Le lundi 6 mai 2002

Le lundi 6 mai 2002

1-
Trois jours hors journal ?
Eh oui. Maintenant que le « beau » temps est revenu…Quoi ? IL y aurait le temps « laid » ? Le mauvais temps durant des mois ? Le temps méchant ? Allons, il y a de beaux jours même au plus creux de l’hiver quand Galarneau-qui-est-au- ciel fait scintiller la neige en mille milliards de mini-diamants dans une allée de sapins.
Ce matin, pleins feux au firmament mais à dix heures, terminé. Ciel gris ! Sortie de la couchette de bonne heure ce lundi car Aile a retrouvé sa femme de ménage favorite —récemment revenue de Floride, l’époux en santé précaire— et lui a préparé le terrain des lavages et dépoussiérages du mois de mai. La guerre ménagère !Les grandes manœuvres. Je me tasse. Silence bonhomme encombrant : l’homme.
Bientôt midi, lumière nouvelle au ciel laurentien. Pas « percées de soleil » comme prédisait Jocelyne Blouin jadis (avant la grève) mais « percées de lumière… un peu fade. Derrière ma porte de bureau —où pendent deux vieux crucifix venus de mon enfance et le chapelet de papa-l’ultramontain— j’entends un brouhaha du grand ménage. Ouvrages inévitables. Moi dans l’abri. Grouille pas l’homme ! Souvenir : enfant, ma mère à ses travaux printaniers avec la bonne gaspésienne. C’était aussi : silence et grouille pas ! Ou « va jouer dehors, ouste l’encombrant ! La vie ne change pas ?
Je devrais remonter de la cave-atelier le bénitier doré de ma chambre d’enfant, conservé…par…par…Fétichisme catho ? Il est bien joli, un ange avec son petit bol (à eau bénite) sur le bedon .
Samedi, au beau soleil, s’amènent donc nos invités, les Faucher. Pas loin… de leur lac Marois. Françoise en grande forme n’appréhendant pas trop tout ce boulot qui fond sur elle. D’entrée de… visite : « Ah vous, mon grand chien fou, je vous ai vu à TVA, hier, défendant les crucifix à l’hôtel de ville. C’est un lieu laïc, Claude , allons ! » Me voilà lui servant mes arguments. Notre passé à faire accepter, à assumer, par tous, Juifs ou immigrants, et par nous-mêmes devenus des non-pratiquants en majorité…, Montréal d’abord nommé « Ville-Marie », les débuts héroïques, Marguerite Bourgeois, première étonnante « maîtresse d’école », Jeanne Mance, première valeureuse « infirmière », Maisonneuve, tous grands catholiques intrépides, généreux visionnaires, des gens hors du commun, notre « culture historique » ou notre « histoire culturelle », je fais des inversions pour tenter de la séduire.
Rien à faire. Je finis par : « Et si, Françoise, c’était des objet d’art, disons des crucifix sculptés par un Baillargé, hein, hein ? » Alors, là, elle hésite à répondre, me sourit et me dit : « Ouais, là, peut-être ! » On rit et on boit des apéros au soleil.
Jean nous raconte travailler— un peu pour rire— à un vague projet d’écriture fort captivant où il va jouer des similitudes et de son imaginaire à partir des amis communs ! Le polygraphe, moi, je l’encourage, j’aime pas trop l’idée des écrits mi-fiction, mi-réalité mais il s’agit ici d’une fantaisie. Le soleil de fin d’après-midi transforme l’eau du lac, de notre côté, en lave volcanique. Chez eux, au Lac Marois, le soleil se couche autrement et ils n’ont pas ce même effet de coulée de métal en fusion.
On finit par entrer et c’est la « bouffe d’Aile », une sorte de fricassée, de bouillis, « potte-rose », que sais-je, au fort goût de vin généreux. Au dessert : son triomphe et nos acclamations car elle a très bien réussi —premier essai— sa crême-caramel (ou crème renversée ?) ; « dévoration » dévote donc d’une sorte de « flanc » dont Jean —comme moi— raffole.
