PORTRAIT DE L’HOMO LAURENTIS ?

Je filais à ma chère piscine de l’Excelsior, quand je le revis qui marchait sur la 117, énergique, bras ballants, nez en l’air. C’était bien lui. Un familier anonyme. Chaque fois que j’en croise un de ces costauds aux yeux clairs, il me semble le connaître. Je le sais par coeur et j’aime cette silhouette gossée rudement. Vous le croisez souvent, c’est « le type laurentien », visage sculpté à la hache, faciès buriné. Son visage façonné par le cruel ciseau des vents d’hiver qui sifflent en nos collines.
Homme sans âge précis, mâchoires carrées, cheveux salés et très poivrés, « des cuisse comme deux troncs d’arbre », pas vrai Raoul ? « L’habitant », reflet de nos anciens temps si durs par ici. Rien de l’agriculteur paisible des généreuses plaines maraîchères de « l’en bas de nos montagnes ». Mon buriné est nommé un jack of all trades, le villégiateur dira le jobber. Indispensable.
Félix-Antoine Savard, a parlé de lui, « Menaud maître-draveur »,musclé mais fragile, illusionné mais abandonné. Avant Vigneault qui l’a bien chanté, Félix Leclerc, qui lui ressemblait à La Tuque, a crié : « Ring-ring, Mac Pherson s’est noyé !» Un autre ? À Sainte-Agathe, le gars du menuisier, le Gaston, qui alla au sud se faire religieux et qui changea d’idée et s’acheta un harmonica, se lia aux images-en-mots pour devenir Gaston Miron ! Mis en bel album de chansons tout récemment. Fini la drave, restait… le « jack of… » Voyez mon survenant, « dieu des routes » qui dévore en riant rauque un beignet au Ultramar du Boulevard. Qui boit du café chaud, gars aux biceps d’acier, aux jambes arquées, au dos déjà courbé. Cou de taureau, cheveux de fer précocement. Cantonnier d’occasion, il peut tout conduire, fardier ou tracteur ; il pratique tous les métiers manuels, ce matin, la voix éraillée par tant de saisons dehors, tu l’entendras éclater de rires féroces. Il compense par un humour ravageur d’avoir été obligé d’ignorer les longues écoles, mais il est courageux et il accepte, bravades, des risques. Il en récolte, jeune, plein de rides au front, de plis sous ses yeux. L’homo laurentis aime fêter aussi, même un rien, une bagatelle. Il ira aussi pleurer aussi s’il le faut, au salon mortuaire, l’ami gringalet dégringolé dans la chute mortelle. Fatras de bières trop vite vidées ? Il a oublié l’heure, alors bourré de houblon, il vomit sa colère et l’injustice derrière le mur d’une buvette. Demain, mon gaillard sculpté se réinstallera à un autre emploi précaire. Qu’il s’est négocié pour quatre sous. Faut pas que son fils devienne un… jack of trades. Salut à tous mes Jean-Guy Groulx. Et merci !

MADELEINE DE SAINTE MADELEINE !

Madeleine, jeune, va à la messe à Sainte Madeleine, rue Outremont. Son papa, un courtier, est mort très prématurément. Alors sa maman, jeune veuve, est retournée vivre avec ses « vieux » parents dans rue Hutcheson, près de Van Horne. Certains dimanches, pour changer de routine, ma cousine Madeleine descend au sud par l’Avenue du Parc et se rend à la messe dans l’église Saint-Enfant-Jésus du Mile End, rue Saint-Laurent et Laurier. Hélas, une maman veuve est souvent nerveuse, fragile, et veillera de trop près sur sa fille unique. Madeleine restera célibataire longtemps. Des flirts normaux -au Parc Saint-Viateur et ailleurs- mais Madeleine, une « jeune-vieille-fllle » ne ramène jamais au foyer de la rue Hutcheson un « cavalier » assez « smart » aux yeux de difficile mère, Maria. Qui est  la soeur aînée de ma mère.

J’ai beaucoup aimé Madeleine, ma belle cousine. Dans les années 1930, quand ma mère se trouvait démunie, entre deux bonnes -qui nous quittaient pour cause de mariage- c’est la belle grande cousine, Madeleine qui venait nous garder rue Saint-Denis. Elle était toujours souriante, enjouée, vive, débrouillarde pour inventer des jeux.

La semaine dernière, Madeleine est « disparue », comme dit, cocasse, la nécrologie. Ma cousine vient de quitter -à jamais- ce coquet appartement dans un de ces « Centres pour aînés » boulevard Gouin. Vaste lieu à hauts buildings nommé « la Colin Avenue  du Québec ». Là où le canal floridien bien connue des Snow Birds est remplacé par la belle rivière des Prairies. La dernière fois que j’y étais allé, il y avait un soleil radieux et mille milliers de reflets éblouissants couraient sur l’eau tout au bout du boulevard Saint-Michel. Madeleine allait bien.

Notre cousine d’Outremont, fille unique, jouissait d’une meilleure vie que nous tous. Par exemple, en fin de nos vacances-en-ville, Madeleine venait nous faire voir sa collection de photos -on rit pas- prises au bord de la mer ! Photos du chic hôtel Normandy, tout blanc,  et cela,  nulle part ailleurs -ma chère- qu’à Old Orchard. Station balnéaire -nous semblant au bout du monde !-   pas encore devenue, à la fin des années ’30,  ce lieu populaire et bon marché. Photos inouïes pour notre trâlée ! Nous l’envions, l’admirions qui semblait danser dans son seyant maillot à jupette au milieu des rouleaux blancs du rivage maritime.

Quand ma chère mémeille Albina mourut en 1942, papa hérita d’un modeste magot et ce sera alors -adieu balconville l’été!- la première location d’un chalet, Où ? En très basses Laurentides, au pays actuel de Vigneault, Saint Placide. Rendus là -une vraie « jungle » pour des enfants du macadam- notre bonheur un jour quand  maman, toute heureuse, nous annonce : « Les enfants, ma petite nièce adorée s’en vient au chalet pour passer deux semaines avec nous. » La joie ! Madeleine, une fois bien installée dans une chambre du grenier, revêtit son maillot à jupette, celui de la photo d’Old Orchard, et, en riant, donna l’ordre à la marmaille : « À vos costumes de bain, tous ! Première leçon de natation, suivez-moi tous ! » Du chalet du père Masson, on put voir le grouillant défilé jasminesque sur le sentier herbeux et pierreux, passant devant la si jolie vieille église, pour se rendre au vieux quai du bord du lac des Deux Montagnes.

En ce temps-là, jamais assez de précautions : nous nous enduisons d’huile d’olive sur tout le corps (anti-rayons-méchants) et nous portions des casquettes à palette -ou chapeaux à larges rebords- sur le crâne, des bouées gonflées à la taille (tripes de roues d’auto), enfin, de pesants  ronningshous aux pieds. Madeleine, experte nageuse -vraie Esther Williams d’Hollywood !-patiente, toujours souriante, nous initia au crawl, à la nage-de-côté, à celle sur le dos. À plonger du quai aussi.

Le temps filait et les années passèrent. Madeleine viendra habiter rue Everett, dans Villeray avec sa mère vieillissante -et donc moins contrôlante. Elle se dénichera enfin un compagnon et ira habiter, dans Ahuntsic, une de ces petites maisons que l’État avait fait construire pour nos vétérans. Un garçon sera son seul enfant, Pierre. Le voilà maintenant vieil orphelin lui aussi. C’est fou la mémoire d’enfance, non ? Quand je vais nager à l’Excelsior, je repense souvent encore à cette monitrice experte en natation, Madeleine, ma belle cousine… morte !


LA P’TITE MAISON DANS LA VALLÉE

      On est excités, on a loué un chalet dans le nord, c’est pas des farces ! On est quatre, on a  vingt ans, on étudie les « arts artistiques », on a loué pour toute une semaine. « Semaine des fêtes », hiver 1950. On peut enfin faire du ski toute la journée et toute une semaine. Mes amis ont des noms merveilleux : Lafortune (Roger), Lavoie (Roland) et Lalumière (Guy). Le soir, on jase, on rigole, on a des jeux de société et…on peint ! À l’aquarelle, ça prend moins de place, et sur des calepins, chacun dans son petit coin car il y peu de place.

       Oui, on a loué la plus petite maison dans cette petite vallée, juste en arrière du steak house célèbre -démoli récemment- le « Quidi Vidi ». C’est rue Patry, une rue à 5 ou  6 maisons, à l’est de la clinique, de la bretelle de la 15 vers Sainte-Agathe.  Allez-y ! Voir si je mens. J’y suis allé vérifier tantôt : la si menue demeure est toujours là et on y fait des rénovations, va-t-on l’agrandir ? Il y avait trois pièces : la mini salle commune avec son vieux divan, un simple comptoir à manger avec des tabourets, un placard, deux chambrettes avec des couchettes étroites étagées, une mini salle de bain. On se tassait.

      On y a été si heureux.

     Aznavour : « Je vous parle d’un temps que les moins de 50 ans… »,  nourriture primitive, pâtes et pâtes, conserves chipées à nos parents, juste le linge de stricte nécessité, nos gros chandails tricotés (à têtes d’orignaux), mode d’avant les actuels blousons si légers. Toute une semaine de ski, pensez-y donc, une semaine à la campagne, sept jours dans ces blanches collines dont nous rêvions tant jeunes citadins. Il y aura quelques soirées de boogie-woogie, de danses « collés ». Au sous-sol du Montclair Hotel. Fameux Redroom aux week-ends bondés de jeunesses danseuses et dragueuses. Quelle chance : rencontres un soir d’accortes infirmières en vacances elles aussi. Mais nous sommes des « cassés », des « tout nus », rien à offrir à leurs tables donc. Ces belles demoiselles cherchent de futurs médecins, des maris solides. Ingrédients humains qu’on ne déniche pas chez les futurs grands « artisses ». Donc, vite, indifférence à notre égard hélas !

      Bof !, rentrons les bras vides et puis, ici, où donc aurions-nous pu « chanter la pomme », caresser et necker, dans ce si petit logis ? Chantons et rions, demain matin, vite, sur les pentes du Chantecler, cela en traversant « à ski » la vieille 117, piquants à travers champs. Ce soir-là, entre célibataires forcés, buvons notre rouge italien -l’inévitable Chianti à changer en bougeoir- et coupons-nous des rondelles d’une charcuterie primitive il y a 50 ans, cher baloney pas cher. Devoir aller visser une plaque de plomb commun au 590 Patry, y lire : « Ici, il y a très longtemps, ont rêvé, ri, bu, mangé, librement imaginé leur futur en faisant des plans d’avenir prodigieux, quatre jeunes et pauvres artistes s’imaginant volontiers une vie formidable, des amours merveilleuse et un bonheur enivrant ».   

       QUE SONT DEVENUS MES AMIS ?

      J’ai perdu de vue Lalumière, venu de la Gaspésie, j’ai revu un Lavoie semblant heureux de vieillir. Il y a moins longtemps, avec Lafortune -qui vit dans une belle grande maison à L’Islet au bord du fleuve-  on est allé revoir cette toute petite maison adèloise de la rue Patry. Émotions. J’ignorais cet hiver de 1950 que j’allais crécher 18 mois plus tard, aspirant-potier, dans une écurie. Que j’apercevrais un midi le bel acteur si doué, Paul Dupuis, sortir en titubant de la buvette de l’auberge Chateauguay, rue Morin, bras dessus bras dessous avec son auteur Claude-Henri Grignon, pompettes, discutant ferme sur le fabuleux libre-penseur Arthur Buies qu’incarnait Dupuis. Je ne savais pas qu’un jour, pas si loin de « la petite maison », j’aurais pignon sur rue au bord du petit lac.

       La jeunesse vit, ignore qu’elle se fabrique des souvenirs, la jeunesse me lit,  sourit de ces temps pauvres. La jeunesse fait bien de faire emblant que cela va durer, qu’elle ne vieillira pas, qu’on ne démolira rien, ni le Quidi-Vidi, ni le Montclair et le Redroom, ni l’auberge Chateauguay au coin de ma rue. Le temps est bien fait, hypocrite, il ment aux jeunes, fait mine de ne rien graver mais vous verrez, jeunes gens, viendra aussi pour vous un de ces jours où vous aurez envie d’aller examiner une ruine ou un coin qui a duré,  charmant, un lieu aimé. Comme moi rue Patry, vous aurez le coeur qui se démène et une point de nostalgie très bienvenue. « Que sont mes amis devenus », allez-vous murmurer ! Il y a le vent qui frappe à toutes les pores, pas vrai cher François Villon ? Dans le nord, ici, c’est Nelligan qui me fait écrire :  « Ah, comme la neige a neigé » depuis !

JE VOULAIS VOIR LA MER

C’est fou. Une obligation que l’on se fait à soi-même : voir la mer quelques jours, l’été retrouvé. Comme le pieux mahométan à son pèlerinage, j’éprouve dès juin venu, le besoin lancinant de voir la mer. Oui, comme le musulman ira à la Mecque pour prier. J’avais 27 ans pourtant quand je pus voir un rivage océanique pour la première fois de ma vie. 1958, c’était au Cap Cod avant que Provincetown ne se transforme en « mecque-exclusive-pour-homos ».

Juin s’en allait donc et je sifflotais : « je voudrais voir la mer », comme dans la chanson populaire. J’en arrive. Lundi, sortant de Concord et puis de la 95-north, je l’ai revue au carrefour d’Ogunquit, sur Beach Road. Heureux, je me suis assis sous les auvents, là où tournoient des faux-tramways. Ô la belle beauté ! Envie de marmonner le Charles Trénet : « La mer, bergère d’azur infini… »

La plage d'Ogunquit (photo Marc Barrière) En direct : Le port de Perkins Cove à Ogunquit

à gauche Ogunquit sur mer, à droite le port de Perkin’s cove en direct (webcam).

L’ATLANTIQUE SUR MAINE

Avec son pâle fin sable tapé sur des centaines de pieds à marée basse, ses blancs oiseaux à la douzaine, comme toujours, j’en aime encore et encore le fascinant chuintement, répétitivité hallucinante, ses vastes eaux qui roulent depuis les débuts du monde, ses moutons frisés, collets fougueux dévorant la rive. Ce ciel violet et puis mauve au fond de l’horizon, en son milieu,  les variétés de verts sur lesquels s’amusent des surfers et où « surlignent » à l’horizon quelques véliplanchistes, plus au large, de rares blancs yachts.

Arthur Rimbaud a tout dit : «  Quoi ? L’éternité ? C’est la mer en allée avec le soleil ». Ô mon cher Ogunquit où nous allons depuis tant de décennies ! En ce genre de station balnéaire, vous décelez une sorte de joie brouillonne, partout répandue, une exultation générale et cela dès l’arrivée. Ça tient à des riens : à  ce très jeune couple, les yeux rieurs, à ces petits enfants très excités devant la pizzéria du carrefour ou à la vitrine de la boutique aux mille bonbons, à ce duo de nonagénaires, aux bras bien noués de solidarité, à la démarche ultra-prudente, qui montrent du doigt une façade toute rénovée et qu’ils comparent à leurs souvenirs, à cette américaine très obèse comme soulagée de pouvoir admirer des corbeilles fleuries hénaurmes au balcon d’un vielle maison victorienne

Malgré, au départ,  de sombres pronostics de pluies et nuages, ce sera un beau paquet de journées de très beau soleil faisant mentir la météo funeste. Un soir, nous irons au village voisin, Wells, pour du frais homard dans une grange aux tables rustiques. Le lendemain de fameux steaks avec pâtes chez Roberto’s sur Shore Road. Des exceptions car, redisons-le, la cuisine chez les amerloques ne vaut vraiment pas cher face à nos restos laurentiens. On en vient, découragés, à ne plus bouffer que des hamburgers et des croque-monsieur. Prudence d’échaudés.

UN DRAGON AU FIRMAMENT

Un matin, très tôt, un frénétique remue, les bras en l’air au bout de sa longue canne à pêcher. Vain espoir, je le crois. Plus loin, un enfant de 30 ans (!), court la tête tournée, surveillant son dragon à longue queue de soie rouge et noir qui frétille au firmament. Ça n’est pas long que la grève va se couvrir de « nations en joie » (Rimbaud encore) et la saison était bien jeune pourtant. Ce sera « pour elle et moi », l’habituel spectacle « du monde qui s’allonge ». Un grouillant théâtre de silhouettes si vivant, avec nos scénarios imaginaires.

Nous irons marcher le très célèbre « marginal way » qui conduit à Perkin’s Cove en zigzaguant au dessus des récifs de pierres aux tons variés avec contournements des odoriférants massifs de fleurs sauvages. Au bout, on y a « notre » banc (initiales gravées) sous des cèdres maigres. Nous apercevons soudain une « Clémence-au-bain », mer dans le dos, pas frileuse dans une baie de l’estuaire de la rivière Ogunquit. Jasette et rires. Ce village très  new england, Ogunquit, a été un lieu bien aimé pour Robert Bourassa ( au Aspinquid) ou pour le pas moins fidèle René Lévesque (au Dolphin ). Jadis pour Mae West -« Meet-me-sometimes »- ou un Rudolf Valentino, beau brummel adoré aux temps où se tenaient, traversant Ogunquit, des courses d’autos. Pour Henri Matisse et Picasso aussi. Qui y furent  invités par Pierre Matisse, le frère de l’autre, important galériste à New York.

Quand viendra le moment du retour, point au cœur. Le soleil, insolent, fait encore reluire l’océan. Jusqu’en Normandie ma foi ! La brise océane nous remplit les poumons et s’amènent   sur le petit pont de la rivière les premières familles chargées de jouets. S’affichent les sourires anticipés des amateurs de tunnels fugitifs. Devoir s’en aller quand le bonhomme Galarneau chauffe les dernières brumes du large. Merde ! Bof, on reviendra en juin 2009, c’est un rituel, une coutume sacramentelle !  La mer y sera, immuable, la longue plage aussi, à perte de vue, ces plans d’eau superposés en verts variés. Braves, on a tourné le dos, on a filé vers la vieille route no. 27, celle que l’on adoptait du temps d’avant les autoroutes. Revoir les villages modestes du Maine, rentrer au pays  par la 55, filer sur la 10, repasser sur le Pont Champlain toujours remplie, lui. Hélas ? Oui et non. Un besoin à été satisfait : revoir la mer.

TRUITES BIEN FRAÎCHES !

 

       Je suis d’un type -d’un tempérament?- impatient. Aussi aller à la pêche ne m’excite pas trop. Pourtant… On m’a narré les péripéties énervantes des « vrais » pêcheurs de saumon qui font le tour d’un « trou » – d’une fosse- à saumons », en Gaspésie. Ou ailleurs. Du vrai sport très excitant, semble-t-il. Je l’imagine.

       Mon Jodoin-de-voisin, en fin d’avril, m’a raconté une pêche miraculeuse (biblique !) sur notre petit lac. Une bande, des « Malo », dans sa chaloupe empruntée, qui sortait de l’eau des truites à la dizaine ! Les glaces venaient de disparaître.

      Ces dernières années, j’ai fait quelques essais. Nuls hélas ! Il y a un an, mon Laurent, un de mes petits-fils, a pu exhiber une bien belle truite et sa prise le rendit fou de fierté. Jadis, souvent, sur mon petit radeau, mes gamins, parfois avec des vers, parfois avec des grains de maïs, sortaient du lac des tas de petites perchaudes. Leur vif plaisir ! Ou c’était des crapets-soleil. Immangeables ! En somme, pêcher « comme un jeu », qui les amusait fort.

      L’autre midi, étendu au soleil pour lire « Les années » d’Annie Ernaux, j’ai soudain imaginé à quatre terrains du nôtre, un gars lançant sa ligne sans cesse et guettant qui mordra. Le fameux petit Claude-Henri, étudiant « buissonnier », détestant la belle-mère (m’a -t-on dit), rêvant dans sa barque d’un avenir de pamphlétaire mordant.

      J’ai raconté (dans « Chinoiseries ») mes rares et brèves séances de pêcheur au port de Montréal, en 1935. Quand papa m’amenait chez ses fournisseurs de bibelots Chinois.

     

MAMAN ET LES ÉCAILLES MAUDITES

      Dès 1940 et nos étés à la campagne, ce sera la découverte de la vraie pêche. Que l’on fait  sérieusement.  « Pour manger ». Tels ces Groulx, ces Proulx, des hommes qui se levaient aux aurores, qui partaient pour le fond ouest du Lac des Deux-Montagnes, ou sur l’autre rive à Vaudreuil. Qui nous revenaient des heures plus tard avec leurs « cordes » remplies d’une récolte fructueuses. Si fiers. Maman en achetait un peu et puis s’enrageait à sa table de pique-nique, dehors, les cheveux dans le visage, s’échinant à devoir bien écailler certaines espèces.

        Feu Rudel-Tessier, le journaliste, m’avait donné  une bonne recette pour de la perchaude frite qu’il tenait de Félix Leclerc quand Félix habitait (et pêchait) en face de Pointe Calumet, aux Chenaux de Vaudreuil.

         Jeune adulte, père de famille, revenant l’été au « Château de ma mère » (merci Marcel Pagnol), à la Pointe, ce sera la re-découverte de la pêche, Éliane, ma fille, y pendra un bon plaisir : rares brochets de la Grande Baie qui est juste à l’est de ce qui deviendra le Parc Paul-Sauvé, quelques belles anguilles, si faciles à déshabiller !,  et des barbues bien grasses, plus les inévitables perchaudes, toujours abondantes, elles.

        Bientôt, venu de son cher Saint-Sauveur, l’ami Murray va saucer encore sa barque d’aluminium à moteur électrique. Avec son immanquable « GPS » bien pratique et dont je suis jaloux. Mais je ne l’accompagnerai pas : mon impatience chronique.

       Il y a longtemps, comme tant, en famille. nous allions à Old Orchard. L’ami Théo Mongeon, longtemps « secrétaire dévoué »  de tous les agronomes du pays, un jour, organisa une expédition de pêche « en haute mer ». Je me voyais alors en intrépide et expert pêcheur, Ernest Hemingway. Ce légendaire chasseur d’espadons géants au large de La Havane, à Cuba. Je m’embarquai donc les yeux luisants et la solide canne à pêche louée bien haut portée !

      Trop bercé (brassé ?) par la forte houle, il avait fallu, assez vite -hélas pour mes compagnons au pied marin-  faire un humiliant demi-tour. Le mal de mer ! Et ma honte ! Mon Théo rigolait : « Tout un marin ça, mes amis ! »

 

PROMESSES D’ÉTÉ ?

      Étés de 1965-1969 et, j’y songeais à l’instant, je revois ma petite Éliane dans des matins en or, ses longs cheveux blonds dans les yeux, penchée, courbée plutôt sur les bancs de joncs voisins inondés, pourchassant si habilement -avec son filet fait de torchons à vaisselle- les petits ménées. Ses fabuleuses cueillettes. À pleines chaudières ! Elle irait pêcher encore au crépuscule, sa grande joie. Son frère, lui, Daniel préférait capturer les rainettes si vives. L’été ! La paix ! Ma jeunesse enfuie ! 

        L’an dernier, ici, le beauf’ Albert qui s’amène et, dans ses mains, des cannes à pêcher ! Ah !   « Oui, fini le golf, mon Claude ! »  Le voilà entiché par son nouveau dada : la pêche. Venu avec lui, l’autre beauf’, Tit-Louis, avec une des canes d’Albert, attrapera une bien belle truite « adéloise ». Qu’il remettra dare dare à l’eau : « Oui, trop petite. Je la repêcherai ! ». P

   Le duo parti, on me laisse en cadeau quelques lignes de joli plastique luisant, avec moulinets adéquats et leurs fils de nylon… hélas tout emmêlés, hélas. Me restera à défriser ces cheveux de nylon maudits et, oui, oh promesse !, aller combattre mon impatience congénitale.

       J’irai, je me le promets. C »est si « Zen » la pêche, pas vrai ? Si reposant, non ?,  si dé stressant. J’emprunterai la chaloupe à Jodoin-voisin car je veux combattre mon vice du « va vite, fais vite ». Je serai bien patient, poserai de gros vers bien gras, attendrai les petites gueules qui mordent ! Promis ! 

       Trop tard, m’explique-t-on, pour les mouches, déjà, semble-t-il, dès juin, les truites du lac Rond -ensemencement annuel par ici- se tiennent « dans le creux », bien, c’est noté. Au fond ? Bof, ce n’est pas le fil de nylon qui manque, ça va se dérouler en grande ! Cette « École des p’tit chefs », rue Lesage, peut maintenant fermer pour les vacances. « On mangera des truites fraîches, ma chère Raymonde ! » Elle a des doute, la venimeuse : « Des truites ? Tu aimes tant la raie, la plie, et mes calmars rôtis, non ? »

      J’enrage de nouveau quand elle me dira aussi : « Mon pauvre chou, toi, des heures à guetter, à attendre que ça mordre ? » Oui j’enrage : « Toi, mal assis, durant des heures, lire tes chers ouvrages sur la science quantique avec crampes aux reins ? » Je lui rétorque que notre Rona doit bien vendre de ces dossiers ajustables pour chaloupe de pêcheurs, non ? » Son silence.

     Bon, allons rue Valiquette, au magasin tout bleu de mon cher jaune Vietnamien, juste m’acheter un gobelet de grouillants asticots bien roses !

 

 

 

 

ESPRIT M’ENTENDS-TU ?

Passons aux aveux : comme tant d’autres, j’ai subi une phase disons de paranormalophile. Je lisais tout : sur les ovnis, sur la magie blanche et noire, sur les phénomènes dits paranormaux. Cela me prit vers 1969 -je traversais des moments durs suite à des revers en carrière de scénographe- et cela dura moins d’une décennie. J’ai assez vite compris que tous ces livres, en fin de compte, ne parlaient que des mêmes « rares » événements inexplicables. Éditions après édition, dans ce monde mystérieux certes, les auteurs ramenaient les mêmes, toujours les mêmes, grands faits inouïs. Alors, on se lasse.

Les mordus persistants peuvent dériver, cela peut conduire à des sectes folles et meurtrières, genre Temple solaire ! Le notoire psy, Guy Corneau, célèbre « fils manqué », serait un fidèle adepte de Pierre Lessard. Ce Lessard en séances (au nom de Rayon violet (!) , est le « conducteur » les enseignements, les révélations d’un… mort; un dénommé comte « de Saint-Germain », un aristocrate parisien des années 1700. Toc, toc, esprit es-tu là ? Entrant en transes -dans un local de la rue Fleury, spécifie la reporter Ouimet de La Presse-, cette pythonisse de Lessard en perd sa parlure d’icitte, changée en vieux français ! On charge : $ 20.00 et une centaine d’adeptes écoutent religieusement, durant deux heures. Tous les lundis soirs.

Pour $100.00, ce Lessard retrace vos vies antérieures ! Seigneur ! Jamais de rôles modestes, toujours des charges honorables et prestigieuses bien sûr, comme « vous fûtes amiral en Égypte »; on connaît la chanson. Pour $300.00, vous avez droit à une retraite, un séminaire. Corneau, admiratif du comte Saint-Germain ?, a dédicacé un livre à son « gourou » Pierre Lessard mais il craint, dit-il, cette association « Vous pourriez nuire à mon travail »…de psy populaire. Oh, oh ! Ouimet nous apprend que Corneau avec Lessard possèdent une montagne ($285,000.00) et six maisons à Sainte-Lucie des Laurentides, en haut de Val David. Des villageois affirment que ces gens « d’en haut » les « virent », ne se mêlent pas à eux, les gens « d’en bas » ! À Info-secte on dit que ces médiums, ou voyants, sont nombreux ici comme partout dans le monde, USA en tête -bonjour Shirley McLaine- qu’il a un demande pour l’ésotérisme. La mode dite de « chanelling-canalisation » fait florès depuis la vague californienne « nouvel âge ». L’animateur-radio, Jacques Languirand, fonda jadis une sorte de commune.

Le chroniqueur Yves Boisvert, informé, en fit ses choux gras, en moqueries cruelles. L’un parle avec accent chinois, un autre parle « dauphin », tant d’autres parlent avec… des anges ! Boisvert rencontra, en vacances sudistes, de ces « canalisés » conseilleurs empressés à soigner « les blessés de la vie », souvent très instruits et assez riches. Un commerce ? Oui. Un risque aussi. On a vu ces angoissé devenant des suiveurs aveuglés et capables de…suicides collectifs. Ici même, à Morin Height, comme on se souvient. Lisant Ouimet et Boisvert, je me suis souvenu de moi, à quarante ans, dans mon sous-sol bordelais, essayant « l’écriture et le dessin automatique » -bonjour jeune médium Mathieu Mannig- cherchant à entendre une voix d’éther sur un enregistreuse. Avec la radio synthonisée entre deux postes ! J’en ris aujourd’hui. Ce fut un échec, je n’étais pas médium du tout. Mauvais conducteur va !

Par curiosité, comme tant de gens, j’aimerais bien aller entendre jaser ce comte de Saint-Germain, mais non, je garde mon fric pour m’abonner à des revues scientifiques. J’ai la forte intuition que « le réel toujours étonnant » se découvre de ce côté des choses. Et puis, je l’avoue, foin des « directeurs de conscience », j’ai trop bien connu de ces guides parfois pervers, en soutanes à l’époque, quand j’étais collégien. Je plains les âmes tourmentées qui se cherchent un guide, une voix d’outre-tombe -en ce domaine, je préfère lire Chateaubriand- , pauvres grands blessés qui pourraient être mûrs, se laisser séduire pour une descente mortelle, comme ceux du funeste «Temple solaire ».

« AU FOND DE NOUS ! »

Parlons de Foglia. À la télé, pas de « gala » pour les chroniqueurs ? Parmi les Nuovo, Payette, Bombardier, Martineau, etc., on peut imaginer que le lauréat favori serait ce brillant « humeuriste ». Parlant chroniqueurs, on peut lire dans un bulletin (souvent bien rédigé), « RND-Notre-Dame », que Gilles Lesage —et tant de journalistes— sont maladivement jaloux. On y lit un lourde et pénible charge anti-columnists. On peut comprendre l’envie (inavouable ? ) des « rapporteurs de faits » face à ces opinionistes libres de commenter actualités mondiales ou, simplement, l’air du temps. Notre Foglia très syndiqué, bien protégé donc, s’ébroue ne craignant aucune censure, il ira même un matin jusqu’à cogner en pleine face André Pratte, cheuf-penseur de son propre journal, un néo-libéral à quatre patres devant le manifeste dit lucide.

Au moment de quitter le chiard de Turin — ces JEUX où, aux quatre ans, l’on ose enseigner aux jeunesses du monde la plus féroce compétitivité— on a pu lire un bilan du Foglia. Un vrai bonheur ! Voilà que notre Québécois d’adoption, foin de bilan, nous raconte plutôt ses étés dans sa patrie d’origine. Au Piémont, pas loin de Turin. Grand bonheur de lire et le voyage en chaloupe sur le lac Majeur pour aller à la ferme du papi, et la carriole tirée par des bœufs, les figues éclatées mangées aux arbres, le pain frais dévoré avec le raisin. Et la honte : honte de cette « mamma », un Foglia-enfant face à sa mère : « cette affaire-là avec ses varices, ses bas de coton, ses robes-tabliers ». Hon !

J’ai songé à la mienne m’amenant, déguisée en fausse pauvresse, pour aller mieux négocier ma neuve paire de culottes « britishes » avec les marchands juifs de la rue Saint-Hubert. Ma honte ! Foglia, je l’ai publié, devrait composer des livres, il est un écrivain. Surdoué. Il refuse. Son droit. Et puis « quossa donne », j’en ai publié plus de 50 et La Presse, toute prise par New York et Paris n’est-ce pas ?, n’a pas pondu une seule ligne (pas une !) d’information pour son lectorat sur mes deux derniers : des entretiens du « vieil homme » avec la jeune Francine Allard (« Interdit d’ennuyer ») et, récemment, avec une simple ménagère, une ironiste surdouée, Michèle Dion (« Toute vie est un roman »). Avec son haut-de-page bi-hebdomadaire, Foglia a des centaines de milliers de lecteurs, alors !

« Au fond de nous » donc, mots dans son bilan de Turin, un Foglia émouvant proclame avec justesse que l’enfance « est un cicatrice qui ne se referme jamais », dixit la grande Colette. On a dit aussi que c’était, l’enfance, « le premier exil de l’homme ». Oui, une rupture grave quand on doit la quitter et c’est la matière de tant de romans ou récits. Je l’ai assez montré. Trop ? Non, car me voilà en train de travailler un nouveau livre là-dessus, « Chinoiseries », titre de travail.

L’enfance quittée, inépuisable sujet : un Stéphane Laporte l’illustre constamment avec talent. L’un de mes cinq petits-fils, David Jasmin-Barrière, étudiant, le seul piqué de littérature, peaufine actuellement son premier livre sur ce thème éternel : « Un été en enfer », son titre de travail. J’ai lu, c’est bon, un texte d’ordre surréel qui narre sa terrifiante sortie de l’enfance à lui, en usine. Dans un job de jeune forçat. Oui « au fond de nous », il y a cette partie de vie « magique », l’enfance, que, tôt ou tard, il nous faut, à regret, abandonner. Tous ! Pour Foglia, avant son autre exil —au Québec—, les souvenirs du gamin de « la femme de ménage » en France se font lire fréquemment. On y découvre ses humiliations « françaises », sans cesse : le jeune « rital » pauvre moqué cruellement sans doute. De là, hélas, une sorte de francophobie chez lui, de là aussi son « american dream ». Visible aussi chez un Dany Laferrière. Un Montréal comme à défaut de mieux. New York always ? Classique chez ces émigrants en fervents abonnés aux « states », à ses oeuvres et à ses pompes ! Voyez leurs soucoupes toutes tournées vers « USA-dream » dans Parc Extension. Dans tous les ghettos de ces « mal intégrés ». Foglia, notre chroniqueur emeritus, ira sans cesse pédaler —heureux comme un roi— outre-frontières, qui sont toutes proches de son ermitage relatif de bougon bien grognon, Saint-Armand. Québec en pis-aller ?

Foglia n’oublie donc jamais Ambrosina, sa mère aux bas de coton, ses étés italiens, ou la via Nizza à Turin pour l’humiliant rase-bol des débuts de vacances. J’ai connu ce rituel infamant ! Cela afin de bien voir les poux ! À jamais, Foglia a gardé dans son cœur, dit-il, les bruits et les odeurs du « temps magique », comme je n’oublie jamais les cris des marchands de ma ruelle de Villeray, les odeurs du marché Jean-Talon. Nous avançons dans nos vies, hommes et femmes, le regard tourné…au fond de nous. Car, comme dit Saint-Exupéry, « On est de son enfance comme d’un pays ».

Des récits édifiants !

