Journal – 19 Janvier 2003

Mercredi, 15 janvier, soleil nordique aujourd’hui. Hier, le chef-penseur (La Presse), André Pratte, ose proclamer qu’un chef politique (Landry versus Dumont) doit obéir aux sondages. « La rue a parlé ». Imaginez cela : formidable décolonisateur, Papineau —on est en 1835- dit : « On a lu les sondages, la décolonisation, b’en le peuple est pas chaud, on va discourir sur « notre place de colonisés de Londres » ! Un leader, un vrai, se fiche de « l’opinion publique du moment ». Pratte invite au docile « mob rule », le con. Un Landry courageux osera-t-il : « Battez-nous aux urnes si vous ne voulez pas d’une patrie », en vrai leader ?

Jeudi, 16 janvier, adieu soleil frileux ! Je classe une lourde masse de « lettres » que m’a rendue ma sœur Marielle : quinze ans de souvenirs précieux. Archives à classer ou bouquin en vue ? Des secrets délicats ici et là… Suis allé rue Lesage : lapin, canard, rognons, bon stock goûteux ramené de l’École hôtelière d’ici. Les canons tonnent sur les côtes-Chantecler en face, guerre à quoi ?

Vendredi, 17 janvier, ciel mat, mastic blanchâtre. En 1970, Lautrec chantait (dans mes décors) : « Le soleil est parti , il m’a dit d’te l’dire ». Après Sainte-Adèle —et son « Séraphin » méchant— projet de film sur Sorel ! Avec le formidable roman « Survenant », de la cousine de Grignon ! Roy Dupuis encore ? Ce jeune acteur archi-lumineux y ferait florès. Les doigts beurrés de gouache, je barbouille :un gamin en patins à roulettes accroché derrière un tramway, un hockeyeur de trottoir, sa rondelle ? Une ronde crotte de cheval gelée bin dur.

Samedi 18 janvier, l’ami cinéaste belge de « Pleure pas Germaine » se désiste. De New-York, il devait venir ici. L’amie Josée, scripte, s’installe au grenier. Catastrophée, elle dit :« Radio-Canada toute livré aux compagnies privées ». Je lui explique : notre Office national du film, copie d’une « ONF » de Londres, c’était l’installation de la propagande » face à la guerre (de 1939-1945) à l’horizon. Lesté de « culture-arts-spectacles » Radio-Canada agrandira l’« information », la propagande « sheilacopétienne ». RDI le fait… mais le gouvernement québécois est trop « pissou » pour imiter, à Télé-Québec la machination. Ce jeune Dufort en « Infoman » : fameux avec topos ravageurs sur Raël-le-cinglé, sur le fou Kim-Corée-du-Nord, sur Vieux-Guilda.

Dimanche 19 janvier,
une lumière arctique pour nos promenades de santé autour du lac, avec chiens fous partout ! Gazettes jasent encore sur : « Contrôle des armes ». Fumisterie ruineuse (2 milliards de notre argent !), tous savent qu’un malfrat trouvera des revolvers dans bars et tavernes.

Lundi 20 janvier, soleil « avec capuchon ouaté ». Demain matin en studio, j’oserai parler de spiritualité. Hen quoi ? Pas « à mode ». On verra bien… si l’esprit sain —et Saint— descend sur moi. Oh, on va rénover (youpi !) le vieux cinéma « Plaza » sur la St-Hubert angle Beaubien. Nous y allions, ados boutonneux de Villeray, les dimanches après-midi de pluie. Ah, revoir la lumineuse Rita Hayworth chanter : « Put the blame on me, boys » !

Mardi 21 janvier,
ce matin, unanimité à « Tous les matins » : oui, il y a un peu partout quête de spiritualité. Je ne passais pas du tout pour un hurluberlu. Froid terroriste aujourd’hui. J’avais lu, de Soljenitsyne, « Le pavillon des cancéreux », je sors de la « Cité de la Santé », Fernande —chauve, les deux bras bleuis par les seringues— attend, en nous souriant, de sa propre moelle.

J’observe ces soigneurs zélés du « cinquième » avec, tout autour, plein d’alités qui espèrent. Revenu ici, je cours vers la rue Lesage : Saumon. Lhote. Un gâteau sans sucre. Travaux d’élèves en cuisine. Je ramène cela et, oh, la croix qui s’allume au Sommet Bleu, j’expédie des ondes positives à Laval, à Fernande.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *