CHEVREUILS AU SOMMET BLEU

Voilà que mon acrobate-écureuil, Jambe-de-bois, ne cesse de vouloir grimper aux oiseaux venus sur ma galerie. Il a changé, a le poil rare, la queue comme rongée, il fait pitié. Raymonde en chasseresse véhémente pour protéger la gent ailée. Tiens, des chardonnerets récemment, joli paquet de volants jaunes. Oh, voilà un pic. Sur une seule patte, cherchant constamment à garder l’équilibre.Pauvre éclopé. Ma compagne attendrie et choquée : « C’est lui ça, « ton » Jambe-de-bois cruel, le salaud ! » Non mais… il est pas « à moi », je proteste.

Loin de Maniwaki-la-réserve, ici, jamais de « lionceau en liberté ». Il y a cette histoire « de l’homme qui a vu l’homme qui a vu…l’ours », on la connaît. Écoutez bien ça : longtemps par ici -légende ?-, on me parlait d’un ours, parfois noir, parfois brun, qui rôderait au Sommet Bleu, Chemin de la Croix ou Chemin du Croissant, en ce quartier haut juché de mon village. Des promeneurs craindraient sa rencontre, me disait-on. Il s’agit un vieil ours goguenard, pas méchant d’allure, fidèlement abonné aux vidanges du coin. La ronde bête apparaîtrait et disparaîtrait au gré des saisons, capricieusement. Était-ce, en ce joli ghetto d’en haut, par besoin de faire peur aux candides bourgeois. En tous cas, je me méfie de cet ours jamais vu -on sait jamais- quand je monte visiter les amis Paltakis et l’auto garée, je file assez vite à leur demeure certains soirs de bonne bouffe-à-la-Carole LaPan.

PLEIN DE CHEVREUILS

Récemment, Luc, un assidu « des devoirs à vendre » de l’École-de-cuisine, me sert son histoire à lui de bêtes sauvages quand je lui cause d’un orignal venu baguenauder effrontément au rivage, à l’aube. Il m’écoute placidement, ne semble point surpris d’une telle visite et…en rajoute. À entendre ce bleusommettien c’est « en troupe » que de jeunes cervidés viennent rôder autour de chez lui, pas loin de la Croix de fer publique… bien mal illuminée, hélas. Je n’en reviens pas quand Luc me dit : « Oui, mais oui, on en voit souvent dans nos parages. Pire, en fin d’hiver, tout un groupe de ces jeunes chevreuils brouta à fond -affamés sans doute- une haie de cèdres entière ! » Légende urbaine encore ? Luc se moque de moi ? « Non, non, continue Luc, tu questionneras mes voisins, de bien belles bêtes, pas farouches du tout. J’en ai vu, et souvent, autour de ma propriété. Encore cet hiver, juré craché. »

Un loustic m’expliquait un jour : « Comme la chasse est totalement interdite dans toutes nos régions laurentiennes habitées, la reproduction de l’espère en est très favorisée. Ils peuvent copuler en paix et se multiplier en très grand nombre. Cela expliquerait ceci. Un hiver avec trop de neige égale donc tous ces nombreux chevreuils dévoreurs de haies !

Ces chevreuils qui s’épivardent dans les haies du Sommet Bleu m’a fait soudan me souvenir d’une randonnée dans un sentier sauvage d’un mont voisin, Loup Garou, pas si loin des condos du Chantecler.

UN ORIGNAL ÉPORMYABLE

Au soleil d’une promenade forestière en fin d’après-midi… soudain : une sorte de lourd et long terrifiant grognement ! Ma peur. Suivent des bruits de souffles… gigantesques. Je fige ! Le sol remua, je le jure, un sinistre tremblement ! J’imagine aussitôt un orignal égaré aux dimensions gargantuesques. Je l’avoue, oui, je panique. Je me penche et, vite, je ramasse un très gros bâton. Je détale. La peur. Je voudrais vous y voir les ricaneurs. Me retournant, je cherche des yeux une vaste forme mais le boisé en haut du Loup Garou est si fourni, d’une telle densité, qu’on n’y voit rien ! Je guette une énorme silhouette, j’imagine voir surgir d’entre les arbres l’ombre effrayante. Sans doute un orignal, peut-être blessé. Donc rendu agressif et dangereux.

Ma compagne a entendu aussi et, comme moi, en est fort intriguée. Un bon sens de la conservation me dicte aussitôt de fuir. Courant devant elle, je lui lance : « Viens vite, suis-moi, sauvons-nous, » Je jonglais,en cas d’attaque de cette bête, à grimper aux arbres. Des yeux, je cherche fébrilement un sapin ou un pin avec des branches basses. Quand je me retourne, ma Raymonde marche calmement, loin derrière moi. Je crie : « Plus vite, trouves-toi une forte branche, rejoins-moi ! ». Quoi ? Elle rigole ma foi.

Une fois éloignées tous deux de la source de ce beuglement épormyable… halte. Repos ! Mon souffle court. Elle, moqueuse : « Ouengne !, tout un homme ça ! Merci pour la protection, belle leçon de solidarité ».

J’en reviens pas de ce flegme… féminin, moi. Longtemps, encore aujourd’hui, cette brève aventure lui fera un fameux sujet de conversation dont je serai l’objet de venimeux quolibets. Mais quoi, quand il faut sauver sa peau, non ? Allez au diable les mâles féministes scandalisés.

Il n’en reste pas moins que l’on a tort en pays laurentien de croire son village tout dépourvu d’animaux sauvages. Ouvrez l’œil, ils y sont, tapis dans de propices ombres. Tel notre immense empanaché, ce « bétail » qui surgit du marais de l’ouest du lac à chaque automne pour, peut-être, dévorer nos pommes tombées.

Chers nouveaux venus, n’allez pas croire que nos espaces civilisés sont dépourvus de sauvagerie, l’hiver prochain surveillez vos haies, la nuit venue. Et, au Sommet bleu, guettez l’ours qui a vu l’homme…

LE RETOUR DE JAMBE-DE-BOIS !

La dame chic sort du cinéma Pine sous un joli manteau, à faire enrager la Brigitte Bardot. « C’est de l’écureuil », me dit mon escorte. Fort belle cette bougrine et je songe alors à me faire trappeur. Il en vient tant chez moi. Mais capturer Jambe-de-Bois, « mon » écureuil ? Jamais ! Malgré sa patte folle, c’est un acrobate époustouflant. De notre table à déjeuner, Jambe-de-bois nous offre des spectacles aux numéros iouïs, gratis derrière les portes-patio.

On a une mangeoire suspendu au plafond de cette galerie, C’est sa hantise. S’y nourrissent des parulines, carouges, goglus, sturnelles, hum… suis jamais sûr du nom. Sans se décourager jamais, notre blonde bestiole se cherche un point d’appui pour sauter au rebord notre mangeoire. À chaque visite matinale, on en lâche subito journaux et cafés. Ce fut d’abord des essais. Patient Jambe-de-Bois a une volonté de fer. Son dur désir d’« ailes et poitrines » l’excite. D’abord ce fut des sauts prodigieux. D’une rampe puis d’une autre. Vainement. Trop de distance. Puis ce sera ses grimpades le long des 4 par 4. Échecs répétés. À chaque ratage, longues minutes de dépit. Et il recommence, s’y remet. Show-time !

Un temps, ragaillardi, il tenta une neuve astuce : se jetant et s’agrippant dans la porte à moustiquaire. Vrai Spiderman ! Malheur à vous, martinet, carouge, chardonneret, pic, grive ou moqueurs…. nullement ornithologue, je doute du nom.

Nouveaux sauts donc mais… non, patate, partie nulle car griffé à la moustiquaire il devait, à la fois, se retourner et bondir. Mauvais calcul, notre écureuil se retrouvait chaque fois au plancher parmi les graines rejetées.

UN FAMEUX DIVERTISSEMENT

Total amusement en effet de le voir jongler, reculer, avancer, calculer, chercher sans cesse un angle nouveau. Son entêtement fait de notre blondinet une sorte de héros à nos yeux. C’est Superman volant. Ayons l’air cultivé, c’est D’Artagnan, Fantomas, Achille, Hector. Le Cid et Ulysse. Il y a quelques jours, revoilà notre chère « tête de pioche ». Silence ! Rideau ! Monsieur Queue Dressé va tenter du nouveau. Y a-t-il réfléchi dans sa cachette inconnue de nous ? Il vise un recoin de la galerie et voilà qu’il se hisse d’un bond élégant sur une étroite table-desserte de jardin -qui attend comme nous la venue du printemps. Cette fois, Jambe-de-bois semble gonflé à bloc. Ne se sert-il pas d’un fameux juchoir ? Zut, voici un gras geai bleu qui s’amène. Attente. Trop gros pour lui ? Maître Geai s’en va, graines avalées. Voici que s’amène un innocent bruant. Appétissant ! Son gavage d’abord… ces « têtes d’oiseau » ne voient donc jamais l’embusqué ? De ses deux pattes d’en arrière, valides celles-la, Jambe-de-Bois se rapetisse, s’aplatit, museau frétillant. D’abord ses regards scrutateurs, calculateurs vers la mangeoire, ensuite repliement et… Bing ! Il a mis son ressort en action : Spring ! Encore raté !

Au sol, il regarde la table, la cage à graines, la table de nouveau, re-grimpe… Trois fois. Trois bonds pas assez forts. Désolants ratages. De guerre lasse, notre acrobate s’en va voir ailleurs s’il y est ! Nous reprenons cafés et journaux.

SO-SO-SOLIDARITÉ

Un matin, je songe à abaisser la tige de la mangeoire : « Juste une fois, Raymonde. Par compassion, par pitié. » L’homme d’un couple se sent comme lié; « entre chasseurs n’est-ce pas ? Ma compagne s’indigne : « Pas question! Ce n’est qu’un rat avec une belle queue. » Je lui rappelle le beau manteau…apprécié. Enfin, je m’incline, pour la pax du ménage. Dans la vie, il faut savoir prendre parti : oiseaux ou écureuils? La mangeoire restera inaccessible. On aurait dit qu’ayant aperçu ma tentative de coopération et ayant perçu ma lâche abdication… longtemps, on n’a plus revu l’amusant Jambe-de-bois !

Au bout de quelques jours, il réapparaît ! On s’ennuyait de son cirque. Spiderman a l’air comme vieilli, assagi. Revient-il de sombres batailles ? Que savons-nous de l’existence des écureuils ? Un écureuil noiraud ne gisait-il pas au bord de la rue en sang ? Tué par l’un de ces racoons descendus du Sommet Bleu pour goûter nos détritus en poubelles ? Jambe-de-bois était donc revenu. Une retraite en vue de mijoter une stratégie nouvelle car c’est Napoléon Bonaparte. Il semble récapituler son champ de bataille : il déambule sur les rampes, grimpe aux colonnes, saute sur la table de fer noir, saute dans la moustiquaire. Il se souvient trop bien… Soudain, il vient se coller à la vitre et nous dévisage un très long moment. On en éprouve malaise. Il se détourne enfin et… quoi ? Jambe-de-bois mange goulûment les graines sur le plancher. Pauvre Icare sans ailles, déchu, se prend-t-il maintenant pour un oiseau ?

TOUTE VIE EST UN ROMAN ?

« Toute vie est un roman ? », c’est le titre d’un de mes bouquins récents illustrant un dialogue que j’entreprenais avec ce que j’imaginais « une simple ménagère » et qui se révéla une femme d’esprit, brillante, pétillante : Michelle Dion de Sherbrooke. Vers 1988, j’avais songé à me faire l’éditeur de « récits vécus » car je venais de lire, émerveillé, la vie de Marguerite Lescop, une femme vaillante et étonnante. J’ai toujours aimé « l’art naïf ». Je sors tout juste de la lecture d’une sorte de gros album titré « Je ne fais que passer », signé Jean Tremblay. Un comptable retraité habitant maintenant le Sommet Bleu. Tremblay prouve encore une fois que, mais oui, « toute vie est un roman ».

Une proche voisine, infirmière retraitée, Raymonde Lagacé, racontait sa vie, il y a peu de temps. Je lui fis, avec plaisir, une préface. Pimpante autobiographie illustrée par son album de famille, une captivante fresque d’éphémérides. Ces livres d’amateurs ne jouissent pas d’une grande diffusion mais on peut imaginer facilement « le trésor » que c’est pour parents, amis et voisins. Désormais, et cela va aller en s’agrandissant, suffit de quelques cours de création littéraire —qui pullulent— et plein de gens auront ce désir —besoin viscéral ?— de narrer l’itinéraire de leur existence. Avec courage —il en faut— celui de raconter aussi les échecs, les chagrins, gros et petits, les moments sombres d’une vie. De tels récits intimes captivent un public restreint forcément. C’est une sorte de « testament » qui n’a pas de prix pour les descendants.

Jean Tremblay a grandi dans mon cher Villeray, puis, diplômé comptable, il ira s’installer longtemps sur la Côte Nord. Quand Baie-Comeau se transformait en centre industriel suractivé. Ensuite, couple Tremblay qui se fracture, ce Jean devient « père monoparental », trois jeunes garçons. Il revient « en ville » pour faire une deuxième carrière à Hydro-Québec. L’Adèlois qu’il est devenu maintenant parsème son récit d’anecdotes, les unes inévitablement banales mais d’autres fort piquantes. Arrivé au « grand âge », il reste un sportif solide et un voyageur curieux, aussi un nouvel amoureux comblé.

Nous lisons —moi par le hasard de ma biblio Claude-Henri Grignon— un tel récit par une curiosité d’abord ordinaire. Et voilà qu’ici et là on se sent concerné. Une situation cocasse nous frappe, un désagrément nous captive, un moment de bon bonheur nous ravit. Ainsi nous pénétrons dans l’intimité d’un inconnu et nous constatons de nouveau que « tout vie est un roman ». Des milliers de Jean Tremblay ont vécu cette sorte d’existence, c’est entendu, pourtant celui-ci décidait de « coucher tout cela sur papier » et y a mis aussi (on est en 2007) des tas de photos personnelles. Voilà un autre « conte de la vie ordinaire ». Cette vie que l’on sait fugace, qui file à toute vitesse, que l’on sait « condamnée à une fin ». Terrible loi commune, seule justice immanente ! Avant de « partir », terrible fatalité, une telle narration d’un quidam, d’un loustic, forme un pan de plus pour savoir d’où nous venons les uns les autres. Tant de ces récits finiront par former un patrimoine utile, immense mosaïque. Les archives populaires des nôtres.

Comme nous aurions aimé —moi en tous cas— pouvoir lire « la vie » d’un papa décédé(le mien mort en 1987), celle d’une maman (la mienne née en 1899). Ces chers « disparus » hélas dont on cherche vainement à comprendre de quoi fut faite leur vie. Enfant, jeune fille, jeune mère.

Hier encore, j’examinais, scrutais, des photos anciennes de ma mère, jeune fille, —de « studios » parfois. Je tentais, un peu vainement, d’imaginer ses sentiments… une moue, un sourire, une attitude bizarre ou un décor naturaliste, une robe sophistiquée, un lieu inconnu de moi. Tous nous tentons de relier, de rallier, les maillons de notre chaîne génétique, non ? Pour ses proches, cet album de Tremblay titré « Je ne fais que passer »
fournira des explications, des arguments, les motifs de tel virage, de telle décision, de tel ou tel important moment. « Un homme parmi les hommes » (Sartre) décide de publier —souvent à compte d’auteur— le circuit de son existence et voilà des enfants, des petits-enfants qui auront un fameux grimoire. Pratique pour…se souvenir. Avec les progrès de l’imprimerie moderne et ses facilités inouïes, il est devenu relativement facile de constituer de telles précieuses archives familiales. Que l’on en profite. Lagacé ou Tremblay, tant d’autres, décident donc de laisse des traces, vieux manège connu depuis les âges antiques, ce besoin intense de poser sa main sur un mur de la grotte (à Lascaux). Mieux, voici des visages, des sites, des sourires et des rires, des compagnons, des amitiés, voici le vitrail illuminé au grand complet, tout cela qui dit : « j’ai vécu ». Comme on lisait jadis sur un mur de sa ruelle : « Kilroy was here ».

L’ANNÉE DU CHIEN ? ET DU CH’FAL ?

Dans mon village laurentien, il y a un lac, autour de ce lac, des pistes et, sur ces neiges battues, arrosées aussi, des gens. En week-end, grande beauté de voir le bariolage multicolore des promeneurs, des fondeurs, des patineurs. Fascination aussi de voir tant de chiens et de races si diverses. Des petits, des gros, des longs (chien-saucisse ?), des poilus en tous genres : courts, ras la peau parfois, très longs, frisés durs ou frisés mous ! Jeune, il n’y avait tant de gens-à-chiens, il me semble. D’année en année, l’impression que ce « fidèle-ami » va se multipliant. Et soudain, un dimanche, place au cheval. Plein de jolies et
aériennes carrioles sur le lac ! Musique, ballons, drapeaux, petites foules attentives ici et là. Courses organisées, on dit un « derby ». À voir tous ces attelages antiques dans le vent et la neige, je revoyais les images hivernales des jolis calendriers de mon enfance avec ces illustrations —aux sauces affadies hélas— du grand Cornélius Krieghoff, cet artiste surdoué, jeune exilé d’une Allemagne battue, installé et marié à Longueuil, mercenaire et déserteur de l’armée américaine, qui fonda la peinture québécoise dégagée de l’italianisme à religiosité. Ses belles carrioles rouges !
La veille de ces joyeux concours équestres, tout un samedi soir sur la colline du sud, dite Sommet Bleu ! Invités, mon Aile et moi, à nous régaler. Une quinzaine de convives pour un souper sophistiqué aux ingrédients exotiques, repas festif en l’honneur du nouvel an chinois, « l’année du chien » comme cela est décrété. Longue table enchinoisée avec chandeliers importés, bougies verdoyantes, lanternes de papier jade, ibiscus, verts aussi, monaie-cadeau en sachets, nappes et napperons aux graphiques orientaux. Sorte de spectacle appétissant que ce repas, une parade colorée de plats exotiques bien éloignés du menu chinois d’antan, genre « no 2 pour 4 » ! À la fin des agapes, Carole Lapan, blottie entre son Paul et John l’expert, fière du défilé succulent, jeta des restes au long chien frisé, haut monarque fabuleux et bien ignorant de « son année ».
Le lundi, adieu chiens, adieu chevaux coureurs, la semaine pouvait débuter avec, sur la galerie du lac, —splendeur de feu sur le froid tout blanc— un cardinal… et ses deux épouses. Un nerveux « suisse » à la rousseur flamboyante surgissait et… ne les effraie point ! L’entente animalière parfaite que j’observe en lisant derrière la porte-patio sur les chicanes de mondes lointains, Iraqu, Palestine. Le journal replié, je pars chez mon fidèle quincaillier (Théoret) voulant me dénicher une chaîne pour ma « montre-patate » à chiffres romains, hélas ersatz de celle héritée de mon grand-père. Perdue hélas. Dans ce « magasin de fer » (comme on disait jadis), il n’y a pas qu’un caissier dans la porte. On peu jaser. Avec le proprio ou avec ses commis. On peut rigoler aussi, on peut raconter les ragoûts ragoûtants chinois chez Carole ou les vertigineuses carrioles sur le lac. Ou même de certains plats si bien réussis en vente à cette « école hôtelière » de la rue Lesage. C’est cela un village.
J’avais aimé, arrivant à Outremont en 1986, dénicher un cordonnier rue Fairmount, un épicier-boucher rue Saint-Viateur, le « magasin de fer » au coin de Parc, le glacier original rue Bernard, le barbier, le marchand de poissons près de Van Horne, etc. Oui, un village. Le quartier de ma jeunesse, fut ainsi : « un village ». Un village au sein même d’un lot de villages, les paroisses environnantes de Villeray. Nous trouvions de tout dans nos quatre ou cinq rues. Descendre « en-bas-de-la-ville », comme on disait, était une rare expédition. En 1962, je n’avais pas trouvé cet aspect « village », que j’aime tant, en m’installant dans une banlieue du Vieux Bordeaux, sa vieille rue commerciale, Viel, agonisait. En 1978, logeant rue Cherrier et Saint-Hubert, pas de cet aimable « village » à l’ancienne non plus. De là ma joie arrivant rue Querbes à Outremont, ou rue Morin à Sainte-Adèle. Modernes ou pas, à moins d’être de farouches misanthropes, les gens aiment bien pouvoir converser un brin avec ses marchands divers et les habitués, clients que l’on croise et recroise. Ce besoin d’une convivialité minimum est très vieux. On peut constater sa nécessité si l’on va marcher au soleil sur un anneau balisé, de neige « tapée », autour d’un lac tout blanc de février. Soit entourés de chiens frétillants ou, comme ce dimanche de derby, de chevaux piaffeurs attelés à de si jolies carrioles défiants des records aux embûches variées. Je pensai alors à mon camarade mort, Claude-Henri (Grigon) qui, enfant en 1899 ?, devait chevaucher, ici sur ce lac, de tels bons vieux percherons.

