Le samedi 16 novembre 2002

André Cailloux, mouchoirs et éponges

1-
Ce matin, soleil chétif et nous remontons en Laurentie. Ai passé l’après-midi et la soirée dans mon kiosque Troispistolien au Salon du livre hier.
Dans Le Devoir (moins cher qu’à La presse) de ce matin, pas un seul petit placard pour le Jasmin-nouveau. Beaulieu est-il si pauvre ? Même des « cabanes » modestes ( et même pauvres) font des annonces de leurs bébés nouveaux. Je veux bien ne croire qu’aux bohes à oreilles mais… il faut au moins que ces bouches-oreilles sachent un tout petit peu qu’il y a ce bouquin frais imprimé, non ? Déception de cette totale non-publicité allant de pair avec moi en « porté disparu » dans le cahier-horaire du Salon de la Place Bonaventure. La direction du Salon se vengerait-elle de mes piques publiées au printemps dans mon « Pour la gloire et l’argent »? Pas de parano, tit-gars !
Jeudi dernier, après le ratelage de feuilles mortes, j’avais « mal aux reins, mal aux reins » (Félix). Vendredi, le mal persistait. Aussi, ce matin, décision de lever les voiles et de ne pas retourner à ce Salon aux 780 auteurs ! Bilan : une douzaine de livres vendus, à 20 tomates . Ma part :
24 piastres ! Mes dépenses : bière (5$) et sanouiche (5$), la gazoline, le stationnement (15 $) :je suis un dolar en dessous ! En somme :déficit ! Payer quoi pour aller vendre-en-kiosque ! Que font les plus jeunes, les méconnus, les inconnus à ces Salons ? Tout autour de moi, comme toujours, pein d’écriveurs sans aucun visiteur-acheteur. À moins d’avoir un best-seller en route… futilité de s’asseoir là à regrader défiler les bougalous et les courbaturés.
2-
Reste un fait : tant de rencontres sympas. Jasettes amusantes avec : un ex-directeur de la SRC, avec Stanley Opan « (Oh, c ‘est moi qui ai quitté « La Presse » coupailleuse, ne te méprend pas ! »), R. Laplante de Villeray, Claire Caron, bin « chique and souelle », un ex-du-Grasset, des bibliothécaires ( « On peut pas acheter, pas le droit, il nous faut passer par un libraire » ), un type de Saint-Donat (« J’ai connu votre oncle Oscar qui buvait le bar » au Montagnard »), un voisin d’ en face, rue Saint-Denis, du docteur Saine aux injections de venin d’abeille !, Collin, un de la pinède de Pointe-Calumet qui a connu le cabinettier de Boubou, M. Poupart junior, le Sylvain Rivière des Îles (« Claude, il faut le faire ce bouquin avec nos deux quêteux, rat des champs (le mien) et rat des villes (le tien) », DesRoches le poète graphiste, deux dames de Saint-Édouard ( Ah oui, la patinoire si parfaite de l’école des garçons »!), des « Bouquineuses » de Valleyfield (« on a pas oublié votre visite vous savez »!).
Oh le beau soleil soudain à ma table ! Beausoleil (« Les Chrétienneries »), pétant de santé, souriant lui qui fait face à une poursuite de Brûlé, son éditeur (60,000$), me raconte les derniers spasmes du menacé. Je lui présente la fille de Victor, ma chère petite Julie. Elle semble éblouie ! Le Noir et la blondeur : un roman : l’ébène face à l’or. Daba, daba, bada… Bruit de colliers, de bracelets soudain : Francine Grimaldi vient me faire des bises et puis voit « le doré menacé » par des « Intouchables ». Silence. Unanimité : les filles le trouvent beau !
Ma belle bru, Lynn, venue de son kiosque « Quebecor-Publicor » avec les derniers potins : « Va falloir changer nos portes-patio, zut, brume permanente dans nos vitres », et : « Daniel promène Zoé dans le boisé voisin, soudain, surgissant d’un fourré, notre Thomas qui saute au cou
d’une fille, l’embrasse : « Ah, c’ est toi, Caroline » ? Smack, smack ! », votre Daniel, comme gêné, change vite de sentier pour pas gêner son Thomas ». On connaît mal ses enfants-en-liberté ? On a ri.
