Le jeudi 21 février 2002

Le jeudi 21 février 2002
1-
Ciel mauve. Revenons d’un tour du lac. À trois cette fois ! L’aîné de mes petits-fils, David, est avec nous. Repartons demain, vendredi midi…théâtre chez Duceppe (pièce traduiute d’un auteur espagnol ) le soir. David me renverse : ses manuels scolaires écrits en « chinois » à mes yeux. Lui, il navigue dans ces notions « économiques » de son université (Concordia). Hier soir, jasette des trois compères « Chez Grand’pa », à Val David. Bonnes pizza au four ! Ce matin, il y a un ogre à notre table. David bouffe comme Gargantua ! Il me dira : « Quoi, je n’ai pas beaucoup mangé ! » Il me fait me souvenir de cet âge (19 ans) où la faim nous habite 24 heures par jour. Il est costaud, n’engraisse pas. Il ne peut faire de ski ici car il s’est « démanché » un genou en jouant au rugby avec de trop grands gaillards, plus vieux que lui. Il en est puni !
J’aime bien jaser avec un jeune, je questionne mais aussi j’écoute. Nous apprenons sur us et coutumes de cette génération. David, bravo, est un type d’homme qui a confiance en l’avenir. Cela sans être innocent. Il sait qu’il devra lutter. Comme n’importe qui.
Mardi soir, vu le spectacle de Maheu à l’Usine C, par Carbone 14. Oh la platitude ! Et nos critique, ces complaisants, qui se fendaient de papiers élogieux à outrance. La salle avec beaucoup d’élève d’écoles, a fait presque une ovation à cette quinzaine de…mimes.
Ma déception vient d’une trop grande attente ? J’avais tant aimé « Le dortoir » du même auteur. Toutes ces couchettes qui valsaient ! Un symbolisme assez clair. Cette fois, c’est une suite d’amorces et qui sèchent. Une suite de « coïtus interruptus » visuels. Il y a cinq trous (fosses, puits ?) sur le plateau, deux au fond, deux en avant et un au milieu de la scène. Alors, ce sera des jeux d’apparitions et de disparitions…Chaque fois, je guettais un développement un peu musclé…et chaque fois…rien de consistant ne venait. Je peux admettre l’illustration du chaos, les images d’un monde désorganisé mais il y faut des thèmes avec un os. Ici, le mou, le flou.
Certes quelques brillants « moments », dans l’ensemble, un long show visuel (peu de mots, peu de pensée donc, peu de « théâtre » car le théâtre est lieu de parole, idées avec des sentiments, des émotions etc. Ici, c’est des danses, des acrobaties, la manière du bonhomme Maheu quoi, avec du non-sens. Or « faire sens », peu importe la sorte de théâtre, est ce qui compte. Il y a des milliers de textes depuis Diderot… depuis Goldoni, Molière, Dubé, Ionesco, Pirandello, Tremblay… Si Maheu n’a rien à dire qu’il recrute un auteur, n’importe où, il a du jus pour « la forme », il pourrait monter autrement des textes solides, non ?
J’en suis sorti, rue Visitation, un peu maussade. Qui, dans cette rue, dans ce quartier, apprécierait ce spectacle « fermé », ambigu, hermétique ? Pas grand monde, je vois jure ! Quelle blague sinistre tout cet argent public pour installer ce théâtre soi-disant avant-gardiste et qui, jamais, ne saura faire grossir les rangs des amateurs. Le Cénacle de ces formalistes, est clos, refermé.
Ainsi il en va d’un autre théâtre tout neuf en plein quartier Villeray et qui fait ses petites affaires sans aucun souci envers les gens de ses alentours ! Une misère ! Un refus net, complet, de séduire les publics populaires. Serpent qui se mord la queue ! On fait sa cuisine pour « happy fews » et puis, vanté par les esthètes, on part en tournée mondiale, félicités et encouragés par d’ autres « aficionados initiés » à Berlin ou à Milan ! Une farce plate.
Un arrêt pour le développement culturel des nôtres qui crachent, via les subventions, cet argent public. Des asociaux ? Inconscience ? Snobisme ? Repli égotiste sur ses goûts à soi ? Tout cela à la fois. Qui dénoncera publiquement ce snobisme stérile, encore moi ? Et, très plausible, on refusera encore de publier dans nos quotidiens mon petit pamphlet. Le « beau monde » (selon Raymond Cloutier) , le « beau milieu » fut très choqué jadis quand j’ai condamné les Lepage, Maheu, Marleau, Asselin et qui encore ?, ce cinquième larron de fabricants de shows formalistes. J’avais gueulé : »et le fond, diable, c’est pour quand ? »
Que d’engueulades, en privé, après cette sortie ! Oh ! Pas amusant de se mettre à dos ces épicuriens du « grand art » du théâtre pour marginaux sur-instruits mais…faut ce qui faut non de Dieu !
Cette fois, Aile en rigolait, c’est moi qui avait souhaité aller au théâtre. Je ferme donc ma trappe face à Aile qui est tout de même désolée de ma déception. Un article disait : « Des chansons de Brel.. » Moi qui l’aime tant. Or il n’y a eu que « La valse à « mille » temps » de Brel. Un bon moment.
En tous cas, avec ces formalistes plutôt muets de paroles, c’est un métier ingrat. Cette troupe énergique n’a plus qu’à gesticuler, se rouler par terre, se jeter dans un bassin d’eau, n’a qu’à suivre la chorégraphie dans une sorte d’anonymat. Vu la grosseur du groupe, on en arrive à se dire :c’est des cachets pour tant d’artistes si peu souvent invités à jouer. Pauvres eux !
2-
J’ai omis de causer un brin sur ce « Double Je », nouvelle mouture télévisée, mensuelle, du père Bernard Pivot à TV-5. Pas fort ! Un couple d’américains installés à Vaison-la-Romaine. Épicuriens contents ! Ouen ! Ennuyeux comme la pluie ! Une jeune élève, boursière « brillante », Chinoise exilée à Paris et qui a pu s’instruire à l’occidentale ! Hum ! Et qui garde une sorte de nostalgie, discrète, elle est polie, de sa Chine abandonnée. Et b’en ouen ! Pas fort ! Un vieil Allemand juif (un certain M. Goldsmith) converti au catholicisme. Bons propos mais…court sujet !
Bref, c’est la sauce « internationaliste » qui a atteint notre Pivot devenu « politiquement correct ». C’est triste.
Je n’aimerais pas tellement regarder une émission envoyée de Chine avec des Français exilés là-bas. L’inverse oui. Voir les nôtres là-bas, ça oui. De l’Italie je veux voir des Italiens, de l’Espagne, des Espagnols.
Pas certain d’être clair. Dire « je me comprends » ? Oh ! cela enrage tellement ma belle Aile, ce fion ! Je dirais : vouloir à tout prix applaudir « ses » bons émigrants, relève du « têtage », de la flatterie et aussi de la vanité. Orgueil du Pivot franchouillard. « Ah mais vous parlez très bien le français !, bravo ! bravo ! », à « ses » deux Américains, à « sa » chinoise…Pouah ! Quoi, quiconque s’exile se doit de bien et vite s’intégrer ? Ce qui serait étonnant c’est bien que ces exilés en France, (subventionnés en ghettos « multiculs » comme ici non !) ne sachent pas parler la langue de Molière ! Je croyais qu’il n’y avait qu’au Québec, complexé, accusé faussement de xénophobie, qu’on sautait en l’air de joie (idiote) dès qu’un émigrant (normal) parle notre langue !
3-
Comme j’aime glaner ces émissions diverses au souvent auCanal D, parfois à RDI, très souvent à Historia. Des exemples : le procès de J.O. Simpson, blanchi au criminel, 33 millions de dollars d’amende lors du procès au civil ! Cette sinistre farce pour empêcher que le ghetto Noir de Los Angeles s’enflamme. La Justice ridiculisée. La romancière Colette qui parle entourée de ses chats, Place Royale. L’Argentine, le « putch », la tourmente monétaire en cette contrée. Les débuts de ce carnaval pas drôle du tout. L’épouse de l’Iranien, Mme. Blin, défigurée, recousue, qui retrouve, en Nouvelle-Écosse, sa fillette après trois ans de recherches quand la « Justice de France » négligeait d’émettre vite un mandat d’arrestation. Retrouvailles émouvantes à Halifax. Ce chef de guerre Massoud (que j’ai lu), tué par un reporter-kamikaze afghan taleb. Son tirailement entre Russes omniprésents et Amércains lointains et prudents. Il y avait que la CIA de Washington avait armé tous ces Taliban (pas de s) « fous de Allah » afin de combattre les méchants « communisses ». Tout cela est tellement plus instructif que ces méli-mélos « feuilletonnesques ».
Les momons affirmaient qu’une tribu juive navigua et s’installa aux USA des années avant la naissance de ce Jésus de Nazareth ! Eh oui ! C’est dans « le » livre du fondateur :Smith !
Arrivant dans l’Utah, chassé (en 1844) de la Nouvelle-Angleterre (Vermont), le bon papa aux trente mamans et à la caravane d’enfants, était en pays biblique de cette façon… légendaire ! Le livre dit qu’il filera une éternité heureuse ave « l’éternelle épouse » ! Diable, laquelle ! Il y a eu terrible bousculade à ce portillon ! En 1978, des preachers mormons ( missionnaires partout dans le monde…partout il y a des poires !) virent un peu : les Noirs, oui, c’ est endurable, tolérable, mais les homosexuels, jamais ! Ils sont sur 12 millions de « convertis » dans le monde, mais que 6 millions aux USA. Du lierre, ma parole ! Il n’y a plus qu’à attendre le procès annoncé sur l’argent « impur » versé en fraude (achat de votes pour Salt Lake City d’un tas de délégués divers) pour obtenir ces J.O. Lasalle affaire « mormone » a été mise en parenthèses pour la paix momentanée du déroulement de ces « merveilleux » Jeux olympiques. Ça pue !
L’inévitable chauvinisme nationaliste (il triomphe en ce moment !) nous fera guetter ce soir si les Canadians vont gagner au hockey ! Eh !
Il y a eu feu l’humoriste Coluche qui se présentait pour le poste numéro 1, en France. Certains riaient jaune. Visibilité obligatoire et le Coluche s’en donnait à coeur joie en piques et horions de toutes sortes. Voici l’humoriste Dieudonné ! Un autre clown de Paris, lui aussi, veut prendre le job de Chirac ou de Jospin. Il aime bien la fraise de Ben Laden, lui trouve du…chartisme ! B’en !. Il la préfère, dit-il, à la bouille, de W. Bush Ouen ! Comme c’est subtil. Souvenir : militant jadis pour le Parti Rinocéros, passage obligé au téléjournal, en 1967 et question du reporter : « Et si vous êtes élu, qu’allez-vous faire ? » Réponse du candidat à la « Corne sacrée » : « Ce que je ferai ? $68,000 piastres ! » C’était le salaire du député en ce temps-là. On rigolait. On était jeune et sauvage. Ce bouffon iconoclaste Dieudonné, voyant sa photo ce matin, me semble, lui, un quinquagénaire ! Oh !

