Le mercredi 30 janvier 2002

Le mercredi 30 janvier 2002
1-
Lumière pâle, toujours, dans ce ciel mat. Grisaille pour cette fin de janvier. Demain…déjà février, le mois racorni, raccourci ! On verra mars s’amener et puis ce sera « le portique » du si beau printemps québécois, revigorant, si stimulant quand la lumière baissait depuis si longtemps, depuis novembre. Ma hâte !
Ce matin, appel de la radio de CKAC. C’est un certain François Reinhardt à l’appareil. Il est le fils de Roger, avocat de la Grande-Allée d’Ahuntsic (oui, nous avons comme à Québec, une « Grande Allée »). Maître Roger (revu en rencontres « almamater »-iennes) fut un collègue de classe au collège Grasset. Il était si brillant, en tout, un bolé, un Premier-de-classe, raflant les premiers rôles de notre théâtre-amateur. Je fis rire le fiston lui révélant notre jalousie de ce beau brummel frisé, aux allures d’Adonis bien grec et surdoué. Mais, il était petit de taille, ah ! tout de même :justice immanente.
Dans mon feuilleton « La petite patrie » Roger était incarné par l’acteur Jean-Pierre Chartrand, pas bien haut sur pattes, lui aussi. Un soir dans un restau du Vieux, rencontre inopinée, face à face cocasse, mon Roger et Chartrand que j’accompagnais . Amusante rencontre, on peut l’imaginer. Donc le Reinhardt-fils me prévient : « Benoit Dutrisac et Geneviève Saint-Germain vous veulent au micro pour discuter sur « les vieux qu’on jette tôt ». Actualité : de « vieux » ministres du P.Q. viennent de démissionner étant donné qu’ils perdent leur…portefeuille (et c’est bien le cas de le dire !).
Je m’amuse une fois en ondes, rappelant qu’à leur heure de radiodiffusion c’était moi, le vieux, et le vieux Pierre Marcotte qui régnions en ondes avec l’amusante tribune : « La moutarde me monte au nez ». On nous avait…jetés le jour du mariage CJMS-CKAC ! Les ingrats ! ! Je cause sur les « jetés » de Radio-Canada en 1985-1990. Ce vice actuel de « l’âgisme », renie l’expérience, la sagesse aussi.
Mais Dutrisac et moi tombons vite d’accord : ces « sans portefeuille » devaient rester, devenir une sorte sénat utile, rester au fort comme conseillers précieux. Mais non, Chevrette, Brassard et Cie…claquent les portes, humiliés ! Il s’en va l’ex-ministre, il claque la porte, il n’a plus de chauffeur, plus de limousine, fini le sérail du paquet de fonctionnaires l’adulant…C’est navrant. Surtout en un parti dont l’idéal est haut placé : l’indépendance nationale.
Télévision surprenante parfois. Lundi soir, en ville, sans l’horaire, nous zappons au hasard, cherchant quoi dévorer et soudain, paf !, sur PBS, USA, un vieux barde enfoui dans un affreux fauteuil et ce pépère de la série « Masterpiece Theater » annonce un truc fort audacieux : un « Othello » de Skakespeare en une version moderne. Ça se déroule —anticipation— dans un Londres en émeutes, et ce Noir fabuleux, fort et sage à la fois, John (nom de famille : Othello) s’y montre le seul grand capable de rassurer les populations. On imagine la suite.
Oui, il n’y a bien entendu la belle Desdémone, le fidèle traître, Iago. Une dramatique télé hors du commun. Décors actuels pour ce vieux drame du grand Bill ! L’épopée de William se fait bardasser, se fait secouer le cadran, c’est prévu, c’est entendu mais il n’en reste pas moins un spectacle singulier de deux heures, mené tambour battant avec une imagerie surprenante, un découpage haletant. Ah oui, la télé parfois…magnifique. Notre anglais étant ce qu’il est, de grands pans du dialogue nous échappent un peu, les mots en sont vagues, mais la trame de l’intrigue (connue pour « Othello ») est clairement symbolisé. Je refuse que l’on de condamne la télé en bloc. Il y a des oasis, rares, mais féconds en diable !
2-
L’ex-patron qui fit florès aux « alcools et vins du Québec » (SAQ) va débuter le 18 février chez « Loto Québec ». La peur ! On doit attendre de ce M. Frigon, PDG retors, habile, brillant, le même envahissant succès. Peur car, déjà, on trouve 150,000 « joueurs compulsifs dans cet « État-Maffia », le Québec ! Beaucoup de ces « accrochés » sont en attente de traitement car il y a manque d’argent public pour soigner ces malades du jeu ! C’est Claude Bilodeau, responsable pour ces soins, qui l’affirme et qui s’indigne, se lamente. Depuis 1960, le pays a su évoluer dans maints domaines…mais dans ce domaine du vice, il se surpasse. Hélas ! Une réussite louche installant tant de citoyens qui grèvent leur budget, souvent pas bien gros car l’on connaît de terrifiantes statistiques. Plein de gagne-petits, parfois des assistés sociaux, qui rêvent de « s’en sortir » en privant la famille du nécessaire, misant sur ces machins et machines qui ne font que des dépités névrosés qui, sans cesse, retournent aux odieuses manettes du mauvais sort. Un pays tapissé de « one-arm-bandit » !Une infamie funeste, non ?
Un jeune homme sympathique, rencontré hier à la « taverne Magnan », m’invite à co-animer avec lui, un samedi, son émission à CKAC. J’ai spontanément dit « oui, avec plaisir ». En avril seulement lui ais-je spécifié. J’ai décidé de refuser toute invitation durant l’hiver. Je me suis déjà retrouvé sur la route de Rimouski dans une longue plaine, en pleine tempête de neige. Ne plus voir que du blanc dans le vent, partout. Il n’y avait plus ni ciel, ni sol, que du blanc dessus, dessous, sur tous les côtés. Affreux ! Ne pas savoir où est la route…Risquer sa vie alors ! Non, plus jamais. Le jeune de CKAC me dit soudain : « Je vous écoutais parler de ce Ovila dans votre conte de Noël, c’était mon enfance, ce Ville-Jacques-Cartier, encore plutôt bidonville de squatters en 1960.
Nouveau témoignage donc et qui s’ajoute à cette photo-internet expédiée pour me montrer la pauvre bicoque familiale d’un « misérable » hugolien. Je lui donné mon adresse-courriel : claudejasmin@citenet.net et je vais guetter un signal…en avril.
3-
Est-ce que devrais poursuivre, avec avocat, Ginete Herry pour « offense au droit moral » de mon collègue Carlo Goldoni ? Ou bien le petit-fils de son petit-fils de son petit-fils à Goldoni le fera à ma place. Car il est inextinguible le droit d’auteur sur le plan moral. Quand on tripote un texte, qu’on le coupe sans vergogne comme elle fait, qu’on le triture comme elle l’a fait pour « L’honnête fille », spectacle présenté chez Denise-Pelletier. En ce moment, il fait florès, dit-on, le grand bonheur des élèves des écoles. Comme Desgagnés le fait au TNM ces temps-ci avec Shakespeare (Les Folles de Windsor !) ça y va et pas par quatre chemins. Un cirque. Des cabrioles, des gesticulations, du mouvement… l’air du temps. Des images virevoltantes, costumes à « velcro », changeables en un éclair, du décor transformable et le reste ? Claques et fouets, giffles et coups de pied au cul, le diable est aux vaches et le rythme à la belle épouvante. Le texte du mort ? Ah b’en le texte…L’auteur est bel et bien enterré et…muet, non ? On peut y aller rondement ! Je ne sais trop quoi penser : présenter sans succès le texte intégral avec honnêteté intellectuelle… ou bien le trancher comme saucisson, lui enlever le trop plein de phrases, et en avant pour les folies bouffonnes. Écoutez les rire des écoliers !Au moins, les jeunesses vont savoir le nom de l’auteur décédé ! « La gang ? Goldoni c’est mieux que Goldorak, eille !, on était pliés en deux, les gars, allez-y ! »
Ouen !
Ouaille ! Sujet de réflexion : poursuivre ou non, pour atteinte morale à l’œuvre…mmm !
4-
Entendu Henri-Bernard Lévy affirmer face à Durant de « Campus » : « Les fascistes verts ! » Oh ! Écologie et nazisme, même combat ? Je sais qu’il y a tant d’exagérations chez les « verts » fanatisés qu’ils atteignent une sorte de totalitarisme dans les revendications en Europe, une intolérance « annoncée » qui fait frémir…si jamais…ce mouvement grandissait vraiment. . Mais…fascime ? A-t-on vraiment raison : l’intolérance de certains écolos peut faire peur, c’est vrai. On en voit s’associant à l’extrême droite d’un Le Pen en campagnes électorales françaises. Ici ? Pas encore à la mode. Autre sujet de réflexion…
J’enrage encore en lisant ce matin (plume de Nathalie Collard) l’expression désuète et si mensongère : « les deux sollitudes » . Hughe McLennand (!), —l’excité écrivain anglo qui avait sorti sa carabine sur sa galerie des « Cantons de l’est », tout apeuré par la « Crise d’octobre »— était dans les patates en créant cette connerie. Il n’y a pas, mais pas du tout, « deux solitudes » ici. Il y a deux nations, deux langues. Collard vantait les mérites de Peter Gzowski qui vient de passer l’arme à gauche (çâ me rire cette expression) et répétait qu’on n’enbrevenait pas de découvrir que les Québécois ignoraient ce reporter-vedette de la CiBiCi. La belle affaire ! C’est tout à fait normal. Qui, chez les Canadians, connaît nos grands reporters ? Personne. C’est cela deux « nations », pas deux solitudes… de mes deux fesses !
Dans notre pays, plein des nôtres qui lisent The Gazette, Globe and Mail, écoutent la CiBici….ce sont des colonisés. Des cocus contents. Ils souffrent de racisme. D’un racisme inverti. Écoutez-les parler. Cela veut dire que les autres, à ses yeux, sont tous parfaits et les nôtres, tous des crétins et des incapables, le raciste inverti méprise qui il est et qui nous sommes. C’ est un raciste. Inverti. L’intolérance, la xénophobie, haïssables sentiments, le concernent. Son racisme, son intolérance est toute tournée contre les siens. C’et un malade. Gravement.
Ce matin, bang ! Surprise à la radio !!! Un bonhomme d’ici, en anglais, en voyage en Angleterre, déclare que pour aider mieux le réseau français de Radio-Canada (on n’est que 2% en Amérique du nord, donc menacés davantage ), il n’y aurait —tenez-vous bien— qu’ à fermer la CiBiCi.
En effet, les Canadians ignorent Radio-Canada alias Canadian Broadcasting. C’est un fait patent. Ils regardent la télé, écoutent la radsio des amerloques (les cousins riches).
Les Canadians lisent les magazines USA, n’estiment vraiment que les produits made in USA. C’est une sorte de colonie niaise. Seuls quelques intellectuels et écrivains « canadians » subventionnés, estiment le Canada anglais. Ils se méfient, mais trop tard, de l’assimilation —galopante déjà— étatsunienne.
Le gros des populations —avec les émigrants rêveurs d’USA— s’en sacre. Ils sont déjà étatsunien et jusqu’ à l’os. C’est une vérité tue. C’est une réalité incontournable qui choque, qui enrage les profs d’université à Toronto, à Vancouver comme à Halifax. C’est un fait très têtu qu’on le veuille ou non.,
Or CiBici suce les deux tiers de l’argent public (normal quota) pour radio et télé publiques…. Avec, au contraire des Québécois, presque personne à son écoute. En effet, fermons la ruineuse CiBiCi déserte. Ils sont 250 millions au sud ! Fatale attraction ? Oui. Si La France (55 millions) avec ses fabuleuses ressources, si Paris se situait là où est New-York… verrait-on le même phénomène ? Sans doute que oui. On dirait : faut fermer Rdio-Canada personne ou presque regarde !
Si je n’avais pas mon journal J.N., ici, j’enverrais une lettre ouverte là-dessus (« Fermons vite la CiBicI ! »). Au Journal de Montréal, au Devoir, à La Presse —comme on le faisait depuis septembre dernier— on jetterait ma lettre au panier ! J’ai un lectorat, ici, de 200 personnes, me dit l’organisateur de ce site. Je compte sur ces lecteurs rares pour répandre l’idée : « Faut fermer la CiBiCi, ruineuse, inutile, vaine, verser ces fonds gaspillés au vaillant réseau français ! »
5-
Dimanche soir dernier, étonné d’abord d’entendre la fameuse Jeanne Moreau —qui incarne las Duras dans un film récent— affirmant : « Il faut être fou pour écrire. Marguerite Duras l’était. » Faut être fou ? Hum…Ensuite, elle dit : « L’écrivain n’est qu’un dévoreur de tout ce qui l’environne. Duras dévorait tout autour d’elle. » ». Eh b’en ! Elle ajoutera : « C’est un métier de solitude totale, écrire. Nous, les acteurs, on a toujours du monde autour, d’autres acteurs, notre réalisateur, ses assistants, des techniciens qui nous regardent travailler. L’écrivain, lui, est tout seul, Duras était seule. »
Fou et dévoreur et solitaire ? Mais non, Jeanne Moreau, non, il y a une sorte de formidable solidarité —l’ouvrage publié— entre liseurs et auteurs ! Allons, ce n’est pas fou de vouloir écrire, c’est sain, très sain. Dévoreur ?…là, oui, inévitablement puisque rien ne naît de rien. Pourquoi pas observateur au leu de dévoreur ?
Je suis e n train —ayant mis pas loin ce « Parfum de cèdre » de Mac Donald— de lire « Le liseur » qu’Aile a acheté hier chez Renaud-Bray, Avenue du Parc. Que « 9 tomates » chez Folio. Un collégien happé par l’amour très génital (à cet âge),séduit par une belle et vieille (30 ans !) conductrice de « transport en commun » …qui se retrouvera dans un procès —post-guerre de 1945— de gardiennes de camp de concentration…eh oui ! Oh ! Bien mené. Fameux. Je l’achève avec déplaisir, je voudrais que cela dure. J’en reparlerai donc sous peu. J’ai terminé, avant-hier, la biographie de Bernard Landry par Vastel. Ce dernier a une manière abrupte de narrer. Ses liens sont mal tissés. Il n’est pas un littéraire et cela fait que sa rédaction reste…disons, comme en a-plat. En revanche, s’il m’énerve, il me comble par sa recherche solide. Il a bien fait son job de biographe, avec rencontres diverses, —parents, amis, voisins, ex-collégiens, anciens chefs politiques, adversaires même. Terminé, on a une bonne idée du personnage public. Que de luttes souterraines, que de temps passé en caucus, en bagarres, en réunions niaises, —avec la cohorte des malheurs domestiques, familiaux, fils drogué en danger, etc. qui s’ensuit forcément— que de vie gaspillée en manigances politiciennes imbéciles.
Oh les calculs qu’il faut faire pour monter, pour combattre. Pour tenir. Pour réunir. Il y faut une âme de militant paroissial et aussi d’idéaliste entêté. certes…bien souvent, sordides batailles coulissières, perpétuelles, pour émerger sans cesse, se reprendre, s’excuser, réparer les bourdes, consoler les blessés, chasser les comploteurs… que de trivialités stupides. Un métier ingrat, impossible.
On sort de cette lecture de Vastel —qui sait la musique par cœur, y rôdant depuis si longtemps et on est en confiance — partagé : est-ce qu’il faut être un saint ou un imbécile pour accepter ce fatras infâme, ces combines obligatoires, ces longues veillées avec, parfois, de fieffés imbéciles qui ne cherchent qu’ à se donner du lustre. Je ne sais pas. Je ne sais plus. C’est fascinant et triste à la fois.
Le pouvoir est une corruption totale et il faut arriver à l’obtenir par les plus vils moyens à l’occasion mais s’en sortir comme lavé. Un art difficile, on l’admettra. Comment donc y parvenir ? Par des gestes uniques. Une vue forte. Un but grave .De Gaulle comme Mitterrand, Churchill comme Kennedy, tous, ils firent de sombres magouilles un jour ou l’autre et ils réussirent à émerger en…grands personnages. Quoi ? Ce misérable tas de petits secrets (éventés souvent dans la bio de Vastel) dont parlait Malraux. Sais pas.
Et le livre de Michel Vastel sur la vie de Landry m’a servi d’aide-mémoire des temps récents, cela du RIN de 1960 ou putsch —de Gérald Godin, poète et député— anti-P.-M. Johnson… C’est excitant, on oublie si vite l’histoire qui est en train de se faire. Hier, aujourd’hui, demain.
Allons voir si l’école des jeunes chefs a bien fait se devoirs du jour…J’ai faim.

