..In bô mardi 23 déc.

..In bô mardi 23 déc.

Une excursion.

Notes : je rentre de ma chaude mini-piscine à cette clinique voisine. Hélas fermé le temps de Noël. Quatre jours sans mes chères exercices. Passant devant la voisine et si pratique École Hôtelière du village, le noir, fermé là aussi ! Ma Raymonde devra se remette « la bedaine sur le poêle ». Lu ce matin une autre désolante histoire dans une famille où il se trouve un de ces jeunes illuminés voulant jouer le djiadiste ! Ces « Allah ou akbar » de jeunes gens soudainement convertis au Coran ! Des pauvres parents, émigrés accablés et très surpris de ces jeunes rejetons engagés de l’extrémisme islamiste. Foin des mosquées…, travail devant le net, web pernicieux ?…

LA CÉRÉMONIE ANNUELLE DES ANCIENS GAMINS

Une fois par année, retrouvailles. Un midi. Un repas. Nous retrouver. Nous revoir… Sauf les morts. Nous avions 13 ans d’abord et nous marchions, vigoureux gamins …au catéchisme, aussi au latin et à l’ancien grec. Nous traversions la rue Saint-Hubert au coin de Crémazie. Dans un champ, il y avait ce collège tout neuf. Oui, nous avions 13 ans il y a bien longtemps…

Une fois chaque année, un d’entre nous, Jean-Guy Cadotte —qui n’a plus 13 ans— nous téléphone. Nous : la bande d’anciens petits garons qui débutaient en études dites classiques, on disait aussi « faire ses humanité ». Un coup de fil à la fin de chaque été et ce vieux curé Cadotte, rituel, qui me questionne : « Seras-tu là, Claude, vendredi à midi, boulevard Gouin, au restaurant Le Bordelais », cette année, oui ou b’en non ? » Hésitation chaque fois. À quoi ça sert ? Envie de cesser cette —futile?— cérémonie-des-retrouvailles… un peu vaine, non ? À quoi bon ? Ma crainte de décevoir cet « ancien » et dévoué abbé Cadotte ? Alors lui dire « oui ».

J’en reviens. On était à peine une quinzaine, nous étions plus de 30 au début. On meurt. On meurt. Oui, j’en reviens, jour de beau soleil, ce midi-là, au bord de la Des Prairies. Le boulevard Gouin, vieille rue montréalaise toute ombragé, zigzaguait tranquille et j’ai revu le vieux pont du « CPR ». Montréal-Québec. Papa a grandi de l’autre côté, au rivage des Rapides sur une ferme, Rang du Crochet. Il entendait siffler les trains, enfant. Il m’en parlait de pont, avec son petit trottoir accroché à son flanc ouest, quand il allait à l’école d’en face, à St-Joseph de Bordeaux. Hasard, mes deux enfants fréquenteront aussi cette « petit école » longtemps plus tard !

Parking du Bordelais donc et paquet de têtes blanches. Toujours s’efforcer de reconnaître les ex-petits camarades d’il y a si longtemps. Jasettes. Rires. Tristesse aussi : encore un qui vient de crever. Merde. Nous serons combien bientôt ? Douze et puis 10…et puis cinq? Oh misère ! Un autre qui ne viendra pas : il ne peut plus marcher. Sur un trottoir, un blond garçon échevelé, les dents sortis, pédale farouche et rieur sur son un skateboard… Vitesse ! La santé insolente. Notre silence. Des voiles dans nos regards. Envieux, on le regarde s’envoler. Nous aussi, nous avons eu, tous, treize ans ! À la soupe ! Nous montons à l’étage du Bordelais. Joli menu. Des apéros. Pour ceux qui peuvent encore absorber de l’alcool ! Du jus de raisin pour certains. Immanquable : piques et horions sur nos profs morts : le sosie de Fernandel en géographe, le raide père Langis, « sulpicien vrai supplicien », Allard le directeur onctueux. Fusent nos farces. Aussi nos regrets. Envers Piquette-l’idéal, Méthot le sportif, le bon père Legault. Nos moqueries : ce bizarre « moine » Aumont, ce furieux « matheux », Mathieu ! Viendra le tour —fatal— d’énumérer maux, maladies, douleurs. Soudain : « Claude, j’avais un terrible béguin pour Marielle, ta si mignonne soeur, qu’est-elle devenue ? » J’avoue : « Écoute, cher Thérien, comme pour Laurence, Gauthier, les autres, mes soeurs se méfiaient : « Claude, ta gang d’intellectuels du Grasset, on en veut pas ! » Les rires éclatent. On parle flirts, jolies couventines au champ de cenelliers derrière le collège. On sent des remords, nos coups pendables puis, « on le ferait plus » bon, on bouffe de bien bonne humeur pour une 83 ième année d’existence. Tous. Les « anciens gamins » reviendront l’an prochain ?

LA SOLITUDE PARMI LES AUTRES ?

Je suis un mourant —mais oui, nous le sommes tous, depuis la naissance, n’est-ce pas ?— qui, en relative bonne santé, veux s’en aller à cent ans ! Viennent certains moments où, réfléchissant, certains se sentent très seuls. Tout jeune, dans ma modeste « petite patrie », j’étais « à part ». Mes parents s’en inquiétaient et des camarades s’éloignaient. Je ne ressemblais pas à la plupart de mes camarades, de mon quartier, de mon collège, tout le monde aimait… ce que moi je méprisais. C’est toujours lourd à constater.

Avez-vous connu cela ? La masse de mes concitoyens vénéraient des choses —des faits, des us et coutumes— pour lesquels je n’avais aucun intérêt. Souvent même, du mépris. Déjà, à quinze, à vingt ans, nous étions ainsi, quelques uns, des étrangers dans notre propre pays. Aucune vanité, croyez-moi, au contraire, une certaine inquiétude. Alors, souvent, je feignais du plaisir, par crainte d’être rejeté, rire jaune alors que je m’ennuyais ferme des populaires ferveurs de mes alentours. Avez-vous connu cela, jeune ? Cette solitude que l’on masque, ce jeu hypocrite d’applaudir à ce qui nous laisse de glace, en vérité ? Tas de secrets que l’on refoule, que l’on déguise, que l’on renie. Juste pour « rester parmi les autres », pour appartenir à sa bande, sa nation, sa société (la Québécoise). Cela se nomme l’instinct grégaire, vieux besoin de ressembler à tout le monde. C’est plus fort que tout, alors on se tait. On fait « semblant » car personne n’aime la solitude.

J’ai applaudi, lâche, à bien des niaiseries, histoire de ne pas me singulariser. En ce moment même, ouvrez bien les yeux, se trouve, à vos côtés, un jeune qui ment, qui triche, qui rit faux, qui mime une mode. Souvent c’est un jeune —votre enfant, un neveu, un petit-fils, votre jeune voisin— qui se masque. Cela juste pour faire partie « du monde ». Le poète se joint aux cohortes : monde du sport, monde des loisirs, monde des conventions communes qu’il maudit. Eh oui, il refoule, il cache, il fait le pitre, hurlant avec les loups, camouflant son dépit, se faisant passer pour « quelqu’un d’ordinaire », de normal, de banal. Cette crainte viscérale que l’on sache qu’il n’appartient pas aux utopistes. « Voyons, maman, papa, oncles, tantes, voisins, copains, ne craignez rien, je suis comme les autres. Malheur à la tête forte ou à l’homosexuel, au socialiste ou au croyant en cette époque d’athéisme mou. » Vouloir être pris pour un membre solidaire du commun des mortels. Tristesse ? Oui. C’est «  la dure loi des hommes ». J’étais si seul même quand je m’agitais à dix sept ans, frénétique, hâbleur, en boogie woogie. Adolescent brûlant au fond de moi de feux interdits, secrets, avec des idéaux fous. Autour de toi, pauvre original, c’est plein de «  fous du hockey », ou fous du bruit con des rockeurs, ou de cinéphiles à la sauce hollywoodienne, ou de ces assoiffés « d’avenir en argent », de grossiers humoristes. C’est la multitude qui occupe les places publiques, t’entourent. Dans le fond de ton âme (je voulais) tu veux, de ces buts lointains —mot tabou « un idéal ». Tu souhaites un horizon doré, difficile à atteindre, bravo. Il te reste la solitude donc. Jadis tu allais seul, aujourd’hui, tu vas seul vers ce que tu crois « mieux ». En silence, jeunes âmes, il y a cette frayeur que l’on devine que tu es « à part ». Ici, aujourd’hui, je te dis : tiens bon. Rêve ! Par exemple à une patrie libre, à une existence de qualité, épanouissante. La foule ne guette que confort et sécurité. Rêve, tiens bon !

LE TANGO DE LA MORT

« Faut être deux pour danser le tango », dit l’axiome connu. Vrai. Ici, au village, juste en bas de la côte, pour danser un horrible « tango de la mort », des enfants —mal élevés, mal grandis— assassinent notre concitoyen paisible, un retraité, placide pharmacien, M. Kenneville. Imaginez : un soir, tu as rangé ta vaisselle, tu regardes la télé dans ton fauteuil préféré et tu ignores que tu es épié, qu’un jeune voisin désaxé reluque dans ton logis par sa fenêtre à lui et constate que tu vis seul, que ce serait facile de traverser chez toi, de te menacer, te torturer pour obtenir ton numéro secret de guichet automatique.

Il y a la jeep du pharmacien retraité derrière le logis et la banque est pas bien loin. Il a sa bande de jeunes, il dit : « Les gars, on irait au soleil, dans le sud, au Mexique » !  L’adolescent détraqué excite d’autres déboussolés. Ce sera donc ce soir-là, à l’ombre du « Petit chaudron », à l’étage du magasin naturiste de la chaîne Vogel, le tango sordide. Celui de la mort, une danse macabre, sans vraie musique, l’enfer dans une mise en scène de gamins pour le docteur Kenneville.

Des garçons qui allaient à l’école-du-coin en culottes courtes il y a pas bien longtemps. À force de coups, l’adèlois est mort dans son sang. On en revient pas, un monde de « bas fond », de pègre, de tueurs, de bandits…avec des silhouettes juvéniles ! Dans notre paisible village. Par des enfants bien mal élevés, très mal grandis. Que la police a dépisté rapidement et vite mis en prison. Nos jeunes voisins adèlois vont vivre, pour très longtemps, une sinistre existence toute entravée. Misère !

En ce monde de jeunes tarés, aux tangos-de-mort, deux choses : du fric à voler ou des questions de « triangles amoureux » contrariés. Affaires sexuelles quoi. Il y a peu, une autre danse macabre, à Trois-Rivières, encore des enfants mal élevés. Chroniqueur, on frissonne comme vous tous. Envie de communiquer notre effarement. Ne pas trop savoir quel sujet de scandale choisir ? Une jeune retraité de Blainville, Hélène Couët, jette son désarroi dans un journal : « J’ai mal au coeur », clame-elle. Elle n’est pas seule. Haro sur les J.O. et je lui dis : bravo ! Cette folle course aux « performances » —si loin du sport nécessaire— ces milliards d’argent public dépensés vainement. Mal au cœur chez les gens de bon sens ? Tu parles que oui. Hélène l’écoeurée dénonce aussi l’argent public « volé au peuple » par des chefs syndiqués pourris, des ingénieurs corrompus par de gros constructeurs corrupteurs. Le nir défilé devant la juge Charbonneau. Autres morbides tangos funestes !

Les journalistes font un bon boulot, pourtant j’ai des connaissances qui ont tourné le dos au monde des actualités. Je résiste. Moi aussi, j’ai souvent envie d’ignorer ces turpitudes —celles des « enfants » tueurs, celles des « adultes » avariés, en yachts luxueux. Pour ma bonne santé mentale. Pour pouvoir le cœur léger mieux admirer ces geais bleus dans mes épinettes, ce cardinal éperdu sur la galerie, ce fouineur masqué s’acharnant au bac noir, ces deux chats gambadeurs en congères, rue Chamonix, ce beau chien blanc obèse, aux yeux si doux, qui vient tourner avec sa jeune maîtresse dans un anneau du lac. Ah oui, quitter à jamais les enfants tueurs, leurs tangos de mort et aller admirer de simples bouts de toile agrandis par des gestes aux couleurs mirifiques. Fuir la marde, celle des garçons mal grandis, rejoindre plus souvent les coeurs généreux en de petits paradis humains, si facilement joignables, là où l’amour règne. Vivre en paix quoi.

Tiens, allez écouter la géniale poésie de Jean Racine (Bérénice, Andromaque, etc.). À « L’Espace go », rue Fullum, ou lisez Racine sur Internet (pourquoi pas ?). Pour de terribles « triangles amoureux » mais en des tangos inoffensifs et pourtant inoubliables.

 

VIFS PAPOTAGES SOUS LES CISEAUX !

C’est avec plaisir que je vais à ma visite « menstruelle » (sic) à un salon-de-ragots, sur le Chemin Péladeau; là où coulent à flots d’incontinents bavardages. Ce cher barbier où le boss ricaneur, Yvon Racette, est intarissable. Racette est un piquant géographe amateur des alentours adèlois à la langue bien pendue. Aussi un sociologue autodidacte ( les plus clairs). Et même un ethnologue-du-dimanche. Enfin : un anthropologue primitif.

C’est dans son fauteuil —tournant et à manivelle— que je me régale. Racette est aussi poète à ses heures. Il me glisse entre deux coups de tondeuse : « Bientôt la neige ! La neige muette blanche (qui va poser partout ses manteaux d’hermine).» D’un jet !» C’est chez mon « raseur de barbe blanche » (lieu dit « Des Sportifs ») que me parviennent des informations en tous genres. Parfois, quittant « la chatte-à-valeurs », mon compère aux peignes-fins me cause de jadis, de l’innocent des bois, un fou bien gai, ou de l’édenté, un quêteur d’en Pays d’en haut, oui d’un bûcheron encabané, sorte de Bill Wabo, (de Grignon). Enfin d’un bizarre laideron, faux-Don Juan aux cheveux gominés qui se voulait « danseur mondain ». L’Yvon donne aussi les « signes vitaux » récents de certains de ses clients (d’ex-camarades des ondes), populaires populistes, ces Ron Fournier ( de St-Sauveur), Gilles Proulx, Réjean Tremblay (de Ste-Marguerite). Tous camarades du vaillant « Claude-Poarier-aux-dividus-suce-spectre. »

Chez Racette c’est un puits de potins, salés et/ou sucrés. Aussi des évocations nostalgiques, par exemple du temps où il fut le « coiffeur privé » du « manitou » feu Pierre Péladeau. Ses outils vibrent, et, remuant sa chevelure d’ébène faux, mon Yvon, hilare, ne tarit pas, image classique du figaro à libre clapet. Dans tous nos villages laurentidiens, on en trouve un au « mâche-patates » (salut VLB !) à la margoulette désopilante, capables de rigolades mais aussi de vipérines attaques envers nos « politichiens » véreux. Sa riante boutique est un petit musée garni des saintes « reliques » du monde du sport : casquettes, écussons, chandails, insignes, crosses de hockey et même sièges du vieux Forum ! Les artefacts divers du monde des sportifs « à bedaines ». La télé de cette « chapelle ardente fait voir, en permanence, des matchs divers.

Soudain, jeudi, le rasoir en l’air, mon Yvon s’écrie : « Regardez-moi donc ça ! C’est-t-y assez beau ? » par sa vitrine baignée de soleil, venue de l’école voisine, trottinait une chaîne de bambins fortilleurs, tous encordée. L’avenir du Québec passait ! L’héritier Éric, détenteur de l’autre « chaise électrique » (échotier ici au journal) n’est pas moins amène et bavard, sociable et disposé à tout humour, cruel ou tendre. Un duo père-fils amateur de piques et horions pas seulement des attendris. Qui ignore encore que c’est là que l’on peut prendre le pouls exact du populo ?

Dans mon feuilleton « La petite patrie » (1974-76) je n’ai pas manqué d’en installer un de ces « figaros »; l’acteur (feu Roger Garand) le jouait avec compétence. Parloirs utiles pour narrer des secrets qui, scandalisaient parfois mon pieux papa ultramontain et, en1940, attendant mon tour, j’ouvrais les yeux et les oreilles sur « ma » société tricotée serrée. Rue Jean-Talon coin Drolet, comme chez Racette, fonctionnait une « faculté universitaire »… et populaire, lieu de sciences politiques », vivante « école ».

Vive nos barbiers !

 

 

Hughette Oligny, vagabondage et Di Caprio !

 

 

Est morte, merde ! Dans la salle du Rideau Vert, il y a deux ans, Huguette est ma voisine de siège. Fin, lumières, applaudissements et la vive nonagénaire s’agite, s’écriant à des amis de l’attendre. En riant, je lui dis : « Montez sur mon dos et, en bon vieux cheval, je vous y conduirai ! » Je me penche, Huguette qui rigole s’agrippe à mes épales d’octogénaire, je sens son genou sur ma cuisse et puis «  Non, Claude, non, pas en ce digne lieu ! » On riait. Merde, elle vient de mourir !

Matin tout récent, descente en ville pour mon ophtalmo. Soudain, Avenue Greene angle Sherbrooke, me « frappent » aux yeux —menacés de glaucome— un tas de portraits, justement, « frappants ». C’est l’art très cinglant de la surdouée Goodman avec ses humains « tout écartillées » (Charlebois). Courez voir Galerie D’Este, ces corps comme écrapoutis. J’entre donc au 1329 Greene (angle Sherbrooke) et je suis transporté par ce monde ligoté et assommé. Strident ! Remuant ! Ici même, à Westmount-en-bas, en 1920, mon papa tenait boutique : « Thés, cafés, épices », je l’évoque dans mon récit « Anita… ». La galeriste Louise Leibner est fière de cette expo et avec raison.

Ce soir-là, bas-de-la-ville, au crépuscule, des filles bizarres se disant « Les sibyllines », nous invitent à entrer dans une sorte d’entrepôt abandonné lugubre. Rue Rose-de-Lima à St-Henri ! Promesse d’un vagabond délirant nous crachottant à la geule son désarroi ! On entre dans cette manufacture (?) abandonné, au sud de la rue St-Jacques, un peu à l’ouest d’Atwater. Vieux murs de guingois, plafonds écaillés, portes cochères déchiquettées, verrières sales, quelques chaises droites et bang !, surgit un SDF, un itinérant ? Durant toute une heure, sans prendre son souffle, ce jeune hobo nous arrosera de son récit de vie, avec sel et acide. Un exilé doux et fou à la fois, qui rugit ! Parfois ricane. 60 minutes haletantes et puis le noir ! Il est disparu et alors nous acclamons l’acteur surdoué Sébastien Ricard; de Loco Locass comme du film Dédé Fortin. On quitte la sordide shed où c’était « La nuit avant les forêts » de feu Koltès. On est subjugué par cette logorrhée de crachats, par la détresse d’un «  tout-nu », migrant à la dérive dans une métropole folle, New York, Paris ou Montréal .

La réalité va nous poursuivre de plein fouet à la sortie et on se sentira très loin de notre Ste Adèle champêtre. Dehors, endormis sur un caniveau, deux grands chiens « pas de médailles » et puis surgit leur osseuse maîtresse galopante entre des autos stoppées aux feux rouges de la rue St-Jacques. Silhouette sans âge se mouvant entre les bagnoles bloquées, delta de tôles multicolores descendant vers la rue Notre-Dame. Elle quête, sacoche en bandoulière, exhibant son carton marqué : « charité sioupla ».

Ouf ! Revenus ici, antipode de ce monde urbain, c’est « vive nos rues quiètes et ses terrasses paisibles, l’air pur ». Vive aussi le bon cinéma (de Tom F.) qui nous offre le remake de « The Great Gatsby ». Prière de ne pas écouter certains pisse-vinaigre car c’est un excellent récit filmique si bien fait qu’il nous a donné envie de (re)lire le roman de G.S. Fitzgerald. Le film vit surtout du jeu magnifique du célèbre acteur qui incarne Jay G. Di Caprio, séduisant gangster ( via prohibition), joue cet ex-enfant pauvre. Il veut reconquérir —éblouir— une fille qu’il a aimé et qui l’a dédaigné jadis. Ce Di Caprio-là est étonnant avec un jeun plein de nuances. Courez-y !

 

LA NEIGE ENCORE ?

 

Je sors de ma piscine comme chaque jour et, voyant la neige qui tombe, je m’écrie : « Oh non ! Pas ça, pas encore de la neige ! » Scandale. Autour du porche de l’Excelsior, cris de protestation. Plein de visiteurs venus de Paris me font de gros yeux. ! « Allons, l’ami, c’est si joli. Nous, on est venu justement pour ça, l’abondance de neige ! »

Depuis des années, je m’en suis rendu compte, « un tourisme d’hiver » se développe. On m’explique qu’il faut organiser, c’est couru et apprécié, des forfaits « sports-hiver-québécois ». J’ai appris de mes joyeux parisiens qu’en deux petites journées, ils ont pu se payer une « trotte » de traîneaux à chiens, « ah, mais nous étions dans un roman de Jack London, vous savez ! », aussi un idyllique bourlingage de « ski de fond » sous d’immenses haies de sapins ! Et puis : joie féconde et bonheur total : « On a fait de la motoneige loin de vos villages, en pleine brousse blanche ! »

L’engin —du père-Bombardier—est une vraie « folie » de bonheur pour ces jeunes citadins bobos de la mégapole la plus visitée du monde, Paris. « Ah bin, taberrrnacle (sic) que c’est jouissif votre ski-doo ! » Ça gloussait de « fonne », vous savez. Quand, cette semaine, veille du premier jour du printemps, j’ai vu tomber toute cette (dernière ?) neige, j’ai pensé au grand bonheur de ces « cousins » du vieux continent en visite dans… « nos quelques arpents de neige » selon la maudite expression du maudit Voltaire conseillant à Louis XV de ne pas trop investir en Nouvelle-France menacée par l’Anglo-saxon rapace !

Voyant, quittant le domaine de l’Excelsior, ma « toute excitée » horde de motoneigistes néophytes, si joyeux, vraiment enthousiastes, chevaucher de si belle humeur leurs engins à chenilles, j’ai pensé à nos enfances québécoises. À nos grands plaisirs d’accueillir de nouvelles giboulées. Il y a qu’avec les années, le Québécois finit par se lasser de ces « jolis flocons » qui forment. Hélas, de pesant, de très lourds congères. Qu’il faut pelleter. On doit nous comprendre à Paris.

Ça suffit quoi ! Que vienne le printemps. On est prêts tous à entendre les rauques et stridents cris des noires corneilles. Il y aura ensuite ces si jolis oiseaux familiers dans nos jardins. Il y aura les bougeons qui s’ouvrent. Il y aura le soleil plus fort et le simple petit bonheur de « marcher en souliers. Eh oui! Ça tient à si peu ? Eh oui ! Rappelez-vous, les anciens, grand bonheur tout simple, gratuit, sortir en robes ou en chandails légers, un certain jeudi précédant Pâques. Aller, frénétiques, « faire les sept églises ». Rituel, petit pèlerinage annuel —garçons et filles, pouvoir fleureter en masse— en souvenir des « sept plaies du Christ. Mort en croix et vendredi, l’église endeuillée, musique dramatique à l’orgue, trois prêtres se couchent, lampions et encens, tristes chants de gorge, cagoules violettes aux statues.

Sursun corda… ! La vie ! Avec dans l’air dominical grand concert. Volées des cloches de toutes les églises. Dimanche, la résurrection de Jésus et, pour nous tous, la résurrection de nos pulsions très humaines, bien laïques, bien en chair. À la craie de plâtre, vite, aller tracer en lettres géantes, au coin de la ruelle sur une palissade de vieilles planches : « CLAUDE AIME RAYMONDE ! » On est fou quand on a quinze ans, non ?

« PRENEZ UN KAYAK »


Eh oui, première neige déposée durant la nuit. Au matin une poudre légère partout, maquillage avant-coureur de ce qui s’en vient ? Café à la main, soudain, je me frotte les yeux : qui file sur le lac ? Un jeune homme en kayak. Silhouette sombre et gracieuse : un humain tout encastré dans sa frêle barque pointue, sa rame à deux branches s’agitait en régulières saccades contre un firmament d’un beu marial. Il vente fort sur le lac et cet accoutrement tricoté serré —figure quasi mythique— disparaît vite de notre vue. Ce fut comme une fugitive vision d’un été soudain… attardé, revenu ! Image qui m’a surpris tant notre familier plan est devenu si désert en fin de novembre. Plus un chat, comme on dit, plus le moindre navigateur, le voisin Ouellet a rentré depuis longtemps son étrange voilier, Marie-ma-voisine ne se sauce plus à l’aube, ni elle, ni mon vieux Jean-Paul Jodoin, son paternel. Pas même Pauline-la-beauté pourtant pas frileuse, ni le fils de feu le juge Boissonneau, athlète à fort souffle pour qui le tour complet du lac est une randonnée légère, dirait-on.

Vrai, plus un seul chat sur le lac, et donc, soudain, cette apparition du matin intitulée : avironneur dans kayak. Deux jours plus tard, nouvelle enveloppe blanche tombée des cieux sur nos terres. Songer à —bientôt ?— ces hordes de joyeux promeneurs qui arpenteront les anneaux aménagés sur le Rond (merci m’sieur le maire Charbonneau !). Vive alors les grands bols d’air d’hiver avec ou sans chiens, avec ou sans poupons, avec ou sans vieillards à canne… Avec ou sans bonheur ? Bien…une joie diffuse, modeste, discrète habite ces habitués de plein air les samedis et dimanches sur la glace. Ils figurent évangéliquement —confiants comme ceux de Tibériade— qui, à Sainte Adèle, marchent sur l’eau ! Hum… à la condition de la savoir ben durcie, bien ferme, à l’abri de toute noyade car Jésus n’est plus guère présent en 2012 !

Je l’ai publié : je ne crains plus l’hiver et je ne me réfugierai pas en Florida, USA. Non, affronter stoïquement ces trois mois avec confiance, je le redis, bien savoir que cette saison si durement diffamée chez les frileux médisants de l’existence, va filer aussi vite que l’été. Alors qu’il vienne. Même si, à mon grand âge, j’ai abandonné depuis très longtemps le ski. Bien savoir que, pas loin d’ici, les collines sont vaporisées des nuits entières à grand coups de ces canons-dits-à-neige. Bombardement pacifique. Plein de passionnés de ce sport se risquent déjà à dévaler des côtes abruptes recouvertes d’une croûte de pâte blanche pas trop abondante pourtant ! Me contenter, moi, de rêvasser à nos expéditions de collégiens (d’André Grasset) au Nymark. Le samedi soir, nos flirts avec de belles étudiantes montréalaises, ces danses pas trop catholiques du « slow » —collés à mort— au Red Room du Montclair à Sainte Adèle. Ou encore, soirs de semaine, nous nos contentions —merci tramway— d’aller glisser en skis sur les timides pentes du mont Royal autour du « monument à l’Ange » —sculpture de Laliberté. Ou, grimpeurs vaillants, tout autour du chalet du sommet. Et dans sa « cuvette », soi-disant bouche du volcan ! Ou, à l’ouest, dans l’alentour du Lac des Castors —plus petit encore que le Rond ! À sa cafétéria, attablés avec une nymphe « à jupon de velours et pompons », la tasse de chocolat bien chaud était élixir ! « Tu habites où ? » et notre crainte que la belle aux longs bas jaunes réponde :

« Pointe aux Trembles. Ou Ville La Salle ». Merde, deux, trois tramways pour aller la reconduire !

 

LES TATOUÉS !

Je croise des gentils p’tits vieux (comme moi) qui sont scandalisés, atterrés même, par la mode actuelle de tatouage.

Des plus jeunes aussi (exemple : Sophie Durocher du J.de M. ) qui sont écoeurés face à ces hommes, souvent d’âge mûr, qui  affichent ces incrustations corporelles en vives couleurs.

Mon opinion ? Le plus souvent  j’en suis ravi. Eh oui ! On jurerais que trop  de gens oublient les furieuses condamnations du temps de leur jeunesse. Moi, je me souviens des cris d’horreur de mes parents au temps (1940-1950) où l’on écoutait —et on dansait— le boogie-woogie. Ce jazz infernal, une horreur pour nos « vieux » que cette musique dite de jitterbug et que nous aimions tant !

Évidemment, il y a des tatous de style « Hell’s Angels » mais, moi le fidèle baigneur de l’hôtel Excelsior, je vois aussi de jolis dessins en belles couleurs. Des tatous qui font voir d’esthétique «  entrelacs », rappelant les joliesses du « Modern Art », sauce 1900. Ou une tête de proue échevelée. Ou des images de fées mythiques au surréalisme complexe, ou des dragons chinois étonnants, des sirènes érotiques pour un des Ulysse contemporain. Bedonnant et quasi-chauves, le tatou rajeunit une silhouette. J’ai dit, ici, que cette volonté de « rester jeune » est humaine et n’est pas un péché. À L’Excelsior, je souris sous les feuilles de mon palétuvier en serre !  « De l’art sur la peau » et transportable ! Quand ces tatous sont dépourvus d’agressivité, ces étonnantes « gravures sur deux pattes », font voir du bon talent souvent. Il y a aussi des images tatouées qui relèvent de l’Halloween, hélas ! De sombres gueules comme s’ils étaient des guerriers (Maoris) d’Australie, ou de faux descendants de tribus africaines arriérées. En passant quel émouvant et excellent film que « Les descendants » au cinéma Pine.

« Des goûts et des couleurs… non discutandur », dit un adage bien con. Cœur-de-Pirate, la jeune chanteuse —au français obscur et confus— illustre sans vergogne aucune, cette mode nouvelle. Je conteste farouchement une opinion du psy Miche Dorais —signant néanmoins un excellent livre, « La sexualité »— qui clame : « Des Narcisses d’obsédé par la jeunesse. ». Allons, on se calme, docteur ?

Enfants, nous raffolions du tatouage, simples décalcomanies à bon marché qui, hélas, s’effaçaient au premier lavage ! Mais oui, jadis, le tatouage était la marque des marins, des romanichels de cirque ambulant, aussi des prisonniers à perpète ! Mais les temps changent et ça n’est pas mal plus mal que d’avoir envie de bijoux. Au nez ou aux sourcils. Chantons : « Entre la jeunesse et la vieillesse… » il y a incompréhension.  Oui, nos vieux parents se bouchaient « les oreilles » au son du jazz-swing sauce boogie-woogie, ne nous bouchons pas « les yeux » ! Une mode finit toujours par passer.

DIRE ADIEU ?

Soudain elle a eu les yeux —comme on dit— pleins d’eau. J’étais mal. Je regrettais mes paroles. Il y a que… ça ne cesse pas autour de moi : « Vous ne pouvez pas rester encore bien longtemps ici ». J’en parle. « Raymonde, combien de temps encore ? » Elle : « Tais-toi, je ne veux pas m’en aller d’ici ? » J’ai dit : « On jase là », en Guy Lepage. J’ai songé à toutes ces « vieilles personnes » obligées un jour de « casser maison ». Tout quitter de ce qui fait notre décor quotidien, nos choses à soi, amis, voisins. C’est qu’il y a l’entretien —pelouses l’été, la neige l’hiver. Si vous voyiez ma cave : un capharnaüm !
Quoi, toute vie a ses cruelles échéances. « Sort humain » répétait un personnage de Mia Ridez. Je pense à tant de « déménagés » malgré eux dans tant d’hospices. Notre tour approche : devoir quitter où nous sommes heureux depuis 34 ans. Ne plus revoir certains voisins, tourner le dos à nos commerçants familiers. Devoir oublier nos arbres, plantés souvent de ma main —j’ai eu 45 ans une fois ! Adieu fleurs, oiseaux, écureuils-acrobates fous. Adieu marmotte à qui je jette du pain si souvent. Adieu cocasses rats musqués, adieu si jolie famille de canards. Adieu anneau de neige, cirque archi lumineux au soleil pour balader humains et chiens…
« Écoute, chérie, on s’essouffle à rien, non ? » La compagne proteste, gestes du refus. Nous en aller dans un condo en ville et fin des soucis ménagers. Vivre comme à l’hôtel. Terrasse, piscine, resto. Vie d’ hôtel ! Bientôt faudra vendre « le char », adopter le commode transport-en-commun. Et taxis. Revoir nos stations du métro. « On ira au théâtre plus souvent, toi qui aime tant ça ». Le temps ! Juin 1973 et ma compagne —enfant de la rue Rachel— découverte d’une aubaine, notre maison à 25,000 dollars ! Pour Raymonde, c’est « le chalet » car, la semaine, c’était boulot. Réalisation des Dubois, Chaput-Rolland, Payette, longtemps, de Lévis-Beaulieu. « Le chalet » cette grande cabane en déclin gondolant, cinq chambres à l’étage. Puis, retraitée comme moi, ç’est le « home sweet home », le statut de « villageoise. Alors, tu y  songeras :  nous en aller où il y spectacles divers, cinéma dit de répertoire, mille restos, aller enfin à ces festivals —jazz, humour, films. « Non, jamais de la vie,  impossible. » La voir si triste : « Okay,  on y repensera. » Tenir…Un an ? Deux ans ? Ne plus aller marcher Avenue Chantecler, ni faire « le tour du lac ». Dire adieu à mon « Calumet-journaux-magazines », Ne plus rigoler avec les postières, ni avec le boucher ? Dire adieu à Fusion aux ses appareils modernes, adieu à ma piscine de l’Excelsior ? A mon École Hôtelière, à l’hebdo Pays d’en Haut ? Bon, on oublie ça, on fera appel à des gaillards juvéniles. Le printemps dans… deux mois et on reverra les mésanges, des pics noirs, le rouge cardinal, nos tourterelles tristes. Rester, facile à dire. Rêvons qu’on ne vieillira plus ! L’on s’attache, à ces collines, jolies. Une « petite patrie » ? Exactement cela.