NOS JEUNES FELQUISTES : DES REBELLES IGNORÉS ? C’EST ASSEZ, ÇA SUFFIT !

Page d’histoire à rétablir

NOS JEUNES FELQUISTES : DES REBELLES IGNORÉS ? C’EST ASSEZ, ÇA SUFFIT !
CLAUDE JASMIN
Le Québécois, octobre 2005

Après presque un demi-siècle, persiste encore une sorte de honte niaise. On continue, hélas, hélas, hélas, le silence total sur des garçons qui hypothéquaient courageusement leur avenir, qui agirent absolument librement et sans aucun profit appréhendé. Qui résistèrent quoi, armés de manière artisanale tout à fait comme ceux de Saint-Denis ou de Saint-Eustache au temps de la guerre anticoloniale des débuts du XIX siècle.

Ces « jeunes gens en colère », qui entrèrent dans la clandestinité, ceux des débuts de 1960 comme ceux de 1970, sont des inconnus pour les jeunes générations. Ils méritent de la lumière, non ? Ils montraient du courage, une audace terrible tant somnolaient la majorité des nôtres, sauf au RIN de Pierre Bourgault. Ils prenaient, oh oui, des risques énormes. Ils allèrent, la plupart en prison, quelques-uns pour longtemps, et en exil, tel Richard Bizier. Ils furent vendus.pour de vrais « 30 deniers », bien sonnants et bien trébuchants, furent trahis par des Judas-Jacques-Lanciault ou bien capturés par une puissante machine de répression militaro-policière avec immense filet mis en action par les agents zélés du fédéralisme canadian et par leurs inféodés au Québec même.

Les rebelles de 1837-1838, ces magnifiques « Patriotes » sont au calendrier et fêtés chaque novembre. Conspués par le haut-clergé froussard face aux « bons maîtres », interdits de sépulture chrétienne, ils sont devenus, le temps passant, des héros incontestables. Plus d’un siècle a passé, c’est bien ça ? On grave leurs noms sur des socles, on rend de justes hommages à ces héros antimonarchistes armés. Qui tuèrent parfois. Pour la cause sacrée. Pour les jeunes membres du FLQ rien, c’est un silence qui a assez duré. De jeunes historiens québécois devraient désormais enquêter et publier sur eux. On découvrira, me dit-on, des « qui-ont-mal-tourné », et après ? Dans n’importe quel groupe de libération, toujours, il y a eu des héros qui ont mal vieilli. Durant la Résistance en France comme parmi les batailleurs de l’Irlande-nord. Pas vrai ? Nul patriote n’est tenu de mener une vie exemplaire après le temps des combats. Et vive la liberté! C’est banal, normal, prévisible que certains comportements héroïques ne s’accomplissent que dans l’urgence d’un moment d’histoire, non ? Il s’agit de faire cesser un mutisme louche. De cesser d’intérioriser de façon fort malsaine la vision haineuse de nos desperados selon les vues forcément rapetissantes des ennemis de notre patrie. Je souhaite – et j’ose croire n’être pas le seul – mieux savoir qui étaient ces jeunes gens qui firent trembler pendant des mois, certaines années, les puissants et les assistants passifs de notre DILUTION ORGANISÉE. Tenez ces deux mots. Ils résument clairement ce qu’est l’Histoire du Canada. Cela depuis le goddam Durham jusqu’à la maudite tromperie faussement nommée : confédération.

Au temps des premiers bombardements felquistes, travaillant comme scénographe au « réseau français » (réseau tant craint par PET) de la CBC, je me souviens fort bien des mines d’enterrement de la riche English section de la dite Boadcasting Corporation, boulevard Dorchester à Montréal. Crispations partout. Énervements subits. Suspicions virant à la plus folle des paranos dans les couloirs, les bureaux et les salles de réunion. On peut imaginer les semblables désarrois ailleurs, à Ottawa comme à Toronto. Noyautage du personnel par des agents de la Police Montée déguisés en cadres. « Le cadre », petit, moyen, supérieur, c’est si pratique comme camouflage policier.

Ce fut un temps de panique, d’agitation bureaucratique allumée par ces quelques jeunes résistants impatients. Bombes donc ici et là ! Posées par qui ne croyaient plus aux faveurs d’une bien lente démocratisation entre les « deux solitudes ». Ainsi le Big Brother (et Big Boss) ce sinistre bloke, Gordon, proclamait scandaleusement que les Québécois, tous, n’étaient pas assez compétents pour obtenir la moindre promotion dans les grandes compagnies, publiques ou semi-publiques. Ainsi, soudainement, voici que des bombes éclataient, sans cesse, et voilà que nous pouvions lire (dans La Presse comme dans Le Devoir) des « avis de promotion » inouïs. Tiens, tiens ! Subitement les Québécois avaient des talents ! Brave et bonne conseillère, la violence ?

Quand les felquistes furent mis en cellules pas un seul de tous ces « frais promus » eut l’idée normale d’envoyer au moins des oranges ou des chocolats à ces très jeunes hommes enfermés en pénitenciers ! Oh, les ingrats. C’était de leurs actions intrépides, de la peur, que survenaient leurs neuves fonctions importantes, leurs nouvelles grosses gages. Ces jeunes garçons du FLQ avaient réveillé ces racistes francophobes, bonzes à clubs privés interdits aux nôtres, bonzes du Golden Mile, mandarins racistes des establishements. C’était donc la frousse-au-cul de ces damm blokes qui venait de permettre – à nos compatriotes doués – la fin du mépris raciste anglo et d’avoir droit à des postes de directeurs, de gérants, de surintendants, de directeurs, de vice-présidents. Ah oui, une belle bande d’ingrats ! Ou bien ils étaient tous des innocents, des mal-politisés, des aliénés à plaindre, des désinformés, des polis esclaves habitués aux reconnaisances très tardives. Eh oui, pas une seule orange donc dans ce temps-là. et, en 2005, pas encore un seul nom de ces résistants armés, nulle part, dans aucun manuel scolaire d’histoire, pas une seule mention à aucun anniversaire . anniversaire qui pourrait souligner « un tout-petit-peu-au-moins » les bénéfices cueillis à cette époque par les nôtres.

« Oui mais il y a eu des victimes innocentes », me dit-on aussi. Inévitablement. On n’a qu’à lire un peu à propos de tout mouvement d’émancipation, de révolte. Au Mexique des Zapata, des Bolivar comme aux jeunes Etats-Unis de 1776, il y eut des victimes, on peut citer mille villes et/ou pays, n’est-ce pas ? Il faut être d’une candeur rare pour imaginer une lutte, un combat armé et souhaiter qu’on n’y trouve aucun sang versé. Oui, il y a eu, hélas, cette dévouée simple secrétaire chez La Grenade Shoes, cet étudiant, kamikaze sans le vouloir, jeune et maladroit porteur de bombes sous Vallières et Gagnon, l’étudiant Corbo, 18 ans. Et cet agent de police devenu hélas handicapé, hélas aussi ce malheureux concierge, M.O’Neil, gardien d’une caserne militaire une certaine nuit de bombe. Et puis, il y a 25 ans maintenant, événement traumatisant, un député-ministre libéral, Pierre Laporte.

J’en oublie ? C’est possible. Encore une fois, cette partie de NOTRE histoire, gênante pour les timorés, qui est tue, cachée, doit désormais trouver de l’éclairage. Ces batailles, rarement meurtrières, devraient faire partie des manuels scolaires, sans aucune espèce de honte, avec vérité. En montrer avantages et désavantages, oui, ces graves inconvénients via la répression. Blocages de promotions pourtant méritée, mon cas à trois reprises à la SRC quand j’étais security risk n’est-ce pas, comme Gérald Godin, ou un Norman Lester, il y a pas longtemps. N’oublions jamais les ordres « implicites » de PET à la RCMP d’où vols des listes du PQ, (vraies) bombes, (faux) communiqués felquistes, incendiât de grange.

Oui, il est urgent maintenant qu’un chercheur sorte de l’ombre ces vaillants jeunes défenseurs des nôtres injustement enterrés vifs. Nous souhaitons ce (ou cette) amant de lucidité, de franchise. Que ce sain travail d’histoire normale se fasse dès à présent, presque 50 ans après les premiers gestes du FLQ. Ils sont des faits notoires. Facile à dénicher cette part d’histoire dans les archives des journaux. Maintenant pour rendre justice mais aussi pour faire enrager et nos adversaires néo-rodhésiens (1) et néo-chiens-couchant. Qu’ils en bavent ceux qui, salauds finis, inventent la nocivité et l’inutilité des actes terroristes en vue de notre liberté totale. Personne n’insulte la mémoire de M. Begin qui fut, lui aussi jeune, un fort actif terroriste aux aurores de l’installation de la patrie juive.

L’autre qui me dit aussi : « Oui mais le raciste Speak white montréalais des Square Heads, si insultant, on ne l’entend plus. Tout a changé maintenant, non ? » Je répond : raison de plus de revaloriser les premiers jeunes combattants de notre lutte d’émancipation. Ils furent héroïques, il ne faut plus craindre de le dire, de vanter ces gars-là, de narrer leurs actions illégales mais non « illégitimes », dans nos livres d’histoire. Seul le regard méprisant de nos vieux agents d’assimilation, celui des foremen de nos pères soumis, nous empêchant de crier : « Honneur à vous premiers combattants du milieu du 20ième siècle ! ». Et l’autre mal-décolonisé, aliéné qui me dit encore : « En 2005, pourquoi reparler de ces années noires ? » Parce que « je me souviens », parce que relater ce passé récent, c’est exactement le rôle de l’historien. Justement, en 2005, il faut en parler, il faut inscrire les faits, la courageuse action entreprise quand il y avait encore, malgré les promesses des quatre « L » (Lesage, Lévesque, Lajoie, Laporte) trop peu de progrès, et, partant, trop peu d’espoir. Les âmes délicates, les bons-ententistes à tout prix, les effaceurs des faits gênants, les révisionnistes patentés, tous ces cornichons frileux et hypocrites, ces carpettes de l’axe anglo-américain, ces lamentables cocus-contents, vous verrez, vont se pincer le nez, l’auriculaire en l’air, « Quelle horreur ! Ces bombes, pouah ! » Ce qui va ravir les anciens patrons blokes et leurs courroies dociles en fédérastie.

