JE RÊVE D’UN JANVIER TOUT BLANC !

« Longtemps je me sis levé de bonne heure…» en hiver pour le détester. J’ai changé. Suis devenu un amateur de nos blancheurs saisonnières, sa lumière solaire si stimulante. Saison bénie de la jeunesse, des sportifs. À mon grand âge, j’ai la marche. Aussi mon refuge à L’Excelsior, là où on peut admirer le plus beau sapin décoré, me voyez-vous sous une mini-cataracte d’eau vive, pateaugant sous ce petit palutivier de la piscine-serre, aux racines sorties ? Le bonheur !
Lire, entre mes baigneries : que le ministre fédéral Moore va répétant que « Radio-Canada-CBC est avant tout un instrument d’unité nationale ». Menteur ? La CBC est une faillite, gaspillage de 666 millions de $ . Les Canadians n’ont d’yeux que pour la télé des USA. Seul le réseau français fonctionne (333 millions de $). Pas autant que TVA mais…. Nous sommes une nation (Harper dixit), un pays « français », pas mal protègée de cette hégémonie culturelle populaire de notre sud. Sauf chez nos demi-assmilés. Bon, aller à ma piscine.
Lire Hugo Chavez, ex-cancéreux, Président du Vénézuela, parano fou ?, il déclare à la sauce-complot : « Étrange, ce fait : tous nos présidents et nos ex-présidents en Amérique du Sud frappés par le cancer ! » La CIA? Voir ahuris les Koréens du Nord en hystériques sanglots, à la mort du dictateur ! Effet de propagande ! Pas moins cul-cul la praline le magazine Maclean’s nommant un prince et une princesse, (parasites) de Londres « Personnalités de l’an 2011 » Et quoi don ? Notre compatriote doué, Laferrière invite à la télé tous nos écrivains « à sortir du Québec ». D’autres créateurs doivent donc sortir de l’Italie?, de l’Allemagne ?, de l’Espagne ? Quelle connerie! Aussi tordues que nos « nouvelles » citoyennes jurant à Ottawa vêtues de leurs voiles islamiques. Voyez-vous, à Téhéram  de nos demanderesses vêtues de mini-jupes ? Ottawa-connasse ! Aller à mon palétuvier ?
Bravo à Foglia qui cite quelques sales « morviats » anti-québécois signés Mordecaï Richler. Un franco-phobe à qui de nos  caves veulent donner le nom d’une rue. Masochisme stupide ! Et puis, vite, appuyons Marsolais qui voudrait interdire la boxe, un sport —s’assommer jusqu’au coma, exhibition d’arriérés mentaux, la boxe. Ailleurs ? La Presse du 28 décembre : « près de 100,000 tués au nord du Mexique » que dénonce un repenti des trafics, réfugié aux USA. Le Président Calderon serait entouré de corruptions. Va-t-il pogner un cancer, M. Chavez ? Oui, aller nager. Tiens, ce prêtre de Joliette, Raymond Gravel, jeune ex-homosexuel prostitué, qui accuse les ex-abusés sexuels par « en soutanes ». Des avides, acoquinés avec des avocats cupides, dit Gravel et pouvant ruiner les communautés ? En effet ces « hiérarchiques » muets jadis  peuvent ruiner des innocents ! Dura lex sed lex ! Ô vite, ma piscine. Encore ? À l’ouest de Jérusalem, des fanas religieux (Hassidims ?) tourmentent cruellement des écoliers non-orthodoxes ! En finir ? Lafrance, ex-boss à la SRC,  ayant crié « voyou » pour fustiger M. P.-K. Péladeau, nous avons craché 400, 927 de $ de nos économies publiques, en réparation. Pas moins de 5 millions en « fêtes », un demi-million en « conférences » et un autre demi-million en publicité; un tourbillon ! Ah, aller marcher dans la blancheur hivernale.

Il était une fois…

Je ne suis pas tout à fait, à Sainte Adèle,  «un enfant du pays » même c’est par ici que j’ai habité le plus longtemps dans mon existence. Désormais, j’en sus venu à aimer cette contrée de collines et de brefs vallons. D’une sorte d’affection…absolument immense ! Oui, immense. Aussi je reconnais que c’est un très vif plaisir de rencontrer pour jaser du passé d’ici des « vieux de la vielle » et des « vieilles du vieux ».

Chez mon coiffeur émérite (hum, facile avec si peu de poils sur le coco !), Racette, l’autre midi, une rencontre inopinéee, un certain  Jacques Patry.  C’est un sosie du comédien Claude Blanchard et il a aussi sa bonhomie, sa faconde. On sent chez Patry, comme chez le célèbre cabaretier Blanchard, un « fun vert » à ..causer. C’est ainsi qu’en ce jour de tonte et de taille de barbe, j’ai eu la chance de recevoir de M. Patry, deux imprimés. Un :  « L’histoire de Sainte Adèle », rédigée parcimonieusement —un vrai notaire !— par un bon et brave prêtre. Qui verse volontiers sans l’écriture euphorique et  catholique. De l’hagiographie, ce qu veut dire « tout le monde il est beau, tout le monde il est bon ».

C’est, disons, candide, propagandiste et, ma foi, un tantinet embarrassant. Il évoque, par exemple,  le fameux caractère acariâtre et emporté du Curé « politicien » Labelle mais comme en s’excusant d’oser le révéler. Je souriais souvent.

Il n’y avait donc dans ces laborieux et durs commencements de nos villages laurentidiens (sic) que des âmes pieuses, toutes dévouées aux autres, des travailleurs au zèle incommensurable ! Bref, de très exemplaires « bons catholiques » selon l’expression de jadis.  C’est un livre d’avant nos progrès, notre modernité, nos conforts (et nos désordres certes ) avec ce que tout cela peu comporté d’aveuglement. Silence de convenance donc sur les graves misères, qui furent sans doute réelles, et qui sont évoqués rapidement (comme en passant et avec lyrisme) ici et là. L’auteur en soutane —il écrit dans un bon style, ancien et très correct— tente de gommer le plus possible les labeurs surhumains —agriculture maigre, foresterie harassante car sans engins modernes— de nos premiers colons du Nord. N’empêche on lit ce court 150 pages —allez à la biblio— avec grand contentement. Merci M. Patry ! On imagine que partout dans le monde, à toutes les époques, les débuts d’un village, d’une colonie, voire d’un simple hameau devait exiger tous ces sacrifices parfois extravagants. Souvent,  épouvantables.

Le deuxième bouquin est un album. Que des photographies du village, plusieurs captivantes, essentielles mais, hélas  beaucoup d’autres plus banales et, ici et là, carrément insignifiantes. Choix trop mince ou amateurisme ? Comment savoir. Cet album —avec de trop rares photos hors du commun— a été imprimé et publié il y a quelques années seulement et pourtant il n’a rien de bien moderne dans sa confection. Les « légendes » explicatives sous les clichés anciens sont écrites sans grand talent, ici et là, parfois même accablantes d’ineptie, racoleurs à l’occasion.

Je suis reconnaissant à ce voisin du Barbier des sportifs, Chemin Pierre-Péladeau, de ses deux prêts. J’en suis sorti heureux. De cette monographie surtout, de l’album un peu moins. Cette littérature bon enfant m’a fait me souvenir de ces pieux livres de « prix de fin d’année »,  à l’école ou au collège. Un stock bien censuré et bien autorisé par ce haut clergé qui accordait —en latin du Vatican— et pas toujours, l’imprimatur. Ce « nihil obstat », qu’on voit en page de garde dans « L’histoire de Sainte Adèle ». Alias : droit d’imprimer sans se faire excommunier !

« OSTI DE FIF ? »

C’est le titre d’un livre de protestations d’un comédien, M.Jasmin Roy. Il publie un bouquin de lamentations complaintes racontant sa détresse, écolier efféminé moqué. Ses petits compagnons d’école l’ont rendu très malade. Au fond d’une dépression. Tempérament ultrasensible, un caractère extra délicat ? Qui, enfant, n’a jamais eu à subir les horions et les piques de ces gamins effrontés qui ont besoin de caricaturer, de cogner aussi parfois. Des frustrés souvent battus dans leurs grossiers foyers inamicaux. L’enfant un peu solide (pas nécessairement fort),déjà bien à l’aise dans ses contours, passera outre à ces tracasseries infantiles. Je ne compte plus les fois où des voyous en cour de récréation, rue De Gaspé dans Villeray, me traitèrent de « fifi ». Ça ne me touchait guère, je connaissais mes faiblesses et mes forces. Chance de posséder déjà une identité bien assise ? Ces jeunes insulteurs ne m’importunaient pas vraiment puisque je possédais un solide bon début d’identité. Ces matamores n’aimaient pas « mon genre », tant pis, riez, tiraillez-moi, j’allais mon chemin (des écoliers) devinant —comme pour toujours— qu’il y a des rivalités, des fossés, qui séparent la foule enfantine aux études primaires.

J’étais de ceux qui rêvassaient. Dans la lune. Nous étions peu nombreux mais pas si seuls en fin de compte. J’étais pas « fou de  baseball », ni du hockey. J’ai senti, enfant, que je ne ferais jamais partie de « tous les autres ». Je n’en étais ni heureux, ni fier. C’était « ma » réalité, je l’assumais. Je ne serais jamais un « vrai » gars ! Combien sommes-nous ? Encore aujourd’hui, je sens, je devine que mes bonheurs ne font pas partie des valeurs appréciées des majorités, on me moque encore à l’occasion. Pis après ? À dix ou à douze ans, dans ma cour, le samedi, je préférais organiser une séance bouffonne plutôt que d’aller (au Parc Jarry) affronter l’équipe de baseball des petits Irlandais de Holy Family. Je ne lis jamais le « cahier-sports ». Il faut accepter une (relative) solitude, cela qui énerve tant de gens. J’aimerais mieux faire partie intégrante « des autres », j’ai comme tout le monde, un instinct grégaire. Combien de fois, enfant, je me suis senti « pas comme les autres ». Ainsi, je ne vais jamais fêter à « La Cage aux sports » et je ne vais pas me conformer. À bas le conformisme. Nous ne sommes pas —« ma mère : « ne lis donc pas tant, mon p’tit gars ! »— nombreux à apprécier un paysage subtilement étonnant, qui dérange. Alors on s’éloignera de vous. Affaire de culture, de niveau d’instruction ? Pas du tout, je connais de savants universitaires (de Poly ou de Héc) indifférents à des beautés trop insolites et je connais des ouvriers (qui n’ont pas eu la chance des longues études), très capables d’apprécier des choses hors du commun.

Je ne souffre pas de cette sorte de solitude mais il m’est arrivé pourtant de souhaiter être « tout à fait » comme tous ceux qui m’entourent. Que j’aime. À mon grand âge, je ne peux plus espérer me fondre dans « mon monde », ma nation que j’aime tant. Le petit Jasmin Roy, enfant, s’en rendait malade ! Pas facile d’être « le p’tit gars au fond de la cour » qui ne joue jamais au ballon-captif ( je détestais ça), préférant observer cette grosse femme qui étend du linge dans une ruelle ! Mes compagnons se gaussaient de mon refus d’un gant-de-baseball, bafouaient mon livre de Jules Verne écorné; dans mes poches, aucune carte de vedettes du hockey, aucune photo de Gene Autry ou de Roy Rogers, cowboys aimés. Comment nommer mon indifférence aux ricanements ? Parents, maîtres, soutenez mieux « l’enfant pas comme les autres. » Parents, ne vous contentez pas d’encombrer de vos plantes des dirigeants, ces derniers ne peuvent empêcher « le règne de la bêtise » (salut Jacques Brel), oui, ces « crieurs de noms » aux petits garçons « pas comme les autres. »

LA VIE DEVANT SOI

À ma très chère biblio-Grignon, ma voisine pour un temps, je trouve et je lis « L’espérance de vie ». Une autobiographie  par le fils du fameux Romain Gary, merveileux auteur de « La vie devant soi ». Suicidé. Ce rejeton de Gary a eu pour maman « Joan of Arc » Seberg, actrice suicidée. Un fils mal aimé raconte sa vie de jeune mondain « sexomane ». Tristesse. Lire m’est une vraie passion.  Pas pour ce Éric St-Onge, en 5ième au  collège St-Jean-Vianney, qui affirme ( La Presse) : « Avant, on lisait pour passer le temps, maintenant il y a l’ordinateur (et les sports) et c’est bien mieux ».