Le samedi 23 février2002

Le samedi 23 février2002
1-
« Pourvou qué ça doure… » disait la mère corse et corsée à son petit garçon, devenant célèbre, Napoléon…Ce soleil, quelle belle lumière hivernal ! Marche autour du Rond. Le samedi est toujours plein de visiteurs sur les pistes. Coloris jolis ! Des enfants hauts comme trois pommes dévalent les cotes. Monde nouveau. Jamais de petits enfants jadis à ski. Jamais.
Hier soir, rangée « A » — ainsi tu peux tenter d’enfarger les comédiens…chez Duceppe. Depuis que Aile a divulgué ma demi-surdité à ce théâtre, on nous installe « bien en face » des acteurs. Obligation de tourner sans cesse la tête quand ça se promène de Cour à Jardin. Pas de vision globale ! Eh ! Ce « Après la pluie » de l’Espagnol Sergi Belbel offre de très fameuses répliques. Les moments de colère sont transformés en « joual » avec sacres, jurons, grossièretés d’icitte…et un peu de Paris. Un mélange ! Traduction de Préau (France), retouchée sans doute par Michel Nadeau le metteur en scène (aussi dramaturge à ses heures) , fort efficace en fin de compte.
La trame : une poignée d’employés d une puissante compagnie (affaires sociales, assurances, valeurs mobilières?) grimpent sur le toit de leur immeuble pour…fumer. C’est interdit partout. En une série de tableaux, l’on raconte les ambitions, les querelles, les déceptions et aussi les affaires intimes de ces fumeurs ! Un récit prend forme peu à peu. Hélas cela force à faire des « Noirs » (trop longs souvent) entre chaque bref tableau. Cela tue le rythme. Nadeau aurait mieux fait de créer deux zones de jeu. Au moins. En somme, un spectacle avec des pics. Une sorte de passacaille et à la fin, la réunion des sept ou huit protagonistes formant des unions romantiques. Fin heureuse un peu cavalière ! Certains troupiers, inconnus ici, font voir de l’amateurisme (ils travailent rarement à Québec )mais aussi une sorte d’énergie merveilleuse : Marie-Josée Bastien, Charbonneau, Loraine Côté, Danielle Lépine, Makdissi-Warren.
Pour une fois, pas d’ovation debout (ridicule si souvent) à la fin. Je fus le seul à lancer des « bravos » tant j’avais appércié cette preuve collective de talents (en friche) qui avait fait voir tant d’excellente énergie scénique.
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Jeudi soir à RDI, avec Maisonneuve, entretien avec le cinéaste Labrecque qui offre son film sur le RIN et mon Bourgault tribun surdoué et efficace de premières années de lutte pour l’indépendance. Soudain il affirme que René Lévesque était vaniteux, refusant son aide (ce qui est vrai) se voulant seul militant-chef, ne parlant pas une seule fois des autres, pas un mot sur nos Patriotes de 1837, souhaitant même « sans doute » disait Bourgault, que son parti meurt avec lui. Oh !
Le merveilleux « preacher » patriotique de cette époque semble ne pas avoir pardonné le rejet « viscéral » de Lévesque. « Un mystère », dit-il. En effet ! C’est là qu’il a tout de même sorti son explication : « un leader incapable d’en supporter aucun autre dans ses parages ! » Hâte de voir ce « RIN » à la télé, tel que promis. Je fus le premier écrivain à monter sur les hustings de ce RIN en 1961. Aquin y viendra ensuite. Tous les autres ? Trop « chieux » ! Il en allait de risquer « bourses, subventions, voyages payés », n’est-ce pas ? Tant d’autres écrivains : des « fédérats », sauve Roch Carrier; aujourd’hui sauce René-Daniel Dubois. Mon jeune David (né en 1982) sans cesse : « C’est qui ça le gars aux lunettes ? Et le barbu, c’est qui celui-là ? » Il prouvait l’utilité du film documentaire de Labrecque « RIN ».
Vendredi après-midi, réception pour mes lunettes neuves. Sans monture. Que des vitre. Ça pèse un gramme, une aile (!) d’oiseau, une plume ! Je les aime. Fini mon « truck » à monture !
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Vu aussi le film document sur nos allophones et autres sortes d’émigrants. L’auteur, Parenteau, un ex-concurrent de « La course autour du monde », chroniqueur (où il lit bien mal, hélas, des textes souvent solides) des samedis matins chez Le Bigot (cet ex-piqueur de « fiole » comparé à Gagliano par l’ex –ministre Libéral déchu Picotte !), aussi « débater » humoristique à « L’aparté », un café d’iconoclastes, a raté son film.
C’est encore du saucisson. L’odieuse mode du « zapping ». La pensée zappée sans cesse ! L’horreur. Jamais d’élaboration. On coupe pour faire vivant, faire faux « souingne », le rythme ce n’est pas du tout cela,
Mais on méprise le public avec cette mode niaise de couper sans arrêt, de mettre en miettes chaque intervention. C’est frustrant. Au bout du compte tout devient charabia, galimatias, embrouillamini. Il n’en reste rien au bout du documentaire. On se dit, avec mépris insensé : « plus de trente secondes et les gens vont partir ailleurs. »
Démagogique écoeuranterie. Il y avait encore bien plus grave, une imposture, une fumisterie. Le mensonge habituel. Tous les invités de son film se débrouillaient fort bien en français. Le beau mensonge. Ainsi, les innoccents disent : pourquoi la méfiance face aux « ethniques », façon Parizeau ? Vous avez bnien vu ? Tous, ils s’intègrent à nous, c’est fantastique non ? »
La réalité est tout autre : la plupart des nouveaux-venus et la masse des anglos d’ ici se foutent du français. Leurs chefs (subventionnés par le fédéral) militent pour rogner, ronger à l’os, abattre un jour la Loi 101. Font appel aux juges de la chère « Supreme Court » . Dans Darcy McGee on a voté à 95 % contre une patrie pour la nation. Pire, dans Côte Saint-Luc, ce sera 100% de vote négatif. Un vote, non pas « ethnique »monsieur Parizeau, mais « raciste ». N’ayons pas peur des mots. Des masses d’ anglos, nés ici, ne parlent pas français ! Racisme !
Le bon-ententisme fallacieux et trompeur des Parenteau (un jeune pourtant et déjà si imposteur !) fait l’affaire (les affaires comme dans good business) ) des bénis-oui-oui en poste qui financent cette sorte de projet-fumiste, les distribuent volontiers, les diffusent avec plaisir.
Quelle honte d’oser tromper le public de cette manière hypocrite. Moi,. Tout le monde, connaît une douzaine d’intelligents nouveaux venus (d’anglos aussi) qui ont su s’intégrer, vous, moi, tout le monde pourrait donc monter un film de cette menteuse façon. Ces tripoteurs zélés des réalités sont des manipulateurs. Monique Simard (en quête de subventions ?) est l’une des deux producteurs de cette farce, elle, une péquiste officiel ! Mon jeune David, jeudi soir, écoutait mes cris de révolte et riait. « Papi, t’es fâché noir là ! » Oui, je l’étais. Il étudie à Concordia et me révèle que j’ai tout à fait raison. Il le sait. Il le voit. Il le constate. Il fréquente chaque jour des tas de jeunes émigrants de diverses nationalités à son université.
Mon épée me démangeait ! Croyez-vous que, disons, La Presse aurait publier ma diatribe ? Non. J’ai mon journal désormais, Dieu merci.
4-
Le bon film. Modeste. Avec l’extraordinaire Anthony Hopkins. Le titre : « Cœurs perdus en Atlantide » ( titre con). Aile ramenait au foyer cette cassette vidéo. Je le reverrais. Un gamin mal aimé, mère frivole, volage, un peu putain, qui diffame le père de son fils, et ce vieux pensionnaire mystérieux, méfiant —joué avec un talent merveilleux par Hopkins. C’est un sage mais au passé obscur, télépathe à ses heures, qui initie le gamin aux choses de la vie, de sa vie…menacée. Qui aime ce garçon comme un père (le père du gamin a été tué). Notre jeune hôte, Dabid, tout satisfait lui aussi par ce film. Ce qui ne l’empêche pas d’aller au frigo sans cesse. Diable, vraiment un ogre à cet âge, un ado !
Ce matin, montant ici, petit déjeuner dit « de l’ogre » au « Petit poucet » de Val David, route 117. Yum ! Yum ! Deux oeufs, bacon (que je donne à Aile ), patates , jambon, délicieuses fèves au lard et leur bon « pain de ménage », de l’excellente confiture aux fraises. Yum ! Je fais cela une fois par mois seulement !
Après la promenade de santé, nos deux chaises à coussins sur la galerie. Lecture des « canards » épais du samedi. Le bonheur ! On se croirait en fin de mars, ma foi du bon yeu !
David a bien rigolé : il devait étudier Pol Morin, ce poète d’antan.
Ayant connu le personnage (décédé en 1964), ne me privant pas de le moquer, lui l’académique poète du « Paon d’émail » et sa canne de luxe, ses guêtres de gentleman (fils de grande famille, il allait au Collège Sainte-Marie à cheval), mon petit-fils se tenait les cotes en m’entendant ridiculiser ce conservateur nostalgique, ce grand épris de la Grèce antique, ce doux fou de mythologie gréco-romaine, cet aristo pondeur de poèmes à l’ancienne jisqu’à la fin des année 1950.
Or, je me secoue et je finis par lui avoier une certaine admoirayion. Cetrs le bonhomme mOrtin était retardé dans son lyrisme classiwue mais il n,En restaitbpas ,oins un valeureux personnage. Alors je vante sa culture à mon David et je lui dis qu’il avait ses mérites. Bref, j’ai craint de faire un portrait injuste et facile de ces bizarres « résistants » de cette époque, de ces malheureux passéistes qui se désolaient tant de nos temps modernes. Après tout, nos jeunes agressifs avant-gardistes n’ont pas tous mis au monde des œuvres si solides !
Comme ils aiment rire, ricaner, se moquer, ces jeunes gens. Nous étions ainsi à cet âge ? Je crois que oui.
5-
Mon grand plaisir. Michel Biron matraque —in « Le Devoir » de ce samedi matin— un livre de Marc Fisher. Biron parle d’un « faiseur de recettes » pour exciter les apprentis auteurs, les aspirants écrivains candides en mal de « formules magiques » pour pondre un best seller. Fisher en a pondu un jadis : « Le millionnaire ». Il n’en est pas revenu et se répand depuis en « cuisinier » expert. Je le matraque aussi dans ce « Écrire » qui va sortir des presses de l’éditeur de Trois-Pistoles bientôt.
Ce même Biron qui me rend si content m’a enragé il y a quelques mois en publiant que Ferron, Thériault et moi, étions des écrivains mineurs. Le quotidien de la rue de Bleury n’avait pas publié ma réplique. L’habitude maintenant…
Hélas, Denise Bombardier comme M.-F. Bazzo gaspillent de l’espace aujourd’hui. Deux chroniques… plates ! Ah si j’avais la chance d’avoir mon petit espace, il me semble que je prendrais un plus grand soin de ne pas ennuyer le lectorat…On dit ça, hein ?
À force de chroniquer…je me souviens du temps de mon bloc-notes quotidien au « Journal de Montréal », je me relisais parfois et je me disais : « ouaille, pas fort ce matin, le bonhomme, faut te fouetter ! »
Bill Clinton est venu jaser Place des Arts :on dit 200,00$ ou 100,000$ pour la causerie. Bigre ! 45 minutes de causette et le fric en gros ! Plus d’un demi-million pour la machine caritative concernée (hôpital je crois). Eh ! Un ancien président des UA, c’est pas Jos Bleau ! Bien chanceux. Entre 100,000$ et 200$ —…le cachet de l’UNEQ pour une jasette d’écrivain québécois dans écoles ou collèges— il y a une sacrée marge, pensez-pas ? Bon, à la prochaine invitation, je demanderai 1000$… non, c’est trop, disons 500$. On verra bien la réaction ! Pauvres de nous
6-
J’y pense : ce Bouchard qui racontait René Lévesque l’autre matin, pas un mot sur un fait prouvé. C’est le conflit de travail à Radio-Canada qui a mis Lévesque sur la politique. Voyant Ottawa de glace, incapable, pire complètement indifférent face à cette grève du réseau français de la SRC, des francophones « du pays lointain », le Québec, Lévesque éclatait un jour. Il fit un fameux discours anti-Ottawa. Fit un « édito » célèbre à la radio, aux journaux. Il parla « du soleil qui ne brillepas également selon les communautés en cause. « Il déclara que « la grève, au réseau anglais, à Toronto, se serait réglée en deux semaines au maximum ». C’est à ce moment (janvier 1958) que le fameux reporter apolotique et plutôt anti-nationaliste (à cause de Duplessis) se muait en homme politicien, en tribun farouche. Deux mois plus tard, trois ?, il était en campagne avec Lesage pour battre le duplessisme ! Est-ce que ce fait gêne les Bouchard venus de Radio-Canada ?
J’y songe : Aile et David. Elle me dit : »je vois que c’est un garçon sérieux, foncièrement bon, bien élévé, mais quelle candeur et quelle naïveté ! « Je ne sais que dire. Certes, à cet âge…Bon, David plus innocent que d’autres ? Est-ce bon ? Plus entier, plus naïf même ? Ça se peut. Il y a qu’il a un tempérament de « victorieux « . N’est-ce pas le lot commun des ados ? Comment savoir. Ne peux pas comparer vraiment. Cette sorte de sûreté de soi….. Qui engendre des sentences parfois définitives. Je ne cesse pas de le corriger avec chaleur. De lui faire admettre que tout n’est ni tout noir, ni tout blanc. Lourde tâche pour ses parents, pour moi, pour tous…Comment amener ces jeunesses à bien discerner les nuances ? Pas facile. J’ai confiance en lui. Je suis comme lui, trop confiant ? Ça se peut.

le lundi 24 décembre 2001

Samedi soir donc, bonnes pizzas  » au four  » visible chez  » Grand-pa  » à Val David. Les J., nos voisins et commensaux, en verve. J.-P. a le coeur fragile mais il fait encore du ski alpin à 74 ans. Je lui passe  » Le couac  » chaque mois et ce  » canard déchaîné « , made in Québec, semble Le captiver. Il le passe à son fils, P. Un  » vert  » méchant ! Longue jasette sur les allumeuses. De Marilyn Monroe à Lara Fabian. Jadis, la fille trop accorte passait vite pour une guidoune, une folle facile. J.-P. et moi, Aile et P. toutes amusées, nous faisons le tri entre l’agace et la pulpeuse de bon aloi.  » Avoir de la classe  » reste mon modèle féminin. Non sans offrir du sex appeal ! Conversation légère rigolote. Nos souvenirs de jeunesse : les  » clubs de nuit « , ce Ballroom, rue Bleury et Ontario, l’orchestre du parc Belmont, les dancings des plages, adolescent.
Deux p’tits vieux à souvenirs attendris Dans un coin, un chansonnier au micro, sa guitare, avec la belle toune de feu John Lennon :  » merry Christmas and an happy new year  »
J.-P. et moi avions lu Dion, si souvent amusant dans Le Devoir. Son papier, samedi matin, sur la  » non-mémoire  » des histoires comiques, si vrai. J.-P. et moi, tentons de nous souvenir rien d’abord.
Plus tard, je raconte :  » Une fois c’est un type aux toilettes publiques. Un bonhomme entre dans la cabine voisine et dit : SALUT ! L’autre, par bonté, répond : SALUT ! Le voisin :  » Comment ça va ?  » L’autre :  » PAS PIRE, PAS PIRE « . Le voisin :  » QU’EST-CE TU FAIS DE BON ?  » L’autre :  » B’en, comme tu sais, j’suis aux toilettes comme toi « . LE VOISIN :  » Bon, écoute, il y a un cave qui répond à tout ce que je te dis, je te rappellerai.  » FIN.
Rions, c’est l’heure !
Une autre : À la porte d’un club privé, un type lit :  » CLUB PRIVÉ. POUR INTELLECTUELS SEULEMENT « . Il sonne. Le gérant ouvre l’huis :  » Vous avez lu l’affiche, oui ? Êtes-vous un intellectuel ?  »
Le type :  » Faudrait définir le terme d’abord.  »
Le directeur :  » Entrez, entrez !  »
Suffit !
Reçu le mensuel de la Bibliothèque Nationale, section archives. Une page montre une photo de mon père. Petit choc ! Mort il y a 13 ans déjà ! Je m’ennuie de lui. J’ai vendu tous ses papiers de  » céramiste du dimanche « , fort bien coté jusqu’aux USA. Ce père ultramontain fut mon enragement, ado révolté contre la religion d’ici, et puis, son caboulot abandonné, sa gargote fermée, papa se transformait en artiste-naïf, primitif. Ma joie alors de découvrir que ce petit restaurateur, mon père, avait retenu son âme d’artiste pour mieux éclater devenu vieux !
Le vieil  » abbé Pierre  » est nommé  » l’homme le plus admiré « . En France. Je me souviens quand il était venu ici, à l’Oratoire, il avait causé un vrai scandale en osant déclarer dans ce vaste lieu ambitieux :  » Le Christ n’a pas froid dans ses belles églises mais dans chacun des pauvres !  » Il y avait eu une gêne  » hénaurme « , un silence éloquent.
Eh b’en :chocolat (pur à, au moins, 70 %) et la cocaïne :même effets sur le cerveau quasiment ! Daniel Pinard, récemment, laissa entendre la chose. Une drogue ? Le suis-je, moi qui croque si souvent des morceaux de ce chocolat fort en cacao que l’on disait très sain pour la santé ?
Dimanche soir, visionnement d’un enregistrement d’  » À la maison blanche « . Nous estimons beaucoup, Aile et moi, cette série américaine, euh non, états-unienne, bien filmée. Du mouvement sans cesse, justifié, des types, tous intéressants, bien joués, qui fricotent autour du  » bureau ovale « .
Évidemment, des histoires qui se déroulent à la  » centrale  » du plus fort pouvoir politique et économique sur la planète, ça aide à captiver l’intérêt. Tous les adjoints de M. le Président sont d’ineffables queues-de-veau dévoués à la maintenance du pouvoir présidentiel. On ne voudrait pas manquer un seul épisode. Nous voilà  » accrocs  » maintenant. Pourtant l’auteur Aaron Suskind ne simplifie pas les choses. Il installe beaucoup trop d’intrigues,  » plot « ,  » sous-plot « , sous-sous-plot  » ‹pour parler américain, euh.,..état-unien. C’est une erreur, on a du mal souvent à bien comprendre les tenants et les aboutissants des épisodes.
