FEU LE FEU: mort du comédien Paul HÉBERT

Paul oh Paul,!, tu en avais assez et tu t’en vas ? 

Merde, mon cher vieux comédien-resté-enfant, où donc iras-tu installer ta flamme ? Tu brulais. Sans cesse. Avec discrétion. 

D’où sortais-tu, ivre de scène, certains soirs, mon cher Paul Hébert, toi, jadis, en jeune homme aux perpétuelles sourires de bons jocrisses ? Tu avais des manières étranges et neuves, des sortes de poses modestes. Avec une distinction rare, aristocrate théâtreux toujours déguisé, personnage bizarre, intrigant, surprenant, inédit, étonnant, tu m’offrais, décorateur, un Shakespeare au Chantecler-Hotel. Premier théâtre d’été. …. 1er patron donc, comme un faux-boss, discret, retranché, prudent, méfiant aussi, tout enfoui de la tête aux pieds dans tes secrets, avec tes sourires crasses, tes mines de chat malin, ta voix de velours.

Tu étais bienvenue en métropole, cher Hébert venu de la Vieille Capitale, fantôme parmi nous les bohémiens de Montréal, on te disait « oui », on te disait bienvenu, tout le clan métropolitain. Oui à ce grand déglingué, ce Québécois de Québec aux gestes d’un fieffé ratoureux ! Ta voix comme grincharde (sic), engin curieux, voix de grinçements mais si chaude aussi. Ton bizarre accent bien à toi, séduisant. On saluait ce « retour au pays », ce revenu du prestigieux « Old Vic » d’Angleterre. ! 

Ainsi, tu t’en es en allé. Ainsi ?

Adieu donc. Parti: vite, drette, sec, net…Oh Paul, merde, on va s’ennuyer de toi. Dès ton arrivée à Montréal, on avait bien  senti, nous tous dit du « milieu », ce nouvel apôtre fou, allumé, malin, bourré de dons et on t’ouvrait bien grands les bras alors !

À te revoir camarade Hébert ! Haut.

(30)  

VAILLANTE JANINE SUTTO

 

     Va, tu peux t’en aller Janine Sutto. 

     Va-t-en maintenant. 

     Tu te livrais sans cesse, trop généreuse, grande âme, âme grande ouverte avec tes inoubliables si doux sourires. On voyait —un peu— maintenant, ta fatigue de vivre, toi l’intensité incarnée, on voyait ton épuisement. Depuis si longtemps ton zèle pour jouer cent et tes visages à cent, à mille angles, t’arrachaient des silhouettes si vivantes !  Tu étais présente partout, veilleuse intense, et entre tes doux beaux yeux, sur ce visage fragile, on découvrait tes incessantes admirations, et, parfois, oui, oui, top franche, des soupirs d’insatisfaction.

      Janine Sutto, tu as beaucoup fait dans tous nos parages scéniques, ou à la télé. Janine Sutto, tu étais partout, tu as joué partout, ici ou là. On entendait les soirs de « premières », tes petits cris de souris, tes grands rires d’emballement. Mille fois, mercis, oh toi, la  si généreuse et si attentive observatrice du « théâtre » qui se fait.  

      Nous n’oublierons pas, jamais, tes cris de joie, de bonheur ou tes grands éclats rires, avec tes gestes d’animatrice. Et aussi, parfois, tes sévères critiques d’exigeante parmi les exigeantes. 

      Oh toi, notre Janine Sutto « nationale » qui courait  partout, partout, tu as vraiment beaucoup donné. Étonnés, nous te regardions aller si vite derrière tant de rideaux de velours, rouges, gris ou noirs. Subjugués on arrivait mal à te suivre, car tu voulais tout voir. Tu espionnais le talent, on dirait, partout et sans cesse, aux coulisses de tous nos théâtres, les yeux agrandis, les mains ouvertes, tes bons sourires à tes lèvres juste avant les compliments…ou les sévérités. 

     Tu étais cette enfant venue de France, qui allait vivre à toutes les métamorphoses , ici, dans notre métropole et toute sa vie.  Au beau milieu des personnages inventés par les dramaturges divers, tu faisais feu, Janine Sutto, et flammes, et flammèches, vives étincelles pour illuminer tous les boisés de nos alentours, Janine Sutto c’était une actrice vraie. 

Et pas de complaisance, avec la Sutto, oh non, jamais. Pas avec cette sorte de femme, pas quand on a, comme innée, cette intelligence « des planches », voici maintenant des « planches » moins amusantes, les fameuses planches sur lesquelles il faut bien accepter un jour d’aller s’allonger…à jamais. Merci pour tout chère Janine Sutto.

Claude Jasmin

Sainte-Adèle

Mars 2017. 

  

UNE BOMBE AVENUE DES PINS !

 

Il y a déjà presqu’un demi-siècle, un soir de 1968, une bombe éclate en pleine Avenue des Pins. Sur cette petite scène du théâtre de Quat’Sous, Avenue des Pins, éclate donc de neufs jeunes talents. Show avec des chansons effrontées (la torrentielle Louise Forestier) des dialogues fous (le grand démonté Robert Charlebois) et un culoté fort insolite qui soliloque ( l’efflanqué Yvon Deschamps).

Le public est sur le cul, éloigné très brutalement des vieux classiques (TNM, Rideau Vert, etc.) et va naître un curieux nouveau « classique » : Ostidshow. 1968 et je venais de publier, (chez le Parti-Pris de Gérald Godin) en patois jargonnique bien d’ici : « Pleure pas Germaine ». Bang !, critiques négatives très raides partout pour ce roman qui deviendra pourtant un « classique québécois ». Sera réédité sans cesse (chez L’Hexagone). Québec en « révolution tranquille » se poursuivra partout et vint donc cette bombe que fut l’ « Ostidshow ». Alors, le triste orphelin de Gélinas (« Fridolin ») ne régna plus seul, le vieux « Séraphin » de Grignon était distancé, ce pauvre livreur à vélo, (Raymond Lévesque), ce timoré « Médé » de Marcel Dubé, serait vengé.

Les héros nouveaux vont s’assumer, vont parler cru, blasphèmeront parfois car ce Canada-Français voulait s’épivarder, s’affranchir, se libérer à jamais et il le fera, carrément se révoltera. D’abord au petit « Quat-Sous », dans ce texte devenu aussi un classique. L’Ostidshow fut un cruel miroir, très gênant, une franche glace sans tain braquée sur nos catholiques populations intimidées.

Ce misérable gringalet de St-Henri (Yvon Deschamps), va nous « cracher à la figure » toutes nos « aliénations nationales », il va se démasquer du « colonisé québécois » dominé. Cette virulente catharsis nous sera bénéfique. Ostidshow, oh oui; ou « ainsi débuta notre délivrance ».

30

J’AI FAIT UN RÊVE !

 

Pour nos assimilés, volontiers aliénés, servites de la déferlante et envahissante culture pop-USA, louanger notre culture pop à nous, est un signe d’égocentrisme. Quelle attitude de colonisé. Pour ces suiveurs-USA, vous sombrez dans le « régionalistes » étroit et ces dominés-contents s’exclament : « Sois « international », « universel », sors de ton cocon (le pays n’est qu’un cocon). « USA » ou rien » ! En effet, aucune information à propos sur des cultures populaires. Sur le Mexique (pourtant un voisin !) la Scandinavie, l’Espagne, l’Allemagne, l’Italie, etc.

Tous en dociles publicitaires-des-USA dans presse-radio-télé, tous en piteuses courroies de transmission. Lisez, par exemple, La Presse spectacles, les Cormier, Cassivi, souvent Sarfati (aux voyages payés) et surtout Hugo Dumas. Tel le Cormier au Devoir.

Il n’y a à signaler dans tout l’univers que Los Angeles ou New York.

L’Europe entière ? Bouche cousue ! Autres continents de la planète ? Pas un mot. À moins qu’un créateur étranger soit fêté aux USA ! Ainsi le Québécois est transformé en écornifleur de ce qu’écorniflent les USA ! Tout le monde par ici accepte volontiers ce contrôle « all-american », dociles valets consentants du « suprématisme », moutons de l’Impérialisme-USA.

Or, j’ai fait un rêve, j’ai imaginé que, par seul exemple, tout le Massachusetts au 19 ième siècle, aurait pu être envahi d’énormes masses d’émigrants venus, disons, d’Italie. Et qu’ils furent des « résistants », comme nous au Québec. Alors, siècle après siècle, s’installe à nos frontières, la culture italienne ! Maine, Vermont, New Hampshire et New-York state compris; voyez-vous ça ? Nous tous, touristes, visiteurs plongés dans cette vaste « Nouvelle Italie », quel bonheur !

Imaginable certes; un autre beau rêve : imaginez des hordes immenses d’émigrants qui, dès 1700, venus d’Espagne et s’installant partout à nos frontières. Comprenant même le New Jersey, Connecticut, Maryland et Pennsylvanie. Avec la Virginie ? Oui, « New Spania ». En automobile nous nous retrouverions plongés en culture espagnole, sa musique, ses chansons, théâtres, films, et cette si jolie langue !

À bas l’uniformité wasp et, comme tous ces touristes du sud qui estiment notre « vie française », ce serait « Viva Nuovo Spania ». Bon, il est permis de faire un rêve ?

Allons plus avant dans ces hypothèse de migrations massives. Les Allemands en Pennsylvanie ? Ailleurs, les Polonais ou les Grecs, ou les Portugais, cela serait stimulant, formidable ? Adieu rouleau compresseur « only » anglo-saxon. Adieu immense lot d’uniformités avec toutes ces villes semblables, comme formatées, à « Colonel-Machin », à « Hamburgers-McDo », erc. Que vous soyez à Los Angeles ou à Boston, à Boston ou à Miami, au Texas ou au Colorado, c’est les mêmes « us et coutumes » et, partant, l’ennuie, un territoire en assommoir.

Rêvons même d’une grande « Nouvelle Europe » à nos portes. Un vaste « Domino » de lieux très divers. Aux cultures diverses. Oui, de l’universel et en vrai avec las fin de l’idiot-consommateur ! Nos Cormier, Sarfati, Cassivi, Dumas et coetera, pourraient varier leurs éloges. Terminée enfin la monotonie de ces publicitaires avachis, leur agenouillement sous l’actuel impérialisme-USA.

(30)

.

BARBEAU, UN GÉNIE NOUS A QUITTÉ

En 1950, au parc Henri-Julien, rue du même nom, se présente un jeune et haut gringalet avec sa petite machine à coudre portative sous le bras. Moi et Paul Buissonneau, fondateurs de l’ambulant théâtre « La Roulote », aménagions des vieilleries pour les décors. «  Je me cherche de l’ouvrage, je suis costumier », dit le tout jeune François Barbeau, regard bleu et intense. On sent un feu sacré, on l’engage à 30 piastres par semaine.
Ce gars surdoué vient de mourir, hélas. Feu Barbeau ! Cet élancé farfadet, si imaginatif et débrouillard, en quelques décennies était devenu cet indispensable habilleur d’artistes, un bonhomme « très » hors du commun. Ce filiforme garçon, souvent méditatif, à la mince voix de fausset, aux sautes d’humeur surprenantes, a rapidement imposé ses étonnants talents partout dans tous nos théâtres, souvent au cinéma, parfois à la télé.
On a vu, amateurs de nos scènes, des reines et des putains, des coquettes et des nonnes travestis d’éblouissante manière grâce aux ciseaux de fer de ce Barbeau incomparable assembleurs de mille et un tissus les plus divers, rares ou communs. Ce jeune camarade de La Roulote est devenu vite un magicien. Vous lui donniez un petit tas de vieilles « guenilles » et Barbeau les métamorphisait en luxueux pourpoints, en robes de bal, en bures de prophète, de ses costumes uniques et originaux !
Dieu —il existe, n’est-ce pas ?— devait accorder vie éternelle à pareils génies. Le ciel existe, pas vrai et Saint-François-des-costumes, avec ses sourires sardoniques —avec ses usuelles craques et ses horions moqueurs— coud et pique toujours aux spectacles des « immortels ». Tous les élus l’apprécient, applaudissent encore ses fabuleuses créations. Barbeau a reçu une machine à coudre toute neuve et on peut l’entendre encore, les doigts remplis de coton, de soie fine, de satin rare : il tempête encore là-haut.

30

FRAPPEZ TROIS COUPS ET VOILÀ MONIQUE !

FRAPPEZ TROIS COUPS ET VOILÀ MONIQUE !

par Claude jasmin

Monique a tout été, elle a tout fait. À la radio, à la télé, au cinéma. Sur les scènes de tous nos théâtres. Toute jeune, tout de suite, nous avons aimé son visage anguleux, ses hautes pommettes, ses yeux de charbon ardent, son profil grec et asiatique à la fois, l’allure souvent d’une esquimaude de conte. Sans oublier, son essence même : sa voix polyvalente, de métal et de velours, d’acier et de soie, de barbelé, outch ! Ou de…fée « shéhérazade ». Cette emblématique comédienne, venue de Rosemont-La petite patrie, pratiqua d’abord en sous-sol-Audet, rue St-Hubert à Montréal mais dès 1950, il y a plus d’un demi-siècle, tous les collégiens des collèges classiques se bandaient vers elle au dessus de ce « trou du Gésù » (habité longtemps par la vieille Nana de Varennes). Tous les gars rêvaient de cette jeune gitane, rue Delorimier dans une « ex-mitaine protestante, chez Les Compagnons du père « Toto » Legault. Oui, nous les gars du Grasset, nous fument hypnotisés par cette noironne rebelle. « Ciboulette » sauvageonne délinquante en trafic illégal en « faubourg à mélasse » de Marcel Dubé. OH, la belle révoltée de « Zone » en un horizon de hangars, sous le Jacques-Cartier. On découvrait le beau masque aux beaux yeux sombres, bouche d’angoissée, long cou fragile hantant un voyou, Tarzan, Guy Godin. Robert Prévost, un génie, lui inventa un abri de toile peinte, utile au surdoué dramaturge débutant, Marcel Dubé.

Cette électrisante ne cessera plus de nous fasciner dès ce « Festival du Dominion »; puis ce sera à jamais, pour toujours ! Cette fille encore bien vivante (à « De Grâce Notre-Dame »), a foulé des « planches » couvertes de mille et un micros. Miller : mille et un réflecteurs, mille et un costumes pour mille et une métamorphoses. Rieuse, pleureuse, criarde, agonisante, espérante, désespérée, c’est « la » Monique-aux-mille-âmes ! Bonne fête belle Miller et bravo pour tous tes fantômes, gigantesque panthéon de femmes épanouies, de filles cassées, de putains (« Montréal,-P.Q. »de VLB, ) et de candides, aussi, de démones et de saintes. Chère Monique, merci pour tes miroirs multiples. D’avoir été si vraie, si charnelle et si spirituelle à la fois Merci.

En ce blanc mercredi 17 (l’inaccessible Angela)

 

notes : lectorat cher , pas facile de continuer ce récit. Sans cesse je cherche des…situations ? un lieu, un fait…amoureux, comment « continuer » Ma grande peur de l’échec. De devoir abandonner ANGELA, ce serait quoi ? un avorton de plus. Car il y en a eu en cours de carrière.

Ce tout premier amour, adolescent, en une contrée, le Québec de 1947, en un temps plein de puritanisme ambiant. Triste époque. Bien savoir aussi, et bien me souvenir, des prudences obligées pour ne pas trahir las vérité. Ne pas oublier ce strict moralisme chez les Canadiens-français catholiques (comme on s’appelait) du temps. Une morale omniprésente. Une dictature du clergé présent partout. Une censure (et autocensure donc) fort capricieuse. Avouer aussi ma crainte du péché. Ma crainte d’entrainer celle que « j’aime comme un fou » dans le péché. Mais oui, c’était cela jadis. La découverte inopinée des sens s’imposait comme malgré moi. Oh, le bonheur anticipé —si coupable—, de s’y laisser prendre. Songer en cachette à passer à l’acte. Cela, oh oui ! La masturbation, honte solitaire, onanisme détesté, en compensation adolescente. Envie forte donc de transgresser les tabous répandus, le prêche perpétuel dans nos entourages contre « la chair ». Envie chaque fois, à chaque rencontre, de casser le diktat convenu. « Pas avant le mariage ! »

« Tombeau pour Paul Buissonneau »

« Tombeau pour Paul Buissonneau »

par Claude Jasmin

Mon cher Paul, Cocteau et Piaf crèvent et, on regardait ta photo, un Paul jeune et maigre, fier et célèbre « Compagnons de la chanson ». Pages du Figaro, de Paris-Match. C’était bien avant ton petit atelier rue Delorimier. Parc Rouen. Là où le vieux gardien, m’sieu Mochon au « brandy nose », est mort. Paul, où as-tu remisé —« Orion le tueur »— ton décor de stores vénitiens peints des deux bords ! Tu m’avais enseigné comment faire péter de la poudre sans danger pour ce « Orion-Jean-Louis Millette ». Jean-Louis , exposé au TNM et qui t’a fait crier: « merde !, c’est la première fois que tu me fais de la peine Jean-Louis ! » Frissons partout dans le mausolée improvisé.

