SUR LUCILLE !

Elle était l’aînée et sera sacrifiée au destin du temps jadis. Mes parents l’ont vite sortie de l’école « la plus vieille ». Qui n’avait que 15 ans !

Maman attendant son sixième enfant, il lui fallait de l’aide. La « servante », adolescente Gaspésienne logée, blanchie, nourrie, fini, terminé, trop cher pour le modeste budget familial. Lucille sembla heureuse et deviendra volontiers cette « deuxième mère ». Détestée parfois : « Quoi, tu nous donnes des ordres, pour qui te prends-tu ? », on rechignait. Mais, souvent, nous étions si contents qu’elle soit là, maman partie pour ses courses quotidiennes, quand on rentrait de la ruelle pour faire soigner écorchures, éraflures, ces genoux sanglants !

Lucille nous aimait, comme « une mère », comme si nous étions ses petits enfants. Elle avait du temps, moins débordée que la vraie mère. Gratuite « jardinière » autodidacte pour les jours de congés, les dimanches pluvieux ! Jouant avec nous au parchesi, bingo, jeux de cartes enfantins, serpents et échelles, etc. Sa patience, meilleure que celle de notre mère.

Vieux, ne l’avoir jamais remercié ! J’ai eu quinze ans, j’étudiais au collège pensant devenir avocat, je n’avais plus besoin de cette précieuse « seconde mère »…. Lucille nous quitta, amour, mariage, définitive séparation de nous tous pour aller jouer à la « vraie mère », d’abord un fils, puis deux filles. Enfants bien à elle.

Beaucoup de temps passa. J’ai illustré « Lucille-l’aînée » en 80 dimanches soirs sur les ondes de Radio-Canada (sept.1974-juin1976). Une « Lucie » incarnée par la jolie Louise Laparée, aussi son René, en ce vif « Roland » de Michel Forget—, ouvrier chez Canadair. Nonagénaire, Lucille —veuve depuis peu— vit heureuse dans son cher Chomedey, à Laval.

Je viens de lire un vieux magazine (ô attente chez un médecin !) où Gabrielle Destroismaisons déclarait sortant de chez le psy Corneau télévisé : « Dur d’avoir été l’aînée. L’influence obligée sur les plus jeunes. Oublier ses besoins personnels.. Être sur-maternelle avec soeurs et frères. Devoir vieillir plus vite. S’arranger toute seule, s’imaginer que seuls les plus jeunes ont davantage besoin de la mère ». Là, j’ai repensé à ma gentille « deuxième mère », privée d’école tôt pour faire la « bonne à tout faire » de maman. Fatalité des aîné(e)s des grosses familles d’antan ! Le chanteur Hughes Aufray en fit une jolie mélodie : « non, non, ne pleure pas, Céline», je l’écoutais remué. Lucille, tu recevras cette lettre ouverte et, je te connais va, tu vas te demander pourquoi te dire « merci ».

LA RIALITI

Un principe trop dur ? Ma mère parlait : « Mon p’tit gars, on a des principes dans note famille ! » Je grognais. Il y avait les vertus et les vices, mais quoi ?, des principes ? Rimbaud, le précoce jeune génie de Charleville, écrit : « Je suis rendu à terre avec un dur devoir à étreindre, la réalité. » Et il va s’exiler en marchand au Harrar africain. À jamais. Ces temps-ci, discussions partout sur « payer ou pas payer pour ses accidents, sa santé » ? J’explique souvent à mes petits-fils rêveurs (normaux quoi ) cet inévitable principe, l’emmerdant (?) principe de réalité. Il y a des riches et des pauvres, des plus ou moins intelligents aussi. Il y a inégalité dès la naissance. Maudite réalité.
Lafontaine, génial fabuliste : « Selon que vous serez puissants ou misérables… » Eh ! Vieillir un peu lucidement, acquérir de la maturité, c’est cela : accepter comme incontournable le principe de réalité. Bonjour M. Freud ! Les psychiâtres se débattent avec les névrosés et les psychosés : comment leur inculquer ce sain et terrifiant principe. Oui, oui, les riches, avec utile réseau de contacts, savent où l’on peut « passer vite » en cas de maladie. Scandale que cette autre clinique « pour riches » seulement, avec cartes de crédit nombreuses ? Adieu à leur « carte–soleil » ? C’est bon pour vous et moi, le monde ordinaire. Palabres vains en médias si l’on persiste à ignorer la réalité. J’en sais un bout, jeune gauchiste bon teint, je refusais ce principe, criant partout : « Liberté, égalité ! » Seigneur Dieu, l’égalité ! Si la tendance se maintient : il y aura toujours des privilégiés parmi nous. Les autres, prenez un numéro et attendez. Les travailleurs, les salariés…es « artisses ? ,itou ! Rares sont les « prêtres » en médecine, sacerdoce laïc des temps anciens. Foin de la belle grande vocation humanitaire, la médecine. Hippocrate bafoué ? Du calme : beaucoup y sont pour le fric, en clair, les piastres. La réalité encore. Oui, oui, certains, instruits avec notre argent public, s’exilent même aux USA. J’en connais. Deux petites décennies là-bas, avec les riches malades amerloques, et ils nous disent qu’il retraiteront, at home, au Québec, revenus bourrés de fric. La maudite réalité. La loi du « répondre à la demande… des riches ». La médecine, un commerce, un marché ? Oui. Comme tout le reste de la vie réelle et cela depuis l’aube de la civilisation, depuis Assur, Babylone, bien avant Jésus. Ce premier audacieux prédicateur de l’amour et de la bonté, lui et son sermon dit des « béatitudes », insensées tous ces « Bienheureux les pauvres ». Merde ! Le Nazaréen ? Crucifié-le. Et silence partout !
Je veux que mes petits-fils tiennent compte du principe encombrant : « Le monde est ainsi fait et je dois y faire face ». Ensuite, essayer d’aplanir certaines inégalités, des injustices, cela sans s’abuser car on vient au monde dans l’inégalité. Il y a les héritiers sans mérite, il y a les nés-doués, les intelligents donc les débrouillards et, aussi, des profiteurs.Tous ces chanceux du sort veulent, le plus rapidement possible, posséder tous les atouts de leur chance. Chance :hasard cruel, loterie funeste qui installe partout un favoritisme fâcheux. Ainsi va la vraie vie, la réalité.
Hegel, Marx et Lénine, intelligents, humanistes, voulurent corriger cette « dure réalité », on sait maintenant l’illusion fatale, l’effrayant totalitarisme —obligatoire et involontaire ?— né de ces espoirs. Accouchement de prisons, des goulags soviétiques aux geôles du Cuba de Fidel Castro, terribles « forceps dogmatiques, idéologiques », d’esprits généreux virant en tyrans despotiques. Ignorants, tous, du principe de réalité. Je le dis souvent : il faudrait mettre l’être humain sur un fameux « billard » et l’opérer. Changer l’homme, vaste programme, M. de Gaulle ? En 2004, il n’est plus permis aux démagogues de prédire aux malchanceux du sort « des lendemains qui chantent ». Non, M. Fukuyama, ce n’est pas « La fin de l’Histoire » que la chute de l’URSS en janvier 1991. C’est la continuation, ce fut « le retour brutal du refoulé », n’est-ce pas cher Sygmund Freud.
Nous sommes tous…en Occident comme en Orient, —en Inde et en Chine comme on le voit— rendus à terre avec un dur devoir à étreindre, la réalité. Si le cancer ne l’avait pas tué, le jeune défroqué de poésie géniale, allait s’enrichir davantage, déjà à 35 ans, il recommandait (voir sa correspondance) sans cesse à sa maman, de bien enregistrer ses placements d’économies. Alors, imaginez un Rimbaud, cheveux blancs : de son coquet château parisien, il roule en Hyspano vers va « une clinique pour riches ». Il n’a plus le temps d’attendre dans ces urgences encombrés avec le peuple. La réalité !

ÊTRE AUX OISEAUX !

Un album excitant, émouvant, bouleversant même : « Les oiseaux et l’amour » de Léveillé. Enfant, dans Villeray, les oiseaux c’était des « moéneaux ». Point final. Aucun intérêt. Même en vacances l’été, au bord du lac des Deux Montagnes, on se fichait carrément de la gent ailée. L’enfant n’a pas de temps à perdre à observer ces « tites » bêtes au-dessus de sa tête. On joue, bon ! J’ai fini par apprendre qu’il y a l’ornithologie, des observateurs pour qui « les oiseaux » c’est une passion. Dans mes chers Laurentides, j’ai fini par mieux les voir, les distinguer et m’y attacher énormément.
Or Jean Léveillée, un médecin et un excellent photographe, publie 175 pages remplies d’ailes, avec ses écrits explicatifs. C’est un album qui vous jette dans… l’extase. Ce Léveillée a fait le tour du monde avec sa compagne pas moins passionnée que lui, des jumelles et un appareil photo. Son album, en couleurs vives, est un ravissement. Ça part avec le colibri, l’hirondelle, le bruant, le cormoran, la grue, le huard, etc. Ça se termine avec le fou de bassan, le macareux, le balbuzard, la tourterelle, le pélican, le paon et le canard colvert, etc.
Je garde son bel album à la portée de la main et je m’y replonge sans cesse. Ce « Les oiseaux et l’amour » (aux Éditions de l’Homme), c’est 175 pages sur la beauté ailée et ses amours. Au milieu des chamailleries, des scandales des actualités, la beauté fait du bien. On admire ces confondantes réussites naturelles et cela calme. Au dessus des chimères nauséabondes des terriens, il y a donc ce ciel peuplé de petits êtres, ils sont si vivants, si légers. Ce peuple du ciel offre à ceux qui s’en donnent la peine, une joie totale, un formidable plaisir des yeux qui effacent nos tracas communs, éloignent nos petits et graves chagrins.
Il y a peu, au milieu des collégiens, à Joliette, j’ai osé donner deux leçons pour vivre vieux (car « voler c’est pas bien ») : garder intact sa faculté d’indignation. Garder intact sa faculté d’émerveillement. Oui, vieillir —et cela peut arriver à vingt ans hélas— c’est accepter en silence complice les petites et grandes horreurs des pouvoirs établis. Vieillir prématurément c’est aussi perdre la faculté d’admirer, de s’émouvoir en face des beautés, et des réussites, qui nous entourent.
J’ai donc fini par mieux savoir que parmi les beautés de notre environnement, il y a les oiseaux. Vous, Jean Léveillé, voyageur passionné, ornithologue emeritus : merci mille fois ! Procurez-vous cet album en images, « Les oiseaux et l’amour » c’est un puits inépuisable qui va vous réjouir le coeur. Et les yeux bien entendu. Un bréviaire essentiel, l’évangile précieux d’une vie étonnante, celle de la gent ailée qui se déploie insouciante, comme à l’abri de nos futiles querelles terriennes. L’amour triomphe à chacune des 175 pages !

Ma soeur.

J’ai grandi entouré de filles; j’en avais cinq de soeurs ! Mon unique frère, Raynald, m’avait pour modèle et, parfois… repoussoir. Un « grand frère » c’est un instrument de mesure pour un cadet, je n’en avais pas. Mais j’avais une « grande soeur », Marcelle. Je la suivrai :excursions en bicyclette, savoir plonger, nager, bronzer à l’« île aux fesses »; chaque lac de villégiature en avait une. Ma prof aussi quand viendra le tempo-jitterbug, le temps du boogie-woogie aux dancings de nos étés. Marcelle sera l’initiatrice pour « comment devenir un ado-à-la- mode ». Marcelle n’avait pas froid aux yeux, elle était très sexy, première à Pointe Calumet à porter un maillot bikini. Partout on la draguait. Je jouais l’entremetteur —popularité garantie— facilitant aux prétendants énamourés des rendez-vous. Ses galants miellisaient avec moi. Marcelle était moderne ! Ma mère inquiète entendit une commère :« Marcelle, votre délurée s’épivarde de trop, au Parc Jarry ? »
Une certaine année, fatalement, s’amena « le grand amour ». Celui chanté par Michel Rivard : « Méfiez-vous…il rôde un peu partout… » Rencontre d’un bel adonis, un Roméo pétant de santé, Yves ( mort il y a peu, je l’ai lu dans le journal). Ce Yves fut un terrible fracas. Venu de Rimouski, ce séduisant dessinateur de vingt ans, bien payé, chambrait juste en face de chez nous. Je l’admirais, rires éclatants, allures si libres. Je l’imitais, je me vêtais comme lui. Et puis il avait un belle bagnole. Avec laquelle, l’infidèle de Marcelle draguait volontiers. Il m’aimait bien, moi l’étudiant fauché du collège Grasset; j’avais seize ans et rien dans les poches.
« Piquée » à mort par ses dards, Marcelle enrageait quand Yves me ramassait pour aller danser et fleureter : talles fabuleuses au CEOTC rue Berri, le samedi, aux « Latins », le jeudi soir, plus tard, aux clubs-de-nuit. Yves, avec des copains à lui, m’amenait souvent « camper » en week-end, à Plattsburg, vaste plage, lac large comme une mer, dancing là-aussi; s’y sentir comme en voyage à l’étranger. Marcelle fulminait car on peut dire
que ce fut « le-grand-amour-de-sa-vie », termes du roman-arlequin. Je devenais le go-betheen, celui qui bavarde aux « Qu’est-ce qu’il fait ? Où il va ? Avec qui il colle ? » Tiraillé, j’aimais pas trop ma trahison mais j’aimais Marcelle, l’initiatrice en tant de domaines. J’osais jouer l’espoir : « Yves va te revenir. Unetelle ? Bof, une passade. Il m’a encore parlé de toi hier. Il s’ennuie de toi au fond. Il va te revenir, il va vieillir. »
Avec le temps —non, « tout s’en va pas », Léo Ferré !— ce fut pire tant elle l’avait dans la peau. Comme chantait Marjeanne. Un soir, le beau Yves venu s’acheter des croustilles au resto de papa, ce fut la bataille, becs et ongles… L’infidèle avait voulu ronronner sur le balcon. Une furie. Cris ! Coups ! Injures : « Mon maudit insignifiant de play boy volage ! Mon saudit salaud d’écoeurant ». Témoin malheureux, lâche, je ne savais plus où me réfugier. J’aimais Yves moi aussi, compagnon des balades en char. Yves rentra chez sa logeuse les deux joues en sang.
Le temps coula, ils re raccordèrent, se re-divisèrent, se rabibochèrent. Hélas, Yves-le-libertin finit pas s’éloigner. À jamais. La plaie resta ouverte. Moi, je n’avais plus besoin ni d’Yves, ni de ma soeur. Tard, un soir, solennelle, ma mère qui sentait tout (mais avait-elle été avertie par un coup de fil ?), me dit : « Fais attention ne fais pas pleurer les filles, car tu le regretteras mon p’tit gars ». C’était mon tour ?
Marcelle, enceinte, épousa un gentil voisin rêveur et habitera au-dessus de chez nous, secourant parfois son frère, moi, le bohèmien anxieux de son avenir. Elle eut, comme dit le conte, de beaux enfants, trois garçons, mes chers neveux. Trente ans après « la bataille », en 1986, au studio 44, pour « Avis de recherche » animé par Gaston L’Heureux, surprise ! Qui je vois arriver sous les projecteurs avec ses beaux sourires, sa démarche de fauve racé ? Lui, « le beau Yves », 60 ans, toujours radieux. Marcelle était là et je l’observais. Elle avait un petit air bizarre. Ils se firent des bises polies. Moi, dans mon coin, je revoyais les coups de pied, les cris, les joues en sang et j’entendais la toune de Michel Rivard : « Méfiez-vous du grand amour… »

