Le dimanche 15 septembre 2002

1-
Pluies abondantes cette nuit, c’est certain, j’ai vu la bouche d’égout, ce matin, recouverte de détritus (descendus du Sommet Bleu ! Ciel fait de miscellanées ce dimanche : nuages, du bleu, du gris translucide et des blancheurs opaques !
Jeudi matin, on file vers cet examen des intestins du bonhomme. J’avais avalé la veille une fiole de laxatif spécial. Trois visites, mercredi soir, chez Oncle Charlie ! Le matin, à l’aube, réveil et autre fiole à avaler. Trois autres visites jeudi tôt chez Charlie ! Rendu là à Sainte-Agathe…ma peur. Mon trop faible seuil de tolérance pour la douleur physique. La douleur morale, nous autres, les mâles, amenez-en…mais la physique, oh brr ! Une infirmière à qui je dis cela rétorque : « Oh oui, ça, les braillards en pantalon, nous le savons bien » !
Alors, comme toujours, je multiplie les blagues dès le bureau d’accueil de l’hôpital. Trois préposés rient bien fort de mes facéties. À la fin du protocole à paperasses : « Et je veux être incinéré, notez cela ! »
Aile rigole derrière moi. Me dira : « Tu as été d’un drôle rare ! » Oui, la frayeur m’inspire. Pour compenser je fais le clown. On me rassure : « Vous aurez du valium et aussi de la morphine ». Quoi ? Mais c’est une piquerie Sainte-Agathe ? Tout se passa bien malgré l’heure de retard, mon toubib appelé à l’urgence. Aile qui veille sur son grand homme (!), ira lire son journal —fumer dehors— avaler un café à la cantine. Retour et elle lit un rapport médical : « Chanceux, pas un seul polype ! »
Mais c’est écrit aussi : « Coeur anormal » ! Ah ! C’était —ces palpitations— la peur de souffrir, j’en suis certain. Mon doc-Singer, quand il lira ce rapport, va vouloir m’envoyer à un vaste examen du cœur, je le suppose. On en sort jamais quand on accepte de mettre un doigt dans l’engrenage à médecine. Je déteste ces examens.
2-
Hier soir, « cinéma du samedi », comme jadis plus jeune, en bas de la côte. « 8 femmes » de François Rozon. Sorte de parodie des mélos et des polars. Avec des morceaux chants. Entendre la « vieille » Danielle Darieux, entonner le Brassens de « Il n’y a pas d’amour heureux » est une chose à voir absolument. Ozon a organisé avec ses « vedettes » —Fanny Ardant, Isabelle Huppert (fort amusante, on venait de la quitter, à Artv, jouant « Médée » à Avignon), la jeune Ledoyen (vue en Cosette dans « Les Misérables », d’autres « stars »— une sorte de music-hall avec des moments d’un humour total. Bon divertissement.
Ce matin, sortie encore (des cartables) de mes pontes pour la Francine de Villeray qui doit venir faire son tour en fin d’après-midi. « Avec une surprise pour vous », me dit-elle au téléphone ce matin. Eh ! J’ai mis des cordes à linge ici et là, comme une sorte de lien visuel. J’ai arrangé ma « tête de Christ saignante » en une bannière géante et ai ajouté, en bas, deux porteurs, fiers ligueurs t du Sacré-Cœur ». Content, content. Qu’elle vienne !
Étonnant « Forest Gump » (Hanks) chez Lipton à Actors Studio. visionné (retour des « 8 femmes »), hier soir. Un comédien tonnant qui fit florès dans « Sauvons le soldat Ryan ». Fascinant entretien. La Cousineau (La Presse) juge René-Homier Roy à son zénith avec notre série du même genre…qui s’en vient (avec Luc Picard le surdoué). Hâte !
Avons vu aussi Lindon-le-tiqueur chez Rapp, Artv, à « Feux de la rampe. » Fascinant aussi. Découverte que nous estimons grandement, Aile et moi, ces conversations libres avec des comédiens fameux. G. Tod dirait : « Tous des vendus ! » Qu’il aille au diable cet amer-loque ! Le plus souvent, c’est très bon, très instructif aussi.
3-
Vendredi soir immense déception à la première de « La preuve » chez Duceppe. Pénible. Un gros succès à Broadway. Les chercheurs y vont (à New-York ou à Londres n’est-ce pas ?) , constatent le succès là-bas et s’imaginent, les paresseux, qu’il n’y a qu’à reprendre cela à Montréal. Oui, paresse insigne ! Ça ne marche pas toujours. Quatre bons acteurs mais… cette histoire plate m’a assommé. Le public debout à la fin, l’ovation comme pour se faire valoir, un rituel niais, automatique chez nous. Une générosité mécanique insignifiante. Dire qu’au CEAD (pour auteurs non montés), grand lot de textes québécois qui attendent. Du tas, il doit bien y avoir plusieurs bons textes, non ? Colonialisme courant. Avec la paresse, la prudence conne. Racisme inverti toujours.
Chez Duceppe, le brillant caméraman de télé, Claude Bérard, tout content d’avoir appris, sur une plage de Pointe-Calumet, que je l’avais cité (avec un Robert Low) chez le Derome des fêtes de la SRC. Honneur au mérite. Tous ces gens —des coulisses— inventaient sans jamais obtenir la lumière méritée, hélas !
Samedi matin, redécouverte du trou derrière notre condo. Vaste « ground zéro », ça fait peur. Machines à l’ouvrage. Monstres avides ! Le roc que l’on case sans cesse. Le vacarme. Vite fuir au chalet !
J’ai envoyé deux « donquichotte » —farfelus, avec la plume au poing— à Trois-Pistoles pour la couverture du journal. Victor choisira. Suis un peu inquiet de ne plus recevoir les épreuves du texte… J’avais courriellisé à Beaulieu : « Votre réviseure : pas couper sans me prévenir, gardez les météos —mon trade mark quand j’ouvre une entrée. Et puis laissez les mots anglais « au son ». À part ça, pas besoin de me faire relire ma copie. Pris au mot ou quoi ? Sortira-t-il à la mi-octobre tel que promis ? Doutes !
4-
Francine Ladouceur —concert et expo à Saint-Arsène pour son projet de « La petite patrie »— sort d’ici avec son cher Delphis. Elle a vu mes ouvrages graphiques. En silence. Pas son genre de « belle peinture » peut-être ? Tout baigne cependant mais elle est pas en bonne santé. A semblé apprécier assez mes « barbeaux »… Je choisirai une quarantaine d’élus, il y en 75 dans mon grand cartable noir. Ça devrait aller. Confiance obligée bien que… Francine semble se buter sur de tas de pépins. Eh ! J’en organise-t-y moi de tombolas, des soirées artistiques, tic, tic ? Non. Je sais trop ce que cela représente d’ennuis divers. Je la trouve bien vaillante. Ma crainte de voir, au bout de tous ce bénévolats, une sorte de fiasco. Tant pis. J’aurai ramasser des images pour l’album accepté chez Sogides.
Vu « Justice » de Durivage à la SRC. Sa première. Très bon travail. Horribles découvertes sur… Dame justice ! C’est noir.
J’ai commencé à lire un bouquin un peu bizarre. Un récit vécu par une reporter, Lucie Pagé. « Mon Afrique » raconte sa vie en Afrique-du-Sud, séparée de son jeune fils, Léandre qu’elle adore, car l’amour l’a frappé. Un subit coup de foudre à Johannesburg. Avec un beau chef syndical d’origine indienne. Un tribun connu là-bas. Un militant farouche, pas très disponible, ami de Nelson Mendela, le grand chef libérateur respecté. Tiraillement. Elle se juge « mauvaise mère », sombre dans la dépression, Ne sais plus si elle doit abandonner cette aventure romantique si loin de son petit Léandre. Je crois bien que je vais y découvrir des tas de faits sur « la vie quotidienne à l’étranger » quand on veut et garder un amour et travailler en reporter pour une télé ou une radio d’ici. Intéressant.
5-
Aile débute le « Music Hall ! » de Soucy. Je ne dis rien. On va jaser après lecture, ça…
Le cheuf de « Tous les matins » à la SRC, Stéphane Tremblay : « Soyez en studio Claude, mardi à 9 h. Vous continuez votre récit sur les garçons démasculinisés… Comme un feuilleton ». J’ai pris des notes. Vendredi soir, pizza au four chez « Grand Pa » à Val David avec des voisins, les J. Rires nombreux autour de la table et Pauline J. en avait bien besoin elle qui a la santé bin maganée ces temps-ci. J’ai encore remis à Jean –Paul J. ma copie du « Couac ». Il aime la satire.
J’oubliais : Vincent Lindon avec Rapp : « Des gens me rencontrent et me disent : « Quoi, vous vous souvenez pas de moi ? Je fus figurant à vos côtés dans tel film, il y a dix ans ! » Il dira : « On ne semble pas comprendre que, depuis, j’ai croisé plus de mille personnes ! » À mon échelle (réduite, je ne suis pas un acteur connu), cela m’arrive. Comme disait Lindon : « On dit , ah oui, je vous reconnais maintenant », par politesse ! »
6-
Fameux deux heures chez «Zone libre » encore. Un documentaire sur les « fous d’Allah » signé Hynes, par la BBC. Genre d’émission rare, hélas. Qu’on ne voit pas ailleurs sur les autres chaînes francophones. Pourquoi donc ? L’achat de forts documents, faits en des pays étrangers riches (de monde ), ne coûte pourtant pas si cher !
L’émission montrait clairement que l’on achète la paix. ET la guerre aussi ! Des alliés douteux. Promesses dangereuses. Calculs mesquins aussi. Offres d’armes bien souvent ! (Oman, Pakistan, etc. ) Le monde de l’orient en pauvres gueux qui quémandent des subventions sans cesse si on veut les voir se ranger de votre bord (USA).
Morale tragique ? Le populo qui trépigne… dans les rues mulsulmanes, qui est scandalisé par ce alignements subits ! Des chefs qui font des marchés assez sordides. Tractations immenses, louches, d’une vénalité horrible. Montage politique branlant alors. La Maison Blanche tient les guides. L’hyper-puissance (Washington) force la main… Manèges honteux mais c’est de la « realpolitik » je suppose. Le contrôle des fougueux Chefs de guerre de l’Alliance du Nord, en Afghanistan, est un casse-tête délicat. Kaboul avec la majorité (Patchoum) était l’enjeu.
Je voyais clairement la fragilité de toutes ces tribus en rivalités perpétuelles et qu’il faut absolument tenir à l’œil. Une farce ? Ou bien une comédie ? Non, une tragédie terrible.
7-
Je repense souvent à « La sagesse de l’amour », l’essai de Finkielkraut. Je le relirai. Il fait mal. Il me fait repenser à des notions trop vitement ignorées. Sur l’amour. Que c’est « fatiquant »…repenser ce que l’on croyait classé, acquis, hein ?
Dans un grand ciel blanc, soudain le soleil se trouve un passage. Tout s’illumine. Envie d’aller calculer ce manège dehors. À plus tard donc, ces commentaires sur d’étonnants courriels reçus.

