Journal – 15 Janvier 2003

Jeudi 9 janvier, notre impuissance : cet homme enveloppé, marche comme nous deux —mais seul, lui— sur l’anneau piétonne du lac; on le croise, il ne nous voit pas, il habite pourtant la même rue adéloise ! Une victime de la guigne : épouse très malade, enfants frappés —maladie, malfonction— et lui, cancer, on lui a enlevé un œil. Je ne sais comment le « dé-senfermer ». Il marche vite, ne voit personne de son œil valide. Ce soir je prie « mon dieu » à moi : « que cesse la guigne sur cet homme d’ici ». Tous les matins : plaisir total de lire deux quotidiens, avec du café et, hélas, du tabac. Depuis si longtemps, cet appétit vorace pour les « nouvelles du jour » et ne pas comprendre ceux qui ne lisent pas les actualités… comme un de mes voisins.

Vendredi 10 janvier, ciel d’hiver d’une blancheur comme salie ; partout encore ce débat sur le clonage, le savant Testart en vif opposant. Pourtant : l’eugénisme c’est aussi d’avoir voulu, enfant, que mon œil croche se redresse (merci docteur Gervais), que ma bronchite chronique se guérisse (merci docteur Mousseau), qu’on m’enlève mon appendice pourri (merci docteur Favreau); l’eugénisme ordinaire ? Quel parent ne souhaite pas la parfaite santé pour le bébé à naître… je réfléchis sur le clonage.

Samedi 11 janvier, ça gèle à pierre fendre, je m’installe au chalet du « Golf de la Vallée pour une jasette télévisée, ad lib, avec Claude Valade en questionneuse, vidéo pour le canal communautaire d’ici (Cogeco); ça passera quand ? Réponse vague. Ma tendre et fragile Aile partie au « Totem » pour son épaule démanchée, alors aller vite nager à la piscine de l’hôtel d’en face ? Trop de ce frette « noère » et je sors mes pinceaux pour chercher des images nostalgiques pour cet album projeté de « La petite patrie »; les doigts vite beurrés de toutes les couleurs…

Dimanche 12 janvier, pas de promenade de santé, un froid arctique; appel de la recherchiste, Marie-Claude : « On recommence « Tous les matins », trouvez vite un sujet de chronique »; j’ai vu « 450 rue du Golf » de mon ami André Dubois à TQS où l’on moquait cruellement « le misérable banlieusard », versus « le gars brillant du Plateau ». Mardi matin à la SRC ce sera mon topo : défendre « les vertus de la banlieue » quand on a de jeunes enfants. J’y fus heureux quinze ans. Aile lit le Nothomb de l’année : « Le petit Robert » et me dit : « C’est une fable, c’est fantaisiste, j’aime bien ».

Lundi 13 janvier, le « frette noère » fait relâche ! Daniel, mon fils, m’explique —par courriel— comment agrandir du lettrage :

« Facile, tu cliques ici, tu cliques là… ». J’essaye et ça ne fonctionne pas, merde ! Trop vieux pour ce pitonnage électronique ? Je lis goulûment la vie de « Coluche » (2002, chez Plon), récit terrifiant d’un humoriste drogué, fou de publicité, grossier mais qui avait un cœur immense (fondateur de « Les restos du cœur »). Appel de mon éditeur, V.-L, B., ce matin : il me veut comme auteur d’un livre (collection nouvelle) sur « Écrire du téléroman » et m’annonce qu’il veut mousser ma candidature —avec l’universitaire Aurélien Boisvert— pour le prestigieux « Prix-David 2003 » ! Enfin, il me dit qu’au Salon du livre de Québec, il y aura le tome 2 de mon journal —de 2002—, j’ai trouvé son titre, qui me vient de Jean Genet : « Je tue le temps et le temps me tue nous sommes bien entre assassins ». Descente en ville pour, demain, le studio de télé de « Tous les matins »…

Mardi 14 janvier, en forme ce matin, je pétais le feu avec le tandem Houde-Bertrand, on a discuté et du clonage et de la vie en banlieue, pas la place ni le temps pour jouer « les graves », juste faire fuser des idées… parfois folichonnes, j’aime; je rebondis chez ma quasi-jumelle rue Viau angle Beaubien : « Toi ici, je viens de te voir à la télé, as-tu pris l’avion » ? On rit. Lunch chinois ensuite avec le benjamin de ma fille, Gabriel termine le « secondaire » et on a jasé gravement sur l’avenir : papi-conseiller pas si age ? Tantôt, montant en pays adèlois, étonnant ciel vert à l’est, oui, vert pastel, avec du rose taché de pourpre : la beauté laurentienne !

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