VOYAGE AU BOUT DU SOMBRE !

Rouler vers Saint Jérôme, voir cette timide première neige dans l’éclairage d’un réverbère, aussitôt repenser au terrible film, LE VENDEUR. Ne ratez pas ce film effrayant de sombre quand l’excellent Gilbert Sicotte, en veuf triste, joue à la perfection le populaire dealer de chars à Dolbeau-fin-du-monde. Impeccable incarnation d’un homme perdu sur qui va s’abattre un fatum pire encore.

Rouler vendredi matin vers le Marché Jean-Talon et voir, dans la fine neige, cette énorme tache de sang.  Agonique raton frappé ? Repenser à tous ces sangs répandus dans LA PEAU QUE J’HABITE. Un furieux film d’Almodovar relié à Bunuel, à Salvator Dali, à Gaudi-le-fou quand un chirurgien plasticien (excellent Banderas) est un furieux Docteur Frankenstein. Merci cher Tom pour les bons films ! Vendredi matin, me voilà bien ému, entouré de caméras-télé, assis exactement là où je venais patiner le soir pour enjôler des patineuses de quinze ans comme moi. Alors je raconte à Reddy et Bokar Diouf  —« Des Kiwis et des hommes »— la patinoire–des-amours juvéniles et puis les quatre (4 !) églises de mon enfance. Santa Madona della difezia, à deux rues. Holly Family coin Faillon. Saint Cécile, rue de Castelnau, où le génial Claude Léveillée priait, pieux. Enfin celle —orthodoxe copte ?— du jeune René Angélil, Syrien, Libanais ?,  juste à côté de la Casa Italia.

Entrez-y à la Casa : voyez une émouvante expo-photos des « Fils d’Italie », nos voisins ritals, en innocents admirateurs du dictateur El DUCE, Benito Mussolini (qu’on peut voir monté à cheval devant son pape à Madona della difesia. À dix ans, j’étais plongé, rue Jean-Talon,  en pleine guerre mondiale (durée : 20 minutes !). Juché sur le balcon chez Deveau, on observait terrorisés l’attaque armée de la Casa par soldats et polices avec brefs tirs de mitrailleuse ! Eh oui, en 1941. Rouler enfin vers ma nouvelle petite patrie, ici, stopper à Saint Jérôme juste en face de ce si bel ancien Palais de Justice devenu un musée d’art moderne. Allez voir les images inouïes du moderne et surdoué peintre Marc Séguin. Une terrible galerie de fantômes mystérieux avec faisan mort, loup cervier pendu. Ô l’étonnante salle de spectres envoûtants ! L’art en Laurentides se montre enfin ? Certes, allez visiter cette vivante « Maison des arts » à Val David. Et il y a galerie d’art à Saint Sauveur-la-pétillante. À Sainte Adèle ? Trois galeries dans la célèbre Côte Morin : La Galerie 85 —aussi mon encadreur préféré. Il y a la galerie de (ex-sript de Radio-Canada) Nicole Brown et de Vevey, son homme. Toute neuve, voici la jolie galerie Anthracite, tenue par deux rieuses belles filles bien accortes. Mort, Jean-Paul Riopelle au ciel de Sainte Marguerite, sourit aux anges, ses alentours s’ouvrent à l’art actuel !

Toi, fout le camp, sombre novembre. Installe-toi décembre et, avec la neige à venir, quand le soleil reviendra, n’oubliez pas : nous avons ici la plus belle lumière du monde ( disent les experts). Vite, la grande patinoire sur le Rond ! J’ai dit à ma fille qui s’en va à West Palm Beach avec Marco, mon webmestre : « Chaleur oui mais piètre lumière, ma pauvre Éliane ! ». Elle rit, me dit, jouant sa Corneau : « Père jaloux, fille épanouie ! »

Non mais…

 

UN CANARD PERDU, UN FIER CHAT ET VIEILLIR

Mon cher Jacques Brel chante que… le ciel y est si bas qu’un canard s’est pendu… » Je revois mon canard solitaire, comme perdu, égaré, il rôde, plonge et replonge, disparaît parfois si longtemps sous l’onde… suicidaire ? La Florida —où ma fille Éliane s’en va hiverner—  ne l’attire donc pas ?

À un de nos feux de feuilles mortes, visite du Souverain pontife chat (de ma voisine). La lourde bête me frôle : pas un seul regard, je l’appelle, ne se retournera pas d’une oreille ni d’une moustache; l’indifférence absolue. Cheminant lentement vers le vieux saule : noblesse ! Pas un chien au monde resterait aussi superbe, les chats sont des princes.