Suite de nos causeries intempestives au salon après les cafés. Six heures des libres parlementaires ! Libres, sans parti organisé. Avec nos farces, nos « sérieusetés » aussi. Ce terrifiant Jean-Marie Le Pen aux élections de demain ? Fera-t-il 20 ou bien 30 % . Frayeur de Françoise, Jean, lui, toujours plus calme et plus fataliste, s’amuse de son anxiété.
Le couple se souvient d’un récent long séjour dans le quartier parisien du Canal Saint-Martin où ils se retrouvèrent… minoritaires ! Leur désarroi. Ils nous en avaient parlé au retour et ils en reparlent samedi soir.
Je dis qu’il aurait fallu, ici, en France, partout, deux choses : Premier point : que l’on fasse en sorte que tous ces immigrants puissent s’installer un peu partout et non les enfermer en ghettos dans des zones sinistrées. Qu’il faut pour l’harmonie, entre « vieux » et « jeunes arrivés » en un pays, qu’il puisse se former une intégration réelle. Avec efforts mais des deux côtés. Car, trop souvent maintenant, les exilés se fichent bien de cette intégration. Pourtant essentielle pour l’épanouissement de leurs enfants. Se méfier alors des « chartres de droits » où aucun « devoir » commun, collectif n’est évoqué. Ces chartres-sans-devoirs qui atomisent les collectivités, individualisent à outrance, installent la sordide mode « victimisation », l’irresponsabilité.
Françoise et Jean semblent en convenir, en tous cas gardent le silence, ne répliquent pas. La comédienne émérite dira qu’en effet il y a une sorte de limite à la capacité d’absorption d’une société —dans un temps donné— aux afflux d’émigrants.
Autrement c’est les problèmes actuels —et pas juste en France, on le sait bien — ces ravages de nervosité chez les vieux installés et, un jour ou l’autre, montée de xénophobie, terreau fertile pour les démagogues lepennistes.
Ce problème de l’intégration est partout en pays industriels avancés. Jadis c’était plus facile, il n’y avait pas les envahissements rapides.
Deuxième point : je dis aux Faucher : « L’idéal aurait été que les riches, nous, les prospères, avancés technologiquement,
l’on fasse —dès les années ’50— le maximum, par solidarité humaine, pour aider ces pays des suds. En exportant nos technologies, nos savoirs et des régiments (pas de soldats) d’experts payés par l’État.
Qu’il fut plus… avantageux de les laisser croupir chez eux, de les exploiter (via les prétentieuses colonies) et, plus tard, de les laisser grimper très nombreuxses dans les nords. L’on fermait les yeux, au début : vaste et commode source de « main d’œuvre à bon marché », pas vrai ? Un esclavagisme nouveau « soft ». Pour les taches ingrates dont les « installés » ne veulent plus.
Ils m’écoutent alors je continue : « Pour cela, j’aurais consenti à payer très cher en taxes et impôts, très, très cher, pour que ces pays de notre tiers-monde —Amériques pauvres au sud, avec Haïti, etc.— puissent accéder, chez eux, et au plus tôt, aux mêmes progrès que nous. Le déracinement actuel n’est qu’une solution misérable. Place aux débrouillards, aux rares bourgeois et que les autres périssent !
On se tait un moment. Combien d’occidentaux « gras-durs » auraient consenti de verser de grandes parts des salaires pour que ces populations n’aient pas que cette terrifiante solution : s’expatrier. Le déracinement de quelqu’un est toujours une choix navrant, dommageable à l’être humain. Je me souvenais des très émouvants aveux de Françoise quand elle nous confiait les terribles affres, la bousculade terrifiante —face aux us, coutumes, etc— au début de leur arrachement de la France en 1950.
Dostoievsky : « Être apatride, le pire des sorts humains ».
