : ça va mieux, on reconnaît de plus en plus l’apport des Amérindiens, cela d’un océan à l’autre, incluant le Nunavik. Cela va enfin nous défaire de l’idée, nuisible à ses yeux, que le Canada doit tout aux Européens, nos pionniers. C’est son dada, à bas nos racines en Europe ! C’est « politique ». Avec ses « jumeaux », ses siamois de force, il frappait son vieux clou mou : Français de France ou Britanniques d’Angleterre, ça ne valait pas cher. Les autochtones, eux, surent nous révéler à nous-mêmes. Vraiment ? De là sa marotte des aborigènes en fondateurs d’importance du Canada, socle précieux, indispensables fondateurs à nos côtés.
Ils s’en crissaient-y et pas à peu près du Canada !
Vive ce triangle vanté ! Un rêveur ? Non, mais non, un arrangeur intéressé. Un petit malin, —stipendié— mercenaire fédérat subventionné, qui veut nous berner, surtout nous faire abandonner la lutte pour une patrie québécoise.
Un lutteur hypocrite contre le nationalisme québécois si dérangeant pour la paix « canadian ». Saul en travestisseur de la réalité. Ses moyens : têtage des Rouges d’une complaisance ébouriffante. Le vrai c’est que, on le sait bien, hélas, les colons, les pionniers, —anglais après la Défaite de 1760—, se fichaient complètement de ces nomades démunis d’ici. Un Amherst organisait ses lots de couvertures contaminées, génocide. Évidemment, explorateurs-marchands, navigateurs-commerçants trappeurs, chasseurs —comme leurs prédécesseurs français— ont appris quelques trucs des indigènes. C’est partout pareil, en Afrique comme en Indochine, messieurs les colonisateurs, non ?
Au fond, nos blokes ont tôt fait que cette minorité négligeable soit installé en ghettos maudits, en réserves racistes, les transformant en demi-parias. Saul le sait. Il joue un jeu politique à la solde d’Ottwwa.
Gênante réalité têtue ! C’est cela la vérité. Sa honteuse « récupération » —« ils furent essentiels et blabla bla »— est une façade, un leurre à imbéciles, une astuce de néo-fédéraliste ? John Saul avec sa grosse « gomme à effacer » la réalité n’y changera rien. Sa bataille à retardement pour déguiser, masquer, maquiller stupidement l’histoire est une entreprise candide.
Il déclame dans sa « patente Lafontaine-Baldwin » : oubliez donc, anglos comme francos, vos racines et songez que sans nos « bons » sauvages, le Canada n’existerait pas ! Fort de tabac indien !
Quelle cloche ce Saul ! Son gros jupon dépasse, cachant bien mal sa volonté de nous diluer, de nous noyer —comme les Baldwin, MacDonald et Cie avec la traîtresse complicité des Lafontaine, Cartier, « Sir » Wilfrid Laurier et, aujourd’hui, Stef Dion, oui nous diluer. Empêcher notre patrie française en Amérique anglophone de naître.
Sur son tablier d’artisan en niaiserie, le toutou de la Vice-de-la-Reine d’Angleterre, est brodé un totem de carnaval. On y lit : « accrochons-nous à nos autochtones pour devenir une nation nouvelle ». Ce fou illuminé n’est un gamin gâté à épouse voyageuse, qui va partout déguisé en petit indien, plumes à cinq sous, collier de perles. Il répète : Vive les indiens et son arc du bon sauvage —base-du-triangle canadian ! Du toc de Dollorama ! Ses fléchettes visent ces maudits Québécois qui, eux, forment une vraie nation. Pauvre John, de Toronto à Vancouver, les Canadians, fils de « royalistes », sont maintenant des amerloques « républicains » bien assimilés.
Même les millions de Sheila-la-Cop, de Gagliano, du dauphin Boudria, des copains de « Groupaction-Canian-adverising », n’arriveront pas à nous…diluer. Alors Saul ce petit « prince qu’on sort » et ses conférences « coast to coast », on s’en torche.
6-
Ouf ! Tantôt, après le lunch du midi —que le jambon giroflé d’Aile goûte bon !— coups de pelle pour libérer de sa neige la terrasse du nord, en arrière et le long escalier; Aile à la terrasse du sud en fait autant. Digestion activée ! Pa dedessert ce midi. Ayant revu Montignac à la télé, et sa furieuse condamnation du sucre —plus nuisible que les graisses— approuvé par nos médecins, héroïquement, je n’achète plus les si délicieux gâteaux frais de l’École edes petits chefs. Je suis diablement en manque mais…il me reste les barres de chocolat à 75 %
L’autre soir, en arrivant chez Pierre-Jean « don quichotte » Cuillerier, je dis à Jean-Guy Sabourin —qui joua si bien le saint Jésuite martyrisé jadis dans un film de l’ONF : « Je t’en prie, ne dis pas que tu es mon ami, Jean-Guy. J’aurais si honte. »
Je le taquinais puisqu’il est l’un des grands démocrates de la magouille avant-fusion à l’Île Dorval. Je lui disais : « Quoi, bande de sauvageons, relié à la ville, vous auriez enfin des égouts, un système d’aqueduc, et quoi encore, des réverbères sur votre chemin de ceinture, un beau petit pont toit neuf sans doute. » Mon prof Sabourin s’agite : « Quoi ? Avec plein de visiteurs dans notre île si tranquille ? On veut pas. Vive notre petit bac à moteur pour traverser avec permission pré-arrangée ». Je dis : « Non mais c’est-y laid l’égocentrisme ! » Mon Aile, la Carole à Pierre-Jean et la Diane à Jean-Guy, changèrent de sujet et vite. Maudites femmes ! Toujours pour la paix des ménages et des amitiés !
Je me suis souvenu d’un « plan de nègre » que je tentais de défendre à Pointe-Calumet vers 1975 : étatisation par la municipalité de tous les rivages du lac. Cinquante pieds ? Construction d’une jolie promenade riveraine (en bois traité ?) ouverte à tous, jusqu’à ceux qui logent loin du lac en bordure de la route d’Oka et qui n’ont aucun accès au grand lac. Vous auriez dû entendre les protestations. Les proprios des plages (et du mur de Berlin désormais !) voulaient garder les belles vues pour eux-mêmes. Égotisme toujours !
Qu’est-ce que j’apprend ? À côté d’ici, achat des biens publics « pour des pinottes » par les proprios d’un domaine public nommé, l’Estérel ! Un policier courageux, Pierre Coley, raconte au reporter Cédilot (La Presse) qu’il a vu venir cette opération mains-basses, bien basses ! Il a voulu avertir en temps et lieu. On a fermé les yeux. Mieux — non pire— on l’a harcelé, menacé, même suspendu et puis carrément congédié ! Vinrent même la menace de poursuite judiciaire !Écœurant !
C’est-y assez fort ! Une honte. Pierre Coley s’est ramassé
— dépression nerveuse— sur le B.S. Cela fut fait, bien sûr, avant la fusion avec Sainte-Marguerite. Là aussi, l’achat —prix d’ aubaines— des biens publics et la formation d’un ghetto privé !
A-t-on embarqué Riopelle mourant, qui y avait demeure et atelier, dans cette combine égoïste ? Violette Gauthier, mairesse de Ste.Marguerite —succédant à Jean Charest —parent de Champlain Charest, ami de Riopelle ?— recevait le 6 février la liste des griefs du caporal Coley.
L’ex-maire Charest était le chef d’un groupe de proprios, baptisé « Les amis… de l’Estérel ». Ils s’emparèrent de 57 parcs, du chalet public, d’une plage et des terrains de tennis —prix d’ « amis » de l’Ésterel, c’est le cas de le dire. Le tout valait deux millions et demi (2,500,000 $) mais on a payé 55,000 $ ! Parlez-moi d’un arrangement de cette sorte ! Plus fort : comme à l’Île Dorval, les « ami de… » reçurent une subvention. Ici, de 50,000$
Pierre Coney, le héros de ce sombre feuilleton —une autre des belles histoires des pays d’en haut — informait tout le monde ce ces magouilles : son chef ce police, les ministres (Affaires municipales, Sécurité publique) et… rien ! Corruption dites-vous ? Et comment !
La filière politique est toujours de mèche avec les importants, les « quéqu’uns » comme on disait jeune, les bons gros bourgeois, les tripoteurs du bien public ? Édifiant, à quelques kilomètres de chez moi, vivent des égocentriques d’une espèce rare —ou courante, je ne sais plus !
Peuple debout, aux armes citoyens, réveillez-vous humbles travailleurs surtaxés !Tout ce beau monde-là, bien laid, les Chrétiens-à-auberge ou à golf, les Martin-à-cargos aux pavillons suspects, les Landry, les Charest, les Marois, les Ménard, sont des pourris-gâtés du sort. Ils sont, solidaires en magouilles, tous de la même confrérie. Quand ils vont bouffer sophistiquement et boire des vins millésimés, ils entendent parler de ces collusions et ils se rangent, se taisent , s’accordent comme larrons en foire —tous, tous, tous— avec leurs frères de classe sociale. Ils ferment les yeux, congédient le gêneur, laissent mijoter les plats malodorants des concussions dégueulasses. Ils se tiennent —c’est bien le mot juste— comme cochons. Alors le simple agent de police, syndiqué ou non, se fait mettre à la rue s’il ose l’ouvrir.
Mon ange à une aile, ma fée grise qui me grise, remplit mon sac de voyage, me questionne : « Tu veux tes souliers durs ? Ton « pepto bismol », ton chandail à col tortue ? » Nous partons pour le Chemin Bates. Demain matin, groupe d’écrivassiers en bus et hop, le Salon des écritoires…En face, sur la rive droite, entre deux séances de signatures, aller voir du Riopelle au Musée. Aller aussi faire une prière re reconnaissance au mur du coin nord-est du beau Musée de la civilisation, juste là où Aile est née, proche du pont inter-provincial ? Si j’ai une minute, oui.
En voiture dit Aile ! « All aboard » disait mon oncle Cléo, cantinier du « CiPiAr » quand j’étais son crieur d’eaux gazeuses sur le train Montréal-Québec à 16 ans. Sérieusement, en voiture !

Le mardi 19 mars 2002

Le mardi 19 mars 2002
À CŒUR OUVERT (J.N.)
1-
Sous ce ciel laiteux, marche chez le barbier Lessard du bas de la côte. Jasette rituelle. Depuis toujours ces barbiers jaseurs, non ?
Je me souviens encore, quand j’ai habité le 551 rue Cherrier de celui de la rue Roy. Oh, le fameux bavard ! Les frères Lessard sont plus…réservés. Il faut les mettre sur une piste. Et si un sujet lancé ne les captive pas, c’est des « hum, hum… » quasi mutiques. Rue Roy, il y avait aussi Lapointe une petite épicerie (Lapointe), utile aux brèves rencontres entre « bohémiens » de ce coin du Plateau. Aussi un merveilleux jeune artisan en cordonnerie. Affable, aimable, jaseur. Ce coin de la ville me ramenait au temps de ma paroisse (Sainte-Cécile ), au temps des nombreux petits marchands et qui causaient. Au Club Price, chez Costco ou au Réno-Dépôt, il ne doit y avoir rien de bien chaleureux ! Ici, j’aime bien les taquineries du bonhomme Théoret à sa quincaillerie (railleries fécondes !). Jadis, ici, deux boucheries-épiceries à deux coins de rue. S’amena le centre commercial et le gros Métro et la fermeture de ces magasins…et la fin des jasettes familières ! Hélas !
Hier matin, mon topo livré à LCN de TVA sur « mon » Riopelle où j’ai joué un brin le Jean Yanne irrévérencieux du film « Tout le monde il est beau… », livré aussi, à la SRC, mon 45 m. de bavardage avec Pierre Nadeau, Aile accepte la remontée dans la tempête ! Oh la la ! Ça tombait. Tas de voitures dans les fossés ! Police et remorqueuses ! Peur ! On a roulé à 60 km. Durée du retour : deux heures !
Ce matin, tôt, Daniel Séguin, de la radio de Hull, un ex-camarade du temps de CJMS. « Pis, Jasmin, ces funérailles ? »
J’étais avec Nadeau et n’ai pu y assister. Je me livre encore un brin au portrait d’un génie indiscutable mais qui a écrasé bien du monde autour ! Séguin : « Comment ça se fait donc ça, si doué et si moche comme humain ? » Ne sais jamais trop comment expliquer ce qui m’accable, me hante. Il y a eu le peintre de génie Renoir. Excellent père, excellent citoyen et pas moins génial pour cette… bonne conduite. Rien du débauché ou de l’alcoolique, rien. Un exemple. Rare. Chez Maisonneuve (bien mauvais questionneur cette fois) une ex-épouse de Rio, Françoise, disait : « un grand anxieux, un angoissé terrible, Jean-Paul… » Eh ! En effet, j’en ai connu, les ivrognes irresponsables du milieu des arts, souvent, sont des âmes en peine. Taraudées par l’idée de mort. Ces ouvrages inoubliables, n’empêche, s’installent sur des vies gâchées : femmes, enfants, compagnes. La belle et jeune « Joan » séduite, a enduré la misogynie terrifiante du collectionneur de bagnoles italiennes et s’est fait écraser complètement. C’était une jeune peintre prometteuse.
Quoi ?
« Rien de bon ne pousse à l’ombre d’un grand arbre.» Le jeune sculpteur Gonzalès, gloire espagnole, refusait d’étudier chez « le grand arbre » Rodin. En disant cela. Avec raison.
2-
Légère déception de cet entretien-radio (pour l’été qui vient) avec Nadeau, hier matin. Ma lassitude de voir le dossier préparé avec, toujours, les mêmes questions. Les mêmes sujets : les juifs Hassisim, les auteurs homos en ghetto, les émigrants que l’on transforme (sauce multiculs) en refuseurs d’intégration. Etc.
J’aurais souhaité un Nadeau plus candide, qui se questionne sur « qui est au juste » le romancier assis devant lui, selon sa perception personnelle, ses interprétations à lui, non pas selon le sommaire convenu des vieilles querelles de « la grande gueule ». Les recherchistes compulsent un « dossier de presse » et cela amène le rituel répétitif des anciennes chicanes publicisées.
Sortant de ce studio 19, —Aile m’avait envoyé un mémo : « aller ramasser les « retailles » de cette « biographie » du Canal D, au Carré Saint-Louis— je file chez Béliveau Inc. Me voilà, revenu au chalet, visionnant, ces restes de bobines, ces « chutes », ces coupures, ces « censures » ? Regrets de certaines coupures de la réalisatrice Boudin et je boude ? Aile, réaliste, intelligente : « Tais toi donc Cloclo, ils avaient une heure d’écran, pas un jour. » Vrai. Je la ferme et bouffe ces excellents beignets frais du jour « quéris » plus tôt au magasin de « l’école hospitalière ».
Ensuite, autre épisode de « La vie, la vie », toujours cette excellente manière (Séguin-Bourguignon), comme « sans y toucher » d’illustrer l’existence de jeunes gens en quête d’une vie pas trop plate. Aile, ravie, est folle de cette série !Elle nous a trouvé, hier, ce « Mausolée des amants » du Guibert désaxé. C’est un journal ! AH ! Je m’y jetterai. Elle (Aile) n’a pu trouver dans deux librairies (le gros « Renaud-Bray » et la petite « Hermès ») une seule copie de ce « Iguane » de Thériault que Martel a porté aux nues samedi ! C’est merveilleux ces libraires et ces distributeurs de nos romans ! Une honte oui !
3-
Visite chez monsieur le directeur de Publicor-Livres, Jacques Simard, en face de chez moi. « Ah! J’allais te téléphone, j’ai ta « Rachèle (Rach-Aile !) au pied de la Trappe d’Oka ». Claude, j’ai beaucoup aimé ton « échantillon » pour un livre érotique. Quel style ! Rien à voir avec notre collection qui est du « hard » mais je veux le publier. Bouge pas, je te sors un contrat. » Je n’avais pas encore petit-déjeuner, je refuse de signer illico. Je lui dis de m’envoyer cela par la poste. Il note l’adresse de Sainte-Adèle fébrilement.
Pas certain du tout de signer avec lui. Simard m’avait tenté en me parlant de ses formidables nouveaux « contacts » en France, d’un réseau fonctionnel pour ses ouvrages érotiques. Mais… par ses propos, il m’a fait comprendre, sans le vouloir, que si ça marchait bien là-bas c’était de la quasi-porno. Oh ! Pas mon rayon du tout les salaceries infantiles. Il dit admirer mon style ? Bien. D’autres éditeurs estiment mon style et je choisirai la bonne maison. Pas envie qu’il me dise : « On va pilonner ton livre, ça n’était pas dans les goûts de mes cochons de liseurs ! » Oh non, la rapide mise en charpie de mes romans, ça suffit comme ça !
4-
À propos de la France et de journal : je retire mes propos sur « Chienne d’année. 1995 » de Françoise Giroux. C’est bon, C’est du vrai journal. Elle délaisse les « actualités seulement », au bout de quelques entrées. Il y a ses rencontres, ses dîners, ses appels de téléphone, sa coiffeuse (jasette de barbier?). Étant donné son statut, on découvre des tas de propos intéressants, des opinions pas mal gratinées, pas piquées des vers, avec les sommités du cinéma, des lettres, de la télé, de l’Académie française, eh oui, ou de « son » académie (elle est juré-Goncourt). Je me trompais. Je dévore cela. Vive le journal.
Aile rentre de ses courses pour son souper car on m’a prévenu hier : « Demain, que des pâtisseries et des soupes ». La démone ! Il n’y avait pas qu’un bon petit rôti à dénicher. Cela la taraudait : son homme doit aller voir un… « doqueteur »!
Elle me raconte, déçue, indignée, que la clinique d’ici ne prend plus personne, que le CLSC… pas davantage. Elle enrage. Ministre Legault, au secours ! On lui parle d’une clinique —mais anglophone— à Saint-Sauveur où peut-être prendrait-on pour « un bilan de santé » son grand héros ! « Je vais vérifier cela. ». J’ai peur des médecins. J’ai peur de savoir qu’un mal caché me tue tout lentement ! Je dis : « Pas de doqueteur bloke, il pourrait me faire une injection anti-indépendantiste ! Je rigole !
Aile quitte mon gros fauteuil noir, très soucieuse. Deux minutes et la revoilà ! Pas moyen de tenir mon journal tranquille. « Cloclo ? Bingo pour Saint-Sauveur ! Il parle français, il va te recevoir début avril ». Visage radieux. Ça fait des années qu’Aile veut me voir jeter du sang et de l’urine chez un toubib ! Merde !
En zappant hier soir, on tombe sur…un clip ? « Michael Jackson’ ghosts », musique enlevante, ambiance d’apocalypse. Étonnant , épatant ! Du Jean Cocteau… moderniste, très amélioré. Infographie manipulatrice, effets spéciaux. Des monstres affreux rampent, silhouettes déformées, visages d’épouvante, grouillement infernal.
Sans cesse, astuce efficace, classique, on voit des quidams(hommes, femmes, enfants atterrés) qui voient comme nous, « l’invoyable », « l’irregardable ». Technique utile pour de l’identification. C’est amusant. On aime avoir peur pour rire !
5-
Cette Marie-Claude Lavalée, susurreuse, sorcière délicate, joue les confesseurs à la télé de RDI. Face au jeune héros de « La vie, la vie », Patrick Labbé, la volà toute chavirée, l’acteur est réservé, modeste, pudique, gêné de parler de lui. Qu’à cela ne tienne, la questionneuse roucoule, rassure, enfile trois paires de gants et vous le triture avec des sourires de chirurgien qui vous arracherait sans douleur le fond de l’âme. Je rigole ! Labbé finira par livrer deux ou trois bribes de sa chair intime et à la fin, voilà Lavallée tout mielleuse, chatte se pourléchant les babines, satisfaite, bienheureuse , l’air de dire à son patient; « Vous voyez, c’est fini, ça n’a pas trop fait mal, pas vrai. Infirmière ! Par ici, la sortie ! C’est à mourir de rire !
6-
Deux attaques « de file » sur la Bombardier. Non mais…d’où peut venir cette haine ? Péan dans La Presse de dimanche tirait raide. Ce matin, Desautels (ou Deshôtels ?) du Devoir. On sembler détester à fond sa série de « propos et confidences » à la SRC : « Parlons des hommes, parlons des femmes ». Mais quoi, femme d’opinion, je devrais donc bien comprendre qu’elle a pu accumuler les adversaires. Parfois, selon le calibre de son confessé, c’est moche, parfois c’est fort bien mené. Jim Corcoran, par exemple, dimanche dernier a livré avec grande franchise sa relation bizarre avec les femmes. Fort instructif. Le chanteur si sympathique fut longtemps une sorte de mystique —il a fait du couvent, songeant sérieusement à la vie religieuse. Non, bien franchement , l’idée de causer « amours » n’est pas mauvaise du tout.
7-
J’y reviens : F. Giroux (« Chienne d’année ») se dit embarrassée par toutes ses interviews où on lui ramène toujours les mêmes questions auxquelles, forcément, elle donne les mêmes réponses et dit qu’elle se sent chaque fois le perroquet d’elle-même. Si vrai ! Ainsi,. Une fois de plus, avec Nadeau qui me questionne sur « comment je suis passé de décorateur à romancier. Il me semble que j’ai raconté cela cent fois. Au moins. J’avais comme honte de m’entendre répéter : la grève à Radio-Canada en 1959, premier essai…raconter mon enfance… « Et puis tout est silence »… Le prix du Cercle du Livre de Tisseyre…Etc. »
8-
La farce de l’année ? John Charest se scandalisant du favoritisme politique actuel. Chemise déchirée, demandant une enquête publique. Non mais. .. Quel sépulcre blanchi ! Menteur et effronté hypocrite ! Il sait tout là-dessus, tout et depuis très longtemps. Avant même son séjour à Ottawa avec les Bouchard et Mulroney. C’est prendre les citoyens pour des imbéciles. Nous avons, nous, cochons de payeurs d’impôts et de taxes, le droit de nous scandaliser. Pas lui ! Pas lui !
Il y a longtemps que j’observe son travail. Le dire publiquement, il y a au journal Le Devoir un génie de la photographie. Son nom : Jacques Nadeau. Encore ce matin, fascinant croquis aux funérailles de Riopelle. Arrière-plan, une croix (poteau de signalisation sans écriteau !) en plan moyen, des arbres nus, avant-plan, des endeuillés avec ce « dripping » (riopellien !) fait de neige floconneuse. C’est un talent rare ce Nadeau.
9-
Vu à « Sixty minutes », dimanche soir, à la télé américaine (zapping accidentel), le vrai « Nash », prix Nobel, personnifié avec un si fort talent (« oscarisé » bientôt sans doute) par l’acteur Crowe dans « A beautiful mind », un film (pour une fois bien doublé en français) émouvant en diable. Internet qui fouille tout révélait : le grand génie aurait été un sale antisémite, aurait fait un enfant bâtard et fut homosexuel actif souvent. Ça jase dans les chaumières des amerloques. Fascinant et, à la fois, insatisfaisant reportage. L’épouse qui nie tout bien entendu. Insinuations reprises partout. « L’humanité entière, vivra un jour dans du verre » prophétisait mystérieusement Teilhard de Chardin, le savant aux visions paléanthropiennes.
10-
L’édénique romancier de Paris, Ouellebec, en fit, sans complexe, à froid, et plutôt chaud sur la situation dégradante, la matière d’un roman. Il y a un gigantesque bordel sur cette terre : la Thaïlande. Deux millions de prostitues, mâles et femelles. Marchandise humaine, bon marché, offerte dans certaines agences de voyages. Tourisme payant. 300,000 mineurs —avec risque…hum… de prison si on vous pince, surtout avec des moins de 13 ans — dans ce lot bi-millionnaire de « à vendre ou à louer ». Les jeunes miséreux qui suent —« cheap labor » pour notre bénéfice— dans manufactures et usines vont vite vers ce pactole.
11-
Ce matin, Lysiane Gagnon fait encore son « devoir » de fédérate accomplie. La voilà scandalisée par ces funérailles d’État pour Riopelle. Elle dit :oui, à ces chiards mais seulement pour les anciens premiers ministres. Seuls méritants de ce « traitement officiel » selon elle ! Pauvre Victor Hugo, la Gagnon sévissant à Paris, aurait conspué ses grandioses funérailles. Je pense à moi, j’en veux, moi, Lysiane, des funérailles grandioses. Et malheur à toi, moi mort, si tu brailles contre mon chiard, saudite jalouse, je te tirerai les orteils fédéralistes ! Je ris. De moi.
12-
Oh, misère ! J.-P. Gagnon ce matin (mes chères lettres ouvertes) avance qu’un homme, un père à la maison, c’est vital. Il recommande de lire : « Mères-filles :relation à trois », écrit par une analyste et un sociologue (Eliacheff et Heinich). 1-Faux qu’il n’y a que l’ amour maternel, seul fondateur. 2- Le père joue un rôle indispensable —constitution de l’identité pour filles et garçons— oui, un rôle indispensable à l’équilibre d’un enfant. »
Alors, deux lesbiennes au foyer ? Homoparentalité mise en doute ici. (Mon débat récent chez Liza Frulla.) Et la monoparentalité ?
Certes, un homme (pas père mais tuteur, oncle, amant responsable, parent mâle dévoué.) doit pouvoir jouer ce rôle de l’homme auprès de (des) la fillette ou du gamin.
13-
Rien de plus pénible que le sketch en « sœur volante » par Norman Bratwaith au Gala Métrostar. Obsession du sexe lamentable. La Cousineau qui n’est pas bigote parle d’un four, avec raison. Giroux dans son journa exige que la grossièreté soit légère au moins, et gai. Elle dit que c’est le plus souvent ni gai ni léger.
À « Campus », à TV-5 le dimanche soir, des auteurs sur la « question sexuelle » parlaient à tour de rôle de leur ponte. Y trépigne un « vieux » gamin, à casquette, qui borborygme des sentences creuses. Il est pour le « déxasage » tous azimuts. Il craint maladivement la censure. Il se plaint que les médias le négligent. Guillaume Durand, brillant animateur toujours débordé, alors, montre un tas d’extraits d’émissions de télé où on voit le zigoto bouffonner tout à soin aise. Il ferme son clapet de geignard un long moment, notre escogriffe déséquilibré. C’est un exhibitionniste maladif.
On me dit que, jadis, des bourgeois respectables pouvaient aller —en groupe organisé— en asile de la Longue Pointe pour observer les aliénés divers. Un passe-temps dominical pour après la messe, quoi ! Horreur ! De nos jours, il n’y a qu’ à surveiller télé, livres, films…C’est le marché aux fous ! À Campus, un cinéaste documentariste montrait des couples de bons Bretons âgés se livrant à… l’échangisme. S’échangeaient des pénis de platisque (godemichets commerciaux) devant leurs petits-enfants. On les voyaient rire nerveuement. On croit rêver !
Un peu partout, c’est le cirque des fous. Plus besoin de ces groupes organisés voyeurisant St-Jean de Dieu, le dimanche ! Pratique, non ? La Catherine Millet raconte sa pitoyable psychose. La bourgeoisie parisienne décadente en est ravie.
Je crains que mon Guibert avec son « Mausolée… » ne livre que ce genre d’exhibitionnisme malsain (je vais savoir) qui a fait saliver de satisfaction « Voir », « Le Devoir » et le Fugère du compère Le Bigot.
L’autre soir, le sadisme s’installe aux créneaux voyeuristes. On en vient à penser que la normalité (hon, ce mot gênant !) est une anormalité à force… Françoise Giroux dans son journal : un type connu m’écrit qu’il n’y a plus que des émigrants du Maroc dans son bled provincial. Qu’il faut stopper ces envahisseurs. Il raconte qu’il a vu, jeune, de ces Marocains copulant avec des mulets ! Il a voté pour Le Pen ! Voilà un des résultats de l’étalage des déviances sexuelles toutes catégories. De pauvres bougres en deviennent…des fadas ! Panique et racisme aussitôt.
Je trouve qu’on ne cause pas assez (théâtre, cinéma, livres) sur la bestialité. Vous trouvez pas ? L’inceste ça devient banal, non ? Et il y a la nécrophilie ? Important d’étaler la chose. C’est excitant un déterreur de cadavre encore tiède qui copule sous la lune. C’est très négligé ça aussi. La pédophilie c’est lassant maintenant. Il y en a tant.
Bien savoir, en tous cas, que plus les désaxés — ou les exploitants commerciaux au fond — iront loin dans leur zêle pour les « anormalités », plus les « braves bougres » vont s’alarmer bientôt, avec appel à l’ordre ultra-droitière, inévitable. À Montréal, à Toronto, comme à Paris ou à Rome. Les conservateurs niais redresseront la tête. La laide censure va s’armer et elle triomphera. La sotte répression, un jour, frappera et n’importe comment comme toujours. Tant pis pour les libéraux déboussolés qui se taisent aujourd’hui devant les lamentables extrémistes du sexe tout croche, leurs zélotes excités. Alors on ne pourra même plus raconter ce doux vieillard noble italien profondément troublé par la beauté irradiante d’un jeune ado : le beau film, « Mort à Venise ». Et ce serait bien regrettable !
15-
Je me demandais si à « Dans la mire », à TVA, on avait détesté ou apprécié ma fougue, mes emportements sur :« nos émigrants doivent s’intégrer et le plus tôt possible pour l’épanouissement de leurs enfants, fuir leurs ghettos clos et subventionnés, entretenus. » Eh bien, je crois que oui. On me téléhonait hier, pour revenir chez madame Cazin. Débat à propos de statistriques. Les gens restent racistes, les garçons jeunes en particulier. J’ai refusé, je devais aller jaser chez Pierre Nadeau au même moment. On me réinvitera je suppose.

