Au balcon du Château!

 C’était connu. Les ados de Villeray en rigolaient et s’en excitaient. Au balcon du cinéma du coin, le Château, il y avait Paulette.

Oui, Paulette Ringuette, une voisine  de la rue « Drolette ». Que de « ette » ! Apprenant sur les manèges « de cette « vraie putain » (leurs mots), nos mères, scandalisées, en furent affreusement offusquées. Cette « démone » des après-midis blottie —ô « 7ième art »—, mal cachée au balcon, exigeaient 25 « cennes » pour un « poignet »,  50 « cennes » pour « un ouvrage de bouche ».

Pareille barbarie en pays catholique ! Nos mômans, puritaines ou non, s’en couvraient la face ! Le règne de Paulette Ringuette de la rue Drolette… ne dura pas très longtemps. Dénoncée, elle se ramassa à « La Lorette » de Laval des Rapides, une prison pour délinquantes graves !

Cette maison sinistre était voisine de chez mon « pépère Prud’Homme », là où nous y allions souvent, toute la sainte famille en visite le dimanche. Or, un jour, brin de foin au bec, me promenant dans un champ, je me trouvai un bon dimanche face à face avec… la démone en personne, Paulette de Lorette, accompagnée d’une gardienne en uniforme ! « Salut tit-cul Jasmin, toujours étudiant oui ?, p’tit voyeur du balcon du Chateau? »

Je riais jaune jouant l’étonné, mon frère cadet Raynald était à mon coté. J’ai osé : « Tu es emprisonnée pour combien de temps p’tite bommesse ? » Elle rit et dit : « Quoi, tu veux revenir hanter le balcon du Château ? ». Sa surveillante en uniforme éclata en rires.

De fait, pas bien longtemps plus tard, notre dévouée Paulette était de retour « au boulot », dans Villeray. Mais le temps du balcon était terminé. On racontait au restaurant de papa qu’avec trois ou quatre délurées, la divine Paulette protégée par un « p’tit mon oncle » vicieux, avait ouvert un discret et populaire bordel officiel, en pleine rue Saint-Hubert, juste au dessus du Steinberg ! Tous les zoot-suits fréquentaient volontiers ce lupanar à bon marché. Un jour d’un beau juillet chaud et très ensoleillé —crac et bang !—,  fermeture —et à jamais— du vilain commerce de Paulette. Le guilleret et grouillant paroissien de Sainte-Cécile, le notaire Despaties, tombé subitement veuf, ne le resta pas quinze jours. Il était devenu le riche respectable mari (devant curé) de cette diffamée jeune Paulette.

Et, bien entendu, grand cocu du petit territoire.

Gamins, quand on le moquait dans ses promenades de santé en agitant nos doigts en forme de « cornes de cocu », il riait tout le premier. Un peu plus tard, ce brave Joseph-Maurice Despaties fut trouvé, cadavre déjà refroidi en un « froid » matin d’hiver. Au fond de son hangar, avec plein de buches-de-bois dans les bras !     

Adieu monde cruel et aux salons de Rémy Allard rue De Castelnau, on y a vu un bon cortège de ses chères et tendres « assistées » sociaux. Car le Despaties avait un coeur grand comme… sa naïveté.

Un soir de veillée, une très grosse dame, vraiment « hénaurme », très frisée et très fardée, vêtue de noirs linges partout,  soudain, s’y  présenta, entourée de trois jeunes bambins. Ce sera surprise et chuchotements ! Priée de s’identifier par le directeur des Salons, elle déclina fièrement : « Je suis la mère, la veuve de ces trois enfants qu’en secret, il adorait ! »     

Silence partout rue De Castelnau ! Fertile, la grande démone du balcon du Château !

Publié dans le ejournal de Rosemont-La Petite Patrie

« Publier sans cesse »

 

L’année 1975, inoubliable pour ma carrière en cours, une année étonnante, ce sera pour moi une année épatante, fructueuse, et qui me combla à fond comme auteur. À la télé, j’ai sans cesse des invitations. Pour des billets. Des débats à Tva, Canal 10. Michel Tremblay en est très souvent et il affirmera s’être fait connaitre grâce à ces prises de bec. Celles surtout sur le « joual ».

On m’offre souvent des participations à des talk-shows, j’y passe l’un après l’autre. Je me ferai vite une réputation de farouche pamphlétaire. Et à jamais.

De plus, en 1975, je serai invité par le fondateur Pierre Péladeau (qui m’appelle son p’tit bum préféré) comme chroniqueur. Il y en avait très peu à cette époque. Cela tous les matins donc 365 articles par année ! Et durant des années ! Cette année-là, le quotidien « La Presse » publie, chaque soir, la biographie de mon enfance, « La petite patrie ». Le quotidien avait été son éditeur.

Comment ? En 1972, j’allais expédier « La petite patrie » à des éditeurs de Paris, me disant, que l’extrême « régionalité » du sujet pourrait justement faire son succès, par exotisme. Le lendemain de Jour de l’An 1972, rencontrant Stanké dans le hall de Radio-Canada il me dit souhaiter très fort publier un texte de moi. Flatté (?), je lui donne le manuscrit et Alain l’accepte le lendemain et il en fera un succès fécond.

Avec femme et enfants ( Éliane et Daniel), en vacances d’été de 1964, ce sera en petite coccinelle-63 le classique « tour de la Gaspésie ». J’en rêvais. Au retour, en janvier de 1965, j’ouvre ma petite « Royale portative ». Et toute l’ossature du roman « Pleure pas Germaine », chapitre après chapitre, va se rédiger fidèlement à partir de mes notes de voyage. De Villeray (rue Drolet) à Percé, et cette nuit de feu-de-camp.

Devenu pigiste à « Québec-Presse »— dirigé par Gérald Godin qui est aussi éditeur de la revue « Parti-Pris » (ainsi que des éditions éponymes), je confie à Godin le manuscrit gaspésien. C’est 1965 et lui-aussi, comme Stanké, me dira « oui » le lendemain de sa lecture. Ce sera un « hit » renversant.

Mon tout premier roman écrit en 1958 (avant 1960 et« La corde au cou ») parut en 1959, dans une revue littéraire à tirage plutôt confidentiel : « Les Écrits du Canada » (le numéro 7). Stanké, bombardé chef-éditeur chez l’énorme « L’Hexagone », ayant lu ce numéro 7 des « Les Écrits…», voulut en faire un livre et le fit. À mon grand contentement.

-30-

MORT DE RICHARD MARTIN

 

par Claude  JASMIN

«  Entre dans la lumière Richard Martin, ta mort  toute récente t’indique le passage. Richard, ancien gamin de Notre-Dame du Rosaire, tu lorgnais longuement, la vitrine du pâtissier français en face de l’église, rue Villeray. Je te voyais, tu sais, le fou des milles-feuilles. Tu disais: « Chez nous, on a pas les moyens, ça fait que je les mange des yeux ! »

Un jour, tu était devenu riche, connu, célèbre, toi le petit noiraud fringant, ex-élève chez de Sita Riddez, commandant désormais des textes —dont mon « Procès devant juge seul »— organisant des troupes, mettant souvent à l’horaire du prestigieux « Téléthéätre », des spectacles étonnants. Reviendras-tu en cachette pour nous en causer ? Car, là-bas, dans la splendeur des lumières du pays des morts, on t’invite sans doute à produire des spectacles comme tu les aimais. Avec des textes et des acteurs solides, des décors épatants, des costumes brillants ?

En ce vaste paradis promis, Richard Martin, garde-nous des places et réserve-nous au moins un petit banc, un tabouret, on verra de nouveau de tes mise en scènes originales. Oui, mon Richard, chaud camarade, je t’imagine en des chantiers hors-temps, comme tu étais dans les studios d’ici : l’œil bien allumé, tes gestes d’amour fou du métier, avec ton chiffon de pages écrites que tu agitent.

Entre mon grand mort dans « l’espace-temps » indicible, tuas, n’est-ce pas, gardé ta foi vive, ta dense ferveur, tes élans pleins de génie, tes précises indications au bec, tes regards inflammables, tes décrets de directeur, criés ou susurrés, c’est vrai hein ?, tu as repris ton métier adoré et des anges découvrent ce Richard Martin, dément heureux, au milieu de ces chers comédiens.

Adieu Richard, salut !

(30)

LA PETITE PATRIE, « AVEC LE TEMPS, VA… »

prop-img-726

Jeunes d’aujourd’hui (et moins jeunes ?) rendez-vous à 18 h., tous les jours, (avec reprises à midi, le lendemain) au canal ARTV. Dès lundi prochain 15 décembre, je veux vous raconter la modeste existence d’un collégien du quartier Villeray. On va rediffuser (en rafale) mon feuilleton, une autobiographie, illustrant la « petite bourgeoisie » de cette époque. Dite « d’après-guerre ». La vie d’un monde de condition modeste : mes parents, l’excellent Jacques Galipeau en papa, petit restaurateur et maman avec l’inoubliable feu-Gisèle Schmidt. Aussi mes sœurs, Louise Laparé, Christiane Pasquier et la très drôle « benjamine », incarnée magistralement par » Louise Rinfret. Ce sera aussi les portraits hilarants des voisins, rue St-Denis, aussi mes « blondes », des « zoots-zoots », des camarades du collège aux prises avec les sévères Sulpiciens. J’avais pris grand plaisir, en 1975, à peindre ce florilège (1948-49) et j’espère un plaisir partagé. Vous allez découvrir des « us et coutumes » disparus. Ces images furent composées avec grand soin par feu-Florent Forget. Je me souviens des recherches (des costumiers) dans de vieux catalogues de chez Eaton ! Le jeune Vincent Bilodeau, frais diplômé, s’est plu à me ré-incarner en grand dadais vaguement rebelle à la recherche de flirts. Bilodeau s’amusa à rencontrer mes « vieux », à jouer dans mes anciens décors.

Ma série fut rediffusée avec succès d’abord en 1980 et une autre fois en 1990. Cette troisième rediffusion par Radio-Canada (que le régime conservateur de M.Harper veut amaigrir) fait bien comprendre le côté « documentaire ». En effet, ce marchand de glace criard —« Glace en haut ? Glace en bas ?— , ce maraicher ambulant de ruelles —« On a des carottes, des radis, de la belle rhubarbe » !— ce cordonnier de la rue Drolet (Pascale Colliza), ce petit épicier (M. Bourdon, toujours là, rue Chateaubriand), etc., forment une fresque désopilante des petites gens d’un monde aujourd’hui disparu.

À lundi donc. À six heures comme on disait jadis ?

 

Claude Jasmin, écrivain, Ste-Adèle

 

Pour plus d’information sur cette rediffusion de La Petite Patrie, cliquez ici

ANGELA : Une sorte de « travail en progression constante » (work in progress, dit l’anglo-saxon) publié pour vous, ici.

LUNDI 24 novembre 2014

Je sonne le départ d’un étrange travail. Livrer le cheminement d’un projet de bouquin. ANGELA. En faire son « journal intime ». Étaler les efforts, et les plaisirs aussi, en vue d’une nouvelle création scripturaire. Qui sera publiée en 2015. Une sorte de « travail en progression » (work in progress, dit l’anglo-saxon) constante.

Bon. Go…on y va ? Oui, je pars. Ma seule grave question ? Comment ouvrir mon récit ?

Cette troisième histoire « d’amours de jeunesse » racontera un tout « premier amour », à 16 ans, un émerveillant roman naïf, une chaude vision, romantique certes, en somme, une excitante folie, cette première rencontre et puis toutes les autres dans une banale ruelle du quartier Villeray. En mai 1946, à la fin de la deuxième Grande Guerre quoi, le roman de deux jeunes coeurs innocents.