Raymond Plante me salue timidement, la mine basse, semblant blessé —par la raide démolition de Martel, samedi dernier, de son dernier récit ? Un ex-élève de mes cours en histoire de l’art, cheveux gris, déjà ? Au petit bar voisin —où on peut fumer— Louis Cornellier (critique du Dev) : « Ai pas encore reçu ton « À coeur de jour », je suis prêt à dégainer » …rigole-t-il ; dans un coin, poète Paul Chamberland, plus chauve que jamais. Revenu au comptoir de l’homme-sanouiche —« achetez, achetez nos beaux livres »—, une voisine de la cour-arrière, une « petite Lemire »… avec un fils si grand fils; un dynamique prof de Ste-Thérèse (« On veut vous ré-inviter à notre école thérèsienne, vous savez » ?), il m’apprend que leur bibliothécaire snobinarde était « contre » ma venue —leur choix aux profs— « trop cheap, trop populaire… » Eh bin, on en apprend tous les jours ! ! L’ami de Marco : le jeune comptable Trempe, à sec. Tant d’autres…qui m’aiment beaucoup « à la radio, à la télé », ne tarissent pas d‘éloges… qui n’achètent pas mon journal intime !
Aimez-moi moins !
4-
Avant le souper : Francoeur le rockeur. Il se braque devant moi, l’index levé, le verbe haut, en prof qu’il est aussi : « Jasmin ? Écoute-moé bin : y a deux livres dans ton « Écrire… » J’ai aimé. Y a un Jasmin inconnu de tous, celui de tes quelques envolées automatistes-surréalistes. C’est très bon. Tu dois faire tout un livre dans cette veine. Du Jasmin inconnu, ça. C’est bon. Oui, tu dois le faire. C’est bon ».
Un bon conseil, je trouve. Mais j’ai promis (justement dans ce « Écrire ») de quitter la littérature ! Hum… Y réfléchir. Croisé Gilles Courtemanche :mon bref salut, lui, cadenassé, menton haut, toujours comme absent, ne voyant pas les gens. À moins que…Ep, ep ! Pas de parano.
J’aime bien ces petits caucus, visiteurs, camarades, les Salons ont ça de bon. Aussi à une envoyée du « Salon de l’Abitibi » qui veut m’inviter ce printemps, je dis « oui, je veux bien, mais oui, avec plaisir ».
L’adjoint de Victor m’a parlé du Tome-2 de « À cœur de jour » (avril à juillet) pour « après janvier », je veux lui dessiner un nouveau « quichotte » avec le chiffre « deux », bien gras, pendu au cou (ou au fessier, ou aux flancs), comme aux courses ! La course du temps… quichottien. Si plein et si vain ! Lu mon titre dans la chanson (« À la Manic ») de feu Dor : « Nous, on fait les fanfarons / À cœur de jour… » —la suite ?— « Nous, on est des bons larrons / cloués à leurs amours / Y en a qui joue de la guitare / d’autres de l’accordéon / moi je joue de nos amours… À cœur de jour. J’aime cette toune parfaite.
5-
Va y avoir un autre prix. Pour les collégiens du territoire. On fait ça à Paris. Hélas, un « comité » a fait une pré-sélection. Pas de confiance. Tout d’un coup que ces jeunes gnochons sortiraient du pré convenu. Les sélecteurs : le chanoine Marcotte, le « mineur » Biron, A. Lamontagne, l’endormant Chartrand (tous du Dev !), les élus : Gauthier, Bissoondath, Gravel, Daigle l’Acadienne, Poulin retour d’exil parisien. Et vive la liberté, non ? L’an dernier, lauréate, —fameux roman que j’ai tant aimé : « Le ravissement »— Andrée Michaud.
Lu ce matin dans les gazettes : débat vite stoppé chez les fédérats russes : une seul alphabet officiel, le cyrillique. Pas question de l’alphabet latin (tel en Tchétchénie). Compris ? Aux ordres ! Ah, les fédérats ici comme ailleurs !
Encore le bas du dos très fragilisé. Tout l’après-midi avons raclé le reste des feuilles mortes, dont beaucoup emmêlées à de la glace ! Feu douteux sur le terrain. Tout est trop mouillé. Le lac est gelé sur deux mètres ! Fumée dense tout autour. Personne dehors, Dieu merci ! Aile si déçue, elle qui aime le propre, le « prêt à accueillir le printemps ».
Rentrant du Salon, hier, tard, vu la fin de Marcel Sabourin (ex-camarade de La Roulottre) face à Homier-Roy. Toujours généreux, enthousiaste, rigoleur, le prof Marcel fait plaisir à entendre. Goguenard, disert, plein d’attention bonhomme face aux questions du petit auditoire de « Viens voir ;les comédiens ». La prochaine victime : l’épouse de « J.A. Martin, photographe », Monique Mercure.