21 mars 2003

Vendredi 21 mars, il pleut des bombes sur Bagdad et je rentre de Paris et de New-York. Mais oui, lire c’est voyager. À Paris ? Lu « D’amour » ( 219 pages, Gallimard éditeur), terrifiant récit par Danièle Sallenave. Une jeune bachelière follement éprise d’un aîné, homme marié —amateur d’art classique— incapable de quitter femme et enfants. Affligeant récit d’une fin de la liaison. Elle a les mains vides. Lui ? Vers 65 ans, enragé de vieillir, se tue. Que de tourments, de quêtes de ses visites —et/ou brefs voyages. Sallenave —façon Annie Arnault— écrit sans afféteries. Il y a —en parallèle— la mort de tante Odette. Une mondaine hantée par la vieillesse, comme son « homme marié ». Odette se jettera devant son train de banlieue.

– À New-York ? Krauss et McLaughin, deux étudiantes baby- sitters, racontent une famille « truquée » (Sartre). Des multi millionnaires, vaste penthouse en face de Central Park. Un récit-journal terrifiant que ce « Nanny » (343 pages, Albin Michel éditeur ). Il révèle la vie tragique du fils unique, Grover. papa banquier invisible, maman ultra mondaine se sauvant sans cesse de lui. L’horreur tragique d’un enfant enterré vivant sous les multiples pressions de la « jet society ». Congédiement brutal de la Nanny. Seul lien d’affection du « gardé ». L’enfant est perdu ! Récit qui a connu un succès foudroyant aux USA et je sais maintenant pourquoi.

Dimanche, 23 mars, hier, vu « The hours » à Saint-Jérôme, excellent film. Trois femmes névrosées. Un lesbianisme de compensation ? Troublant récit installé à partir d’un roman de la dépressive et célèbre auteure bourgeoise, Virginia Woolf. Ce soir, à Hollywood, le 75 ième « bal » à strass et paillettes, remise des « Oscars ». À moins de « trop de morts américaines », il aura lieu.

-Chaque fin d’après-midi, un « quatre à cinq » de commérages dans la file des acheteur de l’École hôtelière d’ici. Moi, je lis. Mes oreilles s’amusent de tant de méméring charmant. Hypocrite, l’écrivain y glane de tout. Une bavardeuse me dit : « On vous dérange pas trop ? » On rit. On rit moins quand s’ouvre la porte. Hélas, avant 17h, des étudiants, des profs, des employés du lieu (normal) ont enlevé les meilleurs lots ! Simples péquenots, on a droit… aux rares restes. Il reste des miettes ! Certains grognent. Un comptoir-tricherie au fond et qui ne devrait plus durer bien longtemps.

Mardi 25 mars, je sors du studio 45 (« Tous les matins »), un avion file vers l’est, bas. Grondement. Je songe au ciel iraquien. Le journal de ce matin : « plusieurs soldats US ont entre 18 et 20 ans, un colonel a 25 ans » ! Je revois sas cesse le visage angoissé d’un jeune prisonnier. « Je viens du Nebraska ». « Pour tuer des Iraquiens ? » dit une voix iraquienne. « Non, je suis un employé de maintenance ». C’est clair, ce ne sont pas des gosses de riches, venus de Harvard, de Princeton ou du MIT. Comme un beau-frère (Pierre), un neveu (Claude), ce sont des jeunes se servant d’un job dans « les Forces » pour pouvoir étudier un peu plus longtemps. Voilà ces enfants expédiés en Orient, aux mains des « méchants ». Inoubliables ces jeunes visages tourmentés, anxieux. Tous rassemblés aux portes de Bagdad maintenant et ce sera la mort pour combien d’entre ces enfants ? Son Oscar (mérité) à la main : « Honte à vous W. Bush ! », a crié Michaël Moore. Devant des centaines de millions de téléspectateurs du monde entier ! Les huées venant de « patriotes assis » en smoking. Oui, le jeune visage énervé du soldat me hante. « M. le Président, si vous voulez du sang, allez verser le vôtre », chantait Boris Vian. À la Maison blanche, dans son confortable bureau ovale, le Président Bush lit la Bible et joue aux dominos. Écœuré, je suis !

Journal – 27 Décembre 2002

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Hier, avant-hier aussi, le beau soleil, voici un vendredi sombre pas mal, pas grave, mais hier midi, un spectacle rare alors que nous montions en laurentie, le ciel en deux vastes sections, au loin un bleu pâle parsemé de nuages pourpres, presque noirs, et, plus proche, firmament d’un bleu royal, très saturé, avec des nuages d’un blanc immaculé, stimulant paysage céleste à deux voûtes dissemblables, tout roule, sommes sur une boule, l’oublier sans cesse, tout roule, jeu de bascule des jour, oui tout roule, l’an nouveau s’en vient, tout roule, 2003, paf, coup de pistolet, de départ, mercredi qui vient, vu à la télé mardi soir le pape agonisant sur son autel au vatican romain, temple sur-décoré, aile fort émue de ce petit vieux en blanc, incapable même de lever le calice symbolique, on lui tient tout, le missel, le livre des épîtres et des évangiles, image d’une caméra fureteuse, une belle romaine en train de bailler à pleine bouche, oh !; le lendemain, noël et pas de journaux, malaise, drogue absente enfin, je termine le document-magazine sur nietzsche, bon débarras, un réfléchissant mystérieux, une pensée se voulant décapante, novatrice et, au fond, des idées aventureuses, un programme fou sur le volontariat, la recherche d’une puissance insolite, superman non, me retenir de juger trop vite n’étant pas du tout familier avec ses livres, juste le sentiment d’un grand inquiet qui méprise au fond ses entourages, qui voudrait réformer radicalement l’homme, une prétention valable certes, il finira fou, à jamais interné dans ses condamnations, rares sont ceux qui sont aptes à un tel brassage des convenances, des héritages accumulés, ambition démesurée qui mène à des potences, des prisons, à la folie, et, il y a longtemps, à la croix du christ

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avant noël, deux sorties nulles, l’ouvre boîte chez duceppe avec deux bons acteurs mais un texte qui vieillit mal, du sous-beckett, une soirée bien décevante, même inutilité de descendre à saint-jérôme pour ce « gangs de new-york » du cinéaste martin scorcece, faux documentaire bien rempli de coups funestes, de sang, de morts, gros paquets d’images, immense tas de figurants et un récit inchoatif très insignifiant, espérer mieux en visionnant « le rapport minoritaire » de stephen spielberg, plongée dans l’anticipation, nous sommes en l’an 2050, récit d’une brigade policière sophistiquée, d’un visuel étonnant, une histoire compliquée quand trois « voyants », plongés dans un bain capricieux, ont le don de prévoir qui va tuer et où, l’organisme policier baptisé « precrime » est, hélas pour ses promoteurs enrichis, faillible, oh, et l’on assiste alors à une conspiration pour stopper ses manigances, aile toujours excitée quand il faut décoder un récit complexe, son vif plaisir et, à la fin, une certaine déception, hier soir, « infidèle », un film loué encore, et, cette fois, une bonne vieille histoire classique, le triangle connu, le récit d’un coup de sang, du coup de foudre surprenant entre une jolie épouse de banlieue newyorkaise et d’un bel amant, avec une fin amorale illustrant le mari cocu en tueur du jeune séducteur qui ne sera pas puni, bien reposant pour les méninges que ce drame bourgeois bien ficelé

un certain gaston beauchamp nous a fait part, la presse, de sa fuite des fêtes rituelles qu’il honnit, il s’en va loin, au soleil et « adieu familles et cie », mon frère raynald fait cela désormais, son droit bien entendu, il est rendu loin, à l’île maurice, il a quitté l’afrique du sud, cape town, il vante le soleil, la bonne bouffe, il nous annonce son retour pour bientôt, encore parti donc sans prévenir, il a toujours été secret, indépendant, ce « petit frère » me reste une sorte d’énigme, à noël, aile et moi à « la cité de la santé », dans une chambre d’isolement, observant fernande en débat grave contre un cancer, chauve, pâle, elle fait face, le frère d’aile, jacques, tente le stoïcisme devant la fatalité, après, au souper à la dinde et cie, chez colette, ce sera le petit bonheur des gens en santé, le gros labrador noir innocent qui fouine sans cesse, les jasettes variées sur la vie qui…roule, le lendemain, promenade au soleil sur l’anneau-aux-piétons du lac, le soleil revenu, c’était noël dépassé et il n’y a que les enfants pour y avoir pris tant de plaisir, c’est la fête de la candeur et nous sommes vieux, vieux mais sereins, laisser le temps rouler

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hier, ai signé le contrat de VLB pour « tuer le temps », le tome deux du journal, signé aussi pour les arrangements du salon du livre de l’abitibi au printemps prochain, ai reçu de gentils méls pour mon conte de ckac, l’amie marie-josée au téléphone tantôt qui me dit l’avoir entendu dans la nuit de noël, en reprise et l’avoir apprécié comme, me dit-elle, les appelants en tribune téléphonique qui suivait, ce récit naïf du temps de l’orphelinat saint-arsène si éloigné de ce que je lis :on vend, au nevada, usa, des lots sur la lune, folie pure ou quoi, je songe alors à mon île à la baie james, baptisé « la petite patrie », oh, y aller mettre les pieds un jour ? folie pure, j’ai terminé le raymond queneau, une vie bizarre, le fantaisiste de son académie de pataphysiciens : « la grand guidouille », il était savant mais refusait carrément ce qui se nomme l’esprit de sérieux, le mathématicien-poète abonné de « l’ouvroir », de « l’oulipo », naviguait entre sciences et surréalisme, offrit à la juliette gréco une chanson célèbre, « si tu t’imagines… », et quoi encore ?, se fit scénariste de cinéma et, jusqu’à sa mort, « fleuretera » avec le catholicisme, allant encore à la messe vieux, imprégné des lectures spiritualistes de sa jeunesse, dont son cher rené guénon, comme lui, influencé par le grand confucius et la pensée mystique asiatique, bref, un bonhomme hors du commun

une fidèle correspondante internaute, sachant que je veux écrire sur un missionnaire exilé me recommande de lire, d’émile zola, « la faute de l’abbé mouret », je dois dire que ce projet de roman semble s’évanouir, oui, il ne me tenaille plus très fort et quand un sujet se ramollit, je le sais d’expérience maintenant, vaut mieux m’en éloigner et jeter mes notes au panier, j’ai plutôt envie de mes illustrations pour l’album promis par mon beauceron-éditeur, le goût, cette fois, d’images vraiment libres et sans me limiter à l’aquarelle, oui, j’y mêlerai tout, mine de plomb, sanguine, feutres, encre de chine, pastel, huile, tout et mon rené jacob sera épaté…j’espère

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mohammed lofti, animateur valeureux des « souverains anonymes », se débat avec moi car nous échangeons des méls, il vomit la notoriété, s’insurge contre les dany laferrière qui feraient un bien mauvais usage de la célébrité; je tente de lui expliquer que « les gens connus » sont victimes d’un effet et que la cause de cette notoriété, si funeste aux yeux des lofti, est leur talent et non l’inverse, il me fait rire quand il dit « fuir comme la peste la notoriété », or, la célébrité, on ne la fuit pas, elle vous attrape que vous le vouliez ou non quand vos ouvrages sont reconnus; il y a chez les lofti une pose saugrenue quand, justement, aucune notoriété ne s’attache à eux puisque les lofti nagent en eaux de confidentialité; quoi?, il fuit ce qui le ne le poursuit pas ? c’est d’un comique non ?

avant noël, chez mon fils, pas de mon cher simon à Ahuntsic, ah les filles !, parti chez la petite amie, c’est inévitable quand nos enfants vieillissent, la maison se vide peu à peu, chez colette le soir de noël, pas de son cher Claude, une « blonde » à québec, eh !, je me souviens, à certains noëls, maman triste, ses plus vieilles parties fêter dans la famille du fiancé, ma crainte pour demain soir, à la fête de mon marcogendre, mes trois ex- mousquetaires y seront-ils ?, pas sûr, la vie roule, le temps roule; un internaute tantôt me narre qu’il fut contrarié par son enfant et son envie urgente de « pipi », lui qui rate, à regret me dit-il, la fin mon conte rituel à ckac, il ignorait le texte ici sur le site, il en est averti; je lis que Ricardo trogi, cinéaste à succès avec « québec-montréal », était gêné quand son papa parlait italien, il ajoute : « je l’ai appris plus tard pour comprendre aux fêtes familiales ce qui se disait », je me suis souvenu de la honte de mes petits camarades, rue drolet, quand les pères parlaient en italien pour les faire rentrer à la maison, cruel cette honte non ?, je ne comprenais pas cette gêne, enfant, j’aimais déjà cette langue, ce trogi ajoutera : « comme moi un jour, ils sont tous allés voir d’où ils venaient »; la vérité, la réalité : impossible de renier ses racines à la longue etc c’est bien parfait et cela fera suer les déracinés, tous ceux qui éprouvent une honte imbécile quand on veut causer « commencements, patrimoine, ancêtres, histoire, etc. »

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je me suis revu avec horreur à « tous les matins », la veille de noël, tentant à plusieurs reprises de faire taire mes petits auditeurs pendant que je racontais mon « alligator du lac gelé »; on vous a dit « tu as huit minutes, Claude, pas une de plus », le minutage horrible; avec mes petits fils c’était la liberté, mon bonheur de les écouter m’interrompre pour ajouter leurs inventions, des suggestions parfois, et je bifurquais volontiers, je joignais leurs spontané propos, ils collaboraient à l’édification de mes contes, ils me guidaient, j’y voyais un intérêt formidable, un besoin de corriger le tir avec des : « non, non, papi, pas de ça, on va dire plutôt que… », quel plaisir c’était alors; aucun régisseur de studio pour me montrer avec ses doigts : « quatre minutes, trois… »

on ira gueuletonner chez mimi lépine samedi soir, puis chez lynn-à-daniel, mercredi soir, jour de l’an neuf, aile toute heureuse dit : « c’est mon année de répit », on fait du chacun son tour par chez nous, or, hier soir, je lis un petit livre-guide pour voyageurs au mexique, bien fait, avec des conseils précis, me voilà rêveur, ah oui, partir visiter ce Mexique où nous ne sommes jamais allés, je m’empare alors d’un bouquin plein de photos —de larousse— sur ce pays, une bonne fois, une bonne année — hon! la tentation— plus de repas de famille en série, louer un véhicule de caravaning westphasia (?) de volkswagen, s’en aller parcourir les grandes villes mexicaines, vagabonder au soleil, de la caraïbe au pacifique, boire de la tequila, visiter les ruines précolombiennes; non, non, je ne pourrais pas, au fond, ces fêtes, encombrantes peut-être, sont le bon moment pour nouer un peu plus solidement les…racines, ces sacrées racines, ces racine sacrées… nous irons au mexique, aile, un bon jour, après ce temps des fêtes, des retrouvailles, promis… quand ?

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louis cornellier du devoir, séducteur habile, me donne le goût de lire « l’évangile selon pilate » du dramaturge connu éric-emmnkjel schmitt; cornellier écrit : « il a un génie inégalé », diable !, « une évocation d’une puissance renversante », diable de diable !; ce schmitt raconte judas, hérode, joseph d’arimathie, un jésus crucifié à mort qui aurait un double, un sosie peut-être… pilte se questionne, doute, cherche… le critique ajoute : ce pilate romain, pèlerin ébranlé, dont l’épouse s’est convertie secrètement … « offre une expérience dont le lecteur ne se remettra pas facilement », bonté divine !, faut le lire, non ? Piqué, je lis en finale que Norman Mailer aurait publié un tel « récit

bouleversant », titre : « l’évangile selon le fils » (chez pockett-2001) mais que cet « évangile selon pilate » (éditeur : livre de poche, paris, 2002), lui, subjugue », c’est dit, je me le procurerai…

7-

j’écoutais à la radio publique, cbf,fm, un beau parleur belge itinérant —la cinquantaine— qui racontait avec verve, innocent, inconscient— sa fabuleuse, selon lui, rencontre dans un restau avec l’acteur connu, burt lancaster; étonnante l’idolâtrie de ce « vieux tintin » face au cinéma américain, il va s’agenouiller devant l’idole de sa jeunesse, lui contera en détails sa filmographie, lui dira sa reconnaissance totale; le vieux lancaster ému, troublé même, lui donnera une belle longue dédicace, un souvenir —son chapeau— et lui fera une pirouette de cow-boy avant de quitter le restau; voilà mon petit belge, un intellectuel bien colonisé, complètement bouleversé de reconnaissance; j’ai jamais vu cela !, comme je suis étonné chaque fois quand j’entends un tel dévot des américaineries; la belgique fut, après la guerre, un chouchou des usa, c’est bien connu, dans ce petit pays —au fond, et en fait, colonie, province intellectuelle de la France, réticente, elle, à l’empire-usa— la puissance des puissances devait y dénicher une sorte de bonne volonté utile, la domination américaine s’y installait, pas seulement avec ses films; une déferlante face au grand chaos de l’après-guerre…viendra plus tard la « révolution tranquille » de sa majorité humiliée, les flamands et viendra une belgique menacée coupée en morceaux…

sur ce même sujet, j’expliquais l’autre jour à mon aile bien-aimée, une fatalité maudite : nos émigrants, pendant si longtemps, trop longtemps —portugais, italiens, grecs, etc.— se joignant aux anglais d’ici, une minorité pourtant; je faisais un parallèle, à Bruxelles, les émigrants ne se joignaient pas aux flamands pourtant majoritaires dans le pays, oh non, ils s’alliaient à la minorité régnante, dominatrice, les belges francophones; ainsi, imaginons la hollande comme une province allemande avec un bon noyau d’allemands à Amsterdam, les émigrants se joindraient à cette minorité allemande et négligeraient les hollandais…c’est inévitable; à montréal, nos nouveaux venus découvraient rapidement de quel côté était la puissance —économique, culturelle aussi— un continent entier était anglophone tout autour… l’émigrant, fragilisé toujours, songe à « l’avenir le meilleur » pour ses enfants; « cui cui cui », mon histoire est finie, elle illustre l’abandon généralisé —il faudra une loi, hélas, pour stopper l’hémorragie— de ces gens qui auraient dû —normalement, naturellement— se joindre à nous français d’amérique et ne le firent point

8-

aile revient du magasin public d’en bas de la côte morin, là où on vend l’alcool, foule, cohue, on donne une bouteille par achat de trois, elle parvient malgré tout, sans resquille, affirme-t-elle, à acheter son stock, pour chez lynn mercredi, pour chez mimi samedi qui vient, on a vu à la télé de ces foules furibondes envahisseurs de boutiques de toutes les tailles, on veut profiter des aubaines, mouvement moutonnier curieux baptisé « boxing-day », fou mais il m’arrive de me croire anormal ne participant jamais à ces vagues courantes, l’instinct grégaire, si fort au fond de nous tous, fait cela, on se questionne :pourquoi est-ce que ces modes répandues me laissent de glace ? suis-je bien incarné ? est-ce que je vis en… asocial ? je ne veux tellement pas me sentir différent de mon monde, de mes gens, de mon groupe, bêtise ?,

enfant, nous voulions le yoyo populaire, ou le bilboquet, le bolo à la mode, on va porter la casquette à palette… comme tout le monde, on va rire à des farces cochonnes idiotes ou racistes parfois, tout le mode rigole, pourquoi pas moi ?, faiblesse maudite, pour bien montrer son appartenance au groupe, le jeune résiste mal, bien mal, à se distinguer, à résister aux us et coutumes ambiants, c’est une loi, non écrite, personne ne veut se monter comme réfractaire à ce qui excite la foule, la foule des siens

j’ai vu parfois des nouveaux-venus, surmontant un certain dédain normal, une réticence louable, se fondre volontiers dans une mode niaise puisqu’elle allait se répandant et qu’il voulait tant montrer sa bonne intégration; il n’en va pas autrement face à cette rumeur confuse qui fait que, oui, oui, il faut absolument voir tel film, lire tel bouquin, regarder telle émission de télé, le plus souvent, je fais partie des méfiants et n’en suis pas toujours content car la fierté a ses limites, il vient un moment où l’on a envie —abandonnant ses airs rebelles, sa nature profonde de dissident— oui, où on a envie de se fondre, car il est bon, il es chaud, de faire partie d’une vaste famille, d’un vaste groupe, c’est un vieux besoin enfoui en chacun de nous, mais bon, je résiste et je résisterai encore et souvent aux diktats des « jet sets » mondains, je n’aurais pas dû aller voir « gangs of new-york » par exemple, on m’avait prévenu de l’inertie d’un récit mal mené, la putain de pub fait ces ravages, l’écœurante complaisance des (souvent jeunes) commentateurs fait cet ouvrage de « suiveurs », je n’aurais pas dû acheter le Rolin « si parisien », —« tigre de papier », comme je regrette d’avoir acheter ce tout récent livre du professeur Chassay, « l’angle mort », un roman bavard et si niais, si con, si emberlificotant et si nul, histoire sans colonne, invertébrée, que j’ai abandonnée vite, où le récit est noyé dans une affreuse diarrhée d’un logogriphomane fade, mais il y avait tous ces articles aux éloges mécaniques —dans « voir » surtout— ainsi ma chère aile regrette son achat du dernier john irving, « la quatrième main », disant : « j’ai négligé tant de bémols —avertisseurs utiles pour une fois— publiés un peu partout », que d’argent gaspillé, viande à chien ! oh, à propos, notre surprise, à duvernay, à noël, quand frère-pierre et sa colette nous révèlent n’avoir éprouvé aucune émotion, aucune, au film de binamé « séraphin », on se questionne, sommes-nous devenus des sentimentaux braillards, cette « donalda » sacifiée…jouée si parfaitement pourtant… mystère, de gustibus hein ?

9

émus hier au bord du lac voyant l’ami et voisin jean-paul avec sa soeur aînée en visite, tremblotante un peu, toute contente d’admirer le paysage d’hiver en laurentie retrouvée, son élocution heurtée, fragile, la voix de ceux qui achèvent de regarder un paysage aimé justement, vieillir, mourir, oui, oui, le temps roule vraiment trop vite…

10

aile monte , me dit : « pour fernande, ça va pas mieux, on va la vider de tout son sang, on va lui injecter de la moelle, je ne sais trop comment ça va finir, mon frère jacques en alarme, tu sais… », le temps roule tout croche pour trop d’entre nous…à noël, elle nous dit, assise raidement, poupée blanche, sur son petit lit d’hopital très mécanisé : « qu’est-ce que j’ai fait ? », le « pourquoi moi » fatidique; « non, fernande, tu ne mérites pas cela », personne ne mérite rien de mauvais, cette lancinante question quand on tombe, quand tombe le malheur sur soi —ou sur quelqu’un qu’on aime— ce terrible « qu’est-ce que j’ai fait », —sous-entendu :de mal— comme l’enfant puni sans raison, se sachant innocent, « pourquoi moi » ?; le temps roule de travers parfois, il roule tout croche pour ceux que nous aimons, victimes de malchance, peu importe la belle zizique à la radio, les tites lumières joyeuses pendues aux sapins ici, pendues aux balcons des maisons de ville, partout quand on roulait mercredi dans la noirceur, dans des rues si pauvres parfois…Éclate soudain tantôt à mon poste : « glo-ooo-ria… in excelsis deo… », si jamais on me laisse monter au plus haut des cieux, si jamais je rencontre ce Yaveh, oh lui, « l’éternel » ! Bon… me taire, redevenir modeste, aller lire cet « épître aux corinthiens » juste pour voir, pour savoir pourquoi nietzsche aimait tant ce vieux texte écrit d’abord en grec, tiens. !

Le mercredi 25 septembre 2002

Concert concept 7 arts-scènes Petite Patrie
Président d’honneur: Claude Jasmin
Musique: Luc de Larochelière + Le Grand Choeur Montréal
Expositions des aquarelles de Claude Jasmin
au profit de la Paroisse St-Arsène et la Maisonnette des parents
Le 14 octobre 2002 20h

1-
La météo se fait docile au calendrier. Dès le 22, temps frisquet. Sortie des blousons. Remisage des maillots de bain. L’automne officiel débute. Ce matin, comme hier, beau ciel bleu tout ennuagé et cette froidure dans l’air.
Coup raide sur la tête hier après-midi. Pierre Graveline (un de mes éditeurs) me dit : » non ». On ne fera pas, Claude, cet album espéré avec vos illustrations et la ré-édition de « La petite patrie ». Je ne lui en veux pas tellement. J’ai rêvé de trop ? Graveline m’explique, très aimablement, que leur maison (Sogides, Ville-Marie, Typo, etc.) n’a pas d’expérience en ce type de livre un peu luxueux. Ne croit pas à un bon succès de vente. Ce qui est probable. Qu’en « poche », pas cher donc, le livre fonctionne fort bien et que ça suffit. L’exposition et concert de Francine Ladouceur, lundi le 14, à l’église Saint-Arsène, rue Bélanger va se faire sans que l’on puisse promettre aux acquéreurs que leurs images seront dans un bel album édité ! Eh ! Je téléphone vite ce maudit « pépin » à Francine. Elle garde sa bonne humeur.