Après « Anita » (chez XYZ, 2013) et puis « Élyse »(chez XYZ, 2014) », ce sera le dernier témoignage de ce temps des « premiers amours ». De cette juvénilité des sentiments attendrissante, de la candeur adolescente de cette époque.

Bon.

Courage. J’y vais. J’y fonce : comment, de quelle façon, ouvrir le bal fou des mots ? Par quel angle ? Quel biais ? Quel grand moment « premier » ?

J’ai une petite page de notes : « l’église italienne, le marché, les potagers des Italiens dans les cours, les deux « madames Di », Diorio et Diodatti, commères attachantes sur le balcon voisin, rue Saint-Denis, journal parlé et si utile aux oreilles fouineuses des commères locales. Aussi, y fourrer la « diseuse de bonne aventure », une vieille célibataire « tireuse de cartes » acharnée. Le fruitier aux palabres incontinents, M. Arthuro Diblasio, M. Frank Capra-la-mosaïque, le gras nabot M. Pascale Colliza dans sa la cordonnerie. Etc.

On pourra donc lire ici les hésitations, les « états » divers en cours de rédaction, les petites et grandes corrections, bref, les versions différentes de chaque chapitre d’ « ANGELA ». Go !

Je me décide donc, en ce lundi matin au ciel sombre, à inscrire CHAPITRE UN.

NOTE DU WEBMESTRE:

L’AVENTURE EST TERMINÉE. LES ABONNÉS À CE SITE ONT PU LIRE LE BROUILLON DU RÉCIT AU FIL DE SON ÉCRITURE. LES TEXTES SONT MAINTENANT RETIRÉS AFIN D’EN PERMETTRE LA RÉVISION, LA RÉÉCRITURE ET L’ÉDITION.

29 janvier 2015

MON ROMAN HOMO

La semaine de « la fierté gaie » s’est terminé et on peut voir le film «  Yves St-Laurent », couturier célèbre, avec droit à mainte séances « physiques » entre des défilés de mode. Les temps changent. Les homos, c’était tabou il y a pas longtemps. EN 1956, Rentrant (pour trente ans ! ) à la scéno de Radio Canada, deux choses. 1-c’est une mini-ONU : deux Russes (dont Nicolas Sologoub qui vient de mourir), deux Allemands, un Hongrois, un Roumain, un Polonais. 2 : J’y découvre une quinzaine d’homosexuels (souvent surdoués) et s’ensuivent des amitiés. Avec confidences, aveux, confessions. Dès 1960, je rédige « le roman d’une passion homosexuelle et je le titre : « Délivrez-nous du mal » —toujours trouvable en biblio.

Je ne suis ni André Gide —« Coriolan »— ni Marguerite Yourcenar —« Mémoires d’Hadrien »— mais je lis dans une revue parisienne, Arcades : « Enfin un tout premier roman franchement homosexuel et, étonnante surprise, il est signé par un jeune canadien-français-catholique du Québec ! »

Les critiques, dont les deux « papes du temps » —J.Éthier-Blais et G.Marcotte— le louangent fort mais l’éditeur René Ferron se désole de voir revenir des boites « non ouvertes » avec : « Nous ne vendons pas cette sorte de littérature ! »

Avant publication, des journaux ébruitent : « Un roman de Jasmin portera sur la question homosexuelle ». Aussitôt des camarades s’inquiètent : « Merde, qu’est-ce tu oses raconter sur nous ? ». Je les rassure. Mon manuscrit fut offert d’abord à Pierre Tisseyre, mon éditeur de « La corde au cou ». Ce dernier le refusa. « Ah non Jasmin !, non, c’est à réécrire, il n’y a pas de chair, on ne les voit pas vraiment en action ! » Étonnement vu que ce Tisseyre « paraît » son jury —oui, oui— d’un aumônier.

« Délivrez-nous du mal » connut un fort bon succès. Tellement qu’un tout jeune cinéaste —Jean-Claude Lord, avec hélas des moyens de fortune en fit un (bien) long métrage Ses deux homos ? Yvon Deschamps —oui, oui !— et Guy Godin. Plus tard, Alain Stanké le rééditera « en poche ». En 2014, « Délivrez-nous du mal » relu, il semblera très éloigné du « brutal » actuel, du vulgaire scandaleux de tant de « quasi-pornos » à la mode. Cela au ciné comme à la télé. Les amateurs de crudités le jugeront trop nuancé car mon roman n’a rien à voir avec le « hard » et fait plutôt voir des sentiments humains avec nuances et délicatesses. Oui, les temps changent.

Dans ma jeunesse, il y avait des sortes de « grandes folles ». Certes rares. Dans mon quartier Villeray un bizarre travesti, au coin de la rue Bélanger, habitait derrière le cinéma Château, un certain Julien dit Juju. Il faisait des « sorties » fulgurantes tous les dimanches après-midi, ricanant, se dandinant dans les files de spectateurs, ultra maquillé, vêtu d’une robe rouge, d’un chapeau rouge, de souliers rouges, muni d’un sac à main… rouge. Silhouette rubescente, toute écarlate et cramoisie et qui surprenait grandement les loustics rue St Denis. Mon père l’avait comme fidèle client de sa gargotte. Je l’entendis un jour, paternaliste naïf : « Juju, Juju, qu’est-ce que ça vous donne de vous déguiser en femme comme ça ? Rien ! Promettez-moi d’arrêter ça, ces folies-là. » Et j’entendis la fausse femme : « Vous avez raison, m’sieur Jasmin, ça me donne rien et on rit de moé, m’en va vous arrêter ça, c’est promis ! » Et le dimanche suivant il remettait ça bien entendu. Oh !, dire encore sur ce sujet, qu’au cinéma Pine, les deux acteurs jouant le couple homo parisien emblématique (dont Galienne en Pierre Berger) dans le film biographique,  « Yves St-Laurent » est vraiment, mais absolument, extraordinaires.

« AVEC LE TEMPS, VA »

Mon titre est celui de la chanson nommée « la plus belle de toutes » dans un sondage; Léo Ferré la chante avec cœur. On regarde, ces soirs-ci (archives des guerres) les grandes tueries en Europe; les horreurs du siècle qui vient de finir. On s’incline devant ça, pas par respect, par envie de vomir !

Je me demande : que pensent les jeunes de ces époques à fous furieux (Hitler, Mussolini, Staline) aux manettes de commande. Ici, autour de moi, de nous tous, le monde continue; tenez, ma fille fraîchement rentrée de Floride est bousculée : actions de bénévolat à reprendre. Mon fils, Daniel, plongé en traitements pour de satanés maux de dos. Marco, gendre idéal, tient sa nouvelle voiture, doit vendre la vieille. Thomas, un petit-fils, prépare aux HÉC un stage au Brésil.

Ainsi va le monde, n’est-ce pas ? Du trouble, des énervements. « Le temps, le temps et rien d’autres », chante ma radio, oui, le temps ! Qui se sauve de nous en ricanant. Quoi ? Chanceux, les étendus dans des hôpitaux ? Certes non. Il reste, oui, le temps passe trop vite. Alors je cours me cacher de lui et, sifflotant, le nez en l’air, je baigne dans la piscine d’eau chaude extérieure à L’Excelsior. Chacun dans son coin vit la bousculade familière des éphémérides inévitables.

Brève halte pour regarder passer, ému, le grouillant défilé écolier allant à la plage, reliés par un cordon à la monitrice. Et à la vie. Hélas, voir d’autres visages d’enfants dans le journal. Voir la détresse en Afrique noire, Moyen Orient. Voir un maigre gamin aux yeux intelligents mendier à un coin de rue de Bangkok. Oh ! Pas loin d’ici, dans un taudis des Appalaches (Maine), d’autres miséreux. Mon Dieu, dans quels sales trous avez-vous mis tant d’humains ?