Paul, avant de t’éteindre, tu souvenais-tu souvent des parcs l’été, oasis du populo. « Ton truck à merveilles » stationné de Pointe-Saint-Charles jusqu’au bout du Bout de l’Île. Où rouille-t-il donc ton camion-miracle dans quelle cour à scrap de la municipalité gît ce Tombeau magique, coffre aux trésors des enfants qui n’avaient pas les moyens d’aller en villégiature.

Paul, toi trépassé, est-ce que tu chanteras encore de tes folleries: « Il pleut, il mouille, je suis comme un grenouille?  » Ces inventeurs de jeunesseries télévisées de la SRC, les Doré, Claude Caron, Roy, se font oublier, Paul. Qui ont permis tant de « Picoloteries » , d’Arlequinades. Paul, je te revois si jeune au parc Henri-Julien parler aux enfants sans aucune complaisance, d’égal à égal. Enfant toi-même. un gringalet t’attend pour vêtir ce « Pierre » et ce «  Loup » et les autres, avec sa petite machine à coudre portable, le génial François Barbeau. Oh jeune Paulo !, je te revois  « barguigner  » dur chez ce cordonnier, ton voisin de la rue Rachel, pour quatre paires de godasses. où as-tu remisé tes décors-accordéons, supports à linges, pour ton inoubliable  « Tour Eiffel qui tue ». Claude-Léveillée, blanc comme mort, mime inspiré, traînait ses savates au Gésù ?

Ô Paul, cher guenillou surdoué, précieux regrattier d’imaginaires, vidangeur céleste, brocanteur de rêves, « quêteux » métaphorique, tu inventais sans cesse. De tout. Des « Bande-à-Bonnot » avec ce  triste « Yvon » de Saint-Henri ou avec ce grimaceur « LaTulippe » d’Hochelaga. Paul, je me rappelle tes fous rires, en 1952 au marché Amherst pendant qu’on pissait dans les fioles de l’examen médicale pour aspirants-fonctionnaires chez Claude Robillard.

Paul ? Ne peux mourir celui qui a été l’ami intime de la môme Piaf et qui a chanté avec tes célèbres « Compagnons » à Madrid et à Lauzanne, à Alger et à Tunis, jusqu’au Caire et puis à Los Angeles, Las Vegas, New-York chez Ed Sullivan…alors je te regardais, médusé ; à cause d’une jolie bourgeoise prise comme épouse, te voilà simple bonimenteur, fabriquant de masques dans ce coqueron près du Stadium et je te regardais coudre des oreilles de peluche pour le lion Marcel Sabourin, des moustaches de crin pour la tigresse Clémence, des queues de laine tressée pour le chat Millette, un sacré « Carnaval d’animaux » pour des enfants pauvres étonnés !

Plus vieux, je t’ai surpris au lugubre Centre Campbell sous les fumées de la Molson d’à côté, tu fourrageais dans tes costumiers de friperies pour de pauvres jeunes théâtreux amateurs. Mon voisin de « La petite patrie », Claude Léveillée, n’en revenait pas quand tu me commandais ce décor en cage d’oiseaux, mobile et devant s’ouvrir avec tout le mobilier accroché aux mur pour cet autre fou, bonhomme Marcel Achard et ses « Oiseaux de lune ». Paul, tu sacrais souvent en québécois, tu grognais en brèves colères et soudain tu t’illuminais devant une lessiveuse au tordeur tordu, un vieux carrosse cabossé, un abat-jour éventré, une pompe à bras déglinguée, un cornet de phonographe ébréché ou bien une horloge toute éviscérée. Adieu Paul, « sur-réalisateur  » de vidanges, génial métamorphoseur de rebuts, tu tuais le théâtre-à-papa des Gascon et Cie et tu faisais école sans le savoir, annonçais tous ces Asselin, Maheu, Lepage, Champagne et Cie.  