6-
Ce matin, lu : « Pas de vocabulaire, pas de langue maîtrisée égale pas de pensée solide, égale : incapacité de s’exprimer ». Aile dit « oui ». Mais je pense au simple et « paysans mal instruit », le pomiculteur Ubald Proulx à Saint-Joseph-du-lac : pas gros de vocabulaire et une pensée forte, dynamique, qui m’ envoûtait, jeune. Je pense aux pauvres du film de Pierre Perrault dans leur « Île aux coudres », pas de langue trop bien maîtrisée et quelle fougue langagière, que d’images inoubliables dans ces parlures. Aile : « Oui, la pensée compte avant tout, la capacité de penser. C’est vrai ! » Moi : « Des gens très riches en mots, surinstruits, et qui pensent pauvrement, on pourrait en nommer des tas, pas vrai ? » Stop ! On y rejonglera. Quoi vient avant…l’œuf ou la poule !
J’ y repense : au Salon, une affiche géante déclare au bon peuple passant que le patron, V.-L. B., est pris par son travail et ne sera pas au kiosque de sa Maison ». Hon ! Mauvais exemple…que j’ai suivi aujourd’hui en me poussant vers…les râteaux aux dents longues.
7-
André Cailloux mort ? Je l’imaginais immortel. À trente ans, il était le vieux merveilleux, il avait déjà sa voix de patriarche si doux. Mort ? Merde ! Je l’aimais. Tard, au Salon, je m’enfuyais, une dame : « Drôle de vous croiser, je viens de lire votre chapitre sur André Cailloux, dans « Je vous dis merci » et il vient de mourir »! Au paradis promis, il va séduire de ses contes les enfants morts trop tôt. Un sur-paradis pour eux alors, c’est sûr. Paix aux cendres de mon premier voisin à vingt ans, rue Sherbrooke angle Delorimier, à l’ex-Maison des Compagnons, ce magicien bienveillant débutait à la télé de 1953.
J’ai vu Micheline Lanctôt (merci magnéto !) avec Homier-Roy. Beaucoup d’extraits de ses productions, film, télé. Sa voix de matrone de prison ? Elle en est bien fière, la juge mélodieuse ! Eh ! Il reste que sans études sérieuses en la matière, sans expérience valable, elle a fini par s’imposer comme actrice. Il faut le dire : elle n’est jamais banale. Elle a du chien et sa voix de gorge, de « cuisinière de chantier », lui a fait un signal particulier, personnel, et fort utile aux employeurs. De plus elle sait répondre adéquatement —mieux que Miss Bujold— aux questions parfois intimidantes du souvent perspicace Homier-Roy.
8-
Appel du journal local « La Vallée » : « On aimerait bien publier un conte de Noël, signé par l’Adèlois que vous êtes devenu, dans nos pages.
J’accepte, je songe à une copie du conte pour CKAC le 20 décembre et je dis : « Vous avez du budget pour payer l’écrivain » ? Oh ! Chaque fois, silence de mort au bout du fil. Comme un : « Quoi ? On doit payer l’homme qui écrit » ? Eh oui ! Non mais… Courriel plus tard : la réponse enfin? « Vous vous arrangerez avec notre responsable du budget ». Bien, je m’arrangerai.
Autre signal : « oui, on ira vous rencontrer pour une entrevue, le 29 qui vient. C’est du « Accès Laurentides », hebdo régional bien fait. Même promesse du jeune Donahue de « L’Express d’Outremont ». Je dois me démener. Il ne semble pas y avoir un relationniste dévoué à nos livres là-bas à Trois –Pistes ! J’ai joué de mes pauvre ficelles pour « Top Secret » , le jeu de mon fils. C’est arrangé :Lévesque jasera volontiers sur son tout neuf jeu de société. Souvenir : prenant mon courage à deux mains, à dix neuf ans, je vais quêter chez la célèbre cousine Judith Jasmin. Rêve de faire de la radio, en province d’abord. Judith dans son tout petit bureau : « Écoutez, Claude, nous aidons de purs étrangers alors je ne vois pas pourquoi je n’aiderais pas un petit cousin ». Résutat ? Échec à l’examen de l’aspirant radioman par le chef Miville-Couture.
9-
À Christine Charrette : ça revole hélas ! Aile : « Avant elle avait quatre invités, c’était parfait. Ça a changé, cins, six invités comme ce soir pour un 55 minutes, c’est beaucoup trop. Insatisfaisant en effet ». La chère « Clémence » en vitesse, c’est navrant. Y était Claude Fournier qui déclare courageusement : « Les éditeurs reçoivent la grosse part des subventions d’Ottawa et ça les rend bien froussards ! » Bravo de cette révélation (?). Aveu franc. On a refusé un album-jeunesse illustre par l’épouse pour raconter l’Histoire du Québec. « On jugeait qu’il y avait trop de Lévesque et pas assez de Trudeau, refus partout. Édition donc « à «compte d’auteure ». Et, heureusement, ça marche fort. Mais j’ai ri de ces éditeurs pleutres, lécheculistes. Charrette parle trop. Questionne longuement…s’agite, gesticule (comme l’autre à Télé-Québec tous les soirs !), remue, cause, cause, cause… n’écoute pas bien —je connais ce stress. Intelligentes mais énervantes souvent.