Bon, devrais-je lui envoyer un courriel à ce Suskind ? Et puis m’écoutera-t-il ? Suivra-t-il mes conseils ? Hum . L’équipe, réalisateur, techniciens et acteurs, est supérieure aux textes, ils méritent mieux. J’ai dit !
Hier matin, dimanche, neige tombée nuitamment, premiers exercices de déblayage. Bon pour la santé ! Ce matin, lundi, exercice de dégivrage, glace aux fenêtres de l’auto. C’est l’hiver pour de vrai ? Pourtant, les jours rallongent depuis le 21. Hourra !
Sur ma neuve radiocassettes : Mozart, Verdi, fanfares, marches militaires, Puccini, Ravel, Brel, Gagnon, Ferré, sans culture musicale vraie, je pique partout.
Un roman du jeune Sénécal,  » Aliss « , ‹paraphrase ambiguë et salissante de l’  » Alice au pays des merveilles « ‹ me tombe des mains. C’est grossier, facile, avec les clichés éculés sur une certaine jeunesse déboussolée Mélange des niveaux de langage, argot parisien et joual invraisemblable, pages remplies de dialogue de série-télé-cheap. Vraiment, est-ce la littérature de demain. Sans doute que non. Le besogneux jeune romancier de ce  » Aliss « ‹sang, sperme et fantasy à quatre sous‹ obtenait de bonnes critiques pour ses deux précédents romans dont  » 5150 rue Des Ormes « . Sont-ils mieux fabriqués ? On l’a même comparé à Stephen King ! Pas sûr de poursuivre ma lecture. Sa  » Aliss « , dix-huit ans, décrocheuse de banlieue (Brossard), obsédée sexuel précoce, sent le mâle infantile L’auteur peut-être, puisque l’on dit  » qu’aucun écrit n’est innocent « . Une histoire univoque, racoleur, influencé par quoi ?, de la plate porno industrielle.
Un médecin dans La Presse, se porte à la défense de son collègue (Amir Khadir) démoli par Lysiane Gagnon, j’en ai parlé.
Il rappelle les liens Bush avec Ben Laden. Le Al-Qaeda, Ben Laden créatures états-uniennes au temps des méchants envahisseurs Russes. Vérité encombrante, chère Lysiane ?
Dimanche dans  » La presse « , un petit gars de Bolton se vidait le coeur. Il racontait son horreur désormais de la guignolée, son panier de vivres offert à un camarade de sa classe et puis , à l’école, la honte effrayante du donneur et du receveur, la perte d’un compagnon. Vérité encombrante là-aussi. Terrible réalité. En effet, il faudrait la plus grande des discrétions lors de la remise des  » paniers aux pauvre « .
Paroisse de L’Épiphanie, un curé rare : Raymond Gravel. Sur quatre colonnes (toujours La Presse) il renie Dieu ! Oui. Celui des Bush et Ben Laden. Il publie que Dieu ne savait plus où se cacher durant les Croisades (en sa faveur), durant les bûchers de l’Inquisition, dans l’Allemagne nazi des fours. Gravel ajoute qu’on a bombardé Dieu dans les avions sur les Tours. Il va jusqu’à ajouter que Dieu a en horreur les ayatollahs et les papes ! Ce Gravel se fera-t-il exilé en Suisse comme, jadis, le Frère Untel ? Le curé achève sa diatribe étonnante en nous demandant de libérer Dieu, le dépossédé, à Noël. Eh b’en, on est loin des sermons d’antan, si ennuyeux !
Demain, bouffe de Noël dans la tribu d’Aile, à Saint-François de Laval. La Fernande aux chaudrons, ça devrait être désirable. Le Jacques, frère d’Aile, me racontera de nouveaux savoureux épisodes sur ses  » enfants  » de l’école secondaire où il enseigne.
Pierre, autre frère d’Aile, docteur en physique nucléaire, directeur des études au cégep Saint-Laurent, et ex-général en chef de nos armées de réserve, nous taquinera sur les déplorables effets du laxisme contemporain sur tout le monde.
Prises de bec au menu ! Entre tourtière et dinde farcie, entre canneberges et cornichons, nous allons trinquer à la bonne santé du petit Galiléen, né à Nazareth et qui a changé le monde.