Au moment où le vaiseau coule, au moment où les rongeurs fédérats (afflublés du beau mot de créatifs publicitaires) se sauvent, se cachent.c’est bien, non ?, le bon moment de louanger des jeunes gens impétueux, d’un courage édifiant, et, je le répète, qui hypothéquaient leur avenir complètement. Agissant pas pour gagner des sous ô Juges Gomery de la terre, mais pour effrayer des racistes sourds à 85 % de la population les environnant; ce qui était un racisme québécois à la sauce « Afrique du sud » !

À partir de maintenant, de cet appel, j’ose espérer la rédaction généreuse d’une personne du monde des historiens. Justice sera enfin rendue. Un malodorant silence enfin brisé. Un tabou bien con enfin démoli. Tout un pan de notre histoire, celle de nos jeunes felquistes, n’a absolument rien de honteux.

Cette honte que la gent bien-pensante, languedebois-parlante, nous ordonne de nous taire sans le dire, elle fait exactement le jeu de nos dominateurs. Y compris le jeu de la horde des méprisables libéraux à commanditaires stupides, à vagues de pavillons unifoliés. Et le jeu des valets ottawaïens, des rois-nègres serviles, à la Georges-Étienne Cartier, le vire-capot, ou à la Louis St-Laurent, le tergiversationnaliste, ou encore à la PET-Trudeau, le jetsetter apatride et déraciné, enfin à la Jean Chrétien, cet ignoble Janus (à deux et quatre faces) le pire de notre histoire.

Eux tous et bien entendu de mèche avec nos adversaires les noyeurs intéressés de nations souveraines, les installateurs zélés de mosaïques et du multi-cul. instrument si pratique pour nous diluer au plus tôt : qui ?

Nous : les trop longtemps endormis Québécois bafoués, nous, la trop patiente naguère MAJORITÉ INVISIBLE, nous, les anciens mollassons « moutons », nous les ancien favorisateurs des ghettos, nous les jadis racistes invertis (nous n’étions que des crétins, c’est entendu.)., c’est terminé en 2005, enfin ! Combat essentiel en 2005 ! Eux, les à-abattre » électoralement désormais avec tous leurs parasites vénaux, des Chuck Guité graisseurs compulsifs jusqu’au « prophète indépendantiste » loufoque, le pourri revenant shakespearien du Danemark, l’Alphonso.

Je sais, je sens, que l’on va venir corriger cette part de notre histoire en 2005 et le vieil homme que je suis devenu en est si content, si léger, si fier. Je dis déjà merci à cette personne courageuse. J’ai déjà hâte à cette lumière. J’ai hâte déjà à toute la vérité. Comme je le fis, en 1965 en page de garde de mon roman populaire (ce qui enragea les abbés Marcotte de tout le territoire! ), « Pleure pas Germaine », je veux dédier ce petit pamphlet à (et peu m’importe s’ils ont bien ou mal tourné – et c’est quoi au juste « mal tourné » – ) à MM. Mario Bachand, Alain Brouillard, Richard Bizier (que je revois parfois), François Gagnon, Jacques Giroux, Gabriel Hudon (condamné 20 fois à la « perpétuité » et à qui, en 1980, je confiai mon « Contes du Sommet bleu » chez Quebecor), Yves Labonté, Denis Lamoureux (aidé à sa sortie de pénitencier par Pierre Péladeau), Eugénio Pilote, Gilles Pruneaux (rencontré à la célèbre « Taverne Royal Pub » en 1961), Pierre Schneider (aidé aussi chez Péladeau), Georges Schoeters, (émigrant du pays de Brel), Roger Tétreault, Raymond Villeneuve (encore actif chez les radicaux de la cause).

Vive TOUTE l’histoire !

CLAUDE JASMIN

(1 : « rodhésien » est l’infamante épithète publiquement utilisée pour nos racistes par René Lévesque face au racisme francophobe des anglos de son temps. C.J. ).

La vie, la vie.

Matin. Je sors acheter les journaux et, hélas, les cigarettes maudites. Et, oh, la mort dans le caniveau ! Je reconnais la victime. L’ai croisée souvent ces derniers temps, dévalant le boisé voisin avec sa démarche chaloupée. Là, du sang sèche sous sa tête. C’était un si joli « racoon ». Pas grave ? Pourquoi ma peine ? Des êtres humains meurent sans cesse, partout. Comment dire ? Ce chat sauvage, c’est que je l’avais vu gambader si souvent.

L’autre dimanche, en voyage chez mon éditeur, René Jacob —un pharmacien beauceron qui ose publier 30 aquarelles de votre blocnoteur— ma compagne ralentit pour laisser passer un jeune piéton à sa gauche. À notre droite, une voiture fonce. Un bang affreux ! Le piéton vole sur le capot ! Miracle !, il rebondit, se redresse et fonce vers le chauffeur. La mort proche, évitée de justesse. Mon « racoon » mignon, rue Morin, n’a pas eu cette chance.

Au fait, lirez-vous ce neuf album illustré, « La petit patrie en images » ? L’espoir. Je marche sur la vaste plage d’Ogunquit, la semaine dernière : plein de crabes éventrés où les mouettes s’alimentent. La vie, la vie ? Le soir, allant vers Perkin’s Cove, sur ce magnifique Marginal Way d’Ogunquit, des pêcheurs patients sur des récifs scluplturaux. On voit un lever de…lune comme le matin on avait observé, dans la brise océane pleine d’iode et de sel, les pieds sur le sable tapé de la marée basse, un radieux lever de soleil. Mon chat sauvage était encore vivant à ce moment-là. La mort, la mort…

Les mains pleines de plumes blanches et ocres, je fais rire un gamin avec des cris de sauvage. Deux flotteurs-repères (à homard), vivement colorées, dérivent, je les sors de la mer. Au sud de Moody Beach, je cueille des galets bien polis qui soutiennent de longues tresses de lichen. Besoin de rapporter cela en Laurentides. Y roulant dimanche matin, on chantonnait « La mer » de Trenet : « bergère d’azur infini-e ». Étonnemenmt total deux fois : chez Charly’s comme chez Billy’s, renversés de voir que l’on passe l’aspirateur jusque dans nos jambes ! USA manners ? Voir la mer : c’est notre pèlerinage, notre Mecque. Cinq ans que l’on se retenait. La piastre à Chrétien si faible. C’est fait. Beau soleil de quatre jours en Maine mais, hélas, un front froid. Partant pas de mon cher belley’s surf !

Jeudi, au retour, ici, maintes baignades. Revanche. Photo reçue :mon cadet de frère, Raynald, si vieilli. Bah !, mauvaise photo. À Maisonneuve, voir la chère Colette-à-Pierre qui ne peut plus parler ! Et notre vaillante Fernande accablée elle aussi de radio et chimiothérapie. Misère ! La santé, la santé… Toi qui me lit, jeune ou plus jeune, si tu as cela la santé, lève-toi, sourit, apprécie, dis merci à la vie, ne fais comme moi qui oublie trop souvent ce privilège précieux. J’aime les ardeurs —à humeurs optimistes ou critiques— de mes voisines ici, la Mimi Legault, la rigolote Gaillarde, de bons signaux de vitalité.

J’ai terminé la biographie praguoise de Franz Kafka, écrivain juif épris de transcendance irréjoignable, tout pris d’un mal de vivre atroce, hypocondriaque, pathétique impuissant fuyant la jolie Felice, puis la belle Julie…accroché désespérément à la littérature pour son salut difficile. On le lit encore. Je lis maintenant « Une vie », l’autobiographie d’Arthur Miller (« Mort d’un commis voyageur »), juif agnostique, empêtré d’un gauchisme idéal qui l’encombre. Soudain, il voit « La ménagerie de verre » de son rival, Tennesse Wiliams. Il écrit : « Il a osé mettre de la poésie, ce qui est audacieux et si rare, dans un drame pragmatique ». Chez Duceppe, je viens justement de voir « La ménagerie… », version de mon amie Françoise Faucher. J’ai écouté espérer, rêvasser, rager, pleurer ma voisine (de Morin Heihgt) Louise Marleau. Splendide jeu d’une Marleau vieillie en monoparentale névrosée, vendeuse d’abonnements si démunie, qui s’accroche à ses deux enfants grandis. L’un, le fils, fuira en marine marchande, l’autre, la fille infirme, n’a plus qu’à épousseter ses animaux de verre. Ma compagne s’essuie les yeux au tomber du rideau, moi —un homme hein ?— le moton dans gorge.

J’ai à mon chevet la vie de Man Ray, « saintgermain-despréistes » surdoué. Aussi celle du sculpteur en silhouettes filiformes, Giacometti. Lire : ma vie, ma vie… Ce matin, le chat sauvage mort est encore là, étendu dans le caniveau; envie de l’installer dans le boisé des Simony en face. Et puis, non, la ben du vidangeur va passer. À quand le tour de cet ours brun furtif ? On raconte qu’il rôde à la nuit tombée Chemin du Sommet Bleu. La vie, la vie, toujours en danger. Ensuite, devoir aller causer face à mes aficionados mardi soir à Beauport. Ensuite ? Aller jaser, cinq matins, avec François Dompierre pour la radio fm de CBF-culture. Et puis front froid pour front froid, l’été prochain, j’irai voir ma chère mer à Sainte-Luce-sur-mer, là où le Saint-Laurent est un océan. Lundi, belle fourrure inerte dans la ben avec ordures en tous genres. Merde !

Quoi ? Du coq à l’âne ? Non, « coqs à l’âme » !

Journal – 19 Janvier 2003

Mercredi, 15 janvier, soleil nordique aujourd’hui. Hier, le chef-penseur (La Presse), André Pratte, ose proclamer qu’un chef politique (Landry versus Dumont) doit obéir aux sondages. « La rue a parlé ». Imaginez cela : formidable décolonisateur, Papineau —on est en 1835- dit : « On a lu les sondages, la décolonisation, b’en le peuple est pas chaud, on va discourir sur « notre place de colonisés de Londres » ! Un leader, un vrai, se fiche de « l’opinion publique du moment ». Pratte invite au docile « mob rule », le con. Un Landry courageux osera-t-il : « Battez-nous aux urnes si vous ne voulez pas d’une patrie », en vrai leader ?

Jeudi, 16 janvier, adieu soleil frileux ! Je classe une lourde masse de « lettres » que m’a rendue ma sœur Marielle : quinze ans de souvenirs précieux. Archives à classer ou bouquin en vue ? Des secrets délicats ici et là… Suis allé rue Lesage : lapin, canard, rognons, bon stock goûteux ramené de l’École hôtelière d’ici. Les canons tonnent sur les côtes-Chantecler en face, guerre à quoi ?

Vendredi, 17 janvier, ciel mat, mastic blanchâtre. En 1970, Lautrec chantait (dans mes décors) : « Le soleil est parti , il m’a dit d’te l’dire ». Après Sainte-Adèle —et son « Séraphin » méchant— projet de film sur Sorel ! Avec le formidable roman « Survenant », de la cousine de Grignon ! Roy Dupuis encore ? Ce jeune acteur archi-lumineux y ferait florès. Les doigts beurrés de gouache, je barbouille :un gamin en patins à roulettes accroché derrière un tramway, un hockeyeur de trottoir, sa rondelle ? Une ronde crotte de cheval gelée bin dur.

Samedi 18 janvier, l’ami cinéaste belge de « Pleure pas Germaine » se désiste. De New-York, il devait venir ici. L’amie Josée, scripte, s’installe au grenier. Catastrophée, elle dit :« Radio-Canada toute livré aux compagnies privées ». Je lui explique : notre Office national du film, copie d’une « ONF » de Londres, c’était l’installation de la propagande » face à la guerre (de 1939-1945) à l’horizon. Lesté de « culture-arts-spectacles » Radio-Canada agrandira l’« information », la propagande « sheilacopétienne ». RDI le fait… mais le gouvernement québécois est trop « pissou » pour imiter, à Télé-Québec la machination. Ce jeune Dufort en « Infoman » : fameux avec topos ravageurs sur Raël-le-cinglé, sur le fou Kim-Corée-du-Nord, sur Vieux-Guilda.

Dimanche 19 janvier,
une lumière arctique pour nos promenades de santé autour du lac, avec chiens fous partout ! Gazettes jasent encore sur : « Contrôle des armes ». Fumisterie ruineuse (2 milliards de notre argent !), tous savent qu’un malfrat trouvera des revolvers dans bars et tavernes.

Lundi 20 janvier, soleil « avec capuchon ouaté ». Demain matin en studio, j’oserai parler de spiritualité. Hen quoi ? Pas « à mode ». On verra bien… si l’esprit sain —et Saint— descend sur moi. Oh, on va rénover (youpi !) le vieux cinéma « Plaza » sur la St-Hubert angle Beaubien. Nous y allions, ados boutonneux de Villeray, les dimanches après-midi de pluie. Ah, revoir la lumineuse Rita Hayworth chanter : « Put the blame on me, boys » !

Mardi 21 janvier,
ce matin, unanimité à « Tous les matins » : oui, il y a un peu partout quête de spiritualité. Je ne passais pas du tout pour un hurluberlu. Froid terroriste aujourd’hui. J’avais lu, de Soljenitsyne, « Le pavillon des cancéreux », je sors de la « Cité de la Santé », Fernande —chauve, les deux bras bleuis par les seringues— attend, en nous souriant, de sa propre moelle.

J’observe ces soigneurs zélés du « cinquième » avec, tout autour, plein d’alités qui espèrent. Revenu ici, je cours vers la rue Lesage : Saumon. Lhote. Un gâteau sans sucre. Travaux d’élèves en cuisine. Je ramène cela et, oh, la croix qui s’allume au Sommet Bleu, j’expédie des ondes positives à Laval, à Fernande.

Le lundi 25 novembre 2002

1-
Ah, bonhomme Galarneau revenu dans notre ciel enfin !Éclairage tonifiant. Ça réjouit le cœur (les yeux d’abord). Je vins de quitter une radio (par téléphone) de Québec. Question avec vox-pop : « Falardeau et les Patriotes, une fête en février (la pendaison de Delorimier), pour ou contre. J’ai voté « contre ». Ai expliqué pourquoi. Sinistre de fêter une pendaison, non ? Me range avec Bernard Landry pour fêter « les Patriotes », Delorimier compris) en mai ( durant le si beau printemps québécois), jour consacré à Dollar des Ormeaux. Qu’il se tasse un peu de sur son pavois le commerçant de fourrures. Le sondage-maison, dit l’animateur Tétreault, donnait un peu « en avance » mon choix de congé national.
Ce matin, Sainte-Adèle dans les gazettes de la métropole. Le maire Cardinal en faveur de vendre le parc du bas de la côte (Morin) pour le réinstaller en haut de la côte. Là où existait l’hôtel « Mont Clair » (et le très populaire dancing « Red Room », très fréquenté par tous les skieurs modestes jadis). De opposants luttent fermement pour empêcher de déménagement. Aile : « Quand je pense que le marché Métro (quittant le centre commercial) s’installera là en bas, cohue augmentée de véhicules sur le boulevard déjà encombré ». Mo ? Je serais pour deux parcs, un en bas (mieux aménagé encore ) et un autre en haut. Y aura jamais assez d’espaces verts dans notre gros village, aux allures de « petite ville » dorénavant. Évidemment , les marchands des alentours aimeraient l’achalandage d’u gros marché (Métro-Chèvrefils) en voisin de leurs modestes boutques. Encore une affaire fleurant les odeurs de « chambre de commerce », je le crains.
Téléphone encore ! Marie-Claude (de Tous les matins). « Ave cette affaire « pénis-Pierre Lalonde, on abandonne notre idée de débattre avec vous, en table ronde, « sexualité chez les jeunes qui ne quittent plus la maison des parents ». Bon. « Oui, accepteriez-vous, demain, de polémiquer sur : « l’actuelle consommation compulsive versus la simplicité volontaire » ? Bien.
2-
Deux rêves samedi : un, bord de mer, ma fille y est, des gravats partout (encore ça ?), y a eu effrayant raz de marée récent, paysage bousculé, tout (à Ogunquit ?) est sans dessus dessous, désolation ambiante, groupe de furieux nous menace, masqués, je reconnais les acteurs Messier, Meunier (?), la peur, Éliane tremble, des « guidounes » grimées se pavanent derrière ces trublions (lecture du Poulin hier ?), on ne sait trop par où les fuir. Je me réveille.,
Deux : une turbulente école de commerce, HEC ?, brillants orateurs à une tribune, débats orageux, y suis-je prof ou étudiant ?, c’est flou. On finit par me sommer de trancher sur une question qui ne m’est pas familière, que je ne sais pas, on m’empoigne pour me hisser sur la tribune des orateurs, mon embarras extrême, je veux me sauver. Je me réveille.
L’épouse de mon neveu musicien (fils de Marcelle, ma sœur) Gilles (Delorme) chante. Depuis longtemps. Galas modestes, mariages, etc. Je l’ai entendue souvent, dernièrement à une fête italienne. J’avais voulu la présenter dans une émission (« Star d’un soir »), hélas, ça n’avait pas fonctionné. Cadeau d’une cassette. J’écoute. Plusieurs fois. Amateur de chansons italiennes, je la trouve extra. Alors, je me questionne : combien de talents de cette sorte tentent de sortir de l’anonymat ? Des centaines, des milliers sans doute. Rien à faire ? Les bureaux de tous les producteurs encombrés sans doute de ces aspirants « à plusse de lumière »? Sans doute !
3-
Lalonde quittant une émission « en direct » : souvenir. Réal Giguère a invité Moreau le jovialiste farfelu. J’y suis. Le Dédé philosophe déclare que la Bible n’est que pornographie. Je sursaute. Je le somme de répéter son assertion. Il le fait, en rajoute, hilare. Je me lève et je quitte le studio. J’avais reçu une tonne de messages d’encouragement, de félicitations. Ce matin, Boisvert et Nat Pétro (La Presse) commentent le geste de Lalonde. Nathalie pour le moquer, attaquer « les vieux » puritains. « Tous ces « vieux » vivent hors réalité actuelle », dit-elle !