Le dimanche 27 janvier 2002

Le dimanche 27 janvier 2002
1-
Hier la beauté solaire nordique, ce matin, à « bloody sunday » tout bêtement blanc, pas un seul trou dans le couvercle céleste. Tant pis ! Ayant revu la jeune beauté de Daniel Gadouas dans « Un dimanche… » à ARTV, j’ai eu souvenance amère d’un projet. D’abord dire que j’avais souhaité le jeune Gadouas pour incarner mon « alter ego » de La petite patrie. En suggérant l’acteur au réalisateur, ce dernier refusait net : « On a eu du mal avec lui, récemment, il a fallu le refroidir dans une toilette de studio tant il était barbouillé de drogue ». Ma déception. C’était en 1974. Certes Vincent Bilodeau, choisi par Florent Forget, me fit une réincarnation adolescente bien parfaite.
Plus tard, vers 1979, avec la promesse fallacieuse des dirigeants de la SRC du temps (J.-M. Dugas et J.-C. Rinfret), je songeais à une dramatique que je voulais rédiger et réaliser moi-même sur Rimbaud et Verlaine. Le « boss » Rinfret me disant « Oui, mon Claude, on va te laisser faire une réalisation », je voyais un duo singulier : Jean-Louis Millette en Paul Verlaine envoûté, comme on sait, par son jeune et génial compagnon de rimes et, lui, oui, lui, Daniel Gadouas, en Arthur Rimbaud impétueux, iconoclaste et… fou. Je préparais avec enthousiasme le scénario et…vint la remise « aux calendes grecques » bien connue. Hélas, oui, mon projet « tomba en quenouille » , sombra dans « l’abîme du rêve » (Nelligan) vu le manque de parole du boss. Ma déception encore !
C’est dire comment ce jeune Gadouas, qui avait ce côté, cet aspect, fiévreux et romantique de Daniel Gadouas, son papa, hélas suicidé par défenestration, m’inspirait fort !
2-
On imagine pas comment écrire ainsi un journal sur Internet change un tas de choses. La certitude d’être lu à mesure qu’un ouvrage se fait… effet bizarre, je vous jure ! Rien à voir avec le fait de rédiger un livre dans la solitude, pour un lectorat inconnu, encore à venir. Ça change tout. Je suis excité certes par cette neuve réalité. Une première ! La centaine (ou 200 ?) de lecteurs fidèles fait que je les sens comme au-dessus de mon épaule. J’ai des envies de dialoguer. Je me retiens de ne pas interpeller ces gens qui voient le livre sec faire à mesure. J’en suis comme… gêné. Je dois oublier que l’on pourrait intervenir, m’expédier un courriel pour commenter, à chaud, l’itinéraire « in progress » de ces « Journées nettes ». Je me sens comme en danger. C’est fou.
Quand sera publié en livre ce journal « spécial » est-ce j’aurai biffé, changé, censuré des choses ? Je ne le sais pas encore. Devrais-je couper des éphémérides ayant perdu du sens ? Le manuscrit sera-t-il trop lourd, trop épais ? L’éditeur voudra-t-il tout prendre dans six mois, en fin de juin, pour un bouquin à paraÎtre en septembre (ou octobre) de 2002 ? On verra « dans le temps comme dans le temps » disait Ovila Légaré du « Survenant ».
J’ai très hâte de voir dans les librairies, en avril, ce « Écrire » que je viens de terminer. Avant-hier, Beaulieu l’exige pour sa série, j’ai envoyé à Trois-Pistoles un dessin (Don Quichotte et le Sancho) et une page manuscrite. J’ai mis six ou sept textes lyriques au beau milieu de ce bilan sur le métier (!) d’écrire…qui n’en est pas un, bien entendu comme je le répète dans « Écrire ». C’est aussi une manifeste, un pamphlet par bien des côtés. Il y a que, en dehors du portrait de l’écrivain « raté », j’ai voulu y semer un peu de « littérature » en cours de cette confession très prosaïque, très « factuelle », aux aveux francs. J’en suis si fier, si content.
J’ai mis du temps à répondre à l’invitation de Beaulieu et soudain, bang, ça m’a pris, ça m’ a emporté, je me suis vidé le cœur et je vais encore, me faire un tas d’adversaires !
3-
Aile et moi avons regardé, à la télé, le troisième et dernier tome sur l’écrivain new-yorkais, Norman Mailer, intitulé « le désenchanté ». Mailer en ouverture : « C’est pas comme écrire un livre. Vous voyez, je parle ici pour la télé, ça ne donnera rien d’important. On va regarder, tout de suite après, une autre émission, on va oublier aussitôt tout ce que je dis maintenant » Lucidité valable ! Mailer : « Aimer, c’est quoi ? Suis-je prêt à donner ma vie pour cet autre ? C’est la seule vraie question. Suis-je disposé à mourir pour lui ? » Aile et moi, nous nous regardons, gênés. Mailer qui dit parfois de niaiseries, qui est contradictoire a de ces moments forts ! Revenu de l’action politique, vieilli, Mailer cherche des veines, comme il dit : »L’écrivain est une sorte de mineur et si un filon s’épuise, il cherche ailleurs. » Il crache des sentences définitives sur Johnson, Nixon, sur Reagan, des « crachats » vraiment. Et il n’a pas tort. Il donne un verdict terrible sur la popularité de Ronald Reagan : « Les gens l’aimaient, il était nul mais si gentil, aucune idée solide, du charme (je songeais au charmant Brian Mulroney copain comme cochon avec ce Ronald-duck). La nation ne voulait que cela, « être charmée ». Il a parlé de l’immense bavure des Américains en Somalie, un Vietnam bref, et ce sera, deux jours plus tard pour gommer cela —et aussi le scandale « l’argent sale du trafic des armes » versé aux « Contras » du Nicaragua— l’invasion niaise de la Grenade (1983), une farce, dira Mailer. « Uncle Sam » enfin vengé de ce maudit Vietnam. Les réjouissances candides partout pour avoir pu chasser déménager un millier de pauvres ouvriers cubains « communistes » ! « On a gagné une guerre ! » Une « joke » ricane Norman Mailer. La guerre au Koweït, elle, lavera vraiment dans l’imaginaire américain la honteuse défaite du Vietnam. Un besoin urgent !
Plus tard, Mailer va creuser le filon « condamnés à mort ». Il va publier sur Gilmore…qui sera gracié et qui en sera révolté, qui insistera pour être exécuté comme… on le lui avait promis ! Mailer, interloqué, ira le confesser. Gilmore l’insistant sera exécuté le 17 janvier 1977. Et puis ce sera un autre livre, sur Abbott, autre condamné à mort (Random House, éditeur) sur qui Mailer va écrire combattant sans cesse la barbarie de la peine de mort. Ce dernier, lui aussi, sera gracié. Sortie de son pénitencier. Et puis, l’horreur : Abbott va tuer un homme (poignard) quelques semaine après sa libération ! Mon Mailer sur le cul ! La culpabilité alors. Cela fit couler beaucoup d’encre à l’époque et Mailer dit : « Arès cela, les exécutions capitales montèrent en flèche aux USA ». Ah oui, le « désenchanté ». Surprise d’Aile et moi en l’entendant proclamer : « Il n’y a qu’une vraie mort dans la vie et c’est la mort de l’âme. Des gens meurent avant de mourir. Quand votre âme est morte, c’est déjà la fin ! La mort qui viendra ensuite, ce n’est plus rien. » Chapeau ! C’est tellement vrai ! Il a affirmé que les USA qu’il aime, dit-il, comme on aime sa femme dans un mariage en crise (!), c’est « place à l’exportation de nos produits », point final. Un monde de spéculateurs. Dit aussi qu’il y a trois problèmes graves : les drogues, les Noirs et la pauvreté. Il craint une récession car, dit-il, le sort des Noirs et des pauvres sera effroyable si on revivait les années de la grande Crise de 1929-1939.
Il a dit que, jeune, il a lu Marx, dès 1949, et que cela l’a aidé à comprendre que toute société repose sur une structure et qu’il faut bien la connaître (« le Capital ») si on veut changer les choses. Il est allé en URSS en 1984 et a saisi que, partout, la misère est le lot des petites gens…
Mailer fit une parenthèse sur l’assassin de Kennedy (il a écrit sur lui comme sur Marylin Monroe) qui s’était déjà volontairement exilé au « paradis promis » des travailleurs,
l’URSS, y avait travaillé, avait compris que « l’ouvrier non-spécialisé » est un perdu, un diffamé, un exploité, un no-body, en URSS comme aux USA et que cela avait armé son bras meurtrier. Cer tueur de Dallas voulait se signaler, il refusait d’être un « rien ». Mailer à Moscou découvre le mensonge USA. MOSCOU n’avait rien d’un danger grave, n’était pas un monstre dut tout. L’URSS, déjà, était ruiné, à cause de la guerre aux armements aux USA. « Cette fédération n’ avait pas du tout les moyens de rivaliser avec l’industrie capitaliste de l’armement. C’était un « tiers-monde », pas du tout le Satan que Washington voulait faire accroire aux candides citoyens. De là l’écroulement, l’essoufflement, l’écrasement final en janvier 1990.
En fin d’émission, Mailer répète que l’écrivain cherche à comprendre. Puis à faire comprendre. Ce qu’il croit qu’il a compris, Ne veut que cela : la compréhension, seulement et toujours cela. Bien d’accord. À la toute fin, Mailer crachera sur « l’étiquette » que l’on s’empresse de coller à un auteur. Débat terrifiant ensuite pour la décoller ! Oh oui ! Voir ce « vieil homme et la mer », sur sa plage de Provincetown, au bout du Cap Cod, revenu de tout, amer et serein à la fois, donnait un choc. Je lirai son « Harlot’s gost », démoli férocement par « Time » et Cie, un « nauvrage navrant » a-t-on dit. Curieux de voir ça, un nauvrage littéraire !
Mon ami et voisin, l’anarcho Jodoin, qui refuse de regarder la télé, manque ainsi des émissions captivantes, (signé Richard Copans, ces trois émissions sur Mailer et l’Amérique)le pôvre ami et voisin ! C’est con, je le lui ai dit mais il s’obstine dans sa bouderie.
4-
En ais-je parlé ? Avoir relu l’été de 1994 dans ce « Un été trop court » (Publicor, éditeur ), ce journal intime de quatre mois d’été. Quel plaisir de revivre un temps enfui, recherche de ce temps perdu ! On devrait, tous, rédiger du journal. Aile fort stimulée quand je lui remémorais des faits de cette année lointaine …lointaine ! Il y a quoi, sept ans ?, pourtant que d’oublis.
Sa maman qui sombrait dans la démence d’un âge avancé, les larmes d’aile désespérée en cet été, les pluies diluviennes, incessantes, l’inondation du terrain, la plantation des pins nains. Notre motel, le 218 du Norseman, à Ogunquit, avec de la porte-fenêtre de la chambre, ses crépuscules mirifiques sur la rivière Ogunquit, ses aurores rouges comme sang sur l’océan à nos pieds. Le beau voyage alors ! L’oublie d’une maman, Yvonne, qui coulait dans les pertes de mémoire atroces.
Avons pris trois livres à la biblio du village. Un sur un chef de guerre (anti-soviétique) décédé, Massoud d’Afghanistan, un sur Bernard Landry par Vastel et un tome du journal (Ah ! du journal, me délices !) de ce frère mariste « devenu un réactionnaire fini » publie Martel dans le cahier « Livres » de La Presse ce matin.
Je l’avais lu et l’ai donc pris en vain. Vrai que ce Jean-Paul Desbiens est devenu un frileux, conservateur éhonté, mais il a de la jasette et de l’esprit. Et de la culture. Et j’avais aimé glaner de ses facéties où il s’enrage contre le progrès et la culture actuelle, les us et coutumes d’un monde qu’il craint, qu’il fustige aussi. J’aime bien lire des gens qui sont aux antipodes de mes sentiments et opinions, je trouve cela stimulant. Et puis le célèbre Frère Untel a de vraies bonnes raisons, ici et là, de s’enrager.
Le fameux petit frère mariste, amateur de bon gin, un temps exilé en Suisse par son église très énervée de ses « insolences », fut nommé Grand Pacha, chef édito à La Presse, à la fin des années ’60 et ce sera une aventure curieuse. Durant la Crise d’octobre, il est devenu comme cinglé. Il avait publié : « Il faut fermer le monde ». Aussi : « On est pas des « beus » pour chier en marchant ! » Il fut censuré par les proprios de la « Power Corp. » Vers la fin, il semblait hésiter à condamner les terroristes… il fit rapidement ses valises dans une sorte d’hébétude bizarre. Il fait allusion, ici et là, dans son journal, pétillant par longs passages, à ces vieilles chicanes…. avec tant de monde. Martel est cruel : « un réac fini ? » M ais non, Desbiens est plutôt un nostalgique des années du bon vieux temps catholique québécois, en cela, qui n’est pas nostalgique de sa jeunesse perdue ? Martel ? J’en douterais. Beaucoup.
