« ON JURERAIT QUE MON PÈRE M’AIME »

Le jeune Émile Duncan, ensanglanté, hospitalisé, voyant son « vieux » qu’il méprisait à son chevet, se dit cela à la fin de son ouvrage : « On jurerait que mon père m’aime ». Enfin, un début d’humanité chez un bom délinquant. On le sait : « aucun écrit n’est innocent ». Au début, ce père n’était qu’un minable ex-prêtre, triste défroqué soumis à l’épouse, une ex-infirmière autoproclamée psycho-thérapeute. Cette maman a fait du « home sweet home » une clinique hantée par ses déments-patients ! Le gamin Émile de « La mort au corps » (Tryptique éditeur) y vit donc, bien mal dans sa peau, au fond de la cave de ce banal bungalow familial de Montréal-Nord.  Bagarres avec bandes de rue et polyvalente exécrée, bref, le décor tout croche de tant d’ados actuels ?
Êtes-vous curieux comme moi des us et coutumes des jeunes générations ? Je veux tout savoir. Le roman de 2005 n’a plus rien à voir avec celui de 1960; de ma « Corde au cou » à cette « Mort au corps », un monde ! J’ai dévoré cette installation de mots d’ Éric McComber. En moins de 300 pages, il donne à voir une certaine jeunesse d’aujourd’hui. On a 17 ans, adieu Montréal Nord !, on entre au cégep… du Vieux bien entendu. Et c’est la bohème mal empêchée par profs, pions, gardiens. Cette valetaille des adultes. « Tous des cons », bien sûr. Découverte des mots durs, du rock dur, on fait des poèmes baveux, un journal-de-collège effronté, on menace, on gueule. Au fond on guette une voie de sortie.Trop de cours et jamais assez de pot-hasch, ou de bière, traîneries un peu partout avec des filles qui jouent les libérées et qui coulent dans tous les sens du mot. Des gars qui font les toffes, qui enterrent l’enfant magané, à coups de pieds, qui se maganent le coeur à jamais. Pathétique, misérable petit empire à délires candides. On a son band, un micro dans un bar minable, une vie d’illusions, des voisins hypocritement romantiques, un coloc (ce gars-Barry) cul-cul, un tricheur.
Et, dedans tout ce débraillé naïf  : l’obsession des organes génitaux, l’obsession d’enfants mal grandis qui n’en reviennent pas de pouvoir si librement s’exciter les jeunes sens bien gloutons. Ça fuit, ça nie, (quel instinct les prévient ? ) les sentiments. Absolument, il faut barrer le chemin aux émotions; la vie mais à fleur de peaux ! Égoïsme, irresponsabilité, mais quoi ? ils sont des cassés, des tout-nus !
Je lis donc ce « La mort au corps » d’Éric McComber avec une infinie pitié. Ce Émile Duncan (le fils du curé et de la psy) a donc loué un appart. Qui est un taudis de la rue Saint-Urbain, angle Marie-Anne. Il s’imagine grand poète, divin chanteur, subtile musicien. Un salaire de misère dans un trou minable. Défilé connu des jeunes floués. Ce jeune auteur, McComber, a beaucoup de talent. Un, il sait faire voir, deux : il fascine avec son écriture. Il invente un bon dialecte efficace , un français vernaculaire absolument étonnant. Un joual tout neuf ! Et comme ragaillardi ! Oh, braves bourgeoises liseuses de polars Best-selleurisés (ou de grasses sagas pseudo historiques), fuyez « La mort au corps », comme, jadis, vos aïeules fuyaient « Le diable au corps ». Le jeune Éric McComber, (comme Balzac) a une fameuse oreille, tous ses « Spa jusse dans ma tête » forment une écriture sonore d’une vérité totale. C’est Louis-Ferdinand Céline (Mort à crédit, Voyage au bout de la nuit) installant, il y a 75 ans, sa célèbre écriture parlée, si vive, si nerveuse, si émouvante et qui fit de lui un écrivain indépassable. Nous avons donc un écrivain québécois unique. Et quand il dépassera ses infantiles illuminations sur la chair humaine (des deux sexes), il pourra nous donner un œuvre forte, durable, significative. Toute une fresque sur nos temps modernes actuels qui fera de ce Mc Comber un auteur irremplaçable qui se retrouvera partout, cinéma, télé, etc. Il doit bien deviner déjà qu’il n’y a que la mort, la fin, seul grave motif de réflexion pour les écrivains qui comptent.Je veux bien parier sur lui et s’il me déçoit… tant pis !