Glen Barry, un indicateur, croise un certain Max qui rentre d’Asie avec de la dope. Le « balance » à la GRC. Quatre flics stoppent ce « dangereux » : « Tu vas nous « donner » tes contacts en Thaïlande. » Max rigole : « Pas besoin. Allez-y héler un taxi là-bas et hop !, v’là de la drogue !» Les flics : « Ce Max refuse de parler, on va lui monter un bateau. « En bateau » justement ! Avec de faux mafieux qu sont des polices-comédiens-RCMP. Ouash !On lui fait voir un cadavre ensanglanté ! Juste pour lui donner la frousse. Terrorisé par le show, Max accepte de les suivre en Thaïlande. Croisière payée par nos taxes. À Bangkok, Max organise une rencontre avec un petit dealer. Parking de cinéma thaï : on sort vite les « guns ». Bang !, bavure, un gendarme-en-voyage se tue tombé de sa camionnette. Faut un coupable. Ce sera Max. Procès. La prison, « à perpète » ! Max sortirait en 2029. Il se débat, poursuit la RCMP « au civil ». On fait une enquête-maison. Premier méchant rapport : « Vrai, il s’agissait d’un guet-apens sordide, un complot, « Fabrication » de crime » quoi. Ce rapport accablant est vite rejeté et viendra un deuxième rapport. La RCMP dévoyée en Thaïlande deviendra « héroïque ! » et le flic mort, un martyr. Max est cuit. Il se débat encore tant qu’il peut…
Encore ? M. Maher Arar, vendu d’abord aux polices étatsuniennes par notre RCMP et expédié par la CIA en Syrie, est torturé dix mois dans sa geôle ! Il n’a qu’à bien se tenir car une enquête-maison (hum…) est en cours à la GRC. Plus grave encore ? Le « cas » Sophonow. Un petit voleur sans envergure. Dans son Winnipeg natal, avant Noël 1998, il jouait au Père Noël distribuant des bas rouges à des enfants hospitalisés. Tournée faite, Tom roule vers Vancouver et songe à des vacances au Mexique. Il s’arrête à un comptoir à beignets chauds. Une jeune serveuse vient d’y être étranglée dans les toilettes, un vol de 33 $. Un portrait-robot circule et un flic de Vancouver trouve ce Tom-de-Winnipeg bien ressemblant au « dessin » affiché. Tom a un casier judiciaire. Oh ! À Vancouver, on le questionne : « Vous mangiez des beignets là ? » Menottes, fouille à nu, pas d’avocat —ce qui est illégal—, séances de questionnement. Autres mensonges ? « On a de vos empreintes et on a des témoins, sale égorgeur ! » Sonné, Tom se questionne : il aurait tué et oublié, un acte inconscient ? Il tremble. La police de Vancouver le transfère à Winnipeg où un certain Jonh, en cellule pour contravention non payée, témoigne volontiers demandant à mieux examiner la photo de Tom. Il jure que « c’est certain à 90% », c’est l’étrangleur de Barbara. « Parade » d’autres vagues témoins. C’’est l’indécision : « Il lui ressemble pas mal, un peu…mais… ». Octobre 1982, on ouvre vite le procès car il y a pression publique insoutenable. La Couronne cache des
Informations, action illégale encore. On se moque de son alibi, la distribution de bas de Noël à 99 cents. Confiant, Tom estime ses jurés très capables de l’innocenter, la preuve étant si molle. Mais on a questionné les employés d’hôpitaux et personne ne se souvient du Max en Père Noël. Le jury n’arrivant pas à l’unanimité, deuxième procès et retour du Tom en tôle. Février 1983 :Tom dans le box des accusés et verdict : prison à vie ! Il fait « appel ». Un certain McQuade, compagnon de bamboche, se fait « installer » dans sa cellule. Arnaque mais Tom ne lui parle jamais du meurtre. Menacé de procès pour divers larcins, ce McQuade affirme : « Il m’a confessé son crime ». Retour en tôle ! Février 1985 : troisième procès. Onze délateurs en cellules disent que Tom a parlé du meurtre ! Un cauchemar. Il fera appel de nouveau et, décembre 1985, quatrième comparution. Faute de preuves valables, Max est enfin acquitté. Il reste tout de même « le suspect » aux yeux de la société et n’arrive jamais à se trouver un boulot, le maudit dossier judiciaire. Il va écrire à des maires, députés, ministres, il ramasse tous les documents avec les failles du système, il passe à la radio, à la télé pour raconter les procès-bidon. Juin 2000 : L’ADWC —une association pour défendre les abusés du système— le soutient et dix-huit ans (18 !) après les faits, on le déclare « officiellement »
innocent. Avec des excuses publiques. Le gouvernement du Manitoba ordonne une enquête exhaustive sur « Que se passa-t-il entre policiers, procureurs zélés et délateurs intimidés ? » Tom Sophonow déclarera : « Est-ce que j’arriverai à oublier ce cauchemar ? J’en doute ».
Autre récit édifiant ? Combien de morts dans nos hôpitaux causés par des soins fautifs ? Environ 75,000 cas, chaque année aux USA. Un papa endeuillé, Jean Martel, se méfie de « Sacré-Cœur », exigeant un rapport détaillé sur la mort de son fils, Jean-Sébastien, 18 ans, « tué » (!) à Sacré-Cœur à la suite d’une banale fracture du fémur le jour de l’An de 1998. D’abord refus longtemps de remettre le rapport. les Martel attendaient encore en mars 2003. Il y a eu excuses de Sacré-Cœur mais Martel a consacré un temps énorme et des sommes faramineuses en frais d’avocat. Imaginez quand « l’erreur médicale » est commise envers des gens pauvres ? Verdict tardif : « Le jeune accidenté est mort « noyé » par 15 litres de solutés. Inutilement ». Des années avant d’admettre cette erreur fatale car les « assureurs-des-médecins » font appel sur appel, très puissante riche organisation. On découvre de tels faits et on a plus envie de rire quand un Claude Blanchard déclarait à « Arcand en direct » : « J’ai dit à mon docteur, je sors de cet hôpital et vite, j’ai pas la santé pour rester là-dedans plus longtemps ! » Aïe !

« LE CERISIER DE L’ACADIENNE YVONNE ».

Note: La lecture de ce conte sera diffusée plusieurs fois le lundi 15 août, fête des Acadiens, à la station « radio-boomer » de Laval. Il est aussi publié dans le quotidien Le Soleil.
Claude jasmin a quitté, avec l’animateur Nicolas Deslauriers, CJMS-Country pour cette nouvelle radio de Laval. Au 1570 sur la bande AM et sur Internet, tous les mercredis de 8 h à 9 h l’auteur y fait des commentaires.


« LE CERISIER DE L’ACADIENNE YVONNE ».

Chaque année, le 15 du mois d’août c’est la fête nationale des « plus anciens descendants » de la Nouvelle France. Une des « filles du pays acadien » était une Robichaud. Baptisée Yvonne, née au bord de l’océan atlantique, dans cette jolie petite ville dont Michel Conte fit une chanson : « Shipagan ». J’aimais entendre se confier ma « belle petite vieille » Yvonne, j’aimais l’écouter jaser, si bien se souvenir chaque fois qu’elle me « contait » son pays acadien.

Enfant, Yvonne fut… donnée ! Cela se faisait souvent jadis. Pour amincir les grosses familles. Mon Acadienne, son papa pauvre mort prématurément, s’en alla vivre chez des parents qui étaient, comme on disait, en « meilleurs moyens » que les autres. Elle se fera instruire et bien, chez « les bonne sœurs » au temps où les « bonnes sœurs » enseignaient si bien. L’adolescence à peine achevée, Yvonne sera déportée encore, loin de son Acadie natale car, brillante jeune fille, elle sera secrétaire (de celles que l’on disait « particulière ») aux Communes, à Ottawa. Bilingue et forte en français —grâce aux religieuses de son pensionnat de Tracadie. Devenue montréalaise par mariage, c’est elle, Yvonne, qui mettra de l’ordre dans mes textes de romans comme de mes séries télévisées. Elle fera du « au propre ». Mes écrits en avaient grand besoin. Yvonne me confia : « Avant de quitter Shipagan j’avais planté un cerisier près de la galerie et, quand j’y retournais, en vacances, je le re-voyais, toujours grandissant, j’étais contente : il restait cela, ce cerisier de mon enfance là-bas ».

Yvonne racontait bien « la mer, l’île de la Mecque, l’île Sainte-Marie, ses voisines dans la houle océane, les plages de sable, celles du Petit et du Grand Goulet, les hommes partis pêcher en mer, les épouses nerveuses, la fois du cheval noyé quand la glace fut trop mince, les cueillettes de coques en abondance par chez nous », me disait-elle, les pique-niques au delà des tourbières, les repas de crabes, de homards. Et cette léproserie voisine de son couvent ! Mais oui. Un bateau venu de la Caraïbe échoué à Tracadie y avait amené ces victimes de la lèpre. « Il y avait un grand mur, me contait Yvonne, écolière, on y perdait parfois notre balle, si les lépreux nous la revoyait on osait plus y toucher ». Elle riait de tant de candeur.

En 1980, j’y suis allé à Shipagan avec Yvonne. Elle semblait si heureuse de retrouver « sa petite patrie ». Je revois ses yeux embués, ses sourires, sa quête de souvenirs partout , ses retrouvailles avec des restes de parenté. Quand je la questionnais : « Yvonne, avez-vous le mal du pays, de votre pays d’enfance ? » Elle détournait la question, me parlait plutôt d’un passé moins lointain, de ses ministres en bons patrons, des députés parfois volages d’Ottawa, de son père adoptif, le Robichaud élu si souvent, de « messieu » Arthur Sauvé de Saint-Eustache des Deux-Montagnes, « un bien bel homme ». Aussi du fils-Sauvé alors dans l’armée, le brillant Paul Sauvé. Aussi de « messieu » Duplessis qui aimait la fleureter et la taquiner en visite au bord de l’Outaouais, lui, le « cheuf » venu « rameuter son butin ».

Yvonne, fière, lumineuse, en ancienne libre jeune fille, me parlait de sa première automobile, de sa marque de cigarettes préféré, du ski « de joring » dont elle raffolait dans les douces collines de la Gatineau. Du lac Meech. Elle allait devenir impétueuse et très indépendante « vieille fille » quand s’amena, important commis de banque, un beau « cavalier » soupirant. Le Raymond de la tribu des Boucher, exilé comme elle venu, lui, de Lotbinière, fils de Calixte Boucher pilote de cabotage. La belle « déportée » acadienne, ma Yvonne, succomba et ce fut la fin de sa vie libre. Mariage. Adieu majestueux édifice gothique, marbres luisants, bureaux des importants, filières à garnir, les rapports, ses notes de sténographie, les mémorandums infinis, les claviers des vieilles Remington. Oui, fin de sa longue belle jeunesse. Ce sera la traversée de la rivière Ottawa pour un logis à Hull, aux odeurs de la compagnie d’allumettes des Eddy pas loin. Début de ses pérégrinations car le Raymond, son beau commis de banque, montait en grade; ce sera encore des dérangements obligées. Quatre enfants. Une fillette hélas morte très tôt, deux garçons. Et une fille, ma fidèle compagne. Ma Raymonde.

Mais j’y revenais, j’y tenais : Yvonne, parlez-moi de 1755, ce premier historique « nettoyage ethnique », ce « dérangement » funeste des Acadiens. Chez vous, on en causait comment ? » Chaque fois Yvonne regardait à l’horizon, se taisait un temps et puis me reparlait de son petit cerisier planté sous la galerie pour qu’il puisse témoigner d’elle partie vers l’ouest à seize ans. Chaque fois que je disais le mot « déportation », elle avait un geste las, celui de quelqu’un qui chasse des mouches collantes. Cette Histoire avec un grand H, c’était quoi pour ma vaillante copiste Yvonne chez elle, enfant ? Un lugubre conte noir raconté à voix basse ? Un goût de vengeance, une peur à jamais, une cicatrice mal fermée ou bien une incroyable fable triste que tous ces colons installés sur des terres fécondes enfin défrichées avec leurs chefs refusant de prêter allégeance à Londres. Tout un peuple que l’on osera disperser aux quatre coins du monde. Ô la perfide Albion ! Et si je lui disais « Chttt, chttt ! Yvonne, écoutez, à la radio, votre chanson ! —on faisait jouer la si belle « toune » —aussi de Michel Conte— récemment reprise par l’acadienne Marie-Josée Thériault : « Évangéline »…Yvonne levait les yeux de ses notes de correction sur mon texte, se taisait. Dans ses yeux, je voyais la nostalgie d’une ancienne fillette, les cheveux blancs devenus, qui songeait seulement à son joli cerisier planté près de la galerie à Shipagan. Si j’insistais, si je disais : « Ce fameux poème de Longfellow, vous l’aimiez ? » Yvonne marmottait :
« C’est le passé tout ça, on n’y peut plus rien, pas vrai ? » Elle fut révoltée plutôt de cette « Sagouine » aliénée, celle d’Antonine Maillet : « C’est faux, c’est des mensonges ! On parle mieux que ça là-bas ! » Je souriais.

Un jour, je m’en souviendrai toujours, il faisait au dessus du lac un soleil éblouissant, je lui avais dit : « Yvonne, je viens de terminer un nouveau roman, pour le « nettoyage » du brouillon, je compte sur vous. » Et elle, mon Dieu que j’en avais eu mal !, elle avait regardé ce ciel aveuglant, m’avait dit les yeux trempés: « Euh…je regrette, non, j’peux plus, depuis un an, j’vois plus très clair. J’ai besoin d’une loupe pour lire, vous m’excuserez, trouvez-vous quelqu’un d’autre ». J’avais lu dans ce regard troublé toute la tristesse du monde. Yvonne, je ne le voyais pas, vieillissait comme tout le monde. Puis, ce sera l’abandon de son appartement « gagné », au Village Olympique. Elle pleurait de cette dernière « déportation », tellement en colère, révolté, l’on fit son entrée dans un centre pour très vieilles personnes. C’était sa mort comme annoncée. Beaucoup plus tard, sur le long balcon de « Marie-Rolet » à Rosemont, une fin d’après-midi, — mon attachement aux racines !— je lui parlai encore de « sa mer qu’on voit danser », des crabes, des filets plein le quai de Shipagan, de la marina remplie de « Doris », ces barques rondes qui se dandinaient, des coques partout, du Petit Goulet, de notre dernière pèlerinage au Nouveau Brunswick… Yvonne resta muette, arrimée à une chaise berçante, dérivant doucement vers la fin de son roman —puisque toute vie est un roman— se pencha vers la rue Saint-Zotique, chercha mon bras de sa main tremblante, pointa un index : « Claude, regardez en bas, là, là, proche du gros sapin du parterre, ce serait pas un cerisier, ça ? » Ému, je lui dis : « Vous y songez encore, hein, à votre cerisier de Shipagan ? » Yvonne sursauta :« Qui donc vous en a parlé de mon cerisier ? J’en ai jamais parlé. À personne ». Je n’ai rien dit. Peu de temps après ce sera les adieux définitifs, Yvonne dans la terre avec son Raymond, fils de pilote de cabotage. L’ Acadienne dans son cercueil sous un tertre de pelouse sur le mont Royal.