5-
Hier, samedi, à Télé Québec, encore deux bons films et sans les putains de chiennes de maudites de décervelantes de dégueulasses d’infantilisantes de gnochonnes de criardes de mécréantes d’insupportables de…publicités ! Ouf ! Ça fait du bien.
Deux films de Claude Miller. D’abord « La classe de neige » de Carrère. Un récit haletant, terrifiant, bien mené. Celui d’un garçon dominé par son père incestueux, un malade pathétique, pédophile. Ce père inquiétant a rendu son enfant paranoïaque. Quel bon récit filmique de Miller.
Ensuite, T.Q. offrait, toujours de Miller : « La chambre des sorcières », vu au cinéma, que j’ai pris grand plaisir à revoir. Une histoire en apparence banale :une étudiante (30 ans) —amante d’un homme marié— en anthropologie qui doit se faire hospitaliser pour les nerfs, ses migraines et ses coliques monstrueuses. Anne Brochet ( la jeune fille dans « Cyrano » avec un Depardieu inoubliable) joue fort bien cette chercheuses de signification chez les Africains primitifs et, à l’hôpital, la voilà avec des soignants exilés d’Afrique. C’est subtil et très brillant. Sa science la rejoint en effet. Sorcellerie en chambrée (à trois) ? On voit une poule noire, des singes, des bébés criards, tout vire en un cauchemar qui l’accable. Qui la trend encore plus névrosée. On y voit, voisine de lit, une vieille dame inquiétante comme ce gourou dans le « Juliette des esprits » de Fellini. Cette vieille Éléonore, sorcière de nuit dans la pouponnière, renverse ! Une sorte de folle avec plein de sous-entendus, d’allusions. Vraiment un film bien fait. Cette « Chambre… », je le reverrais encore C’est tout dire. Le neurologue impuissant est brillamment interprété par le québécois doué Yves Jacques.
6-
Hier au souper —­agneau d’Australie, d’Aile aussi, rouge et rose, yum!— ma compagne s’épanche : « à Hull, fillette, j’avais deux bonnes amies fidèles, les petites Rochon, il y a eu déménagement et aucun adieu, rien, pas un geste, pas un mot, pas « d’au revoir». Longtemps après j’y repensais parfois et je ne comprenais pas comment on peut en arriver à se séparer de telles camarades sans un signe, sans rien. Ça me fait quelque chose ces façons de faire de ce temps-là. »
Et c’est si vrai. Les enfants suivaient docilement les parents et il n’y avait, hélas, pas d’espace pour l’expression des sentiments. « Ensuite, il y a comme une petite blessure », dit Aile. « Que sont-elles devenues ? Je ne sais pas. Je n’ai plus rien su d’elles. »
J’ai raconté à CKAC, pour la Saint Valentin de l’an 2001, une coupure de cette sorte. La petite Carrière que j’aimais tant et un matin… les rideaux partis aux fenêtres, leur porte d’entrée entrebâillée, plus personne. Le proprio qui me dit : « Cherche-la plus, attends-la pas, ce matin les Carrière sont déménagés en vitesse et je sais pas où ! »
Soudain, Aile : « Bon, assez jasé et je veux pas voir ça dans ton journal, hein ? » Je n’ai rien promis. Je ne comprends pas, je ne comprendrai jamais pourquoi, si souvent, les gens veulent garder pour eux des choses aussi simples, aussi belles, aussi attendrissantes surtout et qui ne sont pas des secrets personnels. Il va de soi qu’il y a des intimités qui ne se répètent pas mais…là, ce souvenir de petites amies perdues…
À ce propos —coupures d’amitiés et Saint Valentin— si Guy Lachance, réalisateur à CKAC chez Arcand, m’invite encore pour un conte, j’ai le choix : il y a la boiteuse sur son balcon, la jeune juive au bras marqué d’un numéro nazi, ou la jeune beauté sourde et muette en visite au musée naturaliste des Sourds, rue Saint-Laurent. J’avais aussi songé à ce jeune oncle, Fernand P. qui voulait me « matcher » à une petite guidoune du Faubourg à mélasse. Je verrai.
7-
Ça jase partout du procès qui va se faire en grandes pompes pour John Linch, cet étonnant jeune américain caché parmi les terribles talibans « fous de Dieu », d’Allah, pardon ! Divorce, le père, un avocat bourgeois de la Californie, décidant d’assumer son homosexualité ! Et bang ! conversion de John à l’islamisme radical. Exil. La mère, une photographe, venait de se convertir au bouddhisme, elle !
Oubliant la magouille des dirigeants et souteneurs de W. Bush, dans l’empire « Enron », qui se sauvaient avec la caisse avant de déclarer faillite, de ruiner les milliers d’actionnaires ordinaires, ce sera le « show Linch ». Une pertinente diversion, genre « foire O.J. Simpson » et ça arrangera le Président Bush, cette cohue, cette ruée aux écrans de télé.
Ce matin, « La presse » du dimanche, entrevue de ma collègue romancière, Monique Larue. On lit qu’enseigner la littérature française (à Edouard Montpetit ou ailleurs ) quand la jeunesse n’en a que pour les images et le rock anglophone n’a rien d’une sinécure. On l’imagine en effet. On lit aussi à propos de la mort récente du célèbre sociologue Pierre Bourdieu que ce dernier était « un chef de secte » et « dominateur » avec ça ! Eh b’en ! Le captivant Robitaille de Paris en profite pour parler de Jean-Paul Sartre « stalinien pendant 25 ans », de Sollers « maoïste zélé », de Foucault « pro-Komeiny-intégriste », ajoutant en citant Gluckmann, qu’il y a des Socrate :ceux qui questionnent sans enrégimenter et des Platon, se voulant conseiller du prince au pouvoir. Bravo ! Il oppose à un Althusser du genre Platon zélé à un Edgar Morin plutôt, lui, sage socratiste (sic).
La vérité.
J’ai croisé le fameux sociologue en studio dans le temps. En effet, un homme sage, rieur, ne se prenant pas pour un autre, curieux des détails techniques de cette télé d’ici, bavardant volontiers avec le décorateur que j’étais. Edgar Morin rentrait d’un séjour prestigieux, californien, où il avait été bien reçu et avait hâte de revoir Paris après le Mai’68. Robitaille fait aussi des liens perspicaces entre un Bourdieu, en 1995, à 65 ans, jouant l’ouvriérisme vindicatif chez les grévistes du transport et Sartre, vieillard à demi aveugle, en 1969, chez Renault en grève, grimpé sur un tonneau pour ses prédications maoïstes.
Fini ces intellos dominateurs, les guides autoproclamés du populo ? On dit que c’est le temps du scepticisme, du doute. Les nouveaux philosophes (Sartre, énervé d’une relève qu’il n’avait pas couvé, disait d’eux :des agents de la CIA !) sont plus prudents. Bernard-Henri Lévy reste celui qui est tenté par un rôle de gourou du peuple. Le seul peut-être. Norman Mailer, j’y reviens, a fini par dire ayant compris la vanité des « combatifs par l’écriture » : « J’ai compris tard qu’un intello, un écrivain, ne peut guère influencer la vie courante ». C’est le rôle des politiques quand ils osent avoir des politiques et pas seulement des opinions faciles pour joindre la faveur des sondages. Bourdieu a tout de même publié : »Les chiens de garde », une charge anti-médias percutante, un brûlot qu’on dit terrible, que je cherche à me procurer.
8-
Pierre Vennat, ce dimanche, parle de Lemelin qu a fait connaître « sa pente douce », de Beaulieu et son « Trois Pistoles » illustré, de moi et mon cher Villeray-Petite patrie. Il oublie Tremblay qui a su raconter son Plateau des années ’50 et ’60. En effet, un des rôles de la littérature est d’illustrer ses lieux d’origines. Plusieurs le font mais tant d’autres sont comme déracinés, on ne sait trop d’où coulent leurs sources, ils sont même fiers d’être comme sans origines précises —ils viennent de nulle part ! Un choix certes. À mes yeux une bizarrerie et fréquente !
Un jour, quelqu’un m’avait soufflé : si tu avais été, jeune, abandonné, malheureux comme les pierres, enfant triste, délaissé, jamais stimulé, perdu même, tu ne raconterais pas tant ton enfance, ta jeunesse. Je m’étais dit :ouais, vrai sans doute ! Il faut avoir obtenu au moins un peu de bonheur, jeune, pour vouloir tant se souvenir.
Le téléphone sonne : un certain Chapdelaine. Il a étudié à L’École du Meuble lui aussi, devenant ébéniste. Il habitait mon coin, jeune, il vit maintenant à Grande Vallée en Gaspésie et il m’invite à y aller le visiter. Il compose des poèmes, il a « composé » sa maison avec beaucoup de bois d’épave. Un logis en… »drift wood !Il ne lit pas J.N. car il n’a pas encore l’ordinateur, m’explique-t-il. Jasette ad lib. Il a bien connu mon jeune camarade Roland Devault. Un de mes héros impétueux dans « Enfant de Villeray », livre qu’il vient de lire avec, évidemment, beaucoup d’émotion, affirme-t-il, étant du quartier.
Un livre fait cela parfois : une sorte d’union de pensée formidable. Nous raccrochons après vingt minutes. Cela va lui coûter cher…de tant se souvenir !
Un certain Jacques Gélinas avance que la globalisation mènera au totalitarisme. Bigre ! Ça se peut. Tiens : ce chercheur dit aussi que l’argent à blanchir jouit de la complicité de tout le système en place. Jacques Gélinas, haut-fonctionnaire retraité mais resté actif, fonde trois choses : L’État, les grandes compagnies (transnationales) —les deux sont de mèche ces temps-ci face à la globalisation— et enfin, les consommateurs (nous).
Il n’y a plus de… « citoyens » déplore-t-il, pour les États et les entreteneurs géants. Il n’y a que des consommateurs ! Gélinas déclare que les élites sont sans aucune morale, qu’il y a défaitisme, abandon. Les gouvernements se taisent aussi, la peur de l’économie contrôlée par les gigantesques machines commerciales. Il n’a plus confiance qu’en ce mouvement naissant, qui débutait à Seattle, qui a fait son grabuge au Sommet de Québec…et qui continue. Il veut que cela grandisse, il compte sur ce réveil des citoyens, la seule vaste planche de salut.
Enfin, « La presse » parle de « Le liseur » un livre qui obtenait une audience fantastique…Son auteur, un Allemand, assure que jamais l’Allemand ne pourra arracher la page noire du nazisme. Que les jeunes tentent pourtant d’effacer ce souvenir odieux, atroce, dont ils ne sont pas responsables mais qu’il n’y aura jamais, jamais, rien à faire. J’y pense très souvent. En effet, comment charger des Allemands nés… disons en 1980 ou 1990, des méfaits intolérables commis par les grands parents, complices ou témoins muets ?
Quelle chance nous avons, au fond, de n’avoir été que des enfants, les descendants de modestes colons —abusés par les envoyés de la monarchie versaillaise souvent— s’installant en cultivateurs pour la plupart dans les parages du fleuve Saint-Laurent sans déloger ou chasser les indigènes puisqu’ils étaient, pour le plus grand nombre, des nomades, chasseurs et cueilleurs. Nous n’avons jamais participé activement à aucune guerre grave. C’est une chance. Je me demande ce que je serais si j’étais un Allemand. Je les plains. Le nazisme a imposé une tache noire indélébile, pour des siècles à venir, sur ce pays. Les grands musiciens et les philosophes de cette nation, eux-mêmes, en sont éclaboussés. Il faudrait que je lise… « Le liseur ». L’étudiant allemand tombant amoureux d’une employé de tramway plus vieille que lui, analphabète et qui, il va le découvrir, trempa dans le nazisme…Faut que je déniche ce livre. Voilà ce que fait de bons « papiers » du cahier Livres.
Je tiens à terminer cette Journée…nettoyée avec ceci qui est grave : « Le langage pédagogique est l’opposé absolu du littéraire… il ne peut engendrer aucune compétence langagière. » C’est le héros du dernier roman de Monique Larue, je l’ai dit plus haut, prof de littérature dans un cégep qui parle par sa bouche. Ça donne à réfléchir sur tous ces cours de création littéraire, ces ateliers spécialisés, ces séances offertes par des auteurs connus. Dans mon « Écrire » qui va vers un imprimeur bientôt, je fulmine contre ces arnaqueurs, je fustige ces attrapeurs de nigauds. Pour écrire, c’est tout simple, il faut prendre un crayon ou un stylo, et du papier. Ou un clavier. Oubliez les Marc Fisher, Arlette Cousture ou Réjean Tremblay ou Dominique Demers…oubliez ça. Ne gaspillez pas vos sous.

Le jeudi 24 janvier 2002

Le jeudi 24 janvier 2002
1-Ça continue, un hiver tout doux. Je devine que cette absence de neige n’arrange en rien, les industriels du ski. Ici, c’est dans l’air cette ambiance  » commerce et tourisme « . On le sent à des riens, par exemple, les mines maussades des restaurateurs, des hôteliers. Je n’y peux rien, n’étant pas du tout dans ce monde, un tel hiver fait très bien mon affaire à moi. Ce matin, une clarté diffuse tentait de combattre un ciel bourré de blancheur opaque. Qui triomphera ? On verra.
J’ai terminé hier soir, au lit, ce  » Évadé de la nuit  » de Langevin, publié en 1951 qui m’avait comme envoûté à l’époque. J’ai dit ma grande déception. Langevin lui-même serait d’accord. Incroyable monde de noirceur indicible. Au départ, le père meurt, le fils, le héros, Jean, en est comme soulagé L’enfant a été parqué dans un orphelinat….J’ai songé à un roman de Langevin :  » Une chaîne dans le parc « , où l’auteur raconte l’orphelin maudit. Or, nous savions qu’il l’avait été et la lecture de ce captivant livre s’en trouva comme augmenté d’intérêt. Non mais combien sommes-nous à vouloir traquer la vérité au travers les proses qualifiés de  » roman  » ? Normal ? Humain. Comme rien ne se fait de rien et qu’  » aucun écrit n’est innocent « , il est facile de conclure qu’un texte soi-disant inventé doit forcément beaucoup à ce qu’a pu vivre son auteur.  » Évadé de la nuit  » voltige de mort en mort, c’ est l’hécatombe, on y voit sans cesse les méfaits de l’alcool et là-dessus aussi, hélas, l’auteur sait de quoi il jase !
2-
 » Les vieux dehors « , voilà une réalité. Troublante, émouvante confession, là-dessus, d’un ex-ministre dans La Presse de ce matin. Hier soir, à TVA, c’est  » le petit  » bom  » favori d’Aile « , le ministre Chevrette, qui s’en choquait, s’en désolait, face au gros Nonours Paul Arcand. Soudain, étonnement de tous et du questionneur, le Chevrette, en verve de confidences, révèle qu’on lui a offert un demi million de dollars dans deux valises au bureau du parti, rue Saint-Hubert. Paul :  » Vous avez refusé mais n’avez pas alerté la police ?  »  » En effet, il y avait là une tentative de corruption flagrante. Réponse peu crédible de Chevrette et, plus tard, du chef Jean Royer.  » Bof, bah…  » Mon œil ! Là encore, il faut comprendre que ces pratiques sont fréquentes ne surprennent pas (pas du tout !) ces zigues à coulisses variées. Il y a refus. Bravo. Mais pourquoi ne pas aller plus loin ? Hum…C’est un manège délicat. Si tu frappe là, il peut y avoir une chaîne…Chaque gang a ses secrets. A ses erreurs. Si l’un accuse, l’autre (qui peut être le corrupteur lui-même)sortira de sacrés squelettes, bien embarrassant, dans de vilains placards.
Alors ? On joue le jeu. Il y a la peur…Le  » Tout finit par se savoir « . Accepter le fric des pégrieux —craignant l’étatisation des vidéos poker qu’une loi de Bourassa défendue part le pieux Ryan— était un risque grave.
Mais…que j’aurais voulu être dans le bureau du petit père Royer à ce moment-là. Des secondes de stupeur ! D’hésitation ? Mais oui, mais oui ! Ce sera  » non, et sacrez-moi votre camp d’icitte « . Point final. Oh que ces vieux routiers des favoritismes divers connaissaient la musique ! Si j’étais riche et oisif je chercherais une loi et j’ attaquerais en justice les Royer et Chevrette pour  » refus de dénoncer malfaiteurs corrupteurs « . Il y a dans la loi :  » Refus d’aider personne en danger « , non ?
Soyez sûrs d’un fait : le gang libéral de John Charette ne bougera pas d’une oreille sur cette affaire.
L’état s’enfoncera dans le style maffia, la loi sera votée. On disait avec une moralité bien dégueulasse  » La pègre y fait tant de sous « …des millions , alors, à nous tout cet argent d’un vice connu. Ce matin un correspondant étale les ravages de Loto-Québec qui offre des cadeaux (oui, oui) à ceux qui sont compulsifs de ses casinos ! À vomir, non ?
Ces permis d’exploiter ces machines maffieuses…que de bons moyens de récompenser les amis des partis politiques. Je me souviens du permis (de vente de billets de loterie) accordé prestement à la veuve de Johnson…Patronage toujours ! Et n’imaginez pas un type louche avec lunettes noires pour le demi million dans deux mallettes, rue Saint-Hubert ? Non, non, un digne membre du barreau, une distinguée avocate qui a fait  » son cours classique  » comme on dit.
Cette affaire du demi-million s’est retrouvée dans toutes les gazettes ce matin sans commentaires graves sur la non-dénonciation. Journalisme d’amateur. Prudence ? Copains comme cochons les gens des journaux et de la politique. Vous le savez bien. Mon Arcand doit jour de son succès en tous cas
3-
À Historia hier : les protestants s’installant en nombre à L’Acadie proche de Saint-Jean-Richelieu. Nos gens y adhérent. Mais dix ans plus tard, 1840, Mgr Bourget, grand zélateur en piété, monte au zénith. La religion va consoler la terrible défaite des Patriotes de 18437-38,  » mes bien chers frères, rien ne sert de se révolter, bonnes et pieuses ouailles laissons régner sans vraie démocratie nos bons maîtres les angla « . Papineau se trompait !  » Les catholicards triompheront et le calme moutonnier s’installera pour une centaine d’années ! Jusqu’en 1960 quoi. Les protestants sont mal vus dès lors. On les invite à  » se convertir  » ? Plusieurs, intimidés, le feront. C’était du joli la tolérance religieuse chez nos chefs catholiques ! J’aime beaucoup ces capsules d’histoire avec Claude Charron, fort instructives.
Vendredi matin, hâte d’aller voir une fresque du fameux Cosgrove, celui qui alla, tout jeune, étudier au Mexique où l’art des murales triomphait avec Diego Rivera, Orozco et Sequeiros). C’est au collège Saint-Laurent où étudiait mon fils, Daniel. On avait recouvert cette  » moderne affreuse bebelle  » dans le temps. Cosgrove, maintenant, est fort coté à la bourse de l’art ! Alors on va monter le trésor ! Le frère d’Aile, Pierre Aile (!) directeur des études à ce cégep, insiste pour que j’assiste au dévoilement nouveau (!) pour que j’aille visiter la chose rénovée ! Je suis curieux.
Avec Carole et son Pierre-Jean dit Spooner, théâtre samedi soir. Une pièce —en reprise— se déroulant au pôle sud, dans la zone glaciaire du sud ! Critique unanime, donc pas de mauvaise surprise ! Les Cuillierier (ouch ! ce nom !) et Aile sont des théâtreux terribles. Moi…prudent…Quand c’est plate au théâtre c’est atroce. Au cinéma vois pouvez vois rabattre sur les paysages, les décors extérieurs, le mouvement quoi…Cela s’endure mieux ! Mon opinion quoi !
4-
Un documentaire —merci zapettte— sur Medhi Ben Barka, assassinée à Paris très mystérieusement, un bon film de Costa Grava l’illustre las cochonnerie sous De Gaulle— cet indépendantiste marocain qui fit de la prison, jeune, deviendra Président d’un Maroc libéré de la France avant l’Algérie. De la bonne télé ! J’aime. Hélas : des pubs là-aussi, merde !
En 1942, le débarquement américain aida aux secousses de la décolonisation, de l’exploitation des puissances d’avant 1939. Roosevelt, disait-on, jetai de l’huile sur ce feu. Quel désintérêt hein ! Ouen ! Il y eut ddes manifs d’abord, des émeutes aussi, des chicanes de clans, c’est inévitable, communistes contre progressistes prudents, royalistes (Paris ramena, de Madagascar, le roi en exil du Maroc) contre républicains, etc.
De la sacrée bonne télé, loin des niaiseries des  » Mamies « , où Lise Payette – qui n’est pas une créatrice, pas une artiste— montre ses idéologies militantes et empêche le naturel des intrigues etc des actrices de se faire valoir. J’en assez regardé pour percevoir une fois de plus que les idées ne font jamais, jamais, jamais, de la bonne dramaturgie, partout, au cinéma, au théâtre ou à la télé. Sauf exceptions géniales.
5-
Aux  » Francs –Tireurs « , T.Q., où, (hélas !) Richard Martineau joue à l’acteur comme un pied, parle mou et efféminé comme le gros comique Parent, offre d’un débat sur le  » bon frança  » entre un auteur, Jean Bienvenue, et mon Gilles Proust. Dialogue de sourds : tout le monde est pour la langue mieux parlée, Proulx qui n’est pas un artiste, ni un créateur,(telle Payette) est incapable de faire la différence en matière de niveaux de langue, il ne comprendra jamais ce que veut dire la musicalité d’un patois, d’un slang. Il est borné là-dessus. Le débat tourna donc à vide. Perte de temps.
Quelle impasse ce  » La famille « , série de télé, un produit raté par SOVIMAGE. Ambiguïtés, longueurs, policiers niais, potaches, coupures futiles d’un lieu l’autre, redites, enchevêtrement des faits, un fouillis d’amateur, une longue connerrie visuelle où une chatte retrouverait jamais ses petits. Ah oui, si j’avais encore colonne ou micro : bedang ! Je fesserais ! J’en ai assez parlé. C’est fini, Dieu merci !
C’est le juge italien Atoli, qui déclarait :  » Si on stoppait l’argent sale ce serait l’effondrement —assurément— mondiale des économies des États ! » Je m’en reviens toujours pas. Ceci explique cela : Les polices qu’on décourage. Les enquêtes avortées, et ce caïd pincé à Toronto dans sa luxueuse villa, enfin mis en prison :  » Il fera le sixième de sa peine. En 2003, il sera remis en liberté ! « , disait le commentateur de  » La famille  » avec sa voix imbuvable, celle des pubs de  » Canadian Tire « .
C’est rare mais le  » Bureau au si beau bureau « , hier, a raté son interview avec l’intellectuel parisien, Atali. Une platitude grave. Des phrases d’ un conformisme assommant ! Bureau a fait  » patate  » complètement avec sa navigation cucul entre nomades riches (ordi-portable, celllulaire et avons ) et nomades pauvres, enfin, nous, les  » nomades entre-deux « , comme moi sans cellulaire, ni portable, ni  » avions-à-air miles points « , nous les  » demi-pauvres  » avec Internet et jeux électroniques, comme disaient les deux larrons qui divaguaient. Ça arrive, le brillant Atali pas inspiré pantoute ! Rien ne cliquait. Perte de temps. Bon, je crois que je vais lire davantage désormais !
6-
J’y reviens : mon Chevrette qui déclare :  » Les compagnies, les entrepreneurs, ils gaspillent leur fric, ça sert à rien les démarcheurs payés, les projets de l’État sont  » normés  » (avec règles à suivre strictes, formulaires, devis visés, soumissions publiques…  » Ah ben ! Oh bin là ! Je ris. Allons, le contact personnel, le bon ami du ministre, le bon petit repas arrosé, la partie de golf, allons ! Mossieu Chevrette parle pour rien dire ! Mensonge : les petits copains, les petits amis, c’est évident, cela favorise les prises de  » contrats « , pas juste les prises de  » contact « . Mensonge vicieux mossieu Chevrette ! Est-il innocent et candide ? Oh non ! je l’ ai vu de près le  » bom chéri d’Aile  » du temps de CJMS : il y a pas plus malin, pas plus ratoureur, c’est un vieux singe et fort intelligent.
Vrai que le Canada est mal connu des grands boursificateurs du monde industriel. Des fameux  » six « . Il est le numéro 7 et on dit que c’est les USA qui forcèrent le gang à l’admettre pour équilibrer les continents. Bon. Cela peut faire, en effet, que les bourses méprisent le dollar de ce petit Canada et fait que le huard soit tombé. Si bas ! J’y crois. C’est une vieille histoire. Malheur aux petits !
Miss Thibault à TVA aux actualités prend souvent une vox traînante, comme lasse, souvent, elle devient…quoi ?… lymphatique. Donnez-lui du Prozac ou autre chose. C’est plate à écouter une présentatrice amorphe…qui somnole…
7-
Je lis ce matin (l’article de l’ex-ministre qu’on a mis à la porte et qui voyait aux sciences) :  » pour le monde du sport (des regardeurs des autres qui, eux, se démènent) il y a 15 journalistes dans un quotidien. Pour le monde des sciences ? Un. Un seul !  » Est-ce assez clair, cochons de pauvres payeurs de nos canards ? On nous méprise.
Fort amusé de découvrir un rapport du Conseiln des arts du Québec : des mots mon vieux, des ternes ma chère…Il y a les  » artistes-boursiers « , aïe ! Il y a les artistes-professionnels « , dites-moi pas ? Quelle belle profession hein ! Il v a eu pour l’année qui s’enfuit :3000 demandeurs de  » B.S, culturel  » et 955 gagnent la bourse, la cagnotte, le gros lot ! Deux sur trois vont se ré-essayer l’an prochain ?
Un tas de chiffres idiots. Et des moyennes. Rien de plus trompeur que cela. Exemple : un groupe de 10 personnes est réuni : 9 vagabonds et un millionnaire. La moyenne dira :  » 100,000 dollars chacun comme revenu !  » C’est cela la stupidité des moyennes !
Enfin, ce Conseil parle de deux groupes : les chercheurs et les créateurs ! Eh b’en… le créateur ne cherche plus ? Le chercheur ne crée rien ? Vraiment, cette soupe de chiffres est un fameux leurre, On parle pas de  » vie des arts  » véritable avec cette sorte de poutine niaise ! Bureaucratie inepte !
Ah la satisfaction de lire mon Foglia ce matin, comme moi, avant lui avec J,N, il fustige éloquemment  » l’État Mafia « , Québec, et ses  » pousse au vice du jeu « . Fameux de faire groupe mais lui il a des centaines de milliers de lecteurs à informer à tenter d’influencer, le chanceux ! Aussi, ainsi, comme je l’ai fait dans mes  » J.N « , il se moque de la PUTAIN de Nelly Arcand et de la TOUTOUNE,…qui, toutes les deux, braillent qu’on ne voit que  » pute et toutoune  » avec leurs écrits, et pas leur grand talent de scripteures !
Léandre Bergeron le frère de feu le  » chic and souel  » Henri-Rédio-Kénadah, n’a rien du chic industriel en petits gâteaux et en pain blanc mou. À Rouyn il fabrique 50 pains (de blé entier) par jour dans sa cuisine ! Oh !. L’État dit :  » ça suffit l’amateur, te faut un vrai local, une organisation technique, des machines  » seurieuse « …etc. L’artisan est un empoisonneur ? C’est ça ? Combien de morts en Abitibi depuis qu’il fonctionne en boulanger naïf ? Danger pour la santé, on va le farmer ! Nos ancêtres en ont pris des risques, non ? Hon ! Des caves ? Avec ces vieux fours à pain  » dououor « , dans le champ ! Frissonnez mortels d’icitte !
Ô bureaucratie maudite… Je connais des fonctionnaires brillants, intelligents, peuvent-ils secouer les confrères cocos un peu, oui ?