Je laisse dire. Vive la liberté !

À 9h. tous les matins,  derrière le « Joe’s-vidéo-poker », achat de mes journaux au « Le Calumet ». Essentiels avec le café.  Y lire l’envoyé à Port-au-Prince, Lagacé (La Presse). Le voilà qui accuse le peuple ( ô racisme !) : « C’est de leur faute tous ces malheurs actuels ». Quoi ? Pas de « vie devant soi »,  pas davantage d’avenir pour la pacifiste étasunienne, Rachel Corrie (voyez ça sur le web). Elle fut « écrasée à mort » à Gaza, par un tracteur de l’armée juive. Ne fut pas épargné comme cet étudiant « emblématique » à Pékin, Place Tienanmen.

Lire : Ignatieff-le-rouge, petit-fils d’un royaliste-blanc, se porte  au secours de la folle « bure » islamiste. Macho bien con notre néo-raspoutine? Ou bien francophobe complexé de Paris ? Ce décevant successeur du rat-dioneste (de Chapleau) protège donc l’odieuse tente-perso des femmes dominées. Non mais… Quelle cloche, ce raton-larveur,ma foi, vive Harper-le-bleu

Lire pire ? Ce critique de La Presse, Hugo Dumas. Un colonisé total. En ghetto jeuniste, qui, bienheureux, déclinait : Amy Winehouse, Keesha Rose Sebert, Flo Rida (sic), Ke$ha (re-sic), Taylor Swift, les Q Awards,  Dr Luke, Max Martinn, Kelly Clarkson, Katy Perry, Brit-Brit (?), Hedi Montag. Non mais…

Pauvre Hugo américanisé à l’os ! On est à mile milles du surdoué Pierre Foglia qui publie  : « Je vais mourir et les Israélites continueront à construire des colonies en Cisjordanie »,une encre autre n’est-ce pas ?  Celle de Nathalie Petrowski souligne le racisme soft d’un Léonard Cohen, ex-montréalais cosmopolite unilingue et le e compare avec Kate McGarrigle (sans plus de « vie devant elle »), qui fut full québécoise et fière de l’être. La même raconte aussi un Dany Laferrière longtemps peu lu, souvent découragé et soudain acclamé ! Ah !, Paris le consacre. « Au Salon du livre, on venait pas pour mon livre mais pour avoir « le Prix Médicis ». Sans cesse le colonialisme !

Plus de « vie devant soi » au si joli Lac Marois où j’avais deux amies, Mais ma Françoise Faucher a vendu. Ma Solange Chaput-Rolland est morte après un long séjour (bleu) à Sainte-Marguerite. C’est ma Raymonde qui me fit connaître cette député « rouge » de feu Boubou. Raymonde Boucher avait « mis au monde » sa série-télé à succès :  « Monsieur-le-Ministe ». Avec Michel Dumont. Quasi-sosie de P.-M. Johnson. Nous étions de des adversaires politiques mais nous nous aimions. J’aimais sa charmante « classe » outremontaise, elle disait apprécier « le p’tit voyou de Villeray. » Lire le Devoir où  une Louisiane Gauthier livre des souvenirs de ces Rolland. Et aussi sur feu Bruno Roy, leur protégé. Mon ami Brno, un « orphelin de Duplessis ». Dégueu : des médecins assermentés, les chiens, et un cardinal, cet homme léger, fichèrent comme « enfant fou » mon petit Bruno ! Pour recevoir plusse de piastres d’Ottawa. Et plus aucune vie devant eux ! Vous voyez : comme j’aime les journaux, sauf pour La Vallée, c’est un peu salissant mais lire sur I-machin ou  I-Pad sur un froid écran ordinatisé. Non, jamais !

LE DROIT DE TRICHER ?

Voilà qu’un enfant du Saguenay disparu est proclamé « victime », rejet. Est-ce bien vrai ? Les recherches se poursuivent. On tient facilement des coupables. On pointe du doigt… l’ensemble de la cour de récréation. Presque tous : des sales petits rats, des jeunes chiens. En réalité, ces « autres » sont simplement des enfants normaux, ordinaires. Des pervers, prétendait papa-Freud ! Ils ont un code, des usages, un lexique au vocabulaire primitif, utile pour tenir à distance « les grands », profs teigneux, adultes encombrants et en avant pour une lingerie « distinctive ». Pour une « manière » d’être, une « façon » d’être en un territoire rempli d’interdits des adultes.

Être ou ne pas être… libre ! Il y a les ordres à la maison, il y a, tous les jour, cette école obligatoire et ses damnés règlements. Des gamins (les filles, non ?) se taillent une zone, avec ses rites. C’est l’éternel besoin du « groupe » et cela a un nom : l’instinct grégaire. Qui existait il y a mille ans, sera encore présent dans mille ans, dès l’enfance mise en gang, scolarisée. Même pour de vieux petits garçons prolongés (!), cet instinct grégaire dure. Ressembler aux autres. En clubs « des boys », en gangs de rue organisés, réunions bruyantes en « cages ». À sport.

Écoutez-moi bien les rejetés : n’écoutez pas les autorités culpabilisées qui jurent qu’ils vont sévir ! Je vais vous conseiller de façon réaliste : cessez de provoquer sans le vouloir, trichez un peu, jouez le jeu, déguisez-vous un brin, acceptez de vous changer en être « comme tout le monde ». Ça rassure, ça fait du bien au gang et la peur niaise. Jouez le grégaire, celui qui comprend ce besoin d’un « troupeau ». Jeune, je détestais le hockey, j’ai joué celui qui aimait ça. Je détestais le « ballon captif », je m’y essayais volontiers. Je ne voulais pas, dans nos ruelles, chasser les chats-pards (qu’on disait marcoux), je m’y suis mis, criant, loin en arrière, avec la meute. Des frustrés. Je cachais mes livres de lecture, je me posais un masque.

J’allais volontiers au Parc Jarry avec un gant usé et une batte pour crier « strike one, fall ball, strike two » quand j’aurais souhaité la biblio chez les pompiers du marché Jean Talon. Rue St Hubert, je riais des farces cochonnes sur les vendeuses du 5-10-15 cennes, quand je déplorais les grossièretés. Je mettais à regret des sous dans la fente des machines-à-sous chez Peter’s. J’ai cassé des carreaux. J’ai moqué la grosse Alba, rue Drolet, ridiculisé la guichetière nabote du cinéma Château, le manchot, portier à la Casa Italia.

Je riais à faux. Ne pas être rejeté de la bande. J’ai accepté la petite tricherie humaine. Vous verrez, on en meurt pas.

Écoute-moi bien le rejeté : déguise-toi un brin, ça passe vite le temps de la cour d’école. Viendra ensuite le vrai temps. Tu pourras être « ce que tu es ». En paix. Les chefs-voyous, eh bien, tu les reverras, en misérables crétins. On ne change guère. Fini de tricher sous leur petite terreur. Tout le monde te  le dira : « Tu seras devenu quelqu’un ! » Eux, non !

PIVOTANT, CUL SUR CHAISE

Jadis, nous avions même peur de son enseigne lumineuse, poteau rouge et blanc à l’axe mobile qui signifiait pour « les pissous » : danger-barbier.

Ah, nos frousses du coupeur de cheveux, bambins, rue De Castelnau ! Mais, je garde bon souvenir du jovialiste aux ciseaux virevoltants, rue Roy. Ici, mon barbier, depuis la retraite des frères Lessard, « tient salon » Chemin-Pierre-Péladeau. Étonnant bonhomme Racette à son Salon des sportifs, entendre « sportifs assis » devant le téléviseur. On entre en son repaire décoré de cossins colorés comme on entre à une taverne familière. Y opère aussi Racette-fils, notre fidèle et fiable échotier au journal.

Si vous allez rue Jean-Talon, angle Drolet, vous verrez un Figaro italiano et, à ses murs, des murales signées par feu mon papa ! Mas chez papa-Racette, c’est de géantes maquettes de terrains sportifs, football, baseball, hockey ! Un musée. Il y en même suspendues au plafond. Des reliques aussi, tels ces sièges peints de numéros, bancs mis à la retraite, dévissés de chez les bleus ou les rouges. Le hockey y a prédominance, c’est entendu et moi qui ne joue à rien, sauf de mon clavier de I-Mac, qui ne sait ni les noms des vedettes millionnaires, ni les noms des villes qui matchent avec ceux des clubs, je m’y sens pourtant à l’aise. C’est que l’intello autodidacte -j’ai un secondaire-5 faible- que je suis a de profondes racines populaires. Cette ambiance décontractée, c’est celle des adorateurs de la sainte flanelle, du temps d’un oncle admirateur  fou de Georges Mantha, du temps qu’un prof de petite école ne jurait que par nos Maroons, du  temps d’un voisin villerayien qui montra ses dons à l’Aréna-Mont-Royal, rue Mont-Royal et Saint-Laurent. Démoli depuis.

UNE ÉGLISE ?

Quand j’entre chez Racette, en son église bleu-blanc-rouge, j’entre en enfance, j’entre en 1940, j’entre dans mon chandail des Habitants du vieux Forum, dans mes gants de cuir salis, dans mes jambières de goaleur, trouvées dans les vidanges, rue Drolet ! Ce Salon des sportifs est fréquenté autant par l’exilé du Royaume, le devenu adélois, Réjean Tremblay que par le bavard de CKAC, l’ex-camarade, verbalisateur incontinent, le drôle Ron-Ron-Ron Fournier.

Chapelle ardente donc, gare aux iconoclastes de mon espèce, aussi je me tais, j’écoute -avec mes mauvaises oreilles- et je m’instruis. Le patron, un provocateur, cherche parfois à tester la solidité de mes gonds…mais bibi -pas fou- n’en sort pas souvent.Je résiste et si, soudain, je m’emporte par distraction, il rit, lève ses peignes en triomphe, coupaille de l’air, cisaille du vent, jouit, glousse, gras chat noiraud avalant sa souris !

On imagine bien que ce « salon » n’est pas un « salon littéraire ». Poli, le pape Racette, secouant un tablier, me dira : « M’sieur l’écrivain nous mijote quoi ces temps-ci ? ». Mais je vois bien qu’il surveille les images de ses deux grosses télés en quête -chers réseaux-des-sports-d’une nouvelle. Des clients parlent gras ou jasent cru, d’autres restent, intimidés, silencieux comme carpes. On y voit défiler, mon vieux Balzac,  avocat ou notaire, médecin ou ouvrier, député -le ré-élu Cousineau affable, rieur et attentif. Iront le plombier (salut Groulx !) ou l’électricien (salut Filion !), le gras crésus (Lupien, mes saluts !) et le simple déneigeur (Tchao, André !).

À L’ORATOIRE SAINT-RATELLE !

Je garde donc le silence -« qui est de mise aux marquises », cher Brel- je m’instruis via le pieux et dévôt bavardage des passionnés, on est à l’oratoire Saint Racette !  Pas de vitraux, que cette panoplie photographique, tapisserie de regards dont feu Pierre Péladeau-le-fidèle. Autour de P.P. les binettes des héros. Toe Blake ou Elmer Lach, le cher « oublié » de Ron, Butch Bouchard ou Guy Lafleur…chevelu ! Nommez-les, ils y  sont tous, souriants ou feignant la gravité, mâchoires serrées. Pendant la taille mensuelle du blanc barbu que je suis devenu, je saisis que cette église nationale sportive ne va crever bientôt, de génération en génération, il y a une vraie continuation. Des idoles, il n’en va pas autrement chez tous les Figaros, de l’Italie à la France ou l’Espagne. Ces dieux-à-la- petite-semaine servent de compensation à la déception des destins communs. On maudit le perdant et on vénère le vainqueur. Nos cheveux tombent autour des sièges à pivotements et c’est la lueur, l’espoir, « la coupe » est la cible, le saint, graal, le grand but, le phare.

TRUITES BIEN FRAÎCHES !

 

       Je suis d’un type -d’un tempérament?- impatient. Aussi aller à la pêche ne m’excite pas trop. Pourtant… On m’a narré les péripéties énervantes des « vrais » pêcheurs de saumon qui font le tour d’un « trou » – d’une fosse- à saumons », en Gaspésie. Ou ailleurs. Du vrai sport très excitant, semble-t-il. Je l’imagine.

       Mon Jodoin-de-voisin, en fin d’avril, m’a raconté une pêche miraculeuse (biblique !) sur notre petit lac. Une bande, des « Malo », dans sa chaloupe empruntée, qui sortait de l’eau des truites à la dizaine ! Les glaces venaient de disparaître.

      Ces dernières années, j’ai fait quelques essais. Nuls hélas ! Il y a un an, mon Laurent, un de mes petits-fils, a pu exhiber une bien belle truite et sa prise le rendit fou de fierté. Jadis, souvent, sur mon petit radeau, mes gamins, parfois avec des vers, parfois avec des grains de maïs, sortaient du lac des tas de petites perchaudes. Leur vif plaisir ! Ou c’était des crapets-soleil. Immangeables ! En somme, pêcher « comme un jeu », qui les amusait fort.

      L’autre midi, étendu au soleil pour lire « Les années » d’Annie Ernaux, j’ai soudain imaginé à quatre terrains du nôtre, un gars lançant sa ligne sans cesse et guettant qui mordra. Le fameux petit Claude-Henri, étudiant « buissonnier », détestant la belle-mère (m’a -t-on dit), rêvant dans sa barque d’un avenir de pamphlétaire mordant.

      J’ai raconté (dans « Chinoiseries ») mes rares et brèves séances de pêcheur au port de Montréal, en 1935. Quand papa m’amenait chez ses fournisseurs de bibelots Chinois.

     

MAMAN ET LES ÉCAILLES MAUDITES

      Dès 1940 et nos étés à la campagne, ce sera la découverte de la vraie pêche. Que l’on fait  sérieusement.  « Pour manger ». Tels ces Groulx, ces Proulx, des hommes qui se levaient aux aurores, qui partaient pour le fond ouest du Lac des Deux-Montagnes, ou sur l’autre rive à Vaudreuil. Qui nous revenaient des heures plus tard avec leurs « cordes » remplies d’une récolte fructueuses. Si fiers. Maman en achetait un peu et puis s’enrageait à sa table de pique-nique, dehors, les cheveux dans le visage, s’échinant à devoir bien écailler certaines espèces.

        Feu Rudel-Tessier, le journaliste, m’avait donné  une bonne recette pour de la perchaude frite qu’il tenait de Félix Leclerc quand Félix habitait (et pêchait) en face de Pointe Calumet, aux Chenaux de Vaudreuil.

         Jeune adulte, père de famille, revenant l’été au « Château de ma mère » (merci Marcel Pagnol), à la Pointe, ce sera la re-découverte de la pêche, Éliane, ma fille, y pendra un bon plaisir : rares brochets de la Grande Baie qui est juste à l’est de ce qui deviendra le Parc Paul-Sauvé, quelques belles anguilles, si faciles à déshabiller !,  et des barbues bien grasses, plus les inévitables perchaudes, toujours abondantes, elles.

        Bientôt, venu de son cher Saint-Sauveur, l’ami Murray va saucer encore sa barque d’aluminium à moteur électrique. Avec son immanquable « GPS » bien pratique et dont je suis jaloux. Mais je ne l’accompagnerai pas : mon impatience chronique.

       Il y a longtemps, comme tant, en famille. nous allions à Old Orchard. L’ami Théo Mongeon, longtemps « secrétaire dévoué »  de tous les agronomes du pays, un jour, organisa une expédition de pêche « en haute mer ». Je me voyais alors en intrépide et expert pêcheur, Ernest Hemingway. Ce légendaire chasseur d’espadons géants au large de La Havane, à Cuba. Je m’embarquai donc les yeux luisants et la solide canne à pêche louée bien haut portée !

      Trop bercé (brassé ?) par la forte houle, il avait fallu, assez vite -hélas pour mes compagnons au pied marin-  faire un humiliant demi-tour. Le mal de mer ! Et ma honte ! Mon Théo rigolait : « Tout un marin ça, mes amis ! »

 

PROMESSES D’ÉTÉ ?

      Étés de 1965-1969 et, j’y songeais à l’instant, je revois ma petite Éliane dans des matins en or, ses longs cheveux blonds dans les yeux, penchée, courbée plutôt sur les bancs de joncs voisins inondés, pourchassant si habilement -avec son filet fait de torchons à vaisselle- les petits ménées. Ses fabuleuses cueillettes. À pleines chaudières ! Elle irait pêcher encore au crépuscule, sa grande joie. Son frère, lui, Daniel préférait capturer les rainettes si vives. L’été ! La paix ! Ma jeunesse enfuie ! 

        L’an dernier, ici, le beauf’ Albert qui s’amène et, dans ses mains, des cannes à pêcher ! Ah !   « Oui, fini le golf, mon Claude ! »  Le voilà entiché par son nouveau dada : la pêche. Venu avec lui, l’autre beauf’, Tit-Louis, avec une des canes d’Albert, attrapera une bien belle truite « adéloise ». Qu’il remettra dare dare à l’eau : « Oui, trop petite. Je la repêcherai ! ». P

   Le duo parti, on me laisse en cadeau quelques lignes de joli plastique luisant, avec moulinets adéquats et leurs fils de nylon… hélas tout emmêlés, hélas. Me restera à défriser ces cheveux de nylon maudits et, oui, oh promesse !, aller combattre mon impatience congénitale.

       J’irai, je me le promets. C »est si « Zen » la pêche, pas vrai ? Si reposant, non ?,  si dé stressant. J’emprunterai la chaloupe à Jodoin-voisin car je veux combattre mon vice du « va vite, fais vite ». Je serai bien patient, poserai de gros vers bien gras, attendrai les petites gueules qui mordent ! Promis ! 

       Trop tard, m’explique-t-on, pour les mouches, déjà, semble-t-il, dès juin, les truites du lac Rond -ensemencement annuel par ici- se tiennent « dans le creux », bien, c’est noté. Au fond ? Bof, ce n’est pas le fil de nylon qui manque, ça va se dérouler en grande ! Cette « École des p’tit chefs », rue Lesage, peut maintenant fermer pour les vacances. « On mangera des truites fraîches, ma chère Raymonde ! » Elle a des doute, la venimeuse : « Des truites ? Tu aimes tant la raie, la plie, et mes calmars rôtis, non ? »

      J’enrage de nouveau quand elle me dira aussi : « Mon pauvre chou, toi, des heures à guetter, à attendre que ça mordre ? » Oui j’enrage : « Toi, mal assis, durant des heures, lire tes chers ouvrages sur la science quantique avec crampes aux reins ? » Je lui rétorque que notre Rona doit bien vendre de ces dossiers ajustables pour chaloupe de pêcheurs, non ? » Son silence.

     Bon, allons rue Valiquette, au magasin tout bleu de mon cher jaune Vietnamien, juste m’acheter un gobelet de grouillants asticots bien roses !

 

 

 

 

JE M’ENNUIE DE « MONSIEUR »

On finit par s’attacher. À ceci, à cela. Je n’aurais jamais cru que je m’ennuierais de lui, grosse bibitte amphibie. Les toutes premières fois que je l’aperçus nageant tranquillement au rivage du lac, j’avais cru à un castor. Il allait et venait, nous arrivant du large -du Chantecler- ou bien revenant de la plage publique à l’est. Il a le poil lustré, l’oeil fier. Il se meut avec dignité. Il fait penser à Monsieur Parizeau. Un certain chic. Maurice, le voisin rapatrié de la Côte Nord, me dit : « Ça, c’est un rat musqué, mon vieux. » Ah ! Maria, ma tante riche, portait avec fierté un manteau de rat musqué, je m’en souviens.

À chaque vue d’une bête sauvage, on se convainc que notre petit lac Rond reste en bonne santé, pas trop pollué. Même si, un temps, la venue de castors voraces nous obligeait à des transports par cages. De jeunes arbres se faisaient scier à coups de longues dents. Ces castors, autre preuve que notre lac est en bonne forme, nous disions-nous !

Bon, oui, je m’ennuie des passages -comme rituels- de « Monsieur » mon rat musqué. Aux belles heures du soleil couchant, laborieux, pressé, il vaque, je ne sais trop à quoi. Il semble loger chez mon voisin du sud, Boisonneau, là où il y a un mur de roches empilées. De là il nage vers mon quai et son radeau flottant qui lui est accroché. La plupart du temps, il tient dans sa gueule une petite branche de saule. Rendu chez moi, floup !, il plonge sous les flotteurs de mousse plastifiée. Et plus rien ? Mon quai : sa résidence secondaire ? « Monsieur » est-il bigame, le lieu d’un deuxième ménage, mène-t-il une double-vie ? Rend-t-il visite à des rejetons ? Mystère ! Son manège nous intrigue chaque jour d’été, il va et vient du muret du voisin à notre quai et, toujours, il a son allure indifférente, vrai indépendantiste. Si je pars nager -ou si j’en reviens- mon rat musqué s’en fout et ne dévie point de son itinéraire, filant vers mon quai, sa verte bouture au bec. On en est médusé. Ah, s’il était facile de virer le quai à l’envers -et son radeau- ah, pouvoir découvrir quelle sorte d’abri, ou genre de nid, s’est-il donc façonné ?

LA FIERTÉ A UN NOM : « MONSIEUR MUSQUÉ »

Un bon jour, pédalant presque au milieu du lac, soudain, que vois-je ?, lui, mon nageur poilu. Je l’avais imaginé comme confiné à notre rivage, prisonnier prudent d’une famille. Mais non, « Monsieur » faisait donc des expéditions loin de son environnement familier. Je décidai ce jour-là de le suivre. Hélas -se sentait-il épié ?- ma bête plongeait et disparaissait un très long temps… Tant que je ne voyais plus où il avait pu émerger. Comment pouvait-il nager sous l’eau si longtemps ? « Naturaliste » ignorant et improvisé, je ne sais toujours pas si -tel un simple poisson- le rat musqué peut vivre sous l’eau tant qu’il veut. Je restai dans ma barque immobile et il finit par me réapparaître mais très éloigné de son point de plongée. Que de souffle ! Il nageait maintenant à l’ouest du Chantecler, vers le petit marais deltaïque, rivage protégé et non bâti. En ces parages, il y plein de lotus jaunes et on peut y entendre la rauque musique d’un vivier naturel à nombreuses grenouilles. Monsieur Musqué y trouvait-il à manger ? Était-il, comme moi, un gastronomique amateur de cuisses de grenouilles ? Ô frog ! Malgré mes coups de pédale et de gouvernail, je ne le retrouverai plus.

DES POISSONS TROPICAUX ?

Or, l’été dernier, étendu sur mon radeau au soleil couchant, qu’aperçois-je, je n’avais pas la berlue : quelques jolis poissons tropicaux, rubescents. Petits et gros, émaillés rouge, jaune et orangé. De nos touristes pouvaient avoir rejeté ces petits nageurs exotiques, se débarrassant du contenu d’aquariums nécessitant trop de soins. Je les regarde naviguer, on se croirait dans une mer antillaise ! En des eaux caraïbéennes, ici où il n’y a aucun banc de corail. Et puis qui vois-je, entre deux eaux, s’approchant de ces splendeurs ? Lui, Maître Musqué, avec… rien au bout du bec. À plat ventre sur le quai, je guette l’arène. Combat ? L’eau est claire, pas de vent. Oh, un nez à nez soudain ! « Monsieur » toise l’écaillé écarlate. Bataille en vue ? Se fera-t-il un « croque-Monsieur » ? Nenni, aucune réaction, « M. Musqué », d’abord surpris, n’a fait qu’un très bref arrêt et fila dans son repaire secret sous le quai. Déception du voyeur.

En ce crépuscule de canicule, voulant éprouver mon aristocrate à poil, je monte chercher mon marteau -car des clous sortaient de certaines planches et, ce printemps-là, la glace dérivante avait emporté un morceau du radeau. Alors, outils étalés, je me mis à l’ouvrage. On allait bien voir si, sous le radeau, mon petit Prince à poils ras était, avec ses grands airs d’imperturbable, si endurci, si indépendant des humains. Je cogne, je frappe, je scie, je répare, je fais un bon boucan. J’exagère tant et tant… qu’enfin il se sort le museau. Ce n’est pas lui ! C’est un rat plus mince, plus long, plus fringant aussi ! Est-ce « madame » ? Ou sa maîtresse ? Son fils, sa fille? Je ne le saurai pas. Que revienne le temps doux, oui, je m’ennuie de Monsieur, de son petit trafic quotidien.

PETIT VOLEUR MASQUÉ !

[NOUVEAU: LE CHAPITRE 4 DE «BRANCHES DE JASMIN]

Une devinette. Indices : dès qu’on lui voit la binette, on l’aime. Il fut l’objet de bandes dessinés, de films. Animal bien mignon. Tant qu’on a pas eu affaire à lui concrètement, on ne se méfie pas. On a mal au cœur de tant en voir, ensanglantés, sur nos voies publiques.

Trop loin du mont Royal, dans Villeray, mon quartier d’enfance, jamais on n’en voyait… ni le bout de la queue ni le bout de son minois rigolo avec son masque -ce loup- tout noir. Vous devinez ? Installé en Laurentides, je fis connaissance intime avec lui : le raton-laveur. Racoon, dit l’anglo. Il n’est plus seulement l’amusante -rayée- boule bien fourrée, c’est aussi un vidangeur effronté. Déception car on aurait envie de le garder dans son jardin, un si joli chat sauvage ! Mais hier encore… chanterait Aznavour.

Hier encore, ça grouillait fort dans mon bac noir. Tu soulèves le couvercle et qui y est prisonnier ? Un raton-laveur. Envie de le libérer car il te regarde tout affolé. Te voilà hésitant…c’est que tu te souviens qu’il y a peu de temps, était répandu tout autour de ta poubelle-sur-roues, des détritus : coquilles d’œufs, os de jambon, brins de salade, deux pleins sacs de plastique déchiquetés. Son dégât. Il te regarde innocent ce vilain goinfre salisseur, au fond du puits noir, le museau en l’air, il te dévisage, remue frénétiquement, attend que tu l’aides à s’en sortir quoi. Le « vidangeur masqué », cette fois, n’a donc pas pu se sortir du noir local à rebuts ménagers.

SE MARCHER SUR LE COEUR ?

C’est clair -grand cœur- si tu lui rends la liberté, il va revenir la nuit prochaine et réussira encore à expulser tes déchets, à les répandre autour du balcon. Dilemme. Refermer le couvercle et attendre le passage du camion municipale : Crunch ! Quoi faire…disait Lénine dans un célèbre pamphlet. Quoi faire en effet ? Je me marche sur le cœur, je referme ma boite noire. Il y a des limites à la tolérance. Aucun arrangement, petit et joli vidangeur incivique ! Je pars m’acheter les journaux du matin au Calumet en face du cinéma et je dirai : « Tantôt j’ai trouvé un racoon dans mon bac. » Le fidèle M. Taillon : « Méfiez-vous du microbe de la rage mais sont-ils assez kioutes ces petites bêtes-là ? » Encore ? Éloge du si mignon racoon ! Je ne dis rien sur mon « renfermé » ! Je rentre petit déjeuner avec un doute en passant près du bac : Y est-il encore ? Je me penche, j’écoute. Pas un son, rien ! S’est-il évadé ? J’ouvre. Il y est et me voit. Son muet appel « au secours ». Lui laisser une video poker per pcplay free kenoaprire un casino onlinecasino italia gratis3d rouletteenquete casino on netgiochi slotsamerican roulettegiocare casino onlinevideo slotsplay casinoeuropa casino onlinequestionario bonus casinocasino livecasino gioco virtualecasino on line concasino gratis slot machinemigliori bonus casinotrucchi per video pokervideo poker machinecasino no depositcome giocare alla roulette,roulette per giocare,giocare roulettesistemi gioco roulettecasino on line gratiscasino poker gratisslots machine gratisvideo poker da scaricare gratisgiochi jack black in lineagiochi blackjackroulette casino,casino on line roulette,roulette da casinowww rouletteroulette da scaricare gratiscasino on line roulette,roulette on line,giochi on line roulettecasino on net comcasino virtuale,casino virtuale per giocare senza soldi,giochi casino denaro virtualecasino en lignewww casino comrisposte casino on netbonus dei casinoroulette strategycasino 10 euro gratiscasino baccaratgioco roulette gratisweb casinocasino on line,casino on line italiano,casino on line con bonusvideo poker machinescasino en lineastrip roulettewww casinoroulette systems dernière chance ? Peut-être a-t-il pris conscience qu’il peut être fatal pour lui de s’introduire dans le « trou noir » et qu’il ne récidivera pas ?

PRIÈRE AU GRAND MANITOU ?

Un simple charité : pencher ma boite noire mais l’image fréquente des déchets répandus me revient. Soyons ferme. Va à ton grille-pain, au café , aux journaux, « cœur dur » ! Je sors la confiture et, oui, je songe à cette si jolie souris grise…que j’ai tué froidement…mes vagues regrets parfois.

À l’heure du lunch, nouvelle sortie et je n’ai pas le courage d’ouvrir le bac, de le revoir. Je file en vitesse, -lâche va !- pour une visite chez Ratelle-père-et-fils, Barbiers des sportifs et je dis :« Ça grouillait ce matin dans mon bac noir, un voleur aux yeux masqués y gigotait ! » Le père Ratelle goguenard : « Non mais c’est-y assez mignons ces petites bêtes, hein ? » Encore ça ! Je me ferme, me laisse raser sous drap de Coty dans le fauteuil à bascule : une huître.

Revenu, j’ouvre pour un coup d’œil : il y est, racoon recroquevillée, désespèré, immobile. Il ne me jette pas même un regard, c’est qu’il devine ma fermeté : « Fais ta prière au grand manitou ! » Il y a un bon dieu pour les tueurs candides de mon espèce : je ne souffrirai pas longtemps car c’est demain matin l’enlèvement rituel des ordures. Le soir venu, je pousse donc la poubelle à roulettes au bord du trottoir. À l’aube : fin de sa brève existence sur terre et…j’éprouve un léger -très léger- point au côté. Furtive vision d’une souris grise. Niet ! Qu’il veille en son noir « jardin des oliviers. »

Ce soir-là, à Artv, documentaire sur les bêtes, mes émissions bien-aimées. On y cause, d’Australie, de la disparition de certains marsupiaux et me voilà comme attendri. Je ne cesse plus de penser à mon prisonnier masqué au fond du bac. Je n’en peux plus, me lève. Vite, mon manteau, foulard et tuque et je sors dans la nuit, me penche le bac noir au raz du trottoir : sors misérable !