Il me reste quoi ? Cet artisan-éditeur, René Jacob, pharmacien et auteur, de Saint-Georges-de-Beauce. Il veut travailler avec moi. Il a édité des livres illlustrés de Clémence Desrochers. Il m’a fait parvenir hier des exemplaires ici. C’est joli. Bien modeste. Il n’a visiblement pas les moyens d’un Sogides, géant des livres ici. Je vais lui écrire.
Folie ? J’avais cru à une sorte d’hommage, de généreux « salut » à bibi, de la part de Sogides en me disant « oui » à mon album rêvé; après tout, « La petite patrie » comme « Pleure pas Germaine », rapportent bien des sous au… géant et depuis des années ! Tant pis ! Je me consolerai. Pas mon genre, de passer par dessus le directeur Graveline et d’aller brailler, protester, insister chez le PDG, Pierre Lespérance : « Sans coeur, vous me devez bien ça, etc. » Non. Je me consolerai.
2-
Demain matin, être au Musée des Beaux-arts avec un de mes tableaux et assister au lancement de la série télévisée : « Tablo » pour ARTV. Après filer avec Francine chez l’encadreur « un macaroni merveilleux », M. Bambino, à Montréal-Nord, avec mon portefeuille géant des 40 illustrations —à reprendre penaud, piteux, chez Graveline— de « La petite patrie » pour cette expo-concert du 14.
En fin d’après-midi, ne peux me rendre à l’UNEQ, rue Laval, pour le lancement des « Mardis-Fugère ». Hâte de passer sous cses fourches (caudines?) au Centre culutrel Frontenac, rue Ontario, est bientôt. Hâte aussi d’entendre la « divine Miller », notre Sarah à nous, lire mes textes.
Coup de fil au poète-graphiste Robert DesRoches, travailleur pour de « Les éditions Trois-Pistoles », à Montréal. « Ah, Caude, sais-tu qu’on va faire deux tomes avec ton journal. 800, pages en un seul volume, ça tient mal en reliure ». Bon, bon. Deux tmes…Hum, le lecteur va-t-il marcher là-dedans ? Ça ira dans le 40 piastres (20 tomates chaque brique !), je suppose pour mon « À cœur de jour ». Brrr….Peur !
Le mag « Âge d’or » me revient. Encore d’autres photos. Celle de la couverture du journal. Un « donquichotte » comique ! Des photos de mes tableaux…Ça m’énerve. Fixer des dates. Une heure. Prise de sang urgente pour voir si mon méchant cholestérol diminue. Denturologue bientôt. Ouf !
3-
Mon Marlou-Marleau me couriellise :il m’a vu faire le comique ave Paul Houde chez « Tous les matins », vendredi. Il s’est bidonné. Il joue l’épaté. Veut me rédiger des textes de « stand up comic », dit que j’ai (encore) de l’avenir. Il me nomme : « polémicomique » ! Ô le tannant amusant !
Hier, rentrés de Montréal, Aile et moi, au soleil intermittent, sur la galerie, défrichons des journaux en retard ! Une tonne. Dans « Voir » Martineau cogne et s’enrage sur ceux qui, comme moi, souhaitent l’uniforme dans les écoles. Il est dans les patates avec ses « l’injustice est là pour rester, l’uniforme ne cachera pas l’injustice (enfants riches et enfants pauvres) des classes sociales »; à la fin, en jeuniste odieux, il tonne… « que les vieux voient à leurs dentiers et fichent la paix aux riches parents de jeunes écoliers ! » Puant ! Tout le monde vieillit et il lui faudra, à lui aussi, des prothèses …comme les miennes ! Cependant, plus haut, il dit que les parents ne savent pas dire « non » aux caprices des petits gâtés-pourris. Là-dessus, je le suis à plein ! La peur idiote de ne pas se faire aimer de ses mômes est néfaste. L’enfant a besoin de cette sévérité pour se construire, savoir au pus tôt qu’il devra se débattre sans cesse dans la vie réelle pour assouvir ses…caprices. C’est formateur.
Hier midi, visite chez mon audioprothésiste (ô prothèse maudites, nauvrage du temps, vieillir !), rue Fleury. Prise de moule de mon creux d’oreille. Quoi ? Ce sera 2,000 piastres, viande à chien ! Hier après-midi, Aile : « T’as pas envie de fouiller de nouveau le rivage pour retrouver ton bidule, non ? » Non ! Téléphone le matin de la « Great-West », assurances de la CBC-SRC : « On vous donnera 250 tomates pour cette perte ». Merci bin ! « Maudite marde », disait Angèle Coutu devant son ostin-de-beu d’époux.
4-
Lundi, un « 5 à 7 » bien lourd rue Saint-Laurent dans ma chère Petite Italie. Inauguration du presbytère (ex-Saint-Jean della croce) pour « La maisonnette… » de Sœur Gagnon. Plein d’officiels. Échevins, députés etc. 15 discours en ligne ! Ouash ! Magnifique local pour les démunis (mères et enfants) de « La petite patrie ». Dire que quelques célibataires en robe noire disposaient d’un tel vaste chic manoir ! Honteux ! Le lendemain de ce pesant cérémonial, studio avec Houde et Bertrand. Je raconte le faux trésor de pirates imaginaires enfoui au parc de la Visitation. David, l’aîné de mnes cinq petits mousquetaires, me dira en riant, il a maintenant 20 ans : « Ô papi, tous les mensonges que tu nous a raconté, ô ! » Toute l’équipe vient me féliciter par la suite. Un jeune chroniqueur (spots) se colle, se penche sa tête sur mon épaule :il me veut en papi menteur ! Il attend un enfant et me dit : « vous venez de mettre de la grosse pression sur mon père, futur papi ! » On a ri. Croisé : Jacques Boulanger, vieilli et rsté jeune, France Cael, toujot de belle humeur, Louise Forestier. Elle fera « les livres ». Ayant donné dans ce domaine, je lui donne un conseil : « Ne jase pas trop du contenu d’un livre que personne n’a lu encore. Parle de l’auteur, pique la curiosité et ensuite, tu « plogues » son livre récent ». Le public de la télé n’est pas librairomane forcément. Contente de mon avis, semble-t-il.
Mardi prochain je veux raconter le grands bonheur des « farces et attrapes » sur les enfants.
La bonne petite bavette saignante, aux échalottes, à La Moulerie hier soir. Ils ont installé de gros becs à gaz dehors ! Réchauffement garanti de leur terrasse.
5-
Quand je promène nos visiteurs, je montre l’ex-demeure du papa de Claude-Henri Grignon, mon ex-voisin. Aussi, en arrière, la maison pour les garçons qui ne s’entendaient pas du tout avec la belle-mère. Le tunnel pour communiquer avec le père du « père des Belles-Histoires », un puissant agent des terres (comme Séraphin !), gros marchand dans l’immobilier. C’est devenu « Hudon-fleuriste ». Boutique utile fameuse que je ne fréquente pas assez. Pauvre Aile ! Mon voisin Maurice a transformé, lui, l’ex-maison du notaire du Docteur Grignon (Le potiron), conservant les pièces montées sur mortier.
Chez Lattès éditeur, lu un livre vivant sur la mort vue de près. « Pompier de Manhattan » de Richard Piocchiotto, est le récit candide (et bien patriotard) d’un rescapé miraculeux de l’effondrement que l’on sait. Lecture étonnante. Instructive sur un « simple » new-yorkais ordinaire. Hier soir, chez Thierry Ardisson, un autre rescapé —businessman venu de France— du 11 septembre, parlait du même sauvetage. Effrayant voyage au bout de la nuit ! Il a cru devenir fou ce matin-là. Il en a fait un livre : « 47 ième étage ». On a revu Marc Labrèche faire sa fausse « fausse-entrée » en studio Et on a pu constater la censure du bonhomme Ardisson. Plus de « j’ai de trop grosse fesses », plus de « ah, vous baisez moins qu’avant monsieur Ardisson ? », etc. Tripotage du ruban !
Des choses vues nous hantent. Ainsi, je repense à Claude Jutra. Brillant « fils à maman ». Père médecin. Mère aimée mais veut s’accaparer entièrement du son fils prodige. Homosexuel non assumé. Le film de Baillargeon, télévisé, y faisait des allusions claires. Un jour, accident grave, « en vespa », dommage collatéral à venir ? On ne sait trop.
Cette mère « dérangée », Rachel, rencontrée jadis. J’avais vingt ans. Elle m’achetait un joli « service de terre cuite » —carafe et des gobelets en grès bellement émaillé—, un premier achat pour l’élève qui achève son cours de céramique. C’était à la galerie —prestigieuse— d’Agnès Lefort, rue Sherbrooke près de Guy. J’étais pas peu fier. Les Jutras étaient reconnus comme « collectionneurs d’art » réputés. Pourtant, je regrettais cette vente car j’ aimais mon service à liqueur fine. On ne parle jamais de l’attachement du créateur à ses produits. Cela existe bel et bien, vous savez. Fou non ? J’aurais bien voulu le garder pour moi.
À cette même (1950) époque, les designers (exilés de France) de la rue McKay, Guenters et Villon, m’encouragèrent aussi en m’achetant quelques pièces de céramique. Je me disais : « ça va marcher mon affaire. J’aurai des tas de gros clients un jour. » J’ai déchanté et vite. L’échec de l’écurie-atelier de Sainte-Adèle (1951). Sans « La Roulottte » de Buissonneau (1952), serai-je devenu un de ces nombreux artisans-quêteux ! Longtemps ? Ne sais pas.
Jutra, lui, est un « gosse de riche » donc. Mais faire un film c’est autre chose que faire une poterie. Il y faut des fortunes. Ce sera donc les demandes de subventions et les attentes, les refus, à la fin, les échecs. Ce sera un homme encore jeune, atteint d’une maladie épouvantable : ne plus même se souvenir comment tracer un 8 ! Un jour, désespéré, le bourgeois-bohémien du Carré Saint-Louis s’achète une fiole de cognac et s’en va voir l’eau couler sous le pont Jacques-Cartier. L’appel du… large. Du vide. De l’oubli total. De l’éternité. Le cinéaste « décoté » va sauter. Fin. Triste, très triste histoire !
6-
Vu, à TQS, « Tension ». Pacino et De Niro :un flic et un bandit. Deux hénaurmes vedettes réunies. Bonne histoire. Bien ficelée. En 1995, Michael Mann réussit ce « face à face » qui fera florès évidemment. Héla, paquets de pubs criardes. À un rythme grandissant une fois le public bien appâté n’est-ce pas. Une honte !Grossier modus vivendi. Intolérable. Ouvrage charcuté donc. Les cinéastes du monde entier devraient agir. S’unir. Changer la donne. La réclame au début et à la fin d’un ouvrage cohérent. Refuser la charcuterie immonde. Faire stopper ce carnage.
Foglia, cette semaine, clame sa haine des (si jeunes) hommes-bombes de la Palestine et aussi l’empiètement des « colonies » juives. Bourgault, avant-hier, même détestation. L’ONU bafouée ! Que faire ? En ce moment, hyper-suspense : Arafat isolé dans son bunker démoli. Étonnant, en septembre 2002, tout le monde désormais ne sait plus vers quel bord pencher. Deux nations :l’une bien armée, riche, défendue, soutenue par USA et alliés, l’autre, perdue, découragée, vouée aux assassinats de civils innocents, aux portes de l’auto-suicide ! Misère humaine ! D’heure en heure, télé guettée, nous surveillons cette affaire affligeante : exil ou mort d’Arafat !
Dire une chose embarrassante : v rai que l’ on et nombreux (intellos, écrivains, etc.) à nous taire. À nous retenir. Il y a la « cause sacrée ». Ne pas nuire à la naissance d’une patrie. Oh oui, s’empêcher de critiquer parfois. C’est très difficile. Nous avons hâte d’ être libérés. C’est une position intenable à l’occasion. Quand on se veut un esprit libre. Une fois le pays installé, hâte de redevenir ces critiques de tous les pouvoirs abusifs. Est-ce que je retrouverai cette liberté entière avant de mourir ? J’en doute certains matins. Mais bon, la Grèce, par exemple, colonisée, dominée sans cesse, a dû attendre six fois cent ans pour obtenir sa liberté. Patientia ! Ce qui est surprenant ? Nos Grecs d’ici —comme nos Israélites— ne soutiennent pas le diable notre combat depuis 1960.
Vrai que le public a été très mal informé —affaire Concordia dans tous les médias— sur le personnage Nethanyaou, contre les accodrs de paix sans cesse. Un adversaire farouche, agressif—pire encore qu’Ariel Sharon (!)— des Palestiniens. Alors, tous de s’écrier : « honte à ces manifestants, empêcheurs de démocratie » ! Les Juifs d’ici le visage voilé hypocritement ! À 18 h. propos éclairants d’un jeune politisé à « Ce soir ». À 22 h. le Téléjournal et…disparu ce témoignage gênant ! Censure organisée ! Peur du lobby bien puissant des Juifs ? Clair. Oui, très clair. Ma honte parfois de mon « alma mater ».
7-
Une Moricette, bien nonoune, samedi, dans La Presse se vante, sur quatre longues colonnes, d’être bilingue (pourtant pas de quoi se péter les bretelles !) — ou même quadrilingue— et approuve à 100% pour 100% le plan —libéral— d’enseigner l’anglais —entendez l’américain— dès la première année. Bouthillier de la SSJB l’a remis à sa place hier matin, avec raison. Quand ces zélateurs de l’ « amerloque linguage » vont-ils saisir les nuances ? Ici, aux portes de l’hyper-puissance, ce n’est pas comme apprendre l’english à Paris, à Rome ou à Berlin, ici, le français est fragile, (7 millions d’habitants) en voie de rétrécissement. Les jeunes ont du mal à bien savoir leur propre langue, pollués qu’ils sont sans cesse par la culture populaire gigantesque du voisin géant (280 millions d’habitants).
Plein d’experts linguistes qui affirment qu’une « langue autre » ne peut pas bien s’enseigner (et s’apprendre) si on ne possède pas bien d’abord sa langue à soi. Cela fera des baragouineurs mous de deux langues différentes. Cette infirmité fera que sans pouvoir penser, inventer, calculer, clairement dans une langue, le handicapé va foirer dans tous les domaines ! Clair, non ?
Après ce pathétique portrait de Jutra, on jasait cinéma, Aile : « Jamais, jamais je ne pourrai oublier cette scène muette dans « Faut sauver le soldat Ryan », une mère campagnarde voit arriver des voitures du gouvernement sur le chemin de terre. Elle devine, sait tout, son fils s’est fait tuer au front. Elle s’écroule en silence sur sa galerie. Pas un seul mot. C’était fantastique. » Elle a raison, je trouve. La force de cette séquence : extraordinaire. Pas une seule parole.
8-
Robert Dole, né à Washington, 25 ans au Québec, signe : « Mon Allemagne », (il y a eu « Mon Afrique » de Miss Paré ) où il a vécu. Il dit : « Lisez Mathieu 25 :Jésus y est délirant et parano ! » Eh bin ! Je monte chercher ma mini-Bible (dite de Jérusalem). Je trouve le 24…et pas de 25 !!! Bizarre ! Censure ? Je chercherai ailleurs ! Dole jase schizophrénie, « Jésus en aurait souffert » ! Il parle aussi de bi-sexualité. Cout’ donc, naître à Washington trouble le cerveau ou quoi ?
Aile : « Ce Le Bigot des samedis et dimanches matins, la radio à son meilleure ! » Vrai qu’il y a un rythme d’enfer. Vrai que l’aimateur y est disons… directif en diable. Faut absolument ?
Aile vendredi soir. « Cloclo, faut la trouver même s’il fait noir ». Quoi donc ? Une de nos tomates. Je la vois. Vas-y. Va me la chercher. Je descend l’escalier de la galerie. Toute petite tomate chétive. Rongée. Racoon errant ? Écureuil grandi… venu peut-être de la troupe printanière du plafond ? Bon chien, je ramène le fruit gringalet. Est contente. Je l’aime. Elle voit le trou dedans. « Ouash, jette ça ! » Non. Je coupe le bout ravagé et je me suis fait un sandwich. Avec arrière-goût d’écureuil, je veux dire de pinotte ! J’aime arroser :une fois dehors, à la noirceur, j’ai arrosé un peu partout. On dit qu’il faut de l’eau avant les gels de l’hiver. Il y en aura. Ça me calme, ce jet de boyau…Non, faut dire de tuyau, paraît.
L’excellent acteur, Luc Picard, pas bien fort chez Homier-Roy, première de « Viens voir les comédiens ». Table montrée vainement en contre-plongée pour faire posat-moderne, éclairage affreux sur l’animateur le transformant en Méphisto-Dracula. Le son déficient. Pas de chronologie captivante. Picard verbalise pas trop bien sur son métier. Aile : « C’est le gros pépère Lipton à « Inside Actors Studio », mon meilleur ! » Elle a raison jusqu’ici. On verra avec le temps.
Téléphone de Francine : « me faut une page de votre plume pour le « programme » du lundi 14 au soir. Et votre photo. Demain, cher l’encadreur Bambino, apportez-moi ça. Pis, pas trop magané par ce refus de votre album ? Il fait beau soleil, non »? Je grogne faiblement. Et ce soleil, je sors le dévisager un peu avant le souper.

Le mercredi 17 avril 2002

Le mercredi 17 avril 2002

À CŒUR OUVERT

1-
On va s’en souvenir de ces jours caniculaires en plein milieu du mois d’avril en 2002. « Records battus » disent le gazettes. Ce matin, comme hier, cette fumée blanche partout dans le décor extérieur. Effet d’agrandissement. Toit semble plus vaste, plus flou aussi, plus grand. En peinture scénique on nous apprenait à jouer ainsi de fumée blanche avec bombe aérosol. Pour , justement, faire paraître éloigné nos éléments de décors à la télé. Un sfumato italien spécial.
De ma couchette, store levé, j’admirais le paysage, le lac blanc comme le ciel, la brume dans les collines. Tableau à l’ancienne, oui, italianiste. Beau comme ces vieilles images de Chine (ou du Japon ?) qui traînaient partout chez moi dans les années 30.
Ma mère disait : « Mon mari est importateur ». Elle faisait sa fraîche quand j’était tout petit. Je m’en souviens. C’était avant l’échec de papa comme vendeur de « chinoiseries » rue Saint-Hubert; une mode qui ne dura pas ces bibelots asiatiques. La métamorphose en petit restaurateur de quartier devait l’humilier, ma pauvre maman ! Elle était une jeune bourgeoise ? La benjamine du bonhomme Zotique Lefebvre. Un ex-boucher de la rue Centre, à Pointe-St-Charles, converti après la guerre de 1914-1918, lui, en agent immobilier, rue Hutcheson.
Matin de mai, au bout de la rue Berri, on voit des quais. Un paquebot va lever l’ancre, « all aboard ? all aboard ? » Sirène mugissante, dernières malles au bout d’une grue, les robes de maman, l’habit de bal de papa… Énervement, sourires excités. Elle est « chic and souelle » la Germaine de la rue Hutcheson, oh oui ! Et lui, l’habitant —vingt ans— de Laval-des-Rapides, porte un chapeau neuf, des gants de kid, des guêtres de feutrine grise…Foulard au vent sur le bastingage du navire de croisière.
Le jeune couple regarde la statue haut juchée sur le toit de l’église Notre-Dame de Bonsecours. Le bateau s’éloigne du rivage. Adieu Montréal !Un jeune couple parmi tant d’autres. Le traditionnel « voyage de noces ». Le grand fleuve jusqu’à Tadoussac. La remontée du Saguenay. Ma mère en épousée candide, rêvant d’une belle vie avec ce jeune « importateur » soutenu par sa riche maman veuve, Albina.
Avec son joli bibi, son manteau beige en poil de chameau, à col de velours noir, Germaine ne sait pas…Dans cinq ans, avec quatre enfants déjà, les sueurs l’aveugleront et son mari
l’ « importateur » s’installera pour longtemps dans le sous-sol creusé du logis. Fin des jolies gravures aux beaux effets de brume. Vendre hot dog et hamburgers aux zazous de la paroisse qui sortent des cinés du coin de la rue Bélanger.
Pauvre maman ! Pleure pas Germaine !
Bon. Assez, posez une cloison. Roman ou journal ? Chaque chose en son temps. En son lieu. Ici, c’est le journal.
2-
Non mais quelle chaleur hier ! Quel beau coucher de soleil aussi. Nuages émiettés. Rayons difractés. Images de mon petit manuel d’Histoire Sainte quand les cieux s’ouvrent pour désigner Dieu apparaissant à Moïse !
Plus tard, le souper avalé, symphonie en rose au dessus du Chantecler. Moi, la bouche ouverte. Déjà !, des merles crient et courent sur la pelouse ressuscitée. Quand on se prépare à regarder un film loué, fenêtre du salon grande ouverte, dans les sapins proches, un concert étonnant, vraiment étonnant, d’oiseaux fêtards. La pénombre qui s’installe, une brise d’été, oui, d’été, et on va voir un… navet !
Vanté par de complaisants observateurs d’un cinéma dit difficile. Du David Lynch. C’est, ce misérable « Mulholland Drive », sans queue ni tête. Pourquoi donc tant d’éloges ? Le snobisme décadent de ceux qui s’imaginent : plus c’est ambiguë plus c’est fort ! Quelle bêtise. Une Sonia Sarfati (La Presse) ira jusqu’à écrire : « Il faut le regarder ce film plusieurs fois ». La folle !
Je ne sais plus comment qualifier cette prétentieuse bluette du signataire du folichon « Twin Peak » à la télé.
Vous avez le choix :une imposture de fumiste, ou bien une fumisterie d’imposteur.
« Mulholland Drive », un récit avec un zest de lesbianisme (chic hein !), un zest de masturbation (à la Marie Chouinard !), un zest de maffia alambiquée, un zestde music-hall à mexiquétaineries, un brin de western avec un cow-boy futile, un zest d’horror, et pleins de… coïncidences stupides, de « cheveux sur une soupe »… imbuvable.
J’enrage car on trompe le public. À Cannes, ce film gagnait des laurier, ex-aequo avec les frères Cohen ! Mystère ou bien des jurés tout frétillants de visionner un film sur « leur » cher petit monde : les productions cinématographiques. Narcissisme ! Serpent se mordant la queue avec joie ! En somme, un opaque conte sur une banale querelle de gouines. Pouah !
3-
Je peine à réunir et à envoyer —merci ordi !— à la Katleen des Trois-Pistoles les vieilles pages de journal. Tout-janvier partira quand ? Maudites corrections. À l’École-Bouffe :grand choix hier ! Le caissier : « On a fait laminer votre page d’appréciation aux feutres de couleurs, savez-vous ? » Et : « Vous devriez prendre aussi du poulet, touchez, il est chaud, il sort du four. » J’accepte. Retour at home les bras très chargés… Biscuits et cakes. Et Aile ? Contente ? Pas trop. « Écoute, tout ça ? Regarde, j’ai mon gros rôti de porc prêt à être enfourné. » Je dis rien. Penaud. Je retourne à ma chaise longue, je continue de lire mon « Obs ». Ça va très mal autour de Jérusalem. Bien pire qu’autour de notre cuisine.
Le lac s’ouvre un peu. Bord de l’eau libre ! Le quai libéré. Le radeau…vert de…ozite ! On voit bien les bourgeons qui grandissent aux lilas comme… à vue d’œil. Le printemps, Bourgault le criait dans sa chronique mardi matin, est chaque année, le grand événement des Québécois. Six mois presque à l’attendre !
Hier, le micro-ondes de TVA dans notre rue encore. Claude s’amène et ajuste son gros kodak noir dans un coin du salon. Prêt ? Oreillette dans un trou d’oreille et c’est parti. Go ! Engueulez-vous…Le Pierre Bruneau a un préjugé favorable pour la belle Maréchal. Il me donne moins de temps d’antenne, le crapaud. Et elle, l’Isabelle, bien « Isa-laide », jase ad lib, noyant le poisson, bavardant sans dire rien de trop précis. Les précieuses minutes passent et, moi, débater irrépressible, je grogne quand l’arbitre partial déclare : « On a plus de temps. Merci vous deux et à la prochaine chicane. » Commercial ! Je rage. Enfant ? Aile rigole, se moque, doit me jiuger puéril. Je songe à refuser désormais ces mini-débats quasi-obsolètes. Le lendemain, ma poucheuse de gazettes et de ciga…—non, je ne fume plus— me dit : « Je vois ai vu, hier ! Pauvre vous ! Ah ! Cette Maréchale, j’suis p’us capable. Elle a le don de me mettre les nerfs en boule.. » La divine voisine. Elle me préfère.
4-
Vendredi après le lunch, limousine sombre à la porte de l’appartement du Chemin Bates. Chauffeur aimable, Serge P. Un bavard captivant. Ex-représentant de commerce. Burn-out grave. Cœur opéré. Trop ambitieux. Le calme à jamais. Sa limo. Un horaire plus humain. A connu le « M’sieur Pointu » de Bécaud. Intimement. Balade donc vers le studio de Robert-Guy Scully, à Ville La Salle. Beau soleil. Ouaille ! Agréable d’avoir un chauffeur. Me voilà ministre pour quelques minutes ! Ouen, c’est reposant !
Rendu là, recherchiste chaude, café chaud, ambiance agréable, décor austère de bureau de « chef de cabinet » de ministre fédéral —espoir du Scully? Ma découverte d’un autre Scully, comme vieilli précocement, presque courbé, rapetissé il me semble. Trop d’embarras avec ses déboires récents, face aux vifs protestants de son rôle de « propagandiste déguisé ».
Je l’ai mieux connu dans les années ’60 du temps du Devoir. Je le caricaturais, par exemple, en « petit protégé, neveu de Ryan ». Il en rit maintenant, se souvient de mes facéties encombrantes parfois. Je me souviens de ses confidences de jeune Irlandais d’Hochelaga, justement dans le voisinage du Ryan d’antan. Son étonnant Claude Ryan, en jeune délinquant qui découchait dans les portiques des maisons, me revient en mémoire. Cet ex-voyou sauvé par l’Action catholique. Qu’il finira par diriger un temps.
Vingt minutes, avec deux caméras, pour une agréable jasette libre sur ma chère Gabrielle Roy. Et cela tombait bien, Scully —gardé souvent par sa mémé dans le Villeray de la paroisse « Holy family »— ayant produit jadis une série documentaire sur l’exilée de Saint-Boniface. Ma relecture de « La petite poule d’eau » alimente les souvenirs du reporter Scully. Entente totale par conséquent. À la fin de l’entretien, je l’entends, surpris, me dire : « On a pas eu assez de temps pour bien parler d’elle, il faudra, bientôt, vous réinviter Claude Jasmin. » Ça fait un petit velours, non ?
5-
Mon fils, Daniel, hier, au téléphone, car j’avais encore un problème d’ordi. « Tu vas pas me croire, p’pa, j’ai mis une chaise sur le perron et je regarde ma bagnole toute neuve, stationnée au bord du trottoir ! » On rit. Fou, cette admiration des chars chez nous, non ?
J’ai lu (de « je me souviens plus qui ») : « Jeune, la lecture des « Grands initiés », par Édouard Shuré, m’a marqué. » Ah ! Un camarade belge m’avais donné (du temps de mon écurie-atelier) un exemplaire de ce livre sur les grands prophètes universels (dont Jésus de Nazareth) et, en effet, cela m’avait ouvert les yeux, à vingt et un ans. Il y avait d’autres « fabuleux Jésus » à travers l’histoire et le monde !
J’ai lu, jeune aussi, « Le zéro et l’infini » par Arthur Koestler et son livre m’avait ouvert les yeux, pour toujours, sur le totalitarisme, sur les dangers des idéologues devenus fascistes. J’étais inoculé, et à jamais, contre les utopies qui tournent mal, de Marx à Trotsky, de Lénine à Staline. Des jeunes d’aujourd’hui trouvent-ils des lectures aussi essentielle ? Je l’imagine. Je le veux tant. Je le souhaite.
J’écoute Richard Desjardins à la radio de la SRC. Grève oblige, on fait sans cesse tourner —parfois— de fameuses chansons d’ici et aussi, hélas, des niaiseries sonores à la mode. Cet abitibien, Desjardins, fait très amateur. Sa voix de « non-professionnel » captive pourtant. Sa diction est molle. Ses articulations exagérées en font un ti-coune chanteur ! Bref, il fait « habitant » à souhait. Efféminé aussi comme on l’entendait jadis avec « le fou du village » (ou du quartier) pas bien viril, aux manières (on disait) « affectées ». Et puis, on dirait la voix d’un vieillard soudain ! Ah oui, c’est un personnage…sonore rare. Intéressant. Je fredonne avec lui : « …aux pattes de velours… » et « …la peau de ton tambour… » C’est bien, c’est simple, c’est vrai. C’est beau, Desjardins, souvent.
5-
Au Salon à Trois-Rivières, je fais connaissance avec la sœur de Luc Lacoursière (un Trifluvien !) que l’on peut voir souvent à Canal Historia devisant avec Charron. Cette Louise publie une biographie (j’oublie son sujet, sur une femme hors du commun). Elle est dynamique et défend bien son bouquin sur cette scène d’un recoin du Salon. Après notre petit « show », rencontre de trois autres sœurs (des aînées) de Lacoursière. Il semble tout fier, avec raison, de sa famille. Ses yeux brillent. J’ ai vu des femmes réveillées, humoristes et très en forme.
Quel plaisir ces rencontres familiales ici et là. Ce cher Québec comme une vaste nation tricotée serré et farouche, contenant des êtres formidablement énergiques. Il y en a plein. J’en croise partout. On ne le sait pas assez. Au Salon, sur cette scène, quand j’ai dit : « Tout le monde est un roman », il se fit un grand silence soudain. « Chacun de vous, ici, a son roman. Il y a une histoire fabuleuse à raconter avec chacun d’entre vous. » Silence encore plus fort. « Vous n’êtes pas n’importe qui. Vous valez beaucoup. Vous devriez écrire votre vie, au moins pour vous d’abord, ce récit de votre vie vous aiderait à faire le point. » Il y eut un silence fracassant dans la petite salle du Salon.
Je le pense. Franchement.
6-
Je rêvais ? Summun de la folie scénographique !Incroyable ! Ce que je vois…à TV-5, un décor en forme de trou ! Deux femmes en face à face avec les jambes dans ce trou ! Allez-y voir c’est à 21h 30 tous les lundis.
Non mais…Folie rare ! Quel con ce designer ! Quel con le réalisateur qu a dit « oui » à ce trou rond. Vraiment, Aile et moi, on en revenait pas. Émission belge, je pense bien. Une questionneuse, les jambes dans le trou, face à sa questionnée, les jambes dans le trou. Soudain, tenez-vous bien, top shot, vu en plongée, et au fond du trou, des photos ! Non mais..
Faut-y être assez tata ou toto ! Ah, la télé, parfois, on y fait des trouvailles d’une bêtise visuelle achevée.
Donc, dans ce trou de beigne, une certaine Ingrid Bétancourt. Une femme venue du jet set en Colombie, un papa ambassadeur, ministre aussi et le reste. L’Ingrid, aujourd’hui enlevée et gardée dans un camp de terroristes colombiens, a connu une jeunesse dorée dans un beau quartier de Paris. Puis, sa mère, un ex-Reine de beauté, deviendra député colombienne ! Eh ! Elle risquera la mort un mauvais jour d’attentat.
La maman ex-Miss, sous le choc, racontera les affres à sa fille gâtée et voilà poindre l’égérie du peuple, autoproclamée je crois, en campagne électorale. Pour symboliser la pourriture des gouvernants, Ingrid B. distribuait partout des… capotes. Sida et favoritisme :même combat ! Son papa, dit-elle, fut bien scandalisé. Hon ! Pauvre papa, pauvre « tite » fille à papa !Ça sent drôle e son aventure, ça sonne bizarre.
Dans le trou, elle raconte tout cela. Avec photos dans ce trou… Oui, on peut zieuter ce trou folichon tous les lundis soirs à TV-5. Et vive les scénographes belges !
J’ai un peu lu (« Le Courrier international ») sur cette Bétancourt qui veut devenir, excusez du peu, prochain Président de la Colombie ensanglantée, dominé par des cartels-à-drogues infâmes. C’est un personnage. Elle dit être « fière d’avoir abandonné sa famille…pour la lutte politique ! » Oh la la ! moi, ces valeureux batailleurs pour la justice universelle qui, irresponsables, se fichent de leurs enfants et de leurs proches…Hum ! Suspects, je vous dis !
Bon, c’est à suivre —loin du trou belge— cette captivité de la Bétancourt, fille surprotégée changée subitement en militante de gauche. C’est curieux, j’arrive mal à la prendre au sérieux, elle a dit —les pieds dans ce trou— des choses solides, a pu dénoncer intelligemment la situation horrible dans sa patrie aux prises avec « mafia-à-drogues et gouvernement réunis ». Pourquoi ? je ne sais trop. Ma défiance des « gosses de riches » devenus aspirants-au-pouvoir ? Devenus de braves prolétaires trop soudainement ? Je sais pas.
Mais reste ce trou ! Le ridicule tue, dit-on ? Quand ça ?
6-
Samedi midi, vu grand’maman Lescop, à Trois-Rivières. Je l’aime. Cours toujours l’embrasser. Elle m’est un modèle. De quoi ? De tout. Son acharnement à trouver le bonheur simple, à dénicher du bon sens partout. À ne pas craindre de vieillir. Vu aussi, samedi soir, le mitraillé encore vivant, Michel Auger. Chaque fois, à ces Salons, je le touche. Et encore. Il rigole. Se bidonne. Quoi ? Comme on nous faisait toucher le tombeau, ou le coeur, du Frère André, le thaumaturge décédé de l’Oratoire, enfant. Un miraculé comme Michel doit porter chance, non ?
Fétichisé par moi, Auger se laisse toucher volontiers, goguenard, avec ses six balles restées dans sa peau ! Il me revient dimanche, au kiosque de « Trois-Pistoles éditeur », me dit : « J’ai des amis qui ont des projets, mon Claude. Ça t’intéresserait de lire la documentation sur le fameux caïd Lemay ? En vue d’un bouquin ? » J’ai dit « oui ». Je dis toujours oui, moi, ma foi ! On jasait sur l’évasion rocambolesque —survenu jadis tout près de chez moi— du « capo » mafieux, un certain Lucien, arroseur de patinoire de prison, organisateur des Libéraux du temps. Sauvé par ses copains de l’Organisation libérale, je le jurerais.
7-
« Toutes les religions sont obscurantistes ».
Vous publiez cela. Dans La presse, par exemple. Samedi le 13 avril, par exemple. Vous signez Pierre Foglia. Et vous vous croyez ben smart, gros malin, si liucides !
Comme c’est niais. Une telle affirnmation fait voir un puérilisme rare. Ce chroniqueur surdoué, ainsi, parfois, fait le faraud. Pour faire le faraud ? Je le crains. Avec lui, c’est pourtant rarement manichéen ! Ni tout noir, toit blanc, Dieu ,merci ! Un jour il se méfie justement du compartimentage, le lendemain, il y tombe délibérément. Misère !
« Toutes les religions sont obscurantistes ».
Comment oser dire une telle ineptie ? Il n’est plus un ado révolté. Il y a des religions utiles ? Et lumineuses. Oh mon Dieu oui ! Et comment. Qui a vécu les yeux ouverts le sait bien.
Certes, c’est aussi (en dehors des grands mystiques) un instrument de consolation universel et indispensable. Tous les mal pris de cette terre de misère le savent bien.
Consoler. Il faudrait être quoi ?, snob, mondain (ce que n’est pas Foglia quand il oublie ses goûts pour les fromages exotiques rares et les vins fins) ) pour cracher sur ce rôle. Oui, consoler.
Un jour, celui-là qui pisse sur tout ce qui est religieux, spirituel, se retrouve sur le cul; tombé bas, très bas, aux prises avec la terrible Camargue qui le nargue. Ça peut être vous, ou moi, ou lui, Foglia-le-superbe.
Alors , on voit le faraud qui prie, qui cherche une Providence, un Être suprême, un…Dieu. Il a besoin d’une ultime dernière raison pour s’accrocher à son petit reste de vie. Et je ne ris pas, vois ne riez pas, Foglia non plus ne rira plus. Cette vieille…ce vieux…cette jeunesse surprise, face à l’Achéron.
Je ne cracherai jamais sur les religions. Est-ce utile de rappeler à ce Foglia qui jouait samedi le « fridolin », le ti-coune mécréant d’un samedi, que la religion de Jésus fut une révolution, Qu’elle a sauvé de la mort sans but, de la mort animale, de la mort anonyme, humiliante —et aussi de la crève spirituelle totale— des centaines de milliers d’abord, puis des millions d’êtres humains. C’était quand la vie ici-bas, pour les majorités, n’était qu’épreuves de force. Que la haine était le moteur de toutes les nations.
« Toutes les religions sont obscurantistes? »
Propos de gnochon. Je ne suis plus « pratiquant » si je ne suis pas athée mais je sais que la —ou « les », peu importe au fond— religion des hommes n’est pas venue par un tour de sorcier ni de baguette de magicien.
Il y a un besoin. Il y a une nécessité et je fuis celui-là, candidement hautain, naïvement fier, puissant de son athéisme militant, qui bafoue, moque, ridiculise, réduit le sort religieux, abri des abris, de ces multitudes humaines —avec les Yavew, Allah, Bouddha ou Dieu— sur cette terre tiraillée.
Facile de cracher, de pisser, de chier sur le fait religieux. Prendre garde, un bon jour, un mauvais jour, le sort frappe le crâneur tombé à genoux. Maladie ou perte très chère. Flétri, miséreux, perdu, on le verra soudainement lever les yeux vers le ciel.
N’importe quel ciel. Celui choisi par les siens, hérité de son enfance, le plus souvent et Don Juan-le-gaillard remue les lèvres. Il prie. Il implore. Qui a envie de rire alors ? Personne.
Les chanceux du sort, Foglia, vous, moi, nous avons devoir d’humilité, de compassion au moins, de solidarité minimum, le devoir de bien savoir que le funeste Brancardier, la sordide Faucheuse, peut bien un matin, un soir, s’approcher… Et alors, qui sait, le sentiment religieux pourrait bien être le seul refuge.
Ne pas dire, jamais, « toutes les religions sont obscurantistes », c’est si court, si faux. Si facile et injuste. Je n’oublie pas, pas du tout, les gourous, abuseurs, démagos, profiteurs et leurs sectes, paresseux parasites, vautours des innocents. Je voulais parler des vieilles religions sur cette planète.
Il faut avoir la modestie de nous taire parfois.
Foglia passait son tour hélas, samedi dernier. Il ne mérite pas ça, ça quoi ?, de s’aveugler si bêtement. Une simple échappée niaise à cause d’un mini-sabre, kirpa sikh —ou d’une calotte, d’ une burqa—naïvement symbolique.
Il y a eu et il y a des religions, non pas obscurantistes, mais éclairantes, lumineuses, éblouissantes pour les humains blessés, désespérés, tombés.
Je vis sans…
mais si, un jour, un certain noir destin frappe chez moi, j’y aurai recours sans doute.

Le jeudi 28 mars 2002

Le jeudi 28 mars 2002
1-
Soleil intermittent et nuages bien gras partout en ce Jeudi saint.
Marie-Josée séjourne avec nous. Aile toujours heureuse de revoir son ex-scripte devenue une grande amie à trous deux. Bavardages abondants sur la …SRC. Grève, inquiétude de M.-J. Horizon funeste, certains parlent d’une fermeture jusqu’à l’automne. « Devrais-je vendre mon corps » rigole-t-elle ? Frousse totale ! Hier soir, interview de préparation par la rédactrice chez « Bibliotheca » de TV-5, Miss Blais, intelligente questionneuse. « Robert-Guy Scully, notre animateur-producteur, me dit-elle, ne va pas s’ennuyer avec un tel bavard, vendredi prochain. » C’est ça. Crainte qu’il lise maintenant mon « Écrire » et qu’il y trouve mes piques sur lui et qu’il fasse annuler aussitôt notre rencontre. Je m’amuse. Le cachet est alléchant…brrr. Il faut vivre dangereusement ? Pas trop souvent.
Lisant que TVA doit couper encore dans son « gras », j’imagine que je ne reverrai pas de sitôt le « micro-ondes ambulant » de TVA ici. Bof !Hier, confirmation par Lachance de cKAC : « Oui, mon Claude, notre immense public, « Radio-Can » en grève, veut t’entendre réciter ton conte du Vendredi saint avec bonheur . » C’est fait. J’y ai travaillé hier en recousant un des chapitres d’ « Enfant de Villeray », une mouture arrangée en événement de la Semaine sainte. Sept pages. J’ai sept minutes ! Ouen ! Je lirai un peu vite. Le titre ? « Chemin de croix dans Villeray ». J’avais titré une dramatique sur film « Chemin de croix dans le métro », en 14 stations de métro avec la caméra étonnante de Uve Koneman. Prix « Anik-Wilderness » cette année-là, 1971, avec la mention : Meilleure émission sur film… d’un océan l’autre ! Ma grande fierté.
J’ai corrigé mon conte ce matin et j’en suis tout content. Ça devrait faire des remous. Je vos dis, il y a des jours où je dis à Aile (hier soir) : « J’ai du génie, sais-tu bien ça ? » Elle a fait, en riant avec Marie-Josée : « Bien sûr, mon Cloclo, bien sûr ! » Je verrai bien demain.
La semaine prochaine, Salon du livre encore. Trois-Rivières. Je le préfère à ceux de Montréal et Québec, moins « gros chiard ». Public plus sympa. Mais…Le kiosque encore. L’homme-sandwich encore ! Ouash ! j’ ai terminé hier soir le très bref récit d’Annie Ernault (ou Arnault ?), « L’occupation », Gallimard éditeur. Son écriture sobre, minimaliste, classique, sans affèteries aucune, me plait. Son propos : « la jalousie morbide ». Fin qui m’a déçue un peu.
2-
Incroyable de voir de nouveau toute cette neige. Aile va engager un jeune déneigeur pour la toiture. C’est si lord une neige mouillée. Je m’amusais l’autre jour : un camion TVA s’amenait pour « Dans la mire »…et voilà que, peu après, dix minutes !, chez P.Bruneau, pour le même sujet ( prof payé « at home »,, pour un élève gardé chez lui en raison de son « sirpan » sikh. On voulait donc m’expédier un autre camion. J’ai cru bon les prévenir. « Dois-je garder le premier camion…? » Oh ! Surprise de la recherchiste ! Cela aurait été cocasse. Semblable à cette histoire vraie de jadis :au cœur de l’Afrique, même sujet « hot » se rencontrent deux lourdes équipes de Radio-Canada. Face à face inouï. L’un des groupes appartenant au « Service des nouvelles » et l’autre caravane CBC appartenant au « Service des affaires publiques ». Gaspillage rare ! Sujet de moqueries durant des années. Exemple de mauvaise coordination entre les services touffus du temps ! Seigneur ! parlez-vous les uns les autres !
Lecture dans mon « Courrier international » sur Wal-Mart. Captivant. L’idée d’un magasin, initié par un businessman très frugal. Vendre de tout à meilleure marché possible. Vieille ambition certes. Mais M. Walton, lui, en fait une réussite totale et ses magasins se multiplient. Bas salaires. Pas de syndicats. Exploitation bien organisée. Il vidait les petites rues commerciales des petites villes avec ses vastes magasins de rabais. Un mouvement tente de stopper l’effet Wal-Mart. On veut faire revivre les magasins des centres-villes de ces provinces américaines. Sinon, disent les organisateurs du boycott, ce sera l’uniformité désolante. Plus de centre-ville vivant et en banlieue, avec parking géant, partout, des Wal-Mart et ses jumeaux, isolés des citadins.
Vu à la télé, chez Ardisson-le-pitre brillant, cet auteur français qui publie : « il y a eu fumisterie, mensonge, complot grave le 11 du 9 à New-York et à Washington. » Il avance ses arguments. On ne sait plus trop quoi en penser. On voudrait des interlocuteurs. Il n’y a que lui et ses affirmations déroutantes. À suivre ? Oh oui !
Éblouissant numéro aux OSCARS, ave notre « Cirque du soleil ». Hélas, les images de cinéma, derrière les acrobates, nuisaient à la bonne visibilité de leurs numéros époustouflants.
Ce cirque qui utilise les meilleurs numéros des pays du monde entier est devenu une machine infernale. Battante ! On voit, ici et là, des imitateurs…ce qu’engendrent toujours un succès fameux.
Aussi, ici et là, au pays, vaste papotage sur le gérant célèbre de Céline Dion accusé par une jeune Coréenne de la Californie d’assaut sexuel grave. Un juge examine la plainte de la présumée victime. Silence aux accusés, forcément. Céline Dion, vue chez Larry King, en bretelles ridicules, semblait agressive, un rien « commune », un rien vulgaire quoi, montrant sa terrible détermination métissée de cet amour grandissant pour son jeune enfant. Cette « fille du peuple » m’épate, moi, et je trouve les Foglia et Cie, qui la moquent, bien cons. Certes, il s’agit désormais d’une entreprise commerciale resplendissante mais, à la base, au départ, il a fallu cela :cette volonté fantastique de réussir dans ce champ —miné— de la « pop music ». Pour ce qui est du scandale sexuel apparent …attendre la suite patiemment.
3-
Rencontre d’un tas de gens si souvent : « Vous paraissez plus jeune en personne qu’à la télé. » Ne sachant jamais trop quoi répondre. L’écran der télé qui nous grossirait, qui nous vieillirait : sentence à payer pour oser se montrer la binette dans la gueule du monstre cathodique. « Bien bon pour toé, baquais ! »
Vennat sur mon répondeur : « Je peux plus granb’chose à « La presse »… Ai donné votre SOS à ma patronne, Madame Lepage… » Etc. Quoi lui répondre ? Il veut que je le contacte. Bof, attendre à dimanche voir si on daignera dire un petit mot —un bon mot ?—sur mon livre, « Je vous dis merci », publié il y a maintenant trois mois. Je verrai bien. L’habitude désormais d’un certain silence sur « le vieux qui publie trop » !
Mon gendre, Marc Barrière, installateur vaillant de mon site web (y inclus ce journal), passait au canal 12 il y a deux ou trois jours. Il devait sans doute parler au nom de son nouveau ministère… « de la famille ». Marco était aux « Tansports » jadis comme relationniste et apparaissait régulièrement à la télé, surtout les jours de tempêtes ou de graves accidents de la route. Ça brasse moins à « la famille » ? L’ai raté, mais, tantôt l’amie M.-J. qui l’a vu, dit : « Il parle anglais avec un accent amusant. Mais il a vieilli, non? Il me semble ! » Eh ! Tout le monde vieillit, « dura lex sed lex » !
Mon Lepage (Guy-A) toujours comme obsédé par la sexualité, montrait « ses » lesbiennes la semaine dernière, draguant à « tire larigo » dans un bar lesbien, et cela à une heure d’écoute familiale. Irresponsabilité totale des télédiffuseurs désormais, même à la télé publique ? Aile : « Allons, Cloclo, les enfants ne comprennent pas ! Ça leur passe au-dessus de la tête. S’ils regardent la télé hein, ça m’étonnerait !» Son argument chaque fois que moi, ex-père, je m’énerve. Qui a raison ? Une chose est certaine : avec des abus, des niaiseries, des comités de pudibonds s’organiseront et, un jour, censure solide en masse qui s’installera. Je déteste ceux qui —par leur laxisme de con— attirent les extrémistes en intolérances. Ces écervelés, avec leurs excès pour provoquer, nous amèneront des bigots énervés voulant tout couper, à n’importe quelle heure.
Je repense à Dutrizac, àT.Q., tourmentant le cabot bronzé Guy Bertrand dans un vidéo signé « Zone 3 » d’un amateurisme technique confondant. Ce fut, une fois de plus, la manière mosaïste, saucissonnée. Pas la moindre chronologie logique. Un impressionnisme, un pointillisme facile, paresseux. Cela donne l’apparence du rythme, au fond, c’est un collage de fainéant.
La télé encore : chez « Fortier », des tounes sauce anglo- américaine. Colonialisme stupide madame Larouche ! Pourquoi ne pas utiliser nos jeunes rockers, nos rappeurs ? Pour se donner les allures d’émissions amerloques ? Une honte. Une faiblesse. Un mépris. Toujours ce damné racisme inverti. « On est pas assez bons ! »
4-
Au fond l’État moderne c’est quoi ? Trois « f ». Flic, fric, fisc. D’abord installer du pouvoir policier. Armée et gendarmes. Cela chez Louis 14 ou au cœur de l’Afrique, chez Mugabe par exemple ou au Chili. Puis, voir au commerce. Chez Colbert ou chez notre « Martin », via tous les moyens dont les protections aux chevaliers en entreprises, si souvent subventionnées par l’État. Voilà du fric. Reste le troisième « f » :le fisc. La machine va ramasser les taxes des travailleurs. Mille variétés, façons, moyens de sucer les populations. Oui, l’État moderne, plus que jamais c’est « flic », « fric » et « fisc ». On ne peut retirer un seul élément de cette funeste trilogie. Tout s’écroulerait. Surtout ne pas toucher à « flic » ! C’est la base du triangle. C’est le soutien du système en place.
« Tu pense qu’on s’en aperçoit pas » , chantait Vigneault.
« Rien qu’à oir, on voé bin ».
Téléfilm-Canada accomplit en douceur sa mission politique fédéralisante. Vous regardez « Tabou » et hop !, on s’envole à Vancouver. Visitons notre beau pays ! Comme pour la série « L’or », hop !, on s’envolait vers, encore, Vancouver ! Autre série subventionnée par Ottawa : on regarde les motards criminalisés du « Premier chapitre », hop ! hop ! voici l’Ontario, « speaking english », avec sous-titres pour les indigènes. Toronto « here I come ! » avec mentions aux dossards et insignes des provinces de l’ouest …et des maritimes. Halifax here I come ! L’union fait la force chez les poucheurs et chez les téléspectateurs ! Mettez, chers auteurs québécois, dans votre projet de série-télé de cet exotisme « very canadian coast to coast » et ce sera le financement assuré.
Tu penses qu’on s’en aperçoit pas Téléfilm-Canada ?
5-
Aile soudain, une inspiration subite quand on écoute et regarde « des proprios de chiens méchants (doberman) responsables des dégâts : « Eh, si on rendait responsables les parents de jeunes enragés ? » Ouen ! Ados qui tuent ? Oh les cis dans les chaumières où l’on se soucie comme d’une guigne des allées et venue des enfants grandis. Quoi, qui, si on surveille pas son chien, amendes, prison et si on surveille pas son délinquant…pas d’amendes, pas de prison ? Rien ? Ah oui, faire nommer mon Aile à un poste de ministre…De la famille ? Je dis « bonne idée » et elle : « Mais non, je plaisantais…c’est que… » Ouengne ! C’est que, oui, des parents sont des irresponsables, des égotistes. Point final.
Songe bizarre hier : suis sur une plage. C’est sombre, Crépuscule irréel. Bien louche. Des gens rentrent, traînent des serviettes de plage salies ! La mer…est noire ! Une jeune femme m’aborde sur un banc. Elle me drague. M’embrasse…veut me frencher, me touche sous mon slip de bain. Début d’érection. Malaise. Elle est trop jeune pour moi. Je me débat mollement, puis j’y consens, je la touche aussi, au pubis. Une inconnue ! Qui me dira : « j’ai un fils de six ans ». Moi : « ah ! » Je vais la reconduire, en auto, à son chalet. Il y a ses parents, là, en vacances avec elle. Rue sombre, louche. Plein de maisons cossues. Elle me dit : « À demain. Je t’aime » Je me réveillerai.
La semaine dernière, autre songe curieux. Dans le métro je rencontre Marc Labrèche. Il est comme exalté, fou fou. Il me parle de… John Diefenbaker ! On regarde ses photos sur les murs de la station. Frisé, gros yeux mauvais. Des gréviste défilent au bout d’un couloir. Pancartes de Radio-Canada ! Passe la gouverneur monarchiste , la Claxton ! Elle nous sourit. Marc me dit qu’il va tout quitter. Qu’il en a par-dessus la tête. Je tente de le calmer, de le raisonner, bien paternaliste. (Marc jouait mon alter égo dans « Boogie woogie ») Il me dira : « C’est Boston mon but ! » Mystère ! Me voilà lui recommandant de ne pas tant se donner à son talk-show ! Et je me réveillerai.
Ces rêves ! Je me souviens mal d’un songe (encore un ) où j’ai revu (film de Spielberg) ce dépotoir de membre de robots. Où on voyait (I.A.) des humanoïdes cybernétiques dénicher qui un bras, qui une mâchoire…
Décidément ce film pour grand public populaire m’a laissé de fortes impressions. Quand je raconte cela à Aile : « Écoute, moi, ce film, il m’a mis très mal à l’aise. Ce joli garçonnet —un Pinnochio 2002— qui se cherche une humanité, oui, c’a m’a troublé, dérangé, vraiment. J’ai pas trop aimé » Je lui dis : « C’était comme nous faire caricaturer collectivement, au fond ! »
Une autre fois, une vaste salle, cent tableaux aux murs. Tassés. Je dois les examiner. Les étudier. Les relier. Y trouver des liens. Du sens. Qui m’a commandé ce travail ? Mystère. J’y arrive mal. Sorte d’immense rébus ! Folie ! J’étudie les symboles des peintures. C’est un fouillis. Je sens que j’ai le devoir, la charge quoi, de dégager une signification globale. Sinon…je sais pas. Un devoir d’État ? Drôle de cauchemar.
6-
Assez de ce Aile. Besoin de lui changer de nom. Choisir quoi ? Ange. Oui, j’ai pensé à Ange, mais.,.à la réflexion, non, Aile n’a rien d’un ange. Oh non ! Parfois…hum…Bon. La nommer désormais Oiseau. Ah non. Alors comment ? Air, comme l’initiale de son prénom. Mais « air » ça fait …éthérique. Alors quoi ? Je cherche. Je trouve pas. Dans certains de mes récits j’avais mis Rolande et Rachel et Rachèle. Air…non, pas « r » , je songe à Brune mais elle ne l’est plus. Est devenue ma jolie grise. Ma grise grisante. Gris-gris ? mais non, c’est con. La consulter ? Aïe ! Elle se rebifferais raidement. Déjà qu’elle déteste se savoir dans mon journal. Je trouverai. Je trouverai.

Le vendredi 11 janvier 2002

Le vendredi 11 janvier 2002
1-
L’avais-je oublié, c’est cela l’hiver ? Quelques rares et bénis jours radieux de soleil brutal — propre aux pays nordiques ?— et, bien plus souvent ce gris étalé tout partout ! Comme ce vendredi matin d’aujourd’hui. Bof ! Bientôt mars n’est-ce pas ? Je sais trop bien désormais la vitesse du temps, des saisons. Patientia !
Le « vieux » se questionne quand il examine le monde des nouveaux venus.
Un exemple : elle se nomme Lévy, Conception de son prénom. Son boulot : « réserviste » (?) dans un cabinet d’avocats par les soirs ! Au bord de la nuit, retour de ce boulot, Conception dit aimer visionner des films en arabe, en hébreu ou en japonais, peu lui importe. Quel canal ces films ? Où les loue-t-elle ? Pas de réponse dans l’interview. « Je savoure aussi un film ou sans les images ou bien sans le son. » Eh b’en !
Pour elle « érotisme et ésotérisme », même affaire. (!) Elle se dit intriguée par les « potions » celtes (!) ou égyptiennes, par le Karma Sutra. Aussi par la métaphysique. Seigneur ! Cette Conception cherche, sur Internet, des sites et sur l’urologie (!) et la physique quantique. Femme singulière, hein ? Elle fut barmaid un temps, stagiaire à l’école du barreau… étudiante aux HEC…a quitté car elle déteste « les bancs d’école » ! Bonne Vierge ! Plus jeune, elle fut découragé d’aller étudier en théâtre par ses parents.
Elle élève des escargots !
Les amoureux ? « J’en ai eu ma claque des hommes. » Oh la la ! « Ils étaient comme « mes » enfants ! Elle termine par, tenez-vous bien : « Du jour où je sais que je ne leur apprend plus rien, il n’y a plus d’échange possible et je pars » ! La photo nous montre cette bizarre « enseignante » aux hommes », jolie et sérieuse jeune femme, cheveux sombres, lunettes de la studieuse.
Je vous le redis : un certain « nouveau monde » m’intrigue au plus haut point. Pépère Jasmin, est-ce cela vieillir ? Découvrir des cadets aux mœurs déroutantes ?
2-
Bande chanceux, va !
Je vais vous résumer ce très long entretien du Nouvel Obs avec un brillant psy, auteur de trois volumes sur la question, Boris Cyrulnik. Sujet qui nous tient tous à cœur, le bonheur.
Voici donc en une douzaine de brefs paragraphes, la substantifique moelle de ses affirmations, parfois renversantes.
A- Un enfant dont les parents ne s’occupent pas sera inapte au bonheur ! Il faudra le « réparer ».
B- Tous nos progrès sociaux mènent surtout, au « bien-être », ce qui n’est du tout le bonheur.
C- Issu d’un contexte familial, ou social, qui n’a pas de sens, pas de projet à rêver, à élaborer, on devient inapte au bonheur.
Une grave épreuve, comme contracter un cancer, peut donner du bonheur : enfin une lutte, un combat, un « sens à la vie », qu’on peut raconter.
D- Les médicaments, culture techno-industrielle, tel le Prozac, sont sans effets secondaires graves comme la cigarette ou l’alcool, mais ne sont qu’une solution moléculaire. Ils ne règlent pas « le malheur ». Les solutions affectives et culturelles sont plus importantes.
F- Il y a l’utopie pour rendre heureux. Le vent bien des églises, des sectes, des partis politiques et… les vendeurs de voiture !
G- Jeune psychiatre, les asiles étaient « merdiques ». C’était « notre espoir » : corriger tout cela. J’étais heureux ! Utile, cette « représentation » de l’avenir, d’un progrès. Jeune communiste après la guerre, j’avais une utopie : améliorer l’avenir du monde ouvrier. J’étais heureux.
H- Nous sommes —ça n’a plus rien à voir avec le bonheur— dans une culture du « bonheur immédiat ». Un leurre cette quête de jouissance rapide, d’échappée du réel, via drogues, sexolisme, « don juanisme ». La dépression en est la conclusion fatale, maladie qui ira grandissante en ce nouveau siècle.
I- Les nazis étaient heureux, les membres du parti « Front National » de Le Pen, eux aussi. Les talibans aussi. Utopie nuisible ou non, c’est un fait. Le sentiment « d’appartenance » rend heureux.
Cette solidarité mène au mépris des autres. Cela opère comme un mythe, souvent avec tout un rituel sonore et visuel : musiques, slogans, posters. Il y a un chef, un leader :militaire, prêtre, gourou, chef charismatique, tribun démago…ben Laden. On se distingue des autres, c’est l’aristocratie des minables. Le groupe amène du bonheur; le fanatisme, le racisme, l’intolérance et c’est euphorisant. Surtout pour ceux qui « s’identifient » mal, qui n’ont pas de famille, pas d’amis véritables. Même un voyou de HLM, un délinquant peut savourer cela : « J’ai enfin une identité, j’ai mon gang ! »
La haine rend heureux, c’est un constat.
J- Les mystiques sont des anxieux, l’extase est une défense. On abolit le doute qui engendre malaise. La recherche d’une vérité définitive les inspire, car l’ambivalence leur est source de conflits. Qui dit vrai ? Israélites ou Palestiniens ?
Pourtant le relatif permet de chercher à comprendre l’autre, les autres. Ceux-là rejettent donc l’angoisse de chercher des nuances. Des angoissés se font souvent des « mythes éphémères »; selon le niveau d’éducaton, héros sportifs, vedettes de cinéma ou « médecins sans frontière », intellectuels médiatisés.
K- L’être humain déteste deux chose fondamentalement : la liberté et le bonheur s’y rattachant. La liberté est angoissante. Elle vous tend responsable. Sous un dictateur (tel Salazar au Portugal), on était heureux. C’était simple, le mal venait des socialistes pour les militaristes. Pour le peuple, le mal venait des militaires et des curés. Fin de cette dictature : c’est l’angoisse. Plus de totalitarisme pour dénoncer le mal, plus d’ennemi. La peur d’être maître de son destin.
L- Pour le bonheur, vive la une « double-vie ». Celle du gagne-pain obligé et celle d’une passion, d’un projet personnel. Sinon, avec la retraite, ce sera la dépression. Malheur à ceux qui investissent tout dans le boulot.
Mais pas de rêverie irréalisable, pas de fantasme idiot, On a vu la vraie histoire de Jean-Claude Romand (lire « L’adversaire », ou voir le film qui en sera tiré « L’emploi du temps ») sombrant dans la crasse duperie des siens. Il finit en prison et se réfugiera dans la religiosité.
M- Les liens sociaux, une force. Le bonheur existait dans les petites ville, les campagnes. Cette solidarité peut être aussi une prison. Un carcan culturel étouffant. La femme :une porteuse d’enfants et
l’homme, annexe des machines, un pourvoyeur.
Désormais, il y a l’aventure de se construire une personnalité. Un enfant longtemps isolé, je travaille là-dedans, ne se souvient de rien. Les souvenirs ont besoin d’être reliés aux souvenirs sociaux. Les enfants à qui personne ne s’attache deviennent phobiques. Ils marchent, parlent, très tard. On a pu mieux « réparer » des orphelins libanais qui avaient des amis, un jeune chef, que des enfants avec des parents dépressifs, une mère malheureuse. Puis c’est l’adolescence, la rupture nécessaire. L’ado doit se faire son propre projet.
N- Le bonheur se construit. Il faut du partage. Pas de l’échange, terme commercial limité. « Ensemble, on va faire ceci, cela… » Avec conflit et c’est créateur. Seul, on ne peut rien développer, ni se développer. C’est l’altérité qui fait vivre l’homme en harmonie. L’enfant sans aucune aide va marcher à quatre pattes.
Donc, le bonheur n’est pas un état, c’est un objectif. Faut y aller, partir, tenter l’aventure, mettre les voiles.
3-
Une voix amie : « Tu devrais faire payer pour la lecture de ton journal. Les gens n’apprécient pas ce qui est gratuit, Claude. » Oh, oh ! J’hésite, savez-vous ? La voix : « Vas-y, ils sont ferrés maintenant, ils vont accepter de payer, sois-en assuré. » Non mais… S’i me plait à moi de me faire lire à l’œil ! Mon droit, non ?
4-
Correction, il fallait lire « Puerto Plata » et non « Porto Plata », récemment. Le rocker Éric Lapointe vient de « visiter », quatre jours, la prison du lieu. Nous avions visité l’ancien fort prison, une forteresse antique ruinée. C’était affreux. Sosua, où Lapointe aurait dansé et…consommé…nous avait paru un village bizarre. Tous ces marchands —de chair humaine féminine aussi— étaient encombrants. Loin de la Floride florissante —c’était un premier séjour aux Antilles— cette « république » était embarrassante pour le voyageur qui a un peu de cœur. Tant de pauvreté ! Au retour, nous n’étions pas du tout sûr d’avoir envie de retourner jouer les « gras-durs nord-américains » en de tels parages. Notre brève visite à Puerto Plata nous avait montré très clairement la misère ambiante. On se dit : notre argent de touriste peut les secourir et puis on réfléchit et, enfermés dans notre club-med luxueux, « Iberostar », est-il bien certain que les profits collaborent au mieux-être des indigènes ?
Les naïfs, seuls, vont croire que deux faits ne comptent pas pour la liberté si vite retrouvée par le chanteur pop, Lapointe. Un : c’est une vedette québécoise, danger de le garder en cellule. Deux: l’emprisonnement peut nuire à la venue des touristes. Le bla-bla d’un avocat, du gérant et autres commentateurs, est une belle connerie. Le fabuliste : « Selon que vous serez noir ou blanc… » Jos Bleau, lui, y aurait goûté.
Candeur aussi…vu le « parrain », sir Gagliano, plutôt hilare, à l’aise, confortable, face au Bureau-au-si-beau-bureau, hier soir. Il sait tant de choses. Il a parlé de sa liste de députés de l’opposition, qui font des pressions —aimables et gentilles— pour placer amis et supporters. Il sait bien que de haut en bas de la chère « colline » parlementaire, ça dégringole le favoritisme. Tout le monde fait ce qu’on lui reproche.
Colonne voisine du sbire tout-puissant de Saint-Léonard, journal de ce matin, on lisait : « Bernard Landry veut amener « son ami » le docteur Levine à ses côtés. » C’est de même ! Depuis toujours. Les « cymbalistes » ès médias jouent une comédie d’hypocrite ! Pratte, éditorialiste, a joué de cette innocence surfaite, ce matin. Honte à lui !
5-
J’entends ma chère Aile en train de peinturer la petite toilette d’en bas. Broush, brouch… ! Elle y va !Je lui ai préparé peintures, du blanc et du ocre, baguettes à brasser, pinceaux, torchon… Moi ? Je tiens journal. Je plaisante, elle est de ce genre de femmes qui aiment bien faire de ces travaux virils de temps à autre.
6-
Hier soir, Norman Mailer à T.Q., premier entretien de trois. Pas bien fort. Documents archi-connus sur les actualités de son jeune temps. L’homme est antipathique à mes yeux. Je ne regarderai pas le reste. Sa déclaration : « Comme tout écrivain, parmi les morts aux Philippines, en 1945, je restais froid, emmagasinant pour un roman. » Non, faux, des écrivains s’enflamment devant des atrocités et ne jouent pas les témoins de glace. Très faux !
7-
Suis-je trop romantique ? Ce Labrie qui s’évade d’un fourgon…et court…et court…Fou, je suis comme de son côté Il est l’exemple de l’Homme captif ( lui, un vulgaire braqueur de banque) qui doit se libérer. À tout prix. Risques énormes. Audace terrible !Oui, je me sens comme solidaire d’un tel audacieux. Et fus triste de savoir qu’on la replongé dans la marmite carcérale douze heures plus tard. Il y a chez moi, enfoui loin j’espère, de l’ anarchiste, du Bonnot et sa bande ! J’ai bien honte !