Le mercredi 11 septembre 2002

1-
Jour de pluie ? Oh oui ça tombe. Ainsi, revenir au journal. Dire tout de suite avoir reçu un long courriel de fulmination du concordien Tod, exilé dans le Sud comme prof. Contradictoire ? Il m’écrit : la vérité blesse. Un vieil adage. Et il se montre…blessé !!! La vérité choque donc. Il est comme enragé contre moi. Mes petites vérités à son sujet —dans ce journal— l’ont blessé. Mes allusions et conclusions sur « sa rage contre tous les notoires ». Je lui ai expédié dare dare une réponse adéquate. Il se peut qu’il cesse la correspondance avec « le vieux » Pis ?
Depuis longtemps je suis habitué à voir me fuir les perpétuels « révoltés » jeunistes. Je m’arrangeais pour les éloigner au fond craignant comme peste ces floués, ces ratés, ces malchanceux du sort certes parfois, qui bavent sur les « illustres », tous des cons, des vendus, des chiens, des traîtres (les vedettes chez Lipton par exemple). Ils se lamentent dans les tavernes ou bien s’entourent de petits jeunes…adorateurs candides. J’ai vu ça (des profs en rogne vague) avec mon fils au collège Saint-laurent, j’ai connu cela, adolescent (révolté sans motif vrai).Ces quinquagénaires aigris leur inoculent le virus effrayant d’une jalousie maladive envers ceux qui ont pu (talents, efforts, travaux, chance aussi certes) se faire un nom.
Mon seul regret c’est de constater que cet amer-loque de Tod s’imagine qu’avec ma renommée (relative) tout m’est facile. S’il savait. J’ai mille adversaires qui enragent de ma langue claire. Connu, ils ne me pardonnent pas ma franchise. Ma liberté. L’esprit libre, ici comme ailleurs, est à leurs yeux, un saloperie. Mes polémiques m’ont amené des tas d’adversaires et rancuniers. Et qui ont les moyens de se venger, croyez-moi. Adieu mister Tod ? On verra bien.
L’avocat de l’ami Dubois (le patron de « Vendôme productions »), François, m’invite à souper au début d’octobre, pas loin, Chemin du Sommet Bleu. J’irai cum pedibus ! Un avocat comme connaissance intime, bin, ça pourrait être utile un jour…si je continue de gueuler. Le magazine « Le bel âge » veut des photos, je ferai leur couverture en novembre. L’Uneq veut des extraits de mes livre (trois ou quatre) pour Monique Miller qui a accepté de les lire à une Rencontre- mardi-Fugère, au Centre culturel Frontenac. Quoi choisir ?
2-
Sondage à Londres, qui sont les pires hommes contre la paix. Choix des sondés :1-Ben Laden, 2- Sadam Hussein et 3 : W. Bush !!! Eh bin !C’est dans les gazettes de ce matin avec des tas de textes sur le sinistre anniversaire du bombardement des deux tours dans Manhattan. Un an plus tard, le fanatisme islamique reste ce mystère insondable et « l’hyper-puissance » n’est pas arrivé à pincer ni Ben Laden ni ses sbires reconnus. Le dernier « Nouvel Ob » en désigne neuf. C’est le « noyau dur » du fameux réseau de terroristes —venus d’Égypte, du Koweït, du Soudan, de l’Arabie saoudite— jusqu’ici indémontable, hélas. Échec donc ! Répéter ici que ce Jacques Nadeau (du Devoir) est un photographe émérite, il est —comme tout le monde des médias— à New-York ces jours-ci. Quel talent !
3-
Oui, je vante RDI et son excellent reportage sur —en Floride surtout— les étudiants-pilotes et aspirants kamikazes. Quand RDI « slaque sa poulie » fédéraste-de-commande, on y voit donc du bon produit. Et la preuve de la « saloperie » (le mot même d’un Ministre) étatsunienne : « notre pays. Montréal en particulier, n’était qu’un commode abri de terroristes. Erreur : tous ces fous d’Allah s’entraînaient là-bas et leurs polices (CIA, FBI et cie) montrèrent leur impuissance, leur disfontionnement. Une calomnie purement émotive au lendemain de la catastrophe, dit le ministre de « notre » défense. « Fallait bin, disait un Chrétien goguenard à Lépine (à « Zone libre », hier), trouver un coupable, c’est humain ça » ! Chrétien crétin va !
Foglia ce matin, de New-York, pond un lucide papier qui dit clairement —à l’encontre de ce méli-mélo de pathos répandu : le lendemain du 11, un businessman, se sauvant de sa tour bombardée, ramassait, rapaillait, ses disquettes de P.C. et cherchait aussitôt un nouvel immeuble où continuer son boulot (de marketting). La triste vraie vérité sans doute. Quelle leçon de réalisme ! On s’époussette et on recommence quoi.
Je lis mes notes (de journal) dans un vieil agenda d’Aile pour 2000 —je récupère tout. Amusant d’y lire ses divers dont ce mémo : « Demain, Claude, au Patronage Le Prévost, pour un conte à lire ».
De très beaux enfants miséreux au TJ de Bureau au-si-beau-bureau. Centaines de milliers de réfugiés (au Pakistan) rentrent chez eux en Afghanistan démoli. Quitter la misère pour retrouver la misère. Des enfants magnifiques, ave de beaux grands yeux, qui constatent le dénuement le plus complet. Des jeunes jolis visages bouleversants. Une pauvreté indescriptible. Que faire, mon Dieu ? Mon cœur très, très serré. J’adore les enfants. Trop. Un souhait ? Que mon gouvernement expédie là-bas une bonne part de nos impôts et taxes, au point de nous priver s’il le faut.
4-
Gaétan Soucy dans son roman récent « Musi Hall ! » semble ne pas en revenir d’avoir déniché le mot « épigastre » qui serait un point névralgique entre le nombril et le foie. Il y revient sans cesse. Tic. Le prof chercheur d’exotisme ? Le prof Soucy ignore que le mot « cadran » est fautif si on veut dire « horloge ». Le cadran n’est que la partie d’une horloge —d’un réveil, d’une pendule, d’une montre-bracelet— indiquant les chiffres. À part sa grenouille chantante, il y a son autruche qui avale sans cesse des « cadrans », la psy nommée Écharlotte, mode de Réjean Ducharme encore ? On y trouvera de bons passages. Des trouvailles fréquentes. La Statue de la liberté : « une dame avec le bottin téléphonique d’un bras et son pinceau pour le plafond… » Ou, même Statue : « avec son cornet de crème glacée levée haut… » Ou : « l’impassible soleil tel un jaune d’œuf ». À la réflexion, l’entreprise de Soucy a le mérite d’avoir voulu inventer —fait rare chez nous— un récit à la dangereuse et difficile sauce Lewis Caroll, celui d’ « Alice au pays des merveilles ». Aussi la sauce « Dracula », la sauce « Frankenstein » …Oui, un grand mérite. Quand je repense souvent à un livre, comme c’est le cas avec ce bizaroïde « Music Hall ! », je me dis qu’il y a donc eu une tentative riche de sens.
Aile vient de terminer « Caprice » d’Atwood. « À lire ? » Sa réponse : « Bien… c’est intéressant « pendant » mais… Écoute, lis son premier chapitre et si tu aimes… tout le reste est de la même eau ». Ouengne !
J’y reviens à « Zone libre » : à Gander, Terre Neuve, trafic fou, 260 avions devaient s’y poser et en vitesse le 11 septembre quand les USA fermaient le ciel de leur immense territoire par prudence, par crainte d’autres détournements —avions qu’il aurait fallu « abattre » en plein vol à coup de F-18 ou 19 à missiles. On se disait, en voilà quatre, pourquoi pas cinq, dix ?
Un temps, quand nous allions fin décembre, début janvier, à Fort Lauderdale —ou à Surfside ou à Bal Harbor— nous aimions, Aile et moi, aller fouiner dans ce grouillant Hollywood floridien, là où se retrouvaient tant des nôtres car ça jasait en français partout, avec « poutine » aux kiosques de la plage et le reste ! J’en ferai le site de mon roman « Pâques à Miami » d’ailleurs. C’est à ce Hollywood familier donc que s’excercaient (école de pilotage, banques, motels, etc.) la plupart de ces effrayants suicidaires d’Allah et cela nous faisait drôle à entendre quand nous percevions ce lieu de vacances pour « bedaines québécoises » comme aire de retraite hivernale des gentils « snow birds ». C’est bin pour dire hen ?
5-
Je rêvais cette nuit : je pilotais des engins pauvres, sorte de motoneiges déglinguées, je filais dans des ruelles (du Plateau ?), je cherchais où stationner mon pitoyable engin, à chenilles couvettes de neige sale. Il y en avait des pires encore. Un trafic de miséreux ? Dans ces pauvres bolides bien bas. Bizarre ! Des paysages urbains de taudis tout autour de moi. Des hangars. Où, où ? Je croisais des durs, vagues menaces. Injures qui pleuvent sur moi.
Puis, j’offrais à un comptoir de fripes un blouson de mon invention, mi-cuir, mi-argile ! Une sorte de sculpture « habitable » ? Folie en céramique ? Un morceau rare. Dont j’étais tout fier. Un gamin-voyou y tenait. Voulait me l’arracher sans payer. Puis il m’offrait, troc vicieux ?, de la drogue. Coke, hach ? J’en suais de malaise.
Puis, autre phase : je participe volontiers à des combats furieux. Je frappe des cibles à coups de masses lourdes. Ça tombe. Sont-ce des marionnettes? Est-ce du décor ? Pas trop certain. Furieux combats, je suis déchaîné. D’autres cogneurs s’amènent. Rivalités curieuses. Je démolis vaillamment des figurines offertes. Des rivaux se pontaient et c’est à qui masserait le plus fort, le plus vite. Étrange rêve non ?
Dernière phase, à l’aube sans doute, voici mon Aile est toute satisfaite, il y a trois jeunes femmes de ménage qui l’aident. Trois ! La fenêtre luit, c’est panoramique. Aile est très contente. Les linges volent. Ça sent le détergent. J’étouffe. Ça frotter partout dans cette cuisine inconnue de moi , je suis dans une maison jamais habitée ! À la fin une des « frotteuses », accorte, me prend par le bras et veut m’entraîner dans mon atelier malgré moi. Elle insiste en riant. Nous y descendons et elle dit : « Ah, on va y faire un fameux ménage ». Réveil ! Ouf !
6-
Hier, mardi, soleil, nous descendons au rivage. Soudain de la pluie. Rangement des matelas et vite sur la galerie. Vent furieux. Pluie brève. Soleil de nouveau. Brume si jolie sur l’autre rive ! Si jolie ! Nous redescendons, Aile avec sa « Captive », moi avec la fin de « La sagesse de l’amour » à lire. Bedang ! la pluie encore, cette fois, très forte. Remontée en vitesse. Un vent à nous réfugier en dedans et à fermer le fenêtres. Cette « sagesse… » est faite de réflexions philosophiques. Le refus de l’amour…de l’autre. Du « différent ». Finkelkraut sait définir nos peurs. Raconter les guerres. Il va du désastre nazi aux batailles religieuses des temps de jadis.
Il cite de nombreux auteurs dont le cher Lévinas de Henri-Bernard Lévy, « qui est redevenu populaire car il parle spiritualité ». Une fois la guerre froide terminée, dès 1991, F. avance qu’il y a découverte d’un trou, d’un vide. Dieu ? Pas exactement. L’amour plutôt. Cet « élan irrationnelle », si risqué, si trouble, si contradictoire aussi. Et le voilà qui expédie dos à dos, les « sauveurs » de l’humanité, du terrible Robespierre à l’effroyable Lénine.
Cet amour fou des hommes serait dangereux. S’y glisse le goût d’une morale aveugle. Il faut tuer les dissidents. Les incroyants. Les mous. Tuer les incroyants ? Ah, 11 septembre encore ! La terreur toujours. Le dernier encyclopédiste vivant, Condorcet, voulant redonner « le droit » au sein de la Révolution doit fuir, se cacher. Les « Lumières » s’assombrissent quand on a décidé (Saint-Just) de sauver le peuple malgré lui. Condorcet, l’instruit, va se suicider au fond d’une auberge où on le traite d’aristocrate, donc de vendu. Un assassinat ? L’histoire n’est pas claire. Un racisme effrayant. Ce qui est clair : il fallait abattre tout ce qui dépassait « du grand projet d’aimer les hommes malgré eux ». Ah l’amour politicien du prochain ! C’est le dessein des totalitaires. De Hitler à Staline. Je cessais souvent de lire cette « Sagesse de l’amour », je réfléchissais. Ce petit essai est bien plein. Ici, un « nouveau » philosophe ne jargonne pas.
7-
Bagarre à Concordia où l’on a invité le guerroyeur de droite Benjamin Nathanayou, ex-chef en Israël. Militant pour la guerre en Irak. Amalgamant vite Adolf et Sadam. Ce matin, décrets des penseurs patentés aux gazettes: « On a empêché de s’exprimer librement quelqu’un. Dans une université ! Scandale ». Vrai. La lecture du Finkelkraut remonte aussitôt à la surface. On souhaite toujours « Hyde Park ». Chacun son tour à grimper sur la caisse de bois. Venez tous. De tous les bords. Le droit de dire « noir » et puis écouter l’autre qui dit « blanc ». Démocratie. Des militants pro-Palestine proclament : « Non, non, aucun droit de s’exprimer pour les fascistes ». Le sens des mots n’a plus aucune importance de nos jours.
Faudra que je téléphone à mon cher David-à-Marc qui étudie à cette université multi-ethnique. Ce terrible grabuge, avec flics à bastonnades partout, l’a-t-il distrait de ses sérieuses études ? C’est là, à l’auditorium de Concordia, que nous fûmes invité (Duceppe et moi) à monter un spectacle anti-guerre (au Vietnam). Il y eut quelques brassements. Mon texte, petit spectacle audio-visuel, s’intitulait « La tortue », allusion aux lentes progressions pacifistes du temps. Ayant obtenu une petite subvention d’un gros bonhomme bien « pacifiste » un peu mystérieux, nous apprendrons plus tard qu’il était un agent communiste camouflé. Eh !
Une autre fois, conférencier invité à ce même lieu, Concordia, avec Jacques Ferron, ce dernier —hélas, me précédant au micro— se mit à mystère, …chuchotter ses réflexions. La salle se vidait lentement. Je lui glissai une réflexion appropriée à l’oreille : « Parle plus fort, Jacques, personne ne t’entend »! Il se cabra et acheva de vider la salle ! Il me resta trois ânes et quatre pignoufs ! Oh ! Soudain l’impression d’avoir déjà raconter cela ici. C’est cela un journal. Souffrez !
8-
Le jeune vétéran en télé, Jacques Boulanger —longtemps « victime » de mes décors— est chez Maisonneuve :« Il y a trop de canaux de télé désormais. On sait pus où donner de la zapette ! ». Complainte entendue souvent. Les uns disent : « chacun aura son créneau favori, c’est bien ». « Tu aimes les animaux, tu auras ta chaîne spécialisée ». Et le reste. Radio-Canada, Télé-métropole, TQS à l’agonie ? La fin bientôt des télés généralistes ? Sais pas. Il est vrai que je navigue maintenant —le plus souvent— entre Canal D, TV-5, ARTV, RDI. Je cherche au fond où il y a le moins de réclames commerciales. La pub…oui, « pu’ capab » ! vraiment ! Mais, hélas, il y en a partout. Pas d’acheteurs de temps ? bof, on passe de l’auto-réclame jusqu’à l’abrutissement. À ARTV par exemple.
À « Origines », bons récits des pionniers. Marie Rollet, première fermière en bas du Cap Diamant, et son « homme », Louis Hébert, herboriste, apothicaire et cultivateur. Il y a des reconstitutions hélas. Faux comme de la marde ! Je deviens enragé quand je vois cet amateurisme, ce « faire croire » niais ! Quoi ? Faut que ça vive, faut que ça bouge, figurants, vite, en ligne, pour les déguisements et trouvez-vous une parlure qui sonne « historik ». Le mépris du public n’en finit plus.
À Québec ils seront vingt puis quarante… raconte « Origines », à Boston, un peu pus tard, ils seront tout de suite 2,000 ! Nombreux Hollandais à Manhattan. Nombreux exilés en Virginie, toute première colonie britannique. Cela explique cela…la défaite ! Quoi donc ? Quitter la douce, la belle France, c’était t plus difficile ? Fallait être très pauvre, mal pris ? Misérable ? Crédule aux belles promesses ? Merci d’être venu cher petit soldat à modeste solde qui va muer en agriculteur du village naissant, Saint-Laurent. Cher Aubin Jasmin, du Poitou, qui s’embarque, uniforme de régiment tout neuf, à La Rochelle, un beau matin.
9-
J’ai vu la —bien faite— biographie (Canal D) de Jean Besré, alias Ostin-de-beu, mort précocement. « Un homme très secret », répéteront deux témoins de ses intimités maigres. Souvent Jean m’invectivait dans les couloirs. J’étais critique de « tout », fondateur d’une section « arts et spectacles » au jeune « Journal de Montréal ». Épiderme fragile en la matière, il s’amusait à m’injurier : « Malhonnête », me cria-y-il un jour. J’avais vivement protesté. « Écoute moi bien Jean, tu peux me dire, con, crétin, niaiseux, imbécile, inculte, tout ce que tu voudras mais je n’accepte pas « malhonnête ». Les mots ont un sens, oui »? Il s’était tu subitement, s’excusa. Il s’est tu à jamais et je m’ennuie de nos petites chicanes aux portes des ascenseurs de la SRC.
10-
« Le « pot » ? P s d’accoutumance comme avec la cigarette tonnent les études récentes des experts mais plus nocive (en goudron, etc.) Oh, oh’ Et le Comité-Nolin qui eut la libérer des lois ! Pour la santé la mari serait donc bien pire ! Le « hasch » est « la résine » de la marijuana, ais-je appris par la même occasion. Bon, bon. Ici, c’est 12 millions de tonnes, les récoltes ! Par année ! C’est 250 $ l’once. Fabuleux commerce interlope. Hell de hell, disait Robert Rivard dans le « Race de monde » de Beaulieu. Hells, oh oui !
C’est la « nouvelle prohibition » et elle a engendré les mêmes commerces de truands que l’autre, du temps des Al Capone. Hier, on transbordait la « flacatoune canayenne » bien aimée d’un bord à l’autre de nos frontières. Avec enrichissement de respectables futurs hommes d’affaires. Des Kennedy aux Bronfmann. Le cannabis, interdit, exerce les mêmes ravages. La même police grossit, l’argent circule en « sécurité à renforcer », polices partout est aux aguets. L’histoire est bien bègue, non ?
L’auteur parisienDominique Lapierre parle —avec Sarfati de La Presse— en ce 11 septembre du… 2 décembre 1984. De la compagnie étatsunienne Dow Chemical Inc. Responsable de 30,000 morts en Inde. Pas 3,000, 30,000. Un fameux 11 septembre à l’autre bout du monde occidental. La tragédie de Bhopal. Poison pour un demi million d’Indiens ! Une usine mal inspectée sautait. On refuse encore de dépolluer le site fatal. 2,800 morts à Manhattan. Il s’agit de New-Yorkais bien vêtus, munis de cellulaire, d’ordinateur portable, avec attaché-case de cuir véritable au poignet, n’est-ce pas ? Qui célèbre le deuil de 30,000 tués, en 1984, par « Dow Chemical » l’insouciante —uni maintenant à « Union Carbide Corporation »— un 2 décembre ? Qui ?
11-
L’home qui ne riait pas. Hugo a signé : « L’homme qui rit ». Une affaire de rictus obligé, d’handicapé physique, de drôle de monstre. Un masque. Le « pilote » Atta, chef des suicidés « cerveau », dit-on, de la macabre entreprise du 11 septembre, ne rit pas. Il ne riait jamais. « Il ne souriait même pas », dit un de ses familiers. Oh, oh ! Je me suis toujours méfié, d’instinct de ceux qui ne savent jamais rire. J’en ai croisé de ces triste sires. De ces « chevaliers à la triste figure » (en cause diverses) qui ignoraient comment on fait pour rire, au moins sourire. Un Languirand —un Germain aussi— rit souvent pour rien. Pour eux seuls, c’est autre chose. Mes sinistre gueules ont fini le pus souvent dans un désert total.
Ce Mohamed Atta, venu d’une banlieue du Caire, « fut un enfant timide, introverti même et tout paisible ». Se méfier de l’eau qui dort ? Finkelkraut (« La sagesse…) m’a dit de me méfier de Freud et de l’analyse…De la « réduction » pratique. Et fausse, souvent. Il a raison ? On tente maintenant en médias de fouiller le passé des « fous d’Allah ». Père trop sévère.. ou pas assez…Mère couveuse, ou trop indifférente…Ouais !Ouen ! En effet, mêmes causes et, souvent, effets contrastés. La raison cherche. On veut tout comprendre. Expliquer… l’inexplicable ? On veut, tout le monde, clarifier les monstres humains. Sinon, il y a la peur…La grand’ peur des gestes fous, mystérieux ! Jésus riait-il parfois ? Je gagerais que oui même si les évangélistes n’en parlent pas. Le prophète des prophètes enseignait ,’amour. Le fanatisme catholique (Inquisition et cie) qui viendra n’est pas de sa faute.
Mahomet le guerrier riait-il ? Riez, riez souvent. C’est un signe d’intelligence à mon avis. J’aime les humains qui rient volontiers. Ils me rassurent :ils ne se prennent pas trop au sérieux, ni eux ni ceux qui les entourent.
12-
Lisez cela : « Le Québec est fier d’avoir un auteur exportable… », et « Cessons… avec nos bébittes nationales… », et « oublier le terreau québécois… », et « ne pas toujours se justifier d’être nés ici… », et « soyons libres de nos racines… », et « roman de haut biveau qui dépasse nos frontières… », et « New-York, Budapest ou Montréal, quelle importance… ». Pour louanger « Music Hall ! » de Soucy voilà les arguments d’Odile Tremblay, samedi dans Le Dev. C’est très curieux. Le colonialisme d’ici fait cela. Un racisme inverti, je le répète. Un bon roman québécois peut se dérouler à l’Abord à Plouffe ou à Singapour cela est très certain. C’est quand on invite au déracinement volontaire que c’est très inquiétant. Relisez les phrases ci-haut. Plus complexée que l’Odile tu crèves !
À la télé récente, bon documentaire sur Lénine. Il recevait 7 millions de marks allemands pour son ouvrage « de sape » en Russie combattante, sa patrie. Un salaud rare ! Manipulée volontairement , utilisé grossièrement, Vladimir Oulianov, accepte sa traîtrise pour son idéal de révolté. Les boches s’en frottent les mains. Qu’il sème la pagaille chez lui (guerre de 1914) et on aura la Russie en moins comme opposant ! Songer au pacte de paix entre Hitler et Staline en 1940. Le petit bourgeois révolté, comploteur anti-monarchiste, caché en Suisse, acceptera souvent des fonds allemands par las suite. Il ouvrira, près de Paris, son école de révolutionnaires. Urpris par les anarchistes (du Potempkine, 1905) il tentera d’aller contrôler la locomotive inattendue ! Surpris de nouveau par les émeutes de 1917, il court au devant de la victoire du peuple écrasé. Il n’était pas prêt du tout, alors il va faire vite. Une armée..Rouge, ah, la police !, et des camps pour les dissidents. En avant, la loi et l’ordre. Les appels aux délateurs. Il n’en manque jamais dans ce situations. Je songeais encore à « La sagesse… » de F. au « sauvons le peuple malgré lui ». La terreur s’installera vite. Un sacré bon document à la chaîne publique, T.Q.. Qui dit que la télé ça vaut pas de la schnoutte ? Pas moi. Suffit d’ouvrir l’horaire, non ?
13-
J’ai observé le célèbre Silvester Stallone (« Sly » pour les intimes) à « Actors Studio » de James Lipton. Le —devenu riche— gaillard a de la jarnigoine. Bonnes réponses aux questions du Lipton. Modeste et, à la fois, sûr de lu. De ce qu’il a pu accomplir avec ses moyens limités. Il sait bien qui il est. Qui il a été —gamin pauvre de Philadelphie— et qui il souhaite devenir. Trop facile de cracher avec mépris sur cette sorte de « gloire hollywoodienne ». L’acteur a répondu avec modestie aux questions graves.
Il rigole aussi, ah « l’homme qui sait rire »! Il devine la caricature qu’on peut extraire de ses films « commerciaux ». N’empêche que son premier scénario (et premier film) du « pauvre petit boxeur des faubourgs gonflé de la volonté de s’en sortir » avait du caractère. Que moi, comme tout le monde, j’ai applaudi très fort son succès dans le temps. Je devinais que le Sly défendait sa vie, son avenir. Après, ce sera la lucide acceptation de l’exploitation commerciale d’un excellent « personnage ». Et puis le matamore « Rambo », jamais vu. C’était son droit.
L’éditorialiste Mario Roy ne supporte pas l’antiaméricanisme primaire. On lui donne raison mais ..il y revient sans cesse. On finit par le croire « apôtre étatsunien, zélote aveuglé sans nuances. Il tombe dans le travers de ce qu’il dénonce. D’une part, oui, il y a une haine étrange et sordide (en France, c’est une folie, haine et amour emmêlées), d’autre part, on ne peut ignorer des comportements impérialistes. Roy n’en revient pas du fort succès des livres —Chomsky, Moore, et, sans doute, celui —qui vient de paraître — par Peter Scowen, auteur d’ici avec son « Le livre noir des USA » (aux Intouchables). Il devrait mieux se questionner. Pourquoi justement tant de méfiance ?
La Gironnay fesse la vieille fontaine lumineuse du Parc Lafontaine, elle larange en « mocheté », en mobilier urbain à jeter. Oh ! Nous l’avons tant admiré, enfants. Bouches ouvertes grandes face à ses rayons de lumière multicolores. Avec des « oh ! » des « ah ! » Candeur ? Oui. On a de la peine à lire des méchancetés sur les bonnes vieilles bebelles de nos souvenirs émus. La fille de Monique Leyrac a beaucoup voyagé ? Elle a vu, jeune, des beautés plus solides ? En 1940, petits morveux pauvres, nous n’avions que cette fontaine aux lumières joyeuses. Pour tomber en pâmoison les soirs de canicule.
Un petit soleil timide tente de se montrer. Trop tard. Le souper (un potage seulement est servi) monsieur Galarneau car demain matin je serai en examen de prévention (Aile veille et l’exige) avec mini-caméra au rectum (coloscopie le nom, je croois) —ouash !— à l’hopital de Sainte-Agathe. Je déteste cela. Mais faut…sinon, moi mort, plus de journal ! Quelle grande perte hein ? « L’homme qui rit »… même à la veille d’un examen maudit !