J’attend, je guette : rien n’en sort. Il n’y était plus et aveu, j’en étais content. Demain matin, aucun intrus masqué car j’ai mis une vieille brique, lourde pesée, sur le couvercle du bac. J’aurai la conscience en paix au prochain docu télévisé sur les animaux.

« QUI QUI SKIE ? TOUT L’MONDE SKIE ! »

Ci haut, vous lisez des paroles de potache pour des collégiens partant skier à Saint-Sauveur. Le bus pour une piastre ! 1950, plus d’un demi-siècle !, et j’y songe en observant des skieurs sur l’anneau du lac, regard aussi à Jambe-de-bois revenu, mon écureuil facétieux. Dans trois semaines sera-ce le vrai début du printemps et le retour du chasseur d’oiseaux, mon matou Valdombre ? Tant de blancheur, j’y revois les belles cartes postales hivernales. Le vieil homme prends conscience de ne plus souvent s’insérer dans cette nature à collines. Coup de nostalgie. Pourquoi avoir cessé de skier ? Que le vélo l’été, la natation quasi quotidienne, deux seuls modes d’exercice ?

Chantons : « Que reste-il de nos amours ? » Ces belles années sur nos pentes…pourquoi avoir abandonner mes vieilles planches de bois vernis ? Ceux de ma génération se souviennent du ski d’antan, les câbles de remontée qu’il fallait agripper -à s’en arracher les bras- pour les douces 68, 69, la terrible 70, la longue 71. Ah, le nord à 17 ans, collégien à tout petit budget, luncher au Nymark Hotel de Saint-Sauveur pour « une piastre » ! 1950 : j’avais vingt ans, dévaler des heures et des heures dans cette belle nature, nous les jeunes venus d’« asphalte sous gadoue ». Ces joyeuses pauses pour un chocolat chaud à cette gargote aujourd’hui disparue : La vache qui rit !

QUE SONT NOS AMIS DEVENUS ?

Un jour, fini tes études, s’amène souvent la séparation d’avec les camarades, faut te dénicher une blonde steady. Aller fleureter aux salles de danse, plus tard, aux pistes des clubs de nuit. Les soirs d’été aux parcs publics-kiosque à fanfare- au vaste mont Royal. Un jour : l’amour, salut Cupidon, bienvenue Saint Valentin ! Vouloir fuir la maison des parents, ces « p’tits vieux » ! Ton mariage. Te trouver un job steady, cher Yvon Deschamps ? Les bébés… un, deux, à élever, à protéger. La vie, la vie quoi ! Ensuite, tu as 30 ans, les enfants grandis te ramènent au ski en chères Laurentides. Retrouver « la Suisse au Québec », comme me disaient des amis européens. Plaisir de sortir d’un placard tes bons vieux skis. À harnais de métal. À bottines de cuir usé. Tes enfants sont bien jeunes, prudence, La Marquise à Saint-Sauveur, c’est assez haut. Viendront -gré capricieux- le Mont Olympia, Avila, Belle Neige, ou, un temps, ce Mont Sauvage. Puis tu auras 50 ans et tu conduis toujours -ces samedis matins- tes ados aux pieds des côtes. Toi, tu t’installes au chaud en cafétéria, par exemple aux côtes 40-80 de Sainte Adèle ou à celles du Chantecler. Lire tes chers journaux tant tu détestes ces trop longues attentes au bas des côtes; à cette époque pas de ces sièges modernes à quatre places, ces téléphériques à cabines. Tu as abandonné -comme sans t’en apercevoir- le ski alpin ! 1975 : 60 ans bientôt ! Mode en vogue : le ski de fond. Tu vas t’y adonner avec ferveur.

Tes enfants ont un p’tit appart et le temps passe vite, te voilà les cheveux gris. Et puis blancs. Paresse, frilosité, tu y vas de moins en moins; tes skis restent dans le portique. Un bon jour, tu te rends compte que tu n’y vas plus du tout. Tu t’inventais des excuses pour rester au salon avec tes journaux, un magazine, un roman un DVD loué, un neuf CD. « Skier ? Non, trop de neige tombée ou pas assez ! Fait trop froid, je ferais pas un kilomètre aujourd’hui. Ou, fait trop chaud, la neige sera collante. Bonjour les prétextes ?

FLEURETER À SKIS !

80 dans trois ans et je m’ennuie de skier parfois; j’admire cette jeune « vieille », Danielle, toujours folle de skier. Ou le voisin Jean-Paul, 79 ans, partant le matin vers les pentes d’en face. Songer à y revenir parfois. Tard ? Mes os fragiles, danger de fractures ! Ô procrastination. Me souvenir : 14 ans : j’étais si content de ces minuscules pentes, Parc des Hirondelles à Montréal Nord. Si heureux d’y aller les après-midi de congé du collège Grasset avec mes « mal fartés » au fond d’un tramway. 15 ans : vif plaisir désormais sur l’imposant mont Royal. Lieu à se rompre le cou dans des sentiers abrupts, ô ces flammèches sur des rochers à cause des steel edges mal vissés, nos folleries risquées pour un retour pressé au tramway d’en bas. !

Skier là le soir au clair des réverbères, sous les ailes de cet ange… de bronze ! Doux soirs de mars à fleureter des étudiantes accortes au grand Chalet du sommet. Baisers volés, promesses d’idylles éternelles… Qui duraient un seul hiver. « Si Ou Pla, donne-moi ta photo, voici la mienne ! », précieuses images dans nos portefeuilles vides d’étudiants cassés. Le sucré des jeunes lèvres, la tête qui tourne, coeurs qui battent à l’unisson, premières caresses sous des cèdres lourds d’ouate immaculée.

Bon, assez, me reste à guetter la sortie de Donalda, ma marmotte ! Viens donc, viens beau printemps !