Quelqu’un capable de dire (page 125), lisez ben :

« Une saison… qui s’amène avec sa cargaison de conversations de terrasses, de nuits errantes, de ruelles sales… De jambes et d’épaules blanches et roses bourdonnant de boutique en café, de fleurs éclatant entre les pierres, attaquant le jour par les fentes de la ville, de larmes s’attardant sur la monture des lunettes de soleil, de popotins en lycra stretché plus-plus, penchés sur leurs vélos, patins, skates, patinettes, trottinettes, mobylettes, motocyclettes, frisbees, trackballs, akis, ti-bâton de kessé ksa s’appelle, de chevelures auréolées dans les reflets flamboyants (… ) sommeil flottant, torpeur moite, siesta mohawk, sabords des iris bâillant aux vents solaires. »

… c’est quelqu’un de rare. Son nom est Éric McComber, son étrange roman (faites-le venir à votre biblio) se titre « La mort au corps ». Cela se déroule dans un bas-quartier, l’ouest extrême du Plateau, « où une belle jeunesse s’use à séparer le tien du mien » ( Aragon).

La vie, la vie…

Les vents de l’hiver ont jeté au sol un million de branches mortes. Aile et moi, râteau à la main, au bord du lac, nous faisons des feux. À genoux dans le parterre, j’ai enfoui des tas de bulbes. La surprise que ce sera ? En jaune, rouge, magenta, blanc… ah oui, la beauté jaillira, Jacques Brel ! Un arc-en-ciel floral surgira ! Tout le long du trottoir, enterrement, ensemencement, d’une dizaine de plants. De la spirée blanche ! Attendre maintenant. Et beaucoup arroser ! La vie, la vie… et ma bénéfique drogue, la lecture ? Quand j’ai commencé un livre, moi… besoin très vif d’y retourner. Aussi, débarrassé de ma salopette, lavé, j’ai couru rouvrir « So long » de Louise Desjardins (Boréal éditeur).
À votre tour, courrez le prendre (ou faites-le acheter) à votre biblio publique. C’est encore et toujours « La vie, la vie… ». Lisez cette excellente histoire de Desjardins (la sœur du chanteur me dit-on), un récit palpitant. Une ex-maîtresse d’école —au primaire—, deux petits frères vieilis, disparus. Elle ? Mariée deux fois, divorcée, deux grandes filles dispersées, une au Mexique, l’autre au Nunavit. Ce jour même de son anniversaire, elle doit se rendre à l’aéroport. Pour ? Rencontrer un « troisième » homme,
un certain François Rajotte, « approché via Internet », qui est né aux Plaines de l’Ouest. Derniers mots du livre, l’homme du Far West en chair et en os, sortant d’une cabine de téléphone à l’aéroport, l’apercevant il dit : « It’s you ? Katie ? ». Elle ? Très inquiète, fragile, hésitante, Katie répondra : « maybe ». On lui souhaite bonne chance car il y a que l’on vient de lire 160 pages sur elle, cette bouleversante quinquagénaire. Katie McLeod nous a conté son enfance. Si triste. Sa jeunesse à tiraillements face à maman-Michaud, ex-ontarienne, piétinée, écrasée, dominée et malheureuse. Katie, la petite fille de l’Écossais-au-violon, raconte aussi son ce bizarre papa, émigré d’Aberdeen jusqu’en Abitibi, enfermé dans son magasin (de musique) dégarni et déserté, l’ivrogne joyeux, l’habitué du bar au Look-Out. Katie raconte sa petite ville… fantomatique puisque la mine d’or a fermé ! Vous verrez : on lit, on lit « So long », pris dans un beau piège efficace.
