Les relationnistes

Les relationnistes (qui ne mentent pas toujours) ont le droit de vivre. Il s’agit de n’être pas des dupes. Voici des exemples de ma « résistance aux relationnistes ». Le premier ? Troupe de reporters pour la visite inaugurale du « Casino de Montréal ». Riche buffet, bar ouverts. Guide bien dressée qui tape dans ses mains : « Vous allez me suivre maintenant, je vous expliquerai tout ». Des enfants de maternelles ? Je proteste : « Ah non, moi je veux circuler comme bon me semble ». Colère de la jolie matrone. M’éloignant du troupeau bien sage, la jeune Isabelle Maréchal sembla fort étonnée par mon refus d’embrigadement.

Encore ? La troupe de reporters, tous frais payés, sur le site « barrage neuf » de la Baie James. Horizon arctique et lutrin planté dehors avec discours lénifiant du Guide-Hydro-Québec. Je l’interromps brusquement pour lui parler de la pollution —au mercure— qui va s’ensuivre. L’« officiel », contrarié, bafouille qu’il est « le » seul à devoir jaser ! Je continue de lui révéler le contenu d’études scientifiques lues avant de monter dans sa toundra. Chicane ! Mon —jeune alors— collègue Paul Arcand m’en parlera souvent de… mon toupet.

Encore ? Troupe de « journalistes sportifs » pour une partie de hockey au (vieux) Forum. Le camarade Ron Fournier (feu CJMS) avait voulu initier l’écrivain aux coulisses hockeyiennes. J’en tombai sur le cul : bar ouvert aux apéritifs variés, repas chaud servi (et bon) et puis digestifs aux cognacs-de-prix. À volonté ! Ensuite, « allons voir jouer les millionnaires » :loges luxueuses, serveuses —à plateaux garnis— accortes, durant le match. Je n’avais jamais vu de ce « traitement royal » comme critique d’art. Ou de livres (aux lancements si chétifs), de théâtre ou de télé (quoique là, parfois….).

Le lendemain, à mon micro, je dénonce ce bichonnage scandaleux et je fais la caricature de tous ces commensaux « incestueux ». Les fiers Réjean Tremblay, Richard Garneau et Cie, devaient avaler de travers ce matin-là. Mon amphitryon de « Ron » en fut enragé, menaçait de me… « péter la yeule » :« Si c’était pas de tes cheveux blancs, mon écoeurant » !

Exemple pire encore ? Garder un esprit libre c’est, par exemple, visionnant un party-gala télévisé du Saguenay où l’animateur est un camarade de travail, Mario Tremblay. J’avais démoli ce « navet ». Oh, le « dirty look » du Mario ! Une longue bouderie s’ensuivit. La même qu’on lui verra afficher quand « son » rétif Patrick Roy démissionnait. De la glace brûlante !

Au Québec, vu la taille du pays —et donc de sa « presse »— le journaliste doit se dédoubler : il fait la promotion (entrevues, pré-papiers) et aussi la critique. De cette délicate situation naissent souvent de trop flatteuses critiques. J’étais à La Presse et dans la même page, je signe une interview —l’homme était sympathique— du vieux Richard et, à côté, une sévère critique de ses tableaux. On me rapportera : « René Richard n’arrive pas à comprendre. Tu publies deux articles sur lui, un bon et un mauvais »!

À mes touts débuts, pour les Fêtes, je reçois —était-ce la pratique?— quelques cadeaux de galeristes importants. Retourner toutes ces fioles de prix, riches gravures, (etc.) m’aurait coûté cher en timbres. Le critique était fort mal payé à l’époque; cela a-t-il tant changé ? Je fesse leurs expos par la suite s’il le faut. Ces dirigeants de galeries d’art furent déçus : « Quoi ? Nos cadeaux ! L’ingrat ! ». Au Noël suivant, rien ! Fin des cadeaux et bon débarras.

Que dire de ces journalistes-courroies-dociles pour musique rock, « musicals » importants, ciné-blockbusters-USA ? Ils se font payer l’avion, l’hôtel —piscine et sauna, gras gueuletons, bars ouverts… puis on injecte dans les oreilles molles les prouesses du film. « Extraordinaire », bien entendu. Et ce (cette) reporter bichonné —si content (e) d’avoir pu jaser « cinq minutes avec une « veudette »— reviendrait à son pupitre montréalais pour déclarer que le produit est nul ?

Méfiance lecteurs, méfiance !

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