Je m’ennuie parfois de mon « acayenne », il m’arrive de songer à une fillette « donnée », à une fillette déportée et à son cerisier devenu tordu, noueux, donnant de jeunes fruits malgré tout. Un cerisier près d’une galerie chez la p’tite Yvonne Robichaud de Shipagan.

« LA MER, BERGÈRE D’AZUR INFINIE» (TRENET)

Simon Durivage prépare une émission de télé sur « les plages, le Maine et nous autres les migrants estivaux ». Benoît son recherchiste me questionne avant studio. J’y jongle donc. En ce temps-là, nous allions à la mer dès les vacances arrivées, comme le pieux pèlerin musulman allait à la « pierre noire ». C’était sacré chaque été. La première fois, 1960, ce fut le popularissime Old Orchard. Comme pour vérifier, devenus jeunes adultes et des parents, les éloges de certains petits-bourgeois. Coup de foudre ! Piqûre inoculée. À jamais ? L’océan à perte de vue, la houle, ses vagues crénelées rugissantes de tous ses dynamiques rouleaux, les stimulantes odeurs de sel, d’iode, de varech. Oui, un coup de foudre. Rue Fern, au sud du site si populaire, on louait d’antiques logis meublés quittés par les « natives » réfugiés, eux, à Saco ou à Bidderford. Une colonie de nos artistes (de radio) avait adopté Bidderford Pool durant les années 40.
Ce sera pour nous, année après année, une sorte de descente vers le sud : les trois Kennebunks, puis Wells Beach où, les matins de lumière aveuglante, on admirait (1965) sur les dunes dégagées de la marée de jeunes phoques en lamentations et où on causait avec d’anciens émigrants francos encore capables de baragouiner du français. Et puis, sud toujours, Drake Island, Moody Beach. Et, terminus ?, ce Ogunquit bien aimé qui gardera longtemps nos faveurs, sa si belle longue plage, son fabuleux « marginal way », son faux tramway, son petit port à boutiques, Perkin’s Cove. Justement, on vient de me « cellulariser ». Voix de mon petit-fils, l’ange-Gabriel musicien. Il roulait, via la 91, avec ma file, sa mère, mon webmestre Marco, vers ce cher Wells-Ogunquit. Camping, cette année ils étrennent une jolie roulotte toute équipée. « Je voudrai voir la mer » (chanson) en septembre car je m’ennuie de celle « qu’on voit danser le long des golfs clairs ».

Ogunquit en fin de journée, été 2005

Mais les enfants grandis jugaient l’eau « bin frette » et nous descendrons encore plus au sud. Adieu Maine ! Découverte du Cap Cod. Massachusetts welcome ! Tout au bout du gigantesque hameçon de sable, visions de Provincetown, là où vécut O’Neil, Miller et Mailer et le prof Borduas frais congédié du duplessisme, vues de la vaste Plage Marconi où le génie italien fit des tests de radio primitive. Mille milliers de fleurs partout, des roses sauvages dans les clôtures des chemins, jolis patelins à maisons croûtées, où vécut longtemps la Blais romancière, coquettes demeures de bardeaux grisonnants. Et puis, été de 1980, proche du domaine des Kennedy, nous loueront le ferry boat vers Nantucket Island, un chalet marinier avec, sur le toit, le balcon-de-guet-à-baleines, Moby Dick a fui… Où te cachais-tu donc cher Melville ? Île-lieu d’écologie active, sévères règlements, un site de belle beauté surprotégée où nous retournerons de la Bande-des-Sept encore.
Mais dans les années ’70, go south family !, ce sera d’abord Margate, sa plage immense aux coquillages rares, les mini-crabes aux orteils, son éléphant coloré géant, « troyen », puis, fin des pérégrinations océanes, pauses d’été fréquentes aux trois Wildwoods (North, Crest, South) pour ses eaux chaudes (enfin, crient les jeunes ! ), son boardwalk à perte de vue, ses fous manèges. Tiens, Simon Jasmin, vingt ans, le déjà-gastronome, m’annonce qu’il partira pour Cape May…qui est le si joli point final « victorien » de ce New Jersey. Les enfants vieillis, partis, ce sera —cinq heures de route, c’est fameux !— le retour au Maine. Et l’annuel (toujours trop bref) séjour à Ogunquit. On louait souvent, dans une crique du Marginal Way, pas loin du Dolphin où gîtait chaque été René Lévesque et sa bande de joueurs-de-cartes. En 1900, il y eut là de célèbres courses d’automobiles et de voiliers, ce fut un village balnéaire fréquenté par les stars. Des artistes de renommée forte, cela va du fameux Rudolf Valentino à Mae West, de James Dean, Brando, à Buffet-le-mondain, du génie Pollock à l’immortel Henri Matisse, en passant par un jeune dénommé Pablo Picasso qui, dit la légende, râlait et s’ennuyait des corridas de Provence.
Nous, nous y croisions actrices et acteurs d’ici, décorateurs, costumiers et, souvent, le brillant Vittorio, l’inventeur du drôle bonhomme vert d’un certain festival ! J’en fis un roman un jour qui est en « poche » chez B.Q. aujourd’hui : « La duchesse d’Ogunquit » qui est un polar mais je m’emploie aussi à décrire avec minutie ce lieu.
De 1990 à 2000, méchants taux de change avec les USA obligent, ce sera des voyages dans nos provinces québécoises : la curieuse et trop secrète Haute-Mauricie, l’imposant Lac Saint-Jean, le renversant Saguenay, l’étonnante Abitibi et son voisin le Témiscamingue, l’époustouflante Gaspésie et l’attachante Acadie française, même la renversante Côte-Nord, etc. Ce sera l’excitante découverte de paysages étonnants, méconnus. Partout, il me manquait… la mer où je pourrais m’y baigner. Au rivage joli de Natasquan comme à celui de Saint-Irénée si beau, à celui émouvant de Sainte-Luce-sur-mer comme à celui, mirobolant, de Percé, c’était la paralysie (!) si l’on osait mettre pied à l’eau. J’irai donc en Maine revoir « la mer qu’on voit danser le long des golfs clairs », car « c’est une chanson d’amour, la mer ». Toujours Trenet !

Vélo sur la page d'Ogunquit, été 2005