Le mardi 25 juin 2002

Le mardi 25 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Adieu la fête nationale ! Ciel adéquat pour un lendemain. Grisailles au firmament. « Quoi ? Non, Clo. Pas de vélo à matin., trop sale ciel ! », dit Aile. Connaissant son cochon d’ « artisse », et sortant de ses ablutions (que c’est long la femme au lavabo du matin !), elle fait couler un bain souvent. Pour me faire taire, elle y jette de cette mousse rendant l’eau tout bleue avec des nuages de « cream puff ». Ça me fait rire. Je me sens une gogoune. J’y patauge. Hérédité ? Mon père détestait l’eau et le savon lui aussi. Fils de paysan ? Ma Germaine de mère criait après lui.
Deux jours de fête tombés dans… « l’abyme du rêve », (Nelligan). Visite du Groupe des 7, dimanche. Homards alla Ramona. Quinze tomates la bête au moins ! Aile : « Bof, une fois par année! C’est 30 au restau ! » Josée, son ancienne scripte de la SRC, devenue fidèle amie, est venue l’aider samedi. Ça revolait dans cabane et je me tenais sage, silencieux, discret. Il y a longtemps que c’est : « Toi,, mon Cloclo, je te demande juste d’animer nos invités, t’es excellent là-dedans, ne te mêle pas de la cuisine ! » Compris. À jamais. J’en profite. Je joue l’amphitryon zélé et efficace.
Un dimanche capricieux : ils arrivent, descente groupal au rivage. Belles couleurs vives, toujours quand le temps est gris. Jasettes : potins et nouvelles. Mimi en vacances de son job et pour longtemps. Retraitée précoce, pétante de vie. Elle a été fêtée, l’avant-veille à son collège (abandonnée) Marie-Victorin. Qu’elle aimait, qu’elle aimera toujours, dit-elle. Songe à « vraiment » peindre. Un vieux rêve enfin praticable. Josée, elle, contente d’enfin toucher du fric après ce conflit maudit (lock out) de la SRC. André (Dubois) observe le rivage et tourmente sa Michèle : « On devrait s’acheter un spot dans les Laurentides ». Mimi : « Non, non, merci ! Trop d’ouvrage. » Cancans. Méchants et gentils. La pluie nous arrose. On remonte en vitesse sur la véranda. Reprise de nos échos. Rires et souvenirs de vacances en groupe de jadis. La pluie plus forte à un moment donné. Avec du vent. Rentrée en catastrophe au salon. Le repas parfait d’Aile. Un peu trop de vin… blanc, rosée, rouge. Au dessert, quatre femmes
À l’unisson : les mères pas fameuses. Manque d’amour. Blessures diverses. Mineures et majeures. Freud, caché, écoutait le lamento des filles pas assez aimées ! André et moi, muets. Puis : « Moi ma maman m’aimait » !, je dis. André opine du bonnet. Quoi ? Les mères aimaient davantage leurs garçons ? Ça se peut-y ça ? Silence là-dessus. Il y a des yeux mouillés. Ah, « l’enfance,
cicatrice jamais refermée », disait la grande Colette.
Trois du groupe parent marcher jusqu’au joli parc de la rue Chantecler. C’est long. Les « restés au salon », nous décidons de tout éteindre dans la chaumière et mimer le sommeil. Je monte me coucher, Josée aussi (elle a sa chambre, ici), Mimi s’étend sur le divan. Le noir total. Rires quand les autres reviendront enfin. Un beau dimanche.
Je n’y tenais pas mais André (producteur) me reparle, rageusement, de notre échec pour la vente d’une série avec moi en prof-vulgarisateur des peintres d’ici. Le refus par (ARTV, Canal D et Historia) de notre « démo » avec Cornélius Krieghoff. Il voudrait approcher Télé-Québec et me dit : « On fera un nouveau « pilote », en septembre, avec ton cher Marc-Aurèle Fortin ». C’est ça un ami ! Je lui disais avoir préparé une belle émission sur M.-A.F, avec les reproductions et tout.
2-
Hier après-midi, petit speech du romancier adélois sous une des tentes (site de l’ex-hôtel Monclair). Une cinquantaine de curieux.
J’ai narré mes 4 ou 5 Sainte-Adèle. D’abord j’ai raconté les mensonges affreux de mon père sur les Laurentides. Devenus des ados, nous lui demandions de vendre Pointe-Calumet pour un chalet « dans le nord ». Papa noircissait les lieux :innombrables mouches-noires effroyables, rochers dangereux dans des eaux profondes, pas de plage de sable, le froid dès le crépuscule, les bêtes sauvages rôdant partout…
J’ai raconté la découverte du « nord » réel à seize ans avec le club de skieurs du collège Grasset. Le Saint-Adèle du temps du Centre d’art, du premier théâtre d’été, de l’ex-écurie du Chantecler où j’avais tenté de tenir atelier de potier, enfin, le Saint-Adèle des années 80, l’installation rue Morin, rédaction de mon premier polar « Le crucifié du Sommet bleu », les « Contes du Sommet bleu », etc. On m’a dit avoir aimé mes anecdotes.
Nous retournions parmi les ballons, la musique et les enfants maquillés pour le « souper aux brochettes ». Rencontres variées. Un monsieur Groulx (sosie de l’acteur Claude Blanchard) nous raconte longuement le temps des prises de vues pour « Les belles histoires ». Il y faisait de la figuration. Nous révèle des accidents de tournage fort cocases. Secrets sur Paul Dupuis (Arthur Buis) , le gros curé Labelle (Desmarteaux) , Alexis, Ducharme et Cie. Son père fut un pionnier du lieu, du côté de la Rivière aux Mulets. . Captivants souvenirs. Il m’a promis des photos « antiques », tout un album. En rentrant, nous croisons une petite famille. M. Côté m’arrête : »Je vos écoutais à CJMS avec Arcand. Que de bons souvenirs. Vos histoires… parfois je pleurais de rire. Exemple :cet ancienne blonde de vos dix ans, rencontrée avec vos petits –fils, devenue une armoire à glace avec moustache »! Il riait encore. « Vos petits-fils criant après son départ : « Ouasch ! Papi, c’était ça ta première blonde ! »
Sa femme rit avec lui, le gamin sourit de voir rire son père. Puis : « Je me souviendrai toujours de votre conte de Noël, à CKAC, l’an dernier, de ce pauvre Ovila, son taudis à Ville Jacques-Cartier. Fameux. » Parfois, on se questionne :ça sert à quoi nos bavardages ici et là et voilà que, hier soir, j’avais devant moi un des « invisibles ». De la radio. Qu’il était encore content de ses auditions. Requinqué le bonhomme, je vous jure. Aile étonnée et contente aussi.
Dimanche matin, veille de la Saint-Jean, levée du corps et vue bizarre :des oiseaux fléchés ? Fléchettes éparpillées. Ils filent. Si vifs ! Ils traversent, fusées minuscules, les carrés de vitre dehors. Fuites éperdues ? Revenant de journaux (et cigarettes aussi , hon !), une femme, rentre chez elle en tenant un gros et très long chat par les patres de devant. J’ai vu ce gros collet fourré que portait ma mère autour du cou le dimanche pour être « chic and souelle » ! Rue Morin, vue curieuse de ce vieux collet vivant qui se laisse faire.
Dans ce « Tueur aveugle », le roman que je lis (d’Atwood), il y a un récit dans le récit. Sans intérêt pour moi : Alex Thomas (le mystérieux militant gauchiste du roman) raconte épisodes après épisodes un conte d’extraterrestre à l’héroïne riche, Laura (la suicidée du roman). Je poursuis car je reste captivé par les descriptions de ce milieu cossu, si inconnu de moi (le père de Laura est proprio d’usines à Port Diconderoga, près de Toronto). Atwood illustre ces anglos dominateurs, bien installés, à la bigoterie toute « victorienne » et les affreux secrets de famille. C’est si éloigné de ce que nous étions, collectivement, la vaste plèbe « canayenne ». « Le tueur aveugle » c’est le monde des possédants, des « big shots » anglos, ébranlés (la Crise très bientôt) dans les années 20. Je continue et je saute le « roman dans le roman », ces fables extraterrestriennes.
3-
Samedi, je tente de gonfler de vieux matelas de plage. Je pédale sur une bombe de caoutchouc. En vain. C’est fini, mité, ruiné. J’abandonne, bof ! Je vais me baigner avec un de ces spaghettis de mousse. Mon voisin, le gras rat musqué s’amène, toujours effrontément. Je n’existe pas. Il a la gueule plein de branchettes feuillus (du saule) et disparaît sous notre quai-radeau. Un nid ?
Le soir, je sors le téléscope acheté cet hiver du beauf-Albert. Josée et moi, nous tentons de capter une étoile au nord-ouest. En vain. Il faudra donc que je lise le…manuel ? Ouash ! Tripotage de lentilles et hourra : on l’a ? On voit la carapace de cette étoile, croit-on. C’est comme l’astronaute marchant sur la lune, mille cratères, une texture de gruyère. Quand on vise le restau de l’hôtel d’en face : mêmes cratères. Ouaille ! Bon, rentrons ! Les chauve-souris vont sortir.
Josée à Aile dimanche matin : « J’ai eu du mal à m’endormir, ça grouille chez vous, plein de bestioles courent dans votre entre toit ». Voilà Aile toute chavirée : « Merde ! D’autres écureuils ! Ah non ! » Je ris. Tout bas.
Hier soir, fête extérieure, ma chanson préférée à la télé, un formidable « Labrador » de Claude Dubois. Fort bien envoyée par son auteur. « Ah, ta chère toune, Clo ! », dit Aile. Je hausse vite le son. Jouissance. Cette chanson m’émeut. Sa petite musique de guitare sèche m’envoûte. Il est question de glace, de nord, du frère isolé, perdu, de solitude, du père et de ses chiens, d’enfants qui ont besoin de chaleur… En surimpression, —évocation touchante— images de Riopelle, si vieilli et puis tout jeune ensuite, pour illustrer la nature qu’il aimait tant.
Soudain dehors, pif, paf, pouf ! Les feux de nos artificiers bénévoles. Ça commence mais je sortirai quand Dubois —devant 200,000 fans du Parc Maisonneuve— aura terminé. Aile invitée à descendre le grand escalier, reste sur la galerie, seul je descend au bord de l’eau. Herbes mouillés, sandales trempés. L’eau du lac multiplie les effets d’or, de rouge, d’argent et de citron, les collines décuplent les « boums » terrifiants. Ça grouille chez Maurice-voisin dans des bosquets de myric baumier. Loup-garou, elfes humains ?
Au ciel c’est, au fond, toujours les mêmes étoiles, les mêmes éclats, les mêmes queues de comètes sifflantes, pétards, baguettes magiques, mêmes paons dispersés, mêmes chevelures de fées, mais —enfants éternels— on admire la bouche ouverte. Revenu, c’est la fougueuse « vieille » Nanette Workman, louisianaise intégrée à nous, et une jolie, très jeune haïtienne, talentueuse, Mélanie Renaud. En chorus : un cantique laïc inoubliable : « …je vous entends jaser sur les perrons ces portes… piailleries d’école… » etc. Un fort moment. C’est fameux.
4-
Je glane dans le dernier numéro de « L’Action nationale » et j’y retrouve une tendance à dénigrer la langue populaire des nôtres. Des puristes s’énervent. Réactionnaires, nostalgiques, froussards. Une langue peut survivre à beaucoup de coups, de chocs, Dieu merci ! Le jeune prof d’université, Larose, le vieux pédant élitiste, J.-M. Léger —d’autres— s’imaginent un sombre complot bien masochiste, de la complaisance à parler mal. Des linguistes trop laxistes veulent notre mort langagière.
Une névrose qui dure depuis longtemps, depuis les campagnes de 1930 en faveur du « bon perler ». Tout le monde est pour la vertu, allons les excités. On fesse sur des effets –notre langue bin maganée— en ignorant les causes. Un vieux débat. Futile. Vieilli, feu Georges Dor adoptait hélas le camp des Pinsons et abandonnait le camp des « moénaux ». Snobisme : les instruits lèvent le nez sur des inventions (syntaxiques, etc.) d’un peuple dominé, diminué, infériorisé, moqué, bafoué, en un mot colonisé si longtemps. La prolétarisation totale des nôtres (arrivant en ville avec l’industrialisation galopante )est la cause de ces effets, de cette langue si maganée. Point final. Envie de rétorquer mais « L’Action… » accepterait-elle mon point de vue ? Comme un doute tant on accorde des pages et des pages à ces « fines bouches », à ces « nez délicats » qui dédaignent à mort le « mauvais perler » d’icitte !
5-
On me la ramenait encore : « Pourquoi tant désirer inscrire tes jours en ce journal » ? Répondre encore :je sens, je sais le temps qui passe, qu’il ne m’en reste pas tellement. Je ne peux plus construire un gros ouvrage. Mon rêve de jeunesse : une sculpture d’extérieur, plus solide que du Henry Moore. Non. Trop tard. Sans être désespéré, me dépêcher d’inscrire des marques, mes mains chaque jour, ou presque, sur des murs de grottes modestes. Oui, une urgence de vivre. Mettre ma griffe sur des éphémérides juste par plaisir, espérer des petits plaisir chez ceux qui me lisent.
Un hebdo régional, « Accès », surprend souvent. Une Frédérique David (un Nadeau aussi, un Desjardins) cogne très dur sur la corruption des favoris des régimes en place. Rare vent frais dans ce monde des hebdos qui sont, le plus souvent, des encarts de publicités locales. « Accès » offre même de l’espace à ce prof Lauzon (de l’Uquàm), le merveilleux don quichotte anti-exploiteurs.
6-
Notre argent public, dépensé comment ? Cinq cents millions de dollars pour deux petits jours de palabres dans les Rocheuses.
Penchez-vous là-dessus… cochons de payeurs de taxes ! Pourquoi pas un tel caucus —de 48 heurtes— dans un grand hôtel bien organisé du centre-ville à Toronto ou à Vancouver, à Montréal ou à Halifax ? Sans ces bataclans ruineurs, soldatesque déployée, police montée, barrages multiples. Sordide entreprise, gaspillage effarant pour discuter… de la pauvreté en Afrique ! On se moque des gens.
Soudain hier soir, Aile : « Je t’écoutais sous la tente : tu as révélé le secret, cette École Bouffe ! » Moi : « Oui, eh oui. J’ai toujours eu horreur de cette sorte de secrets, des privilèges. Tant pis si on est 50 demain aux portes, au lieu de la dizaine habituelle, tant pis ! » Elle rigole.
Mes chères « lettres ouvertes », ce matin, une chipie bien bourgeoise braille :elle sortait des HEC (pas de l’usine), elle allait chez le boulanger chic d’Outremont, rue Bernard, et puis chez les bonnes glaces du Bilboquet, même rue. Trottoir pas parfait, hon !, elle fouille… Cheville tordue, avant-bras éraflé et elle menace le maire Temblay ! Franchement ! Y a qu’à regarder où l’on pose les pieds, non ? Je préfère l’autre correspondant qui conspue notre actuel gouvernement élu de ne pas mieux se servir de son réseau, Télé-Québec, pour contrer la propagande fédéraste. Comme il a raison. Pourquoi pas des actualités commentés à T.Q. Au diable la loi fédérale, le CRTC et Cie, à bas l’autocensure perpétuelle du patronat de Radio-Cadenas aux « nouvelles ». Fin des reportages-bidon sur le canard blessé en Saskatchewan, province lointaine car il faut absolument parler des neuf autres provinces !
Il y aurait menaces, procès ? Pis ? Ça prendrait cinq, dix ans avant d’aboutir à l’auguste cour « soupream » des Pères Noël, à Ottawa. Entretemps, T.Q. ferait un ouvrage essentiel et normal. Mais…Plein de poltrons trop sages au pouvoir à Québec.
7-
Vu un documentaire étonnant à la télé. Sur Salamanque. Ville universitaire fameuse. Place publique régénéré, fêtes commémoratives à l’espagnole, joyeuses. Des « fous du Roy » partout dans les rues. Ce fut un « centre du monde », longtemps. Du temps qu’il y avait trois universités : La Sorbonne, Bologna et…Salamanque. Bibliothèque étonnante. Architecture de toute beauté. Échanges d’étudiants de toute l’Europe et d’ailleurs aussi. Jadis une vraie capitale européenne, comme Bruges en Belgique. C’est quand je vois des films de cette sorte qu’il me prend des envies de tout vendre, de n’avoir plus qu’un passeport et une malle et de partir à l’aventure avec Aile.
Vu « Le privé », film d’Altman, (ce soir, un Altman à ne pas rater) d’après un polar du célèbre Chandler, avec son célèbre « privé », Marlow, joué par Elliott Gould. Atmosphère, atmosphère…Oh oui ! Nous l’avions vu…Quand ? Plaisir de le revoir. Le polar, la loi du polar : on l’oublie vite, on le retrouve et on y reprend plaisir.
8-
Tantôt, je reçois un coup de fil de cette dynamo de la rue Liège, Francine Ladouceur (laferveur, son vrai nom). Son projet avance, cette expo de mes aquarelles petitepatriesques (j’utilise un néolo d’une courrielliste de ce matin ), que j’offrirais gratuitement pour ses œuvres.
J’ai la frousse : ne lui ai pas dit que j’étais insatisfait de mes premiers barbouillages, faut pas énerver le bénévolat . Je panique un brin : vite laisser ce journal pour peindre d’autres essais sur le « guenillou plein d’poux les oreilles plein’ d’poil » et autres fantômes de mon enfance. La frousse ! Dieux des peinturlureurs descendez sur moi !
J’y pense encore à ce film loué « Les légendes de Rita », quel bon film, loué sans regret aucun. Mort. Fuite. Prison. Espionnage obligé. Cavales. Amours. Le Mur horrible à Berlin. La mort de l’amoureux au pied du mur. À la fin (de ses déboires), sa fuite en moto malgré les gardes armés. Sa mort sur la route aussitôt. Récit d’une ex membre de « La bande à Baader », terroriste ballottée, outil de manipulation pour la Stasi de l’Allemagne de l’Est (1970); elle découvrira la folie folle de son anarchique combat. Ah oui, un film épatant ces « Légendes de Rita ».
9-
Une question l’autre jour :que devient donc X, ex-vedette de télé un temps. Réponse : « il joue au bridge, fou du bridge. » Ah ! Étrange destin. Pour un autre, j’entendrai : « Il ne pense plus qu’à la pêche » ! Ah ! Pour un autre : « Le golf est devenu son unique passion ! » Bon, bon ! « Destins —chantait le cher Tino Rossi à maman— lorsque ta main frappe à ma port-e- destin ! »
Rêve en trois lieux : A- Table à dessin, Radio-Can. Une dessinatrice accorte. M. L. Le camarade Hugo W. entre et jette ses esquisses sur une table de coin. Tassement. Caresses sur table à dessin ! On ouvre une fenêtre. Du vent. Plans qui s’envolent. H.W. s’amuse avec M.L. Je joue le surveillant. Moi ? Bizarre.
B- Boul St. Joseph, angle St. Denis. Bureau de design. Attente pour des plans. Extérieur. Jour (comme dit le ciné). Passage d’un défilé militaire. Des maisons encagées (du « sarnia bridge »). Partout. Soldats en pause. On boit. Debout. Farces grossières. Rires rauques. Le glauque. Des casques très ronds. (Ça vient du film avec cette anarchiste « Rita », un autre sur la Résistance, en France, vu récemment, avec Lino Ventura. Connivences ?) Défilé militaire reprend, grossit. Des casques trop ronds, comiques. M. L. y est encore, l’accorte dessinatrice. (Le lien ? Je sais pas trop.) Un camion vient. Tous y montent. M.L. aussi avec Hugo W. Entassement. Un public qui fuit ? Le chef-designer me colle, il veut des infos que j’ignore. Les plans de rénovation ? Il l’exige. Je proteste. Me dit de montrer avec tous les autres dans ce camion-navette. Allant où ? Il dit : « pour l’est, la Longue-Pointe ». (L’asile ?)
C-Rue Sherbrooke, angle Papineau. Beauté de vieilles maisons retapées. J’admire. Une guide à touristes parle dans un mégaphone. Une veuve va vendre, me dit-on. Une ligne de badauds s’enfle sur le trottoir. Tout sera démoli si aucun acheteur. Je traverse Sherbrooke. Trois belle filles sont dans le parc Lafontaine, pas loin. Des infirmières. Costumes brillants. L’une est vieillie précocement (La Rita du film ?). Une beauté discrète, on se moque d’elle, je vais vers cette sauvage maltraitée comme timide. Elle m’invite chez elle mais je refuse, je crains d’y aller. Je flaire comme un piège. Elle insiste. « Une bière ? Un thé, un café ? » Me tire par la main. Je regarde partout, ne veux pas être vu avec elle.
Le réveil. Brusquement. Ah, le mystère des songes !
10-
Je reviens à l’instant de l’École Bouffe ! J’étais le premier arrivé…avec mon petit panier ! On sera une dizaine, pas davantage. Merde, que des biscuits, des brioches, des pains ! Je prend une soupe —crême de tomate— congelée, une boite de brioches. Merde ! Je relis toujours, en poche —40 minutes d’attente—« Brève histoire du temps », oh la la !, astrologie de pointe, cosmograhie (cosmogonie ?) branchée, termes géants et obscurs, prévisions inouïes, trous noirs et étoiles naines blanches… « Si on y parvenait, à telle équation funeste, l’on pourrait, demain, assassiner vos pères et mères et cela avant qu’il ne vous aient conçus ! » Temps tordu, espace tordu. Bon, bon. Temps et espaces emmêlés, au diable ! Assez. Pouce ! Je traînerai un autre « poche » à lire la prochaine fois. Surtout qu’il est difficile de me concentrer quand ça pépie autour dans la file. :
Non, pas bon vulgarisatteur le Hawking. À moins que ce soit moi, le bouché total. À 18h., tantôt, mon éditeur velelbesque, troispistolien, jasera à ARTV. J’irai le regarder parler. Demain, une équipe —de ARTV justement— ici. Ils viennent « pré-voir » l’écrivain qui barbouille aussi. Quoi, et le journal tenu ? Rien, pas assez visuel, c’est ça ? Désormais, l’image primera, partout, toujours, que des images et un grand silence, ou bien des commentaires chétifs, brefs. Le philosophe et prophète Yvon Deschamps : « On veut pas le savoir, on veut l’voir ! »
Bon : « encore un peu de temps et vous me verrez, encore un peu de temps et vos me verrez plus. »
Alors, j’écris mon journal.

Le vendredi 21 juin2002

Le vendredi 21 juin2002
Jours de pluie…

Après dix jours, le imac est réparé…
1-
Ciel mat. Bon vent du sud-ouest. L’été débute. Les heures s’en iront sans lumière peu à peu. Aile suractive : dimanche réunion du Groupe des 7, devenu « des 6 », mort d’Ubaldo Fasano, hélas.
Hier, cinéma du bas de la côte, non, avant-hier ? Suis un peu perdu depuis l’accident « imacien », tant de jours sans ma machine à pépier ! Vu « Amen » de Costa. Sorties comme accablés. Humiliés. Nous tous, Blancs chrétiens si muets pendant que les fours à gaz s’activaient en Allemagne et en Pologne. Et l’Odile Tremblay du Devoir qui faisait la moue devant ce film formidable. Quelle mondaine étripable ! Devant pareil sujet, oser chipoter, criticailler des détails…Franchement… Non mais…

Nous avions regardé, la veille, à T.Q. :« Sursis pour l’orchestre », même sujet. Autres visions épouvantables sur l’antisémitisme effroyable. Ces deux films, un après l’autre, font qu’on s’endort mal le soir venu. La mesure (d’endurance) est comble. Nous ne pourrions plus en visionner un autre. Pas avant un certain temps. Ce serait un poison mortel. Je maudis ce racisme écoeurant. Je ne voudrais pas être Allemand. Tache indélébile pour mille générations à venir. Le pire ? Bien savoir que si Québec avait été une grande puissance, un pion qui compte dans le vaste concert des grandes nations…oui, cela, cette maladie horrible, aurait pu s’installer. Bien savoir que personne ne peut proclamer : « Nous, on aurait pas été comme ça ». C’est cela qui fait mal. Je ne regrette pas d’avoir dit à Denise Bombardier avant de quitter mon siège (pour « Conversation ») : « Il faudrait mettre l’homme sur un bloc opératoire et le changer. »
Honte d’être des humains quand on découvre ce fatal racisme …pourtant au pays qui a donné tant d’écrivains, de musiciens et de philosophes merveilleux.
2-
Mes deux enfants sont venus fêter « le vieux papa ». Rien à faire pour Aile. Une sorte de pique-nique. Heureux moments. Cadeaux, jolies cartes, le rituel. Deux absents, David et Simon : les deux aînés. Études, travaux urgents, etc. Je détestais ces fêtes des « grandes personnes », jeune. Les comprendre. Gabriel, le cadet de mon gendre Marco, doué, musicien, créatif, s’installe à la cave-atelier et modelait un poisson d’argile. Soudain :cris, appels ! C’était le septième (7) bébé-écureuil qui…gigotait encore , tête ensanglantée dans une trappe à souris ! Frayeurs des dames :Éliane, Lynn et Aile. Marco, brave, est allé donné la « chose » au rat-musqué du rivage du lac. Depuis fin des apparitions écureuillois ! Aile respire d’aise. Elle n’en pouvait plus.
Hier soir, jeudi, à ARTV, la comédienne Sabina Azena (eh oui !). « Les feux de la rampe », copie conforme des entretiens liptonniens de New-York nous font voir des gens brillants. Cette Sabina y fut captivante. Hélas, le questionneur, Bernard Rapp, pas fort. Il rate d’entrer dans certains aveux spontanés et riches de promesses. Il écoute mal ou quoi ? Il suit trop « son » plan ? Danger cela. J’ai bien connu, en 1986, à TQS. La Azema, soudain, fond en larmes : on vient de lui faire voir des extraits anciens. « C’est toute ma jeunesse que je vois défiler ». Moments précieux. Avant, bon petit gueuleton sur la terrasse en face du lac, aux « Délices de Provence ». Le chef Claude sait préparer la perchaude (pour Aile) et la bavette (pour bibi). Un voisin de 88 ans, jeune d’allure :Monsieur Lupien. Arrivé ici en 1948. Je le questionne. Il m’aide à préparer mon petit discours de lundi à la Saint-Jean où je voudrai raconter le village quand j’y vins une première fois en prof de céramique dans l’ex-écurie du Chantecler.
3-
On a réparé mon Imac mais impossible de recevoir ou d’envoyer du courrier. Mystère. Panique. Je téléphone à Carole, la sœur de ma bru, du Sommet Bleu, qui est experte en ordinateurs. Elle sort d’ici et en deux gestes m’a reconnecté toute la patente. Du chinois pour moi.
Jadis aucune femme (pas une !) ne savait réparer « une machine ». Les temps changent hein ! J’y pense : amusant d’entendre la Sabina Azema dire : « Pour moi, tout compte, surtout au départ d’un rôle, le linge, oui un costume, un chapeau, des souliers, même un parfum… C’est l’extérieur qui me commande comment rentrer dans un personnage ». Si vrai ? On l’ignore trop… l’oublie, une pièce de linge — forme, couleurs— peut changer nos attitudes. Aile qui s’amuse à me sortir du linge quand je pars pour une interview et moi…soudain, « non, pas ça…Je serais pas bien ». Sans trop savoir pourquoi. Je change son choix, elle dit rien, elle sait bien, elle a été réalisateur si longtemps et a connu de ces caprices mystérieux.
4-
Il y a six jours, samedi, revu à la télé « La haine », un film étonnant. Trois désœuvrés dans une « cité » de Paris. Effets de l’émigration mal intégrée. Une police nerveuse. Une terrible bavure. De la révolte. Suite d’images (en noir et blanc) sur un rythme d’enfer. Le bon film. Meilleure connaissance de ces jeunes paumés, chômeurs, mal instruits, ouverts à la violence. Exutoire classique.
À « Campus » ce même soir :la régente Régine des cabarets parisiens. Vantarde et revenue de toit à la fois. « Jet set » d’un monde gâté-pourri raconté dans son livre. Durant tentera de lui tirer les vers du nez, elle ne nommera pas les célébrités croisés dans ses boîtes de nuit. Allure d’une vieille tenancière de bordel (moderne).À Montréal, elle fit « patate ». Pas assez de mondains riches ? Un livre,« Hell » (amércanophilie conne de Paris) est un livre d’une Lolita. Allure d’une collégienne qui raconte des dérives juvéniles. Secrets des « beaux quartiers », du côté du Parc Monseau, du 16 e arrondissement, de la chic Avenue Kléber. Mode des souvenirs, elle a 19 ans, parle en adulte, vieillie précocement. De la graine de collégienne délurée. Bon pour vendre du papier ! Mode. Ça jase drogues, exstasy et compagnie ! On raconte les drogués célèbres : le poète Michaux (mescaline), Cocteau et Malraux (opium), Sartre (médicaments-drogues). L’un des invités dira : « Kérouac s’inquiétait beaucoup de son copain toujours bourré, le poète Burrough mais…il est mort bien plus vieux que lui, à 80 ans ! »
On navigue de Prozac (drogue douce répandue) en métadone. L’on fait allusion à Styron le célèbre, alcoolisé à 100 %. Durant remue, frétille, le sujet le titille. La littérature sous un portique dangereux quoi !
5-
Mercredi dernier, soleil enfin. Fin des pluies. La laitue respire dans les champs spongieux. Ici, nos fleurs aussi. Je raccroche les corbeilles autour de la galerie. Au couchant, le lac en feu. Chants d’oiseaux vont croissantr. Le calme. La cloche de l’église à trois rues sonne le six heures. La volupté d’un certain silence. On rêve, Aile et moi, allongés dans les transats, livres aux mains. Ombres :je repense aux déclarations —voir un film brillant : « Jeu d’enfants », signé Prégent— pénibles des Frigon, des Crête (nouveau « big boss »). Un vice s’installe confortablement au pays, un succès énorme. Des enfants rêvent (ils le proclament en riant dans le film) de gagner gros sans effort aucun. Ils grattent. Plus tard, ils iront au casino, ils disent leur grande hâte ! Lieu magique, qui sera agrandi et mieux installé entre le port et le pont Champlain. L’État-mafieux ronfle. Installera une clinique pour soigner ses victimes. La farce ! La honte aussi.
Ma tondeuse ne me revient pas. On chercherait un morceau. Patience le tondeur-de-verdure. Ce matin-là, j’ai vu une balle. Une balle perdue ! Par quel enfant peiné ? Salie. Ordinaire. Au bord du trottoir. Grand effet ! Fou ! Je me suis souvenu de mes balles, enfant. Aile dit : « Ah oui, « sa » balle, si précieuse, « son » ballon, les chers trésors ». À huit ou neuf ans, sa belle balle aux couleurs vives…oui, un trésor. J’y songe encore : regardant « Jeu d’enfants », les maudites pubs pleuvent et cela me semble logique, la suite des illusions que le film condamne. Jumeaux exécrables :pub et gratteux ! La compagnie exacte, méritée, la fidèle dévote accrochée (la publicité télévisée) aux annonces de Loto-Québec. Quand j’ y pense : des enfants déjà « accros », c’est l’État-racketteur ! L’État-bandit !
6-
Téléphone la semaine dernière : c’est TVA, pour le 17 h. et c’est Anabelle la recherchiste : « Vous êtes sans doute très contre la Reine du Canada, c’est sûr » ? Je ris et je dis : « Sûr et certain ». « Bien, on va tenter de trouver un —ou une— « pro-monarchie et on vous enverra notre camion micro-ondes pour un débat ». N’y a pas eu de rappel. Personne ne veut venir face aux caméras proclamer les bienfaits de ce colonialisme chéri des anglos d’ici. J’étais content, cette fois, de perde le plantureux cachet !
Pauvre Anabelle !
Téléphone encore pour un projet de ARTV. On veut une série sur des artistes divers qui font de la peinture. Je suis sur la liste. Ils veulent venir faire une pré-entrevue dans ma cave-atelier où je m’échine justement à pondre des aquarelles sur « La petite patrie » Ils viendront mercredi prochain. Je dis q u’il y a notre Clémence bien-aimée, ils savaient. Qu’il y a Diane Dufresne…ils savent tout. Bien.
7-
On fait entrer une cassette vidéo dans la fente du magéto, on veut voir un film et bang !, ça bave, cris et mourmounages commerciaux, on nous sert des publicités pour des films à venir. Non mais…Ça ne finit plus parfois ! Dégueulasse ! Il faut protester. On a payé pour un film pas pour endurer cet arrosage de marchands infâmes. Il y a assez de pub partout. On veut voir un film, point final. Vraiment dégueulasse cette pratique !
Ce « Le bal du monstre », fort bon récit. Je le reverrais un jour volontiers. C’est rare qu’on a envie de dire cela. Billy Bob Thornton et Helle Berry (oscarisée cette année). CE B.B.T. jouait dans « The man who was not there »… où il brillait. Enfin pas de ce monde mondain, médiatique, non, enfin, enfin, enfin, du monde ordinaire. Lui, un agressif gardien de prison. Un bonhomme ordinaire. Elle, une petite serveuse de restau ultra-modeste. Monoparentale. Ça fait du bien. Ça nous change du petit monde nombriliste où les héros sont riches architectes, romanciers populaires, photographe génial (le dernier roman de Guillaume Vignault ) ingénieurs, experts en infographie ou en théâtre ou en scénarisation (songer à ce « Crabe dans la tête », à « La vie, la vie », et Cie).
« Le bal du monstre » :une histoire bien conduite où ce père raciste va muer quand son fils se suicidera. C’est ce soir-là qu’apparaissait au salon le sixième bébé-écureuil et je ne savais pas que le lendemain soir, mon ordinateur rendrait l’âme mystérieusement. Il faisait si beau soleil, abandon de l’écran, sieste dans la lumière, souper et ensuite, tu vas remuer ta souris et… pas de petite lumière sur l’écran ! De la schnoutte ! Merde !
8-
Avec la belle et moderne tondeuse du voisin Maurice, jeudi, tonte du terrain. Elle fait du compost en roulant ! Sueurs du vieillard attelé à sa machine grondeuse. Ça coule ! Aile, fée divine, vient m’offrir de …la bière d’épinette. Régalante. Somptueux goût de gomme de sapin ! Souvenir lointain de ce jus. J’aime toujours. Le matin, une photo du Devoir me ravit. « Les colonnes du cosmos ». Je la découpe. Je la punaise sur mon babillard du bureau. La beauté ! Photo qui me console de mes efforts quand je relis « Brève histoire du temps » de Hawking, attendant l’ouverture des portes de l’École Bouffe.
J’ai déniché chez « Tout outils », le brocanteur de la rue Valiquette, une cloche—pour dix piastres. Genre marine à gogo. Je l’ai vissé sur le 4 par 4 de la galerie, là ou fourmillent les fourmis (!). Aile cherche un machin tueur pour ces tites bébites. Je proteste. C’est tellement moins encombrant que les bébés-écureuils ! Désormais, avec cette vieille cloche à bateau, Aile pourra me sonner quand le souper sera servi et que je flânerai sur la berge. Bon pour un demi-sourd ces sons sonnants ! Dong, dong ! Oh un autre bon film : « Le tunnel ». Loué. Entreprise captivante de creuseurs de corridors sous le mur de Berlin avant 1989. Signature : Roland Suso Richler. Formidable courage. Basé sur des faits véridiques dit le générique de la fin.
Un des conjurés en tunnel interdit. Éric, serait devenu prof à Montréal ! Ah ! Ce film nous hantera longtemps. Comme pour tous les films forts. C’est le foot qui envahit tous les média. Je n’y connais rien. Ça va passer. Le 30 juin : « e finita la comedia » ! On y voit du patriotisme échevelé —Italie, Angleterre, etc— proche du fanatisme. Ma froideur semble me couper du monde. Habitué. Jeune, pas fou du hockey, j’avais ce sentiment un peu accablant de ne pas appartenir au monde normal. On s’y fait.
Samedi matin dernier : tomate rongée sur le comptoir de cuisine. Aile enrage. « Cloclo, va vite chercher la cage à Maurice. Il y en a encore. Eh merde ! » Pauvre Aile.
9-
Dimanche matin, à la radio de Radio-Canada, propos étonnants. On est pas en 1838. On est en 1967. On révèle les nervosités face à de Gaulle au Québec. La censure. Les inquiétudes ravageuses. S’il fallait… Jean Drapeau en petit et minable despote chiant dans sa culotte : « Vite ! Cacher le microphone du balcon. Il ne faut pas que le Président de la France s’adresse à la foule… » Etc. On n’en croit pas ses oreilles ! Un familier du Général raconte ce qu’il sait, il était là, dans le hall à Drapeau le chieux, le pisseux, il a vu les méfiances, les entourloupettes, les cachettes, l’autocensure. On est en 1967 et les dirigeants municipaux se conduisent comme des valets timides face aux anglos qu’il faut pas faire fâcher. Une honte !C’est ce genre d’émissions du réseau français de la SRC, que détestait tant le PET Trudeau et ses sbires (Lalonde, Goyer et Cie). Édifiante émission. Déterrons sans cesse de telles précieuses et instructives archives sonores, c’est salutaire.
Nous prenons ainsi les vraies mesures des petits potentats fédérastes du temps récent. Des pleutres. Des mauviettes. Des colonisés cons, Drapeau et sa ligue.
Et le Jean Dupire, son chef de cabinet, qui me disait un jour : « Tu verras, Drapeau finira par tout nous gagner, regarde, mon Claude, il n’y a que deux affiches de bronze devant l’entrée, rue Notre-Dame et c’est en français seulement. Tu vois, tu vois ? » Quand ça se voyait pas trop, oui, l’ex-nationaliste de 1942, du Bloc populaire, Drapeau, osait…des vétilles !
10-
On a un peu revu, à la tlé, ce « 12 singes » où Brad Pitt, jeune, incarnait un aliéné grave de manière convaincante au possible. Bruce Willis y tient le rôle d’un héros intrépide de B.D., envoyé spécial, sorti d’un puits gigantesque, mystérieux, pour découvrir l’origine d’une fatale guerre bactériologique. De la SF bien menée.
Parution des « Listes de La Presse » :le lectorat devait faire une liste ees auteurs importants. Pas là zut ! Rimbaud non plus ! S’en consolera-t-il le Arthur ? Bof, jouons les forts. N’empêche…mes lecteurs ne se sont pas grouillés le diable ! C’est pas juste, bon ! Justice pour Stanley Pan ? Il vient de démissionner de sa chronique —bien faite— des parutions fraîches. Il aurait osé critique le tout récent « Ouf ! » de Denise Bombardier, et sa « boss », Miss Lepage, serait mécontente. Le soupçonne même de misogynie ! Oh, oh ! plus grave, il aurait laissé entendre qu’avec la chaîne —très subventionnée par nous tous— Renaud-Bray, on peut acheter les annonces de leur catalogue. Etc. On a pas pu lire l’article. Ce fut :ou vous changez votre papier ou vous prenez congé d’espace. Le Péan, pas plus paon qu’un autre, a tiré. sa révérence. Dommage, il avait du jus comme chroniqueur. Pas facile à trouver le bon successeur. Moi ? J’ai pas le temps.
Qui est le populaire Beauchemin ? « Un écrivain de divertissement », dit un libraire. Aïe ! Comme Pagnol, comme Félix Leclerc, ajoute le cuistre.
Le libraire Moffat, lui, vante un de ses poulains, il bosse chez Flammarion., Coups de pied au derrière perdus !
J’ai finis par prendre du plaisir avec ce roman « Le tueur aveugle », une grosse brique de la Margaret Atwod. Hâte de m’y replonger dans ce récit à charnières. Grand plaisir aussi à farfouiller dans « Les mots sauvages » (Larousse) Un dictionnaire étonnant, par Maurice Rheims (pourtant académicien; mais pas frileux du tout) qui nous fait lire des mots rares, des inventions langagières, des néologismes d’une saveur stimulante. Du cru. Ainsi c’est les Quenau, les Céline, les Audiberti qui font montre d’ imagination. On sait, ici, comment j’aime inventrer et jouer avec les mots. Un livre tout à fait pour moi ce « Les mots sauvages ».
11-
Papa serait si heureux : son très cher Padre Pio est devenu un saint officiel. Il me parlait de ce modeste curé qui avait des dons, de bilocation par exemple, des stigmates et qui faisait sans cesse de miracles. L’église de Rome se méfiait, comme toujours, de ce thaumaturge admiré et aimé part les populations pauvres. Du temps passe et le voilà santifié. Je revois mon père tout content. Il n’Aimait que la religion des phénomènes. Que le Jésus bravant la mort de Lazare.
Mais pas de miracle salvateur pour ces gamins exilés d’Albanie qui se vendent. Marchandise en marché. Comment survivre en Italie ? Ailleurs aussi. Prostitution. Pire encore : organes neufs, rares, bons, pas trop chers ! Infamie des infamies. La pédophilie s’active, venant « en aide » à ces orphelins abandonnés du sort. On les achète, on les débarbouille un peu, on les installe sur des trains et… en route pour les marchés intéressés en Europe. De l’Est comme de l’Ouest ! Tchou, tchou, le train de l’Est…Tchou, tchou !
All-aboard, Albanie ! On parle alors de « Train de la honte » en voyant ces hordes de jeunes gamins qui voyagent vers des exils prometteurs. Oui ! Promesses d’exploitations garanties.
12-
« La Presse », en cette mi-juin, s’allie volontiers au raciste —francophobe— journal « The Gazette » . Mathieu Perrault joue le bon canayen innocent chez l’adversaire. Échanges de sornettes ? Ce matin encore, des tas de balivernes déboulent en colonnes fournies. Mon épée me démange, Cyrano ! On publie des sottises éhontées. On avance des mensonges graves. Maquillage d’une idéologie fédéraste grave. Foire de niais. Comptoir de nigauds ! Entreprise bizarre pour une réconciliation bidon. « Vive le multicul trudeauien ! » Foin de l’intégration harmonieuse, nécessaire, vitale, normale, souhaitable pour tous ces futurs petits québécois —à part entière— les enfants des émigrants. Trahison.
Entretenons les folklores tous azimuts. Ce n’est pas à la « nouvelle venue » d’Afrique d’apprendre notre folklore, nos rigodons, nos reels et ritournelles populaires (« À la claire fontaine »,…etc.) nos gigues, non, non, allons, c’est à nous de bien apprendre les danses et les musiques Noires.
Moi, m’exilant —m’installant— en Afrique, je m’appliquerais à étudier ces danses africaines, leurs folklores si variés, mais ici…on fait le contraire.
C’est l’entretien —si nocif, si peu rassembleur— des ghettos subventionnés —comme Ottawa entretient les francophobes des « All-Liance Kouébec ». Ghettos néfastes pour l’avenir des enfants d’émigrants. J’enrage.
La reporter de « La Presse » (à un Centre culturel Noir de la rue Jean-Talon) ne commente rien de cette lessive malodorante, ne dit rien, avale les couleuvres, ou veut nous les faire avaler. Une « tite » niaiseuse quoi ! Ou une surveillée, ou encore une autocensurée ? Les deux solitudes… cette fadaise. C’est une farce mais tragique. Il n’y a que ce refus obstiné (Meech et Cie) de reconnaître un état central qui serait fondamentalement constitué de deux nations. Le mot les fait trembler.
La tromperie est manifeste. Gloire aux ghettos et échangerons nos reporters !
Quoi faire ? Le bon lectorat candide —peu politisé— avalera ces bobards d’un bon-ententisme édulcoré. Je —d’autres aussi— pourrais rétorquer à ces articles de propagande…mais à quoi bon et où, surtout où ? J’évite de prêcher à des convertis, par exemple, dans « L’Action nationale. La puissante machine « Power-Gesca-Desmarais » : des hommes d’affaires bornés. Car 51 %, 55 %, peut-être même 60 % (ref. référendum de 1995) du lectorat de « La Presse » est indépendantiste. Pas un seul rédacteur, un seul édito (de toute la grosse équipe en place ), pas un seul chroniqueur ne défend l’option patriotique de l’indépendance nationale. Être des nigauds en « Business » c’est exactement cela.
13-
Rêve bref, en début de cette semaine : Nicole Leblanc, l‘actrice, me gronde, il y a des élections dans l’air, (actualités d’ici ! ) on me presse de m’engager, chicane byzantine autour, ma défunte première femme accompagne un cortège. Cris et injures volent. Cordon de police. J’ai peur et je ne sais de qui, de quoi ! Réveil subit.
Je ris aux reprises de « Catherine », réalisation efficace Philippe-Louis Martin, je rigole comme un gamin. Aile aime me voir rire, rit avec moi comme une maman avec son bébé qui rit pour rien. Esprit enfantin ? Je riais volontiers aux facéties primaires de « Cré Basile » de Gamache. On ne change guère ? Je pense encore à Vanessa Redgrave —on ne rit plus de ce côté— osant jouer la chanteuse défigurée dans un camp nazi. L’horreur. Dents jaunes, cheveux rasés, boutons rouges, etc. Courageuse comédienne et excellente actrice. Ce film : « Sursis pour l’orchestre » (« Playing for time » de Mann) me hante. Je me serais suicidé de honte et de désespoir au lendemain des révélations de tous ces Allemands bien silencieux de 1939 à 1945. Ou je serais exilé à jamais. Pauvre, pauvre Allemagne…Je repense à « Le liseur » cet excellent roman ou une ex- gardienne nazi se suicide n’en pouvant plus de se souvenir.
Oh, Monique Miller, amie de Raymonde (depuis « Montréal P.Q. ») viendrait séjourner ici. Merde ! Elle si bavarde. Elle me bat. Je vais perdre ma place, mon rang ? Merde, merde !
Demain :un samedi pas pire, dimanche pluvieux, Aile bien énervée, la « Bande des 6 » et de la pluie ! « Ouash », dit-elle. Eh qu’elle parle mal des fois, une fille qui alla chez Sita Riddez !