Unique choix de survivance ? Quitter sa patrie, quêter, se débattre —dans une autre sorte de misère— pour progresser un tout petit peu. Les problèmes éclatent vite. Le maudit ghetto, une progéniture sans avenir —le terrible manque d’emploi.. La délinquance. La grogne. Surgit le fascisme des indigènes fragilisés, bousculés. Et un extrémisme, un Front National qui fait du score.
2-
Le bouquet offert à Aile, vendredi matin, s’embellit, on dirait. Je l’ai vue (Aile pas le bouquet) l’admirant et le déplaçant sans cesse. Un oiseau-mouche de bois y est greffé, cadeau de chez « Mademoiselle Hudon, fleuriste ». Boutique voisine. J’en oubliais, l’autre fois, quand j’ai voulu illustrer la chaleur d’un village. Oublis : la papeterie —mes tubes d’acrylique ou de gouache, mes encres, plumes et pinceaux— du Boulevard Ste Adèle, la petite imprimerie sous le théâtre, « Au coton fleuri » boutique ancienne si sympa aux grosses armoires 1900, le très vieux et bon marché cher « Petit chaudron » de l’autre coté de la rue, où les soupes sont si bonnes. Plus au nord, le cher bonhomme Théoret et sa vieille quincaillerie rénovée, lui et ses piques, ses quolibets chaleureux. ’en oublie.
Samedi soir, je sors mes récents essais graphiques sur papier-journal (les pages de petites annonces). Françoise en dira : « Fort amusant, on dirait des trucs faits en Inde ! » J’en déchirerai deux ou trois, sur huit, le lendemain. Avec le goût d’y retourner au plus tôt. Essayer autre chose, hier, riant, j’ai dit à Jean :sur du papier-cul, non ?
Mon voisin Jean-Paul J., anarcho sur les bords, lui aussi, me chicane : « Oublie-ça tes crucifix à la mairie de Montréal, je t’en prie. » À lui aussi je sors mon argumentaire-culture et le « assumons le passé catho » en adultes ! Ne veut rien savoir mais il rigole tout en m’aidant à redresser le quai qu’un vent très puissant —jeudi— a poussé de travers.
Ce matin, dans son mini parking de briques modernes, ma voisine du sud —femme de juge— me parle en souriant alors que je vais visiter ma boîte postale. Je ne comprends pas. Ça m’arrive de plus en plus souvent. Je lui souris et risque…d’acquiescer à des propos badins sans doute. Ma gêne désormais…celle de devoir trop souvent faire répéter les gens. Je fais mine d’avoir compris. La honte d’un handicap embêtant en maudit. Saudite vieillesse ! Quand je raconte cela à Aile, elle prend une mine sincèrement compatissante, dira même : « Mon pauvre chou ! » Elle l’aime son vieil infirme vaniteux. Je la mordrais !
3-
Je relis le courriel de l’ex-camarade radiocanadien, Blanchette. Il osait sortir, cette « scie » maudite, que nous avons été peu accueillant pour nos émigrés jadis et qu’alors on n’aurait qu’à s’en prendre à nous-mêmes si ces nouveaux venus (d’Italie, de Grèce, du Portugal etc.) sont allés chercher cette « accueil chaleureux » chez nos Anglois ! Ouash ! J’enrage chaque fois que l’on nous sort cette menterie.
Un jour le dramaturge Marco Micone —Italo-québécois anglophone converti totalement au français désormais et Dieu merci car il est talentueux !— sort cette niaiserie à une Rencontre des écrivains. Voulant sans doute nous culpabiliser et nous instruire sur le fameux « manque d’accueil et donc le racisme de nos parents. J’avais bondi et l’avais engueulé.
Il avait fini par dire la vérité. Sa première version nous chicanant : « On l’avait refusé à l‘école française à son arrivée d’Italie. » Bien. Mes questions. Comment cela ? J’ apprendrai qu’il avait dix ans (ou douze ans), qu’il ne parlait pas un mot ni de français ni d’anglais mais, malgré cela, ses parents exigeaient qu’il puisse poursuivre normalement ses études commençées en Italie, donc, que Marco soit installé en… telle année, disons la quatrième année (ou en sixième année, peu importe).
Marco Micone me dira : « Refus net. Leur raison : ne parlant pas un mot de français, je ne comprendrai rien, ne pourrai pas suivre les autres et je serai injustement un « dernier de classe ». Quand mes parents vont à l’école protestante anglaise, c’est : « Venez, entrez, bienvenue ! »
Il m’explique que l’on avait une classe chez ses « bons » Anglais pour les émigrants. Offre donc de cours spéciaux, de « rattrapage en anglais » quoi, il put donc s’instruire sans perdre une seule année de scolarité. C’était clair et je lui ai dis. D’abord, nos francophobes désiraient grossir, ralentir leur minoration. Aussi ils étaient tout disposés à en payer le prix fort avec leurs classes spéciales.
Ensuite :cette minorité riche et, forcément, dominante, avait les moyens de se payer des classes d’intégration, pas nous.
Enfin, nous étions nettement majoritaires —même si pauvres collectivement, traités en minoritaires colonisés— aussi nous n’éprouvions aucune insécurité ethnique. Aucun motif de zèle pour assimiler au plus vite ces enfants émigrants non-francophones.
À l’école où j’allais pourtant, il y avait nombre de jeunes italiens, nés ici évidemment, intégrés très normalement, les Martucci, DiBlasio, Greco, Diodatti, Colliza… et aussi des Libanais, des Syriens francophones, tel Edmond Khouri, mon petit voisin.
Toute La vérité, c’était cela. Marco ne disait plus rien. J’espère que le sieur Blanchette lira tout cela. J’ajouterai ceci : les émigrants —exilés ici souvent pour des raisons de pauvreté économique— estimaient, jugeaient, et rapidement, notre déplorable statut social. Ils constataient —lucides— que le pouvoir (donc l’avenir de leurs enfants?) était du côté « bloke » des choses en ce Québec d’avant les années ’60 et ’70. Alors !
4-
Pour enfoncer le clou ? Dans quel pays du monde y a-t-il des systèmes d’accueil ? Non mais, qu’est-ce que c’est que cette foutaise ?
Si vous décidez d’aller vous intégrer aux Scandinaves ou aux Italiens tiens, aux Finlandais ou aux Espagnols, trouverez-vous une organisation d’accueil vous cajolant ? Mais non. Rien. Rien du tout ! Informez-vous. Vous devrez vous débrouiller comme n’importe quel émigrant. Et est normal, correct.
Je ne parle pas des bonzes qui débarquent avec des millions de dollars et offrent d’ouvrir une usine hein ? Mon cul avec cette idée —léchecultiste— d’un accueil spécial. On doit être ouverts aux nouveaux venus (c’est terrible de devoir s’exiler), généreux, aimables, gentils, tout ce qu’on voudra. Sans plus. Par simple conduite normale, humaine.
5-
Aile partie se promener et ira à la poste : elle a besoin de marcher, la nicotine lui manque affreusement. Pour moi aussi c’est un deuil si terrible que j’ai acheté samedi matin du tabac et sorti mes vieilles pipes. Aile grimace me voyant bourrer une pipe et l’allumer. Ma honte. Salaud de tricheur ! Retour D’aile : mes clés oubliés enfin sont revenus du Château Laurier de Québec. Un numéro du « Croc ». Une bulletin des « anciens » de l’Assomption dans lequel j’ai rédigé un petit papier folichon sur l’ex-maire, Léo Jacques, aussi décorateur retraité de la SRC, comme moi. Envie de relire mon récit publié en 1979, « L’Outagagasipi » (nom amérindien de la rivière) narrant les débuts de ce village.
6-
Lectures : j’ai achevé avant-hier ce drôle de témoignage du « boulanger interdit » de Rouyn, Léandre Bergeron, exilé, lui, du Manitoba tout comme son célèbre frère le « radiocanadien » Henri Bergeron.