J’ai rentré, jeudi, une corde de bûches dans la cave. Sueurs ! Tout invité « dans le nord » : « Ah, vite, on fait un feu de foyer » ! « A must ». Rituel obligé. Suis prêt ! Jeudi toujours : descente à deux du lourd « barbacoa » (Bergeron dixit), les transats, les tuyaux d’arrosage, la tondeuse —la vider de son fuel d’abord et Aile empestera le mazout, enragera ! Bon. Que la neige tombe ! Que l’hiver s’amène !
Le vieux pape polonais à l’assemblée nationale des députés à Rome. La peur ! Cage fragile. Ne pas brasser. Ne pas causer sur (a)divorce (b) sur mariage homo (c) sur adoption par homos (d) sur avortement (e) sur contraception (f) sur femmes-prêtres. Bien des tabous pour des députés modernistes comme partout en 2002.
10-
Syndicalisme bien bourgeois ? Les toubibs en caucus. 10,000 en réunion d’urgence. Noble cause :le fric , l’argent public souvent ! Émoluments actuels des instruits ? Mille (1,000) interventions chirurgicales subitement retardées. Il y a réunion des toubibs « pauvres » du Québec. C’est 184,000$ par année les revenus des docteurs ordinaires !
C’est 206,548 $ pour les spécialistes.
Et 342,514 $ pour les radiolologistes !
Pis, disent-ils ? C’est davantage encore en Ontario et dans les autres provinces. Et surtout aux USA. (Où ça coûte un bras en assurances et études aux enfants. ) Bon ! Chantage ? Bin ! On est loin des « vocations humanistes » d’antan hein ? Oui. La vie actuelle. Partout. Cols bleus, cols jaunes, cols ultra-blancs, etc…tout l’monde y en a vouloir PLUSSE de sous. Ce qui se dit ? Les médecins d’ici fuient vers l’Ontario, ceux des autres provinces aussi. Ceux d’Ontario fuient aux USA. Ceux…de l’étranger ? Viennent au Québec, c’est plus profitable que dans les « Uropes » ! Ah fuyez, fuyez…douces hirondelles ! Chanson ancienne. Des futurs grévistes en propres chiennes bien blanches.
11-
Plein d’entrevues aux écrivains invités de Paris ces jours-ci. Colonialisme un peu partout. Les écrivains d’citte ? Des minables. « Qu’ils mangent de la marde », semblent dire les chefs de pages-arts-et-lettres. Voyez : gros placards publicitaires payés par…des éditeurs de France. Alors ? Faut renvoyer les ascenseurs, non ? C’est donnant-donnant quoi. Simple business. Mascarade. La culture des nôtres, vivante, qui se fait ici ? « Lâche-nous patience » avec ça maudit « nationaleux de ceinture fléchée » ! La fermer pour pas aggraver son cas. De là le silence de tous.
Onze jours, chez le dictateur bien-aimé, en Irak, pour bien cacher armes chimiques, biologiques et, peut-être, virtuellement nucléaires. Les inspecteurs onusiens s’en viennent. Pas de guerre pour le moment. On verrra bien. On a sifflé chez Bush :pause !
La DPJ crie « au secours »: 100,000 jeunes « en débris » au Québec. Faut du fric, et vite ! La poire des taxés, nous tos, se vide, se vide ! Pauvres Landry-Maros :tant de feux à éteindre.
360 enfants disparus, introuvables au pays ! Où se terrent-ils donc ? Où sont-ils donc enterrés. On fait appel aux voyantes parfois (Lise Pascal aux « Francs-Tireurs ») Le doc Chicoine d’une franchise totale avec Martineau, rare parole. Épais mystère que ces jeunes « portés disparus ». Des parents en lambeaux. Nous écoutons tout cela, impuissants, enragés. Déçus ! Le monde tourne comme il peut. Les nouvelles ? Un poison vif. Ne plus les écouter ? Une lâcheté ? La santé mentale ? J’en connais : les deux oreilles bouchées. Ils n’en peuvent plus.
Platitude d’écouter Chantal Paris, ex-star-pop, chez « Arcand en direct », en direct :fadaise !
René Jacob, éditeur de Beauce, veut me voir…Où, où ? Projet d’album illustré pour 2003 ? Hâte de le contracter en personne. Mais où ? Chacun a ses urgences.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *