« Publier sans cesse »

 

L’année 1975, inoubliable pour ma carrière en cours, une année étonnante, ce sera pour moi une année épatante, fructueuse, et qui me combla à fond comme auteur. À la télé, j’ai sans cesse des invitations. Pour des billets. Des débats à Tva, Canal 10. Michel Tremblay en est très souvent et il affirmera s’être fait connaitre grâce à ces prises de bec. Celles surtout sur le « joual ».

On m’offre souvent des participations à des talk-shows, j’y passe l’un après l’autre. Je me ferai vite une réputation de farouche pamphlétaire. Et à jamais.

De plus, en 1975, je serai invité par le fondateur Pierre Péladeau (qui m’appelle son p’tit bum préféré) comme chroniqueur. Il y en avait très peu à cette époque. Cela tous les matins donc 365 articles par année ! Et durant des années ! Cette année-là, le quotidien « La Presse » publie, chaque soir, la biographie de mon enfance, « La petite patrie ». Le quotidien avait été son éditeur.

Comment ? En 1972, j’allais expédier « La petite patrie » à des éditeurs de Paris, me disant, que l’extrême « régionalité » du sujet pourrait justement faire son succès, par exotisme. Le lendemain de Jour de l’An 1972, rencontrant Stanké dans le hall de Radio-Canada il me dit souhaiter très fort publier un texte de moi. Flatté (?), je lui donne le manuscrit et Alain l’accepte le lendemain et il en fera un succès fécond.

Avec femme et enfants ( Éliane et Daniel), en vacances d’été de 1964, ce sera en petite coccinelle-63 le classique « tour de la Gaspésie ». J’en rêvais. Au retour, en janvier de 1965, j’ouvre ma petite « Royale portative ». Et toute l’ossature du roman « Pleure pas Germaine », chapitre après chapitre, va se rédiger fidèlement à partir de mes notes de voyage. De Villeray (rue Drolet) à Percé, et cette nuit de feu-de-camp.

Devenu pigiste à « Québec-Presse »— dirigé par Gérald Godin qui est aussi éditeur de la revue « Parti-Pris » (ainsi que des éditions éponymes), je confie à Godin le manuscrit gaspésien. C’est 1965 et lui-aussi, comme Stanké, me dira « oui » le lendemain de sa lecture. Ce sera un « hit » renversant.

Mon tout premier roman écrit en 1958 (avant 1960 et« La corde au cou ») parut en 1959, dans une revue littéraire à tirage plutôt confidentiel : « Les Écrits du Canada » (le numéro 7). Stanké, bombardé chef-éditeur chez l’énorme « L’Hexagone », ayant lu ce numéro 7 des « Les Écrits…», voulut en faire un livre et le fit. À mon grand contentement.

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LAIDEUR, BEAUTÉ

Un temps de ciel laiteux. Et flâner dans l’eau. Au rivage, sous le myric baumier, ce petit… chat ou ce gros crapaud comme passé à la chaux ? Un ouaouaron géant, exsangue ? « Ça » nage dans tous les sens, « ça » creuse soudain sous le mur de roches rouillées, vivier de mes rats musqués. Mais qu’est donc ce curieux nageur au pelage tout trempe ? C’est blanc, si pâle, quoi au juste ? L’animal inconnu m’a vu, me fuit, me revient, plonge, reste au fond, remonte. Cache-cache ?

Je m’appuie au tronc du vieux saule penché. La bestiole amphibie, laide, si mouillée, est là sous le mur de pierres. Dans un creux. « Ça » entre et sort d’un fond de trou boueux, un chat infirme, un goéland déchiqueté, mouette perdue aux ailes fracturées —mythe égaré— un « pet » payé pas cher et qu’on a voulu noyer ? « Ça » gigote fort et « ça » reste tout au fond, pâle lueur. Pieds nus dans l’eau, la peur. Est-ce vraiment un félin ? Non, je vois des mini-palmes… mais qu’est-ce que c’est que ce drôle blanchâtre ? Sont-ce des pinces? Un blanc homard fantomatique. La nature est pas toujours belle. « Ça », mon cher Stephen King, un échappé de laboratoire ? Y a-t-il un savant fou qui opère pas loin ? Je distingue des yeux de noyé, crevés, sur la tête des moignons violets, une plate gueule à dents croches. Veux-t-il s’harponner de ces poissons tropicaux rouges qu’on ose abandonner à chaque fin de vacances ? J’ai pris un filet, en avoir le coeur net, mais il disparaît. Revient, gratte la vase, eau brouillée merde !

Ce n’est ni un chaton, ni un raton, c’est violet sous le ventre, taches jaunes aux oreilles. Je veux mieux voir mais l’ectoplasme inédit file vers le milieu du lac…oh !, danger pour mes fidèles marathoniens s’entraînant chaque jour : un mini-Jaws. Une mordée fatale dans la figure, oups ! le revoilà, petite fourrure dégoûtante. Suis-je dans un film de science-fiction ? Dans un conte d’anticipation ? Raymonde m’appelle. Souper ! Okay. Mais j’y reviendrai. Promis; je saurai.

Le lendemain :

J’approchais de la rive, un pédalo, à quai, me cachait la vue. Choc visuel : je suis soudain pétrifié. Muet : caché par le pédalo des Lagacé, soudain découvrir si près de mon visage de mon visage, j’aurais pu y toucher— quatre merveilles, quatre trésors vivants, quatre paires d’ailes d’une soie turquoise rutilante, on dirait des joyaux, des bijoux sorties d’une animalerie antique rare. Première fois à être si proche de pareilles merveilles : quatre canards dit colvert.

Pourquoi donc « mon bon-bon-Dieu » ne pas nous avoir donné la chance de vivre au beau milieu, au sein même, vraiment « parmi » toutes nos faunes pittoresques ? Le souffle coupé ce jour-là ! Oh la beauté ! Je ne bougeais plus d’une oreille, pas même d’un cheveux, ils me tournaient le dos et je ne respirais plus. Hélas —erreur—je voulus m’en rapprocher encore un peu… et zut ! Mon quatuor de colverts —calvaire— petipataponne au rebord du quai. Plouf, plouf ! Plouf, plouf ! À l’eau canard, une fuite pressée et adieu l’écornifleur derrière le pédalo. Ils filent rament vers le radeau des voisins Jodoin.

Me restait une étrange solitude avec tant de beauté partie. Eux font les fiers, les libres. Se savent-ils si beaux ? Un tout nu dans l’eau du lac Rond, privé de mes quatre Ostensoirs brillants ! C’est nos pieuses enfances qui remontent quand on veut évoquer du grandiose, non ? Influence marquante chez les « pas riches » que nous n’étions tous que d’humbles paroissiens. J’ai perdu —à ma portée et inaccessible— le trésor d’un émir ou d’un fakir, d’un vizir ou d’un émir —ces vieux mots que l’Islam désendormi réactualise ces temps-ci.

Je rentrai. Demain ou quand, revoir ces idoles à plumes luisantes, dieux palmés, quertzaltcoat d’un mexique imaginaire à Ste-Adèle.

OÙ EST-CE QU’ON IRAIT B’EN ?

Désormais, à Los Angeles ou à Paris, à Montréal ou à Sainte-Adèle….le jeune oisif ( en congé des Fêtes ou en congé des vacances) n’a qu’à presser des boutons sur une manette et il trouve de quoi se divertir. Sans oublier la navigation « universelle » ma foi, sur les innombrables réseaux d’Internet.

Je suis devenu ado après la guerre de 1945, c’était le désert. Les samedis —mais souvent à quinze ans on détenait un p’tt job mal payé— les dimanches surtout dans ma bande c’était un lamento, l’antienne inévitable avec les mains au fond des poches (jamais bien garnies de sous ) : «  Qu’est-ce qu’on ferait b’in ? Où est-ce qu’on irait, donc ? »

Alors, nous allions au cinéma. On nous laissait entrer —« les interdits »— par exemple là où c’est un magasin de meubles, au p’tit Boiler ( on y bout, hein tit-Yves?) sur Saint-Laurent, coin Beaubien. En s’y rendant, à ses vitrines, on admirait les légers vélos importés d’Italie chez Baggio (qui vient de fermer). Ou bien on se rendait au cinéma Empire —le gérant « Passez vite »— juste en arrière de la Gare Jean-Talon.

Chanceux, en belle saison, nous avions souvent ces concerts de musique « live » —de fanfare, de cirque aussi. Bancs offerts tout autour du kiosque du cher Parc Jarry; avec bonnes brises souvent et, pas moins souvent, à fleureter, bien jolies filles de Villeray !

« Qu’est-ce qu’on ferait ? » C’était un si beau si chaud samedi de juin ! Sauvé ! Voici encore une troupe de baladins, pour un show gratis au milieu de la cour de l’orphelinat St-Arsène, rue Christophe-Colomb (et devenu le Patro-Le-Prévost). Grande joie de voir tant de trapèzes, de cerceaux en feu, d’échelles mobiles, de bêtes sauvages, de fouets agités, d’anneaux suspendus et tant de costumes bigarrés.

Bien entendu, il y avait parfois …flâner. Rien faire. Traîner. Nos mères : «  Vos leçons sont bien apprises, vos devoirs…? » Merde, cette scie ! Zut, ces remontrances ! Comment, fuir ces mégères ? Sans hâte, retourner voir les rares animaux empaillés, les vitrines d’insectes —toute cette mort animale— plus que modeste « musée naturaliste » des Clercs de Saint Viateur. Au grenier de l’Édifice pour « Les sourds et muets », rue St-Laurent et De Castelnau; depuis peu devenu un bloc de condos neufs.