De sa petite rue St-Michel à Val David, mon fils Daniel n’est pas un indifférent et veille sur son géniteur. Le 10 novembre, cadeau d’anniversaire : bouquin du docteur Benetos, gériatre connu, 280 pages pour un « L’ABC DU CENTENAIRE », Laffont éditeur. J’y retrouve le menu connu : pas de tabac, pas d’alcool, faites de l’exercice et méfiez-vous des « recettes-miracles », aussi des gourous et autres gamiques en psycho-pop, enfin des substances « à la mode », chinoises, etc.

L’hérédité ? Lâchez tranquille « popa et moman » : que 20% en garanties et si tu fumes sans bouger, rivé aux écrans, oublie tes parents en grande santé ! La vitamine « D », oui, oui, mais le yaourt, surévalué dit Benetos. Le vin rouge?,  oui. Le blanc, non ! Ni bières, ni alcools, du caca ! Du botox pour madame ? Pourquoi pas ? Du Viagra pour monsieur ? Oui si on a le coeur en forme ! Mais, avant tout : marcher, skier « à fond » et en collines, vélocipédaler aussi, et « crawler ». Nager quoi ! Le gériatre de Nancy insiste : « Faites rire et riez. Le plus souvent possible. Fameux médicament, dit-il, et  gratuit.

Oh : le bref récit de mon camarade Gilles Archambault, lu avant-hier, m’a fait éclater en sanglot dès la page 35. Des deux d’un vieux couple uni, « celui qui reste…vit en enfer », chantait Brel, encore lui, l’immortel. Déception : je reste de glace en lisant ( Prix Renaudot!) la vie de Édouard… « Limonov », signé Carrère. Assommant. D’un ennui grave, Carrère, « fils de famille parisien », s’entiche d’un déboussolé né en Ukraine, filant à Moscou. Une gouape. Ganache à grands coups de gueule d’anarcho-fasciste. Bien long récit (Moscou, New York, Paris) avec du« name droping » éhonté. Potinage mondain. La critique (ici et ailleurs) ? Bien complaisance.

Je rentre maintenant —800 pages— dans une autre vie racontée. Celle de Gaston Miron, animateur —poète parfois—et infatigable prédicateur de notre liberté. Ça débute en Laurentides au temps de la Grande Crise mondiale ! Sainte Agathe commerce. Pierre Nepveu, le raconteur, se montre méticuleux, un travail d’obstiné, soucieux d’exactitude. Son vrai nom « Edgar Migneron » ! Eh oui !, des curés durs de la feuille allant vite en besogne. Sur sa stèle, vous verrez les noms de ses ancêtre tous analphabètes. Miron, laid, généreux, prophète,  ex-religieux enseignant, nous parle encore : « il fait un temps de cheval gris qu’on ne vit plus/ il fait un temps de château très tard dans les braises/ il fait un temps de lune dans les sommeils lointains ». Je suis à la page 40, j’ai le temps.

 

 

* (Gilles Archambault: « Qui de nous deux », récit, 120 pages, Boréal)

TUTTI FRUTTI

Un aimable loustic : « Des romans, j’en lis rarement mais vos brefs romans dans mon hebdo favori, oui,  toujours. Pourriez-vous me recommander un ou deux de vos meilleurs romans ? » Lui dire : « Mes préférés ? « La sablière, Mario », où je raconte la triste vie d’un frère handicapé. Qui était ma sœur dans la vraie vie. Aussi, « La vie suspendue », où je raconte ma vie avant, pendant et après un suicide que j’ai vu de près en février 1983, hélas, vécu. » Jadis, j’allais demander aux librairies un roman de Gabrielle Roy, ou d’Yves Thériault, ils les avaient tous en stock. Maintenant ne cherchez plus un livre qui date d’un an chez Archambault ou Renaud-Bray, tout est renvoyé après six mois à l’éditeur. Eh ! Allez donc  à votre biblio publique.

Cou’ don !, a-t-on tué mes petit canards ? On les voit plus défiler. La mère est seule. Parfois accompagnée d’un ou deux bons amis ! Une Médée, un docteur Turcotte ? Je m’inquiète. Ou déportés dans un camp de concentration, au grand nord?

Photo dans Le Devoir : de la renouée japonaise et mon souvenir que c’était la plante chérie de papa mort. Il en planta deux tiges un été. L’été suivant, le parterre d’en avant en fut couvert entièrement. Ça renoue cette renouée !

Août entamé et notre beau sorbier va montrer ses fruits orangés. Réserve d’automne et d’hiver pour la gent ailée. Notre grand mahonia va faire bleuir ses fruits et, en 15 jours, tout sera mangé ! C’est beau la neige quand même, non ? Avez-vous hâte ?

Mangez dehors, l’été, quel bonheur ! Chez Juliano, juché sur une collinette de la sortie nord de Sainte Adèle en face du sombre Château Sainte Adèle, y vivre un jeudi soir parfait. Avec ma chère bavette, parfaite. Le spaghetti aussi. Les pennine de ma blonde, parfaits itou !Tout autour de la terrasse le beau boisé ! Des chaises pour l’apéro. On se croirait chez Derouin, à Val David, pas loin de son expo de bricoleurs naturalistes intitulée  « Leg ». Faut que j’aille visiter ça.

Certains matins, m’imaginez-vous en voleur ? De fleurs, —hydrangés blancs énormes— dans une haie de ma  tabagie Le Calumet. Proprio Taillon rigole : «  Servez-vous, allez-y, ce sont les fleurs du notaire Jean. » De gros bouquets et Séraphin-Jasmin est b’in content, viande à chien. De plus c’est « mon » notaire car, accoté-pas marié pantoute, il m’a fallu rencontrer Me Jean pour testamenter.

J’y repensais, cette belle vieille maison de pierres, Chez Juliano, il me semble que c’est l’ancienne demeure de Jean-Charles Harvey, pas très sûr, maison de l’auteur conspué —sous Duplessis— du livre scandaleux : « Les demi civilisés ». Nous tous en 1944 ! Un livre introuvable en librairie ! Ce pamphlet lui fit perdre illico son job au gouvernement. Ce Harvey courageux dirigea longtemps, réfugié à Montréal, l’ultra populaire hebdo Le petit Journal. Là où, à vingt ans, on m’acheta ma toute première nouvelle. Cinq pages. 20 piastres !

Qui écrira maintenant Les demi colonisés ? Du genre à se voter « non » deux fois ! 1980 et 1995. Allons, jeunes auteurs,  courage et perdez votre job !    

La marmotte du Manoir

Ma vue de la galerie est un jardin de…couleurs, Nelligan: du blanc et du mauve, ô lilas !. Pas loin, taches d’orangé clair, sorbier fleur !, et puis du rose, bosquet de chèvrefeuille,  sous ma rampe, mille miniparasols jaunes, le  mahonia, au sol, paquets bleus de forget-me-not ! Tout ça pour quoi ?, pour quinze brefs jours ? Hélas ! Revenant d’une soirée théâtreuse ( à cause de Raymonde, folle des scènes !), en visite chez Claude, l’aimable bibliothécaire du « Manoir d’Outremont », que vois-je par les fenêtres de la salle à petit-déjeuner ? Elle, oui, ma Donalda. Là, en ville, ma grosse marmotte dodue qui trottinait vers un boardwalk du jardin ! Non, je me trompais, elle a les yeux noirs, la mienne, à Ste Ad, a les yeux gris ! Ouf !

Mais, un matin récent, urgence, me voilà en ambulancier d’occasion et je conduis à Ste Agathe ma mie —un accès d’asthme ! Consultation efficace. Remède. Fin. Ouf!, elle va mieux. L’attendant au parvis, il y avait là, un rocher noir, une pierre lugubre, sombre anthracite et qui bouge ! Qui a des ailes qui se lèvent : c’est un immense corbeau parké dans le parking et qui me nargue, gros comme un veau, qui s’immobilise, paquet de suie sale, il m’observe de son louche regard, quand je m’en approche. Un duel en vue ? Un jeu vidéo ? Hitchcock au secours ! Je fonce sur le big-shot et enfin il ouvre ses parachutes de charbon, s’envole loin de l’hôpital. vers le nord-ouest.

Quel bouquet mirifique dehors. Bon. Je rentre retrouver ma « tousseuse ». Qui me dit, regarde encore, notre famille canardière qui surgit sur le quai ! Qui disparaît, reparaît !

Coup de fil : mort de mon voisin, le gras juge B. Qui nous saluait à peine. Adieu « votre- honneur » ! Mort de Léveillée, venu de la petite patrie, rue Drolet et De Castelnau. Un coup au coeur.

Être vieux, handicapé mais recevoir l’aide d’un fils. Merci Daniel. Venu de son lac Doré (Val David) au Rond, dix minutes. Voir au radeau, au quai, à une haie, à la chaloupe et au mobilier de jardin. Juin bien installé et cette jambe droite comme ankylosée, zut !

Marielle, ma documentaliste de Rosemont-la-neuve, ma sœur, qui  dit « non à Ogunquit », cette saison. Oh ! Devoir refuser la mer où l’attendait Nicole, mon autre révérende sœur. M’expliquant « Peau fragilisée et fini le soleil et la plage ».

Pour mes lecteurs de « Branches de Jasmin » attachés à mes cinq ex-gamins : le jeune prof de musique, Gabriel, part pour le Neptune d’Ogunquit, Simon est parti mission  commerciale… loin, au Qatar ! Sédentaire, mon Laurent défie le monde des pixels et autres effets électro-magnétiques (un monde que j’ignore) au carrefour Angus, rue Rachel. Le « littéraire » David, écrit à Bogotà, en Colombie où la vie coûte si peu ! Enfin, l’étudiant Thomas en vacances, via-les-aubaines-internet, voltige de Berlin à Rome, de Barcelogne à Louvain-la-neuve ! « Et moi pauvre de moi… » comme chantait feu Bécaud, je convalescence, pénible sort, fait du vélo-sur-place et du tapis-marchant au gym du centre commercial…avec quatre écrans de télé au dessus du visage ! À plaindre non ?

Il y a mon bonheur et plaisir, cette chronique et…la lente ponte d’un neuf roman («  La mante juive ») qui veut narrer un bien mauvais souvenir de jeunesse quand je me suis sauvé peureusement d’Anita K., une si jolie jeune juive sauvée miraculeusement des fours crématoires… réfugié à mon « École du Meuble ». Parution en décembre, probable, si… mon petit camarade Claude Léveillée n’insiste pas pour m’avoir à ses côtés au Paradis promis ! Eh !

AH QUE L’HIVER… (air connu)

Je regarde par ma fenêtre de bureau tous ces promeneurs autour du lac. Les chanceux. Je n’ose plus. Trop froid et mes pauvres os. Comment affronter un climat pareil. Nos murs craquent —bien vielle maison, cent ans a moins—  « clous pétants », dit monsieur Taillon, mon poucheur en journaux.

Aujourd’hui, c’est donc « non, pas de sortie ». Ce ciel si bleu clair, ce lumineux dimanche, tant de lumière sur mon lac tout blanc. Avec ce « 30 sous le zéro », décider de rester enfermé, bien au chaud, cette antique peur de geler tout rond.

Voir ensuite, aux actualités télévisées, plein de monde qui s’amusent dans le grand parc de l’île Sainte Hélène et encore  plein de joyeux fêtards qui patinent aux « ronds » du Vieux Port ! Puis, mon quinquagénaire de  fils, à Val David, qui rentre de ski : « Formidable p’pa, pas loin, on a un site vraiment pas cher, une patente familiale sans doute, c’était parfait ! »

Tudieu, c’est ça vieillir ? Appréhender un genre de froid qui s’insinuerait à travers du linge pourtant adéquat. C’est exactement ça :oui, la peur ! Soudain, zest de courge, envie  de prendre mon courage à deux mains, comme dit la cocasse expression, de me jeter dehors, aller marcher sur le grand anneau —bien tapé— déambuler librement sous ce soleil fumigène qui semble de minces vapeurs de froidure, horizon comme filandreux.J’y vais ? J’hésite et un appel soudain au salon : « Vite, viens vite voir ça, les critiques qui se critiquent, c’est excitant, c’est « Six dans la cité » de  Perrin la séductrice » .

J’y descends. Le chaud salon. Et puis le lac s’est éteint faute de Galarneau. Le soir…tombe ou se lève ? ou bien se répand ? quel mot monsieur l’amateur de mots, « s’étale », plutôt, … de tout son long. Zut ! Soyons simple : C’est le soir. Bien. Les luminaires de la rue Morin se sont allumés. Suis certain qu’il n’y a plus un chat sur le lac. Quoique. Puis le souper. (En France, ils dînent!) on a bien mangé, on a bu du bon vin du Maroc. On consulte l’horaire de la télé, comme tout le monde, avec petits gâteaux aux doigts. Le Serge, de l’École Hôtelière m’avait vendu de l’agneau bien saignant, merci Serge de Saint Donat. Rien de bon à la télé… alors finir un bouquin sur…la mort ! Cadeau du fils amateur de philo. Oh!, faut envisager sa fin et la mort ne me fait pas peur, j’ai eu une bonne vie. Tenir encore un journal intime, je l’ai fait et tous ces tomes —de privautés dévoilées— se trouvent à la biblio Claude-Henri Grignon. Là, où on trouve les anciens numéros du Journal des Pays d’en Haut. Allez-y fureter, des surprises s’y cachent Ici, un besoin de vous dire que la vie quotidienne, en fin de compte, est la même pour tous. Sortir donc ? La compagne :  « Ah non, j’ai plus de souffle et j’ai mal partout ! » Mensonge ? Des excuses ?  ET moi : « Ah non, il y a ma jambe droite  à coxarthrose. » Va-t-en donc dimanche arctique !

Lundi matin. Persiennes ouvertes, je vois sur le lac un skieur de fond  qui y va aux toasts ! Fini le gel dominical, un lundi doux avec neige qui tombe si lentement. Ce matin, j’ai pu ouvrir la fenêtre de la chambre. J’irai au Calumet en vitesse. Je lirai vite les manchettes, je viderai la cafetière puis, dehors, deux galeries à vider de cette neige. Et la santé à conserver.

