IL FAUT TUER LE PÈRE ?

Deux jeunes ados au parc Aubert du bord du lac : l’un : « Moi, mon père ». L’autre ; «  Mon père , moi… » J’vous dis que ça y allait. Caché, j’écoutais. Classiques premiers échanges de jeunes amoureux ? Oui. Il y aura aussi la mère qui…et la mère que…L’amour nouveau des enfants grandis s’ajuste, se compare, se discute. « On fera mieux que nos vieux » et c’est cela la vie. La jeunesse :assurances d’un bien plus grand bonheur, d’une meilleure réussite. Illusions inévitables. Oui et depuis les débuts du monde sans doute.
J’ai détesté mon père, jeune, à vouloir le tuer parfois. Ma foi oui ! Symboliquement ben entendu. Le génial Freud le proclamait et André Malraux, émérite penseur, lui aussi, prétendait que c’était classique. Qu’à trop vénérer le père, on ne grandit pas, on reste dominé, figé en enfance. Comme je regrette maintenant nos noires vilaines querelles, c’est qu’il était si pieux, si prudent, conventionnel, tellement conservateur. En ce temps-là, je me voulais au moins trois choses : agnostique, socialiste, indépendantiste. Ce dernier trait achevait de le désespérer et de me maudire !
Je vais aujourd’hui consoler un peu les ados révoltés. Je n’ose dire : on en revient de ces fréquentes chicanes terribles pourtant, oui, avec l’âge, on comprend mieux et on finit par pardonner. Par oublier même. J’ai joué souvent avec le mot papa, j’ai composé le roman d’une parisienne venue au Québec pour son papa vétérinaire, et qui « tombera » (dès les barrières à Dorval), amoureuse folle d’un beau gars de la Cöte-Nord. Le titre ? « Papa papinachoix ». J’ai, il y a peu, signé un ouvrage de non-fiction : « Papamadit ». Pour raconter en riant les lubies de papa, un fou des stygmnatisées catholiques ! Voilà que, récemment, c’est au tour de mon propre fils de me harceler avec des griefs ; fondés hélas pour la plupart. Quel père est parfait ? Ses reproches (mon Daniel l’ignorait) se mêlaient, à mes actuelles. Lectures ! Deux biographies « Père-fils », celle d’Amédée Papineau, en chicane avec son père, le chef des Patriotes. Je lis aussi ( « Le moine et le philosophe ») la bio d’un savant, Ricard, qui quitte tout pour devenir le chantre du Dalaï Lama ! Imaginez le monde séparant Revel, papa journaliste et le métaphysicien réfugié au Népal !
Quand Louis-Joseph Papineau (ex-condamné à mort) a le droit de rentrer d’exil —il a fui aux Etats-Unis où le Président Grant refuse de l’aider, puis à Paris où ce sera le même refus d’aide—« le père » se réfugiera dans son tranquille manoir seigneurial. Scandakisé. Choqué, le fils fera tout pour le remettre aux combats nationalistes. Rien à faire, Amédée enragera de voir ce « Papy-Louis-Joseph » abandonner l’action politique démocratique. Ce fils aîné, le célèbre tribun en avait fait son jeune secrétaire, l’avait amené partout aux tumultueuses assemblées des années 1930, avant les Rébellions armées.
Les motifs de mésentente entre mon fils et moi sont bien légers face à cet intéressant récit de Francine Lachance (Boréal). C’est un livre bien documenté, fort instructif sur cette époque terrible, maudite, quand La « Couronne royale » nous infligea d’abord (1840) cette union forçée, « L’ Acte… » Comme ( en 1867) cette fausse Confédération (si chère à Harper), un machin diabolique pour nous mieux diluer, une patente infâme afin d’augmenter cette dilution, la domination et avec la collaboration du clergé catholique soumis à la monarchie d’Angleterre. Et Amédée Papineau ne tua pas son père.

 

 

FONDUE

 

 

Oui, ça fond maintenant, fonte des restes neigeux qui fait entendre son agréable —bon débarras !— gargouillis aux quatre coins des toits des maisons. Familière petite musique printanière ! Qu’on apprécie, pas vrai ? Partout dans nos chères collines s’enflent ruisseaux, rivières et lacs, « et ça coule ça madame !(la chanson)  »

Tenez, allez donc faire une petite visite dans ce coin sud de Mont Roland. Il y a un pont sous la Nord en furie sous le vent. Un carrefour stimulant où se dévergondent en puissantes tourmentes, la rivière engrossée de tant de…fondues ! C’est ma foi, hugolien ! Pas loin des ex-usines de la papeterie d’antan, voyez ces flots en rage, cette furie aquatique. Cela vous énergira, promis !