le samedi 22 décembre, 2001

le samedi 22 décembre, 2001
Conte de Noël
La lumière va s’éteindre. Soleil au ciel. Un samedi de franche clarté.

Daniel me recommande faire plus court. Je crois qu’i a raison. Ma tendance à  » diarer  » trop longuement. Oui, me corriger là-dessus.

Aile m’étonnait ce matin :  » Claude, quand feras-tu ton traditionnel  » arbre de Noël  » spécial avec tes branches de bouleau décorées suspendues au plafond.  » Ma foi, elle aime ça ! Je pars aussitôt : au rivage pas de vielles branches intéressantes. Je zieute les sapins. Non, trop cruel. Je monte vers la terrasse du côté, tous ces cèdres qui font trop d’ombrage. L’échelle. La scie. Je coupe. Ensuite, sortie des oiseaux décoratifs de la cave, et des lumières, et ça n’est pas long que c’est suspendu. Aile en est contente. Son beau sourire.

Marc, mon  » installateur  » Internet, me signale :  » Cher beau’p, depuis hier et votre conte à CKAC, 600 visites sur votre site ! Et allez à votre forum, c’est rempli. » J’y vais. Mon Dieu, comment bien remercier tous ces correspondants ? Le temps Qu’ils sachent ici, s’ils lisent J.N., mon plaisir. Certains avouent des larmes ! Des souvenirs, mal enterrés, de pauvreté en enfance. Je suis ému. L’un m’expédie même une photo d’une pauvre demeure, là où se déroulait mon  » conte-vérité « , à Jacques-Cartier,  » pauvre maison construite, dit-il, par mon grand-père « .

J’ai très chaud au coeur : merci, merci !

J’ai terminé le tome 2 de  » Ma vie comme rivière ! (le joli titre !) de l’épouse de Michel Chartrand , Simonne Monet, fille de juge outremontaise embrigadée dès la noce dans les combats du temps. À la fin : grève des mineurs d’amiante à Asbestos. Police duplessiste qui matraque. Son homme mis en cellule. Il y a cinq enfants dans la maison modeste. Elle manque de tout. Des reproches sévères, durs parfois, sont adressés à ce mari, père absent, lutteur syndicaliste. Rien à voir avec les bluettes du film biographique du fils Chartrand. Oh non ? Regrettable maquillage.

Vision pénible à T.Q., chez Dussault hier soir. Invitation en studio, pour 50.$, à des itinérants. Certains maganés gravement.

Comme toujours trop de monde. Chacun ses deux minutes de visibilité. Pas le  » 15 minutes! Promis par Warhol ! On constate que chacun est un cas, est  » une histoire  » particulière et alors les  » définisseurs de situations  » semblent stupides. Pas un de ces  » perdus  » n’a les mêmes raisons pour raconter son …itinéraire. Voilà la simple vérité. Une dame millionnaire, madame Yvon Deschamps, par ailleurs admirablement dévouée à son oeuvre  » Le chaînon « , a joué la rébarbative innocente :  » Pourquoi couchez dehors et ne pas plutôt rentrer pas dans votre famille ?  » On l’aurait battu cette Judy Richards.

Hier soir, à 21 h, à ARTV, l’actrice Susan Sarandon ‹inoubliable dans  » La dernière marche  » avec Sean Penn‹ a montré beaucoup d’intelligence et aussi beaucoup de modestie. Cette star a parlé de son métier sans théorisation. De la télé qui comte. C’est bien rare.

Chez la Bazzo, hier matin, Marie Laberge, comblée du bonheur d’avoir un vaste lectorat, dit qu’elle ne pourrait jamais parler d’elle. Pudeur, discrétion, orgueil ? Nous sommes aux antipodes, Marie et moi. On sait que j’aime bien parler de moi en espérant, ‹toujours‹ que je ne suis pas si différent des autres et que je sers d’éveilleur ( de quoi donc au juste ?) quand je livre des pans de mon existence. Quand je lis des autobiographies ‹et j’en lis beaucoup ‹ c’est ce qui se passe. Ah, il réagit ainsi !, oh, il apprécie cela !, tiens, il déteste ceci ! On ne cesse de comparer nos vies, non ?

