« PÈRE EN OR, FILS EN ARGENT » ?

Tom avait prêté une de ses salles du cinéma « Pine » (ce nom anglo, pouah !). Visionnement donc par un bel après-midi, rue Valiquette, d’un film (vidéo qui ira se répandant partout dans nos Laurentides) sur « l’art d’être père ». « Le » bail !

J’ai connu ce cinéaste, Guy Fradette, enfant de ma rue du Vieux-Bordeaux, à l’ombre des murs de la prison. Il a grandi, il a perdu des cheveux, est resté enthousiaste. Il aime visiblement son métier. Fradette offre avec ce « Pères enjeux » une mosaïque, un collage; paquet de silhouettes paternelles. Du coq à l’âne dynamique sur un sujet…délicat. Père ? Comment on fait ? Ça ne s’enseigne pas aux écoles.

Le film montre un papa distrait, un papa goguenard, un « papa-par-oreille » et puis s’amène à l’écran un papa étonnant, celui —un comédien— de Martin Laroque. Il donne au film de Fradette une couleur formidable, il dit des choses vraies, si simples : « J’ fais ce que je peux, j’suis pas parfait, j’ai fait et je ferai des erreurs, c’est normal ». Rafraîchissant témoignage. On m’a dit que « Pères enjeux » passera tôt ou tard à la télé. Ne le ratez pas.

À mes yeux —né en novembre 1930, père dès 1953, j’avais 22 ans, — ce film m’ouvre les yeux. Le père actuel n’a plus rien à voir avec « moi en papa » ou, pire, avec mon père dans son temps. Un univers sépare les propos des « papas » actuels de Fradette avec ceux de « mon » temps. Au cocktail, ma compagne dit : « Les femmes ne travaillaient pas à l’extérieur et cela a tout changé ». Très juste.

Réalité incontournable qui a donné des avantages certains et des dommages pas moins certains. Je lisais qu’en Russie, comme au Mexique, le père n’est rien. L’éducation des enfants est fait par les femmes, par les « bonnes » chez les nantis. Mon père, ultra-présent —au sous-sol-restaurant— nous « observait » sans jamais se mêler vraiment à nous. Moi ? J’ai été le moniteur de jeux, l’organisateur des loisirs. Venant du Service des Parcs, je savais quoi faire. Les enfants, l’élevage, comme « les taches ménagères » tout cela était « le » domaine de la mère à la maison. Viver les temps actuels !

LE PARLER VRAI D’UN MORT : BOURGAULT

« Si je pouvais être un autre ?, dit-il, je me vois en bonhomme ordinaire, heureux avec femme et enfants dans un joli bungalow ». Oh ! Encore ? » Il n’y a que les hétéros pour croire que les homos sont gais ». Aïe !

« Je voudrais écrire hors de sujets actuels à la mode, à ethnique, à tapette, à monoparentale, à drogués… écrire à propos de la majorité quoi, avec, oui, une fin heureuse ». Eh, eh !

« Nos humoristes frappent sans cesse sur les faibles et épargnent les gens de pouvoir ». Bang !

C’est cela un esprit libre. Un lucide. C’est… c’était Pierre Bourgault. Qui a dit —pour nos « quatre colonisés sur dix » votant « NON » aux deux référendums joignant ainsi les racistes anglos et leurs assimilés, aliénés, colonisés : « On ne veut pas d’une province PAS COMME LES AUTRES, on veut un pays COMME LES AUTRES » ! Quand Dorion a rappelé cela, à Notre-Dame, la nef éclatait en un fracassant concerts d’applaudissements. John-fils- de-Red Charest baissait la tête, je le voyais, il fixait l’agenouilloir de son banc vernis.

Goguenard, Boirgault s’est nommé un jour : « Une vieille tapette », des vieilles tapettes de ce genre, il nous en faudrait des centaines et au plus tôt. Un jour, Bourgault parlait de « la loyauté » en amours, il fustigeait les baveurs qui médisent sur leurs amours anciennes. Comme il avait raison. Il a dit : « Léo Ferré a été aussi un salaud sur ce sujet, j’ai du mal à l’admirer désormais ». Vrai cela aussi.

Ce raté politique (il aimait la vérité) tenu loin des hustings par les prudents chefs péquistes, se métamorphosa en professeur émérite à l’université de la rue Saint-Denis et bloc-nota (tiens !) au populaire Journal de Montréal. Ce politicien raté muait en prof populiste utile, ce qui est moins facile que le croient le docteurs-en-science-politique qui ronronnent et jargonnent entre eux dans la tour d’ivoire.

Je suis assez pudique et ne braille pas souvent, surtout en public. Or, samedi matin, rue Notre-Dame angle Saint-Sulpice, un homme en noir a refermé la porte du corbillard et j’ai éclaté en sanglots. Sur Pierre en allé surtout. Aussi sur notre jeunesse, sur notre grand rêve d’un pays « comme les autres » et pas encore advenu. Aussi sur la peur d’une absence de relève. Alors, debout dans la nef, Landry a promis solennellement, avec un rare accent de sincérité totale, de « continuer le combat ». Je l’ai aimé.

Miron mort, son cercueil porté par six poètes dans l’église de son Sainte-Agathe natal, c’était bouleversant; Camille Laurin, « l’indispensable », mort lui aussi, c’était émouvant. Bourgault à Notre-Dame, c’était la douleur la plus terrible. La Grèce a attendu pus de 600 ans avant son indépendance actuelle. Cinquante ans de combats qu’est-ce que c’est ? Ah oui, je dois garder espoir et les fils de mes petits-fils l’auront « le pays ». À moins que… si je meurs très, très vieux…sait-on jamais ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *