Chapitre :22 Angela…

 

notes : ce formidable film vu au Pine, «  Le jeu de la tentation » ne me lâche pas. Hier soir, aux Golden Globes, il n’a pas gagné. C’est une grave injustice selon moi. Cette histoire vraie d’un décodeur de génie, histoire dans l’Histoire, se suicidera à 41 ans, menacé de prison pour cause d’inversion sexuelle ! En 1945, c’était, l’homosexualité, un tabou effrayant. Quelle piètre civilisation en ce temps pas si lointain. Pas plus qu’on choisit la couleur de ses yeux ou de ses cheveux on ne choisit sa sexualité. Un jeune voisin de Ste Adèle n’en revient pas et je me suis souvenu de nos farces plates, de notre conne intolérance dégueulasse en ces années-là de très grande noirceur. J’en ai honte encore.
Temps doux subitement, ça fait du bien.

LES TATOUÉS !

Je croise des gentils p’tits vieux (comme moi) qui sont scandalisés, atterrés même, par la mode actuelle de tatouage.

Des plus jeunes aussi (exemple : Sophie Durocher du J.de M. ) qui sont écoeurés face à ces hommes, souvent d’âge mûr, qui  affichent ces incrustations corporelles en vives couleurs.

Mon opinion ? Le plus souvent  j’en suis ravi. Eh oui ! On jurerais que trop  de gens oublient les furieuses condamnations du temps de leur jeunesse. Moi, je me souviens des cris d’horreur de mes parents au temps (1940-1950) où l’on écoutait —et on dansait— le boogie-woogie. Ce jazz infernal, une horreur pour nos « vieux » que cette musique dite de jitterbug et que nous aimions tant !

Évidemment, il y a des tatous de style « Hell’s Angels » mais, moi le fidèle baigneur de l’hôtel Excelsior, je vois aussi de jolis dessins en belles couleurs. Des tatous qui font voir d’esthétique «  entrelacs », rappelant les joliesses du « Modern Art », sauce 1900. Ou une tête de proue échevelée. Ou des images de fées mythiques au surréalisme complexe, ou des dragons chinois étonnants, des sirènes érotiques pour un des Ulysse contemporain. Bedonnant et quasi-chauves, le tatou rajeunit une silhouette. J’ai dit, ici, que cette volonté de « rester jeune » est humaine et n’est pas un péché. À L’Excelsior, je souris sous les feuilles de mon palétuvier en serre !  « De l’art sur la peau » et transportable ! Quand ces tatous sont dépourvus d’agressivité, ces étonnantes « gravures sur deux pattes », font voir du bon talent souvent. Il y a aussi des images tatouées qui relèvent de l’Halloween, hélas ! De sombres gueules comme s’ils étaient des guerriers (Maoris) d’Australie, ou de faux descendants de tribus africaines arriérées. En passant quel émouvant et excellent film que « Les descendants » au cinéma Pine.

« Des goûts et des couleurs… non discutandur », dit un adage bien con. Cœur-de-Pirate, la jeune chanteuse —au français obscur et confus— illustre sans vergogne aucune, cette mode nouvelle. Je conteste farouchement une opinion du psy Miche Dorais —signant néanmoins un excellent livre, « La sexualité »— qui clame : « Des Narcisses d’obsédé par la jeunesse. ». Allons, on se calme, docteur ?

Enfants, nous raffolions du tatouage, simples décalcomanies à bon marché qui, hélas, s’effaçaient au premier lavage ! Mais oui, jadis, le tatouage était la marque des marins, des romanichels de cirque ambulant, aussi des prisonniers à perpète ! Mais les temps changent et ça n’est pas mal plus mal que d’avoir envie de bijoux. Au nez ou aux sourcils. Chantons : « Entre la jeunesse et la vieillesse… » il y a incompréhension.  Oui, nos vieux parents se bouchaient « les oreilles » au son du jazz-swing sauce boogie-woogie, ne nous bouchons pas « les yeux » ! Une mode finit toujours par passer.

VOIR UN FAMEUX LÂCHE !

Toutes les mères monoparentales vont aller chez Duceppe voir l’acteur Robert Lalonde (formidable)  en gars qui a fui ses responsabilités ? Et tous ces lâches qui ont levé les feutres (comme dit Paul Arcand)face à l’enfant qui va naître oseront-ils y aller ? Je sors d’un spectacle, bien mené par Michel, avec un entrain rare. J’ai eu moi-même, comme tant d’autres, à prendre une décision grave à vingt-deux ans. Je ne me suis pas sauvé. J’ai fait face et j’ai pris épouse. Dans ma famille il y a eu une de mes soeurs qui, hélas, fut la victime d’un tel salaud, un fuyard, pleutre, couard. J’ai pleuré pour elle un certain matin, ayant appris la fuite du lâche.