Quand j’ai publié ‹1987-1989-  » Pour tout vous dire  » et puis  » Pour ne rien vous cacher « , mon journal de ces années, plein de chauds applaudissements dont le témoignage, emballé, du journaliste et scénariste de télé, Réjean Tremblay. Jean-Pierre Guay, de Québec, avec ses tomes de journal, m’avait donné le goût, je n’avais jamais lu du journal alors. De personne. Maintenant évidemment, oui. Beaucoup. Dont celui de Cocteau, vous le savez.

Aveux de regrets, de remords accablants, à la télé d’hier, le poids effrayant d’un homme qui a tué un piéton ! Avertissements sans cesse, partout, en cette époque  » des dangers de conduire en état d’ébriété « . Je me souviens d’une  » cuite « , fête d’avant Noël à CJMS, 1993, de mon retour imprudent chez moi.

J’aurais pu me tuer. Tuer quelqu’un. Je buvais beaucoup trop de Pernod et de Campari en ce temps-là. J’avais repris conscience le lendemain. Ne plus voir du tout comment, par quel chemin, j’étais rentré ! Connerie totale. Je ne bois plus q’un peu de vin rouge à l’heure du souper.

Dans Le Devoir de ce matin :le mystère Gaston Miron. Un texte de son ex-compagne, prof à Laval, qui fait la publicité dune édition à venir. Cet animateur et poète, sans écrire bien longtemps, ni très souvent, a réussi à se construire un socle solide. Miron était louangé, fêté souvent, vénéré par plusieurs, glorifié même, il était habitant, chaleureux, bavard, grand voyageur,  » branché  » aussi, grouillant, patriote, paysan, cultivé, désintéressé, gigueur Il fut mis en prison en octobre 1970. Avec les  » cinq cent  » soupçonnés des polices obéissants à la  » liste noire  » des excités névrosés.

Oui, il y a un mystère Miron, cet  » homme rapaillé  » écrivait parcimonieusement !

Je tourne les pages et hop! Surprise ! Voici une photo de mon petit dernier bouquin,  » Je vous dis merci « . Le Cornellier m’arrose de louanges, glissent quelques bémols. Un papier fortifiant, somme toute. J’éclate de rire ! Cornellier juge la couverture  » vulgaire  » et déplore que moi,  » l’artiste  » spécifie-t-il, j’aie laissé faire l’éditeur Stanké. Alain a dû rigoler ce matin car c’est  » mon  » idée ce bonhomme en salopette, au soleil, qui barbouille un mur de briques d’ un lettrage coulissant. Je voulais faire simple, modeste, joyeux aussi. Pas  » vulgaire « , monsieur Cornellier ! De gustibus

Pierre Morency, un poète de Québec :  » Voir un cardinal, c’est voir du feu sur la neige !  » Parfaitement. Dit excellemment. On a en a vu un couple récemment sur la galerie. Bouches ouvertes derrière notre porte-patio !

Étrange d’écrire ici : c’est publié, édité, aussitôt écrit ! Ça change tout, c’est différent du journal qui est publié un an plus tard. J’approche autrement anecdotes et éphémérides forcément.,

Je sais que c’est lu au fur et à mesure quoi. Ça me fait drôle.

L’une chante :  » je voudrais voir la mer  » moi, je chanterais:  » je voudrais voir ces régiments de soldats, grandeur nature, en terre cuite, déterrés à Xian dans le Nord de la Chine. Quelle vision cela doit être, non ? J’en parle parce que le journal y fait allusion ce matin.

Je corrige mais tard : c’est Marie Brassard, et non Chouinard, comme je l’avais écrit erronément ici, qui jouait, à l’Usine C, ce travesti androgyne mystifiant (qui se masturbait en scène). L’autre est une chorégraphe vantée qui se produit ces jours-ci.

Je n’en reviens toujours pas de ces 600 visiteurs et de tous ces aimables correspondants sur mon site d’ordinateur. Décidément cette invention est incroyable. Je ne pensais pas vivre une telle expérience sur  » mes vieux jours « .

Nous allons aller bouffer tantôt, une fois de plus,  » Chez Grand-pa « , à Val David. C’est un bistrot sympathique, patronne accorte, émigrée de France. Un été, j’y rencontre Vigneault. Nous revenions d’un séjour sur sa chère Côte Nord et je lui dit mon grand étonnement d’avoir constaté l’eau si chaude de  » la mer Saint-Laurent  » en face de chez lui. Gilles me dit :  » N’en parle pas trop, mon vieux, on veut pas trop de touristes, pas de Mc Do et Cie.  »

Par la fenêtre, en face, par dessus le lac Rond, l’hôtel Chantecler s’illumine. Mode d’éclairer les bâtiments. En clignant des yeux on peut s’imaginer Chenonceau,  » le château des dames  » sur la Loire.  » La nuit tous les chats  » La nuit on peut prendre une vessie pour une jolie lanterne. La nuit, ici, aura maintenant de joyeuses lueurs multicolores : guirlande de lampions électriques devant ma porte. J’ai installé la panoplie, habituelle, comme tout le monde.

 » Je le fais pour les enfants qui vont venir au Jour de l’an « , dis-je à Aile. Elle sourit. Sacré menteur : chez nous, rue Saint-Denis, il n’y avait rien, pas assez riches les Jasmin. J’en rêvais de ces chandelles électriques dans les parterres comme chez le voisin, notaire ou médecin.

Eh oui, on passe sa vie à compenser, à composer, à réparer, à soigner  » cette blessure, l’enfance, qui ne cicatrise jamais « , les mots de la grande Colette.