Claude Jasmin reçoit le prix Athanase-David pour l’ensemble de sa carrière et de son œuvre

Écouter  la remise des prix du mercredi 9 novembre 2016 

 

Québec, le 4 novembre 2016. – Le ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, M. Luc Fortin, et la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Inno2016-11-04-13_38_51-communique-devoilement-pdq-2016-final-pdf-adobe-acrobat-provation et ministre responsable de la Stratégie numérique, Mme Dominique Anglade, sont heureux de dévoiler les lauréates et lauréats des Prix du Québec dans les domaines de la culture et de la science.

Le prix Athanase-David, qui couronne l’ensemble de la carrière et de l’œuvre d’un écrivain québécois, est accordé à Claude Jasmin. Romancier, essayiste, poète et scénariste engagé, il reçoit ce prix pour une carrière et une oeuvre qui ont profondément marqué la littérature québécoise. Le nombre d’ouvrages de M. Jasmin dépasse aujourd’hui la cinquantaine, un bilan auquel il faut ajouter ses nombreuses collaborations journalistiques, médiatiques, dramaturgiques et cinématographiques. Véritable homme-orchestre de sa profession, il a donné avec une égale maîtrise dans l’essai, le journalisme, la critique et la scénarisation.

Par cette haute distinction, le Québec reconnaît le parcours d’exception de personnes qui, par leur créativité et leur savoir-faire, sont demeurées à la fine pointe de leur discipline.

« La remise des Prix du Québec est un moment privilégié pour remercier les artistes et personnalités émérites qui ont forgé et propagé la culture du Québec. Par leur engagement et la force de leur oeuvre, ils font rayonner le Québec au-delà de ses frontières. Les lauréates et lauréats sont des modèles de réussite pour notre collectivité et plus particulièrement pour les jeunes qui leur succèderont », a déclaré le ministre Fortin.

« Je tiens à féliciter et à remercier les lauréats des Prix du Québec qui, par leurs découvertes, contribuent à façonner et à enrichir notre société. Il s’agit de personnes remarquables qui ont travaillé avec passion et persévérance afin de faire évoluer leur domaine respectif. Grâce à leurs réussites exceptionnelles, le Québec continue de se distinguer par son savoir et sa grande expertise », a ajouté la ministre Anglade.

La 39e cérémonie des Prix du Québec sera animée par Sébastien Diaz. Elle sera diffusée en direct le 9 novembre sur le Web et en différé le soir même à la télévision au Canal de l’Assemblée nationale.

 

LETTRE OUVERTE À LA BELLE PAULINE

Avez-vous lu, Pauline, la chronique d’Yves Boisvert un matin ( La Presse) ? Il nous sort un musulman de ses entourages, type bien intégré. Boisvert (faux candide ?), est tout content de sa trouvaille : « Il y a aucun problème avec nos musulmans ! » Ajoute : « pourquoi une « chartre de nos valeurs » ? Même quotidien, chère Pauline, publication d’un billet d’un M. Gaumond. L’inverse. Cet ex-prof nous sort deux cas odieux de musulmans fondamentalistes. L’un a égorgé sa fille à Mississauga en décembre 2007 et un autre, bon-papa-Shafia qui, dans un canal ontarien, assassina par noyades. Il conclue : musulmans tous des tueurs virtuels, une chartre !

Oh !, ma chère radieuse Pauline, la question laïciste s’affole mais entre l’intégration des uns et le refus de nos valeurs des autres, il y a un vaste spectre. Charte pas chartre, il n’y a pas de loi efficace, ma pauvre Pauline, pour le comportement des exilés, réfugiés, ou apatrides de diverses sortes. Rendus à Rome, c’est bête , mais certains refusent de « faire comme les Romains ». Il y aura toujours parmi nous des migrants déboussolés qui, hélas, assassineront et d’autres nouveaux venus qui savent harmonieusement s’intégrer. Pour leurs enfants c’est indispensable. Futile de rédiger une liste de « ceci oui, ceci, non ». De « cela se fait, cela ne se fait pas », Vite, expédie ce projet de loi aux calendes grecques. Quelle mouche piqua le sieur Drainville, vit-il sur la planète « réalité » tu aurais bien fait de l’envoyer étudier « les insectes intégrateurs sur la vaste Côte Nord » car voilà que nos adversaires pissent leur vinaigre de « colonisés » depuis cette annonce sur « nos » valeurs. Les mercenaires, de vilains  « Collabos », s’empressent d’exciter les aveuglés en « tolérance totale ». Ainsi du « trio » habituel, lècheculistes fédérastes, les Dubuc, Gagnon, Pratte, pisseurs de copie pour nuire aux gros méchants souverainistes.

Pauline, j’ai passé trente ans de ma vie active (25 à 55 ans) parmi des émigrants. 30 ans de bonne paix, de joyeuse entraide, d’amitiés durables. Tout un étage de Radio-Canada vivait de bonne entente. Parmi 30 scénographes, on trouvait 15 néos-québécois, c’était l’ONU. Deux Allemands, un Suisse, un Hongrois, deux Russes, un Roumain, un Polonais, un Lithuanien, etc. Tous s’exprimaient évidemment dans un bon français et tous avaient leurs valeurs personnelles, bien à eux. Alors, au diable les chartres ! On étaient unis dans le but d’apporter du bon « design », une scénographie imaginative pour une télévision qui débutait. Je puis donc témoigner d’une époque pas si lointaine —1955-1985— où les « valeurs » des uns et des autres ne subissaient aucun choc, aucune discorde.

Pauline : des « valeurs » cela se « dévalorisent » vite au gré du temps, tu le sais bien, tu te souviens : on vénérait des valeurs aujourd’hui toutes disparues et farouchement reniées. N’est-ce pas la vérité ?

 

NOUS : TÉLÉSPECTATEURS MÉPRISÉS !

De plus en plus, la télévision devient un tonitruant magasin. À Ottawa, Il n’y a plus aucun contrôle des commerçants et notre télé est devenue un souk criard, un centre commercial à gueulardes insupportables. « Brault et Martineau » est en tête de cette fanfare démagogique. Le directeur qui devrait modérer ces abus, M. Blais, est le grand complice de ce dévergondage. Le CRTC ne « surveille » plus rien. Il dort.
Nous tous, citoyens qu’on veut abrutir, devons riposter et ma protestation est une invitation : tous ceux qui s’indignent de ce « laisser aller » du CRTC, doivent exprimer leur indignation. Les « ondes publiques » sont la propriété de tous les citoyens. J’invite à protester par tous les moyens, tribunes diverses ou via les réseaux sociaux. S’imaginant « qu’on s’en aperçoit pas », le CRTC est devenu un mollusque et les grossiers cris des vendeurs de produits divers se multiplient avec les années.
Monsieur Jean-Pierre Blais, président du CRTC ultra tolérant, sachez que nous avons la nette impression qu’on en arrive à organiser une télévision où les émissions (souvent fort captivantes) servent de bouche-trous, insultes grossières à tous les créateurs, M. Blais. Aux producteurs, auteurs, comédiens et artisans surdoués souvent. Il faut espérer qu’on va maintenant y mettre un frein, du moins légiférer. Assez de ces serrés bombardement abrutissants !
Nous ne sommes pas bêtement contre toute information commerciale, utile et bien faite, montrée à un rythme modéré. Mais les incessantes sauvages interruptions actuelles sont une grimace aux auditoires populaires. Ce mépris flagrant doit absolument cesser, M. Blais. L’État a un rôle à jouer, des règlements de civilité à établir. Ce CRTC endormi doit stopper cet insupportable carnaval visuel et sonore —aux décibels mis en mode « compression » pour obtenir davantage de bruit marchands. C’est connu. Ce grossier tintamarre, toléré par le CRTC, doit être combattu. Le public de la télé n’est pas constitué d’abrutis.
Levons-nous tous, je supplie ceux qui me lisent de s’ajouter à ma protestation. Le CRTC a comme mission de discipliner tous ces interrupteurs compulsifs qui défigurent le bel ouvrage de nos créateurs. Soyons infectieux : priez vos parents, ami, voisins, de protester partout. Il en va de notre bnne santé…télégénique, non ?
Si, comme moi, vous appréciez les talents inouïs de la sauveurienne, Fabienne Larouche (« 30 Vies, Trauma »), les talents des « femmes en prison », des avocasseries de « Toute la vérité », ou du superbe « O » avec Nadon le superbe, des policiers Bossé et Legault, de « Mémoires… » et j’en oublie… vite, écrivez à ce chef endormi, M. Blais, chef du CRTC, à Ottawa. Cela sans le timbre obligatoire !

ALLER AUX VUES ?

 

 

Joie folle, enfant, que nos premiers films montrés au sous-sol de notre église. Quelle évasion ! Bonheur d’aaller à quinze ans, une première fois, au « vrai » cinéma du coin de ma rue, le Château.

Dans notre vaste région de collines, aucun cinéma à partir de Lafontaine, Saint Hyppolite…  Ni à Ste Agathe, ni à St-Sauveur ? Pas un seul grand écran. Rien. Ici, nous sommes chanceux, il y a Tom Farmanian, il y a ses salles de Sainte Adèle ! Quel bonheur pour les cinéphiles. Certes, Tom doit afficher les gros succès populaires. Il a ses frais, tant de factures et de taxes à payer mais, cinéphile lui-même, il offre aussi les meilleurs productions du moment.

Le cinéma Pine est une des bonnes raisons d’aimer vivre par ici. Remercions Tom —qui a été honoré avec justice récemment— son travail acharné nous permet, comme les citadins de la métropole du Québec, de voir le cinéma dont « on parle ». J’y ai vu « L’artiste », gadget très vide —en muet et en noir et blanc et je fais partie de cette minorité (sans doute !) qui a viscéralement détesté ce « navet » (selon notre couple). Mais les p’tits vieux du jury des Prix Oscars, eux, ont été flattés de cet hommage venant des frenchmen voulant saluer (sans scénario structuré) les pionniers d’Hollywood.

Dimanche, au lieu d’aller me balader sur le lac Rond au beau soleil, on a été voir vu le film iranien qui a battu « Monsieur Lazhard ». Je n’ai rien d’un chauvin (aller vérifier) : « La séparation » est un très long et très bavard et très ennuyeux face à face —bien film et bien joué cependant. Un paquet de fieffés menteurs empêtrés dans une querelle bien bête et qui n’en finit pas. L’impression que « La séparation » dure six heures !

Il n’en reste pas moins que malgré des déceptions,  et c’est fatal, nous avons la chance de voir les films « dont on parle ». C’est important. Chaque fois que nous descendons la Côte-Morin pour y aller, on a l’impression, de vacances, l’été, d’aller au ciné Ogunquit dans le Maine, ou en Floride jadis !

Hélas, on me dit que les jeunes visionnent sur le « tout petit » écran de leur ordinateur, connecté souvent au « petit écran » de leur télé, un cinéma, me dit-on, aux centaines de choix. Mais il n’y a rien d’aussi festif que de se rendre à une salle noire, se retrouver solitaires mais solidaires avec les autres. Non ? Hélas, comme la peinture, la musique qui se fait, où la littérature (je le sais trop !) et la danse donc, les créateurs sont méprisés par cette jeunesse rivée à l’ordi. Voilà une masturbation, oui, un onanisme via le web sur le net. On a dit que l’arrivée de la télévision (automne 1952) avait tué les artistes de variété, les cabarets, etc. On peut dire que la venue de l’ordinateur tue aussi. Pourquoi se priver de ces réunions humains où ça tousse, ça remue, ça s’émeut, ça grouille, ça mange du maïs ou de la réglisse, ça vit ensemble, c’est un grand tort. Ne grave erreur. Disons même une forme de déshumanisation —une de plus. De grâce, un effort villageois des alentours, allez au cinéma  Pine. Ceci n’est pas une pause « publicitaire », c’est un appel en faveur d’un minimum de vie grégaire, de vie humaine normale pour une existence un peu communautaire.

Tenez, allez vite voir « POLISSE », un vrai petit chef d’œuvre de madame Maïween qui est aussi excellente actrice dans son film. Un captivant récit sur des faits vécus dans Paris. Récits fascinants avec des jeunes gendarmes, tous excellents acteurs des deux sexes. Voyez une jeunesse vivante ! Merci Tom !

 

 

À la belle Yolande…

Chère ministre, j’ai lu votre « défense » face à l’accusation : « Vous devriez pas, aux frais des contribuables, enseigner l’anglais aux émigrants. » Vous avez rétorqué que « c’est à cause du contexte québécois ». Réponse maladroite, chère ministre, réductrice. La vérité -munissez-vous en- c’est que la langue des « tout-puissants » étatsuniens -pas vraiment celle de l’Angleterre – est devenue une langue marchande universelle. Rien à voir, Yolande James, avec ce que vous nommez « le contexte québécois ». La langue de « l’actuel » plus puisant des pays du monde c’est l’anglais pour des raisons historiques évidentes ; « USA » veut dire : ex-colonies anglaises émancipées.

Je dis « actuel » car on annonce que -vers 2040- ça va changer. En 2040, enseignera-t-on le chinois gratis, à nos émigrants ? Foin de votre « contexte québécois », il y a partout un immense « désir des USA », une « admiration des USA », une « soumission » intéressé au fric-US ». Partant, à sa culture ; forcément capable de réussites évidentes grâce aux moyens forts, voir son cinéma, sa télévision, sa musique pop et rock. Ça n’est pas par indifférence au suédois ou au portugais qu’une Céline Dion et tant d’autres surdoués avides se sont convertis aux USA. De Vancouver à Moscou, en passant par Berlin ou Bruxelles, c’est consentie. Lâchez-nous « le contexte québécois ». Même à Paris, France, c’est l’américanophilie. Des Français lucides se décident enfin à freiner cette anglomanie galopante. Je rigolais ferme, chez Charrette, en écoutant des Nathalie Pétrovski, des Josée Legault chicanant l’avocat Julius Grey sur « Émigrants trop choyés ». Plein de Québécois jeunes, telle Nathalie P., délaissent nos collèges, s’inscrivent à Concordia. De mes petits-fils y allèrent. Voir les raisons ci-haut.

C’est à cause de cette fatale « attraction mondiale » du géant « actuel » et, en « Chine qui monte », le phénomène se répand. Non madame James, il n’y aucun « contexte québécois », une personne qui veut un bon job ou qui veut brasser la moindre business, à Prague ou à Montréal, qui doit communiquer avec… disons un Hongrois ou un Espagnol, sort son « américain » de base. Qui est, bien sûr, de l’anglais-américain primaire. Pour se comprendre en tant que deux étrangers en rencontre d’affaires.

Rien de québécois là-dedans. Parler comme vous le fîtes, madame, c’est du déni de réalité mondiale. L’émigrant, d’ici, pas moins intelligent que n’importe quel franco qui s’inscrit à Concordia, a compris cela. Pour un job qui compte, un peu satisfaisant, payant comme il faut, il lui faut aussi le english speakig. C’est incontournable « actuellement » à Rio comme à Rome ou à Lisbonne. Humiliant, oui ! Je gage que Vercingétorix, le chef vaillant des Gaulois, avait appris quelques mots de Latin face au puissant César. Fin des armes en 2008, César-de-Washington a des moyens modernes d’assimilation : ciné, télé, musique pop. Plein de « courroies dociles », des masochistes inconscients, se tirent dans le pied. En médias francophones d’ici, ils gèrent la publicité des riches envahisseurs. Gratuitement ou en voyages payés par César, pour cette assimilation. Ces cons de journalistes du Québec, surtout à Montréal, collaborent (comme dans collabos) à leur perte à plus brève échéance qu’ils croient. Leurs jeunes publics prêchés iront bientôt à la source, aux médias-USA. Fin de leur lectorat et ils se feront congédier. Bin bon !

TÉLÉ RARE :MARC LABRÈCHE

Ce comédien est étonnant. Originalité indéniable. Il a débuté avec un talk show à TVA (un show sournois..) qui n’était pas piqué des vers mais montra son culot à TQS (la fin du monde…). Puis, muni de partenaires fidèles, de collaborateurs doués, il fait montre chaque semaine, à la SRC, le soir, tard, d’un zest de génie. Je pèse le mot. Son feuilleton caricatural sur l’amour-en-haute-bourgeoisie, avec ses silhouettes enflées, sa galerie de portraits loufoques —si souvent inénarrables— a bien servi à illustrer les talents de Labrèche.

Maintenant à son faux talk-show hebdomadaire, c’est « le lieu » du surréalisme. Un monde rare dans la bonne et jamais surprenante sauce psyclologique qui envase nos émissions ordnaires. Labrèche est sur un mode apprécié des jeunesse. Rencontrant à La Moulerie un de ses chroniqueurs (Brassard), je lui ai dit qu’André Breton, le « pape », comme le dadaïste, Tristan Tazara, seraient fiers d’eux. Il a souri. Labrèche, alias « l’incontrôlable », offre aussi dans ses hilarantes apparitions comme incarnations, hélas ! des cochoncetés gratuites. Aussi  des tirs « bas-de-ceinture ». Infantilisme ? C’est la rançon à payer —pauvres voyeurs de nous— pour obtenir les forts moments. Pas bégueule de nature, j’estime autant le vaudeville que le burlesque mais… le grotesque ! Méprisable. Et méprisant envers le public. Ça va vite un spectacle par semaine. Et puis le « bon jugement » est toujours une denrée rare. Il lui sera beaucoup pardonné à cause de ses trépidations visuelles, répétons le mot, « géniales » Non, pas facile de montrer tant d’éclats chaque semaine. Marc Labrèche le fait.

Je veux lui rendre l’hommage qu’il mérite. Je ne lui dois rien et il ne me doit rien, Même s’il a su extrêmement bien incarner mon alter-égo,  jouant un jeune ado de Pointe-Calumet. Ce sera, en 1980,  75 sketches de ma série « Boogie-Woogie »,  des récits de 1948-1949 et Marc sortait de son école à Sainte- Thérèse. Il y fut parfait, romantique à souhait. Pourtant il n’avait pas un bon rôle car je cherchais moins à m’illustrer qu’à faire voir ce petit monde des villégiatures.

À chaque jeudi-fou, il y a trois « réguliers » avec Labrèche. Ce trio goguenard renforce le mode surréel du show. Robert Sauvé a des audaces héroïques, ce chevelu maigrelet à cou fin, aux yeux exhorbités, à parlure trépidante, joue en acrobate avec… Avec rien. Il bafoue tout. On rit. Il n’y a dans ses propos aucun plan, pas d’idée, nul « motif » raisonnable. Monsieur Stupéfiant Sauvé s’y montre en bouffon échappé de l’asile. On rigole. Houde fait son Paul : mine grave, sérieuse, ton professoral, il nous garroche des incongruités pas énormes, hénaurmes ! Il surprend. Quand il réussit.  Car il connaît parfois l’échec (comme Sauvé), il en va du genre qui  est fort intrépide. Se met aussi en danger, le grand Brassard avec sa chronique de bobards niais, de potins cons, d’échos vides, un tissu d’absurdités savoureuses. On rit. Le Brassard jongle avec des faits hachurées, en mots incompatibles,un feu d’artifice.

Enfin, atout géant, Labrèche s’est découvert des talents d’imitateur. Voilà que cet animateur est en passe de devenir un vrai maître en la matière. Qu’il incarne une religieuse ou son élève boutonneuse, qu’il imite Bégin ou Christiane Barre- Oblique-Charrette, Valises-Schneider ou Kévin Parent,ou toute  autre figure médiatique, Labrèche y arrive parfois de façon hallucinante. Ah oui, chapeau Jeudi La brèche !

CONNERIES AMBIANTES ?

          Non mais… est-ce qu’on va constater encore longtemps de ces commentaires (en médias divers) hypocrites ? Ça relève ou du mensonge calculé, ou bien de l’ignorance bornée. Au choix. Des exemples ? Le Marissal (La Presse) qui nous sort encore cette scie niaise, cette connerie crasse : « les deux solitudes ». Foutaise. Va-t-on une bonne fois pour toutes abandonner ce « fion » de feu-Machin-Chouette ! UNE BÊTISE. Il n’y a pas deux solitudes par ici. Pas du tout. Il y a deux nations. Est-ce qu’on cause « solitudes » quand on parle des différences  disons de l’Italie et de l’Espagne ? Non, il s’agit de deux nations. Souvent, très souvent imperméables culturellement l’une à l’autre. Et c’est bien normal.       Le chroniqueur Marissal perd son temps (et le nôtre) en voulant démontrer (encore ?) l’ignorance des Canadians face aux Québécois. Il est mécontent, enrage même. Il y voit du mépris et il cite des faits. Et après ? Ce mépris, et tout le reste, vient justement du fait qu’à Ottawa on  refuse de constater ce fait têtu : il y a deux nations. Pitoyable de lire ces fédéralistes qui souhaitent une bonne entente parfaite. C’est une lubie. Ces attardés enragent chaque fois que les Canadians fessent sur nous (le « Globe » par exemple). Il y a une francophobie farouche, perpétuelle. Qui ne s’apaisera que le jour où il y aura deux pays, un pour chaque nation. Le jour où les quatre aveuglés (sur dix) cesseront de croire à un Canada juste, uni, égalitaire.

      Sinon, ce sera l’incessant « braillage » des Marissal et compagnie qui vont en se lamentant : « Maudit que nos chers voisins, les Canadians, ne nous comprennent donc pas ! » C’est risible ! Je viens de lire le livre récent de Gordon Fraser. Sans qu’il le veuille, Fraser-le-commissaire-aux-langues, en énumérant les cochonneries historiques sinistres de la fédération de jadis, collabore merveilleusement à convaincre davantage que les « Anglois » furent de fieffés salauds envers nous. Lisez ça, c’est fort édifiant ! Défilent dans l’ordre les efforts racistes tenaces pour nous diluer, nous assimiler, selon les vœux de Lord Durham. Ça part de 1840, 1867 et ça va jusqu’au proprio du Parc Bel;mont, Pet, et son « multiccul » pour faire de nous une ethnie à installer un jour (welcome migrants !)  entre Portugais et Ukrainiens ! Nous restons 82 % de la population ! C’est raté le sinistre projet rouleau-compresseur fédéralisant, comme on sait. Oui, merci bonhomme Fraser, involontaire énumérateur du racisme anglo.

      Les Marissal sont incapables de vérité, de franchise lucide. Certes, ils sont « aux ordres », ce sont des mercenaires bien payés pour « tourner autour du pot ». Qui est : la paix viendra avec la nation -mauvaise coucheuse, réticente, chialante- qui a besoin d’un  pays indépendant ». Point final. Ils ne sont pas des esprits libres, il doivent se taire et concocter de ces « papiers » tortueux et ramener cette fadaise des  « deux solitudes ».

      Tenez, si cet ex-échevin bravache de Westmount pouvait réussir à fonder son parti anglais ! Quelle délivrance ce serait. Ce serait la mort certaine des Libéraux à Québec puisque,  on le sait bien, c’est avec les votes de  ces « blokes » du West Island, et autres îlots anglois, que des Jean-John Charest (fils de Red Charest) se font élire à Québec. Cet innocent avec son projet d’un parti-séparatiste anglo (sauce Alliance-Kouaybec) rendrait le ciel québécois clair et net. Ce serait bien terminé l’actuel geignard anglo : « Maudit Charest qui a pas nommé assez de ministes anglos ! » La cruelle (!) déception de cette minorité  sur-protégée. Privé de leurs votes, plus jamais de Charest au pouvoir ! Terminé l’aide automatique des anglos. Et de leurs assimilés !  Délivrance ! On devrait, indépendantistes, envoyer des oboles, et généreusement, pour que naisse ce parti bien à part, Non ?

      Tout se tient. Tenez, il n’y avait qu’à lire l’étonnant article de Marc Cassivi questionnant (La Presse) une cinéaste de Toronto. Madame Sarah Polley, franche, démontrant  noir sur blanc, extrêmement clairement, le grave problème culturel du Canada. Une jalousie du Québec culturel  s’y déployait totalement. Une fois de plus, l’interviou faisait comprendre, et très lucidement, que Québec forme une nation, un pays différent. Déçue, abattue, Polley étale une réalité très gênante : Les Canadians se fichent bien du Canada ? Quoi ? Eh oui, elle déclare carrément qu’ils n’ont cure de leur cinéma Canadian, qu’il n’y a pas de support organisé, que leurs films préférés et leurs vedettes bien aimés sont « USA only ». Bref, qu’ils sont tous des Étatsuniens », à part entière. Ainsi et sans le vouloir bien entendu, Cassivi et Polley font cette démonstration accablante : le Canada n’est rien d’autre qu’une chétive colonie des USA. Un recoin de leur marché impérial. À part ces intellos des universités canadians, résistants valeureux, qui s’arrachent la peau pour s’inventer une culture canadian. La masse est rivée, enchantée, friande, illuminée, soumise aux magazines, spectacles -« rock music » inclus- télévisions, radios, cinéma compris, MADE IN USA.

       Tout cela pour dire, et redire, qu’il n’y a pas « deux solitudes », foin de cette baliverne, il y a deux nations, deux pays. Et, par conséquent, une seule issue normale : que vienne, que vive le Québec libre ! (30)   

                                  

           

               

        

TROP ?

Oui, oui, trop ! Comme pour la Finlande ou la Norvège, Québec est un petit pays. Sous la loi universelle dite « des marchés », on offre « trop » et on demande bien peu ! Drame pour les créateurs des petits pays —je parle en termes de population car un « petit » pays peu être grand. Terrible : le manque de public. Entendez-vous les pleurnichages ? La télévision, le cinéma, le théâtre, la danse moderne, la littérature, ça râle : « S.O.S ! On veut des sous, on veut du soutien, on va étouffer ! »

Prenons un gros pays, les États-Unis, ou un moyen-gros, la France. Moins de « chiâlage », moins de quémandeurs perpétuels car ces pays peuplés arrivent à amortir leurs dépenses en télé, cinéma, etc. Prenons au hasard une série télévisée comme « 24 h. chrono » qui doit coûter —au moins des moins— un million US. Télé-Québec l’a obtenu obtiendra à combien ? Pour un petit $ 100,000$ ? Une aubaine imbattable. Là-bas, cette série a été payée et très complètement, elle a rapporté un trésor en publicités. Donc ces « sous » versés des petits pays, c’est du « surplus », un profit pas du tout nécessaire pour les producteurs des USA.

  Ces aubaines inouïes font que la culture populaire étatsunienne se répand comme lierre dans le monde entier, un colonialisme, involontaire, inévitable, qui fait que personne ne sait en quoi consistent les « parfois » excellents produits culturels d’ailleurs en télé, cinéma, etc. Totale ignorance de faits culturels réussis par Finlande, Suède, Danemark, Mexique (un voisin ! ), Portugal, nommez-les. Qui fait aussi que dans ces petits pays —tel le Québec— le public n’est envahi que des créations des gros, des États-Unis avant tout. Colonialisme culturel évident, aliénation malgré nous. On saisit qu’il faudrait des gros sous —et une volonté de diversité, inexistante hélas, pour que les « petits » versent des argents pour la traduction de leurs pairs.

Alors l’ignorance regrettable des uns et des autre règne partout jusqu’aux pays de l’Europe de l’Est. Là aussi il n’ y a de « bon bec » que d’Hollywood ! Navrant vous dîtes ? Et comment !

Ainsi nos lamentations nationales continuent, pas un matin sans devoir lire les pleurnicheurs : « Pitié ! On manque de moyens ! Au secours ! » Un fait têtu, reconnu, existe : le Québec est une formidable creuset producteur de créations diverses.

Que faire ? Une Céline Dion partait à Paris, puis à Las Vegas. Le Cirque du soleil ? Idem. Robert Lepage aussi; nommons-les. C’est donc l’exil imposé aux forts talents. De très grands talents québécois —en danse ou en peinture, etc.— n’ont pas de gérants débrouillards et ambitieux, un Laliberté, un Angélil. N’ont aucun ni contact, ni réseau, aucun moyen sérieux. Ils végètent, piétinent, s’assèchent, se rapetissent et se lassent de batailler. Se retirent carrément. Nous perdons sans doute, chaque année, de prometteurs talents changés en créateurs découragés. Fatalité des petits pays !

De là ce « trop » de mon titre. De là les incessants appels au trésor public pour « davantage de subventions ». Mais un petit pays n’arrive pas à soutenir —malgré la fine pluie des subventions— ce vaste cheptel. Ce mot car on constate tout un troupeau le bec ouvert en vain vers tous nos conseils-des-arts impuissants face au nombre. Voilà que des rouages —voir l’affaire Shaw-Péladeau— se grippent, s’enlisent et des créateurs doués, écartés des subventions, crient à l’injustice. On verra un étonnant « refus de subvention » à un Denys Arcand malgré sa notoriété, ou bien au « grand voyageur » surdoué, Lepage. Au fond des choses : tous prisonniers d’un « petit pays », tous dominés par la machine USA.

Rien à voir avec du « primaire-anti-amerloques ». Une évidence : les créations de l’hyper-puissance sont parmi les meilleures. Il n’en irait pas autrement si nous étions des centaines de millions au pays. Ce succès indiscutable des USA fait tourner la roue nommée « vedettes », « superstars ». Cercle vicieux inévitable. Qui sont les victimes ? Toutes les autres cultures des petits pays. Seuls des talents vraiment hors du commun, exilés, percent. Rares. Plein de jeunes candides aspirants, par hordes, s’en vont au sud pour cogner longtemps aux portes de la célébrité. Cela, avant de devenir waiters dans une pizzeria californienne ou dans un coffe-shop de Manhattan. Qui oserait dire à nos créateurs : stop ? Inventez moins, pas trop, il n’y a pas assez de demande au Québec. Un seul exemple, d’un monde que je connais mieux, la littérature : pour un écrivain édité Paris, dont le stock, imprimé en France reviendra par container s’offrir chez nos libraires, il y a plein d’auteurs qui piaffent d’impatience. Car si on lit moins en France (55 millions) comme partout ailleurs, ce fait mondial fait beaucoup, beaucoup moins, de lecteurs dans un petit pays de 7 millions ! Trop donc ? Oui. Il se publie ici, chaque semaine !, quelques nouveaux romans. À mes débuts dans ce drôle de métier, en 1960, il ne paraissait pas toujours un roman par mois !

JAN ET JEAN : DEUX DAMES « FOLDINGUES » ?

L’une, dame Jan Wong, délire en proclamant que les morts de tireurs-fous sont les victimes du « Québec français ». Feu le docteur-mnistre Camille Laurin en assassin par procuration ? Droit de rire ! L’autre, dame Michaëlle Jean, ne délire pas moins : « Les Québécois, trop ouverts sur le monde, dédaigne le Canada voisin ». Deux bêtises en somme. La connerie de cette Jan W. ne se méritait pas les protestations de MM. Harper et Charest car on ne répond pas à une niaiserie quand on est PREMIER MINISTRE et Denise Bombardier a bien eu raison de les blâmer face à l’immense public des aux actualités de TVA. Cette niaiserie d’une columinst au Globe and Mail relève d’une telle mauvaise foi qu’elle devait n’être attaqué que par ses pairs. Nenni ! Francophobia en avant toutes ! Ils se ont tu, tous ! Solidaires donc de ce puant racisme.

Dame Jan, elle, illustre à sa manière cette francophobie rampante chez les Canadians, mais pour ce qui est de la vice-Reine, c’est tout autre chose. La « kioute » cheffe d’État —non élue—, tente de nier un fait têtu et très évident : il y a deux nations, il y a deux pays. Elle dit vrai avec son « deux nations avoisinantes guère curieuses l’une pour l’autre ». Vrai que les Canadians (même vivant parmi nous) ne connaissent pas nos goûts, nos valeurs, nos tendances, nos us et coutumes. Cela ne les intéresse pas. Qu’y faire ? Rien. Autre fait bien têtu, nous aussi, ces Canadians ne nous intéressent pas le diable. Les anglos ne savent pas qui est Guillaume Vigneault ou Yves Beauchemin, ou Marie Laberge, ignorent totalement nos meilleurs dramaturges, chanteurs et poètes (morts ou vivants, Miron ou Brault). C’est une réalité qui nous dit : « Vous ne nous intéressez pas ».

Hors les milieux universitaires, le grand public, le populo quoi, à Vancouver, Halifax ou à Toronto est « étatsunien », américanisé au maximum. Tous, tournés (accros) vers les activités USA . En chansons rock-pop, cinéma, télévision, magazines. Je l’ai déjà publié : c’est qu’ ils sont de même langue. De la même façon, quand on cherche d’autres interlocuteurs culturels, nous nous tournons vers la francophonie, vers Paris souvent. Même langue. Même ici notre populo, notre « masse », le « star system » des USA, c’est dire ! De tout temps et dans tous les domaines, une « hyper puissance », (voisine ou non), fait cela. On se questionne : cette coquette mondaine dame Jean, sur quelle planète vit-elle ? Tout comme Fournier, bloqué lui en phase anale, souhaitant une télé publique propagandiste, la vice-Reine souhaite aussi ardemment « l’unité nationale ». À « Tout l’monde…, face aux fédérats « Fournier et Cie », on entendrait un « Y chie… Radio-Caca-nada », le fou du roi-Lepage rigole ! Perte de temps vice-Reine :on ne change pas le réel, on ne détourne pas de force un courant immuable.

Oui, nous ignorons les créateurs Canadians en tous genre cela nous laisse de glace, et c’est vice versa. Rien à faire, c’est ainsi depuis toujours. La vice-Reine fait du whisfull thinking en s’enrageant de cette situation. Qui est tout à fait normale. Aux antipodes l’une de l’autre, deux cultures antagonistes ne se mêlent pas. Une preuve de ce fossé justement : cette folledingue de Jan Wong publiant son analyse tordue face aux tueurs désaxés, effet visible de ignorance crasse outre Outaouais. La Dame Jean aimerait-elle que les Torontois applaudissent, par exemple, l’émouvant film « La neuvaine » ? Allons, peine perdue.

Il y a des exceptions, par exemple les mélomanes du Québec connaissaient le pianiste Glenn Gould. Un génie fait cela, c’est très rare.

On aurait tort, par ailleurs de s’imaginer qu’il n’y a que la langue pur « clôturer » les esprits car les deux « tempéraments » —anglo versus franco— conduisent inéluctablement à ce normal séparatisme. Des exceptions, oui. Nous sont venus des Canadians (et quelques Étatsuniens aussi) qui vivent parmi nous, heureux, tout à fait intégrés au Québec français, adoptant avec joie nos us, coutumes. Comme il doit y avoir, chez les nôtres, de ces exilés et assimilés volontaires, à Vancouver comme à Toronto. Leur choix de vivre à l’anglaise… et vive la liberté !

Mais vouloir unir, fondre de force « les deux nations » c’est d’une bêtise crasse. Ou bien, hypocritement, c’est vouloir faire un travail fédéraliste politique, (Vive la grosse Caisse à Gagliano !) artificiel, c’est du plaquage ce desiderata, « l’unité nationale » (lire fédérale ) pour des fins carrément politiciennes et combattre les souverainistes. Michaëlle Jean, symbole colonialiste exotique, , rémunérée grassement en un job honorifique— n’a qu’à se confiner —comme ses deux prédécesseures—, en gestes d’apparat. « Paraître » aux tribunes des fêtes officielles, distribuer des prix, couper des rubans et voyager chèrement (telle la dispendieuse Claxton) sur le bras des payeurs de taxes.