Parfois on tentait —vainement— d’entrer au Rivoli (devenu un Jean-Coutu), au Château, au Plaza (devenu studio de télé), au Ritz ou au Beaubien. Difficile : la peur des inspecteurs chez les gérants froussards, que nous maudissions. La biblio publique, hélas, restait fermé les dimanches, point de B-D. Où aller ? Aller sneequer aux funérailles grandiloquentes fréquentes —orphéons bruyants, pleureuses— de nos Italiens du quartier nous lassait. Fiole de rouge pas cher à la neuve Casa Italia ! Y étions « personna non grata » ! Cette Casa voisine de l’église « orthodoxe » où se rendait notre camarade René Angélil (de St-Vincent-Ferrier). Nouvelles tentatives à cette Casa où Mussolini trônait en immense médaillon doré à l’entrée mais le maître d’hôtel bloquait le passage arrière : « Pas de vino, non ! No, les tits-culs et ouste ! »

Maudit verrat où aller ? Redire qu’en ce temps-là, ni web, ni net, pas même de télé Rien !Tiens, « egg-rolls » en vente chez « Vénus » sur la Plaza (pas encore baptisée). En y allant, apercevoir dans la vitrine du libraire Raffin —en 2014, Raffin y est toujours— un nouvel album : « Lucky Luke ». Achat en bande et départ pour lire ça sur le balcon à l’étage chez Tit-Yves. On se retrouve comme dans les branches d’un peuplier géant, forêt au dessus de chez l’actrice Melle. Theasdale qu’on entend à la radio.

 

 

 

QUAND TU VIELLIS !

Quoi donc peut lancer vers une chronique ? Je lis : vieillis, c’est le désert quand vient le grand âge. » Vrai et c’est assez pour me faire rédiger. Oui, terrifiant, vous verrez jeunes gens. Un jour vous prenez conscience d’être devenu une sorte de « survivant ». Pas moyen d’éviter ça en lisant les nécrologie. Des amis partis ! Un ami d’enfance ou de mon adolescence. un qui riait avec vous… Soudain :« finita la comoedia ». La cruelle Camargue fauche, fauche.

MORT DE ROLAND : Roland Devaux venait de m’inviter à séjourner chez lui, dans son nouveau « home » la belle île au bord du Pacifique.Victoria, il avait gagné à la loterie et riait au téléphone, ragaillardi par un si beau sort en fin de vie. J’avais promis mais une semaine plus tard, nouveau coup de fil. Mort subite ! Roland, c’était toute mon enfance dans Villeray, il y était le chef de notre petite bande, batailleur de mes ruelles avec manches de moppes, lance et épées de bois. Contre les « maudits blokes », Gordon, Collin, voyous irlandais des rues Faillon, Berri, Lajeunesse (de Holy Family). Roland : beau plongeur audacieux au bain public de la rue St-Hubert. Aussi soupirant de ma soeur Marcelle. Il m’avait enseigné la boxe dans son hangar, coin Jean-Talon, aussi la levée d’altères, avec poids de ciment coulé dans des chaudières !

MORT DE JUJU : Julien, dit Juju, voisin rue Jarry d’un René Angelil s’égosillant sur son balcon comme un Roméo. Juju qui, pour se payer ses études en droit, vendait des glaces (20 essences !) chez « Robil », rue Lajeunesse. Qui fit carrière chez Bell. Julien, ado parmi les ados, était un fou de théâtre. Étudiant à Ste-Marie-les-jésuites, il fera le metteur en scène aux côtés de Monique Miller pour le premier Dubé : « De l’autre côté du mur ». À cause de ses encouragements, je rêvais à 17 ans de devenir un acteur fameux.

MORT DE JEAN LÉVEILLÉ : Jean, décorateur efficace, qui signa mes décors pour une dramatique signé Paul Blouin (mort lui aussi) : « Blues pour un homme averti », défendu par un Jacques Godin brillant. Léveillé était mon voisin de cagibi à Radio-Canada. Grand frère de Claude-le-poète-chanteur (mort lui aussi), né rue Drolet avec un papa chantre et une maman pianiste. Jean restera le discret, le timide confident précieux. À une rencontre de « vétérans de la SRC », Jean et moi découvrons avec peine de ces retraités amoindris, un avec cannes, un autre avec béquilles, un avec déambulateur et pris d’alzeimer. Un en fauteuil roulant. Même un camarade avec une jambe coupée !

MORT D’UBALDO FASANO : mon plus cher ami. Ubaldo, le « rital », cruelle perte car c’était un vrai fou de musque, le compositeur-arrangeur du célèbre JAUNE de Ferland. Tout jeune, il pianotait aux « mariages d’Italiens » et fit le pianiste des pianos-bars. Ainsi, mon Baldo aidait sa famille de la rue Papineau; La RCMP avait flanqué en camp de concentration (à Petawawa) son maçon de papa, injustement soupçonné de « mussolinisme fasciste ». Quand je voulus organiser une demande d’excuses d’Ottawa, Ubaldo m’en empêcha : «  non, non, Claude, c’est le passé, faut vivre le présent. » C’était tout Ubaldo, pacifiste calme, philosophe souriant. Que de rieuses vacances nous avons passé avec lui (et sa douce France Bergeron) dans les stations balnéaires du New Jersey et du Maine. Amateur de « farces et attrapes », Ubaldo avait inventé une prodigieuse « machine à péter ! » qui avait fait paniquer une Monique Duceppe candide à Nantuckett Island un soir d’agapes joyeuses. Je pense à lui souvent et je souris. Mais ce maudit désert…

AMBIANCE, AMBIANCE !

 

J’écoute souvent, pour l’ambiance, la radio de Radio-Canada le samedi après-midi. L’acteur Girard y fait jouer les bonnes vieille tounes illustrant l’ancien cinéma. Raymonde et moi aimons écouter… soudain Perry Como ! On sourit. Défilent Sinatra, Dean Martin, Crosby, Judy Garland. Une jeune, Lisa Minelli ! Et je me suis souvenu, ambiance, d’un surlendemain soir de Noël à Miami. Nous entrions à l’hôtel Fontainebleau. Juste y déguster un cocktail en son chic cabaret, y respirer l’ambiance des Sinatra et, tiens, Perry Como ! Nous savions que les stars de la chanson passaient au Fontainebleau à tour de rôle. La vie n’est-elle pas meublé d’ambiances ?

Ô l’incrustation des mélodies musicales ! On a donc revécu, samedi, un autre moment d’ambiance. J’ai songé ensuite à la table de la cuisine, à un album de photos, à tante Maria, sœur de maman, veuve « en moyens ». Ambiance : cette tante à l’aise passait des vacances d’été au bout de monde et nous, modeste trâlée de Germaine, c’était inaccessible. L’hiver venu, Maria, nous montrait ses photos. Pour les prendre, il avait fallu des heures et des heures de train! Où donc ? À Old Orchard !

« Voyez mes enfants ces plages de sable à perte de vue ! » Old Orchard était une villégiature huppée à cette époque —sans tous ces motels à bon marché, tassé. La marmaille jasminienne était épatée par ces vues : un long pier —quai sur pilotis— en plein mer, des kiosques, des homards partout, on ne savait pas ce que ça goûtait. Ici, des autos tamponneuses, là, une Grande roue ! Tante Maria nous offrait des klendakes salés, disant : « c’est fait à l’eau de mer ». On se pâmait ! On en revenait pas de voir, en noir et blanc, à perte de vue ces vagues immenses, voir dans l’océan, notre tante tenir pour nager notre cousine Madeleine : « Mais, ma tante, les requins ! » Maria riait. On admirait ce grand hôtel et son annonce : The Normandy. Y aller un jour, oui, mais pas avant 1960. 25 ans plus tard. « À Old Orchard —Maria prononçait à l’anglaise pour épater— on rencontre beaucoup de canadiens-francais. » Le Maine, c’était si loin et y séjourner et devait coûter « les yeux de la tête », c’était un rêve plus grand que la panse. »

Ambiances ? Jeunes enfants, une autre sœur de maman , Pauline, avait pris pays. Où ? « Dans le grand nord », disions-nous. On l’imaginait proche du pays du père Noël. Elle tenait, avec mon oncle Paulo, « Le Montagnard », hôtel au cœur de Saint-Donat. Jamais nous n’avions grimpé si haut, en 1935, nous imaginions mal ce pays de montagnes. Ambiance. Tante Pauline venait parfois nous visiter certains dimanches. Et elle aussi avait toujours, en noir et blanc, de neuves photos. On était étonné de voir ces grosses motoneiges de Bombardier qui servaient en 1940, de navettes pour les touristes à skis. Je crois que « Le Montagnard » existe toujours, en 1995. Tante Pauline, pour nous presque une Esquimaude, exhibait des ours captifs, des têtes d’orignaux et aussi —nos cris— des portraits d’Indiens du lieu :« Oui, ce sont de vrais sauvages ! Et très gentils ! » Nos films de cowboys tueurs d’Amérindiens en prenaient un coup ! « Oh, ma tante, le père Noël, là-haut, vous ne l’apercevez jamais ? » Elle riait : «  Il a tant d’ouvrage, comprenez-le, les sueurs l’aveuglent ! »

J’ignorais que je deviendrais un adèlois, habitant des collines en 1978, et si heureux d’y vivre auprès de ma blonde, Raymonde.

 

 

FUS-JE UN BON PÈRE ?


Beau dimanche chez ma fille, Éliane, belle « fête des pères »; ce rituel commercial ? Je dis toujours oui, jour commercialisé, oui, mais sans ce rituel, cette sorte d’obligation sociale, ce serait une « rencontre familiale » de moins. Pas vrai ? Alors « merci m’sieur commerce » !

Vendredi midi, à la radio d’Isabelle Maréchal: « Vous, avez-vous été un bon père ? » J’ai été franc : «  Oh non, trop laxiste. Suis tombé dans le piège commun : être aimé absolument, tout le temps, seulement.

Or, l’enfant a besoin de refus, de barrages, d’interdictions pour se forger le caractère, se préparer aux fréquents « refus » dans une vie normale; il a besoin d’apprendre à négocier, à s’amadouer, à séduire, à composer, à se battre parfois pour obtenir une faveur, un privilège, un cadeau, un « jeu vidéo » . Sinon, sans jamais aucune barrière, ce sera l’Enfant-roi !

Les temps actuels sont aux valeurs de plaisir, de bonheur, de perpétuelle joie imposée. L’enfant doit être « élevé », éduqué, préparé aux difficultés de sa future existence.

J’éprouve une sorte de compassion pour « le nouveau », futur, prochain père, celui d’aujourd’hui. Je n’ai pas eu ce terrible rival. Je veux parler de tous ces machins électroniques. Ils ont une influence certaine dans l’éducation actuelle. Ni ma mère, ni mon père, aucun des deux ne fut obligé de composer avec l’attrait terrifiant de ces machines diverses dont les fameux « jeux ». Désormais il n’y a plus, comme à mon époque, les parents et les amis. Il y a cette masse séduisante de ces mondes à écrans, à manettes.

Dans ce monde actuel surgit, survient sans cesse des aspects de société troublants. Ainsi, de jeunes élèves du secondaire qui veulent voir un assassinat et le dépeçage de cadavre et qui demande au prof de « prendre le vote ». Tout se sait désormais. Le jeune prof est au chômage et il aura un « dossier » lourd. À Francs-Tireurs, Lucien Francoeur, prof à Rosemont : «  Mes jeunes sont d’une intelligence brillante mais ils sont indifférents. Un voisin de pupitre s’écroulerait, toute de suite ils enverraient un message sur leur réseau social dans la Toile, ils prendraient une photo avec cellulaire pour faire voir le compagnon écrasé au sol. »

On frissonne.

J’entends souvent des témoignages de cette sorte. Francœur a dit qu’au secondaire, c’est « les adolescents en pleine crise », qu’il faudrait mieux payer ses profs et, surtout, couper en deux les classes de 28 ou 30 élèves, former des classes de 18 élèves maximum. Il ajoutera : «  Sans ces longues vacances d’été, je me suiciderais de stress! » Je découvre donc chaque fois que mon propre fils avait eu raison quand, après deux ans, il quitta l’enseignement dans une polyvalente de l’Est. « Papa, j’ai étudié à l’Uqam pas pour devenir police mais pour transmettre du savoir. J’abandonne ! »

Interviewé avec moi chez Maréchal, le même Francoeur, revenu de loin, vétéran d’une bamboche grave, de dérives suicidaires, dira : «  Au fond de tout, dans la vie, il n’y a qu’à aimer, oui, Il faut aimer avant tout. C’est la seule vraie affaire ».

Alors là, j’étais content. C’est si vrai et disons-le aux papas qui sortent de la « fête des pères » assez anxieux, parfois même angoissés, qui se questionnent « Comment devenir un jour un bon père ? » Il s’agit avant tout d’aimer. Avec l’amour bien des erreurs vont s’effacer d’elles-mêmes. Se relativiser. Augustin, oui le saint, a dit : « AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX » » Je voudrais que cela soit mon unique slogan, mon seul moto.

 

 

 

ALLER AUX VUES ?

 

 

Joie folle, enfant, que nos premiers films montrés au sous-sol de notre église. Quelle évasion ! Bonheur d’aaller à quinze ans, une première fois, au « vrai » cinéma du coin de ma rue, le Château.

Dans notre vaste région de collines, aucun cinéma à partir de Lafontaine, Saint Hyppolite…  Ni à Ste Agathe, ni à St-Sauveur ? Pas un seul grand écran. Rien. Ici, nous sommes chanceux, il y a Tom Farmanian, il y a ses salles de Sainte Adèle ! Quel bonheur pour les cinéphiles. Certes, Tom doit afficher les gros succès populaires. Il a ses frais, tant de factures et de taxes à payer mais, cinéphile lui-même, il offre aussi les meilleurs productions du moment.

Le cinéma Pine est une des bonnes raisons d’aimer vivre par ici. Remercions Tom —qui a été honoré avec justice récemment— son travail acharné nous permet, comme les citadins de la métropole du Québec, de voir le cinéma dont « on parle ». J’y ai vu « L’artiste », gadget très vide —en muet et en noir et blanc et je fais partie de cette minorité (sans doute !) qui a viscéralement détesté ce « navet » (selon notre couple). Mais les p’tits vieux du jury des Prix Oscars, eux, ont été flattés de cet hommage venant des frenchmen voulant saluer (sans scénario structuré) les pionniers d’Hollywood.

Dimanche, au lieu d’aller me balader sur le lac Rond au beau soleil, on a été voir vu le film iranien qui a battu « Monsieur Lazhard ». Je n’ai rien d’un chauvin (aller vérifier) : « La séparation » est un très long et très bavard et très ennuyeux face à face —bien film et bien joué cependant. Un paquet de fieffés menteurs empêtrés dans une querelle bien bête et qui n’en finit pas. L’impression que « La séparation » dure six heures !

Il n’en reste pas moins que malgré des déceptions,  et c’est fatal, nous avons la chance de voir les films « dont on parle ». C’est important. Chaque fois que nous descendons la Côte-Morin pour y aller, on a l’impression, de vacances, l’été, d’aller au ciné Ogunquit dans le Maine, ou en Floride jadis !

Hélas, on me dit que les jeunes visionnent sur le « tout petit » écran de leur ordinateur, connecté souvent au « petit écran » de leur télé, un cinéma, me dit-on, aux centaines de choix. Mais il n’y a rien d’aussi festif que de se rendre à une salle noire, se retrouver solitaires mais solidaires avec les autres. Non ? Hélas, comme la peinture, la musique qui se fait, où la littérature (je le sais trop !) et la danse donc, les créateurs sont méprisés par cette jeunesse rivée à l’ordi. Voilà une masturbation, oui, un onanisme via le web sur le net. On a dit que l’arrivée de la télévision (automne 1952) avait tué les artistes de variété, les cabarets, etc. On peut dire que la venue de l’ordinateur tue aussi. Pourquoi se priver de ces réunions humains où ça tousse, ça remue, ça s’émeut, ça grouille, ça mange du maïs ou de la réglisse, ça vit ensemble, c’est un grand tort. Ne grave erreur. Disons même une forme de déshumanisation —une de plus. De grâce, un effort villageois des alentours, allez au cinéma  Pine. Ceci n’est pas une pause « publicitaire », c’est un appel en faveur d’un minimum de vie grégaire, de vie humaine normale pour une existence un peu communautaire.

Tenez, allez vite voir « POLISSE », un vrai petit chef d’œuvre de madame Maïween qui est aussi excellente actrice dans son film. Un captivant récit sur des faits vécus dans Paris. Récits fascinants avec des jeunes gendarmes, tous excellents acteurs des deux sexes. Voyez une jeunesse vivante ! Merci Tom !

 

 

La marmotte du Manoir

Ma vue de la galerie est un jardin de…couleurs, Nelligan: du blanc et du mauve, ô lilas !. Pas loin, taches d’orangé clair, sorbier fleur !, et puis du rose, bosquet de chèvrefeuille,  sous ma rampe, mille miniparasols jaunes, le  mahonia, au sol, paquets bleus de forget-me-not ! Tout ça pour quoi ?, pour quinze brefs jours ? Hélas ! Revenant d’une soirée théâtreuse ( à cause de Raymonde, folle des scènes !), en visite chez Claude, l’aimable bibliothécaire du « Manoir d’Outremont », que vois-je par les fenêtres de la salle à petit-déjeuner ? Elle, oui, ma Donalda. Là, en ville, ma grosse marmotte dodue qui trottinait vers un boardwalk du jardin ! Non, je me trompais, elle a les yeux noirs, la mienne, à Ste Ad, a les yeux gris ! Ouf !

Mais, un matin récent, urgence, me voilà en ambulancier d’occasion et je conduis à Ste Agathe ma mie —un accès d’asthme ! Consultation efficace. Remède. Fin. Ouf!, elle va mieux. L’attendant au parvis, il y avait là, un rocher noir, une pierre lugubre, sombre anthracite et qui bouge ! Qui a des ailes qui se lèvent : c’est un immense corbeau parké dans le parking et qui me nargue, gros comme un veau, qui s’immobilise, paquet de suie sale, il m’observe de son louche regard, quand je m’en approche. Un duel en vue ? Un jeu vidéo ? Hitchcock au secours ! Je fonce sur le big-shot et enfin il ouvre ses parachutes de charbon, s’envole loin de l’hôpital. vers le nord-ouest.

Quel bouquet mirifique dehors. Bon. Je rentre retrouver ma « tousseuse ». Qui me dit, regarde encore, notre famille canardière qui surgit sur le quai ! Qui disparaît, reparaît !

Coup de fil : mort de mon voisin, le gras juge B. Qui nous saluait à peine. Adieu « votre- honneur » ! Mort de Léveillée, venu de la petite patrie, rue Drolet et De Castelnau. Un coup au coeur.

Être vieux, handicapé mais recevoir l’aide d’un fils. Merci Daniel. Venu de son lac Doré (Val David) au Rond, dix minutes. Voir au radeau, au quai, à une haie, à la chaloupe et au mobilier de jardin. Juin bien installé et cette jambe droite comme ankylosée, zut !

Marielle, ma documentaliste de Rosemont-la-neuve, ma sœur, qui  dit « non à Ogunquit », cette saison. Oh ! Devoir refuser la mer où l’attendait Nicole, mon autre révérende sœur. M’expliquant « Peau fragilisée et fini le soleil et la plage ».

Pour mes lecteurs de « Branches de Jasmin » attachés à mes cinq ex-gamins : le jeune prof de musique, Gabriel, part pour le Neptune d’Ogunquit, Simon est parti mission  commerciale… loin, au Qatar ! Sédentaire, mon Laurent défie le monde des pixels et autres effets électro-magnétiques (un monde que j’ignore) au carrefour Angus, rue Rachel. Le « littéraire » David, écrit à Bogotà, en Colombie où la vie coûte si peu ! Enfin, l’étudiant Thomas en vacances, via-les-aubaines-internet, voltige de Berlin à Rome, de Barcelogne à Louvain-la-neuve ! « Et moi pauvre de moi… » comme chantait feu Bécaud, je convalescence, pénible sort, fait du vélo-sur-place et du tapis-marchant au gym du centre commercial…avec quatre écrans de télé au dessus du visage ! À plaindre non ?

Il y a mon bonheur et plaisir, cette chronique et…la lente ponte d’un neuf roman («  La mante juive ») qui veut narrer un bien mauvais souvenir de jeunesse quand je me suis sauvé peureusement d’Anita K., une si jolie jeune juive sauvée miraculeusement des fours crématoires… réfugié à mon « École du Meuble ». Parution en décembre, probable, si… mon petit camarade Claude Léveillée n’insiste pas pour m’avoir à ses côtés au Paradis promis ! Eh !

SMOKE MEAT, TYMBALES ET CADEAUX

Il y a peu, ces beaux jours en guise d’été indien en retard. La rue Bernard pleine de dîneurs aux tables de ses terrasses. Bonheur des yeux. On y alla, Raymonde et moi, un midi, pour le croque-monsieur de la Moulerie, un autre midi, pour le cher smoked meat de Lester, ses cornichons à l’aneth. Invités à souper à Mont-Royal sur Simcoe Circle chez l’ex-cynique, grand sec d’Orléans, André Dubois, mon amoureuse cherche un présent à offrir à Mimi divine cook. Elle file vers ce magasin de cadeaux pas loin de chez Lester. Que d’offres cocasses là ! Un lieu féerique. Un caverne d’Ali Baba ?

Le soleil donc. Partout. Courses…au marché si varié des Cinq-Saisons puis à la banque. Aussi à cet autre magasin-à-cadeaux, sosie du Mille-Feuilles de la Laurier, une papeterie inouïe côté sud de Bernard. Encore là, vaste choix aux rayons garnis d’inventions légères pour cadeaux divers. Dont un des  jeux de société de mon designer de fils, Daniel.  Des tablettes débordantes aux joyeuses inutilités bien agréables. Embarras du choix toujours et toujours, dehors, ce soleil d’été étonnant !

Qui va là, square Madeleine-Ferron ? Est-ce bien mon Tit-Louis, lui qui était avec nous tous au 42 Avenue des Pins en 1948, l’annexe de l’École du Meuble. Où il tambourinait sans cesse. Sur tout et sur tous. En maniaque fervent des rythmes. Eh bien, prévisible, Louis deviendra « le » célèbre timbalier —éméritus— de l’OSM. Louis Charbonneau, aujourd’hui retraité, a gardé même visage et même sourires. Je passerai acheter magazines et journaux chez l’aimable maghrébin-québécois en sous-sol du Manoir d’Outremont. Je donnerai de mes livres à Claude, la bibliothécaire du lieu et aussi on petit-déjeunera avec mon cher beauf’ Jacques, tous ravis de ce répit à jours chauds.

Outremont comme un village. Lieu familier où l’on est bien, d’où nous vient ce bon petit bonheur ? Urbi bene ibi patria, disait les pages roses du Larousse : où on est bien, là est la patrie. Ah nos petites patries en cours de vie ! Je me suis souvenu —vacances d’antan— les si belles longues blanches plages du New Jersey, jusqu’au Cap May, et, pourtant, au retour, le contentement très profond de retrouver sa petite géographie familière. Aller à Paris, métropole si fourmillante visuellement, si riche en décors historiques et puis, au retour, éprouver le bon grand bonheur de retrouver son monde, ses vues, ses familiers contours du quartier où l’on vit, adopté. Même chose si tu vas à Londres, tu as vu les berceaux de tant d’histoires nous concernant souvent tant de monuments célèbres mais, revenu chez toi, c’est la très grande satisfaction. À Rome aussi, tu peux voir les antiques sites du temps d’un vaste Empire disparu, des trésors architecturaux fabuleux, et, revenu at home, tu te sens si bien, si heureux.