Le lundi 27 mai 2002

Le lundi 27 mai 2002

Jours de pluie…
1-
Ciel lumineux ce matin mais sans lui, L’Oestre (Verlaine à propos de Rimbe). Notre Jean-Guy en gratteux véhément pour le plancher à reteindre côté des cèdres ( longs arbres que le déneigeur promettait d’émonder…mais… ). Gros tracas hein ? Ouen. Oui, se défaire de tout et partir avec deux malles… D.Marleau finfinaude avec moi. Courriel sibyllin. Un zigue curieux.
Il a du jus. Mon Cornellier, lui, refuse (un peu ! il y réfléchit ? ) de suivre mon conseil : faire de sa chronique au Dev (des essais), des billets d’humeur, une sorte de feuilleton personnalisé. Pour cela il faut se sentir « écrivain ». Se sent-il tel ? Tout est là.
Rêve encore cette nuit. J’avais lu un curieux billet libre (La Presse) du fils de Jean Lapointe qui racontait une amie mal prise, dans un « rave » avec lui (à son âge ?), qui tombe dans les mals… Grave crise. Vite, ambulance, hôpital, bons soins mais il a éprouvé une peur terrible. Bon. M’est-il resté dans le cortex ou le cerveau…reptilien, des traces ?
Ce songe donc. Je suis demandé, coup de fil, chez Jean Lapointe. J’y vais. Banlieue froide, anonyme. Vaste logis. Jean est très mal en point. Vieilli davantage. Un sénateur gaga. Il me dit (insiste) d’enlever mes bottines (noires, cirées !) et les jette sur un tas de souliers dans une pièce désorganisée. Un désordre règne dans sa maison. On cause. Jean se plaint, se dit « fini ». Je tente de le requinquer. Vainement. Il s’en ira ? Me laisse en plan.
Je veux m’en aller aussi. Je cherche mes bottines. Ne les trouve pas. Je fouille dans ce tas énorme de chaussures. Pas là ! Des gens passent. Des jeunes gens. Une femme (inconnue de moi) épouse, gardienne ?, je ne sais…rôde. Va et vient dans la cuisine. Frigo qui s’ouvre sans cesse. Des bières partout. Je vais fouiller dans des placards. Toujours d’énormes paquets de chaussures ! Sandales, cuissardes, runninge-shoes, bottes, savates, à lames, sortes de patins, semelles à crampons, lisses, épaisses, minces, un vrai magasin de souliers divers, je n’en reviens pas. Je songe à prendre une paire de n’importe quoi et fuir. Mais…Incapable d’avoir deux souliers semblables ? Me voilà en sueurs !Bizarre ! Je me réveillerai découragé, perdu.
Qu’est-ce que c’est que ce rêve rempli d’escarpins ? Freud, au secours ! Insensé de m’être vu à genoux, énervé. Pourquoi cet empêchement à pouvor me chausser ? Quelle est la clé de cela ?
2-
Oh ! le film étonnant, loué avant-hier : « Wit ». Qui veut dire « dépérir ». Avec la fameuse Emma Thompson. C’est l’ami Faucher qui nous le recommandait. Avec raison.
Une très sévère « vieille fille », prof de littérature ancienne, —le poète ésotérique John Dunn est son idole— entre de toute urgence à l’hôpital. Un grave cancer des ovaires. Un ex-élève sera son soigneur. Il lui fouille le organes, ganté. Humiliation. Tout le film « Wit » nous fera assister à son calvaire. Intelligente, lucide, elle observe tout, note tout. Monologue fascinant. Imsghes redoutables. La Thompson y est hallucinante de justesse. C’est le terrifiant défilé des froids spécialistes, l’horreur d’une cure expérimentale (chimio), enfin, le délabrement physique.
« Wit », pas un film triste. C’est autre chose. Cette érudite, si austère, si rigoureuse, si intransigeante jadis, fait face à la mort plus que probable. Des retours en arrière, minimalistes, illustrent (à peine) son passé. Un courage inouï. « Wit », Une solitude totale. Quelques scènes inoubliables. « Wit », du cinéma important signé Mike Nichols. Un récit renversant tiré d’une pièce de Margaret Edson.
3-
Samedi dernier, Foglia , comme en passant, fesse Saint-Sauveur.
Il attaquait la Sheila en « ministre de la Propagande ». Alors ce laid lieu ? C’est fréquent en un certain milieu : comme c’est laid, Saint-Sauveur. Mont-Tremblant. Jadis : Pointe-Calumet. Ou Old Orchard, Maine. Des lieux fréquentés souvent par le populo. Est-ce laid, est-ce joli ? Quoi dire? C’est vivant, plein de monde, plein de touristes, Saint-Sauveur. Joyeux. Dynamique. On y va parfos Aile et moi et on ne juge pas le site. Commerces, restaus, une belle vieille église au milieu de la foire. Rappel du passé villageois modeste en un cirque populaire ?
Parc d’attraction quoi ? On voudrait pas un Sainte-Adèle dans ce genre. Oh non ! Mais y aller pour un bain de foule…sentimentale ? Au fond des choses, cette détestation bien bourgeoise relèverait-t-elle d’une misanthropie sourde ! Ah ! Redire que, jeune, Pointe-Calumet, ultra fréquenté, était une sorte de Parc Belmont et que cela a forgé mon caractère, disons, ludique. J’aimais marcher la rue « marchande » Saint-Hubert, ou le Marché Jean-Talon. La vie vive quoi ! J’aimais déjà les gens, la foule. Cela me stimulait. Des sauvageons restaient loin des cirques. À lire John Dunn ?
4-
Des tueurs protégés les médecins ? Oui, assez souvent. « Deux mille assassinats (2,000) chaque année au Québec », annonce un article de gazette. Il y a, dans cette profession, un mot caché, un euphémisme hypocrite, pour le « rapport » du bon docteur erratique. Erreurs médicales fatales. Léthales. J’ai oublié ce mot. Mais il s’agit, le mot chien ne mord pas, d’ « homicides involontaires ». Ce que dirait le code criminel. Il n’y a ni procès, ni sentence.
Duhaime, ex-politicien, rétorque : « Pas en deux mois mais en sept mois, mes grosses gages ! » C’est noté maître ! Donc environ 25,000 tomates par mois ! Donc environ 7,000 tomates par cinq jours ouvrables en consultant-lobbyiste. Maudit pauvre va ! Plein de travailleurs qui gagnent quoi, eux ? Trois centaines de dollars par semaine. La vie, la vie.
Visite de « l’étalagisye obsédé de chairs mises à nu » dans nos murs, sous le bon patronage complaisant du « Musée d’art contemporain » de l’ »abbé de cour », le révérend père Brisebois. Spencer Tunik, stoppé à New-York, vante notre…tolérance aux exhibitionnistes. Ceux-ci s’imaginent immortalisés dans les photos exposées. Prenez une loupe et cherchez-vous dans la multitude à poil, de bande de caves ! La nudité est importante dans l’histoire de l’art (ancienne surtout) mais voir un auguste nu lumineux d’Auguste Renoir ou voir un amas de viande humaine effondré sur le macadam, c’est deux choses.
5-
Brent TyLer, le féroce francophobe organisé (bonjour : All-liance Kouaybec) soupire après le bon temps —il parle de « liberté » pour nous, les francos, il nous aime tant— le merveilleux temps donc, quand 80% des enfants d’émigrants d’ici étaient mis aux écoles primaires anglaises. C’était un clair signal de racisme. D’un racisme particulier certainement. La loi 101 a changé ce… « contempt », cette intolérance viscérale à la langue de 84 % des citoyens d’ici. Pourtant, certains —suivez mon regard— travaillent encore à ramer contre le courant rétabli, normal partout ailleurs, dans tous les pays du monde.
Avons-nous un pays au fait ?
Avant le célèbre 11 septembre 2001, un mémo part, venant d’une antenne du FBI, au Texas : « Enquêter tous ces étudiants-en-pilotage araboïdes qui suivent des cours ( intensifs ?) de pilotage ces temps-ci. » À Washington, bof !, on fourre la note de service dans un dossier flou, à classer loin des regards. Le 11 ? Bang ! Va y avoir de la démotion dans la hiérarchie effbiaillienne ! Bientôt, soyez-en sûr !
Tanné d’être ce veuf accoté ? Mon mariage planifié depuis des années ? Je veux un gros party. 50 invités, au moins. La schmala bouchérienne et jasminienne au grand complet. Elle veut quoi ? Deux témoins. Négociations qui traînent. Je descend à 36, puis 25, puis à 15. Niet ! Je lui met sois les yeux le journal du jour : « Claudia Shiffer, cinq cents invités (500 !) ». Elle rit et me donne une grosse bise. Ouengne !
Dans la file de l’École des marmitons, surgissent des parents shmaliens : Carole (du Sommet bleu) et son frère Murray La Pan (de Saint-Sauveur). Je range mon texte d’Arthur Buies. Causerie puis portes ouvertes : choix immense cette fois. Bagarre polie comme toujours. Ça revole, les paniers se remplissent. Poulet, porc, agneau, poisson, pain bio, amuse-bouches cocasses, chocolats. Je finance Carole, avec intérêt de « 2% la minute ». On rigole.
Drôle, je songe encore au si bon film de Ray Lawrence « Lantana ». Dedans, cet acteur si fameux dans « The shine » (Geoffrey Rush) en pianiste schizo, balbutiant, bégayant et sauvé par une femme. Il joue dans « Lantana » un savant prof inguérissable de la mort tragique de son enfant et marié à une thérapeute pas moins poquée que lui qui déclenchera toute l’action de ce film étonnant. Un bon récit filmique fait cela :il vous hante.
C’est Tim « Robbins » (et non Collins comme j’avais noté) qui a donné une si formidable interview avec Lipton de la très brillante série « Inside Actors’s studio », la dernière fois au canal Artv. Les allures d’un brave agent immobilier ou d’assurances, ce bonhomme (aussi réalisateur à l’occasion. « Les évadés », un film à louer si pas vu encore ) a montré une intelligence —de ses deux métiers— hors du commun. J’y repense aussi à cet acteur dépareillé. Il dit soudain : « Prendre le métro—tant de silhouettes étonnantes, tant de caractères humains à étudier— est une source fameuse d’inspiration ! » Si vrai. Je m’ennuie parfois de ces bains de foule. Ce métro pris de1967 à 1971.
6-
Ma passion de lire. Pourquoi ? Pour ceci, par exemple, dans « Voyez comme on danse » de Jean D’Ormesson :
« La mort l’avait rattrapé. La mort rattrape toujours la vie. Elle règne parce que la vie règne. La seule question sérieuse est de savoir si cette mort, qui est le dernier mot de la vie, est le dernier mot de tout. » Et :
« Dans un monde où tout change, où tout passe son temps à bouger, le temps est la seule chose à ne jamais bouger, à ne jamais changer. Il bouge mais il ne bouge pas. Il change mais il ne change pas. (…) Le temps règne, immuable. Immuable et torrentueux, immuable et tout-puissant. » Il y a le temps d’abord, et tout le reste après, et dedans. ». Et :
« Il ne traitait pas Dieu comme ces imprécateurs dont la passion farouche peut toujours apparaître comme un amour inversé. » Et :
« Il me disait qu’il n’avait plus besoin de rien ni de personne (…)que Bach suffisait à remplacer tout ce qu’il avait tant aimé dans cette vie. Je lui glissai le mot de Cioran : « Dieu doit beaucoup à Bach ». Et :
« Nous savons bien que tout appartenait à un théâtre fragile dont nous étions les acteurs pour une série limitée de représentations. (…) Qu’est-ce que c’était que ce monde où rien ne nous est jamais donné que pour nous être retiré ? » Et :

« Chacun est prisonnier de sa famille, de son milieu, de son métier, de son temps. Nous sommes les prisonniers de l’histoire. (Les vieux ) nous avions été jetés dans une période les plus sombres de l’histoire. Elle s’ouvre avec une guerre (1914), elle se clôt avec la chute du mur de Berlin (et de l’Urss)(1990). Elle aura duré trois quarts de siècle. De violence, de haine, de mensonges, de crimes. (…) ceux qui auraient dû s’attacher à la justice et à la vérité se sont laissés aveugler par les idéologies meurtrières et rivales. Imposture intellectuelle. »
Oui, c’est cela la joie de lire.
7-
En gazette du jour, un petit malin. Pas le premier. Peintre inconnu, il donne des tableaux. Pour une œuvre caritative ? NOn, pas tout à fait. Belle générosité ? Dons du barbouilleur méconnu —seulement— aux « grands » de ce monde. Malin rare. Astuce et calculs ? Par exemple, une peinture au pape polonais à Toronto bientôt. L’artiste dit qu’il va la montrer à Jean Chréchien avant (fameux critique d’art comme chacun sait). Ce certain Y.-J. Nolet a donné aussi…à Bill Clinton. B’in quin ! Sa toile au pape s’intitule « Kanada 2002 » et montre un chef amérindien. Quoi ? Pape pas pape, pour les Européens, le pays c’est « les sauvages à plumes », non ? Et les cabanes à sucre, non ? Nolet : « C’est au plus grand des chefs que je vais la remettre ». Plus téteux, tu meurs.
Samedi, l’experte conteuse pour enfants, la romancière douée Dominique Demers, en « Forum » de La Presse, écrit longuement pour dire simplement ceci : il faut des animateurs, prof, bibliothécaires allumés pour exciter l’enfant à la lecture. Il faut aussi des livres excitants. Bref …elle est pour « le fort talent » comme on est tous…pour la vertu et contre le vice.
Maine. L’assaillant, Michel Doucette (nom prédestiné), curé de St-André, Bidderford, sud du Maine, —du côté de Old Orchard et d’Ogunquit— peut parler à ses ouailles. En chaire. Pour confesser ses péchés de sodomite en soutane. Silence totale dans la nef, on l’imagine bien. La victime, lui, David Gagnon, rien. Pas de sermon public ! Une affaire de C.-F., des expatriés d’il y a longtemps.
Les paroissiens : « Faut pardonner. Il fait de si bons sermons. On manque de prêtres (situation alarmante là-bas). Gagnon a déjà « gagné » 63,000 $ pour son silence. À 15 ans, il était assez grand pour refuser. Qui n’a jamais péché…Etc. »
Heureusement, existe le BTS —Breaking the silence— et, surtout le SNAP —nom de produit connu jadis pour déboucher les tuyaux bloqués ! Affaires d’égouts et ça sent mauvais. Il y a, ici, le MAJ (Mouvement action justice). On veut que tous ces pédés défroquent et vite. L’abbé Doucette est réfugié à Ottawa. Pourquoi là ? Un temps, on y trouvait de fameux réseaux de pédophiles actifs, vous souvenez-vous ? Une bin grosse talle.
À suivre ? Mon petit doigt me dit que Québec —après le Maine— va faire fleurir de ces tristes fleurs sur un fumier abondant. Qui ne sait pas quelques sombres histoires d’abus par frères et curés dans nos « petits séminaires » pensionnats, dans les écoles et collèges catholiques. Qui ? Vous verrez si tous nos abusés se décident à briser les silences complices.
Hen quoi ? Encore ? Oui. Lisez bien cela : un jour, un curé, bonne mine —photo dans la gazette— tête de l’abbé Pierre, reçoit à sa table un qui veut le sacerdoce. Repas arrosé. Soudain, raconte à la télé (« Good morning america » sur ABC) Paul Marcoux, 33 ans, ce curé Weakland, 55 ans, —il a 75 ans maintenant et est devenu archevèque de Milwaukee— ouvre soutane et pantalon, baisse la culotte du jeune Marcoux et lui …pogne le paquet ! Agression sexuelle. Une autre.
« J’étais pompette », dit Marcoux. Ah le vin de messe ?
Le New-York Times en fait sa « une ». Bon, okay, silence, on va payer. Presque un demi-million, versé à qui ? À notre francophobe Brent Tyler (de l’Alliance), avocat de Marcoux que ce dernier a connu à Montréal en 1993, publiant des vidéos religieux.
Ce « monseigneur », pauvre pécheur, était un libéral, voulait le mariage des prêtres, l’ordination des femmes. Le reporter Richard Hétu nos informe qu’on a obtenu une lettre du monseigneur : « J’ai le sentiment d’être le plus grand hypocrite du monde. Je reviens à l’importance du célibat dans ma vie (hum…) cet engagement donne la liberté ».
Le jour même du show-télé, Weakland démissionnait de son poste et le Vatican acceptait vite sa fuite. Ce qui me chicotte : l’attente. 20 ans à se taire. Il n’ avait pas 15 ans mais 33 !
Et tout cet argent versé. Triste situation car les cathos de Milwaukee sont atterrés.
8-
Le ménage continue. Rideaux au lavage, Tentures démontées, examinées. J’aide de temps à autre. Je la sens heureuse, légère. Elle chantonne les Michel Rivard qui sortent de mon bureau, satisfaite : « Méfiez-vous du méchant loup, il rôde tout partout, dans les sous-sols de nos banlieues… »
C’est dans les chromosomes des femmes ? Macho va ! Aile parade devant l’homme. Elle est en train de nettoyer le placard de l’homme. « Ce vieux veston ? Je jette ? Hein ? Ces trois chandails usés, ce gilet fané… » Je dis « Oui, okay ». La paix de ménages. Aile adore jeter ce qui traîne. Les contraires s’attirent. Mais il y a des limites : « Ouow! Minute ! ce tas de gaminets ? Non, bons pour mes petits fils…Elle : « T’es fou, tu connais pas les jeunes, c’est des cochonneries… » Je me tais.
Un jour, il y a longtemps, du temps du vivant de l’épouse, un veston de velours épais disparut, aussi, une chemise de soie, si légère… mon premier linge de jeune homme. Je l’aimais. Comme un costume symbolique. Je cherche partout. Aveu : « ça faisait quinze ans que tu traînais ça… » Oh mon chagrin ! Je m’attache à tout. À trop ? Trop à Aile ? Sans doute. Un bon matin, je jette Aile ! Je dois faire un homme de moi, non ?

Le mardi 9 avril 2002

Le mardi 9 avril 2002

À CŒUR OUVERT(?)

(J .N .)

À COEUR DE JOUR (?)

1-
Bon sang, retard dans ma ponte de diariste ! Depuis quelques jours, problèmes avec l’ordi. Plus moyen d’activer la fonction  » courrier  » Appel d’une experte, ma voisine d’en haut (Sommet bleu) la polyvalente Carole LaPan. Elle est venue hier soir, lundi. Pif, paf ! Ça n’a pas traîné. À la poubelle l’icône  » courrier  » – corrompue me dit-elle !- nouveau sigle et hop, ç’est repartit. Tout fonctionne. Ce midi, devoir répondre aux courriels divers. L’ami d’enfance, Deveau, me donne son adresse à Vancouver, par là ! Il a entendu parler de mon conte  » Chemin de croix  » et du hangar aux supplices. Une dame veut se procurer ce  » Écrire  » et semble ignorer l’existence des libraires ! Lagüe, un ex-camarade de travail, me remercie pour un petit papier envoyé au bulletin des retraités de la SRC, sur la mort de bouillonnant Chardola, jadis, cameraman expert. Jacques Keable, ex-camarade à  » La Presse  » et à  » Québec-Presse « , me veut en signataire d’une pétition à la chère Diane Lemieux,  » boss-ès-Kultur à Québec. Des VIP souhaitent arracher une sculpture de Riopelle,  » La joute  » (jadis :  » Le jeu de drapeau « , c’était mieux mais! ), du quartier Hochelaga (proche du stade olympique) pour l’installer en milieu chic et prestigieux, au Palais des Congrès ! Hochelaga c’est trop minable pour un Riopelle ? Les salauds ! Je proteste volontiers ! Quel snobisme !
D’autres messages sont plus! familiaux. D’ordre plus intime et sans intérêt pour les hors-famiglia !
Climat du diable ce matin en pays laurentien et qui persiste et qui s’envenime! Brume partout ! C’est triste. Ça fait pas avril du tout ! Bien moche de ne voir que des silhouettes d’arbres ! floues d’ailleurs ! Le ciel emmêlé au sol, un seul ton, gris-blanc, sorte de lumière fumée décourageante ! On annonce du soleil pour demain. Ouf !
2-
Hier soir, ai expédié les jours de décembre de ce journal chez la  » femme forte  » de Beaulieu, à Trois-Pistoles, Katleen. Pour pré-production quoi. Gros boulot pour l’amateur-en-ordi que je reste. Maintenant, je dois continuer ces envois :pour janvier 2002, etc. Je n’aime guère ce travail de! bureaucrate. Faut. Aile-Rayon me fait mâcher une sorte de gomme anti-cigarettes. Du vrai mastic. Du goudron. Elle a ses patches ! Je n’en veux pas. Ma haine et ma méfiance viscérale, irrationnelle, envers tout ce qui semble! médical. Et dire que, dans une heure, rendez-vous à une clinique de Saint-Sauveur où Aille m’a déniché (malgré moi, malgré moi !) un toubib libre. Le but : bilan de santé ! Je grogne mais je consens. Tout pour son bonheur. Elle y tient tellement :  » Savoir si jamais! En cas!  » Elle va répétant : prévention, prévention ! Rêves, ces temps-ci, fréquents. Manque de nicotine ? Hier, c’est l’été, canicule montréalaise, pris à courir à gauche, à droite, but confus, tramway rue Saint-Denis, soleil archi lumineux coin Mont-Royal, petite foule d’ambulante, des restaus, un vieux du journalisme, juché sur un haut- balcon qui gueule après moi, ricane, boit sa bière, bave, me fait des grimaces, embarquement avec Aile, un bus de la CTCUM, gare coin Iberville, on sort, le bus s’en va, j’ai perdu mon bagage, dois aller à un guichet, microphones, appel au chauffeur du bus, description de mon sac noir (actuel), inquiétude, Aile rit de moi, je me moque de ses moqueries, ambiance curieuse, irréelle, surréaliste (style :  » Une nuit, un train « , le film ) prise encore d’un tram, chargé, foule hilare, c’est joyeux et c’est aussi inquiétant, je sens un peu de panique chez Aile, des gens se ruent dans des magasins sombres, ils vendent quoi ?, mystère, des gardes se cachent derrières des autos, des recoins, la ville se prépare à je ne sais trop quelle genre d’émeute, on va et vient, on s’égare Aile et moi, on joue de correspondances, ces vieux papiers de jadis, avec trous des poinçonneurs, on tourne en rond, sortant de tram, de bus, je ne sais pas on l’on doit arriver, au fond, une sorte de labyrinthe fou! Je me réveille.
Ma compagne me dit beaucoup rêver elle aussi. Oui, manque de nicot dans le corps !
3-
Dimanche dernier, je fais du journal, j’expédie des  » répondre à  » et des messages, puis, premier déboire avec l’ordi, rien ne part  » vers « , ouash !Tant pis, je plaque ma machine, mon fils n’est pas chez lui pour me conseiller, merde ! J’éteins tout quoi, et nous partions pour la ville puisqu’Aille devait voir sa doctoresse (en haute pression) lundi matin, tôt, rue Cherrier. Chemin Bates, le calme d’un quartier désert, calme, un peu lugubre, quand bureaux et manufactures (tel la Sico) sont vidés. Lundi matin, le en examen médical, visite à ma  » petite  » Caisse pop, devenue vraie banque sérieuse comme on sait depuis longtemps. Nous apprenions qu’il a neigé, et la veille et le matin, dans le nord ! À Montréal, rien.
Attendant ma  » patiente  » examinée, j’ai glané dans  » la partie Atwood  » du livre d’  » Entretiens  » entre elle et Victor-mon-éditeur-nouveau. Pas surpris d’y voir une Atwood complètement ignorante de la question-Québec. Courtoisie oblige, mon Vic (en visite chez elle en cette première partie) ne l’assomme pas trop. Trop poli quand elle lui dira :  » Oui, la séparation du Québec, mais.. si, mais si! le Québec veut reprendre le Labrador ?! Si le Québec lève une armée ?!  » Niaiseries romantiques, sauce Scott-le-philo tout énervé en octobre ’70. Vous voyez le genre de questions connes des anglos ignorants. D’une écrivaine pourtant douée et intelligente en littérature. Ah si je l’avais eu devant moi! Mais moi, on ne m’invite jamais (pas fous !) à de tells échanges anglos-francos ! Eh ! Oui, pas fous les organisateurs de  » bon-ententisme bidon.
Rêve autre : un très vieil artiste, un anglophone d’ici, ses tableaux étalés, je vante ses ouvrages, mince aréopage d’aficionados, lui en fauteuil roulant, on me fait jouer un rôle d’explicateur! et expert de son ¦uvre. Un jeune critique, présent à ce pré-vernissage, veut me contredire. Je le plaque, méchamment. Oh ! On se rit de lui. Je triomphe. Facile en songe ! Je vois très bien tous ces tableaux en rêve, un style néo-surréaliste. Je m’écoute sortir mes savantes ratiocinations. Je m’étonne de mon verbiage. Une imposture ? Je ris de moi en secret. Étrange distanciation en rêve ? Les autres sont épatés par mon discours de critique si lucide. Une farce ? Je classe ses tableaux! dans un ordre folichon : selon les couleurs. Bizarre ce classement. Le vieux m’aime bien. Je le défend fermement. Il aurait été négligé, mal louangé en son temps. Je me réveille.
4-
Je lis sur un film avec la Moreau en Marguerite Duras. On a adapté le livre de son jeune assistant et compagnon, un jeune homosexuel déclaré. Un certain Yann Steiner. Le film ne dira rien de cela ! Mystère !  » Cet amour-là « , le livre, racontait les derniers temps de la célèbre Duras.
Photo dans une gazette : chez les vagabonds à la soupe de l’Accueil Bonneau. Au dessus- des tables, un grand cadavre pend. Jésus en croix. Ouash ! À couper l’appétit des gueux, non ? La religion et la soupe de charité. Pouah ! Une morgue officie les mangeurs ! Franchement ! Pourquoi pas l’image d’un Jésus revenu de chez les morts ! Qui monte au ciel ? N’est-ce pas le seul et vrai et grand et difficile message du christianisme ? Est-ce qu’on y croit vraiment à Rome ? Ah ! On a préféré trimbaler dans le monde ce cadavre sanguinolent (oh art espagnol de nos enfances !) pendu à son gibet ! C’est infiniment regrettable. Il est tard pour corriger cela. Très tard. Trop tard ?