Si ce rôle, car c’en est un, ne lui convient plus, elle n’a qu’à venir se présenter pour se faire élire, venir au Québec en campagne électorale. Autrement Dame Jean fermez-la et… parader.
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HASARDS ET CIRCONSTANCES

En ce moment même, combien d’aspirants (et apprentis) créateurs sont fébriles, en attente d’un « oui » ? Le « oui » d’une galerie d’art, d’un orchestre, d’une compagnie de disques, d’un producteur de cinéma ou télévision. Le « oui », d’un éditeur ?
Impossible de connaître le chiffre. Sans cesse, que d’appels reçus pour un soutien, une recommandation. Des jeunes créateurs (filles et garçons désormais), frais projet sous le coude, guettent un moyen d’entrer dans cette « ronde ». Ce petit bal des concrétisations. Partout ils trouvent des tamis, des filtres, des comités d’acceptation avec plein de jurés-en-jury capricieux.

Quoi faire, comment, pour accéder à un peu de lumière ? J’affirme, que le succès est, le plus souvent, un hasard. Hon ! Oui, jeunes (et moins jeunes) déçus : il n’y a aucune recette, aucun truc, pas une seule astuce. Hélas, de bons jeunes talents resteront inconnus, vieille « histoire de l’art » avec de déplorables exemples. Un Van Gogh mort pauvre n’est qu’une des pointes de banquises innombrables. Croyez-vous que le cinéaste Arcand savait le succès de son « Déclin… » ? Mais non. Sans doute franc, il l’admettra. Les juges (SODEC, TÉLÉFILM, etc.) sont inutiles. Mais les machines (d’État) administratives, en ont besoin pour la paperasse. Jeunes gens, c’est une loterie le succès. Encore hon !

Il n’y a aucune règle. Un film (ou un livre, un disque, une expo, a du succès et c’est un hasard, un mystère. Le créateur « chanceux » ne peut l’expliquer. En entrevues, on le verra décortiquer son ouvrage élu, fier, tenter de justifier le… hasard.
Un ouvrage d’art fonctionne et un autre « pas ». C’est une leçon de réalité têtue difficile à avaler. Écoutez-les : « Comment un hasard ? J’ai tant bûché, j’ai tant travaillé ». Foutaise. Moralisme de façade. À ce gagnant-du-hasard on peut répliquer que M. X ou Mme Y, aussi, a sué comme un(e) dingue et qu’il (elle) est resté (e)comme on dit « sur le carreau ». Théorie du Hasard Heureux qui sera furieusement condamnée. Par tous ces hypocrites qui par métier —profs divers, conseillers à la noix, lecteur salarié, juré-bidon à jeton payant— répandent qu’il n’y a que l’effort, les sueurs, les reprisages sans fin, le sot adage du « cent fois sur métier…l ».

Moi je dis souvent au rejeté tout ulcéré par un premier échec : « Abandonnez vite votre projet malchanceux (bien sûr, il est fameux !) et, vite, faites-en un nouveau, ne vous accrochez pas. Car j’en ai trop connu de ces braillards au grand-ouvrage-de-génie. Ouvrez une chemise, jetez-y ce premier essai, retroussez vos manches et « jouez » de nouveau ! C’est une loterie. Soyez fertiles, jeunes gens, montrez rapidement une autre facette de votre talent. Il est futile de chialer, tout écrasé, vautré, sur son unique « avorton malgré soi ». Avec la venue de toutes ces écoles pour apprentis créateurs, nous avons maintenant des flots d’ouvrages en chantier. L’offre culturel dépasse la demande.

Je sais trop bien qu’il y a plein d’ouvrages de jeunesses douées ne parvenant pas à la publicité minimum qu’ils mériteraient, à la moindre reconnaissance publique. C’est injuste certainement. C’est une loterie capricieuse. Ceux qui auront le courage d’être constant, avec la faculté essentielle de savoir se retourner, de présenter un nouvel ouvrage, de continuer à pondre malgré l’ombre tenace, de foncer sans cesse malgré la malchance, voire l’injustice bien entendu, ceux-là finiront bien par obtenir sinon la consécration au moins un minimum de notoriété.

Oui, pas un semaine sans un appel à l’aide. On cherche vainement ce qui se nomme un bon « contact », un utile « tuyau », une préface élogieuse, signée par un « connu ». On cherche le bon mot de passe, un « sésame » qui n’existe pas. J’insiste, avec courage, décrochez de ce premier objet refusé (et trop bien aimé), inventez un nouvel ouvrage. Re-brassez les dés ? Oui, changer la donne. C’est une loterie le monde de la création. Une roulette de casino. N’écoutez pas les stériles menteurs, ces jurés impuissants, ces ratés-de-carrière récupérés pour des comités farfelus avec leurs pieux conseils. Fuyez les illusionnistes à propos magistraux, vissés à leur petit job-en-jury et qui vont prêchant, payés au mot, « ce qu’ils ne peuvent faire eux-mêmes ». C’est une loterie. C’est le hasard qui finira par vous dire « oui ». Soyez souples, très légers, ne marinez plus en rancœur inutile, ne maudissez plus ces bornés. Une perte de temps car ces « mouches de coche » sont déjà ailleurs à triturer avec superbe, à soupeser ce qui mérite —ou non— l’aide, le coup de pouce, la subvention. Râler ne vous avancera à rien, inventez un nouveau projet pour cette satanée loterie, c’est votre salut.