Le dimanche 20 janvier 2002

Le dimanche 20 janvier 2002
1-
Retour de notre marche de santé autour du lac. Temps doux par rapport à hier. Un soleil bataillant ferme avec du brouillard pour garder son apport de belle lumière. Une lumière spéciale si souvent l’hiver qui nous fait nous arrêter en chemin, Aile et moi tant cela est… c’est ça, spécial. Hier, samedi, du froid raide. Fenêtres givrées, obligation du grattoir et, après le lunch, on descend Chemin Bates.. Dans l’après-midi s’amène l’ envoyé « véelbéquiste » pour me prendre en photo en vue de la confection de la couverture de « Écrire ». Ludovic (!) est au Québec depuis cinq ans . Il me dit qu’en arrivant il a voulu au plus tôt savoir sur la littérature québécoise. Bonhomme classique, « clic clic » sans arrêt, le petit parasol de soie et on y va. Je ne comprendrai jamais pourquoi en faite tant ! La pellicule doit être bon marché. Une certaine gêne, toujours. Des contempteurs me croient « kid kodak », je déteste cette longue séance et comme pour y échapper, en pensée, narcisse obligé arrose le gaillard à lentilles de propos décousus sur… tout et sur rien. Il écoute et puis, à son tour, pas moins bavard, ne raconte des bribes de son passé.
Il finit par finir, part vers son bus, rue Rockland, et nous nous préparons pour le repas d’ anniversaire, à la Picolla :Marielle a eu 70 ans samedi. Mon cadeau, la carte, mon petit « speech » (ma manie chérie !)le gâteau, savoureux cadeau d’Aile. Table de 14 convives. Le demi-sourd que je suis devenu a bien du mal à suivre les méandres des jasettes, malgré les voix de stentors de la plupart des miens. Je suis rentré satisfait, bien content que mon initiative se soit bien déroulée.
2-
Ce matin, gros petit-déjeuner au « Petit chaudron » en bas de la côte Morin, là où je mangeais il y a plus de cinquante ans, skieur du lieu avec le club du collège Grasset. Revenu au chalet, c’est parti, j’installe mes vieux pinceaux, des feutres, la gouache et je commence cette série de tableaux graphiques que j’avais en tête depuis pas mal de temps. Influence de ces « journées nettes » ? Sans doute : je me servirai s des pages de journaux lus, gardant la date imprimée, m’inspirant librement des photos et des titres pour griffonner de tout. Un « journal » visuelle folichon. J’ai concocté deux « tableaux ». En suis pas trop satisfait. Je devrai trouver une manière, un style, peu à peu. J’ai mis , à l’encre de Chine, des oiseaux, des poissons, des fleurs sur les textes des journalistes. Casse-têtes insolites. J’espère arriver bientôt à allier ainsi le quotidien du « quotidien », en sortir des iconographies fortes. Ça prendra du temps, sans doute. Je garderai les meilleures pages, les ferai encadrer, les exposerai.
« La maisonnette » un œuvre caritative utile, dans « La petite patrie » m’a demandé de mes tableaux pour une sort d’encan. J’en aurai et des inédits. Mercredi matin dernier, une dame Tremblay au téléphone : « Bizarre , j’avais acheté une de vos aquarelles en 1980, voilà que tout le turquoise de votre tableau s’est tout effacé ! Quoi faire ? » Diable ! Je n’au pas su quoi dire ! J’ai fait de piètres excuses. De quoi j’ai l’air…mes vieilles aquarelles tombent en… néant !On dirait une séquence surréaliste d’un film de Cocteau, non ?
3-
Oh le merveilleux Stephen Spielberg (tome 2) chez l’animateur Lipton à ARTV, vendredi soir ! Étonnant de constater la timidité, la réserve, l’humilité aussi, non feinte, de ce cinéaste fort coté dans le monde entier. Ses propos de coulisses pour « Le soldat Ryan », ou « La liste de Shindler », « La couleur pourpre », « E.T., « Jaws », nommes-les, étaient fascinants. À cet amphithéâtre —bourré d’élèves de l’ « Actors studio »— il a répondu à Lipton le questionnant sur la présence du soleil sans cesse : « C’est que la la lumière c’est la vie. Le soleil fait tout, fait croître tout, humains, faunes et flores » Les sous-titres en français sont très bien faits, ce n’est pas toujours le cas en cette matière.
Je m’amuse toujours énormément de voir cette « Catherine » (le vendredi à la SRC) ave la jeune comédienne Moreau. Sa tête de linotte, son imbécile enjouée fait florès, fait feu des quatre fers, un feu roulant. On regarde ce vaudeville télévisé comme on mange des croustilles. C’est agréable, c’est pas nourissant du tout, c’est une récréation de bon aloi. Les acteurs y sont solides et Dominique Michel est courageuse de se mesurer avec tous ces jeunes talents vifs. Bravo ! Elle fait bien son boulot de proprio aux fantasmes insensés. Les scripteurs, efficaces, ne cherchent qu’à produire des répliques (one-liners) plus tarabiscotées les unes que les autres comme le veut le genre burlesque. Chapeau !
Fait frappant : aux USA, on construit une prison neuve chaque mois ! Effarante réalité, non ? Une industrie (!) prospère quand on sait que l’on confie souvent au « privé » l’administration de ces pénitenciers. C’est, tenons-nous bien, 30 milliards de dollars y passent chaque année ! Tout le budget annuel du Québec, ou presque ! Le reportage (« Zone libre » peut-être ?) spécifait :
« la délation y est fortement encouragée, sans cesse, les drogués voient leur sentence fondre de 50% s’ils jouent les mouchards. Imaginez le climat entre détenus ! En cas ce saisie d’un peu de « coke » c’est 15 ans de tôle, minimum !
Un certain Paul Larue, surnommé « Le poudrier » par son étonnant complice. Arrêté à Burlington, Larue acceptait un rôle d’indicateur et sa confession, aux USA via la terrible DEA, a entraîné dans sa chute ce blanchisseur de millions de piastres sales ! Qui ? Un avocat devenu juge ! Oh la la ! L’enquête sera longue —cinq ans— et tortueuse, évidemment ! Un juge ! Ce monsieur « respectable » extérieurement, ce Flahiff ! Un scandale effroyable, on s’en souvient. La digne « madame Justice » en perdait sa balance face à cette « balance Larue » !
Le journaliste Roch Côté a parlé d’une industrie clandestine de …mille milliards de dollars ! Il faut toujours se souvenir de cet Italien, fonctionnaire haut installé, qui osait dire : « L’économie mondiale s’écroulerait si on empêchait soudainement le convoyage d’argent sale. » Une crise économique sans ces banquiers —Suisses le plus souvent— sous-mafia, indispensables pégrieux, dont l’ex-ministre Garneau fut l’un de représentants. Évidement, ça joue les innocents : « Quoi, quoi, on et là pour prendre l’argent offert , on et pas des enquêteurs de police ! » La salade hypocrite ! Le juge Flahiff obtenait trois ans ! Il voulut —c’est stupéfiant— conserver son job de juge ! On lui dira : « non, merci » !Souriez ! Et tous ces banquiers, complices si discrets, ils ont eu quoi comme sentence ? Rien !
4-
Le film « Ali » semble bien fait. Hésitation à y aller voir. Ce sport (cette sauvagerie innommable )devrait être interdit. Que l‘on se casse les jambes, les bras , les reins (Alouette !) soit… mais que l’ on autorise des hommes à se frapper la tête est une ignominie. La tête c’est sacrée, c’est une machine prodigieuse, inouïe, et il faut être con, bête, idiot, aliéné, fou raide (ou misérablement pauvre et mal pris ?) ) pour avoir l’ inconscience de se faire cogner dessus. Oui, l’on pourrait inventer des batailles où les gens se feraient estropier, démantibuler, sortiraient de l’arène
ensanglantée manchots, unijambistes…mais la tête ! Mais… s’assommer à coups de poings sur la tête c’est d’une bêtise qui ne doit plus être tolérer, nulle part, par aucune organisation humaine (surtout pas aux Olympiques !) en ce vint et unième siècle.
Parlant de « garder sa tête, samedi matin, Aile cherche la margarine (le beurre a été banni ici ), ouvre et referme le frigo, se lamente, et puis , elle est là, sous ses yeux. Enragement ! Et moi…je cherche ceci et cela…qui se trouve toujours pas loin. Maudite vieillesse, nous écrions-nous chaque fois. À ces petits signes affligeants, nous prenons conscience que l’acuité de nos sens diminuent et c’est d’une terrible tristesse. Que les jeunes gens qui me lisent le sachent : la vieillesse c’est une sale hypocrite qui nous cache un couteau, un stylo…Sale bête va !
5-
Ce matin , la Cousineau (La Presse) déplore les attitudes intolérables des juifs (venus de New-York où il s’appellent des « Lubavitchs »), les « hassidiques » de son quarter ! Va-t-on la taxer d’antisémite comme on le fit quand je questionnais de la même façon en 1988 ? Elle parle d’un documentaire : « Gardiens de la foi… », demain, au Canal D, donc lundi soir. Elle dénonce ce film de Ian McLaren : « On ne sait rien, on ne nous parle pas du fait que ces orthodoxes ne nous parlent, ne nous retardent pas, jamais… » Ce serait un film banal, plein de banalités niaises ! Qui, quoi fait que jamais personne dans cette communauté d’intégristes « sauvages » n’arrive à dire la vérité ? D’où vient ce refus total de la moindre intégration ? Un mépris embarrassant pour tous les voisins, nous, de ces « fous de Yaveh ». Tous ces McLaren, à mes yeux, sont une sorte de scandale et avec l’argent public en plus. Écœurante langue de bois niaise. Une rectitude politique dangereuse à long terme. Cette tenue religieuse fera naître un racisme, c’est déjà en cours et je le déplore. Ces juifs hassidiques sèment l’antisémitisme comme personne d’autre. Voilà l’horrible vérité que les juifs ashkénazes et séfarades, les yeux bouchés, refusent d’admettre. Ils se doivent de secouer ce racisme éhonté de leurs co-religionnaires d’ Outremont !
Confidence : me voilà stimulé, tout excité par mes travaux de recherches graphiques. J’aime « Écrire », mais c’est moins facile…non, disons…moins libre, non, quoi dire, dessiner, peindre, est plus sauvage, plus vrai, non, maudit, comment dire, barbouiller est pus amusant. Ah, puis au diable, peu importe ce que c’est, le pinceau m’est naturel, la plume (le clavier), moins.