Ma joie donc, voyant —enfin, enfin— la gouttière de ma galerie qui bave de sa gueule de tôle pendante. À chaque printemps d’avant Pâques, j’ai souvenir de nus, les gamins qui cassent, à coup de barres de fer, l’épaisse glace des trottoirs. En effet, dès avril, rue Saint-Denis, c’était cette hâte de garçons robustes, celle de revoir le bitume, le ciment, le béton; en finir « au plus sacrant » avec l’hiver. Slogan de Mai’68 : sous les pavés, la plage !, nous ? de pousser aux caniveaux ces oripeaux glacés, sous la glaçons sales la liberté ! Sortir nos scooters, voiturettes, patins à roulettes.

Ces jours-ci, me rendant chaque matin au Calumet —journaux, magazines, cigares rares—, je sors de ma Honda pour affronter la très vicieuse « glace noire ». Chaque matin donc, le risque de me casser la gueule. Fin bientôt de croiser sans cesse dans nos rues d’imprudents enfants les quatre fers en l’air ou des vieilles personnes déambulantes à petits pas calculés; surtout dans la raide Côte Morin. Que de visages effrayés, tremblés par la peur. Moi ? Ah tiens, tiens, je vais m’acheter une canne.

Ô saison, ô glaçons !

Reste un fait : ça y est, ouf !, on y est, terminus ! Avril est la fin du long hiver. Mais oui, bientôt on verra des bourgeons aux arbres. Un premier, coucou !, joli pissenlit —vulgaire dent de lion. Ou encore une touffe de gazon mystérieusement bien vert. Délivrance !

Parfois, Raymonde et moi, on tente d’imaginer les premiers émois de nos ancêtres. Voire la détresse, la stupéfaction de nos premiers émigrés, venus du Poitou, de Normandie, de Bretagne ou de cette douce « Ile de France ». Le choc des hivers ! Oh mon Dieu ! Et en un temps totalement dépourvu des commodités actuelles. Cinq ou six longs mois isolés en leurs terres « de bois debout » , perdus au milieu des « arpents de neige », sacré Voltaire.

Mais bon, résistants farouches, nous voilà toujours ici, descendants des effarouchés. Bien mieux armés par cent et cent progrès. Ce confort, inimaginable jadis. Pourtant on se plaint des hivers « qui n’en finissent plus ». Voir cette année 2014. Bon. D’accord n’en parlons, voici le beau temps revenu. Combien sommes-nous —pas seulement les jeunesses— à nous promettre de jouir mieux que jamais, des trois belles saisons qui s’amènent ? Dont la plus excitante, la toute prochaine, le printemps. Excités, il y a dans l’air, vous le sentez, de vagues espoirs des petits et grands bonheurs. Une joie floue avec des projets naturalistes : randonnées idylliques, fêtes extérieures. Avec des promesses, sorte de résurrection d’après-Pâques ?   Inviter l’ami négligé. Ou ce bon vieux camarade perdu de vue. Inviter une sœur isolée, négligée. Ou un frère perdu de vue. Ou ce papa vieilli et esseulé. Ou une mère. Se réconcilier avec un adversaire. Raccommoder cette rupture bête, d’une vaine chicane, d’une querelle idiote.

Oui, avec le printemps, faisons cela.

MAMAN !

« Maman, maman, maman, Yves, ton grand gars ivre / arrive, maman, au bon moment. » C’est de la poésie de feu Germain Nouveau, le meilleur copain de Rimbaud.

Une fois, j’étais rentré tard à la maison, un dimanche et… un peu « paqueté ». J’avais dix huit ans. Ma mère (qui guettait mon retour j’en suis certain) me voyant tituber, avait dit seulement : « Si ça a du bon sens, à ton âge ! Va vite te coucher. Le collège demain ! ».

C’est cela une mère ? Je regarde justement une mère et ses fillettes dans ma chère piscine du « Excelsior ». Je vois une femme avec « des yeux tout le tour de la tête », un peu anxieuse. Quoi? Une « mère-poule » ? C’est tout bonnement une mère !

Depuis même avant l’antiquité et jusqu’à ce avril 2014, il y a eu, il y a, il y aura… ce fait têtu : une femme qui est une mère sait d’instinct qu’il faut surveiller, couver et protéger. Quoi donc ? L’avenir. Nous tous. Au juste quoi ? La vie.

Je l’observe donc sous un soleil qui éclabousse l’immense serre (et son palétuvier feuillu), elle est un « beau radar humain ». Dans l’eau bleue, salée et chlorée, allant de l’une à l’autre, avec ses beaux gestes protecteurs cette « maman » sourit, rapprochant celle qui s’éloigne trop vite ou, au contraire, éloignant la froussarde trop timorée. Que je suis ému par la sobre beauté de ce dévouement immémorial, bonté toute gratuite, obéissance automatique. À sa nature, à sa fonction viscérale.

Antipode ? Dans la Côte Morin, cette pauvresse en loques, qui pousse, les yeux exorbités, son vieux carrosse. Dedans, des petites jambes pendantes, la tuque de travers, des petites mains nues rougies, sa fillette dépenaillée. La croisant, je l’entends qui sacre, la bouche écumante. Mais oui ! Une mère inapte et il s’en trouve ici comme partout ailleurs. On a mal. On devine le « désavenir » de rejetons malchanceux. Rien à voir pourtant avec… —oui, j’avoue— avoir eu honte souvent de ma pauvre maman se vêtant d’oripeaux pour feindre « la misère noire » et m’amener la voir négocier âprement avec ses « chers » marchands juifs, rue Saint-Hubert, Wise Brothers ou Greenberg.

Aujourd’hui, j’ai honte de ma triste honte. Mais quoi, on feint de l’ignorer, les enfants ont une fierté terrible.

Cette souriante surveillante du Excelsior et cette pauvresse débordée et ma mère… que de contrastes !

Je verrai la neuve « BMW » dehors quand cette si gentille « matrone » quittera, avec ses fillettes, mon auberge de la 117. C’est tout à fait cela : riche ou pauvre, lune maman est une maman, à moins de misère grave et cette bourgeoise n’est pas moins couvante que ma « pauvre » mère.

Avec une flamboyante voiture « Porche », ou à pied, une maman reste une maman. S’inquiètera sans cesse du sort de ses petits poussins. Ma mère encore en 1949 : « Tu devais casser avec ta Michèle de la rue Vivian, de Town of Mont Royal. Tu seras malheureux, on est pas de la même classe. »; une mère craint des humiliations à venir ? Plus tôt : « Ça suffit tes balades tous les soirs au Parc Jarry avec cette dévergondée de Marion Hall, pense à mieux étudier si tu veux un avenir qui aura du bons sens ! » Oh maman ! Tout jeune, il n’y avait pas de piscine salée et chlorée, il y avait, par canicule, la grande cuvette sur la galerie d’en arrière et maman venait sans cesse examiner si mon petit frère, Raynald (trois ans), se tenait solidement au rebord ! Plus grand regret encore d’avoir eu honte de cette « marchandeuse » de culotte « breetiches » chez Greenberg.  

 

 

 

 

 

VIVRE « DANS L’ NORD »

 

Jeune collégien, skieur, « le nord » m’était comme un conte de fée. Y aller, l’hiver, c’était comme un immense « terrain de jeux » ! Mais en m’installant à demeure, —juin 1978— je changeai de perspective. Une chanson criait : « Y a des écoles à Las Vegas… Y a des églises à Las Vegas », dans les Laurentides, il y avait tout ça. Depuis très longtemps. Pas juste des côtes de ski, « y a même des itinérants », disait le téléjournal l’autre soir.

Les habitants de nos villages laurentidiens ( le terme  laurentien engloberait toute la vallée du St-Laurent) font tous les métiers; mais oui, les mêmes que les citadins. Alors chantons : y a des menuisiers, des cuisiniers, des notaires, des maçons, des médecins, des plombiers et des pharmaciens.

Dès 1978 donc, je prends vite conscience que « le nord » était un territoire peuplé d’humains variés et pas seulement des moniteurs de ski. Hors les jolies collines, plein de rues avec de vraies demeures pas que des résidences secondaires pour « petits t grands bourgeois » venus de la métropole. 1978 et ce ne fut pas long que je dénichais —pas seulement les excellent restaurants— où logeaient les artisans indispensables à la vie normale; pour acquérir du mobilier commode, pour faire réparer les appareils domestiques, etc. Une place de « vrai monde, de vraie vie », pas juste de lacs jolis, de sites à ski. Peu à peu ceux qui s’installent « dans l’ nord » prennent conscience que ce sont des lieux qui offrent , eh oui !, les mêmes services qu’en ville.

De Saint-Jérôme à Sainte-Agathe —et même Tremblant— « le nord » n’est pas du tout qu’un gigantesque « terrain de jeu », oh que non, à 45 minutes du boulevard Gouin, « le nord » se montre apte à fournir n’importe quel service et mon petit bottin contient les coordonnées de marchands divers, utiles. Y compris celles de compétences plus rares… pour ces prothèses utiles au demi-sourd. Nous avons de nombreux écrans de cinéma et même des salles de spectacles : Le Patriote, à Sainte Agathe, la salle Norbert-Morin, à Sainte Adèle-en-bas, celle du « Marais », à Val Morin.

Aussi habiter 52 semaines par année « l’ nord » n’est pas s’isoler. Le monde de Séraphin Poudrier c’était il y a un siècle ! Il y a des galeries d’art, des biblios publiques, des cliniques et deux hôpitaux de bonne renommée avec de bons soins (j’ai fréquenté les deux). On y trouve depuis longtemps de ces grands marchés sous diverses bannières, des boutiques spécialisées (saucisses ou fromages, etc.). De ces très « grandes surfaces », ce qui ne me convient pas cependant. Ma compagne est une assidue d’un tout moderne « gym ». Hélas, aucune librairie, eh !, on ne lit pas davantage par ici qu’en ville. Certes, pour lire en 2014, , il y a l’Internet. Et de ces liseuses électroniques, j’ai mon « Kindle » bien bourré de titres littéraires et documentaires.

Avançant en âge —comme tout le monde— j’en suis arrivé à calculer les mérites d’un déménagement en ville, un jour ? Très vieux et sans le cher « permis de conduire », « la » résidence ? Je ne sais plus. Visitant des « plus ou moins » autonomes, je découvre un « HSLD » tout neuf ou bien une modeste auberge aux chambres « adaptées », des refuges fort bien aménagés. Bon, on verra. Tout ça pour dire bien haut que je me suis trouvé une deuxième « petite patrie » et que je l’aime; quand j’arrivai au rivage du petit « Lac Rond » ce fut le bonheur. Notre logis a plus de cent ans, n’est pas une « bâtiment monstrueux », un gîte que ma compagne dénichait en 1973, pour vraiment « pas cher » par rapport à l’argent actuel.

Bizarre mais quand je dois descendre en métropole, j’y suis pas bien du tout, moi qui y suis né, je n’y suis plus vraiment à l’aise, j’ai toujours hâte de remonter… dans l’nord !

 

 

PARLER CHINOIS RUE MORIN ?

 

Quoi, des langues disparaissent ? Êtes-vous au courant que l’Empire des Romains a sombré ? Que celui, tout aussi puissant, des Grecs anciens aussi ? Que la Perse connut la puissance et la perdit ? Que dire de l’Angleterre, puissance toute rétrécie et que dire de cette France puissante colonialiste jetée à terre ? Pensons aux Arabes musulmans, puissants envahisseurs d’Afrique, installés jusqu’en Espagne.

Ainsi, furent réduits, démolis des empires fabuleux, l’un après l’autre. Les petits pays (Québec) dominés, accrochés à ces puissances, se retrouvent-ils chaque fois plus libres ? Un célèbre penseur Allemand, Stephan Zweig, visita le Québec en 1911. Dès son retour, il confia au journal de Francfort, son admiration : « Ces Français d’Amérique du nord sont admirables de ténacité. Ils mènent une lutte héroïque. » Zweig ajouta : « On doit prévoir qu’ils seront assimilés par la culture anglo-saxonne qui est dominante sur tout le continent. » Bang !

En 2014, on peut dire que ça y est, que ça vient et vite. Observez bien la galopante attirance pour la culture populaire toute puissante, musique pop, variétés, télé et cinémas. Pas vrai ? Observez la jeunesse livrée volontariste à cette sauce impériale-USA. Cent ans plus tard, la terrifiante prédiction de Zweig va s’accomplir. À moins d’un sursaut (improbable) on peut compter les années avant l’assimilation aux USA (et ses satellites, Australie, Nouvelle Zélande, Angleterre, Canada-anglais. Le français est méprisé, bafoué en métropole, sous le séduisant joug d’un « vouloir vivre » à la sauce USA ! Résistance ? Nenni et plein de journalistes publicisent et louangent cet univers du puissant voisin. Si tu protestes, ces demi-assimilés diront « vieux schnock ».

Mais attention: les Américains ne sont pas coupables et méchas, non, non, « ils sont ». Jusqu’à leur chute, comme Grecs, Romains, Perses, Arabes, etc. Nos mollusques, carpettes et demi assimilés —les Cormier, Brunet, Elkouri, Cassivi, Dumas, etc, etc.— publicitaires serviles servent de simples « courroies de transmission » à l’actuelle puissance, hélas voisine, USA. L’assimilation est enclenchée et la fatale prédiction du Zweig se concrétisera. Attention : pas de panique, personne ne va en mourir ! Juste une tristesse infinie. « Toutes les civilisations sont mortelles », a dit Paul Valéry.

Lâche et molle comme Montréal, à Paris aussi on se vautre allégrement dans « l’anglo-way-of-life », parlant franglais avec complaisance, pâmé des produits made in USA. Tout comme ici, résistance zéro. Consentement joyeux, une sotte vanité, idiote acceptation. Un signe ? Voyez les Najari, les cinéastes du tout récent film titré ARWAD (une ville en Syrie). Arwad fait voir la détresse de l’assimilation. Dont, je le répète, on ne meurt pas. On y voit : Des parents exilés ayant conservé leur culture, leurs enfants qui parlent à peine leur langue et les petits enfants ? Ah, c’est fini. Douleur d’une grand-mère (en visite) qui ne peut plus communiquer avec les siens ! Ça va nous arriver collectivement. Une question de temps. Certains se moquaient d’un film (saboté) de Lise Payette au thème dérangeant : « Disparaître ». Rire jaune garanti. Dans peu de temps. Ce sera la victoire de nos « collabos », Brunet, Hugo Dumas, etc. Écoutez ce jargon mou des jeunes, voyez le web des « réseaux » dits sociaux, pénible créole. Avec des expressions « in english », mode illustré par un Marc-Labrèche. Alors, en quelle année l’extinction complète, je ne serai plus là.

Plus tard, règne-USA exclus, entendra-t-on rue Sainte-Catherine —ou rue Morin à Ste Ad— parler mandarin chinois ? N’en doutez pas car viendra le tour de la Puissance-Chine.

« AH ! QUE L’HIVER TARDE À PASSER » (chanson)

Comme ma mère, je chante tout le temps. Chaque fin d’après-midi dans mes « saussades » éclaboussantes sous mon petit palétuvier en serre chaude à l’auberge l’Excelsior. Je fredonne n’importe quoi. Dont ces inoubliables « tounes » qui parsèment nos vies. À mon âge, c’est devenu un vaste répertoire. Je navigue entre « la mère Bolduc » et le génial Félix, entre l’admirable Brel et le sombre Ferré; je pige dans ce sac « pop » rempli aussi de folklores en tous genres; même de ces comptines car, devenus vieux, tout remonte, la plus lointaine berceuse, de celles que nous chantonnèrent nos mômans au bord de nos berceaux de bien petits fragiles poupons. Ce que, tous, nous fument un temps, même toi le géant aux chairs abondantes.

Je tends l’oreille tendues chaque fois que j’entends un passant, un voisin, un inconnu, entonner un air. Qu’il sort machinalement de son vieux bagage musical élémentaire. Chanter en somme pour s’empêcher d’angoisser, de trop jongler, oui, on chante parfois pour oublier ? La chanson —on fait mine de l’ignorer— nous est un doux refuge, un abri chaud, un fort bien commode, un lien vital, un familier confort, un tissu sonore romantique, un oreiller de douceur. Souvent, une nostalgie bienvenue dont on a soudain besoin. Les chansons sont un calendrier illustré de mille pages remplies de brefs « bons moments ». Palliatif aux jours sombres de nos vies.

Chaque petite musique apprise par cœur —à force de répétitions— marque avec précision un moment précis de sa vie. Oui, j’aime la chanson et j’ai besoin de la chanson. Je connais des gens qui ne chantent jamais. Qui ne turlutent même pas. Pas le moindre marmottage ne sort de leurs lèvres. Une froideur, une indifférence, de la timidité, de la vanité :

« Je chante faux ! » Honte niaise. Chez ces « durs » pas la moindre ligne musicale, pas même trois ou quatre mesures. Rien ne sort de leurs tristes gosiers —gorges profonde de solitude— rien, aucune petite poésie populaire qui appartient pourtant à tout le monde. Ces personnes « sans chansons » ——comme dans « sans desseins »— me semblent à plaindre.

Apprenons aux petits enfants autour de nous à chanter, gage de bonheur ordinaire pour plus tard, banque facile d’accès. Certes, ces mutiques me sont un mystère à moi qui aime tant chantonner. Matin, midi ou soir. « J’ai pris la main d’une éphémère… », merci Ferré. Ou, Georges Dor : «  si tu savais comme on s’ennuie… ». Surdoué Rivard, « pour aller faire tourner un ballon sur son nez… »

Prise par sa trâlée, Fabienne Thibault, ma mère chantait toujours.de tout, du Jean Lapointe : c’est dans les chansons…du Vigneault : Ah ! que l’hiver… Ou Dor : si tu savais, à la manicouagn… on est des bons larrons cloués à nos amours… Oui, précieux trésor et poésie populaire de tout peuple sur cette terre. Certes les rimes sont prévisibles cher Desjardins : « aux pattes de velours… » et «  la peau de ton tambour ». Humble littérature, très utile les jours de petits malheurs ou de gros chagrins. Avec l’immortel Brel : « Quand on a que l’amour… ou : « Ceux-là sont trop maigres pour être malhonnêtes », à Orly. À dix ans, dans ma ruelle, je gueulais avec Tit-Gilles Morneau du Maurice Chevalier : «  Je chante, je chante soir et matin… ».

 

ÉMIGRER, S’EXPATRIER ?

 

 

Un loustic m’aborde ? « On vous entend pas trop l’ancien grognard ? » On connaît ce : « … devenu vieux, le diable se fait ermite. » J’ai trouvé la paix ici. Comme tout le monde, j’ai gagné de l’âge (ô Lapalice !) en vieillissant. Jeune, on ne prend pas toujours le temps de relativiser. À trente ans, échauffé de peu parfois, je grimpais dans le premier wagon de feu.

Exemple, si je n’avais pas grandi et mûri, je dirais comme Michaud : «  Les émigrants mécontents, retournez-vous en donc d’où vous venez ! » Yves Michaud n’est plus très jeune ? Je sais trop que l’expatriation non volontaire est le pire des sorts. B’en d’accord camarade Dostoïevski. Me voilà encore en désaccord avec Yves Michaud. Ce vieux grincheux resté vert, qui se méfie des « arrangements » à tout crin.

Quoi encore ? « Il faut jeter le Bloc. Adieu au Bloc. Au feu ce Bloc fondé par un Bouchard quittant ce risque (oui) du « beau risque » des Lévesque-Mulroney ! La fédérastie « du NEUF CONTRE UN » corrigée, atténuée par le Bloc nuirait à l’indépendance. Oui. Elle améliorait le régime fédéral ? Vite, dit Michaud, jetons la patente nommé Bloc. Les Communes à Ottawa ( avec Rouges ou Bleus, Harper ou Trudeau) doivent se montrer vrais. Cela sans le Bloc maudit comme pion-surveillant…qui les rend hypocrites, menteurs, au moins prudents. Michaud : «  Le Bloc doit débarrasser la place ! » Et puis les temps changent : désormais sans l’aide des Québécois, une majorité « anglo-anglo » peut se constituer à Ottawa. Plus de rôle pour le Bloc.

Okay, fini d’améliorer la fédérérastie canayenne, machine à nous diluer. Ce 1867 fut un appareil vicieux organisé sans notre franc accord. Une année maudite. Vouloir en célébrer les anniversaires relèveraient du masochisme. Donc, l’indispensable Robin-des-Banques, affirme : faut jeter le Bloc ! Et du même souffle —ce preux chevalier des petits épargnants— recommande (faisant hurler les racistes à la Mordecaï Richler du journal The Gazette) que… nos émigrants « à religions variées », qui refusent de s’intégrer, n’ont qu’à décamper. Rentrer au pays de leurs origines. » Bang !

Propos de bon sens, non ? Qui nous change des « ceuxze » qui coupent des cheveux en quatre. Michaud contre la langue de bois. Tenez, venez à Paris, petit portrait, en mai 1981 et voyez un Michaud brillant de culture-à-citations, un peu cuistre. J’y suis l’invité d’honneur pour « Prix France-Québec » ( La Sablière). Chic appartement du digne et noble Grand Délégué qu’il est. On dirait un ambassadeur. Mon Yves, grand’prêtre des cérémonies, garroche ses assertions. Impertinentes ou non. Un marquis à Versailles ! Avec ma Raymonde, ouvrant grands les yeux, je me sentais loin des ruelles de Villeray.

Ce patriote émérite, rencontre plus tard un gouffre écoeurant. Une infamie grossière, cogitée par Lulu-la-Canne, va le cogner, l’insulter. Lucien Bouchard —quoi le piquait, quel rancoeur sombre et secrète ?— va dénigrer en chambre un Michaud « antisémite » ! Pour d’ironiques vagues facéties sur « sa chaise de barbier », le vote est pris et l’homme est déchu ! Malgré —plus tard— les excuses des députés bornés, Michaud ne s’en remettra pas. Avec raison. Ces moutons de Panurge m’avaient dégoûtés.

Je voulais, ici, pour l’édification des Laurentidiens, saluer un esprit libre. Hélas, son courage n’est pas d’un diplomate. « Adieu le Bloc » et « expatrions nos nouveaux-venus » si la « Chartre-Drainville » les rebute…Aïe, cher Yves, à quel âge vieillirez-vous ?

 

AH ! LE TEMPS DES FÊTES

Albina Prud’homme-Jasmin, ma mémé ( côté paternel) nous attendait toute la tralée. Elle habitait Villeray comme nous. Trois coins de rue. C’était une bien « vieille » fée mais nous avions hâte de nous y rendre pour son grand repas décoré du Jour de l’An. Surtout pour les belles étrennes qu’elle nous ferait encore « la môman, (une veuve riche) de pôpa « . La seule authentique « bourgeoise » de nos modestes familles ouvrières.

Papa —endimanché, son long manteau de drap gris, son chapeau de feutre, ses belles guêtres, son foulard de soie blanche, ses gants de « kid »— sortait de la « shed » la grande « sleigt » toute blanche sur ses glisses hautes de tubes métalliques courbés. Un luxe pour les plus jeunes, Raynald et Nicole. Hâte d’abord de revoir le fabuleux grand sapin de « mémeille-la-riche. Pas peureuse comme son fils, Édouard, mon père, les lumières abondaient. Vrai éblouissement dans la fenêtre à vitraux de ion salon. Salon à la cheminée foyer artificiel — où roulait une lumière rouge sous des charbons de verre bleu ! On se pâmait face son arbre archi-décoré : boules de fantaisie, glaçons sans nombre, guirlandes variées, et un ange tenant une lumineuse étoile (de Betléem) au faîte du haut sapin. Fête visuelle ravissante pour mômes pauvres.

Au pied de l’arbre —imaginez nos regards anxieux— immenses boîtes bien scellées, aux papiers métalliques reluisants, aux rubans de soie, avec pompons fleuris. Mystère des cadeaux, toujours fabuleux chez Grand’maman Albina. Elle habitait avec son « vieux » benjamin, l’oncle Léo, cantinier au CiPiAr (C.P.R.), avec la tante Rose-Alba, statuesque —du Maillol— bonne femme. Aussi les deux rejetons, cousine Marthe-la-timide et Jacques, cousin-mutique. Dans sa salle à manger décorée de jolis rubans, c’était…un véritable banquet de gourmets. À la fin, offre de pâtisseries exotiques, inédites pour nous chaque Jour de l’an.

Alors venait un petit moment douloureux pour nous, les enfants, la maudite récitation apprise par coeur à nos écoles. Avec écoute obligatoire des adultes, les pauvres. Au boudoir comme au salon, la soirée se terminera par les inévitables « chansons à répondre » du temps. Ovila le « helper » de l’oncle-des-trains, bouffon dynamique ( sosie du maigre dans « Laurel et Hardy ») chantait (gueulait !). Il s’accompagnait avec son « ruine-babines ». Aussi sa « bombarde, une guinbarde. Oncle Léo osait des histoires un peu cochonnes, mémé fronçait les sourcils: « Voyons Léo ! Les enfants !  » Tard, endormis, on espérait rentrer car on avait hâte à demain et jouer avec ces étrennes. Moi, avec ( une année) ma longue luge (traîne sauvage) de six pieds au beau coussin vert !

Quand cette généreuse « mémeille » mourut, en 1942, le Jour de l’An sera différent, bien plus sobre, « sans arbre illuminé  » à notre logis. Et quand nous seront des « enfants partis », mariés la plupart, on parlera encore de ces fêtes chez grand-maman-la-riche. Ô nostalgie ! Maintenant ? Songer à tous les gens très âgés et solitaires parfois. Souvent « placés’ dans un HCLSD, ou quelque abri-hospice-résidence. Ils guettent une visite…qui ne viendra pas toujours ! Devoir rester seul ce jour-là à contempler des photos, à se souvenir ou à murmurer avec la radio des airs archi-connus. N’oublions pas les anciens. Certains iront à une sainte « messe », ils écouteront les cantiques usés. Ils jonglent celles et ceux (salut Jacques Brel) « qui vont et viennent, du fauteuil au lit et puis du lit au fauteuil » ? J’ai souvent illustré cette mémé-Albina, parler de nos morts c’est les faire revivre. Les ressusciter. Je m’ennuie de cette « vieille fée » ! Du temps achevé à jamais où on se faufilait entre les nombreux tramways,Du temps où on l’embrasait (en grimaçant) cette veuve « en moyens ».

Albina morte, nous avions eu droit à un chalet d’été, avec une grande balançoire, à une chaloupe « verchère » —transformée en voilier avec les draps volés à maman pour explorer les îles au large du Lac des Deux-Montagnes. J’ai pondu 80 demi-heures sur cet héritage ; « Boogie-woogie ». Une série de télé où un élève sortant de Lionel-Groulx, Marc Labrèche, incarnait avec talent « bibi », Ado rêveur. Je me questionne : « Pourquoi Radio-Canada ne passe jamais (en rafale), ce feuilleton qui raconte ces étés à ces « chalets garnis de moustiquaires anti-maringouins » et ces mères « veuves-d’été ? Fameux cadeau des Fêtes, voulez-vous écrire à la SRC ? Je vous dis «  merci », d’avance.

 

DES ÉCRANS AU TNM ? (une maudite mode)

En janvier, au TNM, il y aura, hélas, des « vues » aussi ! Vous avez lu l’article-annonce de la venue, en janvier, d’un nouvel « Icare ». Où ? Au cher vieux théâtre de la rue Sainte- Catherine. Pas encore ça ? Oui, il y aura sur la noble scène des Gascon-Roux-Groulx, des écrans de projection. Une maudite mode et, « littéralement », déplacée. Hue et sus !

Ohé, les Pilon et Lemieux de ce monde : allez donc faire du cinéma ! Débarrassez le théâtre ! Le théâtre est « le » lieu de la pensée et de la parole.

À l’aide de ces écrans, sorte de cinéma (mineur) « décoratif », ce genre de créateur —pas à sa place— montre qu’il méprise l’imagination des spectateurs. Installant son écran sur les planches théâtrales, il fait voir, impose, « son » imaginaire à lui. De tels créateurs, prétentieux et dominateurs, empêchent le libre imaginaire du public, qu’ils bafouent au fond.

Vous jouez dans la mauvaise cour, vous tous, les Lemieux et Pilon. Verrait-on, s’étant rendu dans un salle de cinéma, surgir soudain un pan de décor réel, des acteurs en chair et en os venus se mêler aux propos tombés d’un écran aux images ? Une bêtise, non ?

 

Claude Jasmin,

Écrivain, Sainte-Adèle

MES «’TITES » BÊTES ET LES LUMIÈRES NOËLLESQUES

Avec les premières neiges sont tombées, on découvre parfois des pistes. Allant couper des branches (de cèdre) apercevoir des traces fraîches… on se sent redevenir chasseur, coureur des bois, sauvages à l’affût. J’en vois partant du dessous du long escalier qui s’allongent sur notre terrain vers le vieux saule du rivage. Ma marmotte ? Elle dort pas alors ? Mystère. Ou est-ce le passage d’un lièvre, d’un renardeau ?

L’autre matin allant vers nos boites postales de la rue Richer, encore des pistes filant de ma rue Morin ( nommée jadis « Route Rurale No.Un »), vue de pistes chez Simony ! Ma mouffette ? Pourtant disparue de sous le perron d’en avant ? Tout jeune et amant tant écrire, j’avais composé une nouvelle :« Où vont les « ch’faux » la nuit ? » Je suis d’un temps, cher Azanavour, que les jeunes de moins de 20 ans ne peuvent comprendre » car il y avait des tas de chevaux. Laitier, boulanger, épiciers, etc. Tout se livrait avec un cheval !

En tous cas, on le sait tous, les chats n’hibernent pas comme les ours, aussi mon joli «  noiraud », vif comme panthère, rôde derrière le IGA-Jasmin. Vagabond frénétique que je frôle —à faillir l’écraser, à, chaque périple —aprèsmidien— vers mes piscines de l’Excelsior. Autour de l’École Hôtelière, d’autre quadrupèdes m’apparaissent comme éclairs poilus : maigre chat gris, obèse marcou tigré, désossée chatte orange toujours enceinte ! Mon somptueux angora, lui, semble me guetter quand je descend vers la 117 de la rue Archambault… Ah cette rue, chaque fois, je tente de me remémorer où habitait le poète et ambassadeur, Robert Choquette, aussi feuilletoniste à la télé (« La pension Velder »). Ce zélé souteneur du « Centre d’art d’été » animé par la fille du docteur Rochon me tutérisait. Y étant engagé, il m’offrait des baignades chez le multimillionnaire Bronfman (toujours parti en croisières). Il avait la précieuse clé du grand bain. Sa précieuse fille s’amourachant de moi, ce fut la fin des baignades. Crainte que sa belle héritière aille trop loin avec ce vulgaire « fils-du-peuple ». Rions-z’en !

Je ris aussi en découvrant que mon amour n’abandonne pas un certain romantisme noëllesque car la voilà qui m’implore : « Sors les décorations de la cave, sors nos jeux d’ampoules multicolores, fais-moi un peu de décoration. » Docile, j’ai installé la couronne à la porte d’entré et puis des jeux de lumières au sapin du jardin. J’ai mis aussi des mini-ampoules dans des maisonnettes d’argile trouée sur un buffet. Enfin, me voyez-vous, à mon grand âge, juché sur un escabeau pour garnir cadres de portes de branches de cèdre munies de ces p’tites lumières ? Il y eut étourdissements et danger de chute —ma hanche opérée se re-casserait ?— mais quand on aime hein ? Avant de monter au dodo, c’est son « Oublie pas mon chou de fermer toutes « tes » lumières ! » Ouaille !

Ce matin, de nouveau, émerveillés tous les deux par cette brillante lumière solaire sur la petite plaine blanche, le lac. Bientôt m’sieur le maire ordonnera à ses services la pose des anneaux circulaires, pour marcheurs, skieurs de fond, aussi les deux patinoires, aussi de ces bancs sur l’eau gelée, pour nous tous, la Secte des adorateurs de l’Astre!

Pas moins romantik-cul-cul q’elle, je me surprend à entonner les sempiternelles musiques du temps des Fêtes : Beau sapin, Petit tambour, Sainte Nuit et je songe à Germaine, ma mère morte, chantonnant « Petit papa Noël » avec son cher Tino Rosi. Chez moi, mon papa, membre du Tiers-Ordre, archi-pieux et peureux, ne permettait aucune lumière : « Danger d’incendie ça ! » Pas l’arbre « des lumières du nouveau solstice », nous n’avions au salon qu’une vaste crèche avec tout le monde nazaréen peinturluré; « Peuple à genoux » et attend ton rédempteur ! »