Le lundi 4 février2002

Le lundi 4 février2002
1-
Aile et moi allons à deux désormais à petit comptoir de cette école hôtelière au pied du Sommet Bleu. Ainsi, avec deux paniers, on peut plus rapidement y jeter les mets que l’on veut. Car , il y a comme une course aux deux tables de la petite salle. Certains gourmets sont endiablés et rapides! On rigole ! Le caissier m’a dit tantôt avoir remis mon « parchemin » aux feutres de couleurs pour profs et élèves. M’a dit que le prof visé avait apprécié … mon appréciation manuscrite. Ça ne tient pas à grand chose la reconnaissance et ça doit faire plaisir. Hélas pas de petits gâteaux tantôt. Mais bon, « tant mieux » me dit Aile. Danger de grossir !
Fameuse belle journée encore. Cher soleil de notre cœur ! Longue promenade dans l’anneau de neige tapée autour du lac. Seuls ! C’est lundi ! Un patineur, un skieur de fond dans les autres anneaux. La paix. J’écoute du « vieux » Michel Rivard. Nous avions beaucoup aimé ses chansons d’une prose… prosaïque amusante, d’un réalisme étonnant. Loin des effluves, des envolées poétiques des Vigneault, Léveillée et Cie. Un changement de ton dès 1980, qui vint à son heure.
Aile —je la laisse faire, -pas fou— a pris l’habitude, à chaque neige tombée, de sortir avec la pelle, de déblayer le petit sentier qui conduit à la terrasse ouest, de la débarrasser de sa neige, puis d’ouvrir le chemin qui descend vers la galerie d’en arrière, et puis l’escalier qui y conduit. Elle me revient les jours roses ! Je me dis que c’est excellent pour sa santé. Non ? Quoi ? Elle aime faire ça, c’est visible. Je me contente des petits trottoirs de bois qui conduisent au parking près de la rue. Allez à tous les balais les féministes enragées, c’est moi le plus féministe des mâles , je ne dis pas : » Voyons ma chérie, laisse-moi ça, c’est un ouvrage d’homme ». Pas vrai ?
« Méfiez-vous du grand amour/ qui se promène aux alentours/ dans des habits trop grands pour lui/ on sait pas son nom…/ laissez votre cœur à la maison… », c’est une bonne toune. Plus théâtreuse que moi, grand plaisir pour Aile que ce « Gala des masques » télédiffusé hier soir. Aille a travaillé longtemps comme réalisatrice avec actrices et acteurs et s’est vite prise de grande affection pour cette gente actante. Aussi, demain on ira voir Monique Miller dans une salle, je ne sais trop où. Quand c’est bon au théâtre, il n’y a rien pour battre cela. Si c’est ennuyeux…oh la la ! Rien de pire alors !
David, Laurent , Gabriel, les trois fils de mon installateur de « site », et des « J.N. », Marco, m’expédient des courriels affectueux. Me disant qu’ils s’ennuient de moi. Et moi donc. Depuis quelques années déjà, nous ne quittons guère Sainte-Adèle et je n’ai donc plus l’occasion d’aller luncher avec eux comme jadis. Chaud au cœur de savoir qu’ils ne m’oublient pas.
Gabriel, au Jour de l’An, m’a fait cadeau d’une gouache qui me mystifie encore : u n pic enneigé bizarre, en bas, trois têtes de garçons stylisées. Une image que j’aime, que je zieute souvent.
Georges-Hébert Germain m’assure par courriel qu’il a laissé ses restes de ma « Biographie » chez « Orbi productions », que je n’ai qu’ à y aller le prendre. Ce que je ferai demain « sur le chemin de la Miller » étant si curieux de visionner ce qu’ils ont rejetés.
Victor Hugo, un vieux cochon ? Ma lecture du Figaro consacré à Hugo. Il ne cesse de sauter les servantes à Guernesey et Jersey… malgré l’épouse, Adèle, qui veille d’un œil complaisant et sa maîtresse aussi, la Juliette installée en « copiste zélée » pas loin du domicile familial. Puis ce sera les prostituées tant dans son exil consenti qu’à Paris après son retour —dû au départ obligé après la Commune sanglante de 1871, de ce « Napoléon-le-Petit » qu’il avait férocement pamphlété. Le neveu de Napoléon déménageait en vitesse à Londres. Même vieux, un vrai bouc suractif ce sacré Hugo ! Trop plein de testostérone ? « Une nature exigeante », murmurait une tante inquiète en parlant d’un mari très « entreprenant » avec sa bonne !
2-
Ce matin, un goût de crêpes ! Nous descendons au « Petit chaudron ». Un régal, avec sirop d’érable… à flots ! Dans le « Nouvel Obs », éloges de ce « Ocean Eleven » (vu en français sur vidéo loué). Vrai que c’est un divertissement mené à un train d’enfer avec un Brad Pitt rigolo organisateur de vols dans trois casinos de Las Vegas. Scénario astucieux et vraiment amusant. En France, on y va souvent avec dithyrambes face aux américaineries. Cela date du temps de l’après-guerre quand, les nazis chassés enfin, il y eut, en France, pléthore de films « made in UA » et du soulagement mêlé de fascination. Jerry Lewis fut un héros là-bas. Woody Allen maintenant. Les « cocos » rouges sang traçaient des « US GO HOME » sur tous les murs mais, au fond des choses, « USA-movie » était bien-aimé !
Lu le chroniqueur Bourgault (J. de Mtl.) au « Petit Chaudron », le voilà tiraillé, assis au milieu des chaises maintenant ! Face au Palestiniens « colonisés » chez eux et aux Israéliens agressifs, il hésite, bafouille, renvoie les deux camps dos à dos. Il se dit inquiet sans plus ! Il a changé. Il vieillit ?
J’avance dans ce récit « Massoud l’Afghan »… et voilà que je lis dans ce « Nouvel Observateur » les détails effrayants du massacre d’une citadelle tenu par les Taliban (Taleb au singulier, je répète, Taliban au pluriel) , un ex-palais d’un grand « khan ». L’horreur totale. L’adversaire de ce fameux Massoud y est et au premier plan ! Saut dans le temps donc. Nostom, lui, n’a pas sauté devant un faux cameraman, un « kamikaze » venu soi-disant pour le questionner. Massoud aurait été très friand d’interview. Il a été puni « à mort » par son penchant.
Eh bien, oui j’ai pas mal tout su les article du « Nouvel Obs » sur ce célèbre sociologue décédé il y a peu, Pierre Bourdieu. Captivant parcours. Un article est révélateur. Cette rage, cette haine, ce farouche anti-tout avait été pensionnaire pauvre toute sa jeunesse. Le petit Pierre, venu du Béarn, interné dans un pensionnat, coupé de ses amis, de son monde pauvre en aurait attrapé cette méfiance, cette « jalousie », des riches, des intellos parisiens, des dominants. L’auteur dit « pas besoin d’être une Dolto pour comprendre les racines de la révolte du « sectaire » Bourdieu. En effet ! Maudit :l’enfance détermine donc un destin. Je le savais. Je le sais. Cela m’est donc encore une fois confirmé.
Des articles l’examinent sans pitié. Un cardinal, un gourou, un dominateur condamnant toutes les dominations : « en dehors de son église il n’y avait pas de salut », signe l’ un des journalistes. Oh ! D’autres « papiers » sont de ses zélotes, c’est évident. J’en arrive à écrire dans mon calepin de notes : « En somme, c’est : L’homme qui se prenait BOUR DIEU ! » Oh calembour, fiente des sots. J’ai honte mais enverrais-je à « Libération » de Paris (imité par « Voir ») mon mot ? Là, on aime ces jeux de mots pour placarder les titres.
3-
Revenir aux Mormons de l’Utah. C’est pas plus que 30,000 sectaires qui poursuivent la polygamie. Surtout dans les campagnes de l’Utah. À Salt Lake City, ses adeptes sont « un sur deux », 50% de la population. Mais les élus le sont, mormons, à 80 % Les bénévoles des Jeux qui s’amènent seraient gentils, aimables, polis et tout. Tourisme oblige ? Chantait, Desjardins : « Pas d’alcool, pas de tabac »… pas de café »… La caf.éine est un produit tabou ! Leur fondateur ( ce Smith aux 30 épouses) fut assassiné en Nouvelle-Angleterre et ce sera la fuite, la longue marche vers l’ouest avec le bonhomme Young, successeur du père-fondateur de cette église de J.-C. des saints des derniers jours ». L’Utah sera reconnu comme état officiel par Washington quand, justement, gourou Young annonçait la fin de la « poly-gaga-mie »… officiellement ! L’article continue et on lit : Comme partout, (Montréal en 1976 ?) il y a contracteurs maffieux, budget déjà crevé… et pots-de-vin terrible. Procès promis après les Jeux. Une commission Malouf à Salt Lake ?
N’en reste pas moins que « pas de café » vous me verrez pas là de sitôt !

Le jeudi 27 décembre 2001

1-
Visionnons hier soir,  » Le suiveur  » (Following), un film de Nolan. Nous avions vu son homme  » tatoué  » avec  » Momentum « , c’était un récit bizarre, celui d’un malade ( perte de sa mémoire d’antan), qui se tatouait sur le corps des fragments de ses souvenirs Cette fois avec  » Le suiveur « , tourné en noir et blanc,
Un aspirant romancier, Bill, suit dans la rue de gens qui lui semblent  » particuliers  » mais, un jour, il suit un type curieux, Cobb. Ce dernier, sa sachant suivi (par le héros du film), le retient, le fascine. Il l’amènera dans un chic restau et lui révèlera qu’il est un brigand professionnel.
Alors tout va basculer. Bill, notre écrivain virtuel, le suivra partout, découvrira un voleur hors du commun. Ce Cobb lui enseignera ses trucs pour s’introduire chez les gens et dérober certains effets précis. Ce  » fantomas « , cet Arsène Lupin, va l’entraîner ‹c’est le coeur du film‹ dans une impasse totale. Le jeune romancier en friche  » en aura pour son argent  » (volé),
comme on dit. Nolan a monté son film minutieusement en nous révélant, souvent par  » flash back « , et  » flash forward  » un machiavélique plan qui enfermera  » le  » romancier dans un cul de sac effarant, une impasse à faire frémir tout auteur en devenir..
Ma chère Aile,  » une horrible première de classe « , apprécie les films complexes ‹du genre  » The conversation  » ou  » Trois jours du Condor « ‹, elle fut servie hier soir avec  » Le suiveur « .
2-
Ce matin, du soleil mais tamisé par un ciel bigarré, gris, bleuté par zones distribuées anarchiquement. Avant d’aller aux journaux et cigarettes, nettoyant les tapis de coco, je remarque des pistes dans la neige un peu partout. Je me demande toujours quels sont ces bestioles qui, nuitamment, fouinent ici et là autour de la maison. Traces autour des cèdres, sous les deux grandes épinettes, sur la boîte aux rebuts. Lièvres, mulots, siffleux (?), chats sauvages. Ours ? On dit qu’il y en a un, rôdeur, vu souvent au Sommet Bleu voisin!
Ou simples chiens et chats errants ?
3-
Ce duo funeste, les Bill et Cobb du  » suiveur « , attendait dans sa boîte du Vidéoclub puisqu’on reluque d’abord ce qu’offre la télé. Jean Lapointe, Brigitte Bardot,  » Cats « , le pape Jean-Paul 2. Merveilleuse zapette frénétique, on pitonne! Lapointe et la Brigitte vite éliminés car le show broadwaiien,  » Cats « , est grouillant, pelisses remuantes frénétiquement, branle-bas des pattes et des queues, des oreilles et des moustaches. Mais trop c’est trop : décors excessifs, costumes aussi, ça écoeure les yeux! C’est le pape polonais qui gagne!
À RDI donc, excellent documentaire sur le parcours de ce Pontife itinérant, 91 voyages autour du monde. Il servait de détonateur, en sa chère Pologne, la victoire de  » Solidarnosc  » faisant s’écrouler bientôt (décembre 1989 et janvier1990) débouler le château soviétique. Je songe à l’ami et voisin J.,-P. J. qui, jamais, jamais, ne regarde la télé, qu’il méprise profondément. Je respecte son chois tout en le grondant fréquemment. Il y a un horaire. Il y a du bon. Rare il est vrai. Mais se priver de cet outil est, il me semble, d’une grande bêtise. À preuve ce récit d’un pape-voyageur étonnant, demandant souvent  » pardon  » ‹à Jérusalem comme à Berlin‹ pour les erreurs, et certaines horreurs, commises par les catholiques de jadis. Un exemple à suivre pour notre haut-clergé récalcitrant, lâche, face aux enfants orphelins  » internés  » en asiles de déments pour ramasser davantage du fric d’Ottawa.
On nous montrait les richesses historiques du Vatican et voir ces célèbres fresques ‹de la chapelle Sixtine‹ fraîchement rénovées surprennent, comme peintes  » hier  » désormais, si claires, si colorées! Nous nous souvenions, Aile et moi, en 1980, avoir vu les  » très  » enfumées,  » très  » noircies murales. C’était alors un  » trésor  » bien peu stimulant visuellement.
4-
Après  » Le suiveur « , film bref, visionnement à la SRC d’une sorte de biographie de Félix Leclerc. Fûmes encore saisi d’admiration pour cet enfant de Grand-Mère devenu une vedette de la chanson en Europe d’abord et puis ici quand le mépris des urbains pour les  » habitants  » cessa, se fractura. Colonialisme : Paris disait  » Vous avez un génie de la chanson chez vous.  »
Alors, là, les nôtres vont l’applaudir. Ils avaient le permis de Paris! Ensuite, leçon apprise, ça va changer.
Félix, en 1968, farouche anti-nationaliste, avait déclaré :  » Si jamais il y a indépendance du Québec, je lutterai pour faire déclarer mon Île d’Orléans,  » territoire international « . À partir de 1970, il deviendra pourtant militant actif de la cause sacrée! L’on chuchotait que sa conversion était le résultat des arguments sermons du brillant beau-frère ‹ » l’espion de la GRC « ‹ Claude Morin, un ministre d’importance chez René Lévesque.
J’écoute en ce moment des chansons de Michel Rivard ‹aussi de Piché‹ et je me souviens du grand succès de  » Beau dommage « , sans que, cette fois, Paris autorise les éloges. Bizarre, Félix est mort à 8 h, le 8 août de 1988! Que de 8! Sa fille ‹d’une deuxième union‹, très présente dans ce bon portait télévisé, dit que  » le chiffre 8 c’est l’infini », un chiffre sans fin, courbure en un seul motif de deux disques.
Anecdote, jeune écolier, époque de tirages fréquents, j’avais décidé de dire toujours  » 8 « ! Je me disais : ce sera mon chiffre chanceux. Et je ne gagnais jamais rien!
5-
 » Journées nettes  » comme dans  » faire le ménage  » des jours.  » Mettre au propre ?  » Nettoyer le bureau encombré. Repartir chaque jour à zéro ? Journées : ou  » journey « , voyage quotidien. Nettes : un  » net « , de tennis, courir les balles, ou le  » net  » du pêcheur et capturer les prises au jour le jour. J’achève de corriger, d’améliorer, le petit livre  » Écrire  » pour V.-L. Beaulieu. Je devrais lui expédier le tout autour du Jour de l’an. Qu’en dira-t-il ? Aile, elle, énervée, son problème du jour ‹Oh Clémence,  » la femme  » éternelle, hein ?‹ devoir trouver un chaudron de fonte émaillée, introuvable dans le voisinage, pour la cuisson de son  » six-pâtes  » promis quand viendront, ici, tous les miens le premier jour de 2002.
Tiens :  » le soleil est parti , il m’a dit de le dire « , comme chantait Donald Lautrec; en effet, je vous le dis :il est parti maintenant ? Où ?  » Il a rendez-vous avec la lune « , je gagerais, monsieur Trenet.