TOUTE VIE EST UN ROMAN ?

« Toute vie est un roman ? », c’est le titre d’un de mes bouquins récents illustrant un dialogue que j’entreprenais avec ce que j’imaginais « une simple ménagère » et qui se révéla une femme d’esprit, brillante, pétillante : Michelle Dion de Sherbrooke. Vers 1988, j’avais songé à me faire l’éditeur de « récits vécus » car je venais de lire, émerveillé, la vie de Marguerite Lescop, une femme vaillante et étonnante. J’ai toujours aimé « l’art naïf ». Je sors tout juste de la lecture d’une sorte de gros album titré « Je ne fais que passer », signé Jean Tremblay. Un comptable retraité habitant maintenant le Sommet Bleu. Tremblay prouve encore une fois que, mais oui, « toute vie est un roman ».

Une proche voisine, infirmière retraitée, Raymonde Lagacé, racontait sa vie, il y a peu de temps. Je lui fis, avec plaisir, une préface. Pimpante autobiographie illustrée par son album de famille, une captivante fresque d’éphémérides. Ces livres d’amateurs ne jouissent pas d’une grande diffusion mais on peut imaginer facilement « le trésor » que c’est pour parents, amis et voisins. Désormais, et cela va aller en s’agrandissant, suffit de quelques cours de création littéraire —qui pullulent— et plein de gens auront ce désir —besoin viscéral ?— de narrer l’itinéraire de leur existence. Avec courage —il en faut— celui de raconter aussi les échecs, les chagrins, gros et petits, les moments sombres d’une vie. De tels récits intimes captivent un public restreint forcément. C’est une sorte de « testament » qui n’a pas de prix pour les descendants.

Jean Tremblay a grandi dans mon cher Villeray, puis, diplômé comptable, il ira s’installer longtemps sur la Côte Nord. Quand Baie-Comeau se transformait en centre industriel suractivé. Ensuite, couple Tremblay qui se fracture, ce Jean devient « père monoparental », trois jeunes garçons. Il revient « en ville » pour faire une deuxième carrière à Hydro-Québec. L’Adèlois qu’il est devenu maintenant parsème son récit d’anecdotes, les unes inévitablement banales mais d’autres fort piquantes. Arrivé au « grand âge », il reste un sportif solide et un voyageur curieux, aussi un nouvel amoureux comblé.

Nous lisons —moi par le hasard de ma biblio Claude-Henri Grignon— un tel récit par une curiosité d’abord ordinaire. Et voilà qu’ici et là on se sent concerné. Une situation cocasse nous frappe, un désagrément nous captive, un moment de bon bonheur nous ravit. Ainsi nous pénétrons dans l’intimité d’un inconnu et nous constatons de nouveau que « tout vie est un roman ». Des milliers de Jean Tremblay ont vécu cette sorte d’existence, c’est entendu, pourtant celui-ci décidait de « coucher tout cela sur papier » et y a mis aussi (on est en 2007) des tas de photos personnelles. Voilà un autre « conte de la vie ordinaire ». Cette vie que l’on sait fugace, qui file à toute vitesse, que l’on sait « condamnée à une fin ». Terrible loi commune, seule justice immanente ! Avant de « partir », terrible fatalité, une telle narration d’un quidam, d’un loustic, forme un pan de plus pour savoir d’où nous venons les uns les autres. Tant de ces récits finiront par former un patrimoine utile, immense mosaïque. Les archives populaires des nôtres.

Comme nous aurions aimé —moi en tous cas— pouvoir lire « la vie » d’un papa décédé(le mien mort en 1987), celle d’une maman (la mienne née en 1899). Ces chers « disparus » hélas dont on cherche vainement à comprendre de quoi fut faite leur vie. Enfant, jeune fille, jeune mère.

Hier encore, j’examinais, scrutais, des photos anciennes de ma mère, jeune fille, —de « studios » parfois. Je tentais, un peu vainement, d’imaginer ses sentiments… une moue, un sourire, une attitude bizarre ou un décor naturaliste, une robe sophistiquée, un lieu inconnu de moi. Tous nous tentons de relier, de rallier, les maillons de notre chaîne génétique, non ? Pour ses proches, cet album de Tremblay titré « Je ne fais que passer »
fournira des explications, des arguments, les motifs de tel virage, de telle décision, de tel ou tel important moment. « Un homme parmi les hommes » (Sartre) décide de publier —souvent à compte d’auteur— le circuit de son existence et voilà des enfants, des petits-enfants qui auront un fameux grimoire. Pratique pour…se souvenir. Avec les progrès de l’imprimerie moderne et ses facilités inouïes, il est devenu relativement facile de constituer de telles précieuses archives familiales. Que l’on en profite. Lagacé ou Tremblay, tant d’autres, décident donc de laisse des traces, vieux manège connu depuis les âges antiques, ce besoin intense de poser sa main sur un mur de la grotte (à Lascaux). Mieux, voici des visages, des sites, des sourires et des rires, des compagnons, des amitiés, voici le vitrail illuminé au grand complet, tout cela qui dit : « j’ai vécu ». Comme on lisait jadis sur un mur de sa ruelle : « Kilroy was here ».

LECTURE ET RÉFLEXION

Le très brillant, Jacques Attali, auteur à succès en France, parle en entrevue :

Le voilà dans l’anticipation . Titre de son récent essai : UNE BRÈVE HISTOIRE DE L’AVENIR.

1- Il n’y aura, dit-il, que deux domaines régnants : les assurances (!) et le divertissement !

2- FIN DES USA ? Non, dit-il, il n’y aura pas déclin ou chute il y aura FIN DE LEUR EMPIRE car ils vont se retirer ! Il donne aux Usa 20 ou 30 ans encore. Ils auront trop de problèmes intérieurs à gérer leurs activités (intérieures), dit Attali. Ils seront débordés bientôt. Ils vont se consacrer alors à résoudre le bien-être intérieur, (leurs finances grevées), Seront déçus par leurs efforts pour assurer la sécurité du MONDE entier. L’Ingratitude des étrangers, penseront-il, est à ranger dans leurs désintérêt des autres. Fin du rôle de gendarme de la planète. Replis quoi.

Vaste « Repliement » à prévoir donc.

3-Attali parle de polycentrisme désormais.

« Dans 20 ou 30 ans. Il y aura, dit-il, une dizaine de nations dominantes. Pas les USA seulement.

QUATRE TRÈS PRÉVISIBLES : LA CHINE, INDE ENSUITE, LA RUSSIE, LE Mexique…etc.Il y aura donc un nouvel ordre mondial sans plus cette hégémonie des USA.

4-Une sorte d’unité nouvelle AUTOUR D’UN MARCHÉ (libre échangisme depuis la chute de l’URSS en 1991), le marché planétaire sera la norme. C’est visible déjà.

Il nomme cela « l’HYPEREMPIRE ».

5-D’ici la n de ce siècle, ce sera un millier de nations mais affaiblies par le « MARCHÉ MONDIAL ET SES FORCES».

6- Le Canada-Québec ? Il dit : « Il doit grossir sa population et alors, oui, il sera une force mondiale. Il devra donc accueillir mais aussi INTÉGRER ces populations nouvelles. Il dit : Le Canada a l’espace voulue pour compter et s’il sait régler (avec les autres pays) les problèmes de climatologie, oui, il comptera.

Attention :

7-Tous devront guetter le danger de la domestication (par trop d’auto-surveillancesorganisées, polices multiples alors ) de leurs citoyens car tous voudront améliorer la sécurité nationale.

Exemple : ce projet de satellites (aux USA), du ciel à fusées sur missiles partout, etc.

8-Quoi de l’HYPERCONFLIT (sorte d’apocalypse !) dont il parle

« Je prévois un avenir à partir de ce que je vois mais si vous savez qu’un rocher va tomber sur votre maison, vous n’avez qu’à vous en aller, à changer la menace. Ainsi l’avenir prévisible peut être changé. L’hyper-empire, ce serait la fin de L’État. Donc du DROIT. VIENDRAIT alors la victoire des mondes maffieux quoi. De l’anarchie, du désordre mondial.

Déjà c’est 20 % du PNB mondial…des économies mondiales, c’est menaçant, énorme, ces activités criminelles sur la planète.

9-D’ici 50 ans ce serait 50 % du PNB mondial si on laisse faire.

Les États doivent pouvoir changer cette réalité. Pas facile.

Les armes sophistiquées amèneront ce danger d’un HYPER-CONFLIT. Et une apocalypse, oui

10- Certains pensent donc déjà à un HYPER-GOUVERNEMENT une ONU-plus Une organisation indispensable, pensent beaucoup d’observateurs. Une élite doit vite s’installer : réunion des gens altruistes, je dirais des TRANSHUMAINS (de transcender), sorte de « citoyens du monde » d’un nouveau genre.

Ce serait une HYPERDÉMOCRATIE alors, pour aider les contemporains et ceux qui viendront après nous.

11- Le profit (vieux moteur des hommes) devra cesser d’être une fin comme de nos jours. Des structures neuves seront alors crées. « Progrès social et progrès des autres » seront la LOI nouvelle. De force. Ces transhumains, face aux menaces, verront à la l’innovation sociale « et aussi artistique », oui, artistique.

Les « assurances » vont donc proliférer et le monde de la création, du divertissement. CE sera la fin de la proéminence du MARCHAND. Et la fameuse « micro-finance » (commencée et très réussie actuellement en Inde) sera indispensable et partout.

Une « utopie », non ?, votre étude de « l’Avenir du monde », dit le questionneur ? Attali : « Utopie est le nom qu’on donne aux réformes, aux changements, quand ils débutent (voir la neuve microfinance, on prête de l’argent à de minuscules entreprises et cela fait naître des gens autonomes ) UTOPIE peut tourner alors en vraie révolution… mais pacifique.

12-Ainsi la célèbre TAXE TOBIN (pas encore acceptée) qui est de taxer chaque opération de bourse, de finance) pour aider les continents pauvres. Une utopie, dit-on, mais on verra bien…

13- DONC POUR Y REVENIR ET CONCLURE deux forces majeures

« Oui , dit Attali, UN : celui des assurances (sur un mode continental, mondial) en cas de malheur et DEUX : l’industrie (partout dans le monde) du divertissement, c’est parti, cela qui est essentielle au bonheur (au moins au bon plaisir) des humains.

FIN.

« TOUT L’ MONDE EST MALHEUREUX TOUT L’TEMPS ! »

S’en revient, en novembre prochain, « Le Salon du livre ». À cette époque, l’an dernier, on a lu des déclarations sur la maigreur de « notre monde » du livre. Ce fut la grosse chicane. Guérin, gros marchand de livres, s’écria : « Assez de colonialisme, accordons les belles places aux nôtres, comme font les parisiens, et des « racoins » modestes pour ceux de France ». Résumons les opinions. On publia mon texte : « Un seul vrai problème : le monde ne lit par notre littérature québécoise ». Victor-Lévy Beaulieu me répondait: « Faux, mon Jasmin. Le problème ? Les médias sont absents pour nos livres et nous manquons de subventions ». Je notai.

Michel Brûlé, éditeur méprisé, s’amenait :  » Le problème c’est que, subventionnés à gogo, on édite n’importe quoi. Pas assez de livres à succès, le « milieu livres » est nombriliste et il y a une clique de « profs-docteurs-en-lettres » qui snobe les « populaires ». Je notais encore.

L’ex-éditeur, Alain Stanké, étonnant, y alla d’un :  » Comme en France, abolissons carrément les subventions. Trop d’offres…bien peu de demandes ». Aïe ! Le prestigieux Pacal Assatiany de Boréal : « L’éditeur Brûlé déconne, c’est un jaloux ! » Le chroniqueur Cassivi en rajoutait :  » Michel Brûlé est un vulgaire peddler de livres, un suiveur de modes . » La journaliste Stéphanie Bérubé publiait un bon papier pour dire aussi de « trop d’offre pour la demande ». Un marché faussé, taré.

Des livres qui fonctionnent, dit-il, certains albums de B.D. les auto-biographies-à-succès, Janette Bertand, des livres-jeunesse, telle la série « Amos D’Aragon » (chez Brûlé) et des livres-à-scandales, tel le livre de Vastel sur une jeune Simard abusée. Et l’anglaisé doué et traduit, Yann Martel ? B’en…une exception glorieuse. Le Brûlé fort malmené revint à la charge :  » C’est anormal, tous ces éditeurs qui font des livres-sans-succès aucun et qui pourtant reçoivent davantage de subventions ». Voudrait-il la manière Téléfilm, « Prime aux performants » ? Le chroniqueur Paul Cauchon comparait avec un monde semblable, la télé « hyper-subventionnée et écrivait:  » En saine théorie financière l’on prévoit que les hommes d’affaires-gestionnaires incompétents ne participant pas aux frais— ( tous nos éditeurs subventionnés ?) se fichent bien des résultats. Ils empochent les subventions, rien à perdre, c’est pas leur fric ». Eh ! Alors, on songe à ces producteurs de télé « morons » —disait jadis F. Larouche— qui ne mettent pas le « fric public » à l’écran, roulent en Mercédes, mènent un train-de-vie somptueux ».

Le retraité Stanké avait-il raison ? « Abolir les subventions et laisser flotter librement ce chétif marché ? » Hum ! Verrait-on disparaître la totalité des éditeurs littéraires ? Oui. Brûlé insistait : « Le succès en ce milieu est un étrange tabou, une honte « . Relisant toutes ces déclarations, on turlutera du Vigneault: « Tout l’monde est malheureux tout l’temps ! »

L’éditorialiste Mario Roy —qui publia un excellent livre sur Gerry Boulet, nous captivait : « Dans le monde, il se publie deux livres à chaque minute, un million chaque année ! Au Québec, 5,000 livres sortent chaque année, c’est davantage qu’un livre par jour. Il y aurait 200 éditeurs au Québec (!), pas tous « de littérature ». Ils n’étaient pas dix en 1960 ! Le contribuable crache donc 30 millions de belles piastres pour « entretenir »— c’est le bon mot— le livre ! Alors je maintiens mon : « Cause de malheur : le monde ne lit pas l’yable ».

Qui a lu « Le jeu de l’épave », étonnant roman du jeune Bruno Hébert, ou l’émouvant « Que vais-je devenir jusqu’à ce que je meurs » de Lalonde, ou « Toute vie est un roman« , mes entretiens avec un ménagère brillante de Sherbrooke ? Le Salon va-t-il encore se taper les bretelles avec le nombre de ses visiteurs, on comptera les tours des « mêmes » aux tourniquets et les enfants-non-acheteurs en amusant congé scolaire, les doigts pleins de signets. En fait c’est même pas un Québécois sur 300 et nous sommes 3 millions de Québécois—la moitié de la population— dans la grande région montréalaise (de St-Jérôme à St-Jean).

299 Québécois sur 300 n’en ont « rien à foutre » du livre, littéraire ou pas littéraire. Un correspondant me jette :  » C’est que, de la fiction, des « z’histoires », on en a en masse avec vidéo-clubs, cinéma, canaux de télé, etc..  » Que répondre ? Ne plus publier que de l’auto-fiction ? — les beaux cris de madame Noël, ou ceux de Sissi Labrèche ? Ou bien des biographies ? De là, l’an dernier, mon appel à la radio de Cloutier : « Vite, Raymond, trouve-moi un biographe ». Je rigolais.

Comment bien convaincre que Bruno Hébert ou la Francine Noël du très bouleversant « La femme de ma vie« , offre des heures et des heures de lecture sans commune mesure avec du téléroman à « crochets » pour captiver de façon ultra primaire les centaines de milliers de téléphages et télémanes ? Comment ?

Gardons donc le rythme —« B.S. cultuel »— actuel. Après tout c’est bien davantage que $ 35 millions d’argent public que l’État offre en subventions variées aux industriels de tout acabit, Bombardier et Cie. En fin de compte, l’auteur du volumineux « Joyce, le Québec …», Beaulieu, aurait donc raison ? « Davantage de subventions et aussi une meilleure visibilité en médias, svp ! ». Que revienne donc ce « Salon du livre » avec, au milieu, les crésus-du-livre de Paris et, tout autour, les subventionnés « indigènes indigents ».

LE HITLER, LE STALINE DE BAGDAD !

Notre surprise, jeunes, quand éclata la guerre de Corée ! Nous sortions de récits si noirs, guerre de 1914, guerre de 1939. L’horreur des frappes « sur les civils » par USA l’atomiste. Ça ne finirait donc jamais ? Non. Il y a eu celle du Vietnam, celle des Balkans, celle (génocidaire) du Rwanda. Puis du Koweit, de l’Afghanistan. De l’Iran-Irak. Et voici celle du Liban. Guerres« modernes » qui nous firent connaître des régions méconnues. Nous avons appris des noms nouveaux, avons mieux su (journaux, radios, télés) où se situent tant de contrées lointaines.
Les enjeux restaient parfois nébuleux. Avez-vous envie de bien savoir de quoi il retourne au juste avec cet Irak encore en fous feux quotidiens ? Faites comme moi, prenez avec courage à votre biblio ce formidable bouquin de 750 pages (valeur : $50) : « LE LIVRE NOIR DE SADDAM HUSSEIN » (éditions OH). Vous saurez tout. Que ces méprisés Chiites furent hélas divisés en factions, que les « gazés Kurdes » aussi étaient divisés. Au cœur de ces querelles un orphelin malin, fou, ambitieux, va jouer ses sinistres cartes : lui, ce satanique Saddam H. Vous apprendrez en détails sa lutte infernale pour régner en dictateur désaxé, assassin. Une vingtaine de témoignages accablants, des plus instructifs. Vous y verrez le jeu infâme des Grandes Puissances qui souhaitent profiter du « fou bien aimé » un temps. USA et URSS en tête. Saddam profitant de leur soif de pétrole pas cher.

En arrière-plan, se cachent comme toujours, les pires écœurants, nos vendeurs d’armes, marchands de chars, d’avions, de missiles, aussi de gaz mortels, négociants horribles, Hollandais, Allemands inclus ! La France ? Comme les autres ! Chirac s’entichant littéralement de ce malade mental. Que l’on embrasse publiquement, que l’on reçoit avec tous les égards, à Washington à Londres comme à Paris. Il y avait cette frousse viscérale de cet Iran islamisé, pays à abattre au prix des pires charniers iraquiens qui s’accumulaient. Un fascisme pas moins révoltant que celui de Hitler, de Staline. Ou de Pol Pot de mémoire scandalisée. « Le livre noir de S. H. » est un livre essentiel, une lecture terrifiante, qui fascine et qui révulse.

Oh ces complices sordides dans les chancelleries, qui taisent les tueries, font mine d’ignorer les exactions sordides !

Mieux informés, nous pouvons alors bien mieux lire « la suite ». De Gaza à Beyrouth actuellement. Certains chapitres font bien voir les tractations funestes des années 1980, 1990. Vous y verrez ces yeux fermés quand la tuerie du Kurdistan s’opère. Quand l’écrasement des Chiites du sud s’organise. Quelles leçons extraordinaires, un cours avancé en géo-politique. Misère de tout ce qui fut tu, gommé, censuré. Et qui l’est encore !

À la télé, on voit le gaillard fasciste en propre chemise blanche qui joue l’innocent dans son box. Il sait tout, il sait les appuis politiques de jadis, les connivences honteuses de l’Occident avide de bons marchés aux puits de son or noir. Un déchu qui a connu les vils intérêts des grands conducteurs du monde soit disant avancé. Il lui reste à jouer des cartes honteuses, il pourra, son heure venue, dénoncer les encouragement tacites de ses braves alliés d’antan dans les grandes capitales de la civilisation. Cet homme c’est satan en personne, le diable, comme celui dont on a honte d’avoir serré la main à l’ombre des jeux de coulisses de l’ONU impuissante.

« DOS BLANC » PARLE À « JARRET NOIR ! »

Vue de la Côte des Neiges, ma descendance du village Saint-Laurent se fit nommer « les dos blancs » avec leurs pâles tabliers de travailleurs maraîchers sur le dos. En Beauce, toutes ces hordes de travailleurs dans « la boue à patate » furent baptisées « les jarrets noirs ». Si vous voulez savoir les cris de révolte d’un jeune « jarret noir », beauceron scandalisé , procurez-vous vite (librairie ou biblio) le 500 pages, titrées : « Babelle ». Étrange « récit de jeunesse » par Renaud Longchamps, cahiers d’une folie juvénile, imprimés sous une belle couverture criarde d’un rouge sang (éditions Trois Pistoles) !

Vous y lirez de fantasmatiques hallucinations, langage poétique d’une prose d’écorché vif. Âmes pieuses, vous abstenir, c’est un flot rageur aux mots orduriers, hoquets compulsifs farci de blasphèmes, volontairement enlaidis de gras filets de pisse, de sang et de sperme. Fornications à cet « Hôtel Blème », lieu de son désespoir adolescent. Renaud Longchamps y jette des éclairs géniaux en vomissant son pays, sa petite ville de province, tous les bourgeois beaucerons. C’est la fatidique révulsion d’un incapable de digérer la vie réelle. « Babelle », qui est sa fille mythique, illustre l’inévitable cauchemar chez tant d’ados névrosés quand, sortis des études, ils font face aux installés, « qui ne vous voient même pas quand vous les rencontrez », Rimbaud.

Renaud a déversé ces effrayants textes il y a quelques années, où est-il rendu en 2006 ? Il sait que son modèle, Arthur Rimbaud, à la fin de cette « immortelle rage », a écrit : « Me voici maintenant à terre avec un dur devoir à étreindre, la réalité. ,» Le « marcheur aux semelles de vent », le démon infernal d’une « saison », cassa ses plumes et s’en alla commercer comme n’importe quel agent commis voyageur ! Tristesse ?

Ce Longchamps ? Ayant lu ces trouvailles parfois illuminantes, d’une décharge géniale, j’ai pensé à tous ces jeunes, filles ou garçons désormais, révoltés. Pas révolutionnaires, car bien peu politisés. Je les imagine, la bouche tordue, les yeux perçants, des rivages de l’Hurricane en Abitibi jusqu’à la Baie Mississiquois, des hauts du Lac Saint-Jean jusqu’à ces petites villes de Beauce aux frontières du Maine, là où a vécu ce Renaud Longchamps. Tous, rivé au cœur, ce besoin viscéral de créer, poésie, peinture, musique. Il nous regardent, les l« grands », « les vieux », les « placides » aux prises avec « la dure réalité », nous crachent dans le dos (dos blanc ?). Parfois à la gueule tel, rue Papineau, ce poète laveur de pare-brise qui me bava dessus n’ayant pas de monnaie à lui donner !

Je les aime, les comprend. Je voudrais pouvoir les rassurer ? Car ils ont peur. La crainte de se voir devenir des gens « ordinaires », le vieux sage, à leurs yeux, n’est rien d’autre qu’un sale con, un cul-rond-de-bourgeois. Soudain l’un d’eux, par exemple un François Avard écrivant un effronté feuilleton télévisé (« Les Bougon »), devient très riche et célèbre. Horreur ? Ce qui attend la majorité de ces jeunes créateurs brillants c’est un petit job dans un carcan banal pour « Gagner sa vie », l’étrange expression. Comme l’ex-génie Rimbaud, l’icône de tous, se ramassant avec son « honteux trafic d’armes belges » ! Lisez « Babelle », cinq fois cent pages de cris stridents, d’étonnants arrangements de mots triviaux, je me retiens (ô espace !) de citer des perles rares. Cette révolte fait peindre Renaud Longchamps dans un coloris sinistre mais, ici et là, de beaux aveux troublants, appels pathétiques, faisant face au vieux rêve humain d’un amour espéré.

Près de moi, j’ai un petit-fils faisant ce même rêve de « les enfoncer tous », mots de Rimbaud encore. Il enrage avec raison, il espère avec raison. Il devra « gagner sa vie ». Ce qu’il faut sauver ? Malgré le labeur obligé, l’apprenti-artiste, doit absolument garder sa flamme puisque la littérature, la grande, est remplie de Kafka, de Pessoa, de Melville, de Miron, qui ont su rester des créateurs en conservant leur plate « métier pour vivre ». Courage, patience, jeunes ailes qui s’ouvrent !

FABULEUSE RENCONTRE D’UN ESPRIT LIBRE !

Que je vous parle d’un utile nouvel observateur. Vous pourriez l’apercevoir—le printemps s’en vient— à une terrasse d’Outremont où il habite. Avec son fidèle Léo. Il se nomme François Ricard, qui est aussi un prof de littérature; mais sans aucun jargon, au contraire. Ricard est doué d’un regard lucide, avec des mots de tous les jours, aucun patois savant. Ricard a une vision très personnelle sur tout ce qui bouge dans le Québec. Propos savoureux d’une ironie tranchante, d’une sagesse fortifiante. Un bonheur de lecture ! Facile de vérifier la valeur de mon témoignage, ouvrez « Chroniques d’un temps loufoque », chez l’éditeur Boréal, vous allez sans cesse sourire, une joie « vitaminisante ». Que Ricard nous jase du Viagra-à-bander ou du crash d’un avion (à Peggy’s cove), de « Pepsi Cola » installé à l’université, ou encore des « néos-retraités », ados en rallonges, en cheveux gris…c’est une parole décapante. Jusqu’à la cruauté, rare au sein du snobisme environnant.

Se faire « chapitré » par Ricard, c’est un stimulant qui n’a pas de prix. Lisez ça, je vous en prie encor. La rectitude politique en prend pour son grade, voir son chapitre sur nos « Gouverneurs », oh ! Ricard y prédit, après la télégénique Haïtienne, un Gay et marié, puis ce sera une lesbienne Amérindienne, ensuite, plus populaire, dit-il, ce sera le tour d’un lauréat de Loft Story. On rit encore ! Quand il se moque de tous nos festivals —« partout et sans cesse »— ou des poètes étonnamment grégaires subventionnés, troupeaux dociles aux « rencontres » supposément populaires, on plie… de rires ! Je me retiens (ô espace restreint !) de citer ses réflexions tordantes. Par exemple, lire ses commentaires à propos des « sinistrosés » de carrière » (de Cioran, Kundera, au doué Houellbecq), si fort appréciés vu la morosité contemporaine pris de l’accablant « néantiste », fustigé par une Nancy Huston. On rigole. Cet ami de Léo, François, est donc un esprit libre, un philosophe aussi. C’est simple, Ricard a du bon sens. Donc un phénomène en un monde voué aux chercheurs des modes à suivre. Trop d’intellos et d’artistes s’y baignent ! Pas étonnant que ce François Ricard soit l’auteur de « La détresse et l’enchantement », bouquin à très grand succès, qui narre la vie de Gabrielle Roy.

Le mot « loufoque » de son titre revient sans cesse, c’est le bon mot, convenant à souhait à ce qu’observe « cet homme aux terrasses » avec son Léo. Ainsi, même hilarité à propos de sa jolie étudiante qui le veut en « maître » pour faire thèse sur, tenez-vous bien, la défitichisation (sic) de la littérature. Celle des affreux mâles misogynes, tous, dit-elle ! On rit. Ailleurs, Ricard nous rappelle l’école où un ado, invité par la maîtresse à rédactionner très librement, remet sa copie fantasmatique où le candide grand gamin s’imagine en mitrailleur ! L’innocent se retrouvera au poste de police, avec dossier et se fera « sacrer » à la porte » ! Dérive d’un enseignement déboussolé ! Tant de passages qui vous envoûteront, avec flèches acérées. Un gigantesque feu de joie, « le bûcher des sottises ». On sort de « Chroniques d’un temps… » enfin rassuré : il y a quelqu’un, ici et maintenant, qui voit clair. Ce compagnon bien aimé, Léo, est bien chanceux, c’est son chien, oui, et il finira par parler avec un tel guide !

J’insiste, lisez ça, ça vous changera de certains rédacteurs de tant de nos gazettes qui ne révèlent rien. Ricard commente et l’ancienne « Crise du verglas » et l’actuelle Union —« loufoque, dit-il »— des Écrivains, ou bien il « s’épivarde », ricane sur l’inévitable Internet, par exemple, celui des romans-collectifs. C’est un phare indispensable à nos rivages pollués d’idées toutes faites mais ses éclairages enrageront les suiveurs d’affligeantes niaiseries dite « tendances ». Fatras imbéciles commentés volontiers à nos radios, télés, gazettes. Ricard est un actuel Jean de Lafontaine, un vivant La Bruyère, un sacré Sain-Simon, bien vivant, un caricaturiste aux crayons dangereusement aiguisés. Courez chez votre libraire, ou à votre bibliothèque publique, pour ces « Chroniques d’un temps loufoque », un remède sûr si vous vous sentez encombrés, envahis comme moi, par incessamment « pubs et plogues ». Ricard est un purgatif anti-fadaises, anti-mondanités assommantes à la « Sauce Parisienne », à la « Sauce Newyorkaise », tant appréciées par nos reporters-courroies-de-transmission colonisés. « Léo » Ferré —qui se disait « un chien » tiens !— entonnait : « Salut à toi, Dame Bêtise ! Toi dont le règne est infini », avec ses « Chroniques… » c’est le moyen de lui casser son règne à cette Dame; il fait du bien cet empêcheur de stupidités en rond, procurez-vous ce livre, amis lecteurs, je vous le re-redis, c’est une vengeance face aux conneries actuelles.

PÉDOPHILIE, BONNE FAMILLE, PÈRE MAUDIT !

Deux livres nouveaux lus. Celui de —un fort bon acteur— Robert Lalonde et celui sur un chroniqueur d’opéra —« dandy homo »— Québécois exilé à New York, Maurice Tourigny. Le premier livre « Que vais-je devenir jusqu’à ce que je meurs » ( du Victor Hugo), narre l’immense tristesse, la détresse effarante d’un écolier pauvre de 13 ans, à Oka, mis pensionnaire au collège de Rigaud sur l’autre rive de son cher lac des Deux-Montagnes. Le deuxième, écrit par l’intéressante biographe de Jean-Paul Riopelle, Hélène de Billy, est le curieux portrait d’un énergumène peu commun. Deux éditions de Boréal. « Maurice Tourigny », c’est le titre, mort du sida quand il se réfugie dans les « chics » Hampton new-yorkais, était né « chic » rue Laurier dans les hauteurs de la Vieille Capitale. Un père inaccessible —cas classique— qui fut tout un personnage, conseiller, chef de cabinet, d’un fameux « Maurice ». Duplessis. Ce père muré trouva en Duplessis un père d’adoption, le sien étant jugé indigne : un malheureux médecin, diplômé à Paris et qui, s’ennuyait de sa jeunesse parisienne à Trois-Rivières, « buvait comme un trou » !
À Québec, dans les années ’60, dans une « belle et bonne » famille, on ne badine pas sur le sujet de l’homosexualité. Le jeune Maurice se sait de cette « engeance maudite » selon les bien-pensants du temps. Protégé par sa maman, l’enfant-surprise venu tard, Maurice aime les poupées, les robes de fille, les maquillages. L’apprenti-artiste, velléitaire toute sa vie, étouffe. Il s’échappe en 1960, se sauve. Pas à Paris comme le grand-père-alcoo, non, à Manhattan. Mégapole qu’il sublime, qu’il vénère. qui l’attire. Il y sera le chroniqueur des opéras du samedi pour la radio de Radio-Canada. En 1980, l’ex-bambochard, amoureux d’un peintre morbide, attrape cette effrayante maladie toute nouvelle, et mortelle à cette époque, qui va tuer, en dix ans, plus de 100,000 invertis sexuellement. De Billy narre, sans la claire et nette chronologie habituelle, la folle vie new-yorkaise du cet exilé volontaire, ce « rejeté par papa ». Ce qui semble son drame lancinant, un chagrin grave. C’est une lecture intéressante sur ce petit monde, un peu clandestin, à jet-set fermé, à virées de dévergondages, saunas et Cie. À la fin, c’est le sombre tableau d’une mort prévisible accablante. Le bel homme est une momie !
Quant au récent livre de Robert Lalonde, c’est aussi une terrible narration. L’auteur s’y montre discret, parfois jusqu’à l’ambiguïté. On est bien loin des déboires publiés d’une certaine Nathalie au gérant pédophile. Ici, Lalonde fait des allusions claires mais courtes sur la pédophilie…de son papa ! L’atroce révélation se fait fort laconique. Pudeur obligée. On peut imaginer le dur effort de raconter une telle horreur. Le jeune pensionnaire à Rigaud, forcément, est déboussolé et se débat comme « diable en eau bénite » en cette prison de 1959. On y lira des amitiés « particulières » classiques en ces lieux clos d’antan, d’avant les autobus jaunes partout. Ce triste « gamin abusé » d’Oka sera sauvé de sa noire désespérance par, d’abord, le naturalisme car il découvre le fameux Kéouac illustré, l’indispensable « La flore Laurentienne ». Puis par la découverte —merci père Gobeil— de la « grande » musique, un clerc de Saint-Viateur vital pour le garçon perdu. Enfin, la poésie —oh les poèmes à 13 ans ! « Que vais-je devenir… » est un terrifiant récit mené avec la prose, toujours bellement poétique, de Robert Lalonde. L’on voit dans cette délivrance d’un livre biographique —« ce livre est la pierre angulaire de tous ses livres », dit le critique Martel— les sources de sa fascination future pour la nature.
Le lecteur découvrira d’abord le massacre d’un garçon rêveur par son propre père mais aussi la délivrance inattendue d’une jeune âme ravagée. On ne saura pas grand chose de sa mère, de ses frères ou sœurs, il est, il l’avoue carrément, une sorte de Narcisse. D’égocentrique, c’est qu’il doit avant tout se trouver une identité viable, il ne sera pas que « l’objet » des désirs sexuels insensés d’un père dénaturé. À 13 ans il doit s’évader, non pas seulement de cette prison-de-Rigaud, aussi de cette vie anémiante à Oka en un milieu de buveurs rustres, de sacreurs, de voyeurs (les magazines pornos du père frustré au grenier !), de chasseurs grossiers. Fuir ces brutes primaires… dont l’une, son propre père, est un pénible vicieux. On imagine facilement l’immense désarroi d’un gamin face à cette situation tragique. Ce noir récit, malgré ses très belles envolées lyriques, si bien rédigées, m’a rempli de tristesse. Moi qui ai eu la chance de grandir en une famille heureuse, je n’en reviendrai jamais des enfants bafoués, des enfants salis. On a compris, je suppose, qu’avec l’étouffante et, à la fois, riche prose de ce Lalonde nouveau, nous sommes à mille lieux des propos d’un Michel Vastel, du journalisme quoi, à mille lieux aussi des activités compulsives d’un Tourigny viveur, aux procrastinations de mondain. J’étais à 13 ans, sorti de l’externat Grasset et libre l’été, l’heureux jeune ado villégiateur de Pointe-Calumet-la-joyeuse. Si proche d’Oka ! Jamais, mon père ne me traîna aux aurores, au quai des Pitt, à sa chaloupe de pêche pour m’utiliser sauvagement —en pays Mohawk !— comme objet sexuel. On jouait, on riait, on chantait, on dansait, et on ignorait que, pas loin de notre éden, un garçon était livré comme bête désemparée aux instincts sordides d’un père inconscient. Ô misère humaine !

LE CHAR DU PAPE. SOUVENIRS.

Je lisais que la limousine du pape (mort) vient d’être vendue —encan au Brésil— pour 690 000 $. Pas des pinottes ça M’sieur Tout Blanc (Léo Ferré). Le fondateur Jésus doit se retourner dans…son paradis. Mon père, lui, il était fier des richesses du Vatican. Pour lui et tant des nôtres en ce temps-là, le pape —et ses fastes à dorures montrés partout— était notre roi vénérable. Un monarque bien à nous les cathos québécois, pionniers pieux descendants du royaume de France. C’est que nous étions collectivement un petit peuple français orphelin de la maman-patrie, celle de ce maudit Louis no.15, si mal conseillé par Voltaire l’horrible, Versaillais lâche et dénaturé « abandonneur» de 1760. Nous étions donc coupés de toute monarchie « bien à nous ». Et la monarchie à Londres ? Nous la maudissions discrètement devant, par exemple, apprendre par cœur —en 1942— le goddam « God save the King ». Pas d’hier que nos méprisions aussi ces z’honorables gouverneurs-valets serviles; thème d’actualité, non ?
Le vaniteux maire-Drapeau parlait de cette nostalgie que nous aurions, disons dans le sang. Par le sang-bleu ! Mégalo- Drapeau tenta longtemps de jouer le digne monarque montréaliste. Avec un bon succès. Et puis l’on sait notre manie royaliste avec, naguère, tous nos « Roi de la patate ». Ou du tapis, du hot-dog, des meubles, des « bas prix » tel les magasins-Faucher rue Beaubien. Sans oublier ces « reines », et duchesses, du Carnaval à Québec. Papa restait à genoux devant notre gros radio Marconi, aux ondes variées, quand il réussissait aux temps des Fêtes à syntoniser le Vatican. « Venez vite, les enfants, écoutez bien ! C’est le pape en personne qui nous parle ». Il devenait l’humble dévot féal, tout soumis, heureux de l’être. Oui, papa était un ultramontain, de là un terrible contentieux entre nous deux avec de fameuses querelles, moi devenant farouche anticlérical. Il fut tant scandalisé mon pauvre père : son grand garçon —qui refusa le sacerdoce— devenait un anticlérical ! Sa honte, socialissse ! Ses peurs, séparatissse !Tout cela qui gâcha une partie de ma jeunesse. Ceux que l’on nomme aux USA les néo-puritans dorénavant, auraient apprécié le conservatisme religieux de mon père.
Et notre icône, André Malraux, qui nous conseillait freudiennement : « Il faut tuer le père ». Faut-il donc approuver le héros du neuf —et captivant— roman de Gil Courtemanche titré « Une belle mort » —que je viens de lire— quinquagénaire qui tue son vieux papa gravement malade. En le faisant boire et manger à son gré, à ses caprices malgré les sérieux avertissements des médicaux. « Une belle mort », le récit palpitant d’un suicide assisté. Avec mon frère Raynald, en mai 1987, nous avons amené malgré lui « le père », cancéreux sans le avoir, à l’hôpital du quartier Villeray, rue Jean-Talon. Vers les savants médecins. Qui le tuèrent, vite fait, en 13 jours. Oh mes remords alors ! Quand la télé toute neuve (1954 ?) diffusa la messe de minuit de Saint-Pierre de Rome, papa cessa d’aller à l’église paroissiale puisqu’il avait enfin un contact direct avec son adoré « palais royal » avec sa pieuse monarchie toute ensoutanée. Souvenir ? Découvrir avec « la femme de ma vie » en mai 1981, en plein chœur de l’église de l’apôtre Pierre, ce flamboyant bronze sculpté. Montrant quoi ? Une… chaise ! Un siège à vénérer comme dieu ? Paganisme qui me renversa. 1981, voici le pape en visite à Paris et moi qui se désarticule au coin d’un boulevard pour une photo « de nous deux ». Moi accroché à un lampadaire, lui en papomobile. Pour faire plaisir à papa réconcilié, vieux et malade. Destin ? La photo fut ratée. La pellicule serait allergique aux mécréants ? On riait.
Autre souvenir du même ordre à propos du luxueux char du pape. 1965, je donne des cours de poterie, par les soirs, dans un local d’un syndicat de midinettes, derrière le Gésù. La fameuse et si dévouée cheftaine Yvette Charpentier qui m’emploie et que je taquine : « C’est une vraie honte, votre grand chef syndical et son fabuleux cottage, sa belle piscine. Et son gros char chromé. » Yvette de m’expliquer : « Vous autres intellectuels ne comprenez jamais rien. Nous étions très fières les petites filles syndiquées en sueurs derrière nos machines à coudre. Notre chef à nous pouvait discuter d’égal à égal avec le gros « boss » puisque lui aussi il avait la grosse cabane, la piscine et le gros char. » J’apprenais.
Alors, le char du pape vendue… La limousine actuelle du Benoît no.16 ou 18, je sais plus, quoi ? Quoi ? Le roi-des-cathos peut discuter d’égal à égal avec les Blair, Chirac et autres Bush de cette vallée de larmes. Une leçon simple, nette et claire… à faire enrager les marxistes ou les agnostiques comme moi et les athées de ce monde ! Moi le roi-des-écrivains-populaires… dans une simple VW ? Je fais honte à mes afionados qui vont accourir à mon kiosque (no 351) du « Salon du livre » s’ouvrant le 17, Place Bonaventure, non ?

VAILLANT TIT-LOUIS QUI COGNE ET FRAPPE !

Pouvez-vous imaginer un journaliste qui craint pas de « fesser dans le dash » ? Besoin, non pas d’un pare-brise avec lui mais d’un coupe-ouragans tant il a du nerf. Cogner et frapper sur un tas de ses collègues, faut le faire. Eh bien, il existe cet olibrius, type rare en ce temps de complaisance corporative. Louis Cornellier gagne sa vie comme jeune enseignant dans un collège (Joliette) et, tous les samedis, à pleines pages, il critique des livres d’opinions (les essais) dans un chic quotidien de la rue de Bleury. Voulez-vous des exemples tirés de son —tout frais édité— livre titré : « Lire le Québec… » (éditions Varia) ?
À propos de feu Pierre Bourgault ? « Imbu de lui-même », « coups de gueule baclés », « redondances » ! Cornellier dit l’aimer, seigneur !, qu’est-ce que ce serait… Sur Franco Nuovo ? « Un mondain » et « pas transparent comme Pierre Bourgault », « pas tranchant comme Foglia ». Lise Payette du même quotidien de la rue Frontenac ? « Des textes sans saveur » et « d’un « humanisme banal ». Bang ! Cournoyer ? Des « chroniques ennuyantes ». La Marie Plourde ? « Un style primaire à jeux de mots insignifiants ». Re-bang ! Hein, ça nous change du silence « entre tits’namis » ? Le jeune auteur de « Lire le Québec… » publie donc une brillante analyse, subjective mais impartiale, de nos trois quotidiens montréalais.
Lecteur animé car il aime vraiment le journalisme quotidien, cela se sent malgré horions et piques, Cornellier plonge ensuite sa machine virile dans La Presse. D’abord pour faire les éloges du célèbre Foglia, qu’il nomme « un humaniste vulgaire » et qui « méduse, mélange et confond » car un esprit libre. Nathalie Petrovsky ? Elle ne fait que « surfer », n’a « pas d’idées de fond » et « pas de personnalité », avance-t-il. Tow ! Sur Lysiane Gagnon ? Avec le temps, écrit-il, « elle a rejoint la cohorte du soi-disant gros bon sens, ce qui ne veut rien dire ». Et paf ! Quand vient le tour de décrire la cohorte des « penseurs » (André Pratte, Alain Dubuc, Mario Roy, etc.), tout en vantant l’alerte du style de certains, Cornellier les fustige :des vendus ! Il n’utilise pas le mot mais les traite comme les souples scripteurs d’un honteux mercenariat, dociles aux ordres des riches propriétaire, les « Paul-et-Paul »… Desmarais. Tous, a bien raison de dire Cornellier : « de droite, anti-social-démocratie, anti-syndicaliste ». Et, surtout crassement « anti-indépendantiste » ! Pour finir, il admoneste même son admiration d’adolescent, Réjean Tremblay :
« un populiste prétentieux, un tit-jean-sait-tout », sur le « dimanchier » humoriste de La Presse, Stéphane Laporte, que je trouve si souvent génial, faraud-Cornellier cogne encore : « nostalgique et au fond inoffensif ! »
Piquant, intelligent, aux jugements raides mais le plus souvent valables, Cornellier ne cesse pas d’inviter le lectorat de ce « petit manuel » —populaire de ton, à mon avis utile aux étudiants— sur la différence entre opinions et information. Comme moi, il n’a rien à redire sur les reporters syndiqués de la boîte. Bien que…et Cornellier fait très bien de l’écrire, ce « rapporteur objectif des faits », le journaliste de la rue Saint-Jacques doit bien sentir l’orientation « droitiste » du plus large de nos trois quotidiens. Instinct de survie. Personne n’a envie de perdre son job. Ce tamis a un nom : l’autocensure. Si l’enquêteur —bien que syndiqué— sait le mépris du boss pour, disons, les voitures du Japon, il ne va bientôt préparer un reportage sur Nissan ou Honda. Est-ce clair comme ça ?
Au dernier tiers de ce bref brillant livre vient le tour de son employeur. Oh oh ! là on craint l’incrédibilité. Non, Le Devoir y goûte à sa véhémente médecine. L’insolent jeune prof fonce : la page éditoriale du Devoir ? « Pas de mordant », « de type traditionnelle »; il en rajoute : « un manque d’allant et de tranchant » ! La bien fofolle Josée Blanchette ? Au fond
« une «guindée » à « esprit petit-bourgeois ». Tow ! Il souligne avec joie et avec raison que Le Devoir et le seul quotidien —sinon péquiste— indépendantiste. Les deux Michel du Devoir ? Le David est un « flou », ajoutant « flou comme le M. C. Auger du J. de Mtl. et le Marissal de La Presse ». L’autre, le Venne ? « Sa pondération déçoit les fervents et les militants». Que penser du chroniqueur Gil Courtemanche ? « Suffisant »,« moraliste ». Pow ! Ce dernier mot est un compliment si je hais les moralisateurs. Denise Bombardier, verveuse que j’aime à TVA ? « Le goût de la pose », lance Cornellier, « comme Gil Courtemanche ». Et quoi encore sur notre Madame B. ? « Un esprit conservateur, antimoderniste » et « une défonceuse —à mentalité bourgeoise— de portes ouvertes à l’occasion ». Ça revole ! Le comique Jean Dion ? « Il finit par tanner à force de cynisme ».
Ainsi tout un florilège de verdicts cruels s’installe et, le plus souvent, on a envie de lui donner raison. À la fin, une vingtaine de pages analysent radio et télé en informations. Bien faites. Je répète donc ce « Lire le Québec… » nous vient d’un sacré iconoclaste, éléphant dans la vieille vaisselle. Adieu vieux consensus puant du « so-so-so… parle pas contre la bande de notre milieu ». Ce « petit manuel » est rafraîchissant, ouvrira les yeux des jeunes trop candides souvent qui confondent « journalisme et objectivité ». Prof Tit-Louis, fier gavroche, n’est pas un couard, ça…

LA GRANDE COCUE, LADY CARTIER !

J’ai lu le très populaire « Lady Cartier » de Micheline Lachance [correction faite – merci C.P.], mon ex-jeune camarade gauchiste à l’hebdo ouvriériste, « Québec-Presse ». Je n’aime pas ces bouquins (qui se vendent bien) de « fausse histoire ». Je veux dire d’histoire « romancée » , avec des dialogues forcément inventés, cela va de certains Max Gallo à « la vie de Mme Papineau ». Cela me pue au nez mais…j’ai voulu mieux voir et j’ai donc parcouru cette biographie « faussée » de madame Georges–Étienne Cartier, épouse de ce premier ministre fin des années 1800 — chef à intervalles avec MacDonald, l’ivrogne fougueux. Temps du Canada naissant.
Il y a eu « Le rouge et le noir ». Ici, il y a eu « la » rouge cocufiée et le viré-bleu. Cartier, ce honteux défroqué du patriotisme. L’infidèle Cartier, un vire-capot notoire, qui fut, jeune, un actif combattant lors de la victoire de Saint-Denis (lui venant de Saint-Antoine, en face, d’une famille bourgeoise). Il était alors républicain, du Parti des Patriotes. Trouillard, fuyard, Cartier sortit de sa cachette (aux USA) et présenta des excuses à nos conquérants bornés, bouchés. Et il finit donc par ré-apparaître en bon-ententiste calculateur, intéressé.
Eh bien, cela se lit bien, c’est bien fait et c’est parfois captivant. Je sautais des pages car je cherchais surtout les faits historiques.
Il y a ces maudits dialogues mensongers, comme si l’auteure y était (!). On y voit, détaillées, « vrais défilés de modes », robes, bijoux, coiffures et maquillages. Eh, Lachance bossa longtemps au magazine « Châtelaine »! Lassé par ces potinages mondains et longuets sur la jolie fille du célèbre libraire « rouge » Fabre, vieux patriote, fidèle de Papineau, assommé à l’occasion par les épanchements de la triste épouse bafouée, je suis allé lire le « Cartier » d’un historien véritable, Brian Young (Québec-Amérique éditeur aussi).
L’autre matin, filant vers le gars-Pouliot, (débateur de CKAC) et circulant Avenue du Parc, j’ai vu la statue de Cartier (place des tam-tams) recouverte de toile grise ! Toilette de haut monument-à-l’ange du mont Royal ou gêne du vire-capot, symbolisée par ces bâches ? Car l’ « amant-Cartier » est le grand modèle des zélés « lécheculistes ».
Cartier fut « un père très absent », mode 1867. Tout le temps de son mariage (d’intérêt, jeune avocat sans emploi) avec la fille de Fabre-populaire-avocat-rouge, il fut l’amant d’une bourgeoise délurée, instruite et aussi ambitieuse que lui. Le fait sera très consacré, su, connu. Le couple « interdit » se fit voir partout, blessée à mort par cet adultère voyant, Lady Cartier fera chambre à part, rue Saint-Paul, dans le Vieux-Montréal, puis, maison à part. Enrichi, car le député-ministre Cartier sera aussi le chef-avocat du contentieux au « Canadian Pacific », il aura ses cachettes, les (déjà ?) résidences secondaires. Accusé de gabegie (ô juge Gomery !), de favoritisme éhonté lors de la construction du long chemin de fer du Dominion— Cartier se fera battre (comme Powl Martinn tôt ou tard). Il sera chassé à jamais du pouvoir.
C’est une bonne histoire sur notre ancienne bourgeoisie anglifiée jusqu’à l’os, mimétisme navrant, docilement « sous-traitante » face à la vraie bourgeoisie de ce temps, les anglos celle du Golden Mile. Une classe sociale, pas fière du français, minoritaire, vaniteuse, fourbe, qui se fiche complètement des innombrables prolétaires vidant les campagnes pauvres (l’âge industrielle se développant) pour se paupériser davantage « en ville ». Une classe donc de « valets avantagés », très chienne-couchante, inféodée totalement à Londres, là où règne le vrai pouvoir envers cette minable colonie lointaine. Il y aura, on le sait, connivence écœurante avec notre haut-clergé catholique. Ultra-conservateur, il va veiller farouchement, avec le «monseigneur et maître Bourget » en tête, à tuer dans l’œuf toute velléité d’entreprise républicaine donc anti-monarchiste. Cela de 1850 à 1950. Cent ans, un siècle ! Cartier bien domestiqué se fera donc « ciré » pour « services rendus » à la Couronne britannique, tout comme Wilfrid Laurier, ou nos autres rois-nègres. Cette métamorphose honteuse va jusqu’à un Cartier (les deux livres l’affirment) parlant le plus souvent en anglais avec ses gens. Même seul avec son cocher, un C.-F. comme lui, qui fera mine de le comprendre ! Est-ce assez faire voir l’aliénation de ces « héros » imposés ? Lachance raconte toute cette chiennerie comme « au neutre », sans aucun commentaire. Faut pas froisser nos colonisées actuelles, lectrices de 2005 ? Elle observe —a bien potassé ses archives— et se contente de faire voir cette pénible colonisation.
Blessée, humiliée, bien triste, Lady-Cartier —ses filles grandies et casées, son frère, un Fabre ambitieux, nommé archevêque— finira ses jours loin de ce pays tout neuf—organisé par MacDonald et son mari « l’intermittent » volage—le Canada, hypocrite entreprise pour mieux nous diluer étant donné que le précédent marché-de-dupes (invention de Lord Durham) du Haut et du Bas Canada avait mal fonctionné pour l’establisment anglo ! Pour la grande cocue c’était une contrée-de-malheurs. Héritière vieillie, solitaire, la « Lady » veuve ira joindre des richards de l’Angleterre impériale ? Où ça? Mais voyons, sur la Cote d’Azur, coquet manoir donc à Nice là où une rumeur disait que, nonagénaire avancée, Lady aidait à sa façon des « résistants du lieu » aux occupants sémitophiles de la France. Enfin, digne fille du Fabre patriote ? Quel plaisir que lire sur les « racines » de notre soumission qui, Dieu merci, agonisera sous peu. Plutôt que ce Cartier (prononcer comme à Ottawa « Karrr-tièrrre »), bientôt installer Delorimier ou Chénier sous le bel ange s’envolant au « parc à tam-tams », bonne idée, non ?