Fin donc des « Guerres Mondiales » mais, toujours la persistance des conflits régionaux. Des enfants armés, enrôlés ! Jadis, on savait rien; à 15 ans, courant les filles —de Villeray— sur mon vélo, alors qu’à Paris des bombes pleuvaient, tu me l’as raconté cher Paul Buissonneau; à Londres, à Berlin, à Rome, des enfants couraient aux abris. 2014 et, désormais, on voit tout dans votre salon. Un Sadam Hussein, sortant de sa cachette, seul et se faisant farfouiller la gueule comme un malpropre. Nous ? Non, on voyait peu le dément Hitler ou le despote tyrannique, Mussolini. Ou ce «  tueur en séries » Staline —un temps notre allié ! Assis au salon, on a vu ce « saudit » Oussama Ben Laden se faire assassiner par la Cia. Meurtriers autorisés par Washington ! Encore ? Assis dans un bon fauteuil, voir, couvert de crachats et pissant le sang à pleine gueule Kadhafi, colonel —vénéré à l’Élysée un temps.

Sainte-Adèle dort sur ses deux oreilles. Chantons « Le temps, le temps et rien d’autre » ou le Trenet de « N’y pensez pas, n’y pensez pas trop »…à ces écolières (au Nigéria) enlevées par des « Fous d’Allah ! Mahomet, détestait-il l’instruction autant que ces cons de Juifs Hassidims tordus de Ste Agathe à Outremont ? Ô pauvres prophètes, pauvre Jésus voyant la vieille catholique dégueulasse Espagne de la sordide « L’Inquisition ». Pauvres évangiles, pauvre bible (Thora), pauvres épîtres (Talmud), vieux grimoires interprétés par des tarés. Bon. Assez. Il y a le quai à « remenuiser », la clôture à redresser, le BBQ à dégraisser juste dire que ceux qui se plaignent, ici, en contrées tranquilles, mériteraient de crever. Un scandale de des braillards râler pour vétilles et broutilles. Des ingrats car nous avons un devoir, privilégiés d’occident : sourire à la vie.

MORT DU DESSINATEUR DE RENÉ LÉVESQUE

 

 

Diplômé de l’École du Musée, fils unique d’un commis-voyageur (en trophées), Guy Gaucher, mon « petit » camarade (il n’était vraiment pas grand) de Villeray était un fou de dessin. L’ami vient de mourir. Condoléances à ses proches. Gaucher avait été l’infatigable caricaturiste à la télé naissante, entre autres émissions pour « Point-de-Mire ». Au service d’un brillant jeune vulgarisateur —en « affaire publiques »— nommé René Lévesque.

Du temps des La Palme, Berthio, Normand Hudon ( un voisin, rue Christophe-Colomb), Gaucher avait sa place à lui, son style reconnaissable et sa pugnacité graphique. Aussi le restaurant de la SRC —« Chez Miville »— a su illustrer à grands panneaux muraux sa manière. Mon ami Guy fut un joyeux drille à ses heures, très disert, chaleureux, je l’ai installé dans mon roman « Anita, fille numérotée ». Dès 1953, Gaucher fut un pionnier du trépident « Service des graphiques » à Radio-Canada avec les Gilles Carle, René Derouin, etc.

Il y a quelques années, un soir, j’ai revu mon « Tit-Guy » déambulant un peu perdu, errant au bord de la rivière des Prairies à Laval, en pyjama et pantoufles ! Le cœur lourd, je l’avais reconduit à sa résidence de retraités. Toute fin de janvier, l’inépuisable dessinateur s’est éteint. Paix à ses cendres !

Claude Jasmin

 

ÉMIGRER, S’EXPATRIER ?

 

 

Un loustic m’aborde ? « On vous entend pas trop l’ancien grognard ? » On connaît ce : « … devenu vieux, le diable se fait ermite. » J’ai trouvé la paix ici. Comme tout le monde, j’ai gagné de l’âge (ô Lapalice !) en vieillissant. Jeune, on ne prend pas toujours le temps de relativiser. À trente ans, échauffé de peu parfois, je grimpais dans le premier wagon de feu.