Le vendredi 11 janvier 2002

Le vendredi 11 janvier 2002
1-
L’avais-je oublié, c’est cela l’hiver ? Quelques rares et bénis jours radieux de soleil brutal — propre aux pays nordiques ?— et, bien plus souvent ce gris étalé tout partout ! Comme ce vendredi matin d’aujourd’hui. Bof ! Bientôt mars n’est-ce pas ? Je sais trop bien désormais la vitesse du temps, des saisons. Patientia !
Le « vieux » se questionne quand il examine le monde des nouveaux venus.
Un exemple : elle se nomme Lévy, Conception de son prénom. Son boulot : « réserviste » (?) dans un cabinet d’avocats par les soirs ! Au bord de la nuit, retour de ce boulot, Conception dit aimer visionner des films en arabe, en hébreu ou en japonais, peu lui importe. Quel canal ces films ? Où les loue-t-elle ? Pas de réponse dans l’interview. « Je savoure aussi un film ou sans les images ou bien sans le son. » Eh b’en !
Pour elle « érotisme et ésotérisme », même affaire. (!) Elle se dit intriguée par les « potions » celtes (!) ou égyptiennes, par le Karma Sutra. Aussi par la métaphysique. Seigneur ! Cette Conception cherche, sur Internet, des sites et sur l’urologie (!) et la physique quantique. Femme singulière, hein ? Elle fut barmaid un temps, stagiaire à l’école du barreau… étudiante aux HEC…a quitté car elle déteste « les bancs d’école » ! Bonne Vierge ! Plus jeune, elle fut découragé d’aller étudier en théâtre par ses parents.
Elle élève des escargots !
Les amoureux ? « J’en ai eu ma claque des hommes. » Oh la la ! « Ils étaient comme « mes » enfants ! Elle termine par, tenez-vous bien : « Du jour où je sais que je ne leur apprend plus rien, il n’y a plus d’échange possible et je pars » ! La photo nous montre cette bizarre « enseignante » aux hommes », jolie et sérieuse jeune femme, cheveux sombres, lunettes de la studieuse.
Je vous le redis : un certain « nouveau monde » m’intrigue au plus haut point. Pépère Jasmin, est-ce cela vieillir ? Découvrir des cadets aux mœurs déroutantes ?
2-
Bande chanceux, va !
Je vais vous résumer ce très long entretien du Nouvel Obs avec un brillant psy, auteur de trois volumes sur la question, Boris Cyrulnik. Sujet qui nous tient tous à cœur, le bonheur.
Voici donc en une douzaine de brefs paragraphes, la substantifique moelle de ses affirmations, parfois renversantes.
A- Un enfant dont les parents ne s’occupent pas sera inapte au bonheur ! Il faudra le « réparer ».
B- Tous nos progrès sociaux mènent surtout, au « bien-être », ce qui n’est du tout le bonheur.
C- Issu d’un contexte familial, ou social, qui n’a pas de sens, pas de projet à rêver, à élaborer, on devient inapte au bonheur.
Une grave épreuve, comme contracter un cancer, peut donner du bonheur : enfin une lutte, un combat, un « sens à la vie », qu’on peut raconter.
D- Les médicaments, culture techno-industrielle, tel le Prozac, sont sans effets secondaires graves comme la cigarette ou l’alcool, mais ne sont qu’une solution moléculaire. Ils ne règlent pas « le malheur ». Les solutions affectives et culturelles sont plus importantes.
F- Il y a l’utopie pour rendre heureux. Le vent bien des églises, des sectes, des partis politiques et… les vendeurs de voiture !
G- Jeune psychiatre, les asiles étaient « merdiques ». C’était « notre espoir » : corriger tout cela. J’étais heureux ! Utile, cette « représentation » de l’avenir, d’un progrès. Jeune communiste après la guerre, j’avais une utopie : améliorer l’avenir du monde ouvrier. J’étais heureux.
H- Nous sommes —ça n’a plus rien à voir avec le bonheur— dans une culture du « bonheur immédiat ». Un leurre cette quête de jouissance rapide, d’échappée du réel, via drogues, sexolisme, « don juanisme ». La dépression en est la conclusion fatale, maladie qui ira grandissante en ce nouveau siècle.
I- Les nazis étaient heureux, les membres du parti « Front National » de Le Pen, eux aussi. Les talibans aussi. Utopie nuisible ou non, c’est un fait. Le sentiment « d’appartenance » rend heureux.
Cette solidarité mène au mépris des autres. Cela opère comme un mythe, souvent avec tout un rituel sonore et visuel : musiques, slogans, posters. Il y a un chef, un leader :militaire, prêtre, gourou, chef charismatique, tribun démago…ben Laden. On se distingue des autres, c’est l’aristocratie des minables. Le groupe amène du bonheur; le fanatisme, le racisme, l’intolérance et c’est euphorisant. Surtout pour ceux qui « s’identifient » mal, qui n’ont pas de famille, pas d’amis véritables. Même un voyou de HLM, un délinquant peut savourer cela : « J’ai enfin une identité, j’ai mon gang ! »
La haine rend heureux, c’est un constat.
J- Les mystiques sont des anxieux, l’extase est une défense. On abolit le doute qui engendre malaise. La recherche d’une vérité définitive les inspire, car l’ambivalence leur est source de conflits. Qui dit vrai ? Israélites ou Palestiniens ?
Pourtant le relatif permet de chercher à comprendre l’autre, les autres. Ceux-là rejettent donc l’angoisse de chercher des nuances. Des angoissés se font souvent des « mythes éphémères »; selon le niveau d’éducaton, héros sportifs, vedettes de cinéma ou « médecins sans frontière », intellectuels médiatisés.
K- L’être humain déteste deux chose fondamentalement : la liberté et le bonheur s’y rattachant. La liberté est angoissante. Elle vous tend responsable. Sous un dictateur (tel Salazar au Portugal), on était heureux. C’était simple, le mal venait des socialistes pour les militaristes. Pour le peuple, le mal venait des militaires et des curés. Fin de cette dictature : c’est l’angoisse. Plus de totalitarisme pour dénoncer le mal, plus d’ennemi. La peur d’être maître de son destin.
L- Pour le bonheur, vive la une « double-vie ». Celle du gagne-pain obligé et celle d’une passion, d’un projet personnel. Sinon, avec la retraite, ce sera la dépression. Malheur à ceux qui investissent tout dans le boulot.
Mais pas de rêverie irréalisable, pas de fantasme idiot, On a vu la vraie histoire de Jean-Claude Romand (lire « L’adversaire », ou voir le film qui en sera tiré « L’emploi du temps ») sombrant dans la crasse duperie des siens. Il finit en prison et se réfugiera dans la religiosité.
M- Les liens sociaux, une force. Le bonheur existait dans les petites ville, les campagnes. Cette solidarité peut être aussi une prison. Un carcan culturel étouffant. La femme :une porteuse d’enfants et
l’homme, annexe des machines, un pourvoyeur.
Désormais, il y a l’aventure de se construire une personnalité. Un enfant longtemps isolé, je travaille là-dedans, ne se souvient de rien. Les souvenirs ont besoin d’être reliés aux souvenirs sociaux. Les enfants à qui personne ne s’attache deviennent phobiques. Ils marchent, parlent, très tard. On a pu mieux « réparer » des orphelins libanais qui avaient des amis, un jeune chef, que des enfants avec des parents dépressifs, une mère malheureuse. Puis c’est l’adolescence, la rupture nécessaire. L’ado doit se faire son propre projet.
N- Le bonheur se construit. Il faut du partage. Pas de l’échange, terme commercial limité. « Ensemble, on va faire ceci, cela… » Avec conflit et c’est créateur. Seul, on ne peut rien développer, ni se développer. C’est l’altérité qui fait vivre l’homme en harmonie. L’enfant sans aucune aide va marcher à quatre pattes.
Donc, le bonheur n’est pas un état, c’est un objectif. Faut y aller, partir, tenter l’aventure, mettre les voiles.
3-
Une voix amie : « Tu devrais faire payer pour la lecture de ton journal. Les gens n’apprécient pas ce qui est gratuit, Claude. » Oh, oh ! J’hésite, savez-vous ? La voix : « Vas-y, ils sont ferrés maintenant, ils vont accepter de payer, sois-en assuré. » Non mais… S’i me plait à moi de me faire lire à l’œil ! Mon droit, non ?
4-
Correction, il fallait lire « Puerto Plata » et non « Porto Plata », récemment. Le rocker Éric Lapointe vient de « visiter », quatre jours, la prison du lieu. Nous avions visité l’ancien fort prison, une forteresse antique ruinée. C’était affreux. Sosua, où Lapointe aurait dansé et…consommé…nous avait paru un village bizarre. Tous ces marchands —de chair humaine féminine aussi— étaient encombrants. Loin de la Floride florissante —c’était un premier séjour aux Antilles— cette « république » était embarrassante pour le voyageur qui a un peu de cœur. Tant de pauvreté ! Au retour, nous n’étions pas du tout sûr d’avoir envie de retourner jouer les « gras-durs nord-américains » en de tels parages. Notre brève visite à Puerto Plata nous avait montré très clairement la misère ambiante. On se dit : notre argent de touriste peut les secourir et puis on réfléchit et, enfermés dans notre club-med luxueux, « Iberostar », est-il bien certain que les profits collaborent au mieux-être des indigènes ?
Les naïfs, seuls, vont croire que deux faits ne comptent pas pour la liberté si vite retrouvée par le chanteur pop, Lapointe. Un : c’est une vedette québécoise, danger de le garder en cellule. Deux: l’emprisonnement peut nuire à la venue des touristes. Le bla-bla d’un avocat, du gérant et autres commentateurs, est une belle connerie. Le fabuliste : « Selon que vous serez noir ou blanc… » Jos Bleau, lui, y aurait goûté.
Candeur aussi…vu le « parrain », sir Gagliano, plutôt hilare, à l’aise, confortable, face au Bureau-au-si-beau-bureau, hier soir. Il sait tant de choses. Il a parlé de sa liste de députés de l’opposition, qui font des pressions —aimables et gentilles— pour placer amis et supporters. Il sait bien que de haut en bas de la chère « colline » parlementaire, ça dégringole le favoritisme. Tout le monde fait ce qu’on lui reproche.
Colonne voisine du sbire tout-puissant de Saint-Léonard, journal de ce matin, on lisait : « Bernard Landry veut amener « son ami » le docteur Levine à ses côtés. » C’est de même ! Depuis toujours. Les « cymbalistes » ès médias jouent une comédie d’hypocrite ! Pratte, éditorialiste, a joué de cette innocence surfaite, ce matin. Honte à lui !
5-
J’entends ma chère Aile en train de peinturer la petite toilette d’en bas. Broush, brouch… ! Elle y va !Je lui ai préparé peintures, du blanc et du ocre, baguettes à brasser, pinceaux, torchon… Moi ? Je tiens journal. Je plaisante, elle est de ce genre de femmes qui aiment bien faire de ces travaux virils de temps à autre.
6-
Hier soir, Norman Mailer à T.Q., premier entretien de trois. Pas bien fort. Documents archi-connus sur les actualités de son jeune temps. L’homme est antipathique à mes yeux. Je ne regarderai pas le reste. Sa déclaration : « Comme tout écrivain, parmi les morts aux Philippines, en 1945, je restais froid, emmagasinant pour un roman. » Non, faux, des écrivains s’enflamment devant des atrocités et ne jouent pas les témoins de glace. Très faux !
7-
Suis-je trop romantique ? Ce Labrie qui s’évade d’un fourgon…et court…et court…Fou, je suis comme de son côté Il est l’exemple de l’Homme captif ( lui, un vulgaire braqueur de banque) qui doit se libérer. À tout prix. Risques énormes. Audace terrible !Oui, je me sens comme solidaire d’un tel audacieux. Et fus triste de savoir qu’on la replongé dans la marmite carcérale douze heures plus tard. Il y a chez moi, enfoui loin j’espère, de l’ anarchiste, du Bonnot et sa bande ! J’ai bien honte !