J’hésite à juger sa philosophie. « Comme des invités de marque », en 165 pages, raconte —en une sorte de…oui, « journal »— l’élevage, passez-moi ce mot, de ses trois filles. Aux noms incroyables : Deidre, Phèdre et Cassandre. Très souvent Bergeron le naturaliste parle vrai. Quand il juge écoles-prisons, diciplime niaise, domination candide des adultes, programmes débiles et lents, experts aux avis contradictoires, etc.
Mais…oh que de « mais » en le lisant ! Risques ? Dangers ? Oh oui ? Socialiser à la « sauvageonne », durant deux décennies, trois enfants, en refusant toute aide organisée, la société ambiante, l’ordre (!) social, est-ce un bon moyen, un moyen parfait pour que ses enfants puissent assouvir le normal instinct grégaire. C’est lui, ce besoin « d‘être comme les autres » qui peut rendre heureux des enfants normaux. Que cela soit plaisant ou déplaisant, nos enfants devront se débrouiller et grandir et s’épanouir (si possible) dans une société donnée. La réformer en gang, en bandes, en mouvements concertés, en partis, en groupes, en sociétés organisés, oui, mais tenter de vivre à l’écart… S’en détacher si complètement…hum ! J’aurais eu peur. Est-ce du courage chez l’auteur ou un refus égotiste ? Eh !
A-t-il pensé à lui ou à ses enfants vraiment ? Bergeron fut un populaire et fameux rebelle dès son installation à Montréal, jeune, Rebelle à l’enseignement de notre histoire, non sans raison. Il publia un « petit manuel » effronté, iconoclaste, qui fit florès chez Parti-Pris . Il le fut aussi, rebelle, face au rejet snob de nos patois. Un autre livre, sur nos jargons, nos parlures, eut grand succès.
Ses façons singulières pourtant arrachent parfois l’adhésion. Il y a un aspect « P’tite maison dans la prairie » qui fait sourire. On y trouve, ça et là, de la sentimentalité bien naïve, aussi une sorte de volonté farouche à laisser la liberté totale sans aucune grande discipline. Or on dit tellement que les caractères se forment face à l’opposition (des parents si souvent).
Ce papa « chum », bon copain, va à l’encontre de la psychologie la plus aine, la moins fourbe, qui recommande la figure d’autorité, nécesaire à la maturité de ceux qui grandissent. Comment trancher ? Léandre ne s’opposait en rien aux désirs de ses trois « déesses » ! Il en est tout entiché, c’est très évident. C’est un prof d’anarchisme mais d’une belle délicatesse. Il a les mêmes soucis (écologiques et autres) pour sa petite ferme, soignant amoureusement quelques bêtes que…parois, il faudra saigner ! Eh, la vie réelle !.
Je ne sais vraiment pas trop quoi en penser. Il faudra que j’y réfléchisse. Il faudrait que j’aille vivre dans son « rang » à McWatters —son village aux portes Rouyn-Noranda — que je puisse observer ses trois filles, en somme que je puisse juger sur place quoi ! Et moi en juge, non merci ! Il y a que cette toute petite famille a vécu, vit comme en réclusion des autres, à l’abri du groupe humain environnant et c’est avantageux ^parfois, désavantageux aussi sans doute. Mais voilà que maintenant, l’aînée tient le magasin des pains et brioches de ce papa-artisan (en sursis comme les journaux l’annonçaient ) et c’est déjà un fort bon contact quotidien avec une partie de la population. Une autre participe aux foires champêtres des alentours, l’été, à des concours équestres.
À la fin, une anecdote fait mal : quand l’une des sœurs veut passer une audition, à Montréal, pour étudier le théâtre, elle n’a aucun prof —ou coach— pour la préparer (tirade de Cyrano !) et pas même quelqu’un pour y aller avec elle simplement lui donner la réplique. Elle ira seule et sera refusée. J’ai trouvé ça triste. Mais vivre en une région éloignée fait cela à n’importe quel jeune ambitieux d’entrer à la prestigieuse « École nationale ».
Curieusement, l’auteur ne nous fait point voir la collaboration de sa compagne, la maman des trois « formidables » sœurs ! Quand, —c’est rare— elle est nommée, c’est par l’expression : « leur mère ». Très bizarre cela, non ? Reste une lecture captivante, déroutante ici et là, bien pleine d’interrogations car Bergeron oublie —ou esquive— de répondre à bien des questions d’un lecteur intéressé.
7-
J’ai parlé de ce « Jasmin sur barbelés » d’Esther Gidar (éditeur : « La plume d’oie», une maison d’ici). Et j’ai dit mon intérêt à apprendre comment on vivaient une famille juive et bourgeoise, jadis (1950), dans un beau quartier du Caire. Un autre livre m’avait apporté ce genre de plaisir. En Égypte encore une fois. C’était les merveilleux « Récits de notre quartier », c’était signé Naguib Mahfouz. J’avais été si surpris de découvrir une enfance et des lieux, si proches, si loin.
Fascinant ainsi de savoir que le monde de l’enfance est partout, toujours le même. Ce petit Naguib, devenu vieux, se souvenait des cordes aux linges qui battent au vent, du guenillou ambulant, des fruits volés aux étals, des « comics books », de la « strap » à l’école, du premier baiser volé, d’un ti-coune surnommé No’ no’ et des mûres aux murs du monastère voisin.…
Bref, c’était mon jumeau ! C’était « la petite patrie » de Mahfouz, si éloignée de Villeray, la mienne et, à la fois, si semblable.
8-
J’ai enfin commencé le livre —recommandée ici et là— signé par feu Hervé Guibert : « Le mausolée des amants ».
On est bien loin des souvenirs d’enfance radieuse et pauvre de Mahfouz. Après une cinquantaine de pages, je suis tout divisé. Voilà un jeune parisien, issu d’un milieu bourgeois, qui est un grand malade. C’est un journal mais sans datation aucune ! Qui va de 1976 à 1991, une quinzaine d’années sur seulement 400 pages ! Avare ? Mesquin? Constipé ? J’en aurais, moi, pour 7,000 pages. Au moins.
Chaque page est bourrée d’entrées, quatre lignes, vingt lignes, cela varie. Sans aucune indication : pas de titres, ni sous-titres. Des notes. Et toujours, comme en toile de fond, sur un même thème : enculages et enculés. Sodome en action, matin, midi et soir. Et la nuit ? Bin.. masturbations diverses, onanisme d’obsédé. Est-ce que cela se soigne, se dit-on ? Est-ce qu’un analyste (freudien ou lacanien peu importe ) un jour, bientôt, voudra résoudre ce cas ?
Faut dire que le héros mort aujourd’hui, ce H.G., semblait tout content sur ce rapport compulsif, maladif, pathologique. Un livre comme un concours de sordides fellations dans des toilettes publiques, avec l’obsession —à chaque page ou presque jusqu’ici (va-t-il se calmer pus loin ?)— de jeunes garçons.
On lit ? Oui, on lit partagé entre la pitié et l’écœurement. Mais on tourne les pages car Guibert savait faire voir et mettre en mots. Entre ses dragues pour enculer ou se faite enculer, des vues ordinaires sont bien pochardées. Des silhouettes croisées dans un bus, dans le métro, dans un bar, dans un café…à Paris surtout mais aussi à Venise, à Berlin ou à Cracovie, sont brossées avec un bon talent, à l’occasion avec un très fort don. Il se déplaçait souvent en vue d’articles pour on ne sait trop quelle pubication, c’est vague.
Voyages fréquents donc, attention, c’est, ce T. —j’anticipe— le cordon ombilical, le lien et le « bellus casi ». Être ou ne pas être avec T. Ce Thierry ( à sa mort, on en sut davantage), jeune compagnon infidèle, à la sexualité variable, est son bat blessant (sans jeu de mots). Mort, lui aussi, il aurait eu épouse et enfant. Bref, c’est la pénible fresque d’une faune déboussolée dont on jase au théâtre ou cinéma pour happy fews.
C’est un livre avilissant mais tout garni de jolies fleurs, —flore riche sur fumier bien gras — une prose vivace, celle d’un rédacteur très compétent qui aura été la victime d’un… virus —ou quoi donc ?— lamentable. Il se peint volontiers aux couleurs de ce pathétique rôdeur en veine de cochonneries, tel un vilain « petit-garçon- vicieux-sous-des-balcons ».
Dans notre enfance, on a en a tous connus au moins un, n’est-ce pas ?
C’est infiniment triste. Nos critiques enthousiates, la Laurin, le Fugère, ne pipait mot sur ce côté noir du livre. Ça ne se fait pas en milieu littéraire et c’est bien con. Guibert se dira volontiers « pourri », « voyeur » et « pornocrate. ». On voudrait qu’il ose s’examiner plus ouvertement —plus courageusement ? Oui. Cette déréliction assomme vite le lecteur. Il y a les trouvailles. Le Hervé défunt n’était pas du genre dont les gazettes nous entretenaient récemment : « Formons un couple comme les autres. Adoptons un enfant !»
Est-il victime du sida comme je le subodore ? Il ne commente pas sa maladie : juste un peu de sang un matin, des pustules un autre. Un soir, une plaie aux yeux, une nuit, une trace sur la peau …mystère ! Il parlait, ici et là de ses cheveux qui tombaient, de sa vanité blessée. Mystère !…
Aile l’a lu avant moi. Je pense qu’elle l’a terminé. Elle disait qu’il lui fallait changer de livre, faisant pause du Guibert, tant la recherche « garçonnière » devenait lassante. Aile n’a rien d’une moralisatrice. Je compris moi aussi, et vite, que c’est en effet une lecture —pas du tout troublante comme le souhaite ces auteurs— assommante. On y voit quelqu’un en danger et il n’y a personne pour le secourir dans son désert où fourmillent des larves tarées. Connivence avec la déchéance ? Un : « On crèvera nombreux ? »
Encore une fois, les critiques d’ici en disaient du bien et c’est justice mais pas un seul n’indiquait aussi, par delà le talent, tout le grand et long pan de déliquescence d’une puérile complaisance. Cela est très grave. lDes voyeurs observant ce voyeur, grand amateur de photos pornos, voilà la matière de fond. Monde curieux que notre petit monde snob qui n’osent dire un seul mot contre le sordide d’un tel …mausolée.
9-
Hier soir, attendant « Campus » à TV-5, on a vu Céline Dion, René son gérant, Garou, un abonné de « LA » firme, Goldmannn, un chansonnier à elle, un bn vieux vétéran, le vieux Barclay, Varclay ?, un nom comme ça et tout ce monde réuni avec l’animateur Michel Drucker, fidèle pâle valet et souscripteur volontaire de cette « schmala » charlemagnesque. Les trois chroniqueurs de ce « Vivement dimanche », d’habitude bien capable de vacheries fines, se montrèrent dégriffés complètement. Deux belles tounes néanmoins. Un grand talent dans la chanson pop.
Quand on questionne la jeune femme sur les dangers ou les bienfaits de la mondialisation…c’est misérable. Aussi pourquoi ce genre de question ? Même bouche ouverte et puis tentative molle quand on la gratte sur qualités et défauts de la France par rapport aux USA. Pourtant deux domaines fréquentés souvent. Un seul fait étonnant, renversant : Céline dira : « Je me sens plus à l’aise en anglais qu’ en français dans les talk-shows et je ne sais pas trop pourquoi. »
Il y eut un drôle de silence sur les banquettes d’honneur !
Le « Campus » de Guillaume hier soir ? Pas fort. Souvent plate ! Eh ! Tout le monde a une moyenne au baseball comme au hockey…Comment finira cette série Ouragan-de-Caroline versus Habitants-de-Montreal ? On verra, verrat !

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