LE « FÉROCISME », UNE MODE ? | GINGRAS, FOGLIA, PETROVSKI, ET CIE : INTÉGRISTES ?

      Une mode s’installe en journalisme, les chroniques d’humeur. Noires souvent. Impossible désormais de dépasser la vitesse de la radio ou la télé, alors il faut bien remplir le journal. Du défoulement, du bien piquant, à l’occasion épicé, Lisez Foglia, ou Martineau, Cassivi ou Nuovo, Pétrowski ou Lagacé. Piques et horions, parfois, dérive, dérapage : insultes, injures ad hominem. Ce néo-journalisme : démolir ? Par exemple, cogner Céline Dion, oui, frapper une vedette. Un Gingras, en musique, utilise volontiers la diatribe, une cruauté qui est sorte d’onanisme, de masturbation. Et : À bas les émotions, m’sieur Nietzsche, humaines, trop humaine ?

      Chroniques donc comme par l’excisé de ses sentiments. Chez eux l’amateurisme -de amator et amor- c’est détestable, une tare. Ce maoïste à plume, pur et dur, voit les sentiments en survêtement de l’Homme mou. Fier de son inhumanité, le chroiqueur-critique vaque à ses noires écritures. Le succès populaire est malsain. Sévérité ou bien jalousie ? Défoulement du monomaniaque morbide. Critiques au pointillisme pathologie pour un auditoire de frères en cruauté. Se vengent-ils, M. Freud, d’un manque, d’un échec, d’une déception grave, d’une routine de vie qui les étouffe ? Ces rédacteurs en rogne ont leur cohorte d’aficionados tel, jadis, un Robert Lévesque, furieux et féroce.

Gongorisme infernal.               

      L’enragé à plume sait bien l’adage : « le montrueux attire la foule ! » Intégriste, il fesse fort, planqué en son fin savoir, bardé de ses principes immuables. Cuistre, il cite sans cesse et il va aux premières, les dents serrées, main à plume grincante,  bavant de flel, il va tuer ! L’amateurisme. Son stylo-machette pisse une encre noire d’un taliban instruit. Un fondamentaliste. Un intégriste. Il accorde son visa rarement. Ses humeurs relèvent d’un ordre, d’une église. Il est Fasciste. Sa prose d’enragé est une démence et certaines cibles ne s’en relèveront pas. Assis dans la nef, son bréviaire codé sur les genoux, il veille, fier Cerbère. L’Artiste n’a aucun droit d’inventer, d’interpréter, arcbouté derrière un lutrin, ou un piano ou un violon. Ou un décor, un manuscrit. Pour ce guetteur, il n’y a que le cerveau, ce matraqueur a, seul, le bon pas, est de bon bec. Objectif et impartial, sans état d’âme. Il n’aime pas, il n’aime rien. Ni la musique, ni le théâtre, ni la peinture, il est agrippé à son évangile aux six commandements : 

1-Mort aux surprises du créateur non-orthodoxe

2-À bas les interprétations personnelles 

3- Stop au spleen, au romantisme

4-Foin des audaces inattendues du novateur 

5- Sus aux émotions et aux sentiments 

6- Hue aux ignorants des grandes traditions

 Euphuisme répugnant. 

      Son bloc-notes se noircit de mots-dards selon l’estimation cartésienne; c’est de l’ordre du scalpel, avec sarrau immaculé, boulot de chirurgien. Il écoute, lit, observe sans aucune liberté vraie. Les improvisateurs, les ré-créateurs ? Tous des traîtres. Travailleurs en féconde joie, audacieux ?  Tous des aventuriers. Les novateurs qui risquent ? De la schnoutte. Ce ou cette cuistre  sont des chevaliers à la triste figure, cher Cervantès !  Leurs rares jubilations sont des ricanements. Misanthropes finis, c’est Torquemada, un catholicisme (au sens strict de ce mot) avec odeur de bûcher purgatif en leurs  cahiers « arts, lettres et spectacles. » L’amateur n’aime pas assez sérieusement, est trop léger, trop ouvert, fragile et trop instable. Lui ou elle, juges professionnels n’existent pas pour aimer mais pour exécuter. « Tout ce qui est atteint est détruit », dit Montherlant. Ces Lévesque mal assis dans nos théâtres refusent les ré-inventeurs, ils sont des froids noteurs.

Marinisme inquiétant.

      Si l’amateur manque de sérieux, ce cruel « sérieux » manque d’amour car il y a la culture et encyclopédie. Le cuistre ignore que l’être cultivé aime, l’encyclopédiste n’aime pas. C’est un sur-instruit qui assemble des théories d’une mathématique-des-arts. Dogmatique, sa gnose s’étale et ne sert que les anciennes références. Il s’agit d’intimider, de paralyser à jamais et je ne suis pas sans péché au domaine des arts plastiques, j’ai l’excuse de la jeunesse. Devoir avouer aussi ce honteux plaisir à lire cette sorte de pisse frappée. D’un Martineau ou d’une Pétrowski, d’un Pierre Foglia en certains matins d’amertume. Qui encore ? On lit avec une petite gène ces papiers de désespoir, Miss Nancy Huston ? Pour nous changer d’une complaisance répandue ? Cette critique en forme de « pub », de « plugs »; sirupeux brouet para-commercial, si fréquent en ce « Monde de spectacle », cher Dubord. Nos féroces compensent ce lierre publicitaire ? Futile combat  car la vie, la vraie, est titubante, fragile, incertaine, essayiste et gagne toujours. Ce croisé fanatisé se sait seul en pureté mais il arrive que ces Cassandre brillent, c’est tout entendu, on aimera les lire aux estrades même si on en sort honteux. Plaisir trouble du trop  bon public et puis on songe alors à la victime… La pureté… moi, je vous dis…                       

Texte mis à jour le 4 mars 2008

  

                

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