AUX ASPIRANTS-ÉCRIVAINS.

Par Claude Jasmin

Dans La Presse (1/6/03), un jeune aspirant-écrivain, Olivier Sylvestre, se lamente : « Sans contact, un débutant en littérature est fini, cuit ». C’est faux, mon jeune. Votre vif —et normal— besoin d’être « connu un jour » est de bon aloi. Pour cela, un seul fait bien têtu : rédiger un manuscrit solide, original. Gaétan Soucy, inconnu d’abord, a pondu sa « Petite fille aux allumettes » devenant ainsi connu et unanimement fêté. On commence toujours en étant « un inconnu », non ?

Un bon point pour vous. Vous étudiez un métier : la criminologie. Ainsi vous ne ferez pas grossir engraisser ce lot de candides ignorant que la littérature est une vocation. Surtout pas un métier, seul le talent fort vous arrachera au gagne-pain obligé. C’est clair ? Un fort courant de naïfs —à mon union (L’UNEQ), veulent le loufoque statut d’ Écrivain-d’ État, avec « le B.S. culturel » aux frais des travailleurs criblés d’impôts.

Courage jeune Sylvestre, à mes débuts —1960— au Québec, il n’y avait que quatre éditeurs (dont ceux de trois communautés religieuses !), un seul laïc : Pierre Tisseyre. De nos jours, voyez la longue liste des « pages jaunes ». Jeunes, polycopiez, distribuez votre manuscrit. Il y aura ces refus polis, ces « Ne correspond pas au style —ou aux besoins— de notre maison». Après « plusieurs » refus, se poser « la » question :« Ais-je assez de talent ? »

Vous parlez de contacts, de pistons ? La majorité des débutants en écritures n’ont pas de contact, forcément. À 29 ans, composant « La corde au cou », je n’avais aucun piston. J’ai connu de ces « aspirants à bons contacts » qui ne servirent à rien. Ça rapporterait quoi à un éditeur de publier le mauvais roman du rejeton d’une célébrité, d’un gars à bons contacts ?

Jeune homme, vos « quatre refus essuyés » ne vous font signe que d’une chose : écrivez-en un second. Votre premier n’est sans doute pas fameux. Puisque « l’écriture est mon seul défaut », dites-vous, entêtez-vous et envoyez paître ce « conférencier » rencontré lors de vos études, il a tout faux :le milieu littéraire n’est ni « hermétique ni sélectif à outrance », il y a que le talent fort est rare et que tous les éditeurs ne cherchent que cela, le manuscrit fort, étonnant.

Le vieux « connu » vous salue bien.

Claude Jasmin,

Sainte-Adèle.

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