Exemple, si je n’avais pas grandi et mûri, je dirais comme Michaud : «  Les émigrants mécontents, retournez-vous en donc d’où vous venez ! » Yves Michaud n’est plus très jeune ? Je sais trop que l’expatriation non volontaire est le pire des sorts. B’en d’accord camarade Dostoïevski. Me voilà encore en désaccord avec Yves Michaud. Ce vieux grincheux resté vert, qui se méfie des « arrangements » à tout crin.

Quoi encore ? « Il faut jeter le Bloc. Adieu au Bloc. Au feu ce Bloc fondé par un Bouchard quittant ce risque (oui) du « beau risque » des Lévesque-Mulroney ! La fédérastie « du NEUF CONTRE UN » corrigée, atténuée par le Bloc nuirait à l’indépendance. Oui. Elle améliorait le régime fédéral ? Vite, dit Michaud, jetons la patente nommé Bloc. Les Communes à Ottawa ( avec Rouges ou Bleus, Harper ou Trudeau) doivent se montrer vrais. Cela sans le Bloc maudit comme pion-surveillant…qui les rend hypocrites, menteurs, au moins prudents. Michaud : «  Le Bloc doit débarrasser la place ! » Et puis les temps changent : désormais sans l’aide des Québécois, une majorité « anglo-anglo » peut se constituer à Ottawa. Plus de rôle pour le Bloc.

Okay, fini d’améliorer la fédérérastie canayenne, machine à nous diluer. Ce 1867 fut un appareil vicieux organisé sans notre franc accord. Une année maudite. Vouloir en célébrer les anniversaires relèveraient du masochisme. Donc, l’indispensable Robin-des-Banques, affirme : faut jeter le Bloc ! Et du même souffle —ce preux chevalier des petits épargnants— recommande (faisant hurler les racistes à la Mordecaï Richler du journal The Gazette) que… nos émigrants « à religions variées », qui refusent de s’intégrer, n’ont qu’à décamper. Rentrer au pays de leurs origines. » Bang !

Propos de bon sens, non ? Qui nous change des « ceuxze » qui coupent des cheveux en quatre. Michaud contre la langue de bois. Tenez, venez à Paris, petit portrait, en mai 1981 et voyez un Michaud brillant de culture-à-citations, un peu cuistre. J’y suis l’invité d’honneur pour « Prix France-Québec » ( La Sablière). Chic appartement du digne et noble Grand Délégué qu’il est. On dirait un ambassadeur. Mon Yves, grand’prêtre des cérémonies, garroche ses assertions. Impertinentes ou non. Un marquis à Versailles ! Avec ma Raymonde, ouvrant grands les yeux, je me sentais loin des ruelles de Villeray.

Ce patriote émérite, rencontre plus tard un gouffre écoeurant. Une infamie grossière, cogitée par Lulu-la-Canne, va le cogner, l’insulter. Lucien Bouchard —quoi le piquait, quel rancoeur sombre et secrète ?— va dénigrer en chambre un Michaud « antisémite » ! Pour d’ironiques vagues facéties sur « sa chaise de barbier », le vote est pris et l’homme est déchu ! Malgré —plus tard— les excuses des députés bornés, Michaud ne s’en remettra pas. Avec raison. Ces moutons de Panurge m’avaient dégoûtés.

Je voulais, ici, pour l’édification des Laurentidiens, saluer un esprit libre. Hélas, son courage n’est pas d’un diplomate. « Adieu le Bloc » et « expatrions nos nouveaux-venus » si la « Chartre-Drainville » les rebute…Aïe, cher Yves, à quel âge vieillirez-vous ?

 

OÙ EST-CE QU’ON IRAIT B’EN ?

Désormais, à Los Angeles ou à Paris, à Montréal ou à Sainte-Adèle….le jeune oisif ( en congé des Fêtes ou en congé des vacances) n’a qu’à presser des boutons sur une manette et il trouve de quoi se divertir. Sans oublier la navigation « universelle » ma foi, sur les innombrables réseaux d’Internet.

Je suis devenu ado après la guerre de 1945, c’était le désert. Les samedis —mais souvent à quinze ans on détenait un p’tt job mal payé— les dimanches surtout dans ma bande c’était un lamento, l’antienne inévitable avec les mains au fond des poches (jamais bien garnies de sous ) : «  Qu’est-ce qu’on ferait b’in ? Où est-ce qu’on irait, donc ? »

Alors, nous allions au cinéma. On nous laissait entrer —« les interdits »— par exemple là où c’est un magasin de meubles, au p’tit Boiler ( on y bout, hein tit-Yves?) sur Saint-Laurent, coin Beaubien. En s’y rendant, à ses vitrines, on admirait les légers vélos importés d’Italie chez Baggio (qui vient de fermer). Ou bien on se rendait au cinéma Empire —le gérant « Passez vite »— juste en arrière de la Gare Jean-Talon.

Chanceux, en belle saison, nous avions souvent ces concerts de musique « live » —de fanfare, de cirque aussi. Bancs offerts tout autour du kiosque du cher Parc Jarry; avec bonnes brises souvent et, pas moins souvent, à fleureter, bien jolies filles de Villeray !

« Qu’est-ce qu’on ferait ? » C’était un si beau si chaud samedi de juin ! Sauvé ! Voici encore une troupe de baladins, pour un show gratis au milieu de la cour de l’orphelinat St-Arsène, rue Christophe-Colomb (et devenu le Patro-Le-Prévost). Grande joie de voir tant de trapèzes, de cerceaux en feu, d’échelles mobiles, de bêtes sauvages, de fouets agités, d’anneaux suspendus et tant de costumes bigarrés.

Bien entendu, il y avait parfois …flâner. Rien faire. Traîner. Nos mères : «  Vos leçons sont bien apprises, vos devoirs…? » Merde, cette scie ! Zut, ces remontrances ! Comment, fuir ces mégères ? Sans hâte, retourner voir les rares animaux empaillés, les vitrines d’insectes —toute cette mort animale— plus que modeste « musée naturaliste » des Clercs de Saint Viateur. Au grenier de l’Édifice pour « Les sourds et muets », rue St-Laurent et De Castelnau; depuis peu devenu un bloc de condos neufs.

Parfois on tentait —vainement— d’entrer au Rivoli (devenu un Jean-Coutu), au Château, au Plaza (devenu studio de télé), au Ritz ou au Beaubien. Difficile : la peur des inspecteurs chez les gérants froussards, que nous maudissions. La biblio publique, hélas, restait fermé les dimanches, point de B-D. Où aller ? Aller sneequer aux funérailles grandiloquentes fréquentes —orphéons bruyants, pleureuses— de nos Italiens du quartier nous lassait. Fiole de rouge pas cher à la neuve Casa Italia ! Y étions « personna non grata » ! Cette Casa voisine de l’église « orthodoxe » où se rendait notre camarade René Angélil (de St-Vincent-Ferrier). Nouvelles tentatives à cette Casa où Mussolini trônait en immense médaillon doré à l’entrée mais le maître d’hôtel bloquait le passage arrière : « Pas de vino, non ! No, les tits-culs et ouste ! »

Maudit verrat où aller ? Redire qu’en ce temps-là, ni web, ni net, pas même de télé Rien !Tiens, « egg-rolls » en vente chez « Vénus » sur la Plaza (pas encore baptisée). En y allant, apercevoir dans la vitrine du libraire Raffin —en 2014, Raffin y est toujours— un nouvel album : « Lucky Luke ». Achat en bande et départ pour lire ça sur le balcon à l’étage chez Tit-Yves. On se retrouve comme dans les branches d’un peuplier géant, forêt au dessus de chez l’actrice Melle. Theasdale qu’on entend à la radio.