C’EST DANS L’TEMPS DU JOUR DE L’AN !

Vient un temps dans une vie où l’on se dit : « j’ai donné ». Manquer de force avec l’âge ! Et alors c’est la fin des grands repas du Jour de l’An. Ne plus avoir l’énergie de réunir un clan, une tribu, toute une famiglia. Incapacité de monter une table à 20 couverts, ou même à 14 belles assiettes ! Ça y est, cette année plus personne dans notre salle à manger adèloise pour inaugurer l’an nouveau. Hélas ! J’en suis triste.

Pourtant il n’y avait que deux rejetons. Mais cela grandit vite. Une bru, un gendre et puis, vite, les enfants sont venus. Ensuite, ces petits-enfants grandissent et il y a l’amoureuse, l’amoureux. L’arbre s’ouvre. On en est fier et heureux. Viennent donc les enfants de vos enfants, ces chers petits-enfants grandis qui s’amènent, sont des jeunes gens avec « une blonde », un « chum » ! Mais… c’est pas long qu’il vous faut bien plus qu’une douzaine de chaises. Qu’il faut « coller » deux tables, prévoir une autre…au cas où. C’est fini. Fin de la bien grosse volaille, des pâtés viandeux, du très grand volume de canneberges, de la bûche pâtissière hénaurme, des beignes à la tonne, enfin des fioles de rouge en quantité, de la bonne bière en escalade !

Bref, il vient un temps du… « j’ai donné ». À tour des autres alors. Jacques Brel chante  « Les vieux… », ils espèrent désormais être invités chez un des descendants ! Cette année au lendemain du « Bye-Bye » télévisé, nous serons donc tous réunis, la jasminerie cacassante, chez le fils Daniel. À Val David rue Saint-Michel. Au bord de la Nord pas loin du Doré, avec la cuisine signée Lynn LaPan.

Ma pauvre mère, née en 1899, s’est acharnée, rue Saint-Denis, à faire durer la tradition du Jour de l’an. Or nous n’étions pas deux, mais sept boutures jasminiennes. Ce qui fait 14 places à table. Multipliez. Car des enfants venus. Maman (« qui nous aimait bien », cher Claude Léveillée) devait ajouter une  deuxième table,  une dizaine de chaises pliantes. Si vous l’avez vue sortir ses plats, chaudrons et marmites ! Ma Germaine toujours rieuse, enjouée, vasait avec ses innombrables pâtés sortis de l’armoire froide sur la galerie d’en arrière, ses têtes fromagées, sa galantine, gelées de veau, tartes au mincemeat (!) d’entre les fenêtres de la cuisine. Ses montagnes de beignes attendaient dans des marmites hangar !

Morte à 88 ans en novembre 1987, la petite fille de la rue Ropery à Pointe Saint-Charles, fut une dynamo humaine. Ma pauvre Germaine, si heureuse d’être débordée, envahie. Si  serviable, qui tiendra le coup si longtemps. Les dernières années (1980-85), elle fera venir, honteuse, humiliée, des pizzas et du poulet frit ! Je pense aussi à tant d’ex-mamans esseulés dans des résidences médicalisées; je songe à tous ces vieux isolés, sans aucun repas de fête…l’atroce solitude ! Les enfants exilés à Cuba ou à Miami. Eh ! Les temps actuels sont  durs. Imaginons ces chambrettes exiguës avec petit sapin décoratif chétif; on regarde des albums de photos… des temps plus heureux. Lecteurs fidèles, merci de me lire et je vous souhaite une année 2011 pleine de petits plaisirs et de quelques grands bonheur.

LA MORT DE JEAN

Je le cherchais des yeux souvent dans les rues avoisinantes depuis qu’il me semblait… parti, j’éprouvais un certain malaise. Je l’aimais bien. Était-il déménagé du village. Où était-il rendu ? Je ne savais pas ce qui lui était arrivé. Je m’y étais attaché à Jean Mackay. C’était un beau grand géant. Cheveux frisés. Toujours bien droit malgré un canne à son flanc. Mon aîné de presque un douzaine d’années.

La première rencontre, il y a plusieurs années, fut si légère, ironique et cordial car il aimait rire, mon Jean. Il m’attaquait à chaque fortuite rencontre en rigolant : « Comment ça va m’sieur l’écrevisse ? » Son rire bien franc. C’était un gaillard qui me semblait en si bonne santé. Il allait mourir à 110 ans, que je me disais, et encore ! Le croisant à tel ou tel coin de rues, je lui criais très fort : « Salut mackaile, p’tit kapaille-black-eye ! », il sursautait chaque fois et puis riait. Me montrait sa canne brandi.

Rue Grignon, rue Grondin, rue Lesage ou dans la rue qui mène à l’église, nous aimions deviser sur tout et rien. Nos jacasseries étaient comme un prétexte, celui de palabrer sur les actualités chaudes, à l’ombre ou au soleil, été comme hiver. J’aimais ce Jean Mackay au tempérament optimiste, aux propos sages, amateur de gros bon sens. Au fond, nous ne savions rien de l’un et de l’autre, nous n’étions que deux silhouettes quasi anonymes et pourtant affectueuses. Sans raison claire, sans but précis. Une sorte d’amitié lâche, une entente qui ne servait à rien, la gratuité totale. Jean m’était devenu un instrument vivant, humain du mobilier de nos rues de Sainte-Adèle. Fou hein ? Il ne me questionnait pas. Sur rien. Et moi de même. Deux adèlois libres.

Pourtant, un jour, je ne sais plus pourquoi, je vis son regard soudain s’assombrir. Il me racontait le fils d’une très belle jeune chanteuse (qui écrira des romans), aux amours tournées courtes, qui, prise de carrière débutante, lui confia son jeune garçon. « Mais, un mauvais jour, mon jeune adopté s’est enlevé la vie ! » Il détourna le regard. Une première. Je lui avais serré l’avant-bras. Il se secoua : «  Ouais, on fait mieux de rentrer m’sieur l’écrevisse, regardez le ciel au dessus du lac, ça va tomber raide et fort ! »

Je l’avais regardé s’en aller, une marche de jeune homme, un pas si ferme et si solide. Non, il n’allait pas mourir de sitôt.

Oui, depuis longtemps, trop longtemps, je ne voyais plus Jean Mackay à ses capricieuses promenades dans le village; un jour, en bas, rue Valiquette, un jour, en haut, dans le parc de l’ex-hôtel Montclair, devenu amphithéâtre naturel. Je m’ennuyais de lui. Vraiment. Je me disais qu’il était sans doute aller vivre en ville dans une de ces résidences pour grands aînées, ou bien, chez un de ses enfants, loin, ailleurs. Eh bien non, je lis soudain dans le journal : « Les funérailles auront lieu le samedi 11 décembre à 14 h à l’église de Val David. »

Il y a des années, un soir, dans un resto de la rue du Chantecler, veillée sublime pour les amateurs de petite histoire comme moi, un très vieux vieillard, à la mémoire inouïe,  M. Lupien, me raconta avec verve et une mémoire intacte le Sainte-Adèle du temps du gros docteur et agent des terres Grignon, père du célèbre feuilletoniste. Ma joie alors ! Il y avait eu aussi mes rencontres inopinées avec le père-fondateur de te quincaillerie, le très vieux monsieur Théoret, avec canne lui aussi. Une autre si  précieuse armoire-aux-archives gardées impeccablement. Ce causeur émérite est mort et même son fils, repreneur du commerce, lui aussi ! Bien avant le temps de Jésus, c’était écrit, n’est-ce pas ? Tempus fugit ! Et comment. Que Jean Mackay repose en paix, qu’il marche tête haute, et sans sa canne, dans les sentiers de ce paradis promis.

AU CIEL UN ZOO INÉDIT ?

Ç’est plus fort que moi, parfois je dois aller me bourrer la face à un «  petit déjeuner d’ogre » . Où ? À mon cher « Petit Poucet » sur la 117 vers Val David. Ô son bon pain-fesse, sa confiture aux fraises, ses « bines » mieux que savoureuses, et tout le reste. Oui, ogre ! Dehors, repu, voici un chat. Blanc avec des fioritures de gris. Or, mystère, revenu chez moi, voici dans mon petit pré… un chat blanc, copie conforme, un clone ? Il s’avance prudent dans les hautes herbes, espace mis en jachère par une insistante invitation à tous les riverains. « Préservons, sauvons le lac ». Soudain qui s’amène ? Le chat d’une voisine, l’impériale bête mordorée, dont je vous ai déjà parlé, bête somptueuse de dame Blondinette. A-t-on sonné l’alarme chez nos grenouilles enfouies en « beaumiers » ? J’entends entend des chants-de-gorge, comme à Povungnituk ! On craint une attaque. C’es le silence total.

Au loin, domaine des Ouellet, des corneilles juchées se sont fermés le clapet enfin, elles observent mes deux ,mini- fauves qui rôdent sous le saule fraîchement tronçonné. Les matous ne se regardent pas, matois indifférents l’un à l’autre. Naseaux ouverts, visent-ils une cible invisible ? Des oiseaux ou ces petits poissons du bord de l’eau ? Au large pas loin, la famille-des-huit-canards va et vient. Des goélands tout ensoleillés tournoient, cherchent-ils un gros « M » jaune ? Pas de ça à Ste-Adèle ! Nos deux tachetés « aux pattes de velours » (oui, poète Desjardins) se camouflent le long du mur de bûches coupées. Un Vadeboncoeur (le beau nom !), voisin retraité d’Ottawa et néo-artisan, fait résonner son tour à bois creusant un bol de bois, oui, de saule.

Bref, c’est un jour à ciel mouvant, bleu firmament d’août stimulant qui déménage à pleins chariots de beaux blancs nuages. Que j’aime le vent. Depuis toujours. Les feuillages chuintent gaiement. Le vent c’est l’impression du voyage immobile. « La terre tourne », vous aviez bien raison monsieur Galilée, au diable, ces vieux en robes brodées au palais romain. Ils  n’en font jamais d’autres n’est-ce pas pépère Marc Ouellet de Québec ? Ici la paix. Ailleurs ? Feu et fumée partout autour de Moscou, inondations dévastatrices au Pakistan, des terres étatsuniennes dégringolent encore Et cette merde noire, sauce B.P., aux grèves louisianaises. Les actualités : drogue néfaste et « en continu ». Alors on va se coucher impuissants, désolés. Mais moi j’ai vu le vent, des canards et goélands, regardé deux raminagrobis en chasse. J’ai pu me remplir les yeux de ciels, beau zoo de formes molles et somptueuses, on dirait le travail de l’architecte Gaudi de Barcelone. Ce vent. Vouloir dire une fois encore : malgré des méfaits d’une « dame nature cruella », le petit bonheur. Malgré ma jambe malade et l’attente de verdict d’examens, cette canne supporte mal, la vie ici, l’été, m’est un bien bel album. Tant de gens souffrent, allez visiter hôpitaux ou Palais de Justice, larmes, coups portés, juges accusés, policiers débordés, malfrats. Hélas, l’été finira bientôt. Le sait-on assez ?

TREMBLEMENT ET NOYADE D’UN CENTENAIRE ?

D’abord parler de la fameuse secousse terrestre venue de l’ouest. Au début, devant mon ordi, j’avais cru à un cortège de ces maudits bruyants camions sur ma vieille « Route rurale numéro I », alias la rue Morin. Non, ça durait, Ça ne finissait plus. La peur ?  J’ai cru ensuite à un long grondement d’un  tonnerre. Mais ça ne finissait pas,  alors oui, terrorisé, vite, vite, je me suis jeté dehors !

Quand ma tendre reviendra de la ville : « Pis? As-tu eu peur ? J’écoutais la radio de l’auto, c’était un tremblement de terre, venu du pays de mon enfance, Claude,  la vallée de la Gatineau ! » Je vis avec « une fille d’Hull ». Vieux gag. J’ai donc vu ce que cela fait, un tremblement des sols. J’étais en Haïti un moment, à Port-au-Prince, avec mon camarade Dany Laferrière et j’ai eu une peur bleue !

De la galerie, terminée la peur, je vois la vie reprendre : un merle foufou (dit rouge-gorge), batifole dans un haut chèvrefeuille à l’ombre des érables. Comme pris d’une joie féroce ! Une attaque aux bourgeons naissants ?

Le dimanche précédant, s’amène « la Fête des pères », s’amène ma fille, le mari, deux petits-fils : « Bonne fête papa-papi ! » Mon fils de Val David, Daniel, lui, visite Barcelone. Escargot bizarre, mon Éliane traîne sur son dos (une voiture Chevrolet), une longue carapace plastifiée. Marco-gendre descend au rivage, d’une seule main, la chose bleue et si légère déniché à son Costco. C’est alors la sinistre découverte ! Haut comme un édifice de quatre étages, gît dans l’eau, mort, notre saule plus que centenaire. Douleur de voir ça, la vraie peine. Ce vieil arbre en a tant vu : depuis 1980, des générations d’adèlois en chaloupe, en canots (à moteurs dans le temps !)  Plus jeune il a vu un voisin Grignon, Claude-Henri  en culottes courtes lui grimpant dessus! Il a vu, beaucoup plus tard, mes petits-fils si heureux, très fiers, dans leur cabanon improvisé entre ses gros bras. Les a vu aussi accrochés au gros câble de nylon jaune (installé par le pasteur protestant Toupin, un ami). Ils étaient de vaillants Tarzans crieurs s’élançant dans le lac. Eh bien, notre vieux saule penché, le voilà mort, noyé. ses branches, toutes,  « le bec à l’eau ».

Il  y a un an, le voyant la tête si basse, penché à mettre en danger des avironneurs du rivage, on a songé à la scie tronçonnante comme euthanasie. Demande du permis à l’Hôtel de Ville et envoi d’un jeune « savant » qui examine l’auguste « incliné » et décrète : « Refusé. Cet arbre est sain. » Bon. Merci le jeune ! La nuit, veille de la Fête des pères, la chute du vieux témoin ! C’était un duo, des saules-jumeaux, oui, deux frères siamois. Des cousins vieillissent le long de la rive. Du coté de Jodoin-Voisin, il y en a un de  mille ans, ma foi. Tiendra-t-il encore mille ans ?

Nous voilà, les « mal conseillés par la Ville » pris avec l’orphelin survivant. Penché à son tour, le tronc fait voir maintenant une énorme plaie, craque béante. Le brutal arrachement du frère l’a sérieusement amoché !  Le « savant urbaniste » appelé nous dira-t-il encore : « Arbre sain à ne pas couper ? » Bon. La vie continue : à Toronto, les polices ont fait du gros fric, ici, de nouveau, mon merle (rouge de gorge) voltige heureux autour du sorbier et va se cacher dans ce gigantesque amas de branches noyées. ! Bon. J’aime la vie.

LE SOMMEIL DES TRUITES !

Il faisait beau soleil et voici donc un colibri, si vif, si hélico, qui fonce sur notre oiseau de bois émaillé rouge acheté « une piasse » chez Dolarama ! Il affronte ce leurre et puis, déçu, il fuit. On rit. Voulait-il s’accoupler à un cardinal de bois ? Hon ! Celui de Québec, l’insensible Ouelette, en aurait sorti sa bulle ! Puis voici que ma Raymonde rentrant de son Hyperclub de Piedmont, me répète tout le mal dit sur le dos de la marmotte. « Un vilaine rongeuse de graines en semis, très nuisible. » Bof, on n’a pas de potager ! Je descend trois marches voulant apercevoir ma grosse Donalda, rien. Faire un ménage dans mon tas de vieilles planches et l’en déloger. Non, j’y suis trop attaché. Fou hen ?

« Hier encore » (Aznavour) le vieux chat jaune-orange, bien assis, fixait ce coin secret du siffleux-terrassier derrière de vieilles persiennes remisées. Ma Donalda y allait aux toasts ! La terre volait sur un temps riche. Agrandissement ? Naissances ? On voit rien encore. Mais j’ai bien vu, une première !, un papillon d’un beige enluminé de symétriques ornements gothiques (oui, oui) se poser sur un garde-fou et, oui,  choir sur le côté ! S’immobiliser « penché » les pattes en l’air. Quoi ça ? Trop gavé ? Il pulsait fortement. Papillon ivre-mort ? Je l’observais et calculai : ses grandes ailes, ce serait comme si nous supportions, attachés à notre dos, des voiles de 40 ou 50 pieds de haut ! Alors, épuisement ou trop de sucs bus ?

L’ami Jacques Allard m’autorise à me baigner chez lui. Il possède un coquet spa-auberge, le Excelsior, passé le grand domaine skiable du Chantecler. L’une de ses piscines s’orne d’un immense arbuste, sorte d’admirable palétuvier avec ses branches feuillues décorant la serre tout autour du bain et qui  fait ma joie. En rentrant de nage, avant-hier, la Rivière aux Mulets venant frôler la 117, se montra d’un bleu à la clarté totale. Mon étonnement ! Un bleu bien loin de ce gris-brun de la Nord. Rivière encore vue en voiture quand nous sommes rentrés du Val David « d’en arrière ». À l’ouest. Nous apprenons que ce chemin qui aboutit, via le Mont Sauvage, à un carrefour adèlois, était la très ancienne route. On y découvre toute une campagne comme secrète et y nichent ici et là de rares vieilles belles maisons. Et des « modernes », bien moins jolies.

Arrivage d’écureuils ces temps-ci. On avait cru les avoir tous déportés l’an dernier avec la cage de Maurice-Voisin. Non. Gare à la douzaine de nos jolies jardinières suspendues ! Quoi faire ?  Emprunter de nouveau le malin appareil-à-trappes avec nouvelles « déportations » sauce acadienne ? Triste. Ah, chaque fin de mai ou début de juin selon les climats, voir ma « tendre fidèle », mettre ses gants fleuris, réunir ses outils et ses bouquets de Botanix, inventer ses arrangements floraux, la joie pour moi !

Vente du pédalo et achat à Saint-Agathe d’un canot-chaloupe. Pour pêcher. Poids ? 48 livres ! Mise à l’eau et soudain surgit un couple de fiers canards. On dirait qu’ils ne nous voient pas ! Allure d’indépendance totale, c’est ça la belle souveraineté, amis lecteurs. Ça  se promène le cou (très) en l’air, la mine noble, non mais… On nous a dit (des gens-grenouilles) qu’un grand nombre d’énormes paresseuses truites roupillaient au fond du lac. Au pied de l’hôtel du lieu et pas loin des condos de la Villa Major. À nous deux les paresseuses ! J’aime l’été.