Allez-y; vous verrez, dans un loft, un fascinant décor de  Olivier Landreville, où vit Tobias, une ex-vedette vieillissante. Oh le jeu fascinant de Lalonde ! Un jeune couple s’y amène . Elle —une Marie-Chantal Perron d’un grand talent— se dit une intervieweuse.  Lui, policier dans la vie, son mari, se dira son assistant. Mais c’est un piège tendu à cet ex-illustre  chorégraphe. Mike —excellent Alexandre Goyette— croit que le vieux danseur est… son papa. Qui a fui. « Un sale läche », va-t-il s’écrier. Oh, grand silence dans la salle chez Duceppe, je vous jure ! Imaginez la tension. Imaginez les péripéties en découvrant les questions piégées du couple et les réponses vaseuses de ce « père-fuyard ». Allez entendre et voir le désarroi de ce fils qui cherche son père, orphelin de mère maintenant, qui va crier sa haine à cette star d’antan ayant choisi « la carrière ». Au diable, ses responsabilités.

« Ma mère, seule, s’est échinée 40 ans durant pour se débrouiller et assurer ma vie ». L’auteur, Stephen Belber, nous a tricoté un suspense qui conduit à des scènes émouvantes. La jeune épouse de ce « fils sans père » se fait volontiers complice de son jeune mari — car sa quête du père pourrit sa vie. La violence habite ce garçon abandonné à la naissance, « ma vie sexuelle est abolie », va-t-elle avouer au carriériste hédoniste. Menteur, l’ex danseur-étoile va tout faire pour taire la vérité, parlera des années folles de 1960 et ’70, du hippisme, des mœurs libres, de la  bisexualité à la mode en son milieu, etc. Peu à peu, ce bohémien new-yorkais —qui conserve ses ongles coupés dans un vase !, qui se tricote des chandails colorés !—  ce fuyard de toute paternité se fera démasquer. Le vieil homme, en fin d’interrogatoire torturant (ils en viennent aux coups !), demandera pardon, sera vraiment navré, se montera absolument désespéré. Un irresponsable (mères monoparentales, oui, ils le sont tous !) qui regrettera amèrement l’abandon jadis de cette belle jeune danseuse, partenaire de danse et amante.

Comme la majorité des gens, je préfère le cinéma au théâtre. J’y suis entraînée régulièrement par une compagne de vie très « théâtreuse », mais,  je dois l’avouer, lorsque c’est bon au théâtre, il n’y a rien, absolument rien, pour battre ça. Tenez, seulement cet étonnant jeu corporel, inouï, de Robert Lalonde (le papa indigne), est une merveille. Lalonde s’est composé une silhouette frétillante, d’une trépidance cocasse, la souplesse d’un chat effrayamment madré. Son « Tobias » fait montre durant tout le spectacle d’une souplesse (un ex-danseur renommé n’est-ce pas ?) qui émerveille.

Je suis sorti du Théâtre Duceppe songeur. J’ai bien fait de ne pas fuir, une petite fille adorable a enchanté ma vie de jeune homme. Ma sœur abusée a bien raison d’être encore très fâchée de B., « son » cavalier fuyard. Il a bouleversé sa jeune vie. Il l’a obligé à donner son tout petit enfant à la « célèbre » jadis, Crèche d’Youville… tant il y avait de lâches à cette époque. Et de nos jours ? Allez voir ce MATCH chez Duceppe, je vous en prie.

 

SERMON SUR LA MONTAGNE

C’était à Mont-Rolland, ou à Piedmont ? Bof, flou dans ma mémoire. En tous cas, vision soudaine de deux jeunes silhouettes. Je me rapproche. Image plaisante, un tableau naturiste, titre : Jeune couple sur un banc bancal. Des rochers,  cascade d’eaux rugissantes. À l’horizon, nos collines, défeuillées. Paysage de mauves et de pourpres affadis. Bientôt de belles  neiges ? Ce couple joli, quinze ans…ou vingt ? Difficile à dire désormais. Elle au joli visage d’un Botticelli, cheveux d’un roux blond. Lui, un noiraud musclé, beau visage sculpté, bel Apollon. Envie d’admirer moi aussi cette chute sonore et ses eaux bouillonnantes. Je m’installe donc à l’autre bout du banc.

Sourires et petits saluts de part et d’autre car, avec « ma tête de pâtre grec », je n’effraie personne. Le garçon me sourit, me parle. D’elle et de lui, de l’avenir et de l’amour. « Est-ce durable ? » Ô la vieille question ! Je confie être toujours amoureux, depuis 50 ans, de la même fille ! Mes tourtereaux  sursautent :« Quoi?, hein, ça se peut ça ? » Ce sera alors mon sermon sur cette colline. « Facile si on accepte de mêler l’amour avec la sexualité. La tendance pornographique de notre  époque peut tromper les amoureux pressés, hélas ! »

La fille ouvre un sac de pinottes et aussitôt opine du bonnet : « Oui, vrai ça, partout, ciné et télé, c’est le « vite consommé » et bye-bye! » On rit. Je continue : « Facile et possible l’amour qui dure si on sait mettre ensemble sentiments et sexe. Très facile alors de faire durer. Tourner le dos carrément à « sexualité bestiale seulement », accepter de ne pas séparer « besoin génital et émotions humaines. » Un gras geai bleu nous frôle, une noire corneille se sauve en coassant fort. L’eau remplie d’écumes déboule, durable elle aussi.

Ils m’écoutent ravis et j’en suis..ravi ! Leur dire aussi d’aller à la biblio et lire, de M. Kaufmann, « amour@sexe »

( ou vice versa, je sais plus). Une lecture utile en diable. Leur dire aussi qu’il y a Marie-Paul Ross à lire, à consulter. Qui ? Une religieuse savante et sage (docteur en sexologie). Elle aussi, comme Kaufmann, fut invité à « Tout le monde en parle ». L’eau rugit, glisse, tombe avec son beau fracas. Vastes parois de granit rose qui brillent au soleil, astre timide de fin octobre. Silence face à cet entonnoir minéral gigantesque. Un décor laurentien familier. La fille me raconte qu’aux études on ne fait qu’illustrer les appareils génitaux, le fonctionnement organique. « La machine mécanique », et elle rit tristement. Place à la biologie. Lui me dit : « On n’ose pas nous parler des« sentiments », une pudeur bizarre ». Comme je donne raison à ma chère sexologue-nonne, Ross. Dans le récent bulletin « Madame », elle parle de « déshumanisation ». Fléau actuel. Aussi de « défiminisation » quand on veut faire croire à l’égalité-hommes-femmes alors que l’amour est le plus profond désir chez une fille. Le plaisir ? Une valeur ajoutée, rien de plus. Mes deux jolis pigeons à roucoulements sursautent encore si je dis : « Le principal organe de la sexualité ? Le cerveau. »

Une réalité. Merde, on enseigne quoi aux écoles ? Que pénis, vagin, testicules, vulve ! Quelle connerie l’école, alors ! Non mais…

p.s. : Un sermon ?, pourquoi pas ? Ne suis-je pas l’auteur d’un « cinquième » évangile :  « Le rire de Jésus » ? Publié en 2009 cbez Marcel Broquet, éditeur à St-Sauveur !

(30)

DE LA SÉDUCTION SEXUELLE

       Des féministes bornées -et autres énervés des deux genres- parlent ces temps-ci d’une théorie (!) néfaste : la séduction juvénile chez des adolescentes. Allons, il ne s’agit pas d’une théorie, il s’agit d’un vieux besoin, d’un instinct : attirer, séduire le mâle. Cela vient du fond des âges, des débuts des civilisations. C’est tout entendu, ce très antique instinct a mué. Oh oui ! Les temps modernes y ont mis bien du piquant. Les temps actuels connaissent même du dérapage. Des exagérations qui offusquent les gens de bon sens. On n’a pas tort de mettre en garde de jeunes fillettes déguisées bien tôt en aguicheuses de garçons.

      Il y a le monde du commerce aux attrayants colifichets variées qui collabore, Qui contribue volontiers, il y va de son intérêt financier, aux pétaradantes modes en cours. Reste que « plaire », « séduire » sont des besoins fondamentaux. On perdrait son temps à souhaiter le retour de la retenue d’antan, de la modestie, du bon goût, de l’intelligence. Notre époque veut confondre « sex appeal » et appâts de jeunes « grues ». Les allures de putes amusent une couche de la population, la plus fragile, la moins instruite et, conséquence, la plus vulnérable. On verra donc de ces très jeunes filles soumises aux commandements folichons d’une séduction vulgaire. Clinquante. Se transformer en simples « objets » à collectionner, à « user » vite fait. Plus tard, on les  entendra, vieillies, solitaires, se lamenter : « Pas d’amour, jamais, nulle part ! » 

         Nos joyeux jeunes drilles de 2008 auront 50 ans un jour et il y aura « le retour du réel ». Inévitable. Pour avoir voulu vider la sexualité de tout sentiment, de la moindre émotion humaine, ce sera un goût de cendres aux bouches siliconées ridées, la défaite et l’échec regretté. Des cendrillons anciennes aux maquillages défaits pourront pleurer, il sera tard. Trop. Les humains doivent rester des humains. Jouer la bestialité, l’arrogance des unions d’un seul soir -sacrifice consenti aux dieux de la consommation- juste des frictions d’organes en chaleur… c’est se mépriser.

        Une réforme doit désormais s’enseigner dans les familles. Et dans les écoles ! Car les familles dont si souvent des lieux (non plus d’éducation sociale ) mais de passages rapides -bonjour-bonsoir !- pour bouffer vitement, regarder la télé et l’ordi et puis dormir. Le répéter à ces enfants trompées, à ces lolita ignares : que ces contacts sans but humain se font sans cesse au sein du règne animal. Là où se joue la commande de reproduction naturaliste et multi-millénaire. Les jeux érotiques et amoureux n’y ont guère d’espace. Avec de rares exceptions : certains oiseaux à parade exotique avec plumages aux colorés. Toujours, au fond, la quête de reproduction.

      Deux vaches qui s’accouplent ne songent pas au bonheur durable, ni à l’enrichissement ou à l’épanouissement d’un couple. Un but : se multiplier. Point final. Le chien ou le chat, le lapin ou le rat c’est « on se renifle deux instants et hop » !

Le Conseil du statut de la femme a mille fois raison d’y voir (la mode fillettes-en-putes) une dégradation. Le mot morale est tabou, on le sait, il s’agit de bien davantage, de bien plus grave, il s’agit d’abrutissement collectif. Joint au silence froussard complice ( inconscience !) des laxistes que sont les parents déboussolés, ce mutisme pour ne pas paraître scrupuleux, prudes, « anciens », est un crime. Ils vont payer très cher cet aveuglement. Pascale Navarro, l’auteure, a bien fait d’alerter un féminisme niais, trop empressé de condamner les méchants hommes. Elle insistait : les garçons sont jetés dans ce même moule trompeur du devoir con de séduire vite et à tout prix. De performer. Des industries, avec les médias qui veulent des annonceurs, font en sorte que cette course occidentale au plaisir (faute de bonheur durable), font mousser sans vergogne cette crise. L’argent coule. L’Inde comme la Chine vont y venir dans moins de temps qu’on pense. Le gâchis sociale sera alors vraiment universel et les dégâts -pire que l’environnement menacé- seront planétaires.

      L’écologie importe, importe aussi de réagir : réformons, crions d’insatisfaction, osons punir, dégageons nos fillettes de ce joug pernicieux. À  bas le laxisme des lâches. Agissons chacun dans notre secteur.  Il y a urgence. Il en va d’un avenir neuf, d’une humanité délabrée. toute entière.        

         

DES FABRIQUANTS D’HOMOPHOBIE ?

     L’art -la littérature surtout- souffre de I’indifférence des gens et alors certains ont très souvent recours aux marginaux pour attirer l’attention du monde. Aux sujets tabous. Réels ou apparents. Pour se gagner de l’audience, on voit des créateurs désespérés faire appel à des personnages, à des situations, que l’on dit «extravagants ». L’inceste, par exemple. Il est encore un bon moyen de titiller les foules amorphes. L’art n’est pas souvent au rendez-vous, hélas. C’est voyeurisme sur exhibitionnisme. Ces auteurs « guidounes », bateleurs de bas de gamme, n’hésitent jamais à farcir leurs histoires de caractères bizarres. « Le monde va venir ou b’en on va dire pourquoi ».

Tel semble le moto de ces soi-disant audacieux en scénarios divers. On pousse « son » histoire aux limites  du supportable. On sait que « Les monstres attirent la foule » selon l’adage connu. Le cirque ancien exposait volontiers des infirmes invraisemblables. En 2008, il ne reste aux exploiteurs avides que la bestialité. Ça viendra, voulez-vous parier ? Dernier tabou à faire tomber. Faut que « les caisses » sonnent, pas vrai ?

Tout le monde ne peut rédiger avec subtilité sur l’homosexualité, par exemple, tout le monde ne possède par les dons d’une Marguerite Yourcenar qui signait « Les mémoires d’Hadrien » à propos d’un César homophile. N’est pas André Gide -« Coriolan »- qui veut non plus. Alors on verra au feuilleton radio-canadien, titré  « Tout sur moi », un jeune pompier embrasser à pleine bouche l’un des héros de la série. Brusque trait d’une affection subite et cela au beau milieu d’une station aux portes pliantes grandes ouvertes ! Voilà qu’ensuite -petite gène à retardement- une personne en poste à la SRC conseille, assez pertinemment je trouve, de stopper la production de « Tout sur moi ».

Vite on verra s’organiser des protestations qui viennent à n’en pas douter de ceux qui confondent censure et dévergondage visuel aux frais du public. J’affirme que des producteurs, réalisateurs, scripteurs font un jeu -qu’ils ignorent- liberticide. Ce sont des fabriquants d’homophobie dans ce cas de « Tout sur moi ». Exagérant les paramètres du tolérable, ils font surgir tôt ou tard les censeurs énervés, les archi prudents. En fin de compte, leur zèle, leur goût d’attirer la foule à n’importe quel prix, conduit aux lois du genre C-10. Ces imbéciles friands d’images osées, prosélytes de vaines tentatives d’agrandir une permissivité futile nuiront à la moderne liberté. Ces écrivaillons à gros sabots, épaulés par les montreurs-du-cirque, seront responsables des contraintes à venir. L’homosexuel fut trop longtemps, un sujet invisible, un sujet de cachette niais. Mais, excès contraire, en introduisant à la mode actuelle, partout, l’homosexualité -effrontément, grossièrement illustrée- on nuit carrément à une cause normale. Provocation infantile.

Pour faire monter « l’indice d’écoute » qui stagne, ou pour grossir la file au cinéma, des scripteurs nous encombrent d’ivrognesses pitoyables, de jeunes putains  droguées, de vicieux « hors-normes », de loques humaines en tous genres. Pas fou, le bon public, le bon peuple, refusera bientôt cet indigeste  gavage intéressé.

Je suis de ceux qui croient au bon sens, au jugement sain de nos contemporains. Je fuis et je renie le mépris -pas d’autre mot- de ces attrapeurs grotesques. Surgissent des émissions, du théâtre, des films sans cette complaisance morbide, ces portraits abusifs  à la mode et ils qui connaissent des succès populaires. Je songe autant à « Le Ring » qu’à « Le scaphandre… ». Redisons-le, les créateurs détraqués, mondains désaxés, sont les assassins de la vraie liberté.

AIMER LES MAUDITS BLOKES ?

Ce fut long. Maintenant j’aime bien nos chers blokes. Oui, ce fut long. Gamin, comme un peu partout en ville, c’était les chicanes connes, les vicieuses attaques, les furieuses batailles. Contre le gang à Collin, le gang à Gordon. Dans nos ruelles, on enrageait candidement, manichéens, contre ces maudits blokes de la paroisse Holy Family au nord de la Plaza St-Hubert. Plus tard, s’enlisait encore, toujours, cette haine féroce des « maudits anglais ». C’était un sentiment un peu confus, qui nous venait en forte part de notre manuel d’histoire ? On nous enseignait la perfidie des conquérants et nous avalions une potion qui nous devenait un poison. Le feu au cœur ! Le comportement des colonisateurs britanniques n’était que logique. Les Français de France envahissant un Canada tout en anglais n’auraient pas agi autrement. Ils auraient voulu constamment assimiler —de gré ou de force— les premiers colons, les diluer. Nous étions trop jeunes pour comprendre ce fait patent.

Comme il est facile d’errer. Mais oui, un racisme, une francophobie évidente, animait les « maudits anglais ». Ainsi, nous organisions un certain midi de 1960 un féroce sit-in au restaurant Murray proche de Radio-Canada, là où on refusait de nous servir en français. Pas un seul mot. Cette manif fit « la une » des quotidiens. Tenez, à cette époque, un réalisateur anglo au milieu d’une équipe de 10 francos, ne prononçait pas un seul mot de français ! Je fis une esclandre et, d’abord on me menaça : « la porte ! » Et puis, vite, on reconnut le bon sens et ce fieffé réalisateur nous délégua sa scripte aux réunions dite de production. Des jeunes vont-ils croire pareil racisme ? Voilà des sources de notre longue colère, jadis.

Les temps ont changé. Il y a eut les bombes des jeunes patriotes du FLQ clandestin. De généreux impatients. Qui risquaient leur propre avenir. Ce sera la délation et puis les emprisonnements. Pendant qu’ensuite l’on observait les soudaines « normales » promotions des nôtres —avec annonces payées dans les journaux— pas un seul promu songeait à envoyer au moins des oranges à ces jeunes mis aux cachots. À cause de la peur, la justice s’installa peu à peu. Puis, il y eut la victoire des nationalistes en 1976, un choc salutaire et ce sera la fin significative des humiliés muets, le début « des têtes levées » enfin. On sait que l’arrogante minorité fut bien obligé d’évoluer, d’ouvrir les yeux, ils étaient, veut veut pas, des minoritaires. Au référendum —volé par l’argent fédéral— de 1995, six des nôtres, sur dix, votaient en faveur de l’indépendance. Les quatre autres francophones ? Ils s’associant donc aux québécois anglos-de-souche et à leurs intégrés automatiques, les allophones. Que Jacques Parizeau baptisa « les ethniques ».

On a le devoir de respecter ceux qui croient encore au fédéralisme malgré l’échec de Meech et autres preuves de l’aveuglement des Canadians. Aujourd’hui on voit le Rouge chef Charest la main dans la main avec le Bleu chef Harper. Normal. Correct. Ce qui cloche aujourd’hui ? C’est de voir tant d’indépendantistes chipoter sur les faiblesses d’un jeune chef. C’est une honte pour moi de voir mon camarade l’écrivain Victor-Lévis Beaulieu tourner le dos au jeune Boisclair pour soutenir un adversaire mou, Mario Dumont, admirateur des Jeff Filion. C’est une trahison. D’une lourde bêtise. Dès 1970, René Lévesque, avec bon sens, rassemblait « pour la cause » un monde disparate. Des gens de droite comme de gauche. Alors, quel est le nom de cette impatience ? Trahison. Après l’installation d’une patrie, viendra normalement les nécessaires clivages entre conservateurs et libéraux québécois. Droite et gauche. Après pas avant.

Le vire-capot, quel qu’il soit, devient un traître à la cause, objectivement. Depuis quand le cortège militant, en marche pour la liberté nationale, doit-elle absolument contenir, avoir à sa tête, un chef parfait, impeccable, sans aucun défaut ? Foutaise et grave connerie. Les véritables résistants, Dieu merci, comprennent qu’il y n’y a que la victoire électorale, démocratique, qui est « le » but. Le seul. On voit trop de ces nationalistes puristes très occupés à des calculs d’une mesquinerie dangereuse, tout ligotés par des niaiseries —drogue d’un temps, homosexualité— et qui se cherchent un « messie » improbable, ce mythe infantile, un leader plus que parfait. Le mot « nation » M.Harper, ne me suffit pas. Je voterai pour un pays. Pour une patrie. Donc pour André Boisclair.

PORNO : MÉFIANCE ?

Inutile d’épiloguer sur un fait têtu, la porno se répand désormais. Jadis, les ados curieux, devaient chercher longtemps pour voir des nudités. Maintenant un simple clic de souris sur l’ordi et l’offre au voyeurisme se présente. Loin des pudibonderies d’antan, du mode prude des anciens « protestants » frustrés qui arrosaient de menaces folichonnes le moindre écart sur ce plan, il reste une réalité.

Entre le triste voyeur compulsif, plus ou moins honteux en sortant du recoin aux images XXX de son vidéo-club et le maladif voyeur dépensant ses temps de loisirs en naviguant sur des sites pornos, restent des individus, mâles surtout, lamentablement coincés. Ils sont à plaindre tous, le scrupuleux excessif et le soi-disant « libéré ». Il n’y a aucune liberté vraie soit à fuir comme peste la moindre cuisse dénudée soit à s’emprisonner dans la manie navrante du voyeur, de l’abonné systématique aux images « cochonnes » faites de copulations mécaniques.

Il y a un piège et il est bien connu des misérables piégés qui ne peuvent plus décrocher de cette pâture néfaste. C’est le bon mot : un piège. Des « malades » en voyeurisme l’admettent volontiers, il n’y a qu’à questionner (comme je l’ai fait) des soigneurs aux prises avec ces victimes, devant décontaminer des adeptes de porno, des thérapeutes nouveaux en sont navrés. C’est qu’au « monde de la porno » il y a surenchère, il y a un besoin inévitable du « toujours plus ».

C’est donc absolument un piège, une sorte de tunnel où l’on coule inexorablement. J’ai constaté la chose. Un jour, un camarade de travail débutait dans ce marécage avec de simples « films à voyeurs » ordinaires. Peu à peu, il glissait dans des formes plus crues. La surenchère. À la fin, il vivait en vue de ce « toujours plus », fait de stocks immondes, mélange de pédophilie et de bestialité. On le retrouva suicidé dans sa baignoire un samedi matin. C’était un garçon brillant, fort capable en scénographie, promis à une carrière fructueuse. Son dérapage le fit sombrer dans cela que je nomme « piège ».

Certains jeunes, la plupart je l’espère, ont de l’instinct. Important cela, l’instinct. Accidentel ou non, dès la première approche en porno, ils devinent pourtant ce gouffre lamentable, ils refuseront carrément d’y glisser et ils vont fuir cette planète nauséeuse. Ah, qui dira l’importance de l’instinct ? En être dépourvu est un grand malheur. L’intelligence seulement ne suffit pas dans ces affaires de mœurs. Ami lecteur(e) si tu as ouvert une porte à cette lie, à cette porcherie, à cette forme d’inhumanité —là ou les émotions sexuelles humaines, les sentiments humains, les rapports amoureux humains sont bafoués— si tu as mis un pied, un œil, dans cette faiblesse morale du voyeurisme, referme vite cette porte, il s’agit, crois-moi, de bonne santé mentale ordinaire.

À quoi, à qui, sert cette florissante industrie mafieuse du sinistre voyeurisme ? Au laideron ? Au grave handicapé ? À celui qui est dépourvu de tout charisme physique, à celui qui ne sait rien de la séduction essentielle face à l’autre sexe ? À ce paresseux crasse, incapable du moindre effort pour conquérir sexuellement « l’autre »? Au très grand timide impuissant ? Sans doute.

Mais le jeune citoyen qui souhaite l’accouplement sain, et si merveilleux, doit posséder cet instinct. Celui qui lui crie : « piège ! » Une cage et sans espoir de sortie. Collégiens des années 40, un mini-vignette de la Vénus de Milo, nue sans bras !, dans son petit Larousse illustré, nous était une naïve promesse de bonheur « manuel ». C’était un temps fou, celui où des prédicateurs en robes noires affolaient nos jeunes consciences et, prévenaient-ils : « la masturbation allait nous rendre sourds ! »

Bien sûr, on rit de ces époques de noirceur. Mais le progrès (!) fait que de très jeunes enfants sont soumis désormais aux lamentables concoctions voyeuristes de producteurs dégénérés. D’un excès l’autre, voici donc le temps des « détournements de mineurs », il conduit à la névrose, au moins, aussi, comme pour ce camarade perdu, à la psychose, mot qui veut dire « folie ». La clinique pour déments attend ses adeptes. Oui, il y a « la folie pornographique », un ravage actuel, un fléau répandu qui dénature l’amour physique. « Il rend l’homme semblable à la bête », comme disait les anciens prêcheurs en alcoolisme ? Exactement. La porno pop —à louer, à vendre, gratuite sur Internet— évacue le plaisir vrai de la sexualité, le profond plaisir des sens, celui qui vient avec l’éternel et vérifiable mélange des sens et des sentiments entre deux amoureux. Il est facile de l’affirmer et sans l’ombre d’un doute; jeune homme, l’imprudent sans instinct qui s’entiche de voyeurisme le regrettera toute sa vie.

UNE TOLÉRANCE D’AUGES À COCHONS ?

Trudeau légiférait : une chambre à coucher, c’est un lieu privé où la police n’a pas affaire. Correct. Mais voilà que nos « pères Noël » rouges —à collerette d’hermine— décrètent : le club pour psychopathes, pour sexoliques (sic) désaxés, c’est très tolérable. La porte du suprême législateur est maintenant grande ouverte. Une réalité : il y a eu toujours, depuis même avant l’Antiquité sans doute, des fornicateurs déboussolés.
Voici le poète Éluard bafoué avec son « Liberté j’écris ton nom partout ». Ces malades du sexe ne sont pas es hommes libres. Pas plus que ceux qui sont prisonniers d’autres vices, le jeu compulsif, l’alcoolisme sans frein ou le drogué désemparé. Pour toutes ces regrettables épaves, à plaindre évidemment, à soutenir par une solidarité indispensable, il existe des organisations de secours. Le temps est donc venu de fonder les « É.A », les échangistes anonymes. Est-ce que nos « sages » Pères Noël de la Cour suprême iraient jusqu’à encourager, promouvoir, protéger des « clubs privés » pour inviter à des rassemblements orgiaques toutes ces victimes d’un méchant sort, d’un destin atrophié ? Vous dites : « Non, mais non ! » Alors ? Inexplicable ce coup de pouce « suprême », d’une puante exécrable complaisance envers des organisateur intéressés, des calculateurs affairistes de ce vice qu’est l’échangisme sexuel.
Tout le monde connaît des êtres humains malchanceux en amour. Pas toujours des célibataires endurcis et vicieux mais des laiderons esseulés, des mâles dépourvus du moindre charisme, de toute séduction, des hommes sans charme aucun, bêtas inintelligents ou bénets incapables de faire la cour, attardés in-éduqués. De là, si souvent, le recours aux drogues, à l’alcoolisme. Tous les amoureux de la terre, plus nombreux que l’on pense, ne font évidemment pas de la bonne matière pour le cinéma, le roman, la télévision. Car c’est « le grand mal pris », le « hors norme », qui amène de la sensation, vieille règle admise au domaine dramaturgique. De là à installer ce héros déchus dans la légalité… Les amoureux —j’ai cette chance— plaignent ces « prisonniers d’un vice ». Une compassion bafouée évidemment par ces loques humaines, jaloux du bonheur des autres, masqués pitoyablement en hédonistes jouisseurs contentés.
Mais sortis —soulagés un moment— de ces bouges privés infects, de ces auges à cochons, à qui fera-t-on croire que ce « clubiste » est fier de lui ? Vraiment heureux ? À personne, allons. Comme pour le malheureux abonné compulsif à la pornographie, c’est une honte inavouable qui le ramène chez lui, une culpabilité atroce qui le raccompagne à son domicile, soyons-en certain. Le malsain voyeurisme et l’exhibitionnisme exacerbé sont les deux mamelles de ce bordélique commerce, petite industrie jusqu’ici clandestine. Ces cons de juges d’Ottawa autorisent désormais leur publicité et l’affichage ouvert. Plein de soi-disant modernistes en sont satisfaits : « Ce « plusse-beau-pays-au-monde » est d’une tolérance formidable » ! Ces libertinistes voudront déclarer demain : « Ouvrons de vrais bordels sans aucun masque, légalisons maintenant l’inceste aimable, la pédophilie contrôlée, la brutalité aux sadiques et aux femmes masochistes. Même la bestialité ? Oui, pourquoi pas ? » Ce sera, à ce train, la complète déréliction de nos sociétés dites progressistes. Les ravages prévisibles, les fatales conséquences ? Bof ! Discours de moralistes dépassés, sermons pour les bigots !
Trop de ceux qui ont « le bonheur de l’amour », égotistes, détournent le regard : « Si ces gens-là aiment ça, si des personnes humaines (?) aiment ça la conduite animale, le sinistre « je te renifle et je te monte, sacrée chienne» ! Le mot« liberté » est trafiquée ici, quand quelqu’un est tombé si bas, ce n’est plus une personne libre, c’est un cas qui relève de la pathologie. Pire qu’un cas de simple névrose, c’est une grave psychose. Tôt ou tard c’est connu, ça conduit à la clinique psychiatrique. Nous, payeurs d’impôts, de taxes, toute la collectivité solidaire, devront défrayer les —très chers— frais des longues réparations. Si on envoyait le factures aux Pères-Noël-juges ?
Oui, vite, le moins chrétien des hommes le souhaite, il faut fonder cette organisation des É. A., comme il y a les A. A., par charité laïque envers ces détraqués du sexe, là où la femme —folle soumise, inconsciente — n’est plus du tout un être humain mais un trou d’égout. Au lieu de jouer les « Pères Noël déliquescents » à Ottawa, ces sages, distraits par la mode-tolérance-tous-azimuts, devraient renforcer la police qui est, hélas, un bon vieux moyen éprouvé pour gêner un peu de tels businessmen. Retenir les cochons par la peur des cachots, contenir, ralentir ces inconscients qui s’imaginent trouver dans ces soues-à-porcs un fructueux fac-similé de l’amour. L’amour qui est l’essence incontournable de la merveilleuse sexualité humaine.

PÉDOPHILIE, BONNE FAMILLE, PÈRE MAUDIT !

Deux livres nouveaux lus. Celui de —un fort bon acteur— Robert Lalonde et celui sur un chroniqueur d’opéra —« dandy homo »— Québécois exilé à New York, Maurice Tourigny. Le premier livre « Que vais-je devenir jusqu’à ce que je meurs » ( du Victor Hugo), narre l’immense tristesse, la détresse effarante d’un écolier pauvre de 13 ans, à Oka, mis pensionnaire au collège de Rigaud sur l’autre rive de son cher lac des Deux-Montagnes. Le deuxième, écrit par l’intéressante biographe de Jean-Paul Riopelle, Hélène de Billy, est le curieux portrait d’un énergumène peu commun. Deux éditions de Boréal. « Maurice Tourigny », c’est le titre, mort du sida quand il se réfugie dans les « chics » Hampton new-yorkais, était né « chic » rue Laurier dans les hauteurs de la Vieille Capitale. Un père inaccessible —cas classique— qui fut tout un personnage, conseiller, chef de cabinet, d’un fameux « Maurice ». Duplessis. Ce père muré trouva en Duplessis un père d’adoption, le sien étant jugé indigne : un malheureux médecin, diplômé à Paris et qui, s’ennuyait de sa jeunesse parisienne à Trois-Rivières, « buvait comme un trou » !
À Québec, dans les années ’60, dans une « belle et bonne » famille, on ne badine pas sur le sujet de l’homosexualité. Le jeune Maurice se sait de cette « engeance maudite » selon les bien-pensants du temps. Protégé par sa maman, l’enfant-surprise venu tard, Maurice aime les poupées, les robes de fille, les maquillages. L’apprenti-artiste, velléitaire toute sa vie, étouffe. Il s’échappe en 1960, se sauve. Pas à Paris comme le grand-père-alcoo, non, à Manhattan. Mégapole qu’il sublime, qu’il vénère. qui l’attire. Il y sera le chroniqueur des opéras du samedi pour la radio de Radio-Canada. En 1980, l’ex-bambochard, amoureux d’un peintre morbide, attrape cette effrayante maladie toute nouvelle, et mortelle à cette époque, qui va tuer, en dix ans, plus de 100,000 invertis sexuellement. De Billy narre, sans la claire et nette chronologie habituelle, la folle vie new-yorkaise du cet exilé volontaire, ce « rejeté par papa ». Ce qui semble son drame lancinant, un chagrin grave. C’est une lecture intéressante sur ce petit monde, un peu clandestin, à jet-set fermé, à virées de dévergondages, saunas et Cie. À la fin, c’est le sombre tableau d’une mort prévisible accablante. Le bel homme est une momie !
Quant au récent livre de Robert Lalonde, c’est aussi une terrible narration. L’auteur s’y montre discret, parfois jusqu’à l’ambiguïté. On est bien loin des déboires publiés d’une certaine Nathalie au gérant pédophile. Ici, Lalonde fait des allusions claires mais courtes sur la pédophilie…de son papa ! L’atroce révélation se fait fort laconique. Pudeur obligée. On peut imaginer le dur effort de raconter une telle horreur. Le jeune pensionnaire à Rigaud, forcément, est déboussolé et se débat comme « diable en eau bénite » en cette prison de 1959. On y lira des amitiés « particulières » classiques en ces lieux clos d’antan, d’avant les autobus jaunes partout. Ce triste « gamin abusé » d’Oka sera sauvé de sa noire désespérance par, d’abord, le naturalisme car il découvre le fameux Kéouac illustré, l’indispensable « La flore Laurentienne ». Puis par la découverte —merci père Gobeil— de la « grande » musique, un clerc de Saint-Viateur vital pour le garçon perdu. Enfin, la poésie —oh les poèmes à 13 ans ! « Que vais-je devenir… » est un terrifiant récit mené avec la prose, toujours bellement poétique, de Robert Lalonde. L’on voit dans cette délivrance d’un livre biographique —« ce livre est la pierre angulaire de tous ses livres », dit le critique Martel— les sources de sa fascination future pour la nature.
Le lecteur découvrira d’abord le massacre d’un garçon rêveur par son propre père mais aussi la délivrance inattendue d’une jeune âme ravagée. On ne saura pas grand chose de sa mère, de ses frères ou sœurs, il est, il l’avoue carrément, une sorte de Narcisse. D’égocentrique, c’est qu’il doit avant tout se trouver une identité viable, il ne sera pas que « l’objet » des désirs sexuels insensés d’un père dénaturé. À 13 ans il doit s’évader, non pas seulement de cette prison-de-Rigaud, aussi de cette vie anémiante à Oka en un milieu de buveurs rustres, de sacreurs, de voyeurs (les magazines pornos du père frustré au grenier !), de chasseurs grossiers. Fuir ces brutes primaires… dont l’une, son propre père, est un pénible vicieux. On imagine facilement l’immense désarroi d’un gamin face à cette situation tragique. Ce noir récit, malgré ses très belles envolées lyriques, si bien rédigées, m’a rempli de tristesse. Moi qui ai eu la chance de grandir en une famille heureuse, je n’en reviendrai jamais des enfants bafoués, des enfants salis. On a compris, je suppose, qu’avec l’étouffante et, à la fois, riche prose de ce Lalonde nouveau, nous sommes à mille lieux des propos d’un Michel Vastel, du journalisme quoi, à mille lieux aussi des activités compulsives d’un Tourigny viveur, aux procrastinations de mondain. J’étais à 13 ans, sorti de l’externat Grasset et libre l’été, l’heureux jeune ado villégiateur de Pointe-Calumet-la-joyeuse. Si proche d’Oka ! Jamais, mon père ne me traîna aux aurores, au quai des Pitt, à sa chaloupe de pêche pour m’utiliser sauvagement —en pays Mohawk !— comme objet sexuel. On jouait, on riait, on chantait, on dansait, et on ignorait que, pas loin de notre éden, un garçon était livré comme bête désemparée aux instincts sordides d’un père inconscient. Ô misère humaine !