Mon vieux Paul, en allée, à l’aéroport fatal du temps qui passe, où se sont évadés tant de nos camarades, tu vas jouer le plus sourd que tu n’es et il va vanter devant les portes d’accès .Une voix grésillera dans un triste micro : « Attention, attention : les passagers pour l’au-delà, veuillez vous présenter à la porte invisible. » Mais toi, tu ne mourras plus, même dans cent ans, on te reverra faire des pirouettes dans ce nuageux paradis des pas perdu, avec tes godasses chaplinesques, tes bretelles pendantes sur ton pantalon, jamais Auguste mais clown rouge, tu te ressembleras plus que jamais, petit poulbot dépenaillé de ta rue Mouffetard, gamin qui bafouait les bombardements des nazis au dessus de ta tête, gamin pauvre déjà ouvrier-couvreur. Paul, tu restes en mémoire ce Québécois indispensable ; d’anciens voyous du fond des ruelles et des parcs te redisent merci pour tant de beaux rêves éveillés. Tu nous donnes envie de chanter : « Il y a longtemps que l’on t’aime et jamais, non, jamais, on ne t’oubliera ».

QUEL EXIL À OTTAWA ?

 

CLAUDE JASMIN

Étrange réflexion du fédéraliste Laforest (à Laval) à propos d’un « Québec qui serait en exil (!) de lui-même à Ottawa » , aux éditions Québec-Amérique). On a lu ça et on reste perplexe. Son pressant appel « à la jeunesse d’ici » de « mieux participer à la vie politique fédérale » est un aveu de Laforest face à l’indifférence des jeunes. Il en est fort marri. Avec nos luttes ( de Jean Lesage à René Lévesque et Parizeau ), avec la puissance gagné du Québec actuel, oui, pour les jeunesses « on l’a notre pays !, c’est un fait. Et ils ont raison par rapport à cet ancien Québec, petite province timorée de jadis !.

Une photographie du renégat, G.-É. Cartier illustrait son article, j’y reviens, Cartier que le régime-Harper veut nous voir fêter, qui fut l’adjoint (toutou docile) du Grand Manitou, Macdonald. Jeune Cartier fut un des fiers Patriotes de 1837-38. Vieilli, il défroque et se fait un des « pépères » de la machine à diluer notre nation, cet engin pernicieux nommé Confédération. Cartier donc fut un vire-capot, on dira un infâme « collabo »de notre noyade. De notre minorisation.

Nos lecteurs doivent se questionner sur ce que signifie ce : « Un Québec « exilé » dans la fédération » ! Ce prof d’université écrit «  le Québec est un joyau pour le Canada ». Quoi ? Notre pays le Québec, une bébelle ? Un colifichet, une parure ? En réalité, face à l’énorme pays étatsunien, les Canadians (de Toronto à Vancouver) utiliseraient le Québec comme simple « caution » !!! Tous ces anglos, faisant hypocritement mine de « tolérance du français », farcesque, on a vu et on voit : c’est notre « l’assimilation » qui fut en marche, elle l’est encore, partout, pas seulement en Ontario ou en Manitoba.

Ce M. Laforest est-il aveugle : voyez les hordes de migrants, venus d’Asie ou d’ailleurs, s’ajoutant à cette dilution. « A mare ad mare ». En effet professeur, les jeunes sont mieux instruits, clairvoyants même : en 1974, les nouvelles générations sentent qu’ils l’ont déjà leur pays, le Québec, qu’ils forment une nation et, surtout, plus lucides, que le Canada désormais peut se passer de nous, faire élire un chef à leur gout tel M. Harper.

Nos jeunes ne s’intéressent même plus à la vieille bataille des référendums car nous ne sommes plus 30 %, nous serons à Ottawa bientôt un petit 10% ? Donc sans plus aucun pouvoir. Au Québec, nous restons majoritaires, plus de 80 % Alors, quoi cet exil ? Aucun exil, c’est un refus un rejet, même pas, une indifférence et cela crucifie ce cher bon vieux bonze de Laval. Son grave « déni » —d’ordre sentimental ?— est pathétique. Sniff, sniff… on va interdire aux blokes —rednecks ou pas — « leur « bébelle » nommée « joyau ».

Une réalité ? Le Canada n’existent pas à fond, c’est un pays artificiel (Duhamel dixit). Ses gens sont totalement engloutis, envoutés par la populaire culture-USA. Un nation abonnée à… magazines, films, radio et surtout télé, exclusivement étatsuniens ». Un fait patent. Vérifiable. Allez visiter ça un moment, vous le constaterez, Toronto est jumelle, sosie, de Chicago. Ou de Boston. Ce qui désole leurs élites.