Le vendredi 15 février 2002

Le vendredi 15 février 2002
1-
Invité, en deux jours, pour trois topos du polémiste à TVA-Tm.
Parler « magouilleurs » politiques chez Bruneau, mercredi soir.
En duplex. Avec l’ex-ministre déchu, M. Picotte, libéral. À la fin de notre petit huit minutes, quand je lui rétorque que le peuple, pas fou, lisant sur ces Gagliano. Bréard, Baril et Cie, va saisir : « Les politiciens, tous pourris ! » Le Picotte éclate en disant : « Oh ça, tous, des avocats de taverne ! »
Voilà son verdict de l’opinion populaire ! Je lui lance : « Mépris du peule pour un ex-home public ! Mépris ! » Bruneau passe à son prochain sujet. Le lendemain, hier, jeudi, à midi chez la Cazin. Débat sur la tolérance. Je fesse sur la mollesse des dirigeants (au fédéral surtout) qui font de nous, les Québécois, nous formons 83 % de la population, des « suspects » de l’intolérance. Que l’on subventionne les ghettos au lieu d’inviter nos nouveaux venus à s’intégrer aux Québécois et le plus vite possible pour l’épanouisement de leurs enfants.
La chicane pogne. Miss Cazin semble inquiète. Quoi, veut-elle du débat viril ou de la jasette douceâtre ?
Rapidement, c’est la bonne foire d’empoigne. Je jouis. Il y a un musulman en djellaba (!) et coiffe dorée, un Juif du Congrès Juif, section Québec, une complaisante apôtre du muticul (!) qui souhaite, ici, une société remplie de mille communautés. Une mosaïque quoi ! Va pour le centre-ville des mégapoles. Mais un pays reste un pays avec sa majorité qui a droit de défendre son histoire, ses us, coutumes, ses valeurs etc. Belle cohésion que de vouloir un pays émietté.. Le monde, lui, est varié et c’est merveilleux. Mais tous les autres pays luttent pour une cohésion normale. C’est fameux. Je ne veux pas, un jour, ne plus retrouver l’Italie en Italie, ni ne plus sentir l’Allemagne en Allemagne. La variété, oui, pour l’univers. Mais foin de cette folie de tuer les nationalités ! (Le « nationisme » dit Todd est sain et normal.) À bas l’américanisation du globe , non ? Car on sait où conduirait cette « chasse aux nationalismes » : à une sorte d’univers à une seule teinte ! Jamais ça !
Même jour, hier, petite engueulade amicale, chez Bruneau encore, à 17h et demi, avec Isabelle Maréchal qui déteste les fêtes dont la Saint-Valentin. « Du commerce affreux », dira-t-elle. Vérité ? Sans doute. Les marchands n’inventent pas ces fêtes mais, bien entendu, en profitent. C’était ainsi en Phynicie bien avant le Christ ! Mais aussi, toutes ces fêtes du calendrier, (Fête des mères, Halloween) font des occasions de marquer festivement les jours qui filent. J’aime. Bruneau soudain : « M. Jasmin avez-vous offert… » Oh ! Franchise : » Non ! Pas encore, mais ma compagne m’a offert des chocolats ce midi et je vais lui acheter des fleurs… »
En sortant du studio de Tva, achat de roses. Elles s’ouvrent en ce moment, roses très roses grasses. C’est joli sur la table du petit déjeuner ce matin ! La fête (obligée, commercialisée) a fait ça.
Avant l’empoignade chez Cazin, invitation au bureau de Serge Fortin, le « boss » aux nouvelles. Il a tant aimé mes brefs topos (pour la fessée nécessaire, contre le téléphone cellu en auto) qu’il m’offre une visite régulière, hebdomadaire, ici, au village. Il y aura bon petit cachet. J’ai accepté.
Il y a eu du froid de canard mais hier et ce matin, douceur dehors. C’est bon. Mon fils me courriellise : il a signé pour un achat, en avril, d’une Chevrolet-Tracker (!) et lui et Lynn en sont tout heureux. Il écrit : « On est comme des bébés. Ce petit bonheur d’un « char neu », nous aide à supporter le deuil de la maudite cigarette. » Le chanceux ! Comment lâcher, Aile et moi, le bonhomme Nicot ! Dur !
Allant, hier matin, rue Laurier, en couple, pour l’achat de lunettes neuves ( 20 ans avec mes vieilles barnicles !), je dis à l’examinatrice, qui me décèle un début de cataracte, « la fumée n’aide pas, je suppose ? » Elle m’a donné l’ adresse d’un guérisseuse (diplômée) qui fait des merveilles. J’ai dit : « Bien. J’irai la voir au tout début du printemps. » Je le veux. J’ai la volonté…mais pas pour le reste de l’hiver. Avec les beaux jours, j’irai dehors plus souvent et je vaincrai. L’oculiste m’a recommandé aussi d’avaler beaucoup de vitamine C. Moi qui n’avale aucune médicament, rien, sauf du Pepto-bismol quand je mange trop riche et que ça ne passe pas. J’ai dit « oui » à cela aussi. « De 500 à mille mg. Par jour », spécifia-t-elle. Bon.
2-
Le Beaulieu de Trois-Pistoles au téléphone, dans son deuxième rôle, éditeur : « Mon Claude, j’ai relu ton manuscrit. Je l’aime toujours. C’est très bon. J’ai mis toutes tes envolées poétiques en italique. J’ ai enlevé les chiffres de tes chapitres. Inutile. J’ai gardé tes sous-titres, ça suffit. Maintenant, tu dois m’envoyer ta bibliographie… Et vite ! » J’ai essayé. Impossible ! Oh ! Il y a trop de titres. Je m’y perds. Il y a tant de textes divers dans tant de bouquins divers. J’en oublierais. 40 ans de …scriptomanie ! Je lui ai faxé (chez mon dépanneur équipée pour cela) une sorte de « carte chronologique du polygraphe »… en guise de bibliograhie. L’imprimera-t-il ? J’ai très hâte de voir ce « Écrire : pour l’argent et la gloire ». Ça va grigner dans le Landerneau littéraire. Un vrai manifeste ! Une sorte de pamphlet.
Petits-ils : certains souhaitent un lunch avec papi. Hélas, le vieux est toujours à Sainte-Adèle. Le passages en ville sont bourrés de rencontres obligées .Nostalgie de nos repas d’antan ? Le Thomas et le Simon à Lynn et Daniel se promènent. L’un, Simon Jasmin, revient de skier à Saint-Anne, l’autre, Thomas Jasmin , part pour Tremblant. Eh b’en, les écoles changent ! Excursions lointaines ! Dans mon temps, pour deux piastres, c’était Saint-Sauveur (lunch fait par môman) avec les gars du « Ski-Grasset ». Pas plus loin !
Mardi soir, merci d’être venus en foules, pour voir mon « Tuez le veau gras », téléthéâtre de 1964, présenté à la cinémathèque. Votre fidélité m’a fait chaud au cœur ! Blague à part, nous étions une dizaine. Dont un, sympathique M. Garneau, qui me dit être un lecteur amusé des J.N. ici. On a jasé à la sortie avec Routhier, ex-réalisateur à la SRC comme Aile. J’étais fier de mon texte, et très heureux du traitement-Carrier, des solides décors de Hugo Wuetrich. Le son ? Bien mieux que pour mon « BLues.. », images pas toujours bien claires hélas !
Réjean Tremblay aux J.O. : « C’est pire qu’aux J.O. de Moscou. Les fouilles sans cesse. Une plaie ! Une paranoïa terrible. Gardiens, polices et soldats partout, partout. » Ce matin, Foglia se moque de notre surprise : « Quoi, il y a des magouilleurs aux J.o. ? Hon ! » Mais oui, dit le père-lucide. Comme ailleurs. Comme partout. Nous serions, les braillards, un gang de candides. Les Jeux comme la politique comme la finance, comme toute activité humaine sont menés par des humains. Donc, oui, magouilles ! Foglia —blasé, nihiliste, desperado ?— nous recommande de nous calmer le pompon. D’accepter « le sort » (son mot) face au « vol » de médaille d’or pour nos patineurs bafoués. Pour lui le « sort », donc le « hasard », ses erreurs, est la vraie donne. Il craint le chauvinisme. Je lui donne raison.
Coup de fil, c’est Perrette Souplex, —la fille d’un fameux comédien du cinéma français des années ’50 et ‘60— elle a beaucoup estimé ma sortie furibonde contre la niaise tolérance de tous les ghettos d’émigrants subventionnés du Québec. Je lui dis : « Aile m’a reproché d’y être allé un peu raide ! » P.S. répond : « Ah non, pas assez raide plutôt, continuez de frapper ce clou, c’est important ! »
Aile me dit toujours : « Claude, mon amour, tu avais raison, sur tout, en tout, tes arguments sont solides, mais il y a la manière. Tu obtiendrais davantage d’appuis si tu ne t’emportais pas tant. » Françoise Faucher disait cela aussi lors de ma « biographie » du Canal D en touche à tout : « Souvent Claude va trop loin, il frappe trop fort, mais…bon, s’il faisait autrement ça ne serait pas Claude ! » Ce matin, une lectrice de J.N. me courriellise aussi son encouragement, avance qu’il faudrait un « mouvement organisé » pour faire cesser ces ghettoïsations malsaines.
3-
Chemin Bates, ayant oublié mon « Coffre de cèdre », j’ai relu plusieurs entrées de mon premier tome de journal, juillet ’87-février ‘88 : « Pour tout vous dire », publié chez Guérin. Grand plaisir. Sans cesse, je rappelle à ma chère Ale des éphémérides oubliés. Elle en est chaque fois comme étonnée. Cela sert donc aussi le scripteur que du journal ? Absolument. J’ai revu tant de projets…abandonnés. Tant de notations importantes à mes yeux.
Cela vous fait du bien. Il y a les regrets, aussi les stimulations.
La confirmation de ce que je suis : un touche à tout, oh oui, un inventeur de synopsis compulsif, un observateur étonné des gens et des choses. Je m’aime bien en journalier. Quoi ? J’ai le droit de m’aimer de temps à autre. Je déteste tant d’aspects de ma personne écrivante .
Nat Pétro est à Berlin. Festival de films. « Ode à Cologne », film signé Wim Wenders (exilé en Californie) qui a fait renaître de vieux musiciens cubains abandonnés, raconte dans « Ode.. » un groupe musical de pop allemand aussi populaire là-bas que « Beau Dommage » ici, jadis. Ce « Bap », explique la chroniqueuse, reste empreint d’une sorte de tristesse. Il y plane l’hitlérisme embarrassant. Ici, vrai que Duplessis ne fut qu’un roitelet de pacotille, rien à voir avec la fureur naziste. Je songe que ‘ »Beau dommage », dès leur apparition autour d’Expo,67, aurait pu avec le soutien de notre État québécois, devenir une ambassade extraordinaire. J’ai tant aimé ce groupe animé par Michel Rivard. Hâte de voir le « Ode à Cologne ».
De voir aussi « Point aveugle ». L’héroïne de ce documentaire allemand vient tout juste de mourir ! Avant hier ! Cette Traude Junge fut la dévouée secrétaire d’Adolph-le-fou. Elle a tout raconté. La fin du monstre. Le chien, adoré de lui, qu’il empoisonne avant de se tuer. Sa « frau » Eva, qui préfère le poison au revolver, névrosée, désirant ne pas faire une morte… abimée ! Le bunker de Berlin comme une bulle hors-monde ! Traude Junge déclarait : « Certes, j’étais si jeune et si candide. » Mais quand elle a découvert l’horreur commise et cette une jeune résistante de 22 ans, assassinée…elle aurait compris que la jeunesse n’est pas une excuse. Peut-on dire : Paix à ses cendres ?
J’ai repensé à ce merveilleux roman : « Le liseur » de Shlink avec cette gardienne de camp nazi qui finit par admettre qu’elle fut une coupable et qui accepte sa condamnation, qui se pendra au moment de a libération…Une pauvre analphabète qui, mieux que tant de planqués nazis en Amérique-du Sud, découvre sa culpabilité. À propos de livre, hier soir, au lit, j’ai commencé à lire « Inceste » de Christine Angot (en poche). J’avais vu cette fille agressive et fermée chez Pivot. C’est d’abord plus de cent vingt pages de mots enlignés et alignés en une diarrhée verbale sans grand intérêt. Faut le faire, un culot vain. Aile qui l’a lu avant moi et me dit : « Va à la page 140, ça s’éclaircit. » J’étais las, assommé de ce stupide empilement verbiageux. Je m’endormais trop. À demain Miss « Inceste ».
4-
Dans le film de Denis Chouinard « L’ange de goudron » il y aurait démonstration de notre méchant racisme. Au festival berlinois, des journalistes inquiets par son « Ange de goudron, lui pose des questions : « Votre Québec ? Un pays fasciste ? Peuplé d’intolérants , de xénophobes ? » Le Chouinard embarrassé répond : « Oui, il y a du racisme mais non, rien à voir avec le fascisme ! » Voilà ce qui arrive quand pour faire une bonne histoire » on tord un peu le cou aux réalités.
Sortie à Paris de « Amen » du célèbre cinéaste de « Z », Costa-Gravas ( qui aidait, soi dit en passant notre jeune Chouinard à scénariser). L’affiche fait choc. Signé par l’audacieux photographe-designer congédié par la compagnie Benetton, Toscani. Un crucifix emmêlé avec la croix gammée ! Vives protestations du clergé catholique de France. « Amen » raconterait un affreux SS inquiet, repenti, qui, via un prêtre, tente d’alerter le Vatican sur le massacre des millions de juifs. Silence du Vatican averti ! Mgr. Ricard, cheuf des évêques cathos se lamente. Il proteste. Veut faite interdire le « sacrilège » « poster » en question. Mgr. Lalanne, grand secrétaire avance :
« Oui, à Rome, il y a eu des erreurs (tu parles !) et des silences (et comment !) mais cette affiche… »
J’ai lu sur la question « complicité » implicite du
Vatican avec Berlin nazifié. Pas beau à révéler. Par exemple, Rome qui ordonne de démanteler un parti politique, très fort, très solide, en Allemagne…Les nazis craignaient ces critiques lucides. Rome pour acheter la paix, fit démanteler ce parti « confessionnel » vigoureux. Il donnait une meilleure chance aux nazis de poursuivre l’ordre…brun ! Hâte de voir ce « Amen ». Amen. Et pas amène avec un pape frileux, vraiment peureux et surtout germanophile aveuglé, y ayant été « ambassadeur » vaticanesque. Nonce !
5-
Chez « Arcand en direct » (TVA), effrayante démonstration par les reporters Houde et Duffaux sur les écoeuranteries passées chez ces gens des J.O. Un tableau noir terrible ! Révélateur. Dont une séquence où l’on voyait clairement une gestuelle (par les pieds) de signes complices entre deux jurés. Honte ! Honte !
Tantôt, attendant aux portes de l’École hôtelière, lecture de : « L’ART DU ROMAN » par Milan Kundera. Un vrai intello. Il soupèse chaque mot, examine le moindre terme employé par son questionneur. Il admire énormément Kafka. Ah ! Un de Prague comme lui ! Chauvinisme ? Cet « art du roman » me semble un de ces textes ambitieux où l’auteur navigue de sommet en sommet : Proust, Joyce, Flaubert…Kundera y utilise un jargon plutôt pénible. Il a été, et longtemps, la coqueluche du milieu intello d’ici. Je me souviens mal de « L’étrange légèreté de l’être » (un titre du genre). Pas un modèle de roman, il me semble. Dogmes, théories, sont à éviter en littérature, non ?
6-
Eh maudit verrat qu’il s’en passe des affaires louches et dans notre cour. Imaginez : à Westmount, chez « Dickens and Madson », une agence de démarcheurs
—(ouash, le lobbying n’est pas un métier et on le définit sans cesse, on veut réglementer une mafia à bons petits copains, à bons contacts, d’ex-ministres, sous-ministres etc. Ça pue ! !) —
où travaillent des grosses têtes en relationnisme. Voilà qu’un mec s’y amène et veut (tenez-vous bien) verser une demi-million de piastres pour l’assassinat (oui, oui !) de Mugabe, celui qui règne au Zimbabwe depuis deux décennies ! À Westmunt, on avait caché des caméras. Oh oh !
L’affaire fait de remous partout ! Les comploteurs tombaient mal : l’agence avait comme ami et client le bonhomme Mugabe ! Aïe ! On révèle tout au bon client et ami Mugabe. Le feu est pris !
On accuse Tsvangirai (chef de l’opposition là-bas). Ça barde ! Parmi les gens de l’agence d’ici, un certain Alexander Legault, venu de la Louisiane (il y a longtemps) et réfugié au Canada qui guette sa nationalisation par Ottawa. Décision le 18 mars, dit La Presse. Car Washington le veut et vite. Legault aurait fraudé pour 13 millions de $, plus de 300 « aînés » (senior citizens) floridiens ! Il a peur le Legault. Il se défend, il dit : « Des mensonges, c’est la vengeance de la CIA, si on me déporte ils vont me tourmenter. » Pourquoi donc ? Ah ! Ce Legault dit qu’il fut le tout premier à alerter Ottawa sur la CIA qui payait notre « bon docteur Cameron » pour jouer avec les cerveaux des patients à « Royal Victoria Hospital », Avenue des Pins. Eh b’en !
C’est à suivre, non ? Je vous dis, tout un monde de fripouilles vit dans notre territoire. J’ai souvenir d’une voisine du Vieux-Bordeaux, Madame H., qui fut une des victimes de ce Cameron-de-la-Cia. Une histoire effroyable. On a fini —ce fut très long— par payer…un peu, les victimes des expérimentations CIA-USA. Chez nous, tout ça ! Colonialisme puant ! Un monde !
Ainsi, vient de mourir Lucien Rivard. Un mafieux important de cette « French Connexion », proprio de « La plage idéale ». Chalet à Pointe-Calumet. Il était « travailleur » d’élections pour les Libéraux d’Ottawa. Le père Pearson en fut secoué quand éclatèrent des scandales avec ce Rivard au beau milieu. Le grand choc. C’est ce pégrieux qui s’évadait de la prison voisine de chez moi, à Bordeaux. Une aventure incroyable. Un voisin, à quatre portes de chez moi, un comptable, avait ses bureaux, Pace Crémazie, juste à côté de ceux du bandit Rivard. Et c’est lui, ce comptable, qui lui offrait un « pouce », oh hasard hein ?, quand Rivard s’échappait. Le voisin bordelais du comptable était le ministre Claude Wagner, à trois portes de chez moi, Libéral à Québec ! Eh oui ! Vous voyez ma surprise ?
Journaliste chez Bernard Turcot, j’avais alerté la rédaction. On passa par Daniel Jonhson tant on trouvait l’affaire juteuse mais délicate. La peur des poursuites judiciaires rend prudents les médias. En « assemblée nationale » on peut tout dire. Mais….
Le Daniel Jonhson tente de raconter ce que je vous dis ici. Jean Lesage se drapait dans sa dignité. Et, secoué de ces « Wagner-voisin-comptable-voisin-Lucien Rivard-orgnisaeur-travailleur rouge- … Tit-Jean-le-Noble commanda l’ « heure du lunch ». Pause !
Ça se jase durant les repas au « Café des pourris »! Après…plus rien ! La question dérangeante était comme oubliée ! Johnson devait avoir, lui aussi, d’encombrants squelettes dans son placard. C’est « tu fermes ta gueule et je ferme ma gueule ! » C’est cela aussi la politique.
Penchez-vous un moment sur cette collision pègre-politique…pas par respect, par envie de vomir !
L’OTAN finissait par se secouer et bombarda durant deux mois, entre autres cibles, la Serbie, Belgrade. Avec des bavures, des erreurs de tir, et des morts ici et là ! On s’en souvient. À la grande cour internationale, voilà le monstre démago-populiste, S. Milosevic qui se dresse et s’indigne. L’OTAN c’est Hitler, c’est les Nazis ! L’OTAN c’est le mal. C’est la cible nouvelle ! Stupeur à La Haye !Effet de judo. Tirer son adversaire vers soi. Revirer l’accusation violente. Tactique. À suivre mais ça va durer un an, peut-être deux…Ouais !
Hâte de voir ce documentaire sur le RIN. Lancement samedi mais…j’aime trop ma petite campagne. J’irai pas. Un jeune homme me veut comme témoin parlant pour son projet de film sur le peintre Serge Lemoyne, connu quand j’étais critique d’art dans les années ’60. J’ai accepté de l’aider. Lemoyne avait des idées, du front, inaugurait ici des « happenings » amusants. Il est mort il y a peu.
Gilles Groulx, j’y reviens, « braillait sans cesse contre l’ONF mais il a jamais pu quitter l’institution ». Je lis cela et je sais que c’est vrai. Pierre Perrault, Arcand (Denis), Godbout, d’autres aussi, gueulaient sans cesse contre l’ONF, sa censure, ses patrons « chieux ». Ainsi au réseau français, moi comme tant d’autres, on en bavait…. lourds de griefs divers, on critiquait mais on restait là. Où aller ? Dans ma « biographie », du Canal D, on me fait dire : « 30 ans décorateur et 30 ans de bonheur comme il le dit lui-même. » Et c’est vrai, mais il faut entendre « 30 ans de bonheur avec les camarades »…pas avec les patrons « chieux », à genoux devant les nerveux fédéralistes d’Ottawa où la SRC a son siège. Comme si on payait pas nos impôts à Ottawa les Québécois.
Quoi ? Des diamants à la Baie-James ? Eh b’en ! Sait-on jamais ! Une richesse de plus ? Au fond des blocs erratiques de ce plaines arctiques ? Je me souviendrai toujours de ce territoire tout blanc, visité du temps de la radio pop, CJMS. L’avion survolant le blanmc, le vide. Immenses paysages de petits sapins, d’épinettes noires si maigres, neige et glace à perte de vue. Le barrage gigantesque. Du béton sur des rochers ! Ce village installé pour faire taire les déplacés, Chisassibi. Visages d’enfants inquiets. D’hommes perdus face aux grues géantes pas loin. Monde perdu. Terre ingrate. Poignées de Cris. Subventions à gogo pour faire taire. Une nuit passée dans un camion-motel. La cafétéria des ouvriers montés de Montréal. Impression de solitude terrible. Chanson de Georges Dor réactualisée depuis la Manic. Bar bruyant. Si peu de femmes ! Un pays hors du pays. Ah oui, un souvenir impérissable. Des routes sans horizons francs dans ces savanes glacées. Si peu de monde hors le barrage. Le canot automobile sur La Grande. Les truites en masse. Délicieuses. Les cris des travailleurs dans les chantiers. Un rire soudain. Soliloque imposant. Un grand rire de fou. Des clameurs. Sifflets. Dynamite. Bizarre contrée hors civilisation. Qui m’a laissé un souvenir étrange. Celui d’avoir séjourné au fond de la Sibérie. Goulag confortable.
Voilà, il y aurait du diamant. Déjà des compagnies se forment. On y va bien voir. Allons voir. Ah seigneur, pauvres Cris sauvages qui chassaient, qui pêchaient…Ils auront des bagues à offrir à leurs squaws ? Doutons-en.

LA MAIN SUR LE COEUR

LA MAIN SUR LE COEUR

par Claude Jasmin

prologue

Dans la noirceur, ils montaient, tous, vers le nord. Il y a eu cet accident. « Une déplorable bavure » a conclu l’autorité policière. Plus tard, une adolescente, en larmes, m’a offert ce qui suit, quelques feuillets. Elle m’a confié: « Y s’en venait à ma rencontre, lui et la vieille trafiquante fardée, y faisait noère comme dans le poêle. C’était la nuitte. Y m’restait juste çà, un p’tit paquet »

Le pouce. Je.

Je t’aime Chantal. J’avais réussi à me sauver. Je voulais te retrouver à Saint-Sauveur dans le nord. J’avais perdu mon emploi, je sais pas comment. Je reste précaire, comme toujours. J’avais fait un mauvais coup, vol à l’étalage, encore une fois. Je voulais pourtant plus rester un voyou. Je m’étais retrouvé en tôle. Je suis né croche, Chantal? Je donnais raison à ma pauvre mère là-dessus. Je voulais changer de vie, je te le jure. Je voulais te retrouver, mon amour. Je t’ai connue et j’ai su qu’il n’y aurait plus jamais que toi, Chantal. J’ai voulu m’évader. J’avais un plan. Je partais avec toi, le lendemain matin, pour l’Abitibi. J’y avais mon cousin, Léo, à Val d’Or qui disait vouloir m’aider. J’avais aussi, en Floride, mon frère Albert, le concierge fiable d’un gros motel.

Je voyais diminuer, en courant, la maudite prison des juvéniles. Je rampais, je courais, je tombais, je me relevais. Je voulais tant te retrouver à Saint-Sauveur. J’ai entendu dans la noirceur le moteur d’un vieux camion et j’ai grimpé vers la route. J’ai levé le pouce. J’ai pris mon air d’enfant bien élevé, de garçon gentil. J’ai grimpé dans la cabine, j’ai dit « merci », j’ai dit: « montez-vous dans le nord? »

Je fixais son profil de vautour couleur carotte. Je voyais ses oreilles pleines de poils roux. J’ai dit:  » Ma blonde m’attend dans les Laurentides. « J’avais levé un pouce tout saignant, le pouce droit. Je saignais beaucoup de la main droite, écorchure grave. Je voulais pas que mon bloke rouge s’imagine des affaires. Je lui ai parlé de toi et moi, de l’amour. Je disais des mots: Léo, l’Abitibi, Albert, le motel, la Floride. Je répétais: « My cousin is rich ». Je l’ai entendu grogné: « J’ai parle l e french, tabarnak! » J’avais mal aux genoux, tombé trop souvent. J’avais vu une clôture ébréchée, j’avais pas vu le rocher quand j’ai sauté. Je parlais, je parlais, lui, rien, il disait presque rien, il regardait souvent mon pouce rougi.

J’ai fini par retrouver mon souffle, je me sentais mieux. J’allais enfin pouvoir te resserrer dans mes bras. Je flairais la vraie liberté, Chantal. Je tournais une grosse page. Je t’aimais plus que jamais. Je voyais défiler les paysages sur l’autoroute. J’avais pris le bon pouce. Je le regardais, si rouge, l’ongle arraché, bleu.

L’index. Tu.

Tu vas voir Chantal, tu vas avoir une autre vie. Tu diras plus: tu me tues! Tu vas voir qu’on va s’en sortir. Tu n’iras plus au Mont-Providence, ni ailleurs. Tu es mieux que ce qu’ils disaient, les gardiennes, les travailleurs sociaux. Tu vas vivre avec moi jusqu’à la fin du monde! Tu verras, à Val d’Or, mon cousin Léo va nous aider. Tu vas constater qu’il m’aime, qu’il a encore confiance en moi. Tu vas voir qu’il m’aime lui, au moins. Tu vas t’apercevoir qu’il reste encore des vrais êtres humains. Tu vas l’aimer mon cousin défroqué, une tapette fine pis intelligente. Tu vas aimer sa collection de chats de toutes les couleurs en Abitibi. Chantal, non, tu ne seras plus une fille mise à l’index, une fille interdite, une fille tabou. Tu as eu ton lot de mauvais coups du sort. Tu vas te rappeler nos bons moments, te souvenir de la plage déserte, en octobre, à Old Orchard, la fois du canot trouvé sur le Richelieu, du Vietnamien et de son banquet improvisé dans sa cour, rue Saint-Valier, de ses petits enfants rieurs.

Tu es celle que j’ai aimée tout de suite, aux Foufounes, comme un fou. Tu seras de nouveau ma belle princesse aux fesses si rondes, tu redeviendra ma souveraine misérable avec sa cicatrice sur le ventre. Tu vas oublier pour de bon ton enfance pauvre rue Hochelaga. Tu sauras tout de moi, ma mère hystérique rue Bélanger, bonne femme aux mille pilules. Tu sauras mon père, l’ex-débardeur chômeur, le géant disparu un matin à jamais, en scooter. Tu sauras tout de mes sœurs, des jumelles exilées en Californie. Tu vas me caresser la nuque comme j’aime tant. Tu reverras plus le garçon interdit, tabou, mis à l’index.

Tu reverras le soleil chez ta tante au Saguenay. Tu pourras caresser son grand chien jaune, Ringo. Tu reverras le nain comique, le mime, rue Ontario. Tu reverras le camping de Spring Lake au New Jersey. Tu retrouveras le ruisseau du Point-du-Jour à l’Assomption où tu es née. Tu aimeras de nouveau m’enlacer de tes longues cuisses autour de mon cou. Tu vas chanter tes belles tounes de Leloup comme avant. Tu vas pointer ton index sur moi et me redire: « te voilà mon beau voyou, mon gentil bandit, mon mal aimé de la rue Bélanger, mon bum blond adoré! »

Le majeur. Il.

Il se taisait toujours mon camionneur roux. Il klaxonnait pour un rien. Il avait les cheveux noués dans le cou, grosse queue de rat rouge carotte. Il grognait des imprécations chaque fois qu’une auto le dépassait. Il exhibait le majeur de sa main gauche, souvent, tout le bras par sa vitre abaissée. Il avait un grand tatouage de dragon vert sur les avant-bras. Il me jetait des petits coups d’œil sans cesse. Il grinçait entre ses dents des « On arrive. On arrive. » Il grommelait des « on approche. On approche, ciboire! » Il ouvrait la radio, il pitonnait dessus en sacrant. Il a dit qu’il cherchait une musique western. Il hurlait comme un démon. Il me faisait penser aux gardiens de Providence. Il a fini par ralentir. Il avait pu capter enfin une musique country.

Il a fini par me sourire, dents cassées. Il a marmonné: « C’est qui, au juste, que tu connais dans le nord? » Il voulait tout savoir sur mon cousin Léo. Il est devenu bavard subitement. Il m’a sorti des histoires, des affaires de son temps de jeunesse. Il m’a parlé de contrebande « b’en payante ce temps-citte! » Il dit qu’il sa bourlinguer longtemps avec des Warriors Mohawks du côté de Saint-Régis, aux trois frontières. Il m’a dit être un Major de Joliette, un Rouge par son père et un rouge par sa mère-carotte comme lui. Il a ri. Il a crié soudainement:  » Tabarnak que j’ai eu la chienne des fois! Pis encore là, à soir! » Il m’a expliqué qu’il cachait dans sa boîte des A-K-47, un plein chargement, dans des matelas usagés. Il avait peur d’un certain Gaston, un associé qu’il avait lâché.

Il a freiné, il a pris une bretelle, il a crié: « Saint-Jérôme, tout le monde débarque hostie! » Il m’a ouvert la portière en rigolant. Il m’a dit: « Là. mon p’tit bonhomme, tu vas te pogner un autre pouce.  » Il avait tout su pour ma fugue. Il avait levé le majeur une fois de plus en riant. . Il m’a regardé marcher vers un dépanneur du parking. Il a observé Jetta une blanche qui est venue s’immobiliser comme pour me ramasser. Il m’a fait un grand signe d’encouragement.

L’annuaire. Nous.

Nous étions des chiens fous, non? Nous étions comme les cinq doigts de la main, non? Nous étions « le gang des cinq », toi et moi, Marthe et son Marc, et Coucou, notre bouffon ébouriffé. Nous faisions de la musique dans la cave chez Marthe-poitrine plate. Nous allions devenir, tous, de fameux rappeurs. Nous finirions bien par lui mettre le grappin dessus au succès, au disions-nous. Nous avions quinze, seize ans.

Nous devions cogner pas mal fort parfois, alors Marthe et toi vous alliez vous cacher, peureuses. Nous avions nos livraisons d’herbes. Nous devions tenir parole, sinon gare! Nous étions bien braves dans le hangar à Coucou. Nous vagabondions des heures sur la Plaza Saint-Hubert, au Parc Jarry, au Marché Jean-Talon. Nous jacassions sur nos enfances maganées en machouillant de la rhubarbe crue, du chou-fleur, piqué. Nous bavions sur nos parents si cons, leur golf, leur bière, leur vidéo-cul, tous des cons finis, nous répétions-nous. Nous avions ri du vieux branleur DiBlasio, lui et ses chères poésies de Dante. Nous forgions des poèmes en faux amérindien pour l’épater. Nous étions heureux quand le gros dealer des Hells en BMW disait de nous: « Un couple emblématik, vous deux, toujours ensemble! » Place Jacques-Cartier, dans le Vieux, nous piquions de tout, un peu partout, nous écœurions les touristes américains. Nous avions chialé comme des veaux quand le maire Doré a fait démolir notre taudis, rue Sanguinet.

Nous avons fait de beaux voyages. Nous avons aimé les « bouquets » dans les îles Mingan. Nous avions aimé passer Pâques à Daytona, au bord de la mer. Nous gardons un bon souvenir d’une Saint-Jean à Percé, d’un fameux Noël à Hollywood, Fla. Nous devenions, un temps, des vagabonds célestes, disait mon cousin Léo, l’instruit. Nous étions devenus des orphelins débrouillards. Nous nous étions fiancés, Chantal, avec des bagues d’acier aux annuaires, chez Poitrine-plate, Marthe.

Nous serons deux encore si cette folle fardée au max, la dame à la Jetta blanche, veut bien s’arrêter de zigzaguer sur la route I5. Nous allions nous retrouver si la grimée-en-guenon cesse de rouler comme une dopée.

L’auriculaire. Vous.

Vous levez un petit doigt et on vous fourre en dedans. Vous êtes tous des bourgeois névrosés, . Vous nous guettez partout, tout le temps, les méfiants. Vous m’aviez pas dit ô Grand Bon Dieu tout-pissant que la maigrichonne fardée cachait un gros sac de dope dure dans son coffre de Jetta. Vous avez joué aux cow-boys les flics de la I5. Vous avez tiré sur nous quand la grimée a sorti sa mitraillette ; feu, à l’aveugle, les bandits costumés! Vous êtes venus voir si la pomme-cuite en couleurs respirait encore. Vous avez dit: « On y aurait donné le bon yeu sans confession, hein? » Vous avez aidé à nous coucher sur les civières de l’Urgence-Santé. Vous m’aviez promis d’avertir Chantal, qui m’attendait au garage de Saint-Sauveur.

Vous vous êtes moqué du gros brancardier qui s’enfonçait sans cesse l’auriculaire dans l’oreille, frottant à toute vitesse. Vous l’imitiez en rigolant rigolant. Vous veilliez à la porte de ma chambre d’hôpital à Saint-Jérôme. Vous aviez hâte de me réenfourner dans ma prison de délinquants, pas vrai? Vous vous fichiez bien de notre amour, de ma vie interrompue. Vous ruminiez votre gomme rose baloune. Vous avaliez café sur café. Vous engloutissiez des sandwiches de merde brune. Vous me grommeliez des « Oui, oui, on l’a avertie ta Chantal. Oui, oui, tu vas pouvoir y téléphoner à ton cousin.  » L’ambulancier obèse n’en finissait plus d’agiter son auriculaire dans sa trompe d’eustache. Vous ignoriez que pour moi, la lumière baissait, baissait. Vous crachiez par terre pendant que la clarté s’étouffait dans le corridor.

Épilogue, ils

Ils parlent ensuite à l’enquêteur joufflu. Ils parlent d’une bavure. Que je suis une bavure, c’est çà? Ils font sonner les menottes d’acier. Ils frottent leurs badges puis leurs revolvers, bombent les torses. Ils se fichent bien de ce voyou bandé de partout qu’ils vont maintenant ramener dans un cachot. Ils se foutent bien de toi, Chantal. De Léo aussi. Albert qui m’avait écrit:  » Un motel neuf va ouvrir à Sunny Islands, viens, t’auras une bonne job.  » Ils chient sur la plus belle fille d’Hochelaga.

ILS VOUS NOUENT des chaînes.

ILS NOUS VOUENT aux enfers.

Fin


(Anecdote: cette nouvelle, inédite, fut envoyée au concours annuel (sous pseudonymes) de nouvelles de l’hebdo VOIR en février 1999. On souhaitait découvrir et non confirmer des auteurs? En tous cas, l’année suivante VOIR annonçait que son concours serait dorénavant interdit à ceux qui ont déjà publié!)