Dimanche 9 décembre 2001 – JOURNÉES NETTES : (début de journal intime intitulé J.N.)

JOURNÉES NETTES : (début de journal intime intitulé J.N.)

[page Web originale]

1- Ça y est! Ça me reprend. L’envie de tenir journal. Pourquoi pas. Pourquoi pas via l’Internet. J’ai aimé cette douce manie jadis (1986-87-88).

Ciel bleu doux. Bleu tendre. Le  » bleu poudre  » de notre enfance. Depuis deux jours, le froid est arrivé. On a cru que le temps doux du début du mois allait durer jusqu’aux Fêtes. Non, Brr! Nous rentrons, Raymonde et moi, de notre promenade quotidienne ‹adieu vélo !‹ dans les alentours du village. Je rédige cette première page d’un nouveau journal, sur ordinateur.
J’y reviens au journal probablement parce que je suis en train de lire celui de Jean Cocteau. Il raconte les années 1939-1945. Les Allemands dans Paris. La vie culturelle qui semble aussi dynamique qu’avant leur défaite totale. Comme dans tout journal j’y glane des passages captivants. Un air de  » collaboration  » maudite y rode. Cocteau, réputation déjà acquise ( » Les enfants terribles « ,  » Les parents terribles « , film :  » Le sang d’un poète « , etc.) , peut vaquer à ses nombreuses activités artistiques en paix. Relative.

2- Hier soir, réunion d’amis à l’Ile des Soeurs et le producteur André Dubois (« Vendôme « ) m’assomme ! Il m’ annonce que notre ruban vidéo où je racontais la vie du peintre québécois Cornélius Krieghoff, ne semble pas intéresser le canal ARTTV.
J’en suis abattu. J’avais préparé un Marc-Aurèle Fortin en guise de deuxième émission. J’étais prêt à retourner en studio à Ville La Salle, devant ses caméras vendômiennes. Eh b’en non ! On lui aurait dit à ce canal ARTV que c’était dépassé le genre professoral (je me voulais simple conteur, vulgarisateur, pourtant !). Foin de l’aspect  » magistral  » ! Bon, bon. Sus à l’animateur qui parle, seul, debout, devant un kodak ! Bon, bon.
Je retraiterai donc davantage.
Tant pis. Je regrette d’avoir parlé de ce projet qui me tenait tant à coeur lors de cette  » Biographie  » diffusée deux fois cette semaine au canal D.  » Ne jamais parler de ses projets « , me disait-on souvent. Vrai !

3- Avant hier, audition d’un orchestre d’écoliers au collège Regina Assumpta, rue Sauriol, à Ahuntsic, où nous avons admiré le trompettiste de la famille, le fils de Marco et de ma fille Éliane, mon cher Gabriel. 96 jeunes musiciens ! Ça sonnait magnifiquement ! Émouvant. On dit tant de mal de la jeunesse. Toute cette jeunesse qui a pratiqué ses pièces, répétitions difficile prises sur le temps des jeux, des sports, des loisirs ordinaires, et, vendredi soir, ce spectacle étonnant. Oui, émouvant.

4- Jeudi soir, à l’Espace Go,  » Le ventriloque « . Un spectacle pas banal. Texte curieux de Larry Tremblay ( » The dragonfly of Chicoutimi « ). Une fille renfermée dans sa chambre., Elle veut rédiger une histoire. Parents monstrueux qui se méfient de son isolement. Apparitions sauvages, fantomatiques. Séance d’un psychanalyste fou (ca classique). Bref, une soirée hors de l’ordinaire. Freud fait ses ravages. Avec ce Tremblay du Saguenay on est très loin du réalisme de Michel Tremblay. Autre génération. Aucune allusion géographique. Cette fille plutôt bafouée, au bord de la crise de nerfs, vit une sorte de cauchemar existentiel. Elle n’existe pas par rapport aux réalités québécoises. Ce texte pourrait se dérouler n’importe où, dans n’importe quelle langue.

5- Ces jeunes nouveaux auteurs, pas tous, écrivent sur des thèmes indifférents à  » ici maintenant « .  » Le ventriloque  » dont la poupée en cache d’autres, illustre bien que désormais  » peu importe le pays « , toute jeune âme a de lourds comptes à régler.
Comme il le dit dans le programme, Larry Tremblay, on peut fort bien y trouver un questionnement pas vraiment débarrassé de notre problème d’identification nationale. Vrai.
À la fin de la représentation, causerie  » ad lib  » dans la salle. Quand j’ai dit qu’un tel spectacle devrait être montré au grand public, Poissant, son brillant metteur en scène m’a répondu :  » Oui, c’est vrai. Il y a maintenant le canal ARTV.  » Je ne savais que le surlendemain Dubois m’annoncerait qu’ARTV ne semble pas intéressé à notre projet du  » conteur  » de l’histoire de l’art d’ici. Zut !

6- Par ma fenêtre, je vois qu’une partie du lac Rond est en train de virer en glace. L’hiver pour de longs mois s’amène ! Ne pas m’énerver. Je n’ai pas vu passer ni le printemps, ni l’été, ni l’automne!Alors l’hiver, lui aussi va filer à la belle épouvante. Et ce sera de nouveau le printemps adoré qui filera lui aussi. Le temps ! Dès 1995, ma station de radio, CJMS, fermant et Raymonde retraitant de son job de réalisatrice, devenu donc plus libre que jamais, je croyais avoir le temps de voir passer le temps, enfin. Faux ! Il file plis vite que jamais. Bizarre, non ?
Ferrat chantait :  » On ne voit pas le temps passer « , je découvre une vérité tangible maintenant . Je n’aime pas cela. L’impression de me faire voler. Je me dépêche donc, pas si vite, de terminer ce petit livre (100 pages ?) commandé par Victor-Lévy Beaulieu pour sa collection  » Écrire « . Chaque auteur invité doit y mettre un sous-titre à son  » Écrire « . J’ai mis pour provoquer et pas vraiment pour provoquer :  » Pour l’argent et la gloire. » Pas vraiment pour choquer car, jeune, je m’imaginais devenir un jour célèbre et riche. Je prévoyais faire construire un domaine, un château, pour les miens ‹gens si modestes. Pour les venger de leur existence pauvre. Ce beau château de mes songes creux ne s’est pas construit. Pas du tout. Mercredi dernier, j’ai pondu un chapitre de ce futur petit livre ( » Écrire « ) où je me suis peint en châtelain non advenu qui lutte pour être dans la réalité. Je veux mettre tout de suite cet extrait sur ce site Internet que m’a installé Marco, mon gendre. C’est onirique dans un long texte beaucoup plus réaliste.

Je sens que j’aimerai tenir ce journal. Je retrouve le plaisir d’être  » diariste », de noter des éphémérides, comme pour mes livres  » Pour ne rien vous cacher  » ou  » Pour tout vous dire « .
Vive le journal !