Il y a que ce « So long » fait très vrai, dénué de toutes afféteries littéraires. Desjardins vous révèlera tout, sans hâte, sans fracas, dévidera dans un rythme envoûtant, et c’est moins facile qu’on croit, avec une apparente simplicité… tas de balles de laines aux couleurs émouvantes. Louise Desjardins déroule très lentement —c’est tout son art— une tapisserie aux accablantes lueurs réalistes. Comme on est éloigné de certains (jeunes) romans aux (inévitables) récits égotistes, à fesses et jets de sperme— si cul-cul au fond ! Il jaillit de « So long » des étincelles inattendues, des énervements gênants, une vie qui va flancher, une odeur de drame retenu. Des menaces d’incendies ! Feu à sa vie traquée ? Ce Look-Out en cendres à la fin ! Pauvre vie de Katie, faisant la « deuxième mère » obligée, face à cette mère noyée de chagrins. Une enfant perdue, grimpée aux fenêtres du Look-Out où papa espionne les belles « Alys Robi » venues de la grande vile.
Il y a la vie, la vie… je lave le pédalo de ses toiles d’araignées, je sors le canot à la peinture pelée, je pose un patch au tuyau d’arrosage, j’irai nettoyer le « barbàqueue » (sic), à la radio, Léo Ferré chante : « C’est le printemps », sa si belle chanson. L’égoïne jaune à la main, je tranche les grasses branches à brûler et… Et je songe à ma Katia McLeod. Le lecteur s’attache à des personnages si humains. Je songe à cette ex-institutrice qui a fui vite son Abitibi natal… je songe à cette esseulée dans sa rue Fullum, sur le Plateau, qui, ce soir-là, tremble à l’aéroport devant son « survenant ». Un divorcée lui aussi, qui lui parlait —sur le NET— de sa grande fille unique. Je la vois ! Katie McLeod a peur, l’après-midi elle s’est sécurisée, est allée chez les pédicures (oh l’amusante scène), aussi chez son coiffeur-confident homo (une autre amusante scène). Katie s’est fait belle, veut mais hésite, souhaite reprendre…la vie, la vie ! Katie qui songeait à des vergetures, des varices, du poids pris en trop, le féminin combat : ralentir le vieillissement ! Entouré de branches tombées, je me disais : il faut que ça marche entre ce baragouineur de français et cette Katie isolée aux deux filles parties ! C’est fou ça, non ? Jeunes gens, lire du « bon stock » fait cela, essayez. J’ai imaginé « l’étranger » sympa et j’ai imaginé « ma » Katie qui a tant peur de recommencer une (troisième) histoire, s’abandonnant. Suis-je trop romantique ? Merci Louise Desjardins pour votre « So long ».

DES NOUVELLES DE MAURICE ?

Vous en aurez bientôt des nouvelles de Maurice car, après avoir drainé en ville presque deux cent millions de notre argent public pour sa « grande » bibliothèque, « grande » Lise Bissonnette va se plonger dans les lettres de Maurice. Sand son nom de famile. Avez-vous hâte de lire ça vous ? Rien à propos de littérature québécoise ! D’une…disons, Germaine Guèvremont ! « Si-tellement-moins » attirante ? Cher Montréal « mégalopolis » et ses dévoués servites, venus parfois d’Abitibi ! Imaginez le bonheur : l’État aurait mis quelques millions de piastres en bonne part pour les livres des écrivains vivants, jeunes et moins jeunes, et cela dans toutes les biblios publiques dans chacune de nos 9 provinces québécoises ! Il serait resté une centaine de millions de « belles piastres » pour la-jolie-patente-à-persiennes (de bouleau), rue Berri.
Bon, trêve de regrets, ce qui est fait est fait. Aussi je vous donne des nouvelles, non pas du fiston de madame Sand, mais d’histoires inventées ici. Par des gens d’ici. Chauvinisme ? Allons ! Regardez aux USA, ou en France, vous verrez la normalité (ils ne sont ni aliénés ni colonisés) qu’il y a à s’intéresser aux livres qui nous illustrent. J’y vais : achetez, louez ou empruntez l’étonnant et excitant récit (Alto éditeur) d’un certain Nicolas Dickner venu du Bas-du-fleuve. Titre bref :« Nikolski ». Le nom d’une ancienne boussole ! Un titre de roman adéquat, emblématique, car les personnages de Nicolas Dickner sont perdus. Cette belle Joyce-Suzie, orpheline désaxée, exilée au marché Jean-Talon de son cégep de Sept-îles et cet autre orphelin, fougueux Noah, au papa faufilé en îles du Pacifique-nord, à la maman en roulotte qui dérive dans les plaines du far west sont des itinérants. Récit à vif, rieur, léger. C’est un conte de dix ans. Bourlinguage à deux destins absolument fous, récit abracadabrant qui nous donne à voir une littérature d’ici neuve. À lire.
Des nouvelles de Martyne maintenant ? Rondeau son nom de famille. Voici avec son « Ultimes battements d’eau » ( XYZ éditeur), une prose comme obligée chez les débutantes depuis quelques années. Rien à voir avec « LE SURVENANT » (fort bon film d’Éric Canuel, soit dit en passant) ou « SÉRAPHIN ». Oh non ! Ces « Ultimes battements d’eau » sont le récit inchoatif, quasi psalmodié, où le jus cru des expressions coule à flot, dévaste. Un discours intime ravageur, corps qui brûle. Amour comme voile en lambeaux au mat creux d’une existence funeste. Ces actuelles « zistoires » de sexe, de sueurs, de sang, de sperme, se ressemblent. Voir dame Bismuth, ou Audrey Benoit, ou Nelly Arcan. Martyne Rondeau, venue de Lanaudière, sortie savante de l’Uqàm, enseignante savante en cégep est devenue experte en « lettres ». Elle finira de nous épater bientôt, cessera de nous éblouir, décidera (ou non ) d’écrire sur… les autres, sur nous, pauvres de nous ? Ses talents y feraient florès avec un « survenant » du 21e siècle ! Superbe car elle écrit bien mais l’égocentrisme lasse en fin de compte. Chère Martyne (avec un y grec !), plusieurs passage de vos « Ultimes battements… » prouvent hors de tout doute vos dons. Ils émeuvent. Composez désormais en vous éloignant de votre nombril (malmené par un jeune tyran), abandonnez une sorte de…quoi donc ?, de malodorant égotiste comme dans ego-trip. J’en ai parlé ici, un Jean Barbe (auteur de « Comment devenir un monstre »), lui, a su raconter avec un art étonnant un « monstre naïf ». Comme on dit « un peintre naïf ») Un bon gaillard garçon initié jeune à la cuisine, installé de force dans ces Balkans en guerres ethniques et qui va jouer de ses couteaux sur… des humains. Réussite horrible totale. Barbe prouve nos jeunes écrivains capables de narrer efficacement sur « loin, hors du territoire national ». C’est excellent et il vient de se mériter un prix. Cela ne sert à rien, il le constatera, mais fait plaisir.
Maintenant je me prépare à lire « L’homme-café » de François Désalliers (Québec-Amérique éditeur) et puis, de Louise Desjardins, « So long » (stupide manie parisienne des titres à l’américaine !). Pendant que Dame-grande-Lise commentera le Maurice-à-maman-George et qu’un Lucien Bouchard, autorisateur du grand local, re-redécouvrira ses classiques-Galimard, notre littérature vivante, elle, celle qui se fait, qui se débat, qui nous appelle « au secours », reste sur les tablettes de nos libraires et de nos bibliothécaires ! Viendra-t-il (comme pour nos bons films) le normal intérêt —sinon l’engouement— pour ces jeunes filles et gars qui nous composent des livres sur hic et nunc ? La vie vraie de notre littérature l’exige. Sinon, avec ou sans 176 millions de dollars, « l’art qui se fait » crève et Lord Durham aurait dit vrai : « une nation sans culture ». Tenez, je suis plongé dans « La mort au corps » (Tryptique éditeur), eh bon yeu de symonac de tabarnac de « famille-je-vous-hais » ! C’est effrayant ! Trop vrai ? Mal au cœur du début de ce « La mort au corps ». Désespérantes visions d’un gamin trop lucide, pas chez George Sand, ici, boulevard Léger, boulevard Lacordaire en un Montéal-Nord à bungalows. À sous-sol « fini ». L’enfance enterrée dans la cave. Le garage de poupa, sa tondeuse, ses « Passe-moi donc le tournevis ! » Un paternel défroqué, une maman ex-infirmière, thérapeute commercial inquiétante ! Ce jeune Éric McComer fait peur avec de nouveaux cris, un nouveau joual et ce nord-est d’hier, pas le « monrial-mort » de V.-L. B. Je lis, subjugué, je vous en reparle. Merde, lisez Québécois, je vous en prie.

DES TRAVESTIS AUX OISEAUX EXOTIQUES !

