LA TOMBE DE JEAN DUCEPPE !

(lettre ouverte)
Le mal n’existe plus, on doit l’apprendre à la nouvelle école des amoralistes. La télé et le cinéma, ouverts à tous, restent encore assez prudents mais un lieu peu fréquenté, le théâtre, est le lieu idéal pour ces bizarres missionnaires, zélotes d’un immoralisme à la mode. Exemple : « :La leçon d’histoire » chez Duceppe. La démonstration : il serait interdit de juger un père incestueux, se servant de sa fillette comme d’une masturbatoire poupée-porno, comme dans « Les yeux de verre » de M.-M. Bouchard.

Actuellement, Salle Jean-Duceppe, en chic Place des arts, le public « théâtreux » est invité à ne pas juger un dynamique professeur de collège privé, à Londres, qui est aussi un compulsif et joyeux manipulateur de… scrotums adolescents ! L’auteur, Allan Bennet, et son illustrateur, Serge Denoncourt, eux, jugent. « Mes dames et messieurs sachez que ce désaxé sexuel ne mérite pas du tout d’être congédié. Apprenez que le directeur, collet monté, ayant appris ses manigances, est un vrai fou. ET vous allez voir, cet enseignant sera vite réintégré dans sa clase. »

E finita la comedia ! Rideau. Aplaudir ! Il ne faut pas voir le mal. Il ne faut pas punir. Le nouvel évangile laïc cherche à s’installer. Mais on a le droit d’y voir une sorte de décadence, on a le droit de s’élever face à cette déliquescence scénique morbide. Protester vous fera voir comme « un demeuré. Chez Jean Duceppe, le jeu brillant des jeunes acteurs devrait aveugler commodément celui qui y décèlera « ce qui est » : « La leçon d’histoire » est une histoire de cul ! Le Théâtre Jean-Duceppe abrite donc volontiers ce « sermon sur la pédérastie inoffensive » Voire ! L’excellent Robert Lalonde aurait pu refuser ce rôle venant de publier chez Boréal « Que vais-je devenir… », un récit bouleversant, le drame d’un jeune garçon fréquemment abusé par un père incestueux pédéraste.

Le prodigieux acteur et fondateur de ce théâtre doit remuer dans sa tombe. M. Bennett veut banaliser un comportement très évidemment inacceptable en milieu scolaire. Oui, ce curieux prosélytisme aurait dû conduire l’écrivain Lalonde à un refus de participer à cette sinistre entreprise scénique. Mais ça ne suffit pas, à la veille donc de réinstaller cet enseignant, drille déboussolé, on y présente son successeur en un jeune instituteur se laissant séduire par un élève posant en intempestif initiateur, le pied dans la fourche du prof, la main dans sa culotte. En pleine classe, en pleine scène illuminé.

On souhaite l’édification de la foule nigaude et béate. Surtout refusons tout jugement moral. Il n’en reste pas moins que l’on sort de « chez Duceppe », appréciant ou non ce curieux divertissement, avec l’embarrassante impression d’une dramaturgie pour vains petits-bourgeois où l’on « béatifie » la pédérastie en milieu scolaire.

Vigneault se rendant chez Duceppe chanterait : « Tu pense qu’on s’en aperçoit pas ? ». Un enseignant en « tantouze », un instituteur en vieille « pédale » et prière d’applaudir ? Mais non, rien à faire : un professeur taré et trop paresseux pour exercer « son ministère » dans des parcs éloignés de son huppé collège, est un professeur à congédier et promptement. Propos de moralisateur ? Non. De moraliste, oui, comme mon maître le fabuleux fabuliste, Jean de Lafontaine.

Claude Jasmin

écrivain

Sainte-Adèle

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