LE CAS D’UN « ADÉLIGATOR » ?

Il y a des limites. J’ai parlé de l’ours-du-Sommet-Bleu, sorte de yéti, des chevreuils en dévoreurs de haies de cèdres. De l’orignal-aux-pommettes chez Jodoin. J’ai narré mes bêtes rôdeuses, racoons, moufettes, rats musqués et marmotte- Donalda sous la galerie; il y a couple désormais, sachez-le. Vous savez mon bouffon Jambe-de-bois la queue en l’air, mon tigré Valdombre, au pelage bin magané… Quoi encore ?
Voilà-t-y pas qu’un matin d’il y a quinze jours, une voisine Ouellet, deux lots de chez nous, me raconte les visites d’un coyote, petit loup « qu’on aurait aperçu du côté de la plage municipale. » Quelle faune en plein village ! N’en suis pas trop surpris. À Ahuntsic, des voyageurs de nuit en quête de déchets à déguster longent le chemin de fer, avenue de Port Royal. Furent surpris dans des cours des rues voisines, Sauvé, Sauriol.
Des écoliers marchant au catéchiste (non, c’est fini ça) marchant au skateboard… témoignèrent à ma fille, rue Prieur angle Chambord : « coyotes en vue madame ! » Bref, j’écoute ça et, un peu plus tard, au rivage des Ouellet, floue, lointaine vision d’une « remuante tache rousse ». Coyote ? Je dévale l’escalier et, très prudent, je tente de mieux voir l’intrus roux, me dissimulant derrière mes pins.

ADIEU AU PETIT-LOUP
On voit pas bien car deux haies touffues me séparent du roux fringant ! Soudain, la rousse bête se secoue, s’agite, saute en l’air, fait des tours sur elle-même et, zut, disparaît à l’ouest du terrain, chez l’amie Nicole, « la grand’femme-du-docteur » pour parler le claude-henri-grignon. Je ne vois plus le —peut-être— coyote et n’ose aller enquêter. La peur. Oui car, venues de mon enfance, de tristes z’histoires de coyote agressif me hantent.
En vieillissant, vous verrez les jeunes, deux choses : on pleure plus souvent (aux films tristes) et on craint des attaques sournoises. Alors, je rentre penaud. S’il y a dommage « carnivore » du fait d’un coyote enragé, je l’apprendrai en lisant La Vallée, non ?
Mais quand je raconte le coyote à l’ancêtre bavard, à la mémoire d’archiviste, McKay, le voilà qui trépigne : « Un coyote ? C’est rien ça. Vers 1930, mon jeune (hum !), en fin d’été, le gamin d’un touriste aurait jeté dans le lac sa bestiole. Un pet griffu monstrueux et qui serait devenu une calamité. Oui m’sieur, plus personne ne voulait se baigner au lac Rond. » Je m’installe sous pergola au jardin de cet ex-couvent de briques rouges, rue Lesage; j’aime les raconteux : « 1930 ? À quelle bête marine faites-vous allusion ? » Heureux de me voir appâté : « Oh ça ! On a pas pu retracer le garçon et on a jamais pu savoir de quelle espèce au juste était la bibitte dont il s’était débarrassée. »

L’AGRANDISSEMENT DU CAÏMAN
« Chose sûre, mon p’tit garçon (hum !) comme pour alligators ou crocodiles, la « chose » mise à l’eau a pu s’agrandir, grossir. S’ajustant vite aux dimensions du lac. » Mon conteur, fier de m’avoir captivé, me dit l’avoir « vu de ses yeux vu » au printemps de 1934. « Mon ami, ce fut en quelques saisons un sorte de serpent géant qui nageait du côté du Chantecler. Des loustics la voyaient : de longs crocs jaunâtres, une peau d’écailles verdâtres, une gueule de dragon chinois, une lourde queue qui battait férocement l’eau. Le tout reposant sur quatre pattes palmées. Un horrible griffon ! »
Je restai jongleur : « Vous me menez en bateau ? » Lui : « Pantoute, essayer de retrouver des journaux de 1933-34, vous verrez, on en a parlé dans tous nos cantons. Sérieux comme un pape, McKay continua : « Plus de touristes, plus de baignades, des recherches, avec des grappins puissants, des phares, jours et nuits, furent faites dans tout le lac Rond. Rien. Un certain mois de novembre de 1936, on retrouva la queue de la bête. Toute Moisie. Putréfiée. Se décomposant. La mort. Ce fut la fin des cauchemars et on a supposé que le monstre, exilé malgré lui de la caraïbe, s’était épuisé à mort de vouloir s’échapper de Sainte-Adèle. Soulagement, en été de 1937, la vie reprit son cours joyeux. »
Satisfait, mon McKAy s’en va, avec sa mine du chat raminagrobis, content de son effet. Et moi qui jonglait à un simple coyote échappé de nos bois, ça ne pesait pas bien lourd face à un alligator adélois jeté de son bocal… Prière, si vous fouillez d’anciennes annales, de confirmer l’adéligator !

CHEVREUILS AU SOMMET BLEU

Voilà que mon acrobate-écureuil, Jambe-de-bois, ne cesse de vouloir grimper aux oiseaux venus sur ma galerie. Il a changé, a le poil rare, la queue comme rongée, il fait pitié. Raymonde en chasseresse véhémente pour protéger la gent ailée. Tiens, des chardonnerets récemment, joli paquet de volants jaunes. Oh, voilà un pic. Sur une seule patte, cherchant constamment à garder l’équilibre.Pauvre éclopé. Ma compagne attendrie et choquée : « C’est lui ça, « ton » Jambe-de-bois cruel, le salaud ! » Non mais… il est pas « à moi », je proteste.

Loin de Maniwaki-la-réserve, ici, jamais de « lionceau en liberté ». Il y a cette histoire « de l’homme qui a vu l’homme qui a vu…l’ours », on la connaît. Écoutez bien ça : longtemps par ici -légende ?-, on me parlait d’un ours, parfois noir, parfois brun, qui rôderait au Sommet Bleu, Chemin de la Croix ou Chemin du Croissant, en ce quartier haut juché de mon village. Des promeneurs craindraient sa rencontre, me disait-on. Il s’agit un vieil ours goguenard, pas méchant d’allure, fidèlement abonné aux vidanges du coin. La ronde bête apparaîtrait et disparaîtrait au gré des saisons, capricieusement. Était-ce, en ce joli ghetto d’en haut, par besoin de faire peur aux candides bourgeois. En tous cas, je me méfie de cet ours jamais vu -on sait jamais- quand je monte visiter les amis Paltakis et l’auto garée, je file assez vite à leur demeure certains soirs de bonne bouffe-à-la-Carole LaPan.

PLEIN DE CHEVREUILS

Récemment, Luc, un assidu « des devoirs à vendre » de l’École-de-cuisine, me sert son histoire à lui de bêtes sauvages quand je lui cause d’un orignal venu baguenauder effrontément au rivage, à l’aube. Il m’écoute placidement, ne semble point surpris d’une telle visite et…en rajoute. À entendre ce bleusommettien c’est « en troupe » que de jeunes cervidés viennent rôder autour de chez lui, pas loin de la Croix de fer publique… bien mal illuminée, hélas. Je n’en reviens pas quand Luc me dit : « Oui, mais oui, on en voit souvent dans nos parages. Pire, en fin d’hiver, tout un groupe de ces jeunes chevreuils brouta à fond -affamés sans doute- une haie de cèdres entière ! » Légende urbaine encore ? Luc se moque de moi ? « Non, non, continue Luc, tu questionneras mes voisins, de bien belles bêtes, pas farouches du tout. J’en ai vu, et souvent, autour de ma propriété. Encore cet hiver, juré craché. »

Un loustic m’expliquait un jour : « Comme la chasse est totalement interdite dans toutes nos régions laurentiennes habitées, la reproduction de l’espère en est très favorisée. Ils peuvent copuler en paix et se multiplier en très grand nombre. Cela expliquerait ceci. Un hiver avec trop de neige égale donc tous ces nombreux chevreuils dévoreurs de haies !

Ces chevreuils qui s’épivardent dans les haies du Sommet Bleu m’a fait soudan me souvenir d’une randonnée dans un sentier sauvage d’un mont voisin, Loup Garou, pas si loin des condos du Chantecler.

UN ORIGNAL ÉPORMYABLE

Au soleil d’une promenade forestière en fin d’après-midi… soudain : une sorte de lourd et long terrifiant grognement ! Ma peur. Suivent des bruits de souffles… gigantesques. Je fige ! Le sol remua, je le jure, un sinistre tremblement ! J’imagine aussitôt un orignal égaré aux dimensions gargantuesques. Je l’avoue, oui, je panique. Je me penche et, vite, je ramasse un très gros bâton. Je détale. La peur. Je voudrais vous y voir les ricaneurs. Me retournant, je cherche des yeux une vaste forme mais le boisé en haut du Loup Garou est si fourni, d’une telle densité, qu’on n’y voit rien ! Je guette une énorme silhouette, j’imagine voir surgir d’entre les arbres l’ombre effrayante. Sans doute un orignal, peut-être blessé. Donc rendu agressif et dangereux.

Ma compagne a entendu aussi et, comme moi, en est fort intriguée. Un bon sens de la conservation me dicte aussitôt de fuir. Courant devant elle, je lui lance : « Viens vite, suis-moi, sauvons-nous, » Je jonglais,en cas d’attaque de cette bête, à grimper aux arbres. Des yeux, je cherche fébrilement un sapin ou un pin avec des branches basses. Quand je me retourne, ma Raymonde marche calmement, loin derrière moi. Je crie : « Plus vite, trouves-toi une forte branche, rejoins-moi ! ». Quoi ? Elle rigole ma foi.

Une fois éloignées tous deux de la source de ce beuglement épormyable… halte. Repos ! Mon souffle court. Elle, moqueuse : « Ouengne !, tout un homme ça ! Merci pour la protection, belle leçon de solidarité ».

J’en reviens pas de ce flegme… féminin, moi. Longtemps, encore aujourd’hui, cette brève aventure lui fera un fameux sujet de conversation dont je serai l’objet de venimeux quolibets. Mais quoi, quand il faut sauver sa peau, non ? Allez au diable les mâles féministes scandalisés.

Il n’en reste pas moins que l’on a tort en pays laurentien de croire son village tout dépourvu d’animaux sauvages. Ouvrez l’œil, ils y sont, tapis dans de propices ombres. Tel notre immense empanaché, ce « bétail » qui surgit du marais de l’ouest du lac à chaque automne pour, peut-être, dévorer nos pommes tombées.

Chers nouveaux venus, n’allez pas croire que nos espaces civilisés sont dépourvus de sauvagerie, l’hiver prochain surveillez vos haies, la nuit venue. Et, au Sommet bleu, guettez l’ours qui a vu l’homme…

NATIONALISME : BIENFAITS ET MÉFAITS

 Un correspondant à claudejasmin.com me relance car il a en horreur le nationalisme, à cause des dictateurs (Mussolini, Hitler etc.) en Europe (comme en Amérique du sud et ailleurs) qui utilisaient le nationalisme pour asseoir leur despotisme parfois écœurant. Une vérité irréfutable. Je me souviens de Gérard Pelletier, vieux camarade et mon patron à La Presse, brillant gauchiste catholique (il y en a), changé en « colombe de Pet » et qui était d’une méfiance extrême face à notre nationalisme, à cause du tyranneau conservateur Duplessis. Pourtant, on vit Pelletier défendre à fond la noble cause de l’Algérie algérienne. Selon lui, leur nationalisme était vital ! Il y a eu tous les nationalismes louangés dans les pays se décolonisant. Ces luttes amenèrent a aussi au pouvoir des despotes fous, je songe à « l’Afrique libérée ».

Une chose est sûre : en soi, le nationalisme peut être l’outil indispensable pour conduire une nation à la liberté. Des adversaires crient au devoir d’imiter les grandes nations : « il serait petit et chétif de parler encore « nation » au moment de la mondialisation. » Ils oublient le puissant nationalisme des États-Unis. Ou de la France. Les drapeaux sortis, la main sur les cœurs, les trémolos aux hymnes, dès qu’il y a menace en la patrie, octobre 2001 par exemple ou bien ce LePen soudain se rapprochant du pouvoir.

Il y a ici six Québécois sur dix, d’avantage probablement, qui sont nationalistes. C’est essentiel, nécessaire, à mon avis, c’est normal aussi. De farouches anti-liberté nationale osent dirent : « Restons liés aux Canadians car il faut être gros (be big estie !) pour mieux réussir. Je dis toujours à ces aveuglés : « Alors pourquoi ne pas nous joindre aux USA, nos puissants voisins d’en dessous ? » Silence, chaque fois !

La menace d’un despote, d’un tyran est toujours un risque. Pour le Québec, le Canada ou les USA. J’ai confiance en la démocratie, en la saine résistance des nôtres, si un tel manipulateur s’amenait. Voyez, au sud, la montée des Démocrates face au régime Républicain abusif sous la gouverne erratique du va-t-en-guerre, W. Bush. Qui achève.

Nous formons une toute petite nation —2 % sur le continent— qui a le droit selon la chartre de l’ONU de se gouverner elle-même. Librement. Sinon, bientôt nous serons une sorte d’ethnie parmi toutes les autres dans ce Canada qui grossit en population sans cesse. Quelle force, quel atout politique aurons-nous alors un jour si nous devenons un 15 % de la population canadienne ? Or, nous sommes plus de 80% au Québec, nous sommes une majorité.

Comment comprendre les batailleurs du fédéralisme? Il y a « la peur de la liberté », selon le sociologue brillant Cyrulnic. Oui, « une peur », car la liberté, disait-il, est la fin des protections « de l’autre », de la tutelle infantilisante, la fin d’une autorité aliénante mais bien confortable. J’ai des amis fédéralistes, nous discutons souvent, je veux toujours le faire avec calme, en toute chaleur humaine. En 1970, mon propre père craignait, détestait les propos nationalistes d’un René Lévesque et ses alliés. Dont j’étais.

Voilà donc presqu’un siècle (depuis 1961 et le RIN) que je lutte pour notre liberté. Voici maintenant que le parti politique qui porte « ma » cause est réduit à bien peu. On me questionne depuis le 26 mars : « Pas découragé ? » Mais non. La Grèce, pour prendre un exemple, a combattu presque 10 fois cent ans pour enfin obtenir sa souveraineté entière, pas vrai ?

Je ne crois pas du tout à une aussi longue attente pour le Québec. Je suis sûr et très certain que cela va advenir. Quand ? Ça ! Je respecte ce (trop long) délai, je sais la fragilité d’un peuple abusé, d’une nation —reconnue par un Harper— à qui l’on prêche les vertus d’une domination soft. C’est un autre fait très têtu : l’assujettissement des nôtres est tissé de compromis selon les saisons politiques. Il n’y a pas « en face » de pouvoir dur, raciste avoué, de lois cruelles. Chaque fois qu’il y a une poussée grave de nationalisme, on voit les adversaires lâcher un peu pus de corde. C’est tout cela qui rend la batille indépendantiste si difficile à livrer.

Lors du référendum (volé) en 1995, ce sera pourtant la panique, ce sera l’incommensurable gaspillage d’argent —Option-Canada et « les commandites »— par Ottawa. Quand je me dis pourquoi donc, comment cela se fait-il qu’il n’y a pas de supporteurs de la liberté québécoise chez les intellectuels anglos ? Je n’ai pas une autre réponse que celle-ci : « Ce Canada sans le Québec deviedrait rapidement une simple annexe étatsunienne. Un fait têtu cela aussi. Car hors des minces chapelles « nationalists » (à Toronto) le peuple canadian tout entier est « américanisé » et jusqu’à l’os. La culture —populaire, magazines, cinéma, télé, etc.— est absolument « All-american » Questionnez les lucides hors-Québec, ils vont vous l’avouer, admetre cete « colonisation galopante » Alors c’est : « Faut garder Québec pour nous différencier ». Vérité embarrassante je le sais mais réalité.

LA JOIE !

On ne change pas les Québécois ? Pas pour tout. Pas pour cette vision enchanteresse : la première neige, la blancheur partout. À cinq ans ou à 75 ans, la beauté. Nos exilés en pays chauds le disent, ils ont la nostalgie de la neige. Ce mardi matin avec l’ouate qui descend du ciel ? Image d’Épinal disent les grincheux. Allons, nul n’est insensible de cette… cotonnade paradisiaque. C’est beau et c’est une chance d’avoir quatre saisons. Certes l’arrivée du printemps contient un indicible plaisir, ce réveil de la nature endormie trop longtemps. Et l’été bien évidemment restera toujours la saison de la liberté. Mais vient de se terminer donc l’automne avec ses rutilantes couleurs aux feuillus, ses tons fauves partout, même dans les fossés le long des autoroutes…Mais la première neige, ah ! Sortir du lit, ce mardi passé, découvrir par sa fenêtre la vie en blanc, oh !
Gamines, gamins, c’était la fête, la promesse des glissades, du patinage dans « le rond » voisin. Ados, les skis dont il faut polir les planches, cirer les bottines…de vrai cuir dans mon temps. Pour les aînés, l’hiver annoncé, c’est donc tout un album d’images. Quant à moi, c’est les images à peine brouillées de tant de beaux soirs sur la patinoire proche du marché Jean-Talon, tant de sorties avec un traîneau, une longue luge ou même une pièce de vieux prélart pour dévaler des pentes, par exemple, dans le géant congère du coin de ma rue à l’époque où on ne ramassait pas vite les amoncellements accumulés par les charrues municipales. À la Carrière Villeray abandonnée ou bien, grandis, aux pentes des collines nommées « Les Hirondelles » à Montéal-Nord.
À quatorze quinze ans, balades fréquentes en tramway #24 jusqu’aux pentes du mont Royal avec des skis achetés « seconde main ». Rencontre excitantes, aux lueurs des lampadaires sous la statue de l’ange (de Laliberté). Ou dans les « goleys » abrupts. Ou près du chalet à la cime. Tant de joyeux fleuretages de jolies étudiantes inconnues. Illusions des amours passagères : « Ais-je bien noté son adresse et numéro de téléphone ? » Dès que tombait « la » première neige c’était tout ce caravansérail de projets qui tombait avec elle. Collégien, ces excursions dans « le nord », les « vraies » montagne, celles autour du modeste hôtel Nymark, disparu aujourd’hui. Là où l’on permettait aux jeunes skieurs désargentés d’apporter un lunch. Restait le bon chocolat chaud pas cher. Un dollar pour le bus loué par « Ski-Grasset », un dollar pour le « skitow » à câble sur poulies grinçantes —aïe ! à s’en arracher les bras— afin d’escalader les collines dites 68,69, et la bien raide 70. Que d’après-midis de congés merveilleux ! Oh les bonheurs de l’hiver, de ce temps sans images virtuelles, sans ces jeux à manettes sophistiqués, juste ça : glisser sur deux planches aux « steel edges » qui rouillent.
Nous rentrions dans Villeray, la morve au nez, les joues rougies pour dévorer la modeste pâtée de « môman ». Et puis nous allions à notre pupitre —meuble que j’ai gardé dans ma cave— rouvrir nos cahiers et manuels pour traduire, du latin, cet Italien antique, Julius César, guerroyant en France primitive, ou bien le poète Grec et ses homériques hallucinations avec, encore en tête, ces monts et vallées laurentiens. Plaisirs vifs de la glisse. Voici donc, tombée, la première neige mais nous savons bien qu’elle n’est qu’un avertissement pour sortir pelles, brosses, grattoirs. Surtout les lingeries pesantes. Elle va fondre cette « première neige » et il faut attendre fin décembre pour vraiment y être dans « cet hiver trop long », chanté par Vigneault. Mardi matin, à ma fenêtre donc, pins géants bellement enfarinés, pelouses en glaçage vanillé, gâteaux de noces sous la lente chute des cristaux. Ô !, cette tombée lumineuse jouant la menace pour rire car jamais de vrai enterrement, seulement un bain de poudres pour recouvrir les beiges, les gris, les bruns automnaux.
Et dans nos cœurs, chaque année, toujours, oui, le rappel de l’enfance : nos mitaines en grumeaux à faire sécher sur le radiateur de la cuisine, nos tuques saupoudrées, nos foulards mouillés de nos sueurs de féroces patineurs. Le précieux traîneau de bois attaché à la clôture de la cour. Demain matin l’école hélas, mais à quatre heures, ruée dans l’hiver revenu, cris de joie dans la ruelle, le rassemblement des copains emmitouflés : le cinéma Château voisin a loué une charrue et un « banc » de neige géant s’élève entre deux garages. Sauteries folles, devenons Batman, Superman, héros immortels ! Sauts périlleux des galeries à remises des étages ! Stupeurs des mères affolées ! Nos bonds prodigieux sans nous faire mal puisque l’hiver c’est blanc et mou. Hiver des jeux interdits. Hiver : un long permis pour se remplir d’air pas encore pollué sérieusement en ce temps-là. Le grognon, le bougon boude mais pour moi, première neige égale « la joie » !

Le lundi 21 octobre 2002

1-
Ce lundi matin : je lève le store, soleil flamboyant sur mes érables, bouqet fleuri d’ocres, d’orangés, de rouges, de citrons et, autour, contraste aveuglant, la neige de cette nuit, si blanche. Oh ! La beauté naturaliste ne finit pas d’éblouir, non ?
Miche de Sherbrooke, choqué pour moi, lui ayant raconté avoir été chassé du collège (après l’année de l’Immatriculation) et traité dans un « billet aux parents », d’indésirable. Peine atroce de ma mère, déception cruelle pour mon père. Moi choqué, bouleversé, de ce mot affreux, cruel : « élève indésirable ». Le collège actuel a changé d’idée ? On va me nommer « élève à imiter » ! C’est bin pur dire. Pas dupe, je sais bien qu’on veut mousser l ‘Institution du « boule Crémazie » en se servant de ma notoriété et je marche volontiers car j’ai connu quatre ans de bonheur au Grasset malgré certains incidents. Cette Miche me raconte avec talent ses souvenirs de « chouchou » —« pas docile mais peureuse »— du couvent et en profite pour proclamer qu’elle a connu des nonnes formidables, ce qui est toujours vrai.
20-
Hier, beau soleil, Aile me voyant aux petites orgues de mon clavier : « Clo ? Je pars marcher » ! Je partirai à mon tour mais je ne la vois plus. Je la cherche mon Aile bien aimé. Aller vers l’est ou vers l’ouest ? Je tourne en rond rue Morin, pas trop loin de la maison. Introuvable ! Revenue, elle me voit transporter chaises et tables de la terrasse, accoter la planche à voile sur le saule, poser un tuteur pour le bouleau penché, et quoi encore ? Heureux de nous retrouver comme si elle avait fui le domicile conjugale…Non mais…Dépendance affective ?
Quelques rares liseurs du journal me disent leur désolation ayant annoncé que cela s’achevait. Ils me troublent. « On est responsable de ce que l’on apprivoise… », m’écrit un lecteur saintexupérien. Vrai. Mais bon, Dieu sait ce que je pourrai pondre sur internet. Ce « collier » du journal m’est pesant. Me sentais pas vraiment libre et pour moi, la liberté ( qui m’a coûté cher parfois) c’est sacré. Je donnerai à mon webmaestre, Marco, des textes divers, c’est plus que probable.
Durant les pubs criardes, hier soir, je glane dans un livre de Jean Marcel (« Lettres de Siam » chez « L’Hexagone ») : « le bouddhisme n’a jamais fait se répandre une seule goutte de sans en plus de 2,000 d’existence, quelle autre institution spirituelle peut en dire autant » ? Trop vrai ! Mon Daniel qui s’approche de cette planète asiatique sera content.
3-
« Ici, Joyce Napier, à Jérusalem », voilà une excellente correspondante de la SRC, aussi ce « Ici, Christine Saint-Pierre, à Washington ». Une autre bien parfaite. Écrire cela pour montrer que je ne suis pas que négatif avec ces voix d’ailleurs à Radio-Canada.
Cessera-t-on un jour de nommer « juif » tous les Israélites de la diaspora ? Plusieurs ne sont pas des « pratiquants ». Chez les Israéliens, à l’est (comme ici à l’ouest) il y a beaucoup d’agnostiques, des athées aussi, on le sait pourtant. Juif, c’est une religion. On ne marque pas « catholique » ou « Chrétien » tous les baptisés de la planète ! Et puis il y a des gens, hors cette nation, convertis à la religion juive. Dans le même sens, Pierre Bourgault (à la radio de Bazzo) fustigeait qu’on marque « Iraquien » (chez la mère Dussault à Télé-Québec) des invités en forum qui sont des Québécois désormais. Il avait bien raison. Facile de mettre un carton marqué : Iraquo-Québécois comme on dit Italo-Québécois.
4-
J’ai vu « Bilan » de Dubé, filmé par Lorrraine Pintal, adapté (?) par Gilles Desjardins, hier à la télé. Une dramatique bien noire. Qui laisse froid. Pourquoi ? Aucun des personnages n’est sympathique…à part peut-être ce bras-droit, Gaston…et encore ? Ainsi, le téléspectateur de cette famille bourgeoise cassée, perdue, écrabouillée, n’arrive pas à sympathiser —avec personne. Le héros de « Bilan » est une fameux salaud —fort bien rendu par mon cher Vincent Bilodeau— et qu’il se fasse déculotter ne nous émeut pas un instant. Aile d’accord là-dessus. Dans « Mort d’un commis-voyageur » (pour seul exemple), le héros arrache l’empathie. C’est une victime. Dubé, délaissant les « pauvres », décidait de dépeindre les « riches » un jour, et y allait avec une encre impitoyable. : « tous des corrompus ». Vision manichéenne qui lui aliéna une grande part de son public. N’empêche que l’on s’ennuie (les ges de ma génération) du « Téléthéâtre » de jadis.
Avant « Bilan », vu un fort bon docu sur Marcel Duchamp à ARTV. Ce personnage, surréaliste à sa façon, étonnant révolutionnaire en art, fut un pionnier pour secouer le monde visuel, à Paris comme à New-York dans les années ’20. Duchamp (que j’enseignais à mes jeunes élèves avec délectation ) termina sa vie… en jouant aux échecs. En expert ! Cet abandon subit des arts visuels… Il a tenté de l’expliquer mais cela reste un mystère.
Après « Bilan » nous zappons sur « Actors Studio » et c’est, s’achevant, la rencontre de Lipton avec Melanie Griffith. Timide, mal à l’aise (elle aurait jasé sur sa dépendance aux drogues) l’actrice montrait une étrange personnalité. Ah, ellle déclare qu’elle tient son journal sur Internet ! La vilaine copieuse ! Dit que c’est « une sorte de thérapie » (hen ?) pour elle ! À la fin, Aile : « Elle semble bien tristounette la dame » ! Oh oui ! Le réservoir des forts talents s’épuise-t-il chez le père Lipton. On dirait.
5-
À « Découvertes » hier, utile dumping de la BBC encore, le cloning humain. Débat filmé. Controverse vivifiante. Un « pro cloning humain » dira : « Il faut penser aux couples inféconds » ! Sommes-nous deux vieux schnokes ? Aile, comme moi, toute dubitative : « Laissons donc la nature faire son ouvrage… ». Oui mais… ouvrage bien cruel, bien injuste parfois.
Mon Éliane au téléphone avant le souper. Longue jasette père-fille. Des nouvelles des garçons. Gabriel voulant devenir chef d’orchestre, songe à un DEC là-dedans. Mère inquiète. Laurent irait aussi à « Dawson college ». Je ne dis rien. David (en administration à Concordia)veut maintenant virer vers le droit ! Pauvres parents ! Je me suis souvenu de mes anxiétés quand Éliane et Daniel jonglaient « avenir ». On veut pas trop orienter, on souhaite la liberté mais… Éliane me dit que ce chalet au Lac Caché, c’est « non » ! Les fils : « On ira pas là, pensez-pas nous y voir, on a tous nos amis en ville », etc.
Le drôle Laporte, La Presse du dimanche, nous fait litre le journal intime (Ah, le journal !) de la Reine Bebeth-Deux. Voilà la monarque, toute émoustillée, libido enfin relâchée, profondément troublée par ce bras autour du cou à Otttawa. Il m’a fait éclater de rire.
L’astro-physicien bon vulgarisateur, né ici, vivant en France, Hubert Reeves a jasé 50 heures face à sa réalisatrice Cardin-Rossignol. Elle en a gardé…une seule heure ! Ah, ce gaspillage. Il déclare : « Je suis découragé et volontairement optimiste car devenir négatif n’arrangerait rien ». C’est mon programme de vie.
6-
Martel, le plus fidèle chroniqueur de nos livres, vantait dimanche, énormément, un récent roman : « Banlieue » de Yergeau. Hélas, Martel n’a aucun talent pour bien transmettre à son lectorat ses choix, ses bonheurs de lecture (toujours éclairés). Il en sort donc encore un article plat qui n’amènera guère de lecteurs chez les libraires. Réginald Martel ferait mieux de publier des interviews avec ses favoris s’il souhaite vraiment les aider. C’est un bon questionneur. Mais, paresseux ?, il le fait une ou deux fois par année. Et pas chaque année, hélas ! C’est quoi, un don ?, de pouvoir faire aimer ce qu’on a aimé, de donner l’envie d’aller vite chez le libraire du quartier. Sa prose hebdomadaire est comme un devoir scolaire, il n’y peut rien. Il y a du prof ennuyeux chez lui. Dans la vie l’homme est autrement chaleureux, je l’ai un tout peu fréquenté jadis (rencontres d’écrivains, interviews). On verra ici que je ne cherche pas à me protéger comme auteur. Martel aime la franchise et n’est pas rancunier.
7-
Un policier-auteur, Farrell, dénonce la police secrète d’Ottawa. Le SCRS. En créant notre FBI-CIA bien à nous , on a voulu corriger la sale et illégaliste « GRC », engluée dans des scandales énormes, on le sait. Eh bien, ce serait encore pire avec ce SRSC ! C’est 2000 bonshommes disposés à sombrer dans les fautes graves d’éthique, ce serait 200 millions de notre argent public pour propager ces « truands » en uniforme. Horreur ! Et, dissidents de tout poil, ouatchez bien vos lignes, pour un oui ou un non, on vous met « sur écoute », on ouvre votre courrier. Un autre « ancien » de ce SCRS confirme les odieuses révélations de ce Farrell.
Le voisin d’en face bourre des tas de gros sacs orangé.s de feuilles mortes. Pourtant les feuillus ne sont pas encore dépouillés vraiment ! Un zèle rare. Un besoin de propreté pathologique ?
C’est l’attente de novembre, le mois le plus laid de nos quatre saisons. Pire que mars qui est pas rigolo. J’ai vidé le reste des jardinières d’Aile, si belles cet été, flop ! flop! la terre sur les pieds des lilas encore verts, eux, les tenaces.
8-
J’ai terminé « Le joueur de flûte » de Louis Hamelin. Heureusement, au milieu du roman, l’auteur se concentre sur ce pauvre Tit-Luc Blouin qui tente de trouver son père abandonneur. Il le verra au bout des sentiers sauvages dans son « schack » en ruine, avec une femme fanée et soumise, une torcheuse du « grand esprit raté » —comme toujours avec ces zigues révolutionnaires ! Le meneur d’antan, l’entraîneur « joueur de flûte » fatal, est devenu une loque humaine, dopé à la codéine et à l’Absolut (vodka). Ce sinistre papa va se tirer une balle après avoir deviné que le tit-Blouin est son fils oublié.
Hamelin a un talent rare pour décrire. Je ne regrette pas d’avoir continué ce « Joueur de flûte » malgré mes réticences du début avec trop de monde dans le domaine « vancouvérien » des cocos écolos, des granos désaxés. Un portrait cruel. Un liseur « à premier degré » pourrait croire à une charge terrible de Hamelin contre ce monde de « vieux ados » déboussolés. Ces paresseux rêveurs (on en connaît tous), en effet, sont dépeints en misérables candides, enchaînés à des idéaux de pacotille et surtout aux hallucinogènes de toute farine, de tout champignon ou herbes sauvages. La finale verse dans l’onirisme et c’est bien foutu. Tit-Luc est cuit. Il rampe dans le tronc d’un arbre géant évidé par les tempêtes, crapahute vers un coin de ciel bleu, orphelin, il a des ailles imaginaires. En bas, la police scie le vieux feuillu. C’est la fin des protestataires généreux, crasseux bohémiens modernes, gitans à cause noble aux cervelles fêlées. Partout, la police gagne ? Les « coupeurs à blanc » triomphent ? Les Indiens reculent ? Les idéalistes sont broyés ? Un très bon roman, Martel, tiens, avait bien raison.
9-
Samedi après-midi, soudainement, la brume partout ! Ensuite, le soleil s’avance là-dessus. Oh ! Belle bataille de lumières. La beauté encore ! Aile : « Clo ? T’as vu ça ? Dehors ? Tu regardes ça » ? Oui, je regarde ça et c’est troublant. Le soir, film loué par Aile, « Une hirondelle ne fait pas le printemps » avec Seigner (fille du grand acteur) et Michel Serrault toujours juste. Cristine Caron signe. Une urbaine (de Paris) quitte la grande ville et étudie (un peu) l’agronomie, achète la ferme du vieux bougon (Serrault). Le ronchon acariâtre l’observe et doute de ses capacités, il peut jouir (pour un temps) d’une maison collée à la ferme. Choc de deux mondes. Amusant récit de la débrouillardise de la jeune dame. Péripéties qu’on voit venir. Histoire en apparence banale. Un film amusant, sans plus. Une fin ouverte comme un roman inachevé. Pas plate ! Pas fort !
Vu Molinari —une vieille femme— à « Tablo » et qui ose parer « impulsion » alors qu’il « beurre » entre des papiers collants. J’ai toujours aimé son esprit, sa faconde. Hélas pas ses toiles. Critique j’avais osé mettre : « fabriquant d’auvents » ! La vérité à mes yeux, lui et son « masking tape » et ses raies colorées. Il me chicana raide un temps. On le voit à « Tablo » posant toujours son maudit « tape ». Misère picturale, suiveur docile des Mondrian et Cie. Des plasticiens expérimentaux du début du siècle. Il jase mieux qu’il peint. Persistant en farouche « manufacturier » de bandes colorées (décorateur ?), mon Moli (installé dans une vieille petite banque d’Hochelaga) a fini par être amalgamé avec les « anciens » du vieux fort contingenté de nos peintres « historiques ». Grand bien lui fasse…en subventions. Pour la caméra, cabotinant, mon Moli a repris un truc de sa jeunesse : barbouiller une bout de toile « à tubes que veux-tu », les yeux bandés. À l’aveugle. Résultat :une bouillis fade. On le voit la bouche crochie. On le comprend de rependre son « masquing tape » !
10-
À « Tablo » ces ouvrages venus de « Loto-Québec-collection », avec « bla-bla » de doctes connoisseurs —ce qu’ils disent, sauce passe-partout à la Guy Robert, « fitterait » avec n’importe quel peintre— font songer à de la complaisance niaise pour un commanditaire. Insupportable ! Justement, téléphone tantôt : « M’sieu Jasmin? ARTV très satisfaite de notre série « Tablo », on vous prévient qu’il y aura des « passes » (reprises) supplémentaires. On va vous envoyer un papier à signer ». Tant mieux !
J’ai envoyé hier, pour un tome futur, les entrées de juillet, août et septembre à la « saisisseuse de textes » de Victor-le-matamore. Ce matin, un « OK, bien reçu » de cette Martine Aubut. Sortie quand ? Pour le Salon du livre de Québec, en mai 2003 ?
Je feuillète le magazine « L’Âge d’or » de novembre où, sur quatre pages avec photos, est installé mon entretien avec Stanton. Médicaments, prothèses, dents, oreille, yeux…Hum ! Recettes prudentes pour les vieux. Voyages organisés pour les vieux. Ouengne !
11-
Je lis que « Van Houtte » va s’installer jusqu’en Europe. Pauvre pôpa ! En 1925, à vingt ans, financé par sa moman veuve, il tente « son » Van Houtte à lui. Trois magasins. Échec total. Aucun sens des affaires, c’est certain. Il finira, penaud, à vingt-cinq ans, par faire creuser la cave du logis familial et vendra des hamburgers et des « grill cheese » durant de longues décennies, enfermé sept jours sur sept, de 9h à une heure du matin. Pauvre pôpa !
Le cas Foglia. Au fond, il se raconte en racontant à Moscou un ami émigrant. Foglia gémit que c’est dur d’émigrer. On n’en doute pas. Pas moi en tous cas. Il gémit. De là son humour coriace, ses critiques acerbes parfois. On s’en ira pédaler fréquemment en Nouvelle-Angleterre. C’est les USA rêvés. Son ami moscovite imprudent, un physicien, est dans la « guénille » à Ahuntsic. À salaire minimum ! « Je l’avais pourtant prévenu », dira Foglia ! Clair message : dur d’émigrer.
En Écosse (pas encore vraiment ibre !), un politicien con parle du Québec : « Danger de vouloir l’Indépendance, voyez le Québec, tout s’écroule depuis leurs referendums ». L’ignare. Depuis 1995, le PNB, ici, est le meilleur de toute la (fausse ) confédération. Daniel Audet ( à Londres) lui a fermé le clapet à cet idiot. Et « Vive l’Écosse libre » !
Je vois des petits placards du nouveau jeu de société inventé par mon cher fils. « Top secret » est dans « Voir », dans « Le Devoir ». Je touche beaucoup de bois. Je lui souhaite le même succès qu’avec ses « Bagou », « Visou » et « Polémiques ». J’admire mon gars de vouloir demeurer un travailleur autonome.
12-
Vendredi, j’observe « L’Infoman », cet hurluberlu cocasse. Son ton m’exaspère. Criard. Parfois il vise juste et fort. Parfois c’est d’une vanité, d’une vacuité totale. Bien plus étrange cette longue émission (TVA vendredi soir) avec Claire Lamarche. Elle organise, pour voyeurs, des retrouvaille dans son studio. En direct. Aile en est mal aise et puis éclatera en sanglots face à cette mère, pleurant de joie folle, retrouvant son grand « garçon-donné » en adoption. Les yeux pleins d’eau à mon tour. Irrésistible procédé. Mélange donc de voyeurisme et aussi d’ humanisme. Une télé bizarre ! Des gns acceptent cette impudeur sachant l’efficacité des téléphonistes experts de Claire Lamarche. Irruptions gênantes en effet, intrusions audacieuses. On regarde et on voudrait être ailleurs aussi.
Des pubs sottes entre (avant) les grands moments forts. C’est accablant. Commercialement d’une vulgarité qui dépasse tout. Lamarche joue ce jeu audacieux et semble en être très heureuse. Bon. Un drôle de monde hein ? C’est le nôtre.
Chez Homier-Roy, bon portrait de la comédienne (cinéma et télé surtout) Louise Portal. Elle publie depuis peu : deux romans. J’aime les artistes qui font, soudain, autre chose . Bon signe. Envie de passer à autre chose souvent. Sortir de la littérature. Des écrits. Allez m’inscrire chez ces bureaux de casting ! Avec C.V., photos. Dernier début quoi ! Me faire employer comme « acteur à cheveux blancs ». L’Union n’en contient pas trop. Folie ! Oui, je sais. Faire autre chose… Briser des carcans ? Je sais pas trop.
13-
Christiane Charrette dimanche (SRC), toujours stridente, énervée, au bord de l’hystérie. Une si habile questionneuse. Et elle applaudit, frénétique, ses propres entrevues ! Elle est brillante et devrait se calmer, parfois elle coupe inopinément, elle chevauche ses invités et c’est bête, inutile. Dimanche, on a jasé sur l’affiche d’un film (de Morin) « Le nèg ! ». Un débat curieux. Le film n’est pas encore montré qui dénonce le racisme de certains Québécois. À suivre.
À mon côté, pile de coupures de mes gazettes. Unutilisée une fois de plus. Des sujets qui m’invitent, tous, à … » opinionner » sans aucune vergogne ! Pas le temps. Pas d’espace. Le journal s’enflerait de pages et de pages. Stock inutile donc. Chaque matin, pourtant , je coupe, je déchire…et cela grossit vainement sur ma table de bout.
Aie s’énerve un tantinet. Il faut descendre en ville. « T.L.M » demain matin avec Houde et la belle Bertand. Je suis très prêt. Visite au garage V.W. rue Saint-Hubert. Ces pneus d’hiver. Aller voir Francine L., rue Liège. Courses ici et là. Oh, prothèse auditive neuve à recevoir rue Fleury. Et quoi encore ? Alors en route pour monrial au soleil …

Le jeudi 17 octobre 2002

STÉPHANE BUREAU:  » Un déménageur de temples  »

1-
Ce matin, pas de cette pluie crachine comme hier mais un ciel d’une lumière lactée niaise.
J’ai vu le début d’une biographie sur Jean Duceppe mardi soir. Un acteur très populaire, et parfois populiste, —coureur de jupons invétéré, jeune— hélas disparu, de notre vie culturelle, c’était un bouillant « opinioniste », très coloré et suractif, converti tard au nationalisme indépendantiste. C’est la promesse d’une série télé bien terne. Un dialogue creux et mal écrit, sans vrai naturel (bons sites, bons décors cependant). Cela faisait « séance paroissiale » —Aile n’est pas du tout d’accord avec moi. On peut raconter une histoire ancienne avec un style, sinon moderne, actuel. Claire Wojas et Robert Simard (le réalisateur) se sont englués dans une sorte de reproduction (reconstitution ?) lente, pépère, sans allant aucun. Cet acteur étonnant, Paul Doucet, a su imiter le ton particulier de Duceppe (bouleur, avaleur de mots) et il a une bouille étonnamment semblable à celle de son héros mort trop tôt hélas. La sympathie que le public avait pour Duceppe rendra tout le monde complaisant face à cette manière pourtant sans dynamisme. Et les paquets de pubs criardes n’aident pas ! L’effronterie marchande s’installe à Télé-Québec, réseau public, de plus en plus ? Ignominie, mépris des spectateurs.
2-
J’aperçois Élie Wiesel (Prix Nobel) à « Cent titres » (avec son animatrice…excessive un peu…) mais Aile, une fois de plus, avait la zapette au creux de la main (cette tiraillerie pour le zappetisme !) et je dois zieuter ses chères « nouvelles ». Indispensables moments graves de ses jours. J’y entends de nouveau la misérable Danielle Levasseur ( à Bali) et son horrible façon de jaser actualités étrangères. Pénible, pénible ! Moi, je préfère lire les « nouvelles » le matin dans les journaux, moins pressés, moins bousculés par les sujets entassés et les maudites « pubs ».
Puis, on zappe chez Labrèche. Aile : « Regarde, une tête d’oiseau, celle l’autruche, non » ? Moi : « Regarde c’est le bec à rictus du « Joker » dans Batman, non » ? Ce laideron blond est désopilant en diable et souvent audacieux dans ses approches de sujets (« Les p’tites vites ») ou d’invités. Évidemment les forts moments sont rares et il faut endurer des passages ennuyeux, le salaire —inévitable— d’une quotidienne quoi !
Reçu par la poste le magazine « Le bel âge » qui contient l’entretien accordé à madame Stanton cet été. On n’annonce point l’interview en couverture. À quoi bon. Un écrivain hein ? Vous jacasser à cœur libre deux heures avec une journaliste et puis vous lisez un « papier » pas bien profond, pas bien stimulant. C’est la loi. Je me souviens de mes rencontres avec carnet de notes bourré pour « Québec-Presse » —avec Geneviève Bujold ou Monique Miller— et devoir pondre que trois feuillets. Et lire mon article « plate ». Oui, la loi des imprimés.
3-
Appel à l’instant de mon éditeur « troispistolants ». « Oui, oui, Claude, ton journal sera là et pour le Salon de Rimouski dans 10 jours et pour celui de Montréal bientôt. Ta couverture avec ton quichotte est belle, tu verras. J’ai coupé du journal ici et là, besoin de pas trop de pages !, mais j’ai rétabli des entrées coupée par ma réviseure. Tu te répétais parfois et je sais bien que c’est fatal dans un journal, mais à l’occasion non, c’était trop redondant. » Moi : « Tu as toute ma confiance, Vic. Hâte de te voir à Rimouski ».
Je reviens de chez mon toubib. 60 minutes d’attente. Merde ! Sur chaise dure, finir de lire sur Modigliani dans « Paris-Mastch ». Je l’aime ce macaroni ivrogne ! Singer, lisant des résultats de prise de jus, semble heureux : « Vous étiez à 8.2, vous voilà à 6.2 Bravo ! Continuez à mieux vous nourrir ». Ouen :légumes, poulet, poissons… Ouash !
Revenu, ma quasi-jumelle et sa meilleure amie, Micheline avec sa grande et joie fille, m’attendaient à la porte. Jasette au salon. Bière et thé. Pas grand moyen de placer un mot tant Marielle et sa Micheline jacassent. Deux pies. La pie claudiusjasminus obligé de se taire pour une fois !
J’arrive de l’École Bouffe. Aile encore grondeuse, l’œil sévère dans mon sac : « Quoi ? De leur pizza ? Hon ! Ton doc Singer va le savoir » !
Vu hier soir un merveilleux film de Bergman fils : « Tous le dimanches » (ou « Les enfants du dimanche ») à ARTV. Fameux ! Le récit autobiographique —scénario du papa fameux, Ingmar— racontant son père le pasteur luthérien soupe au lait, peu bavard. À la fin terrible face à face muet d’Ingmar vieux avec son père qui achève sa vie. Terrible confrontation silencieuse. Terrible ! Le père lisant le journal intime de son épouse décédée avant lui : « Ma vie, en somme, a été un fiasco » » Il ne peut pas comprendre ce verdict accablant. Le fils le lui explique. Terrible, oui ! Des séquences fantastiques comme l’horloger du village suicidé, pendu et se balançant sous les arbres. Ce fantôme répond à la question de l’enfant « quand vais-je mourir ? » Le spectre lui gueule : « À chaque jour, à chaque jour » ! Le bon film, sans la crisse de pub. Qui nous change des machines à « pow, pow » made in Hollywood.
Dans ce beau film, un gamin ave des petits soldats de plomb comme dans mon jeune temps. Souvenir :un petit voisin, Desbarrats, habitant un deuxième étage. Il avait une fameuse collection de ces figurines de plomb. Je l’invitais sur la galerie d’en avant, chez nous. On jouait des heures. C’était en 1936-37. Un jour de mai : Roland Desbarrats déménageait. Ma grande peine. Mes parents n’avaient pas les moyens de m’acheter une aussi formidable collection.
4-
Francine L. au téléphone ce matin : « Craignez pas, Claude Jasmin, je vais vendre le reste de vos images à des gens importants. C’est commencé d’ailleurs, le tramway, le guenillou, etc. ». Je lui dis : « Même la bannière au Christ sanguinolent ? » Elle : « Ah çelui-là, pas sûr » ! Moi : « Bien, vous me le gardez. Un souvenir, oui » ? Elle : « Bien, je vous le garde ».
Mon marlou Marleau m’a expédié une photo couleurs du choeur illuminé du lundi de Saint-Arsène. Le gentil. Toujours moqueur il ricane de mon tirage « au sort » qui tombait sur ma sœur, Marielle. Le prix gagné ? Cinq heures de bain de boue et autres recettes corporelles à « L’Excelsior » du village, ici. Marielle, sans auto, a donné sa passe à ma fille Éliane qui dispose de la Caravan Doodge, elle. Daniel M. dit : « Si j’avais eu mon chéquier, lundi soir, j’achetais une de vos aquarelles… » Le menteur, le Pinochio marlouesque ! Que le nez lui rallonge…à mort !
Raynald Bergeron a raconté publiquement (La Presse) qu’il n’est pas bois (pas Pinocchio quoi) ! Que les jolie ados aux nombrils à l’air peuvent le distraire de son job de prof. J’ai ri d’abord. Ce matin Claude Charrette de Saint-Placide (La Presse toujours ) le plaint et, comme moi, regrette « la mode » chez ces grandes élèves exhibitionnistes. Recommande que les directions —complaisantes, laxistes— d’écoles mettent leurs culottes ! Vrai ! Oui, dit-il, vive l’uniforme ! Il a raison tout de même, lui et le prof distrait.
5-
Francophonie : le club refuserait d’embarquer Israël et « c’est injuste » dit un lecteur de gazette. Raison clandestine : faut pas heurter, choquer les pays du club remplis d’araboïdes francophones ! Un autre signale que la France, contrairement au Québec, à la Belgique et à la Suisse, n’admet guère d’étudiants étrangers (francophones) dans ses université. Ah ! Est-ce un reproche fondé ? Sais pas. Ce que je sais : on y fourre des pays où l’anglais (au Liban) galope désormais, où le français ne tient que par un fil et bien aristocratique. C’est triste.
Ce Jean Ziegler, un Suisse malcommode (auteur de « La Suisse lave plus blanc… » a refusé le « Prix Kadhafi pour le droits de l’Homme ». Il publie : « Les nouveaux maîtres du monde… » Il dit : « La seconde guerre mondiale, en six ans, a tué moins de monde que la situation actuelle via la mondialisation ». Cybolac ! « L a terre pourrait nourrir 12 milliards d’êtres humains mais les maîtres de l’économie refusent de le faire ». Pour sauvegarder leurs profits. Ils sont, selon Ziegler, des assassins. « Ils (oligarques et leurs mercenaires) veulent privatiser la planète entière, spécifie-t-il. Cela écœure.
Je m’imaginais que les Arabes étaient les seuls importants en matière de pétrole. Or je lis que c’est le Canada le premier fournisseur de pétrole aux États-Unis. Ah bon ! Le Vénézuela est le numéro 2 ! Et le Mexique, le no. 3. Vient ensuite l’Arabie Saoudite avec 1,411 millions de bpj. Les USA ont eu besoin de 9,514 millions de bpj pour seulement le mois d’août ! Et ça grimpe sans cesse, dit Reuters.
6-
À Lachute, vieille église en ruines, placardée, et vente de vitraux (aussi luminaires, vieux bancs, etc.) par qui ? Par l’Église de Saint-Jérôme ! « Un scandale, dit Ernest Champagne —le fils de l’architecte de Saint-Julien— on ne protège que les églises de Montréal ou de Québec. Injustice ». Claude Turmel —directeur du Comité d’art sacré du diocèse de Montréal— déclare : « À Montréal, ces ventes sont interdites en effet ». Exemple : Le Musée de beaux-arts va acquérir l’église « Erskine and American » au coin de la rue Sherbrooke, voisine du MBAM. Un monsieur Carrière (aux finances « religieuses» de Saint-Jérôme) avoue qu’il y a eu ventes : « On ne pouvait faire autrement » ! Coups de pied au cul qui se perdent encore.
Irresponsabilités totales ? Je mange mal, qui est le coupable. Je chauffe un gros bazou, qui est responsable ? Vite, un avocat à 50-50 % si on gagne. Je me bourre de bonbons variés, qui faut-il poursuivre ? Un businessman cigarettier, invité à Montréal, vient d’avertir son monde, ça n’est qu’un début d’avocasseries (industrie payante pour les gens de toge) ce qui nous arrive avec le tabac… » Il va y avoir procès sur procès et pour tout ce qui grouille : les faiseurs de bonbons, de bouffe rapide, de chars pollueurs, etc, etc. « Méfiez-vous mes bons amis » ! Je réfléchis.
Je viens de terminer le mince tome 2 de ce Alain Rémond dont j’avais tant aimé le premier livre sur sa jeunesse. Surprise, le voici à Sainte-Agathe-des-Monts (!) , à 19 ans, chez les novices des Pères de Sainte-Croix ! Il décrit nos quatre saisons avec une joie réelle. Ce « Un jeune homme passait est bien moins émouvant et moins captivant que l’autre récit. On y relit des choses du premier. Rémond ira à Rome, en apprenti-curé, puis en Algérie (pour le service militaire) et enfin, défroque de sa vocation. Le voilà en « commune» en plein Paris, après mai 1968, vivotant de petits jobs. C’est bon mais… « Chaque jour est un adieu » était si bouleversant. Déception donc.
Dehors, coup d’œil à ma fenêtre, la noirceur s’installe et vite, la neige de ce matin, notre première, a fondu, en face, sur l’autre rive, l’éclairage aux condos du Chantecler fait ses faisceaux, on dirait le château de Chenonceau-des-pauvres ! Traces jaunâtres sur le lac jusqu’à notre grève. Aile fait mijoter des choses…On ferme, j’ai faim !