Comment font les autres ? Ceux qui se désintéressent de la lecture ? Je viens de lire le dernier Tremblay. Ce « CARNET ROUGE », Léméac, éditeur, illustre (une fois de plus) son obsession admirative et moqueuse de la sexualité… des travestis. On n’est pas chez les travestis de la télé de « Cover girl » avec son monde joyeux, ses mesquineries risibles. Ô l’efficace bon divertissement ! Où un René-Richard Cyr fait voir un immense « naturel », des dons de vraisemblance avec une sorte de vérité exceptionnelle, série-télé aux malfaisances bien « bon enfant », où le mâle Patrick Huard étonne, renverse même, où ce masculiniste acteur, Gilles Renaud, surprend très absolument ! Mais chez Michel Tremblay, mon camarade exilé chaque hiver en Floride, nous re-re-lisons sur ses anciennes « figures » emblématiques dont —proue de sa trâlée— la Duchesse de Langeais. Re-re-dites ? Ra-ra-radotages ou bien la pathétique quête d’une cohérence scripturaire jamais achevée ? « Carnet rouge », l’impression, hélas, d’un « tour de trop » sur un familier carrousel mécanique, usé et…. assez ennuyeux. Ses affionados apprécieront ?
Lire, une joie ? Oui mais aussi parfois de la lumière ! Par exemple lire Robin Philpot sur le Rwanda, sur Kigali, vigoureuse leçon d’histoire. Philpot n’y va pas de main morte et c’est une dénonciation utile. Nos « vaillante Madame Juge-Arbour » et « brave Général-Roméo Dallaire » en prennent pour leur rhume. Washington (et Londres), sous les Clinton, Bush, la Mado Albright et Cie, ne firent que les « utiliser » ces French-Canadians, devenus ici de faux héros bien pratiques. Philpot : « Ils furent des valets innocents ces « francophones » d’Amérique du nord. L’axe anglo, hypocrite, si funeste (qui fera tous ces morts) fit déclarer au Président de l’ONU du temps (massacres de 1994) : « Les USA sont responsables à 100 % des tueries ». Cause ? La haine des Français-de-France, la jalousie de l’empire-USA face aux restes d’un empire déglingué, la France ! Philpot, lucide, bien informé y est aussi dérangeant qu’avec son « Oka, dernier alibi », livre essentiel sur cette crise « récupérée ». On découvre de bonne raisons suicidaires… si le « héros-Roméo », nommé sénateur, repense, songe de trop à son misérable rôle de « manipulé » de Wahington et consorts. Un pitoyable « asservi » ?
Robin Philpot s’acharne aussi sur un romancier « niais, au racisme inconscient et très méprisant », Gil Courtemanche, celui
d’ « Un dimanche à la piscine… », dont on tire un film. Le chorniqueur (du Devoir) s’y fait crucifier : « Un roman-reportage d’un déplorable colonialisme tel, jadis, celui des Conrad ou Kipling avec le bon explorateur bien Blanc —de nos jours « travailleur-sans-frontières—, le séduisant et formidable civilisateur qui soupire aux flancs d’une belle « jeune » Noire… bien ignorante ».
Bang ! J’ai lu et c’est vrai. Il vous faut absolument dénicher ce « Ça ne s’est pas passé comme ça à Kigali », Les Intouchables, éditeur. Les révélations sur la machination de la « White house » (en vue du chlore, du cobalt, de l’étain) fait comprendre ces effrayants « massacres » de 1994. « Pas un «génocide », affirme Philpot, plutôt une vengeance face à la provocation du FPR, une exaspération inévitable face à une guerre d’occupation par l’armée de Kagame (FPR). Source claire donc : cette « occupation » du Rwanda de 1990 à 1994, les assassinats —louche crash d’avion— de deux présidents voisins et amis, élus (Meurtres commandés par ce Front-PR, opine Philot). Bizarre écrasement en effet, juste avant les tueries et jamais expliqué, jamais vraiment enquêté, enfin, ces maneuvres militaires de ce Paul Kagame, le chéri et vénéré des Maurice Baril, Roméo Dallaire et… Albright de Washington. Là où il fut « élève-soldat », comme ces dictateurs d’Amérique du Sud si longtemps.