Ma parole, le vieux poète, Louis de Ratisbonne avait donc raison ? On lisait : «  Nulle terre n’est si douce que la terre où nos sommes nés ». Faut le croire ? Et mon grand Dostoïevski, exilé un temps, qui déclarait « qu’il n’y avait pas pire malheur que d’être apatride ». Vrai aussi ? Mon fier camarade, Dany La ferrière —Prix Médicis à la boutonnière— ne cesse-t-il pas de gratter son grave bobo haïtien ? La fuite. Enfin, le soir restant chaud, on s’attable au «plus que parfait » Petit Italien et on a vu Martineau-l’excellent-tireur-fou (et franc) en actualités qui minaudait avec une belle enfant, pas loin, Pierre-Karl Péladeau, lui aussi avec une jolie fillette, et tous les passants, rue Bernard, souriaient à cette inattendue pause d’avant les neige

UN BEAU RAT LUSTRÉ !

     J’aime aller observer le débit de l’eau aux jolies ruines de l’arche d’entrée, proche du resto «La  Valloise », Chemin du Chantecler. Là, où le lac file vers l’est en bruyant, stimulant, ruisseau à travers les maisons tout autour du site abandonné, dit « 40-80 ».

    Qui je vois là, se baignant ? Lui, « Parizeau », mon rat musqué familier. Il se lisse les poils tourné sur le coté. Il sourit. Il fait si beau maintenant. Il doit guetter les premières feuilles des saules nains. Il m’a dit  (il me jase par clignements d’yeux) qu’il raffole des poissons rouges que l’on jette au lac en fin de vacances. C’est son régal.

      Le prof sabbatiqueur, le neveu-fesse-gauche par ma bru, Murray La Pan, est venu m’emprunter le pédalo. Sa première pêche. Interdit désormais, me dit-il, de débarquer, à la descente municipale du parc, sa chaloupe d’aluminium. Ste Adèle veut prévenir la contagion-algues-bleues (!) venue de son Saint-Sauveur. J’ai ri. Pas lui.

      « Le Calumet », incendié avec l’ex-hôtel Laliberté ! Hélas !  Désormais achat de journaux au IGA d’un homonyme jasminien. Une employée, héritière, que je  questionne : « Hen, quoi ? Nous autres, venir de Ville Saint-Laurent ? Non. On vient de Ste Rose ! » Bon, bon. À la caisse, une ancienne, accorte, joyeuse, venue du clan Lamoureux, m’apostrophe : «  Ah b’en ! Vous ! Il y a un demi-siècle, vous veniez manger à la pension chez nous, non? » Oui. Oh, la bonne soupe pas chérante !

     Une des belles Lamoureux deviendra buraliste au célèbre « Petit Journal »,  rue Jean Talon ouest et je la revis, y allant en tentant de vendre mes premiers contes. Plus aucun « canard » ne publie des contes hélas pour les apprentis écrivains ! Cécilia (?) y était donc, toujours si bleue de ses yeux, si blonde des cheveux, si blanche immaculée de peau. La beauté !  En 1952, l’aspirant artiste mangeait aussi chez « la grosse madame » juste  au coin, là où on lit « Parc Louis Aubert ». De ce pâté de bâtisses style western, il n’en reste que l’annexe de Del Forno. Lieu qui était un chic « Thea room », déjà sombre avant de muer en l’ex-« Chez Pep » à Cotroni. Je voyais mon vieux camarade, le « lion réacto-bleu », Grignon, sous l’aubarge Chateauguay. Paf pas paf, il entrait ou sortait du pub, capot de chat grand ouvert.

       À cette époque, des marguilliers bien bourgeois acceptaient pour l’église neuve, ces bizarres sculptures hiératiques, ouvrages d’un  parisien exilé ici, Pierre Delanoé.  Au champ vacant du coin de l’église, des gars de chez Bell m’offraient une place « à vache » en leur club de baseball ! Refus !

       Murray rentre à quai la ligne ballante : « Il avance pas l’diable, vot’ pédalo ! » Bredouille, il sourit.  Oh, bruits de brousailles, voilà mon « Parizeau musqué »  fuyant nos myrics beaumiers, plongeant. Bof ! Je fais voir mes neuves chaises longues -en rotin-made-in-China-  achetées « pas cher » viande à chien,  dans un champ vague proche de Rona. Murray apprécie et, intrigué, examine plutôt ces trous partout dans le sol. Curieux ouvrage des mulots troglodytes. Fort soleil de fin de mois ! Je m’allonge, je songe à cette Lamoureux à la caisse du IGA, oh merde !,  nous avons eu vingt ans un jour, un jour…