Le vendredi 11 janvier 2002

Le vendredi 11 janvier 2002
1-
L’avais-je oublié, c’est cela l’hiver ? Quelques rares et bénis jours radieux de soleil brutal — propre aux pays nordiques ?— et, bien plus souvent ce gris étalé tout partout ! Comme ce vendredi matin d’aujourd’hui. Bof ! Bientôt mars n’est-ce pas ? Je sais trop bien désormais la vitesse du temps, des saisons. Patientia !
Le « vieux » se questionne quand il examine le monde des nouveaux venus.
Un exemple : elle se nomme Lévy, Conception de son prénom. Son boulot : « réserviste » (?) dans un cabinet d’avocats par les soirs ! Au bord de la nuit, retour de ce boulot, Conception dit aimer visionner des films en arabe, en hébreu ou en japonais, peu lui importe. Quel canal ces films ? Où les loue-t-elle ? Pas de réponse dans l’interview. « Je savoure aussi un film ou sans les images ou bien sans le son. » Eh b’en !
Pour elle « érotisme et ésotérisme », même affaire. (!) Elle se dit intriguée par les « potions » celtes (!) ou égyptiennes, par le Karma Sutra. Aussi par la métaphysique. Seigneur ! Cette Conception cherche, sur Internet, des sites et sur l’urologie (!) et la physique quantique. Femme singulière, hein ? Elle fut barmaid un temps, stagiaire à l’école du barreau… étudiante aux HEC…a quitté car elle déteste « les bancs d’école » ! Bonne Vierge ! Plus jeune, elle fut découragé d’aller étudier en théâtre par ses parents.
Elle élève des escargots !
Les amoureux ? « J’en ai eu ma claque des hommes. » Oh la la ! « Ils étaient comme « mes » enfants ! Elle termine par, tenez-vous bien : « Du jour où je sais que je ne leur apprend plus rien, il n’y a plus d’échange possible et je pars » ! La photo nous montre cette bizarre « enseignante » aux hommes », jolie et sérieuse jeune femme, cheveux sombres, lunettes de la studieuse.
Je vous le redis : un certain « nouveau monde » m’intrigue au plus haut point. Pépère Jasmin, est-ce cela vieillir ? Découvrir des cadets aux mœurs déroutantes ?
2-
Bande chanceux, va !
Je vais vous résumer ce très long entretien du Nouvel Obs avec un brillant psy, auteur de trois volumes sur la question, Boris Cyrulnik. Sujet qui nous tient tous à cœur, le bonheur.
Voici donc en une douzaine de brefs paragraphes, la substantifique moelle de ses affirmations, parfois renversantes.
A- Un enfant dont les parents ne s’occupent pas sera inapte au bonheur ! Il faudra le « réparer ».
B- Tous nos progrès sociaux mènent surtout, au « bien-être », ce qui n’est du tout le bonheur.
C- Issu d’un contexte familial, ou social, qui n’a pas de sens, pas de projet à rêver, à élaborer, on devient inapte au bonheur.
Une grave épreuve, comme contracter un cancer, peut donner du bonheur : enfin une lutte, un combat, un « sens à la vie », qu’on peut raconter.
D- Les médicaments, culture techno-industrielle, tel le Prozac, sont sans effets secondaires graves comme la cigarette ou l’alcool, mais ne sont qu’une solution moléculaire. Ils ne règlent pas « le malheur ». Les solutions affectives et culturelles sont plus importantes.
F- Il y a l’utopie pour rendre heureux. Le vent bien des églises, des sectes, des partis politiques et… les vendeurs de voiture !
G- Jeune psychiatre, les asiles étaient « merdiques ». C’était « notre espoir » : corriger tout cela. J’étais heureux ! Utile, cette « représentation » de l’avenir, d’un progrès. Jeune communiste après la guerre, j’avais une utopie : améliorer l’avenir du monde ouvrier. J’étais heureux.
H- Nous sommes —ça n’a plus rien à voir avec le bonheur— dans une culture du « bonheur immédiat ». Un leurre cette quête de jouissance rapide, d’échappée du réel, via drogues, sexolisme, « don juanisme ». La dépression en est la conclusion fatale, maladie qui ira grandissante en ce nouveau siècle.
I- Les nazis étaient heureux, les membres du parti « Front National » de Le Pen, eux aussi. Les talibans aussi. Utopie nuisible ou non, c’est un fait. Le sentiment « d’appartenance » rend heureux.
Cette solidarité mène au mépris des autres. Cela opère comme un mythe, souvent avec tout un rituel sonore et visuel : musiques, slogans, posters. Il y a un chef, un leader :militaire, prêtre, gourou, chef charismatique, tribun démago…ben Laden. On se distingue des autres, c’est l’aristocratie des minables. Le groupe amène du bonheur; le fanatisme, le racisme, l’intolérance et c’est euphorisant. Surtout pour ceux qui « s’identifient » mal, qui n’ont pas de famille, pas d’amis véritables. Même un voyou de HLM, un délinquant peut savourer cela : « J’ai enfin une identité, j’ai mon gang ! »
La haine rend heureux, c’est un constat.
J- Les mystiques sont des anxieux, l’extase est une défense. On abolit le doute qui engendre malaise. La recherche d’une vérité définitive les inspire, car l’ambivalence leur est source de conflits. Qui dit vrai ? Israélites ou Palestiniens ?
Pourtant le relatif permet de chercher à comprendre l’autre, les autres. Ceux-là rejettent donc l’angoisse de chercher des nuances. Des angoissés se font souvent des « mythes éphémères »; selon le niveau d’éducaton, héros sportifs, vedettes de cinéma ou « médecins sans frontière », intellectuels médiatisés.
K- L’être humain déteste deux chose fondamentalement : la liberté et le bonheur s’y rattachant. La liberté est angoissante. Elle vous tend responsable. Sous un dictateur (tel Salazar au Portugal), on était heureux. C’était simple, le mal venait des socialistes pour les militaristes. Pour le peuple, le mal venait des militaires et des curés. Fin de cette dictature : c’est l’angoisse. Plus de totalitarisme pour dénoncer le mal, plus d’ennemi. La peur d’être maître de son destin.
L- Pour le bonheur, vive la une « double-vie ». Celle du gagne-pain obligé et celle d’une passion, d’un projet personnel. Sinon, avec la retraite, ce sera la dépression. Malheur à ceux qui investissent tout dans le boulot.
Mais pas de rêverie irréalisable, pas de fantasme idiot, On a vu la vraie histoire de Jean-Claude Romand (lire « L’adversaire », ou voir le film qui en sera tiré « L’emploi du temps ») sombrant dans la crasse duperie des siens. Il finit en prison et se réfugiera dans la religiosité.
M- Les liens sociaux, une force. Le bonheur existait dans les petites ville, les campagnes. Cette solidarité peut être aussi une prison. Un carcan culturel étouffant. La femme :une porteuse d’enfants et
l’homme, annexe des machines, un pourvoyeur.
Désormais, il y a l’aventure de se construire une personnalité. Un enfant longtemps isolé, je travaille là-dedans, ne se souvient de rien. Les souvenirs ont besoin d’être reliés aux souvenirs sociaux. Les enfants à qui personne ne s’attache deviennent phobiques. Ils marchent, parlent, très tard. On a pu mieux « réparer » des orphelins libanais qui avaient des amis, un jeune chef, que des enfants avec des parents dépressifs, une mère malheureuse. Puis c’est l’adolescence, la rupture nécessaire. L’ado doit se faire son propre projet.
N- Le bonheur se construit. Il faut du partage. Pas de l’échange, terme commercial limité. « Ensemble, on va faire ceci, cela… » Avec conflit et c’est créateur. Seul, on ne peut rien développer, ni se développer. C’est l’altérité qui fait vivre l’homme en harmonie. L’enfant sans aucune aide va marcher à quatre pattes.
Donc, le bonheur n’est pas un état, c’est un objectif. Faut y aller, partir, tenter l’aventure, mettre les voiles.
3-
Une voix amie : « Tu devrais faire payer pour la lecture de ton journal. Les gens n’apprécient pas ce qui est gratuit, Claude. » Oh, oh ! J’hésite, savez-vous ? La voix : « Vas-y, ils sont ferrés maintenant, ils vont accepter de payer, sois-en assuré. » Non mais… S’i me plait à moi de me faire lire à l’œil ! Mon droit, non ?
4-
Correction, il fallait lire « Puerto Plata » et non « Porto Plata », récemment. Le rocker Éric Lapointe vient de « visiter », quatre jours, la prison du lieu. Nous avions visité l’ancien fort prison, une forteresse antique ruinée. C’était affreux. Sosua, où Lapointe aurait dansé et…consommé…nous avait paru un village bizarre. Tous ces marchands —de chair humaine féminine aussi— étaient encombrants. Loin de la Floride florissante —c’était un premier séjour aux Antilles— cette « république » était embarrassante pour le voyageur qui a un peu de cœur. Tant de pauvreté ! Au retour, nous n’étions pas du tout sûr d’avoir envie de retourner jouer les « gras-durs nord-américains » en de tels parages. Notre brève visite à Puerto Plata nous avait montré très clairement la misère ambiante. On se dit : notre argent de touriste peut les secourir et puis on réfléchit et, enfermés dans notre club-med luxueux, « Iberostar », est-il bien certain que les profits collaborent au mieux-être des indigènes ?
Les naïfs, seuls, vont croire que deux faits ne comptent pas pour la liberté si vite retrouvée par le chanteur pop, Lapointe. Un : c’est une vedette québécoise, danger de le garder en cellule. Deux: l’emprisonnement peut nuire à la venue des touristes. Le bla-bla d’un avocat, du gérant et autres commentateurs, est une belle connerie. Le fabuliste : « Selon que vous serez noir ou blanc… » Jos Bleau, lui, y aurait goûté.
Candeur aussi…vu le « parrain », sir Gagliano, plutôt hilare, à l’aise, confortable, face au Bureau-au-si-beau-bureau, hier soir. Il sait tant de choses. Il a parlé de sa liste de députés de l’opposition, qui font des pressions —aimables et gentilles— pour placer amis et supporters. Il sait bien que de haut en bas de la chère « colline » parlementaire, ça dégringole le favoritisme. Tout le monde fait ce qu’on lui reproche.
Colonne voisine du sbire tout-puissant de Saint-Léonard, journal de ce matin, on lisait : « Bernard Landry veut amener « son ami » le docteur Levine à ses côtés. » C’est de même ! Depuis toujours. Les « cymbalistes » ès médias jouent une comédie d’hypocrite ! Pratte, éditorialiste, a joué de cette innocence surfaite, ce matin. Honte à lui !
5-
J’entends ma chère Aile en train de peinturer la petite toilette d’en bas. Broush, brouch… ! Elle y va !Je lui ai préparé peintures, du blanc et du ocre, baguettes à brasser, pinceaux, torchon… Moi ? Je tiens journal. Je plaisante, elle est de ce genre de femmes qui aiment bien faire de ces travaux virils de temps à autre.
6-
Hier soir, Norman Mailer à T.Q., premier entretien de trois. Pas bien fort. Documents archi-connus sur les actualités de son jeune temps. L’homme est antipathique à mes yeux. Je ne regarderai pas le reste. Sa déclaration : « Comme tout écrivain, parmi les morts aux Philippines, en 1945, je restais froid, emmagasinant pour un roman. » Non, faux, des écrivains s’enflamment devant des atrocités et ne jouent pas les témoins de glace. Très faux !
7-
Suis-je trop romantique ? Ce Labrie qui s’évade d’un fourgon…et court…et court…Fou, je suis comme de son côté Il est l’exemple de l’Homme captif ( lui, un vulgaire braqueur de banque) qui doit se libérer. À tout prix. Risques énormes. Audace terrible !Oui, je me sens comme solidaire d’un tel audacieux. Et fus triste de savoir qu’on la replongé dans la marmite carcérale douze heures plus tard. Il y a chez moi, enfoui loin j’espère, de l’ anarchiste, du Bonnot et sa bande ! J’ai bien honte !