Le grand plaisir de lire. Mais…ce récent Beauchemin, hum… « Charles-le-téméraire », Fides éditeur, est un conte moralisateur pour enfants pieux, candidement édifiant. Une saga, il y aura trois tomes. Aimables et touffues niaiseries que j’ai parcourues, a musé et ennuyé comme au temps des romans-scout « obligés » de mon collège de prêtres ! Du méli-mélo naïf. Odeur du Charles Dickens : salut Oliver Twist ! Son brave petit Charles, gamin pauvre, sniff !, orphelin d’une maman malade, sniff ! un Matou-2 (plus de chat mais un chien fidèle) battu par un sinistre père ivrogne, sniff ! Décor chaud et misérabiliste :le Hochelaga des années 60 et 70. Le lectorat patient espère de chapitre en chapitre que Charles s’en sortira. Mon Beauchemin s’y enfonce à sa manière habituelle, lente, candide, patiente, très, très, détaillante, avec le don de l’ancien conteux-de-village… en ville. Pieuse modeste littérature au vaste lectorat.
Lire et …voir aussi ? J’ai vanté ici, un premier très beau livre sur les oiseaux, signé Jean Léveillé. En voici un autre du même auteur. L’habile imprimeur (oh oui !) « Continental », pour le compte des Éditions de l’Homme, offre 160 pages aux luminosités renversantes ! Qui peut nier que la gente ailée n’est pas toujours extase à observer ? Cet hiver, sur notre rampe en meringue blanche, ce cardinal ! Boulette de vie écarlate qui nous fit crier de bonheur. Tournez les pages de ce « Les oiseaux gourmands », vous retiendrez mal, juré craché, des cris d’admiration. Ce Léveillé voyageur, ornithophile et photographe, montre nombre d’espèces volantes. Mais deux « vedettes » se détachent : jamais je n’avais pu voir cette « coquette huppe-col » et ce « canard mandarin ». Féériques ! Deux oiseaux d’un monde rêvé, on doute qu’ils soient de notre planète ! J’étais muet, interdit, stupéfait vraiment, extatique ma foi du bon yeu ! Avec ce deuxième album illustré, Jean Léveillé fait voir plus d’une trentaine d’oiseaux, dont nos geais bleus, nos merles à gorges « briquess », rouges, et même nos jolis moineaux. L’auteur raconte leurs façons —parfois si étonnantes— de se nourrir.
Si, comme moi, l’ornithologie vous laisse plus ou moins indifférent, je peux vous garantir que « LES OISEAUX GOURNANDS » vous fera un objet d’enchantement inouï. Ah, les oiseaux ! Je me souviens, un hiver récent, cinquante (50 !) gros-becs, atterrissent soudain. Oh folle et foisonnante lumière d’un jaune vif sur notre galerie ! Pamoison ! Chaque page du « Léveillé nouveau » : même pamoison ! Bravo madame (elle y a sa part) et monsieur Léveillé !

LA MORT ET LA FOLIE

LA MORT
Enfin la voir mieux. Qui ? Quoi ? La mort. On la voit si peu, si mal, on veut tant oublier ce fait inéluctable, cacher sans cesse le vrai —ce réel : notre fin— aux enfants. C’est fou, cette nuit ou à l’aube, j’étais mourant dans ce songe, ma fille me voyait mais mal, d’un côté d’une rue encombrée. Un accident ? J’étais adossé, blessé, sur un pan de mur. Je lui faisais des gestes et elle tentait, au soleil, de mieux me voir. Je grimaçais, je tentais vainement de la bénir. De la bénir ? Au réveil, je sais bien d’où vient ce rêve en images angoissantes. De deux sources, la toute récente et horrible collision, en plein soleil aveuglant, de mon gendre et aussi, à la télé, il y a quelques jours, ce pape qui remue bien mal à son balcon. Un pape en crise fatale.
Il me restera surtout cela, cette séquence (si vraie, dans le gigantesque, pléthorique album romain de la mort de ce Jean-Paul 2.) Ce Polonais-pape qui tentait une bénédiction « urbi et orbi » et qui, impuissant, souffrant, affolé, essayant de résister, se touchant le front, se cachant dans sa main, la bouche toute tordue. La mort en direct ! L’agonie, montrée, offerte, publique, sur un bacon quoi. La mort à l’ouvrage ! Il me restera donc ces images stupéfiantes : les efforts pénibles une fois que l’on se trouve dans les bras même de l’ultime Faucheuse ! Je sais, je sens que l’on doit parler d’elle mieux, plus souvent, l’accepter cette inévitable fatalité. Abolir ce tabou actuel où l’on nie, dissimule, masque la fin de la vie. Ne plus craindre de dire à l’enfant que c’est la loi même de la vie, qu’au bout du chemin elle sera là et lui aussi. Cette terrible issue, cette fatalité qui, dans un songe, vous prévient : elle vous empêchera —que vous soyez simple loustic ou… pape, de bénir une dernière fois votre enfant !
LA FOLIE
Durant l’agonie du saint voyageur exemplaire, je lisais « Folle » de madame Arcand. Un nom de cachette, un « pseudo » répète-elle dans son bien triste récit. Récit… non-fiction donc ? Certes la jeune auteure a sans doute tricoté des « fions » de son invention. Sinistre description d’un rejet, d’une « déception d’amour », comme on disait jadis. Cette Nelly Arcand a un bon talent pour raconter, son premier bouquin, « Putain », l’affirmait clairement. Avec ce genre de livres, nous sommes éloignés du questionnement spirituel sur la mort. « Folle », de sauce mode- ouellebecquienne, c’est la complaisance dans pipi-cul-caca-merde-sperme-voyeurisme et onanisme. La « folle », ayant cessé de se prostituer, accrochée à la cocaïne, tombe amoureuse hélas d’un beau jeune reporter, un Parisien, exilé au Québec. Un arrogant encore plus égocentrique que la jeune ex-pute qui, célébré par le succès de son « Putain », étudie à l’Uqam le confus psy Lacan !, voyage jusqu’à Prague, eh ! L’auteure parle-t-elle si souvent de névrose par ignorance du terme plus grave : la psychose ? L’héroïne (on espèrerait un roman, pas un récit, tant c’est accablant !) admire son malheureux masturbateur compulsif, tolère son vice au bord de la pédophilie, incessante activité fébrile via son ordinateur à sites pornos.
On a le droit en littérature, de décrire tout, même le plaisir (maladif ?) d’entendre haleter en cadences les laiderons impuissants à séduire et qui se masturbent dans le noir au cinéma L’Amour de la rue Saint-Laurent, c’est deux ou trois impressionnants passages de « Folle ». Aucun sujet n’est mauvais en soi. Tout propos peut former de la littérature solide. Nelly Arcand, douée, rend bien parfois le gouffre de sa dérive à « chair triste ». Ah ! une morale dans cette débauche ?, chez ces dominateurs psychosés, sans cesse à la recherche de proies nouvelles. L’ex-putain, jolie, mignardant à la télé, est donc (récit) une jolie québécoise, ex-putain-escorte, qui n’a aucun instinct. Elle aime ce sire décadent plus jeune qu’elle ! À 30 ans, elle est si vieille (!) pour ces suborneurs virtuels de Lolita. Rejetée donc par ce « pédo » à filles-enfants, Nelly Arcand rôde autour de lui, parc Lafontaine, et elle planifie son… suicide. Une mort niaise qui n’a rien à voir avec le pathétique débat (à son balcon) d’un pape désespéré de mourir, lui.
Fin de « Folle », Seuil éditeur. L’insignifiance ? À la lettre. Je ne verserais rien en librairie pour lire une déchéance de cochonne sotte, ma biblio publique sert à épargner l’obole à la déréliction. Il y a quoi ? La curiosité? Le voyeurisme? Le dicton vrai : « les monstres attirent les foules ». Et ces accidents en voie publique. C’est laid à regarder et c’est infiniment triste. Besoin de reluquer l’horreur chez l’autre. Se rassurer au fond : « Moi au moins je ne suis ni putain d’abord, ni folle ensuite ». Plaignons les parents, proches ou lointains, de cette confessée volontaire, pitoyable. Et enrichie. À quel prix ? Celui d’un effeuillage tragique. Célébrée aussi. À quelle condition ? Putasser encore et toujours, le « vite déshabille-toi et couche-toi là ». Arcand en déboussolée qui se plaint, râleuse, Nelly Arcand récite, n’imagine rien ?, accepte complaisamment d’étaler sa propre et intime déliquescence.
Je crains en effet son suicide.