Oh là ! Yves Boisvert, lui, explique que tout ce vaste public félicitant Lalonde, (le « pénis à rallonge » de Martineau, commenté les laisse froid) admire avant-tout le fait d’oser faire se rompre le ronron prévu —intimidation environnementale d’un studio— d’invités. Je crois qu’il a raison. Autre souvenir, à « Altitude 755 », à TVA, je me fâche tout rouge contre Dodo qui tente de me faire taire à propos d’un film que je critique vertement. Encore là, paquet de félicitations, éloges dans Le Devoir. On aimait voir un invité « sans gloriole » remettre à sa place une « star » populaire ! Contentement par transfert.
4-
Avons vu, hier soir à ARTV un texte de feu Robert Gravel : « Durocher le milliardaire », déjà vu à sa création rue Fullum. Une rigolade. Le crésus —muni d’une fille nymphomane et d’un fils inverti sexuel harceleur— fort bien incarné par Jacques L’Heureux, répétait que « l’argent seulement fait le bonheur ». Ce prêche à de pauvres artistes de cinéma venus lui quémander une subvention. À la fin, Aile : » Le message de Gravel, c’est quoi au juste ? » Elle rigole. Je dis : « J’sais pas hein ? Absurde. Beckett, Adamov, Ionesco ? Gravel, avant de mourir, a pondu deux autres pièces de cette eau mystifiante dont « Il n’y a plus rien », une charge d’une noirceur absolue. Il y avait donc chez ce dynamique inventeur des « Impros », un ton nihiliste troublant; cet apparent joyeux troubadour, avaleur compulsif de bonnes bières, un fond de désespérance quasi insupportable. Mystère d’une vie.
Vu aussi hier soir un Paul Houde en humoriste à nu, voulant montrer de la profondeur ave une Denise Bombardier jouant, elle, la poupoune fardée, faisant du charme, éclaboussée de lumières flatteuses…Ouengne ! Ça sonnait faux des deux côtés du divan de Denise. Houde —brillant ironiste et imitateur— pas du tout naturel et ne répondant pas vraiment aux questions. Mon tour —« Parlez-moi des femmes »— s’en vient (ruban enregistré cet été) et on verra qu’avec moi, la Bombardier n’a pas joué ce rôle de ratoureuse énamourée. J’aimais mieux.
5-
Ce matin, j’ai ri. Je me lève le premier (c’est rare), je veux éviter le bain mousseux tout coulé pour moi, et, sur la pointe des pieds, je vais me débarbouiller et songe à cet œuf du matin (rare). Soudain, bang !, nez et pied dans la porte, elle est là : « Oublie pas de prendre ton bain, demain ton studio et ton départ à toute épouvante, je te guette mon sacripant » ! Oh, me dis-je, que les enfants d’Aile auraient souffert : une maman épieuse, surveillante, un œil de lynx, une oreille de…Bon. J’ai pris une douche en vitesse.
Bazzo ce matin avec le pianiste émérite Alain Lefebvre : causerie de jet set avec choix de parfums ruineux et colifichets luxueux. Un couple de mondains raffinés. Ouash ! Superficialité qui me désole toujours.
Hier, mon Daniel ici : « Je viens remettre ton ordi comme à neuf, pops, j’en ai pour des heures »! Le gentil fiston. Fier de lui. Ce ne fut pas facile. Voilà qu’il appelle à son secours sa belle-sœur Carole du Sommet Bleu. Je monte voir le duo pitonneur. Oh la la !Ça farfouille dans les icônes ! Problème pour connecter mon imprimante. Sortie du « ivre », des dossiers. Cassette de base insérée dans la fente. Du Chinois pour moi. La soirée à suer à l’étage, les pauvres. À la fin, tard, ils s’en vont, satisfaits. Mille mercis pour le nettoyage !
6-
Buissonneau me disait : « Merde, quand je reviens à Paris, ils disent tous que je suis devenu un vrai canayen, me reconnaissent plus ! Et, ici, je reste un « maudit français ! » Hier soir , docu de télé, des Égypto-québécoises, même rengaine. En Égypte, elles ne sont plus reconnues en vraies égyptiennes ! Ça les enrage. Quoi, l’intégration nécesairee fait cela et c’est inévitable. Oui mais elles diraient : « ici, on passe toujours pour des Égyptiennes ». Eh… Il faut attendre combien de générations, exilés de tous les pays ? Part m’installer ailleurs dans le vaste monde, resterais-je longtemps le « canayen » du lieu ? »
À Canal D : docu sur « machine-gun Kelly », un « wanted live ou dead », aux USA. Ale : »Oui, j’entendais parler de ce type, jeune ». Moi : »ton père sans doute… » Aile : « Oh non, papas ne nous parlait jamais de ce actualités, passées ou récentes, il ne parlait que d’affaires. Et de la bourse où il jouait…et perdait ». Mon père ultramontain : « La bourse, mes petits enfants, c’est un vice, c’est un mal ». Deux pères !
Chez Charrette-du-dimanche :Véronique Cloutier. Images alors en noir (Christiane) et blond (Cloutier). Elle : naturelle intact. Fait plaisir à entendre. Franche, lucide sur son image. Chapleau caricature sa propre image. Bonne santé. Le Saïa, devenu cinéaste (« Les dangereux ») en « ploggueur » timide. Un nouvel humoriste déboule en mots cocasses. Succès durable ? On verra. Dominic Champagne , éreinté raidement par La Presse (« pas de texte dans son show théâtral »), ce matin là, fait face avec son « Vacarmes… » en cours rue Fullum.
7-
Chez Ardisson à Tv-5 : Guy Bedos se laisse fêter. Soudain, algarade, une envoyée des victimes du drame de Toulouse. L’explosion funeste. « Total » qui refuse de payer pour les victimes. Le scandale :un ministre (Borloo) accouru tente de calmer tout le monde. Promesses de réparations. on voit pas ça aux USA, un show de variétés qui vire à la discussion sociale enflammée ! Cher France ! Bedos : « la charité privée, en ai marre. L’État doit régler ces choses. Assez des artistes et des campagnes de charité ponctuelles en cataplasmes ». Bravo ! Il a raison. On y a vu le chanteur Higelin comme une vieille femme dépravée. Bizarre vision. Il bafouille son accord avec la révolte de Toulouse. Malaise en studio. Un revenant cocasse ! Oui, cher France !
À Historia, samedi : « Munich ». Les amants du pacifisme à n’importe quel prix ! Les nazis subventionnent volontiers ces pieux nobles chevaliers innocents « pour la paix ». Tu parles ! Le Chamberlain de Londres (comme Daladier en France) voulant rassurer face à un dictateur fou, Hitler, agressif, gourmand. L’erreur historique. Bon docu sur ce funeste « temporisateur » aveugle. Churchill se lèvera. Pétain se couchera. Que j’aime ces bons « mémos » à Historia. Je ne m’en lasse pas.
Avons beaucoup apprécié (« Thema » à Artv) le « Ruy Blas » de Hugo, ave Depardieu, à ARTV. Acteur toujours si efficace, si surdoué, ce G.D. Bonne histoire sur un manant tombé amoureux de la Reine d’Espagne (Carole Bousquet, froide et fraîche). Drame parfait ! Savoir hélas que tant de monde reste collé aux canaux génériques ordinaires et ratent de si bons morceaux. Triste !
Visite de deux voisins « pour » le parc à abolir en bas… Aile sort ses arguments. Je balance. « Faut un vrai centre-ville ici », dit Jodoin. Maurice approuve. Et moi… Ben.. je sais plus !
Bon, s’en aller pour T.L .M. demain, et revenir ici mercredi en après-midi. Journal jeudi donc. Devoir noter ceci et cela. Allons-y…
Aile s’impatiente.

Le samedi 23 novembre 2002

1-
Ça continue : ciel gris qui illustre « le mois des morts » de notre enfance.
Je repense au chanteur Lalonde quitant le studio. Les gazettes publient ce matin l’unanimité, les accords du public suite à son départ soudain. Aurait-il pu rester assis et entamer une vive critique sur « les pénis à rallonge » du Martineau ? Non ? Pas équipé intellectuellement pour débatte, s’opposer à cette télé publique dévergondée ? Gentleman, préférer fuir ? Ah si j’avis été là. Pas de censure, d’accord, pas de tabou, bien, mais mon Martineau à voix de fausset m’aurait vu le fustiger et raidement.
Avec cette idée de roman d’un jeune missionnaire exilé dans un monde primotif, besoin de rédiger sur la spiritualirté. Il me taraude depuis longtemps ce besoin. Donner un grand coup de pied dans le matérialisme ambiant quoi. J’ai pris des notes sur ce « Esnesto, l’exilé ». Si je m’y plonge, il sera composé très rapidement, je le sens. 125 pages ? J’ai « mélisé » à Jacob : « mettre notre album illustré sous le boisseau et publier d’abord ce roman… à venir. En février ? » Sa surprise à mon Beauceron !
J’ai « pitché » aussi un mél chez Victor-éditeur d’ « À cœur de jour » : pas une seule ligne d’annonce ce matin dans le Dev. Rien ? J’en ai marre…de ce silence. « Mélisé » (mél pour message é-lectronique) aussi au Devoir : « silence toujours, a) offre de chroniquer, b) offre d’un texte sur Cailloux mort, c) mon article sur les Temples de Cochin. Oui, en ai marre des silences. Combien de candides croient qu’avec de la notoriété, partout, on va vous répondre rapidement. Oh non ! Illusion.
2-
Titre du bon roman de Jacques Poulin que j’ai continué à lire avec plaisir au lit, hier soir : « Les yeux bleus de Misstassini ». Prénom de sa soeur adorée. Influence de Réjean Ducharme ?
Plein de jeunes créateurs avec de bons textes qui attendent… quand on décide de re-re-remonter « Séraphin ». J’y songeais tantôt. Pourquoi du vieux ? Succès facile, utiliser un gros mythe déjà bien installé dans la mémoire collective. Plamondon après le courageux neuf « Starmania », grugeant Victor Hugo et puis un conte de Perrault ( Le fôlatreur Infoman hier soir : « Cindy » vu à Paris, c’est nul » !). Ramener l’avare ultr-connu doc ? Paresse ? Crainte d’essayer du nouveau ? Sécurité obligée ? Une « culture » vivante ne fait pas cette démarche. Mais une « industrie », ah !
Oui.
Plus grave :on ramasse du solide, de l’éprouvé, mais c’est pour le transformer. Grignon doit se retourner dans sa tombe, pas loin d’ici. Binamé et son scribe change cavalièrement la donne du bref roman. Mensonges, trahison de l’auteur. Bof ! Claire, fille adoptive de G., laissait faire ce tripotage de l’histoire originale ? « Permette que l’on parle encore de mon père ou bien refuser cette métamorphose de son ouvrage » ! Hum…
En 2055, pourrait-on bousculer un de mes romans ainsi ? Le droit moral ? Mes enfants veilleraient au grain ? Héritage béni, gros sous, alléchage ? Je me pose des questions.
Ne pas confondre transexuel (avec chirurgie) et transgenre ! Gazette du jour : un type du type « transgenre » reste un hétéro (!), il ne veut que s’habiller en femme de temps en temps ! Le monde, mon cher ! Et le travesti, ce serait quoi ? Le showman, la « folle » dans un club du Village Homo ? On s’y perd non ?
3-
Un gourou visionnaire jase : sur la planète, il n’y aura que trois (ou quatre) grands vastes « centres commerciaux » vraiment prospères dans l’avenir. Selon la masse des populations consommatrices ? Oui. 1) En tête : la Chine, c’est parti (l’Inde suivra, sa voisine du sud), 2- Au second rang : la vaste Russie (et ses alliés-provinces), 3- Ah ! Les USA (et ses provinces alliées du Sud). Au troisième rang. Faut-il ajouter l’Europe unifiée ? Pas sûr. Trop de querelles, de résistances. Peut-être, dit ce nostradamus surdécoré de diplômes en économie. Tant pis pour les petits pays ? Adieu les recoins de la scandinavie, la fière Finlande. Le Québec : il sera amalgamé avec USA, c’est bien parti avec le pacte de l’Aléna. Le nivellement, l’identité particulière des nations pas trop populeuses ? Il dit : « Une notion agonisante en 2030 » ! On verra ça hein ? Pas moi. Je serai couché, avec Aile, dans la terre à Sain-Laurent ou avec « les artistes » à Côte-des-Neiges.
Seulement, au Mexique, aujourd’hui, 60 millions (oui, oui, millions) de jeunes instruits —quotidiens de samedi— veulent une pleine participation au monde moderne qui s’installe. Ici, où la natalité décline davantage que n’importe où au monde, nos jeunes instruits feront quoi? Défense d’émigrer au Mexique, ça c’est sûr.
4-
Page-une-cahier-culture du Devoir : alors que des tas ( paquet immense ) de neufs bouquins québécois surgissaient au Salon de la Place Bonaventure, on donne l’espace, en « une », à un Parisien et à des esquimauderies exotiques. Le racisme inverti ? Oui, toujours !
Hier, chez mon quincaillier, rencontre d’une ex-élève de l’Institut des arts appliqués. Elle se présente : « J’étais à vos cours en 1964-1965 ». Je dis : « J’étais comment comme prof ? » Réponse de la céramiste (son four sera vendu) : « Ben, j’sais pas, moyen ». L’ingrate, moi qui m’imaginais volontiers avoir été un prof unique. Je sors le caquet bas. C’est bon pour la santé mentale.
Hier soir, la sœur de ma bru, Carole du Sommet Bleu, au téléphone : « On vous invite pour souper à Noël, votre fils y sera ». Peux pas, nous serons à Duvernay, chez le Pierrot, frère de Aile. « Mais, Carole, j’ai perdu mon dico sur mon I-Mac, si…». Aussitôt : « J’irai demain » ! Bizarres ondes, deux minutes plus tard, Daniel sonne : « Dimanche, sois là, je monte pour te « nettoyer » à fond ton ordi, p’pa » !
5-
Les actualités télévisées : en prison le fou de la java diabolique à Bali, 35 ans, Iman Sandra, de Java, (!), coffré ! Émeutes ailleurs, une pancarte, zoom, on lit : « NO CHARIA, WE WANT JESUS ». Nigéria en chamailles. Les belles pour « Miss Monde » partent chercher de rubans à Londres. Des tués dans les rues. Mahomnet n’aime pas les belles filles aux courbes avantageuses. Israël : explosion encore, tuerie d’écoliers innocents dans un bus, un activiste du Hamas. Aile s’écroule, découragée, se lamente, trop sensible. Je vais lui interdire ces horreurs ! « C’est si révoltant » ! Oui, mon amour ! Quoi dire, qui faire. Bonnes nouvelles, pas de nouvelles. Plein de lieux dans le monde où, hier, il ne passait rien de dramatique. Silence sur la paix. Silence sur le bonheur. Le téléjournal :poison vif !
M. Rousseau (PDG nouveau de la Caisse de dépots) s’installera bientôt dans un beau château (chantez) ma tant-ti, relo, relo… ma tan-ti, reli, relire ! Au lieu de cent mille, ce sera 300 mille piastres : notre argent public ! Cher le verre ? Scandalisés, des gens protestent. Folie furieuse ! Un édifice tout vitré en face du bien (remis à) neuf beau Palais des Congrès, verrières partout là aussi. Aile éclate de rire entendant Yves Michaud disant : « Écoeurant ! Il faut plus de… transparence ». Ses rires. Et moi itou.
6-
Zapping frénétique hier entre une Monique Mercure (un peu ennuyeuse chez Homier-Roy), à l’accent très bizarre, mélange de tout, et, chez la Dussault, des médecins « pour » et « contre » le bonheur d’État, revenus garantis, du public en studio, tiraillé, les vains débats habituels…Zap ! Un bien long et niais reportage sur la « Cindy » de Plamondon, de Caen à Paris. Zap ! À Zone Libre (ennuyeux), les méfaits et les farces des « amateurs de célébrités » de Hollywood à…ici.
Ce zappetage m’ennuie. Il est justifié quand c’est pas fort à la télé. J’aurais dû éteindre et lire mon Poulin. On devrait toujours éteindre… plus souvent. Soudain : à Thalassa, TV-5, belles images de camaïeux rares dans une contrée sauvage —mer plate, ciel plat— à lumière basse, où vivent des pêcheurs primitifs pauvres, où il y a des lots d’inspecteurs honnis, même en ces lieux déserts, entre toundra et…bout… ou fin du monde. La désolation a des beautés inouïes. On admire la misère sous un tel décor envoûtant, c’est con. On savait pas rien sur ce pays perdu. Danger du zapping, de négliger de consulter le cahier-horaire. Paresse !
7-
Atom Egoyan, cinéaste d’origine arménienne : jeune, il veut oublier l’histoire de ses parents, il rejette sa langue maternelle, dit-il. Bien. Bravo, vivant à Vancouver, il veut s’intégrer et au plus vite. Saine attitude. Plus tard, oh plus tard !, plus vieux, ça revient. Il veut mieux savoir. Ce génocide conte « les siens », crime effarant des Turcs. La fuite de ses parents. Il a fait un film —« Ararat », très vanté— abordant le sujet pourri, fui, caché si longtemps. Histoire classique. Le saumon revenu, l’anguille remonte de la mer lointaine. La source, les commencements de quelqu’un.
Egoyan et Arsinée Khanjian, son épouse montréalaise, parlent de la Turquie qui ne s’excuse pas, parlent d’une Turquie qui voudrait enterrer cette tuerie, oublier l’horreur de 1914. Ils font un parallèle avec Québec, non reconnu par ce Canada actuel. On songe aussi aux Acadiens déportés qui attendent de excuses de Londres.Courageux, avec Luc Perrault de La Presse, de causer volontiers sur Québec-nation–pas- reconnue-par-Ottawa, comme Arménie-pas-reconnue-par-Istambul. C’est rare ce courage chez les nouveaux-venus-sur-clôtures. Bravo !
J’écoute Brel… « fils de roi ou fis de gueux, tous les enfants font des rêves… » Brel qui sera fêté en grande en 2003 à Liège avec le romancier (180 bouquins !) Simenon. Autre gloire locale.
Aile doit avoir un choix dans mes victuailles rapportées hier de l’École de la rue Lesage. Envie d’aller fureter autour du four. La faim.. .sans cesse, la faim. Malgré tant de cigarettes !
Et puis je veux aller relire ces notes sur ce jeune Ernesto qui rêve d’être… un saint, entouré par la beauté sauvage ensoleillée, proche, collé sur une jeune beauté indigène offerte, qui vit avec lui, qu’il n’a pas le droit de caresser, d’embrasser… Cette folle fringale « de faire vite un nouveau roman », comme quand j’étais plus jeune —et c’était toujours en novembre ou en décembre— je ne croyais pas qu’elle me reprendrait fin 2002.

Le mardi 15 octobre 2002

1-
Ouf ! Ça y est. C’est fini cette fête pour « La Maisonnette des parents » de la Sœur Gagnon, à Saint-Arsène. Si inquiet —de dette expo menée par des amateurs néanmoins aimables— que je renversai sur mon ami Dube son grand verre de cola, dimanche midi, ensuite un plein verre de vin sur la belle nappe d’Aile, le soir, et puis mon café, lundi matin chez Miville à Radio-Canada. Dyslexie psychosomatique ?
Oui, ouf ! Avant de remonter en Laurentie toute orangée, visite, près du grand parc Kent, à Marie-Josée allongée ou en fauteuil roulant pour sa hanche rabibochée. « Je vois mieux, dit-elle, la terrible solitude des aînés remisés en Centres ». Deux mois en internement : « Mais ça va, on mange bien, les gens sont très gentils, je lis, j’ai la télé… » Courageuse. Radio-Canada continue de fonctionner sans la tite-boudrias : incroyable hein ? Elle m’a prêté le deuxième petit livre de Rémond puisque j’ai tant aimé son premier tome : « Chaque jour est un adieu ».
Si affamés ce matin qu’on a « petit déj » rue Bernard. Journaux sur la mini—table, hélas, du café « Au souvenir ». Soleil plein la vitrine. Fumée bleue ! On ne cessera donc jamais ? J’en suis arrivé, fataliste, à me dire : « Bof, trop tard à mon âge pour stopper les « clopes »; content, satisfait, je fumerai jusque sur mon lit de mort ». J’imagine les « gros yeux » de ma fille, Éliane, si Marco lui fait lire cela !
2-
Ainsi, vendredi soir, Rita éteignant enfin son humoir-à-poussières, je courus à l’École Bouffe et, revenu, « gros yeux » d’Aile voyant mes
Provisions, son accueil : « Bonjour cholestérol ! » Maudit ! Des cuisses poulettière…et pas meilleures que celles de la maison. Je l’ai dit. Aile se gourmait. Coup de fil de la biblio : « Le livre attendu par vous est arrivé ».
C’était ce « W.T.Center, 47 ième étage » de Bruno Dellinger. Il s’adaptait vite à New-York comme consultant-conseiller pour des big-shots amerloques voulant investir (ou se mailler) en France, son pays. Ce Bruno est un bon bourgeois tranquille qui a connu, jeune, l’anarchiste Hedern-Hallier (ils animaient, jeunes, une radio-pirate à Paris), aussi le Poivre D’Arvor médiatique, aussi Claude Chirac la fille de qui vous savez.
Comme tant d’Européens, fascination totale pour les Usa, en particulier pour le « Big Apple », évidemment. Bon. Tout baigne. PME qui fonctionne. Et un bon matin, il voit —et entend— un avion juste derrière les fenêtres de son 47 ième étage. C’est le 11 septembre. Son récit fait frissonner. D’avoir échapper à la mort de justesse l’a rendu comme fou. Thérapies sans fin. J’ai lu cela d’une fripe. Captivant. Ici et là, dans son livre, ses élans « buschiens », parfois d’un réactionnarisme malodorant doivent, je suppose, être mis au comte de sa peur effroyable. Une lecture étonnante.
3-
Le soir, à ARTV, chez Homier-Roy, le comédien David La Haie. Une fois de plus, pas de dossier, rien, sur enfance, jeunesse, études, famille, premiers rêves, essais, échecs, etc. Aile qui a travaillé avec lui dans « Montréal, P.Q. » (« il était froid, distant , comme distrait ») finit par le trouver sympathique avec ce long entretien. Moi itou.
Samedi, j’écoute les éloges du « disident-maison » chez Le Bigot, pour le film du provocateur courageux : Michael Moore : « Bowling Colombine ». Lundi après-midi, revenu du studio de T.L.M. —Aile à ses petites commissions— je songe à filer vers l’Ex-Centris pour voir ce film qui charge à fond les amateurs d’armes aux USA. Bon temps pour « charger » avec ces gens assassiné (dans le dos) par un « sniper » détraqué autour de Washington, non ? Paresse maudite : je reste, Chemin Bates, étendu sur le sofa de cuir caramel à lire un « Voir » et deux « Ici ». Et « L’Action nationale » et « Le Couac ».. J’ai honte. On se dit toujours : « ça va passer à la télé tôt ou tard ».
Coup de fil du fils, ce samedi. Daniel veut aller vélocipéder à Val David. Avec sa jolie Lynn, il va passer nous voir… et réparer un petit « bug » sur mon i-Mac. Je vois que l’on affiche une exposition des œuvres de Claude Vermette dans la chic rue Laurier (rien à voir avec un portique d’église de la rue Bélanger). C’est un —riche— voisin adèlois mais on ne se voit pas. Goût d’y aller fureter. Souvenir : J’ai vingt ans. Claude m’invite, pour des conseils en céramique qu’il pratique en autodidacte, dans la cave de son papa-boucher rue Beaubien. Ambiance d’atelier libre. S’y trouvent de ses camarades de bohème. Certains en combinaisons de laine ! Cidre à boire. J’étais réticent (oh l’avare jeune homme !) à communiquer ce que j’avais dû apprendre durant trois ans.
Plus tard, Claude contractera un « bon » mariage avec la fille d’un « important ». Elle deviendra une tisserande d’art et lui une sorte de concepteur-céramiste souvent appointé pour de plantureux contrats publics. Il devient un « designer » en briqueterie d’art. Il aura vite les ressources nécessaires pour acheter un grand domaine au bord du lac Rond —une partie convertie en un lot de condos nommé « Villa Major ». Ce fructueux mariage des beaux carreaux de faïence aux couleurs vives et des luxueux tapis tissés aux mêmes couleurs flamboyantes fera donc florès. Pont impossible à franchir entre le petit scénographe salarié (moi) et un véritable baron des architectes à la mode (lui). Destins.
4-
Samedi soir, invitation à souper au Sommet Bleu voisin, chez les F. Deux avocats. L’ami Dube nous les fit connaître. Sylvie et François viennent d’acheter un vaste bungalow luxueux tout en haut de la colline derrière chez nous, au bout du chemin où se trouve la croix illuminé. Entrée avec l’énorme bouvier des flandres, frisé noir, pas jappeur, deux chats beaux, jolie piscine dans un boisé bien calculé, jardin fleuri en escarpement, bassin de poissons —pas tuables l’hiver— et une vue imprenable sur le Mont Olympia, Saint-Sauveur et le Mont Gabriel. Avec, eh oui !, rien n’est parfait, un bourdonnement venu de l’autoroute en bas de cette falaise feuillue. Les F. voient le soleil jaune se lever, nous, en bas, on le voit rouge, aller au dodo.
Rioux, le sociologue : « Nous sommes une société tricotée serrée ». Vrai. François, expert en droits des producteurs et auteurs de télé, de cinéma, vient de l’Assomption et connaît donc des gens que je connais depuis mon livre « L’Outaragassipi » qui raconte les débuts historiques du lieu. Dimanche l’amie, veuve-Fasano, s’amène. Ils resteront tous à coucher. Jeux de cartes, « le railroad chou-chou », il pleut tant. Rires. Piques et craques. « Pretzels » —et autres cochonneries— personne ne s’étouffe ! Retrouvailles du temps de notre « Groupe des Sept » quoi. Visite de « maisons à vendre » au Lac Écho en après-midi. Sous la pluie. Dube songe à acheter dans le Nord. Maison hors de prix au bord du lac joli. Je vois une véranda à mousticaires comme du temps de Pointe-Calumet. Mobilier d’osier désuet. Je m’y installe. Je suis bien. J’ai quinze ans ! On vient me réveiller. Je rêvassais au passé adolescent.
6-
Le soir, film loué. « Et ta mère ! ». Mexicain. Un navet navrant. On ferme. À la télé : on voit le fameux Gene Hackman chez « Actors studio ». Son silence émouvant quand Lipton lui parle de son papa « disparu subitement » quand il avait 12 ans. Grand malaise. Très grave. Il finit par parler : « C’est ce qui fait un acteur ». Il ajoute : « Ce n’est pas nécessaire vous savez ». Ainsi, encore une preuve. Des enfants sont comme assommés par la rupture familiale.
Plus jeunes, nous nous disions qu’aux USA, les séparations étaient si fréquentes qu’il ne devait y avoir aucun dommage grave pour tous ces les enfants des divorcés. Or, ça ne cesse pas, télé mais aussi livres, magazines, etc., ces témoignages d’artistes étatsuniens profondément déboussolés par les parents qui se quittaient alors qu’ils étaient de jeunes enfants. Que la préoccupation constante était d’espérer un accord, un nouveau pacte, de tenter inlassablement —par tous les moyens— une réconciliation des deux parents. Ce « vieux » Hackman —qu’Aile et moi admirons beaucoup— qui eut, chez Lipton, ce regard mouillé, qui se tait longuement, encore accablé très lourdement…j’ y réfléchis.
7-
Nos invités roupillent lundi matin quand je pars pour T.L.M. à Radio-Canada. J’avais oublié : congé et donc à peu près personne sur la 15 comme sur le Métropolitain. J’arriverai au stationnement en 50 minutes !
Dans la nuit de samedi : je suis pris avec des lascars. Je dois les suivre. Braquages de banque. Je fais le guet. Une sorte de vigile, désarmé. Je suis réticent. Pourtant je dois fonctionner avec ces jeunes fous. Je me vois ensuite dans un autobus. Même bande de bandits jeunes. Je dois m’engager ave eux. On me donne un fusil. Je pars avec eux. Le chauffeur d’un nouveau bus m’encourage, me sourit. Il est pourtant un employé municipal ! Son uniforme ? Un complice ? Nous avions roulé en Gaspésie. Du côté de Matane, de Rimouski. J’assiste à un départ précipité. Il faut nous sauver. Sirènes dehors. Une vie palpitante. Je ne veux pas y être. C’est contre ma volonté. Je suis une sorte d’otage, d’étranger parmi ces satrapes. Un voyage infernal. On me fait des menaces en arrivant dans un entrepôt de l’est de la ville. (East Angus Shops !) On semble mécontent de mes attitudes. J’ai peur. Ils sont hargneux. Ils portent de lourdes valises noires. Je songe à comment fuir, m’échapper sain et sauf…Je me réveillerai soudainement.
D’où ça vient ? De la lecture récente des forfaits de ce Serge Quesnel, « Le tueur des Hells » ? En Gaspésie de V.-L. Beaulieu, mon livre —ce tome 1 du journal— pour le début de novembre serait menacé ! Dubois a beaucoup parlé, au repas chez les F., du fin fond de l’Est, d’où il vient ? Sais pas.
8-
Lundi soir, Aile et moi, sur le parvis de Saint-Arsène. Pas de lumière. Parking rue Christophe-Colomb et aussitôt, Aile, émue, reconnaît son école (de 8 et 9 ième année) Saint-Arsène quand elle habitait la petite rue Molson. Dans le portique, un peu de lumière, pas beaucoup, car au dessus de ma quarantaine d’images, des ampoules pas bien brillantes et mal installées pour éclairer efficacement ma ponte. Deux tableaux de haut (!) sur deux sections de panneaux tristement sombres. Ambiance un tantinet lugubre. Hélas, on a collé les cartons des titres et aussi les étiquettes des prix sur les vitres. Bang, de même ! Aile m’aide à retirer les quarante étiquettes, nous les recollons sur ou sous les encadrements. Ouaille ! Francine L. s’amène, fatiguée mais heureuse. Vin d’honneur avec Le président d’honneur (moi !). Rencontres aimables. Petite armée de bénévoles. Curé « latino » du lieu, M. Villars, causette aimable. Vin rouge en verre de plastique. Amuse-bouches classiques. Andrée Huard, une fidèle du journal, me remet une monographie sur Villeray, d’hier à aujourd’hui. Merci !
Nous nous sommes entendus, Aile et moi, pour rester calmes…et paraître contents. C’est ce qu’on fait. Me sœurs arrivent, joyeuses, les compagnons n’y sont pas tous; ma belle bru, Lynn, et mon cher Marcogendre sont venus, mes enfants aussi et trois de mes cinq petits-fils, tous examinent mes illustrations petitepatriesques. Joyeux caquetage. Bientôt ce qui se nomme une petite foule. Un public bon-enfant remplit la nef peu à peu. Et la dévouée Francine arrivera à vendre…. trois ou quatre aquarelles. En est toute fière. Ma surprise car ce n’est ni le lieu ni le public pour vendre des tableaux ! La sœur Madeleine Gagnon s’amènera, tombera dans un escalier et repartira aussitôt sur le dos en …ambulance ! Tristesse ! Énervement aussi. Silence partout, c’est parti : tout en avant (exigence de Francine ), seuls dans un long banc de chêne, Aile et moi. Nous semblons… un ridicule couple princier ! On rigole…sous cape. Un chœur de chant (celui de Dagenais) fait entendre un vaste pot-pourri de très belles chansons, anciennes et modernes.
Entracte.
Fumées bleues sur le porche ! Luc de La Rochelière y va de son jeune répertoire. Tirage au sort, par bibi, d’un billet pour un séjour-santé dans un hôtel :paf ! je tire le numéro de ma sœur, Marielle. Ma gêne. Je jure l’impartialité. On rigole. 22h et fin de la cérémonie. Tout le monde semble content. À la toute fin, mon fidèle Marleau, vrai diacre inattendu, m’apparaît dans la grande allée. Ce courrielliseur ironique me semble un compère tout heureux de rencontrer son correspondant. Il me dit qu’il ne s’exilera plus à Cap Saint-Ignace, c’est probable. Et puis se sauve. Comme un voleur, comme Lynn et mon Daniel d’ailleurs ! Les sauvages ! Dehors la nuit. Je respire. Aile respire aussi qui n’aime pas trop ce genre de cérémonial légèrement empesé.
Arrivés Chemin Bates, sous le viaduc Rockland, encore un long serpent à wagons pourpres qui remue en maugréant un indicible marmottage bien ferré. Dodo.
Nous avons mangé tantôt, halte du journal, le reste de calmars (mon régal !) et pennine de dimanche dernier avec vin rouge, jamais plus d’un verre et demi. Je descend voir le documentaire sur le RIN par le cinéaste Labrecque. Merci magnéto !