Québec, simple « joyau » est vraiment une molle, inefficace parure. Oui, de Toronto à Vancouver, les Canadians ignorent complètement, notre culture. Ne connaissent nullement nos écrivains, notre théâtre, même la riche chanson populaire du Québec. Même nos plus grandes vedettes. Ah non, cette niaiserie des « deux solitudes », assez ! Il y a vraiment deux pays et l’un des deux est totalement colonisé par les USA.

QUEL EXIL À OTTAWA ?

Étrange réflexion du fédéraliste Laforest (à Laval) à propos d’un « Québec qui serait en exil (!) de lui-même à Ottawa » , aux éditions Québec-Amérique). On a lu ça et on reste perplexe. Son pressant appel « à la jeunesse d’ici » de « mieux participer à la vie politique fédérale » est un aveu de Laforest face à l’indifférence des jeunes. Il en est fort marri. Avec nos luttes ( de Jean Lesage à René Lévesque et Parizeau ), avec la puissance gagné du Québec actuel, oui, pour les jeunesses « on l’a notre pays !, c’est un fait. Et ils ont raison par rapport à cet ancien Québec, petite province timorée de jadis !.

Une photographie du renégat, G.-É. Cartier illustrait son article, j’y reviens, Cartier que le régime-Harper veut nous voir fêter, qui fut l’adjoint (toutou docile) du Grand Manitou, Macdonald. Jeune Cartier fut un des fiers Patriotes de 1837-38. Vieilli, il défroque et se fait un des « pépères » de la machine à diluer notre nation, cet engin pernicieux nommé Confédération. Cartier donc fut un vire-capot, on dira un infâme « collabo »de notre noyade. De notre minorisation.

Nos lecteurs doivent se questionner sur ce que signifie ce : « Un Québec « exilé » dans la fédération » ! Ce prof d’université écrit «  le Québec est un joyau pour le Canada ». Quoi ? Notre pays le Québec, une bébelle ? Un colifichet, une parure ? En réalité, face à l’énorme pays étatsunien, les Canadians (de Toronto à Vancouver) utiliseraient le Québec comme simple « caution » !!! Tous ces anglos, faisant hypocritement mine de « tolérance du français », farcesque, on a vu et on voit : c’est notre « l’assimilation » qui fut en marche, elle l’est encore, partout, pas seulement en Ontario ou en Manitoba.

Ce M. Laforet est-il aveugle : voyez les hordes de migrants, venus d’Asie ou d’ailleurs, s’ajoutant à cette dilution. « A mare ad mare ». En effet professeur, les jeunes sont mieux instruits, clairvoyants même : en 1974, les nouvelles générations sentent qu’ils l’ont déjà leur pays, le Québec, qu’ils forment une nation et, surtout, plus lucides, que le Canada désormais peut se passer de nous, faire élire un chef à leur gout tel M. Harper.

Nos jeunes ne s’intéressent même plus à la vieille bataille des référendums car nous ne sommes plus 30 %, nous serons à Ottawa bientôt un petit 10% ? Donc sans plus aucun pouvoir. Au Québec, nous restons majoritaires, plus de 80 % Alors, quoi cet exil ? Aucun exil, c’est un refus un rejet, même pas, une indifférence et cela crucifie ce cher bon vieux bonze de Laval. Son grave « déni » —d’ordre sentimental ?— est pathétique. Sniff, sniff… on va interdire aux blokes —rednecks ou pas — « leur « bébelle » nommée « joyau ».

Une réalité ? Le Canada n’existent pas à fond, c’est un pays artificiel (Duhamel dixit).Ses gens sont totalement engloutis, envoutés par la populaire culture-USA. Un nation abonnée à… magazines, films, radio et surtout télé, exclusivement étatsuniens ». Un fait patent. Vérifiable. Allez visiter ça un moment, vous le constaterez, Toronto est jumelle, sosie, de Chigago. Ou de Boston. Ce qui désole leurs élites.

Québec, simple « joyau » est vraiment une molle, inefficace parure. Oui, de Toronto à Vancouver, les Canadians ignorent complètement, notre culture. Ne connaissent nullement nos écrivains, notre théâtre, même la riche chanson populaire du Québec. Même nos plus grandes vedettes. Ah non, cette niaiserie des « deux solitudes », assez ! Il y a vraiment deux pays et l’un des deux est totalement colonisé par les USA.